Playlist du chapitre: le « Sanctus » du Requiem de Fauré, « The crossing » de Ola Gjeilo, puis « A summer day » de Joe Hisaishi dans Le voyage de Chihiro, et enfin « The breaking of the fellowship » de Howard Shore dans La communauté de l'Anneau


Un serviteur ramena Joseph à sa chambre et l'y enferma à nouveau. Quelqu'un avait manifestement collecté les reliefs du repas précédent, et avait laissé un plateau de victuailles, ainsi qu'une bassine et une aiguière. Le jour tombait. Il ne se passerait probablement rien d'autre ce soir. Joseph rendit grâce pour le repas, mangea, fit ses ablutions et se coucha tôt. Il ne se rappelait pas la dernière fois qu'il s'était senti si désœuvré : chez Putiphar, il passait rarement plus d'une demi-heure seul, et en prison, il y avait toujours quelque chose à faire. Il ne s'arrêtait souvent de travailler que lorsqu'il n'y avait plus de lumière, et même quand la migraine frappait, il était tenu d'accomplir ses devoirs. L'un dans l'autre, c'était assez agréable de n'avoir strictement rien à faire.

Il se réveilla à l'aube, comme à l'accoutumé. Il passa la tunique qu'on lui avait donné la veille, et attendit en priant. Il n'était pas vraiment inquiet de son sort, seulement curieux. Il n'eut pas à attendre longtemps. Mery ouvrit bientôt la porte, et lui apporta de quoi déjeuner, ainsi qu'une cruche d'eau fraîche. Joseph le remercia, récita la prière de bénédiction sous le regard intrigué du serviteur, et mangea. Sitôt qu'il eut fini, le serviteur reprit le plateau et s'éclipsa, sans verrouiller la porte, cette fois. Joseph en fut intrigué, mais n'en fit rien : que ce soit un test ou un oubli, où serait-il allé ?

Au bout de quelques instants, la porte s'ouvrit à nouveau, et un homme que Joseph reconnut comme un scribe entra. Sans perdre de temps en présentations ou en explications, il tendit à Joseph une écritoire, un calame et un encrier, ainsi que deux rouleaux de papyrus. Il ne fournit pas d'explications. Joseph prit le matériel, s'installa, et déroula le premier rouleau. Il y reconnut un des examens que passaient les scribes dans les maisons de vie où on les formait. Il n'avait lui-même jamais passé un tel examen, mais Huy lui en avait montré un jour. Sans poser de questions, il résolut les problèmes proposés. Il n'y avait rien là de très compliqué, et il eut fini en peu de temps. Le scribe, qui le surveillait manifestement, reprit le rouleau, puis, sortant un document de sa sacoche, entreprit de dicter à Joseph un décret royal, avant de lui dire de le copier en hiéroglyphes. Le texte était ardu, et comprenait un certain nombre de subtilités, mais rien qui ne soit hors des compétences de Joseph. Enfin, le scribe reprit la copie et s'éclipsa sans laisser paraître la moindre émotion. Joseph estimait qu'il avait fourni un travail adéquat pour un scribe de palais, quoique certaines de ses solutions n'étaient sans doute pas très orthodoxes.

Puis il attendit encore. Mery passait la tête par la porte de temps à autre, sans doute pour vérifier que le prisonnier était toujours là. Enfin, alors que l'après-midi était déjà bien entamée, Mery revint, et l'air encore plus déférent, si cela était possible, le conduisit jusqu'aux bains. Là, un barbier lui recoupa les cheveux en une coupe plus courte et plus nette que la veille, avant de le raser de près, jambes, aine, poitrine et aisselles comprises : les Egyptiens avaient une aversion pour les poils qu'il n'avait jamais bien comprise. Enfin, on lui donna une tunique en lin plutôt qu'en coton, ainsi qu'une perruque de bonne facture et une paire de sandales en papyrus. Cela présageait bien, songea Joseph sans poser de questions. Il aurait sans doute le poste de scribe qu'il avait demandé. Ces préparatifs faits, Mery le mena à travers les couloirs jusqu'à la salle du trône où la cour au grand complet était assemblée.

La suite des évènements demeurerait toujours un peu confuse dans le souvenir de Joseph. Il se rappelait que Pharaon lui avait ordonné de s'avancer. Il avait obéi, et posé un genou à terre. Le souverain l'avait alors formellement acquitté, blanchi de toute accusation, et déclaré libre. Puis, solennellement, il s'était tourné vers toute sa cour assemblée, et avait déclaré :

- Dans tout mon royaume, je ne connais personne en qui la sagesse divine repose davantage qu'en cet homme. Puisque c'est par lui qu'est venu le moyen de sauver le pays, c'est à lui que je confie la tâche de préparer le royaume aux années de famine qui s'annoncent.

Avant que Joseph n'ait pris la mesure de l'annonce du souverain, Pharaon lui avait ordonné de se relever, et lui avait posé les deux mains sur les épaules :

- A compter de maintenant, on t'appellera Safnath-Panéah. Je te donne tout pouvoir sur le royaume, et tu ne répondras de tes actions que devant moi. Seul le trône m'élève au-dessus de toi. A compter de maintenant, tu es le nouveau vice-roi d'Egypte.

Si le Seigneur Lui-même était à cet instant descendu du Ciel, accompagné de toute la cour céleste, Joseph n'en aurait probablement pas été plus surpris. Il savait qu'après quelques secondes à regarder fixement Pharaon, il s'était repris. Il n'avait pas pris l'air stupide d'un poisson sorti de l'eau, et puisque Pharaon avait eu l'air satisfait, et que la cour n'avait pas éclaté de rire, il supposait qu'il avait répondu correctement à l'immense honneur qui lui était fait. Il n'avait pas la moindre idée des mots qu'il avait prononcés, même si à en croire les compliments qu'on lui adresserait plus tard, il avait dû se montrer assez éloquent. Pharaon lui avait alors passé au cou un collier en or, et au doigt, une lourde chevalière, avant de lui remettre solennellement les 40 rouleaux de la loi égyptienne et le sceptre du vice-roi. Du coin de l'œil, Joseph avait vu la cour tout entière se prosterner, et il lui avait fallu une seconde pour comprendre que c'était devant lui que tous s'inclinaient.

Deux hommes l'avaient ensuite servilement escorté jusqu'à de spacieux appartements, très semblables à ceux de Pharaon, les appartements du vice-roi, ses appartements désormais ! Il avait alors demandé, encore dans un état second, qu'on le laisse seul quelques instants. Les serviteurs s'étaient inclinés – pratiquement prosternés, à vrai dire – avant d'obéir sans discuter. Ce n'est qu'alors que Joseph avait pu laisser libre-cours à sa surprise, et éclater d'un fou rire.

Quand il raconterait ça à Asenath ! Il était le vice-roi. Il était vice-roi d'Egypte ! Il n'était plus esclave, il n'était plus prisonnier, il n'était plus étranger ! Plus personne désormais ne pourrait le mépriser, le battre, le vendre. Il était le vice-roi, mais surtout, il était libre ! Il attendait ce moment depuis si longtemps qu'il s'était habitué à l'attente, et il n'avait pas pensé qu'il en éprouverait une telle joie. Les larmes jaillirent de ses yeux sans qu'il s'en rende compte alors qu'une prière d'action de grâce s'élevait de ses lèvres. Il tomba à genoux, rendit grâce au Seigneur, et implora Son aide : qu'il se montre digne de l'honneur qui lui était fait, qu'il soit à la hauteur de la tâche qui lui était confiée, qu'il n'oublie jamais sous les honneurs qu'il n'était qu'un serviteur du Très-Haut. Il n'était cependant plus question d'être timoré, désormais. Il n'était plus le garçon arrogant qui s'était mis en route vers Dotane par une belle matinée de printemps. Il n'était plus le jeune esclave terrifié qui était arrivé dans une maison étrangère et s'y était épanoui. Il n'était plus l'homme brisé qui en était parti, inconscient et en sang six ans auparavant, ni même le prisonnier qui avait quitté la prison la veille. Il était maintenant Safnath-Panéah – Dieu parle et donne la vie – vice-roi d'Egypte, responsable de nombreuses vies.

Rassénéré, il rappela les serviteurs – ses serviteurs –, et le plus âgé, un certain Den, l'aida à se laver le visage, avant de retracer sur ses paupières un trait précis de khôl. On lui passa ensuite des vêtements somptueux, on lui mit aux pieds des sandales de cuir fin, et une coiffe de lin sur la tête avant de lui présenter des bijoux. Il choisit une parure un peu au hasard, mais l'air satisfait des serviteurs lui apprit qu'il avait sans doute bien choisi. Il se regarda alors dans le miroir dressé dans un coin de la pièce, un objet d'un luxe incroyable. Il faillit ne pas se reconnaître. Il avait vraiment l'air d'un noble, d'un homme qui donne des ordres et a l'habitude d'être obéi. Il était réellement le vice-roi !

Ce n'est que bien plus tard, après avoir rencontré le chef de ses scribes, après avoir paradé derrière Pharaon devant toute la ville, après avoir participé au banquet comme invité d'honneur, avoir rencontré l'essentiel de la cour en essayant de deviner qui serait un ami et qui serait un ennemi et d'une manière générale, fait de son mieux pour ne pas s'embarrasser publiquement, que, couché dans un lit presque trop luxueux pour être confortable, il se rendit compte d'un fait anodin et extraordinaire. Il était le vice-roi. Par conséquent, il était enfin digne d'épouser Asenath !


Assis à son bureau, Safnath-Panéah, vice-roi d'Egypte, main droite de Pharaon, ami unique d'Amenhotep III, réfléchissait. La journée, comme toutes ses journées depuis sa nomination un peu plus de six semaines plus tôt, avait été longue. L'honneur que lui avait accordé Pharaon en le nommant à un tel poste était immense, mais comme tout grand pouvoir, il s'accompagnait de grandes responsabilités. Il n'avait pas eu un instant à lui en six semaines. Préparer le pays pour la sécheresse était sa priorité, mais il devait également se familiariser avec les nombreux autres devoirs du vice-roi, sans compter qu'il fallait réparer les dégâts de ses prédécesseurs. Si Joseph s'était demandé ce qui avait bien pu passer par la tête de Pharaon pour le nommer, lui, un esclave aux origines obscures, à une place aussi prestigieuse, il n'avait pas tardé à comprendre le choix du souverain. Pharaon avait été particulièrement mal servi ces dernières années, le travail ne manquait pas pour redresser la barre avant que ne frappe la sécheresse et Joseph devait se rendre à l'évidence : de tous les habitants du palais, il était probablement le meilleur candidat. Il n'était pas certain de correspondre à la description qu'il avait faite à Pharaon, mais la fonction de vice-roi ressemblait beaucoup au métier d'intendant, à une échelle plus grande, bien sûr, et il avait été en son temps un excellent intendant. Du reste, il était certainement plus travailleur et plus intègre que ses prédécesseurs. Ce n'était pas placer la barre très haut, d'ailleurs.

A quoi avaient bien s'occuper ses prédécesseurs, il n'en était pas certain. L'inventaire du Trésor royal était incomplet, et aucun recensement de la population n'avait été ordonné depuis longtemps, si bien que le calcul des impôts était probablement faux. Comment prévoir le rationnement en temps de famine si l'on ignore le nombre de personnes à nourrir ? Comment planifier des travaux d'une telle envergure si l'on ignore les moyens à disposition ? Heureusement, les scribes sous ses ordres étaient compétents et fiables, en particulier Hotep, son premier adjoint. C'était un homme droit, discret et efficace, qui parlait à son supérieur avec un mélange de franchise et de respect, mais sans obséquiosité. Il avait également le don rare et précieux de se rappeler des origines de Joseph sans l'en mépriser, et d'anticiper les situations où celui-ci était susceptible d'être mis en difficulté. Du point de vue de Joseph, c'était un allié inestimable.

A cela, s'ajoutait tous les détails personnels qu'il devait régler. Il n'était pas au-dessus de savourer un bon repas quand il se présentait, ou de profiter d'un lit confortable, mais il avait des goûts simples, frugaux même. Or, sa personne était désormais le reflet de Pharaon. Pour des questions de prestige, il était inenvisageable qu'il aille tête nue, vêtu d'un simple pagne laissant exposées les marques laissées par le fouet et les privations. Il devait se soumettre au protocole qui exigeait qu'il ait de nombreux vêtements pour chaque occasion, des perruques, des coiffes, des bijoux précieux, du mobilier coûteux, des montures racées, une maison splendide, des serviteurs nombreux, et la meilleure nourriture du royaume. En plus de ses nombreux rendez-vous de travail, il devait donc subir les essayages de sa nouvelle garde-robe, valider les propositions de l'orfèvre, examiner les plans de l'architecte pour sa future maison.

Il avait également dû trouver le temps d'aller visiter le domaine que lui avait donné son roi. Heureusement, l'intendant qu'on lui avait recommandé, un certain Phanor, était très compétent, presqu'aussi bon qu'il avait lui-même été des années plus tôt, et lui-même logeait pour l'instant au palais royal, mais il tenait à être un maître aussi engagé que possible sur son domaine. Peut-être prendrait-il quelques jours quand la moisson serait rentrée pour rencontrer individuellement ses fermiers. Il savait combien la prospérité d'un domaine repose sur ceux qui y travaillent. Mais surtout, il n'avait pas encore eu le temps d'aller retrouver Asenath, malgré la promesse qu'il lui avait faite. Bien sûr, si cela n'avait tenu qu'à lui, il serait allé la demander en mariage dès le lendemain de sa nomination, mais il préférait être un minimum assuré de sa position avant de lier publiquement leurs vies, et il savait qu'elle ne lui reprocherait pas de privilégier son devoir envers Pharaon. Et puis, on ne demande pas une femme en mariage sans une maison décente à lui offrir !

Pour l'heure, il était assis dans son cabinet de travail au palais, entouré des scribes de son cabinet pour la courte réunion qu'il convoquait chaque soir : les scribes le tenaient au courant des affaires en cours, et lui-même tranchait les cas épineux, et appliquait sa signature sur les documents. La réunion se termina avec les préparatifs de la tournée du royaume qu'il devrait bientôt entreprendre, le rappel du banquet qu'un grand seigneur donnait quelques jours plus tard en l'honneur de l'anniversaire de sa fille, âgée de 18 ans, et réputée d'une grande beauté, et la partie de chasse de la cour la semaine suivante. Il donna congé à ses scribes, et profita du moment de calme.

A vrai dire, il était bouleversé par un évènement survenu très tôt le matin même, alors qu'il se rendait, seul, de ses appartements à ses bureaux à travers les couloirs presque déserts. Le trajet n'était pas long, mais il aimait profiter d'un bref moment de calme et de fraicheur avant la frénésie de la journée. Le chemin du retour le soir le voyait systématiquement assailli de toutes parts. Une voix l'avait interpellé :

- Eh bien, Putiphar, on ne dit plus bonjour à ses vieux amis ?

Joseph s'était raidi. Putiphar était là ? Au palais ? A cette heure ? Il s'était tourné, le cœur battant, mais la pièce qu'il traversait était vide, à l'exception d'un très vieil homme assis sur un banc. Joseph avait reconnu Impi, qui avait été un conseiller proche du précédent Pharaon. Joseph l'avait croisé quelques fois, des années plus tôt, lors de banquets chez son ancien maître, mais il avait eu l'habitude, en tant qu'intendant, de rester discrètement dans l'ombre. Il n'y avait aucune raison qu'un ancien dignitaire se souvienne d'un jeune esclave dans la maison d'un de ses amis, d'autant que Impi avait près de 80 ans, et était réputé sénile depuis bien longtemps. D'ailleurs, il n'était pas rare qu'il s'égare dans les couloirs du palais, mais Amenhotep, qui avait beaucoup d'affection pour l'homme qui lui avait servi de mentor, avait voulu le garder près de lui. Joseph avait hésité à continuer son chemin sans réagir davantage, mais le vieil homme avait repris en le regardant délibérément :

- Allons Putiphar. Ne me dis pas que tu ne me reconnais pas ! Je sais bien que tu es très occupé ces jours-ci, mais est-ce une raison pour oublier ses vieux camarades ?

Joseph était allé s'asseoir aux côtés du vieil homme, intrigué. Il avait encore un peu de temps avant son premier rendez-vous de la journée.

- Je ne suis pas Putiphar, vénérable Impi, avait-il doucement dit.

- Non ? avait répliqué le vieillard, perplexe. Il est vrai que je te trouvais bien pâle et bien fringant. Mais si tu n'es pas Putiphar, tu ne peux être que le fils dont il était si fier !

Joseph en était resté bouche-bée. Que disait Impi ?

- Putiphar n'a pas de fils, avait-il observé, une pointe d'amertume dans la voix.

- A d'autres, mon garçon, avait rétorqué Impi, parfaitement indifférent au décorum. Je me rappelle très bien la fierté de ton père quand il parlait de toi. Comme il nous rabattait les oreilles à ton sujet! Et vraiment, tu as la même démarche, la même posture, la même voix, la même prestance. Tu tiens certainement de ta mère, mais même illégitime, ton père ne pourrait pas te renier.

Joseph, trop interloqué, n'avait su que répondre. Impi lui avait adressé un sourire pensif avant de se lever et de partir sans même prendre congé, ce qui était d'une rare impolitesse, mais dont Joseph ne s'était pas formalisé : même s'il s'était coulé dans son nouveau rôle avec une aisance qui l'avait lui-même surpris, il n'avait pas encore bien l'habitude de sa propre grandeur, et d'ailleurs ils étaient seuls. Joseph s'était vite ressaisi, et avait repris son chemin. Il ignorait ce qu'avait vu Impi, mais il avait dû rêver : il ne ressemblait en rien à Putiphar ! Il avait la peau claire quand l'Egyptien l'avait sombre, il avait les yeux bleus quand ceux de Putiphar étaient bruns. Leurs traits n'avaient pas grand-chose en commun. Il ressemblait à son vrai père, à Jacob ! Pas à Putiphar !

Il laissa là ses pensées, se promettant d'y revenir plus tard. Il était convié à partager le repas du souverain, et il avait juste le temps de repasser à ses appartements pour s'y préparer. On aurait eu peine à trouver deux hommes aussi différents que Amenhotep III et son nouveau bras droit. Un poète du palais les avait récemment comparés au Soleil et à la Lune, et la comparaison était étrangement appropriée. Là où Amenhotep était intrépide, Joseph était prudent. Le roi avait des manières tranchantes, et ne s'humiliait que devant les dieux, et encore, quand Safnath-Panéah était immanquablement poli avec tous. Pharaon était impulsif quand son bras droit était réservé. Amenhotep s'impatientait vite, quand Joseph savait que tout vient à point à qui sait attendre. Le premier avait la magnificence du lion, quand le second était discret comme le renard. Joseph apportait la connaissance pratique de la vie des plus humbles, Amenhotep, l'expérience de la noblesse et du pouvoir.

En somme, ils se complétaient parfaitement, comme deux faces d'une même pièce. Ils partageaient du reste un même amour de la justice, un même dégoût de la flatterie, un même souci du travail bien fait, et, assez étrangement, un même sens de l'humour. A tout le moins, le souverain goûtait l'humour parfois pince-sans-rire de son bras droit, et appréciait que, contrairement à la plupart des gens, il ne craignait pas de dire le fond de sa pensée à son souverain, quitte à s'opposer à lui, en privé du moins. Joseph ne cachait d'ailleurs pas qu'il servait d'abord le Seigneur son Dieu, et ensuite Pharaon, et que si ses deux services devaient un jour s'opposer, il suivrait sa conscience sans la moindre hésitation, fut-ce au prix de sa vie. Amenhotep l'acceptait. Ils s'entendaient à merveille, et même s'ils ne s'étaient rencontrés que quelques semaines plus tôt, ils étaient immédiatement devenus des amis très proches. C'était comme s'ils s'étaient toujours connus, comme si leur rencontre n'avait pas été une rencontre, mais des retrouvailles.

Ce soir-là, ce n'était donc pas à une audience solennelle, ni même à un rendez-vous de travail que Safnath-Panéah était convié, mais bien à un repas intime. Il comptait profiter de l'occasion d'aborder le sujet de son futur mariage, maintenant qu'il était à peu près assuré de sa position. Après tout, il n'était pas envisageable qu'un homme aussi puissant que le vice-roi demeure longtemps célibataire, mais il ne pouvait pas se marier sans l'approbation de son souverain. Il ne se faisait aucun souci à ce sujet : il se faisait fort de convaincre Pharaon de lui accorder la main d'Asenath.

Le repas, dans l'intimité d'une terrasse du palais et en compagnie de la reine et de sa dame d'honneur – pour autant qu'on puisse qualifier d'intime un repas servi par une demi-douzaine de serviteurs – fut très agréable. Cela changeait des banquets et autres réceptions auxquels Joseph était désormais fréquemment obligé d'assister : il n'avait pas la naïveté de croire que sa nomination ne faisait que des heureux, qu'il puisse s'élever si haut sans se faire d'ennemis. On le flattait, on réclamait ses faveurs, mais il distinguait souvent l'hypocrisie derrière les sourires onctueux : la cour semblait avoir instantanément oublié ses obscures origines, mais il se doutait que tous n'avaient pas oublié, et que certains n'attendaient qu'un faux-pas de sa part.

Par-dessus le marché, il devait faire face à l'attention que les femmes lui accordaient, attention qui ne l'aurait sans doute pas dérangé outre-mesure si son cœur n'avait pas déjà été engagé. Il avait rapidement fait courir le bruit par ses serviteurs qu'il se réservait pour sa future épouse, et pour elle seule, ce qui lui évitait au moins les attentions de femmes mariées – et même de quelques hommes –en quête d'une aventure enivrante. Beaucoup s'étonnaient que le vice-roi préfère passer ses nuits seul, mais Joseph était assez excentrique pour se permettre cette originalité. En contrepartie, les candidates au mariage ne manquaient pas, à son grand désarroi. Les jeunes filles rougissaient quand on les présentait au jeune et charismatique vice-roi, et le couvraient de compliments en papillonnant, mais il se demandait combien d'entre elles lui auraient accordé un simple regard quelques semaines plus tôt, et combien auraient supporté la vue de son corps marqué par le fouet et les privations. Il était très attentif à répondre gentiment à chacune mais il veillait à ne montrer aucune attention qui put être mal interprétée. Les pauvrettes ignoraient qu'elles n'avaient aucune chance auprès de lui, mais ce n'était pas une raison pour les humilier. Il revenait plus fatigué de ces réceptions que de ses longues journées de travail.

Lorsqu'il dînait en privé avec Pharaon, ce qui était arrivée quelques fois déjà depuis sa nomination, il n'avait pas besoin de ces précautions. Il demeurait respectueux, bien sûr, mais il n'avait pas besoin de discerner les intentions du souverain, et il soupçonnait que la réciproque était vraie. Bien entendu, en public, Joseph respectait scrupuleusement le décorum, mais en privé, il pouvait pratiquement s'en abstenir, si franche était la camaraderie inattendue entre lui et Amenhotep.

Ils devisèrent très agréablement pendant le repas, laissant momentanément les affaires du royaume de côté. La reine semblait déterminée à suggérer un mariage entre sa suivante et le vice-roi : sur le principe, c'eut été une belle union, car la jeune fille était jolie, bien connectée, bien dotée, et cultivée. Le projet était voué à l'échec, bien entendu, puisque les jeunes gens n'avaient aucun intérêt l'un pour l'autre, mais les tentatives de la reine étaient amusantes malgré tout. Les dames les quittèrent peu après le repas : la reine semblait épuisée et désirait aller s'allonger sans tarder. Pharaon suggéra alors une partie de sénet. C'était un jeu populaire parmi les élites – Joseph avait appris à y jouer avec Putiphar – qui n'exigeait pas des joueurs une concentration trop intense, et permettait donc la conversation, en début de partie du moins :

- Je ne crois pas t'avoir encore demandé ce que tu penses de ta récompense, commença Pharaon d'un ton goguenard en lançant l'astragale.

Le ton était si proche de celui que Zabulon employait pour le taquiner à l'époque où ils s'entendaient encore raisonnablement bien, que Joseph eut toutes les peines du monde à retenir le « tu te crois drôle ? » qui lui venait aux lèvres. Il ne put retenir un regard ennuyé qui fit rire Amenhotep.

- Eh bien, répondit-il avec un sourire faussement pincé, je dirais que nous n'avons pas exactement la même définition du mot récompense.

- Quoi, ce n'était pas ce que tu avais demandé ? La justice, et un moyen honnête de gagner ton pain ?

- Ceux qui travaillent dans les cuisines ou dans les champs gagnent très honnêtement leur vie, signala Joseph. Pour répondre à ta question, je suis honoré de ta confiance et de ton amitié, mais à tout prendre, je me serais très bien satisfait de retomber dans l'anonymat. D'ailleurs, je ne suis pas certain d'avoir bien compris ce qui t'a poussé à nommer un parfait inconnu à un poste si sensible.

- Tu n'as pas une idée ? demanda Amenhotep, qui semblait d'humeur joueuse.

- Bien sûr que j'ai des idées, rétorqua Joseph en déplaçant ses pièces, c'est littéralement mon rôle. S'il s'avérait que je ne fais pas l'affaire, je suppose qu'il te serait facile de te débarrasser de moi en prétendant que je t'ai jeté un sort, et de désavouer tout ce que j'ai entrepris au motif que je suis étranger.

Amenhotep éclata de rire.

- Tu crois vraiment cela ?

- Si c'était effectivement cela, je ne serais probablement pas ici, en train de gagner une nouvelle partie de sénet, reconnut Joseph avec un sourire caustique.

- Que tu dis, gronda le roi. Je n'ai pas l'intention de perdre cette fois-ci. Une autre idée ?

- Il se pourrait que tu ais été si déçu par mes prédécesseurs que tu as décidé que nommer un parfait inconnu était moins risqué que nommer un incompétent notoire.

- Ai-je mal fait ? taquina le souverain.

- Je n'ai pas dit ça, répondit son second. Le choix est seulement un peu surprenant, et même osé. Payant, je l'espère, mais osé.

Amenhotep le considéra un instant avant de reprendre, tout en jouant à son tour.

- Tu n'as pas tout à fait tort : j'ai effectivement pensé qu'il serait plus facile de te démettre qu'un noble bien connu, reconnut-il, mais ce n'était qu'un argument supplémentaire. Vois-tu, quand mon père m'a nommé régent, il m'a dit qu'en temps troublés, le meilleur serviteur serait celui qui servirait un maître plus grand que moi. Il m'a aussi dit de faire confiance à mon intuition. Tu m'inspirais plus confiance que quiconque, comme si je te connaissais depuis toujours, il ne faut pas chercher plus loin. Accessoirement, les critères que tu as énoncés correspondaient d'assez près à ceux que je cherchais déjà, et tu étais le seul à correspondre à ce portrait. Et comme tu l'as justement fait remarquer, tu peux difficilement faire pire que tes prédécesseurs.

Joseph lui adressa un regard circonspect.

- Je maintiens que c'était un pari très risqué. Sans même parler de mes compétences, quelle preuve t'avais-je donné de ma loyauté ? de ma probité ? Et on ne peut pas vraiment dire que je jouissais d'une réputation irréprochable, ni que je m'étais élevé à quoi que ce soit.

- Vraiment ? interrogea Amenhotep en relançant l'astragale. Pourtant, c'est bien toi qui as su interpréter mes visions. Les dieux ne parlent pas à n'importe qui.

- Je répète, je n'en ai aucun mérite ! rétorqua Joseph avec embarras. Mon Dieu Se glorifie dans ses pauvres. Ce qu'Il cache aux grands et aux savants, Il le révèle aux humbles et aux petits. Esclave et en prison, j'étais parmi les plus pauvres et les plus petits. Je dirais plutôt que c'est tout à ton honneur de m'avoir écouté malgré mon rang.

- J'ai pourtant cru comprendre qu'en prison, tu étais parvenu à une position d'adjoint du geôlier. Ce n'est pas mal pour un simple prisonnier.

Joseph balaya l'argument.

- Simple coïncidence. Il s'est trouvé qu'il y avait besoin d'un scribe, et j'étais là, répliqua-t-il en lançant l'osselet à son tour.

- Mouais, ponctua Amenhotep. J'ai surtout entendu dire que les affaires de la prison n'ont jamais été aussi en ordre que lorsque tu y étais, et ce n'est pas peu dire. Même avant cela, est-ce que tu ne t'es pas élevé de simple esclave à intendant en quelques mois ? Tu ne m'as pas donné directement la preuve de ta loyauté, mais tu l'as donnée au Grand Intendant de mon père. De ce qu'on m'a rapporté, tu as parfaitement gouverné son domaine pendant des années, sans en tirer le moindre profit personnel. Mes officiers étaient très impressionnés de la loyauté que tu y suscité, d'ailleurs. Putiphar avait raison, tu n'as vraiment aucune idée de ta propre valeur !

Joseph qui s'apprêtait à bouger ses pièces abaissa lentement la main, le jeu devant lui pratiquement oublié.

- Putiphar a parlé de moi ? demanda-t-il d'une voix légèrement tremblante, ignorant soudain les compliments. Puis-je demander quand et comment ?

- Un homme très sage m'a suggéré d'interroger mes serviteurs à propos de l'homme que je songeais à nommer vice-roi, répliqua le souverain avec un sourire ironique. Un excellent conseil, d'ailleurs, que je ne manquerai pas d'appliquer à nouveau. Je n'ai jamais vu personne commander une telle loyauté chez tant de gens de rangs si divers, faire à ce point l'unanimité. A ce sujet, je suis curieux : quelle est la relation entre Putiphar et toi, au juste ? Si je n'avais pas su tes origines, j'aurais cru entendre un père me faire l'éloge de son fils, pas un maître de son serviteur. Comment se fait-il qu'il te connaisse aussi bien ? et comment se fait-il qu'il t'ait si mal traité alors qu'il te porte aux nues ?

Joseph déglutit avec difficulté, le souffle coupé par ce témoignage inattendu. Si n'importe qui d'autre avait posé la question, il aurait sèchement rétorqué au curieux que c'était une affaire privée. Mais c'était non seulement son suzerain, mais aussi son ami qui posait la question, son premier véritable ami après Asenath. Il se mordit les lèvres, cherchant ses mots.

- Putiphar et moi-même... commença-t-il avec raideur, les yeux fixés sur le plateau. Disons qu'il était effectivement le père que je n'avais plus, et j'étais moi-même le fils qu'il n'avait jamais eu. Et puis il s'est trouvé obligé de choisir entre la femme qu'il aimait et moi-même, et c'est elle qu'il a choisie. Ce n'est que bien plus tard qu'il s'est rendu compte qu'elle avait menti.

Il soupira et avança ses pions sur le plateau.

- C'est ce qu'il m'avait semblé. Mais je ne comprends pas pourquoi il n'a pas approché mon trône pour faire réparer l'injustice quand il en a eu conscience, observa froidement Pharaon en fronçant les sourcils.

- Je lui ai interdit d'intervenir, répondit Joseph. Les gens sont imprévisibles quand ils sont en colère ou déçus. Je suppose que ni Putiphar, ni moi-même ne faisons exception à la règle. Quand, au bout de quatre ans, il a enfin compris ce qu'il s'était vraiment passé, c'est moi qui ne voulais plus avoir affaire à lui, ou lui devoir quoi que ce soit.

- Tu as refusé qu'il te rende justice ? reformula Amenhotep avec une moue dubitative. Je croyais que tu voulais qu'on te rende justice ?

- Ce n'était pas qu'une question de justice, expliqua Joseph, les yeux rivés sur le plateau. S'il avait demandé grâce pour moi, j'aurais été obligé de lui pardonner ce qu'il m'a fait, et j'étais trop blessé pour l'envisager.

- Je ne comprends pas, dit Amenhotep en fronçant les sourcils.

Joseph soupira.

- La prison et les coups ne sont qu'une partie du problème. S'il n'y avait eu que ça, ou s'il avait été simplement mon maître, je n'aurais pas demandé mieux qu'il me sorte de ce trou au plus vite. Mais nous étions pratiquement père et fils. J'ai des raisons de penser qu'il était sur le point de m'adopter.

Il s'interrompit, le temps de prendre une gorgée de vin.

- Si tu veux comprendre le ressentiment qui m'a empêché de l'entendre à l'époque, reprit-il tristement, imagine la personne que tu admires et que tu respectes le plus au monde. Imagine que cette personne te connaît très bien, et te regarde avec fierté, confiance et affection. Imagine que soudain, cette personne te croit coupable d'un crime atroce, t'en croit capable, et n'envisage pas que quelqu'un ait pu lui mentir, au point de ne même pas te demander ta version des faits. Imagine que cette personne te haït soudain au point de vouloir ta mort, au point de vouloir effacer jusqu'à ton existence, au point d'interdire qu'on prononce ton nom. Comment réagirais-tu si cette personne venait soudain te voir, après des années de silence, en t'appelant son fils, comme si rien ne s'était passé ?

- Je vois, affirma le roi. Tu sais, j'avais sérieusement considéré de lui confisquer son domaine pour te le confier.

Joseph releva le regard, alarmé.

- Mais j'ai rarement vu un homme aussi désireux d'expier sa faute que lui, et j'ai eu l'impression que ton absence était une plus grande punition que tout ce que je pourrais lui infliger, ajouta Amenhotep, en bougeant à son tour ses pièces. Puisque c'est manifestement une affaire de famille, je te laisse régler la question comme tu l'entends.

Joseph acquiesça, pensif, avant de retourner son attention au plateau, considérant le sujet clôt. Il n'y aurait pas pensé lui-même, mais il devait reconnaitre que « une affaire de famille » caractérisait étrangement bien son histoire avec Putiphar. Ils jouèrent quelques temps en silence. Ils étaient tous les deux de bons joueurs, et la partie se corsait, requérant de leur part une véritable réflexion. Joseph, tout en jouant, ressassait ce que lui avait dit Pharaon, le cœur soudain allégé d'un poids dont il avait oublié l'existence. C'était la deuxième fois ce jour-là qu'on lui parlait de Putiphar, qu'on prenait Putiphar pour son père. Ainsi, Putiphar avait parlé en sa faveur, et récemment. Il pensait encore du bien de lui. Amenhotep sortit ses derniers pions du plateau.

- Haha ! s'exclama Amenhotep. Je t'avais dit que je ne te laisserais pas gagner cette fois !

Joseph ne retint pas un sourire amusé. Amenhotep était un bon adversaire, mais jusque-là, Joseph avait remporté la dizaine de parties qu'ils avaient disputées. Il ne précisa pas que sa distraction avait laissé un avantage non négligeable à son adversaire. Le souverain fit un signe, et un serviteur vint les resservir en vin, tandis que Joseph redressait les pièces pour une autre partie. Le soleil n'était pas encore couché, après tout. Mais Pharaon n'était pas intéressé par une revanche, et son vice-roi estima le moment bien choisi pour soumettre sa requête.

- J'ai une faveur à demander, dit Joseph quand le serviteur se fut éloigné.

- Une faveur ? répéta Pharaon, intrigué. Eh bien je t'écoute.

- Je voudrais me marier, annonça le vice-roi.

Amenhotep eut un reniflement amusé.

- C'est toi qui me ferais une faveur en te mariant, observa-t-il. Ça fait désordre qu'un homme aussi haut-placé que toi soit encore célibataire à ton âge, tu sais, et je suis certain que mon Grand Intendant a déjà une liste de candidates convenables à te présenter.

- Je n'ai pas besoin qu'on me présente qui que ce soit, interrompit Joseph, le cœur battant. Avec ta bénédiction, je voudrais épouser Asenath, fille de Potiphera, le grand-prêtre de On.

- La fille du grand-prêtre? répéta Amenhotep, surpris. Ma foi, ma reine sera déçue, mais ce serait un parti plutôt avantageux pour toi. Je n'y suis pas opposé sur le principe. Je me dois de te prévenir, cependant : elle a la réputation d'avoir un sale caractère, et d'avoir refusé une bonne dizaine de demandes en mariage, toutes plus prestigieuses les unes que les autres.

- Douze au dernier comptage, confirma Joseph avec un sourire légèrement suffisant. Mais j'ai un avantage non-négligeable sur tous ces prétendants éconduits.

- Elle n'a pas l'air intéressée par le rang, avertit Amenhotep. Elle a refusé mon propre cousin, de ce que je sais. D'ailleurs, je te préviens, si elle t'éconduit, je ne la forcerai pas. On pourrait te trouver une épouse aussi riche et bien connectée, mais le caractère en moins, tu sais.

- L'avantage que j'ai, y compris sur ton cousin, c'est que j'étais là avant, se vanta le vice-roi. Je connais Asenath depuis presque douze ans, et pour ta gouverne, elle a un excellent caractère. Elle sait ce qu'elle veut, c'est tout, et il se trouve que c'est moi qu'elle veut.

- Et comment en es-tu si certain, précisément ? demanda Amenhotep, pas convaincu. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vue récemment à ma cour.

- Elle passe l'essentiel de son temps sur le domaine de son oncle, dont elle est l'héritière, expliqua Joseph. Son oncle Putiphar, précisa-t-il en rougissant en voyant le regard interrogateur de son ami.

- Je vois, ricana le souverain. Une histoire de famille, n'est-ce pas ?

Joseph lui jeta un regard ennuyé.

- Eh bien tu as ma bénédiction pour la demander en mariage, je suppose, accorda Amenhotep en riant, mais essaie de te remettre rapidement si elle te brise le cœur.

Considérant le sujet clôt, Joseph inclina la tête en reconnaissance avant de prendre congé. C'était une drôle de bénédiction, mais il avait l'accord de principe de Pharaon, c'était la seule chose dont il avait besoin. Il n'était nullement inquiet de la réponse d'Asenath.

Asenath qui refuse les demandes en mariage à tour de bras, c'est aussi une référence très obscure à Joseph et Asenath. Cela dit, l'Asenath du roman refuse ses prétendants par orgueil et est globalement une véritable peste, qui n'a pour elle que d'être très riche, très bien connectée et très jolie. Et puis elle tombe amoureuse de Joseph, dont on ne sait pas très bien ce qu'il lui trouve, mis à part qu'elle n'a jamais vu d'autre homme de sa vie que son père. Je trouve mon Asenath bien plus sympathique.

Aussi, je me suis énormément amusée à écrire l'amitié entre Amenhotep et Joseph : ils sont potes, c'est tout.