Dorea arriva ce matin-là, de bonne heure, l'open-space étant encore désert.

Elle n'avait pas dormi de la nuit. Ce n'était pas le portoloin qu'elle avait emprunté à quatre heures du matin pour rejoindre Londres qui l'avait préoccupé. Ce n'étaient pas non plus les chamailleries de Théia et Scorpius, incessantes durant tout le weekend, qui l'avaient exaspérée. Ni même l'absence inattendue de son associé ce jour-là, alors qu'il lui avait assuré qu'il serait bien présent. Non, ce n'était pas cela qui l'avait rendue aussi fébrile ces derniers jours. C'étaient les interrogatoires qu'elle s'apprêtait à mener au cours de la journée. Surtout le dernier.

Un mois plus tôt, lorsqu'elle avait ordonné d'envoyer les convocations, elle s'était dit que mener les interrogatoires des trois Malefoy le même jour serait comme retirer un bandage, ou bien une bande épilatoire… au choix.

Cependant, au fur et à mesure que les semaines passaient, ce lundi se révélait de plus en plus redouté, s'imprimant en elle comme marqué au fer rouge.

Elle avait interrogé toutes les personnes susceptibles de témoigner en faveur de Lucius Malefoy. Pendant ces deux dernières semaines, elle avait enchaîné les allersretours au ministère, appréciant de constater que le Magenmagot n'avait trouvé qu'une misérable preuve quant à la poursuite des activités de mangemort de Malefoy. Toutefois, une fois la satisfaction passée, elle avait réalisé qu'elle ne pouvait faire l'impasse sur les interrogatoires du principal intéressé, mais également de sa femme et de son fils.

Car bien que cette preuve soit presque insignifiante et qu'elle puisse démonter les faits d'un tour de main, le procès aurait bel et bien lieu. Et pour qu'il ait lieu, elle devait passer par un faceàface anticipé avec les Malefoy.

En parlant de cette famille, Dorea s'étonnait de ne pas avoir revu leur fils. Leur dernière discussion remontait au jour où Daphné avait donné naissance à son dernier enfant, qu'elle avait prénommé Andréas — Dorea ayant fait envoyer un service en porcelaine pour enfant en guise de cadeau de naissance — depuis, elle n'avait plus croisé le blond.

D'un côté, cela l'avait soulagée, mais d'un autre, elle redoutait le retour de baguette. Leur dernier échange n'étant pas convivial, elle se doutait que Drago préparait un mauvais coup. Elle le connaissait trop bien.

Néanmoins, une part d'elle était frustrée de ne pas l'avoir, ne seraitce qu'aperçu. Elle se demandait si elle était si repoussante pour qu'il l'évite ainsi. Car il l'évitait, n'estce pas ? Ou étaitce là un pur hasard ?

Elle secoua la tête, rageant intérieurement. Quelle idiote elle faisait ! Elle n'avait plus aucune importance dans son monde. Évidemment, qu'il se fichait d'elle.

Parfois, la perspective de s'oublietter ellemême lui paraissait tentante. Peutêtre qu'elle devrait cesser de se torturer l'esprit comme elle le faisait depuis son retour délibéré dans leur vie.

Mais bientôt, elle n'aurait plus à souffrir de ce maelström permanent qui tourbillonnait en elle. L'affaire serait réglée dans deux semaines, trois tout au plus. Et aussitôt, elle repartirait pour Dubaï, oubliant cette histoire, fière d'avoir, une fois encore, bien agi. Car c'était bien pour cela qu'elle exerçait ce métier : racheter ses crimes passés et agir pour le bien de tous.

Les Malefoy allaient pouvoir retrouver un équilibre familial, et cela, c'était une bonne chose. Ils méritaient cette chance. Drago méritait cette seconde chance avec son père. Même si elle aurait préféré lui faire payer ce qu'il lui avait fait subir, elle avait mis ses sentiments de côté et avait agi comme elle l'avait fait toutes ces années durant : aider les autres à se retrouver.

Installée derrière son bureau à présent, elle ouvrit son ordinateur et commença à taper des idées pour sa plaidoirie. L'heure passa et les employés commencèrent à arriver, ses deux assistants se précipitant pour lui apporter un café chacun. Tant mieux, elle en avait grandement besoin, vu ce qui l'attendait dans les prochaines minutes.

À cet instant, Lucius Malefoy fit irruption dans l'openspace. Tous se turent, l'observant avec une certaine crainte dans le regard.

Dorea constata qu'il avait repris du poil de la bête depuis leur dernière rencontre au tribunal. Il avait, pour ainsi dire, retrouvé sa splendeur d'antan.

Ses longs cheveux blonds attachés en catogan, sa cape noire couvrant son costume taillé sur mesure et son éternelle canne claquant sur la moquette au rythme de ses pas.

La rousse se leva et contourna son bureau pour ouvrir la porte, tandis qu'il s'approchait. Il finit par se planter devant elle, l'analysant de son regard froid et calculateur.

- Monsieur Malefoy, fit Dorea, restant de marbre en tendant la main.

- Maître Harrington, ditil en lui serrant la main avec une certaine gravité.

- Entrez, je vous prie, ma greffière va bientôt arriver.

- Je vous remercie, fit Malefoy en pénétrant dans la pièce.

Il prit place sur le fauteuil face à son bureau. Dorea le rejoignit, s'installant sur son fauteuil Chesterfield, le souffle légèrement tremblant.

Un silence pesant s'installa dans la pièce et Dorea feignit de taper sur son ordinateur, continuant d'écrire sa plaidoirie. Elle sentit le regard de Lucius la détailler dans les moindres détails.

Elle jeta un regard à sa montre et constata qu'il s'était écoulé plus de cinq minutes alors qu'ils attendaient cette greffière. Elle soupira d'exaspération, et c'est à ce moment-là que la concernée fit irruption dans la pièce. À peine eut-elle franchi le seuil que Dorea posa son regard furieux sur elle.

- Vous avez cinq minutes de retard, aboya Dorea d'un ton glacial. Encore un faux pas de ce genre et je vous vire. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Euh… oui, Maître, répondit la greffière d'une voix tremblante.

Puis elle alla s'installer près de la fenêtre, ouvrant son ordinateur avec empressement. Dorea tourna alors son regard vers Lucius Malefoy, et à son plus grand étonnement, un sourire satisfait se dessina au coin de ses lèvres. Elle résista à l'envie de lâcher un soupir dépité.

Elle fit un signe de tête à la greffière, qui lui répondit par un hochement avant de se redresser sur sa chaise, se préparant à affronter un passé dont elle était mêlée.

- Monsieur Malefoy, merci d'être présent ici ce matin.

- Je crains de ne pas vraiment avoir le choix, n'est-ce pas ? murmura-t-il. Sachez que j'abhorre l'idée de devoir étaler ma vie à une inconnue.

Dorea se repositionna sur sa chaise, toussota pour retrouver sa contenance.

- C'est vous qui voyez, Monsieur Malefoy. Mais sachez que je détesterais voir mon premier procès en six ans d'activité perdre à cause de votre aversion à être interrogé sur votre… intimité familiale.

Lucius leva le menton, jaugeant la rousse de son regard analytique.

- Maintenant que les politesses de rigueur sont faites, pouvons-nous commencer ? demanda Dorea d'un ton calme.

- Drago m'avait prévenu, répondit l'ancienne Serpentard.

- Que vous êtes une avocate très professionnelle.

- Je suis ravie que votre fils apprécie mes compétences.

Lucius afficha un sourire froid.

- Pas seulement cela, sachez-le, dit-il d'un ton doucereux.

Dorea plissa les yeux, se demandant ce que cela pouvait signifier. Elle sachant qu'il cherchait à la déstabiliser, préféra ignorer sa dernière remarque.

- Je vais débuter par votre enfance, Monsieur Malefoy, enchaîna-t-elle. Parlez-moi de vos parents et de l'éducation que vous avez reçue.

Lucius s'installa plus confortablement sur sa chaise, le regard fixe.

- Mon père, Abraxas Malefoy, m'a appris que la pureté du sang était essentielle. Ma mère, une femme effacée, s'est concentrée sur la préservation de l'héritage familial. Ils étaient stricts, parfois même cruels. L'éducation que j'ai reçue était empreinte d'un formalisme rigide.

- Pensez-vous que ce formalisme a façonné votre caractère et vos choix futurs ?

- Cela allait de soi. L'intimidation et la domination étaient des outils normaux pour avancer. J'ai appris à apprécier le pouvoir, à ne pas le questionner. Se conformer était synonyme de survie.

- Et vos années à Poudlard, comment se sont-elles déroulées ?

- Poudlard n'était qu'un terrain de jeu pour les plus ambitieux. Je me suis immédiatement retrouvé à Serpentard. Dès le début, ma priorité était de m'associer à ceux qui comprenaient la valeur du sang.

- Si mes informations sont bonnes, c'est là-bas que vous avez rencontré Narcissa Black ?

- Oui, Narcissa. Elle était belle. Elle est belle, rectifia-t-il. Elle incarnait tout ce que je recherchais dans une épouse. Mais je l'ai aussi perçue comme une alliée dans un jeu plus vaste. Nous avons souvent interagi, profitant des occasions de tisser des liens et de nous côtoyer plus régulièrement. Elle a toujours compris combien il était vital de préserver notre réputation.

- Je crois savoir que vous avez eu une rupture après Poudlard. Qu'est-ce qui a causé cela ?

Lucius pila net, puis fronça les sourcils.

- Comment savez-vous cela ? Personne n'est au courant…

- Je ne serais pas une bonne avocate si je ne faisais pas un minimum de recherche sur mon client.

C'était un pur mensonge. Elle n'avait pas eu besoin de faire tant de recherches que ça sur les Malefoy. Drago le lui avait raconté un jour, alors qu'il lui proposait d'emménager ensemble à Belgrave Square. La veille où elle avait été marquée…

- C'était prévisible, répondit finalement le blond. Les ambitions nous éloignaient. Nous étions jeunes et éperdument préoccupés par notre statut. Mais cela n'a été que temporaire. Nous avons vite réalisé qu'au-delà des convenances, nous étions réellement attachés l'un à l'autre.

- Est-ce que cette séparation a eu un impact sur vous ?

- Je considérais Narcissa comme… il toussota et remua sur sa chaise, légèrement mal à l'aise – comme ma possession. Donc non, il n'y a pas eu d'impact, car je savais, un jour ou l'autre, que j'allais l'épouser.

Dorea commençait à s'amuser. Jamais elle n'avait abordé l'intimité de Lucius et Narcissa Malefoy. Même avec Drago. Néanmoins, ce sujet l'intéressait.

- Comment en êtes-vous venus à vous réconcilier ?

- La réconciliation est survenue naturellement, surtout lors de nos escapades à Belgrave Square. C'était une maison que Narcissa avait acquise. Elle avait fait croire à ses parents et à ses sœurs qu'elle se trouvait dans une retraite en France. Mais en réalité, elle vivait à Londres. Je crois qu'elle voulait fuir la pression familiale qui pesait sur nous. C'était agréable de passer du temps ensemble, loin des regards indiscrets.

- En parlant de votre vie plus tard, comment vous sentiez-vous en devenant Mangemort lors de la première guerre ?

Malefoy laissa échapper un rire glacial.

- C'était une victoire, un costume parfaitement ajusté à mes ambitions. Un monde où je pouvais vraiment exercer mon pouvoir, mais aussi un monde où la faiblesse était impitoyablement punie. Mes activités ont renforcé ma position, bien que Narcissa ait eu ses réserves.

- Ces réserves que Narcissa avait, comment les gériez-vous ?

- Je n'avais pas à gérer cela. La loyauté et la soumission étaient des attentes. Elle devait comprendre qu'en étant avec moi, elle avait choisi d'embrasser un monde de règles inébranlables.

- Parlez-moi de l'époque où vous et Narcissa avez eu des difficultés à concevoir Drago.

- Votre détective privé doit être excellent pour avoir obtenu de telles informations, dit le père de Drago d'un ton doucereux.

Dorea s'abstint de répondre, sachant pertinemment que ces informations n'étaient certainement pas du ressort de son détective.

- Ce fut une période déconcertante, poursuivit Lucius, une voile de tristesse couvrant ses prunelles. J'avais d'autres préoccupations en tête, mais le nom Malefoy devait être perpétué. Les échecs étaient inacceptables. Je l'ai vu dans les yeux de Narcissa, cette anxiété, cette pression croissante. Quand enfin Drago est né, cela fut… un soulagement temporaire.

- Quel a été votre sentiment lors de la disparition de Voldemort en mille-neuf-cent-quatre-vingt-un ?

- Ne vous a-t-on jamais dit qu'il était imprudent de prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres ? Même encore maintenant ?

Répondez à la question, Monsieur Malefoy, rétorqua fermement Dorea. Un éclair de soulagement passa alors sur le visage de l'ancien mangemort.

- C'était comme un poids qui s'enlevait. L'absence de sa menace immédiate a apporté une tranquillité dans nos vies. Je croyais que c'était notre chance de tourner la page, de reconstruire notre vie sans cette ombre pesante. Drago n'avait qu'un an à l'époque. C'était à lui que je pensais. Et à son avenir.

- Mais cette tranquillité fut de courte durée, n'est-ce pas ? Comment avez-vous vécu l'enfance de Drago dans un tel contexte ?

- Drago avait tout ce dont il avait besoin. Sa mère et moi mettions un point d'honneur à lui offrir les meilleurs précepteurs, la meilleure éducation possible, alliant prestige et exigence. C'était…

Soudain, il s'interrompit, le regard perdu au loin.

- C'était ?

- C'était mon unique fils, ajouta-t-il d'une voix soudainement enrouée. Je n'étais pas un père conventionnel, mais cela ne m'importait guère. Mes attentes étaient qu'il évolue dans l'excellence. La difficulté résidait dans l'équilibre entre exigence et affection, un exercice délicat.

- Vous parlez de tensions dans votre relation. A-t-il tenté de se rebeller contre vos attentes ?

Lucius eut un ricanement bref.

- Un peu, oui. Cela n'a fait qu'augmenter la méfiance entre nous. Il existait un besoin de maintenir les apparences. Je l'ai engendré pour porter le nom Malefoy, et je voulais qu'il sache que le respect se mérite.

- Avec le retour de Voldemort, comment cela a-t-il influencé votre dynamique familiale ?

- C'était un retour à la soumission. La peur a refait surface, sans répit. Je voyais Drago tiraillé entre le désir de plaire… de vouloir me plaire et la crainte d'être soumis également.

Dorea baissa la tête, les souvenirs de sa cinquième année resurgissant. Elle se remémorait comme Drago était tiraillé entre les attentes de son père et ses propres désirs.

- Pouvez-vous me raconter ce qu'il s'est passé suite à l'échec de votre mission en mille-neuf-cent-quatre-vingt-seize, au ministère de la Magie ? Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

- J'ai éprouvé une honte considérable, fit Lucius, une colère palpable dans sa voix. Cela a révélé mes faiblesses. La mission était cruciale, une occasion manquée pour le Seigneur des Ténèbres. Nous ne pouvions tolérer l'échec.

- Ce fardeau a-t-il pesé sur vous lorsque Voldemort a de nouveau élu domicile au Manoir ?

L'ancien mangemort se redressa, son visage se durcissant.

- Absolument. Lorsque le Seigneur des Ténèbres s'est installé au manoir, l'atmosphère était… suffocante. Chaque jour, c'était des avertissements, des preuves de loyauté. Sa présence imposait une discipline stricte. Les discussions de stratégie étaient assaisonnées d'échos de souffrances infligées aux traîtres. C'était un environnement où la cruauté était presque rituelle.

Dorea lâcha un souffle contenu, et Lucius affichait un rictus en coin.

- Est-ce trop pour vous, Maître ?

La rousse serra les dents, puis enchaîna avec une autre question.

- Avez-vous ressenti une quelconque loyauté envers lui à ce moment-là ou était-ce plutôt de la peur ?

Lucius réfléchit un instant.

- Loyauté et peur sont souvent entrelacées dans ce monde. Je ne prétends pas que l'un l'emporte sur l'autre. Nous jouions tous le même jeu, voulant rester en vie et préserver notre famille. Mais, d'une certaine façon, cela devenait lassant.

- Vous parlez de votre famille. Que ressentiez-vous pour votre femme et votre fils au milieu de tout cela ?

- Je craignais pour eux. Constamment. Mais…

- Mais ?

- Mais Narcissa et Drago savaient où se situait leur place.

- C'est-à-dire ?

- À mes côtés.

Dorea ressentit une vague d'intérêt.

- Drago n'a… jamais cherché à fuir ?

- Non. Il est resté jusqu'au bout. Bien sûr, durant la bataille de Poudlard, il a tenté de se rebeller. Mais j'ai réalisé que l'influence de mon épouse sur lui était bien plus imposante que la mienne.

- Mais votre épouse… elle a bien sauvé Monsieur Potter des mains de Lord Voldemort, durant la bataille ?

- Oui.

- Était-ce une trahison pour vous ?

- Non. Elle a simplement fait ce qu'une mère aurait fait.

- Protéger votre enfant, comprit Dorea.

La jeune femme pouvait être en accord sur ce point. Elle avait également fait la même chose, douze ans plus tôt.

Elle se leva, signifiant à Lucius Malefoy que leur entretien touchait à sa fin. Il l'imita et tous deux se serrèrent la main.

- Je vous remercie, Monsieur Malefoy, de m'avoir consacré votre temps.

Il tira alors sa main, l'obligeant à s'approcher de lui. Il lui chuchota :

- Faites ce qu'il faut, Maître. Je veux pouvoir profiter de ma famille à nouveau.

Dorea se redressa, puis lui adressa un sourire confiant. Pour la première fois, elle vit un Lucius Malefoy vulnérable, aspirant à une seule chose : jouir d'une liberté, sans une épée de Damoclès au-dessus de lui, désireux de se racheter auprès de son fils et de sa femme.

0o0

Dans l'après-midi, ce fut au tour de Narcissa de se soumettre à son interrogatoire. Dorea, légèrement nerveuse, se recoiffa rapidement, désireuse de faire bonne impression à la mère de Drago.

Elle arriva avec toute son élégance et son charisme, héritages de son fils. Les deux femmes se serrèrent la main, et Dorea débuta l'entretien. Instantanément, elle ressentit cette sensation d'être de nouveau la jeune fille de dix-sept ans, se retrouvant sous le regard scrutateur de la mère du garçon dont elle était éperdument amoureuse et qui n'approuvait certainement pas sa relation avec lui.

- J'aimerais commencer par vous demander ce que signifie pour vous être un membre de la famille Malefoy, commença Dorea.

Narcissa adopta une posture droite, les mains entrelacées, et répondit :

- Être une Malefoy, c'est porter un héritage de pouvoir et de respect. Cela implique aussi un poids considérable, surtout dans un monde comme le nôtre. Nous avons toujours été tenus à un standard élevé.

- C'est un point intéressant. Comment cela a-t-il influencé votre enfance et votre éducation au sein de la famille Black ?

- Ma famille était imprégnée de traditions. Une jeunesse rigoureuse, des enseignements sur l'importance du sang pur. Mon statut était non seulement un acte de fierté, mais aussi une exigence. On ne plaisante pas avec l'honneur familial. Ce fut un régal de plaisir, mais la pression était souvent accablante.

- Et, si je comprends bien, cela était également assorti d'attentes pour vos choix personnels, n'est-ce-pas ? Comme votre mariage avec Lucius ?

Narcissa esquissa un léger sourire, bien que son regard demeurât froid.

- Lucius était… fascinant. Il incarnait cette puissance que j'admirais. J'ai choisi de l'épouser non seulement par amour, mais pour ce qu'il représentait dans notre monde.

- Cet amour que vous éprouvez pour votre époux constitue-t-il un défi lors des moments de tension, notamment durant la première guerre des sorciers ?

- Je préfère ne pas m'étendre sur mes sentiments envers mon mari.

- Mrs Malefoy, vous devez répondre. Maître Thorne, lors du procès pour la libération de votre époux, n'aura que faire de votre ressenti lorsqu'il vous posera des questions intimes sur votre couple.

Le visage de Narcissa se durcit légèrement.

- Lucius a toujours agi selon ses propres motivations, parfois au détriment de notre famille. Les tensions étaient inévitables. Je me rappelle des nuits d'angoisse, me demandant s'il reviendrait. Mais peu importe les difficultés, je n'ai jamais cessé de croire en lui.

- Vous avez traversé des moments difficiles ensemble. Qu'est-ce qui vous a permis de rester unie malgré la pression ?

Le regard azur de la blonde s'assombrit brusquement.

- Malgré la peur et l'incertitude, je savais que je devais être son pilier, le soutenir. Notre force réside dans notre capacité à nous comprendre, même en silence.

- Cela semble compliqué. Comment votre lien a-t-il évolué avec l'arrivée de votre fils, Drago ?

- Drago a été une bénédiction, mais aussi une source de difficulté. La pression d'élever un héritier dans un monde si déchiré était considérable. J'ai tenté de lui offrir une éducation conforme à nos valeurs, mais la peur de le perdre me hantait. Je voulais qu'il soit fort, mais l'ombre des agissements de son père pesait lourdement.

- Je voudrais savoir ce que l'arrivée de Voldemort a modifié dans la dynamique de votre famille.

- Vous… vous avez prononcé son nom, souffla-t-elle, ne pouvant cacher sa surprise.

- Aussi bien que je prononce le mien, répondit Dorea froidement.

Narcissa lâcha un soupir puis continua :

- Le Seigneur des Ténèbres… l'homme qui exacerbe la douleur et la peur. Son retour a ravivé la terreur, mais j'ai dû demeurer forte pour Drago. Je savais que c'était à moi de le guider à travers ce danger. Mais mon amour pour Lucius n'a jamais faibli. Je lui suis demeurée fidèle, même dans l'ombre de la guerre.

- Quand Lucius est revenu d'Azkaban après son échec au ministère en mille-neuf-cent-quatre-vingt-seize, comment votre relation a-t-elle évolué ?

- Les retrouvailles étaient teintées de complexité. Nous avions tous deux changé. La méfiance et la douleur pesaient encore. Mais cet amour, qui n'avait jamais été évident, a commencé à ressurgir lentement. J'ai dû le soutenir, mais aussi me protéger.

- Pensez-vous que votre mariage a survécu grâce à ce lien ?

- Absolument. Même dans les instants les plus sombres, lorsque tout semblait perdu, l'amour que nous ressentions l'un pour l'autre a été un phare.

Cela résonna en Dorea, qui se rappela que, avec Drago, elle avait vécu quelque chose de semblable. Du moins, elle l'avait cru, jusqu'à ce qu'il la laisse tomber comme s'il s'agissait d'un vulgaire déchet.

- Que dire de votre relation avec Drago aujourd'hui ? Pensez-vous qu'il peine à comprendre vos choix passés ?

- Drago est, comme nous l'avons tous été, tiraillé entre nos attentes et ses propres désirs. J'ai tenté de le protéger des horreurs que nous avons vécues. Sa peur de décevoir, de suivre les traces de son père, lui pesait énormément. Mais je dois croire qu'en tant que mère, je peux l'orienter vers un meilleur chemin.

- Vous faites référence à son mariage ?

- Oui.

- À ses multiples liaisons adultérines ?

- Ses liaisons ne sont que le reflet de sa propre douleur.

- Que voulez-vous dire ?

- J'ai toujours pensé qu'il avait commis une erreur en épousant Miss Greengrass.

- Je ne comprends pas ? Je croyais qu'elle et vous aviez des atomes crochus ?

- Est-ce ce qu'elle vous a dit ?

Dorea confirma d'un hochement de tête, et Narcissa éclata de rire, désabusée.

- Je suis cordiale avec ma belle-fille. C'est tout. Mais elle et Drago… ils sont très mal assortis. Chaque fois que je les vois ensemble, j'ai l'impression que c'est… contrenature. Ce n'est pas elle qui devrait se retrouver à ses côtés. Comme si… il manquait une pièce du puzzle.

La rousse se redressa, toute ouïe.

- Drago sait que vous pensez ça ?

- Non. J'ai tenté de lui dire à plusieurs reprises, de le pousser à divorcer. Mais je sais pertinemment qu'il ne fera jamais une chose pareille. L'honneur et la dignité du nom Malefoy ne tenant qu'à un fil, il préfère rester malheureux en mariage qu'heureux seul ou... avec une autre femme qui serait bien plus digne de lui.

Dorea, s'efforçant de rester de marbre, opina du chef, consciente que Narcissa n'avait aucunement conscience de ce qu'elle venait de déclarer.

- Effacez ce passage, ordonna-t-elle en se tournant vers sa greffière. Je ne veux pas que cela apparaisse dans les documents officiels.

La greffière s'exécuta et Dorea reporta son attention sur la mère de Drago, qui lui adressa un sourire reconnaissant.

- Avant de conclure, j'aimerais que vous me parliez de votre relation avec votre sœur, Bellatrix. Comment cela a-t-il influencé votre vie ?

Narcissa Malefoy hésita un moment, son regard s'assombrissant légèrement.

- Bellatrix a toujours été... différente. Sa passion pour ses idéaux et sa cause étaient presque fanatiques. Je ne peux pas dire que je partageais ses convictions. Mais il y avait un lien de sang, une loyauté inébranlable entre nous.

- Votre relation était-elle tendue, compte tenu des choix que chacune de vous a faits ?

- C'était complexe. Malgré nos divergences, il y avait un respect sous-jacent. Je l'ai souvent vue comme une tragédie vivante, une femme en quête de quelque chose de plus grand que la vie elle-même.

- Avez-vous essayé de la détourner de cette voie, de cette dévotion envers Voldemort ?

- J'ai essayé à plusieurs reprises, mais Bellatrix était obstinée dans ses idéaux. Pour elle, la loyauté envers le Seigneur des Ténèbres était sacrée. Je craignais cependant pour elle, j'ai souvent ressenti de l'angoisse face aux risques qu'elle prenait.

- Cela ne devait pas être facile de la voir s'engager sur ce chemin, surtout en tant que membre d'une famille aussi influente.

- Non, ce n'était pas facile, répondit Narcissa avec un soupir contrôlé. Mais c'était sa vie. Je suis préoccupée par nos valeurs, mais je ne peux pas forcer quelqu'un à ignorer sa passion. Nous avons chacune suivi des chemins différents, mais il existait un respect tacite entre nous, même s'il n'a jamais été clairement exprimé.

- Rappelez-moi comment elle est morte ? demanda Dorea intriguée.

0o0

Dorea ne savait où donner de la tête, le chaos s'entremêlant sous ses yeux, les Mangemorts prenant la fuite tandis que leurs adversaires, les sorciers de leur camp, couraient dans tous les sens. Puis, il y avait Harry… Harry qui était vivant et qu'elle voyait maintenant transplaner dans un plop, suivi de près par Voldemort.

Sans le temps de réfléchir, elle courut machinalement vers le corps de Drago, près de la porte d'entrée du château. Elle s'agenouilla devant lui, le souffle court, le secouant pour le faire revenir à lui. Drago reprit connaissance en quelques secondes, à son grand soulagement.

- Salut, murmura Dorea, la voix empreinte d'inquiétude.

- Suis-je mort ? grimaça-t-il, la douleur marquant ses traits.

- Non… Non, tu n'es pas mort, assura-t-elle en posant une main douce sur sa joue, tentant de lui apporter du réconfort.

Il leva ses yeux métalliques vers elle, et malgré l'horreur de la bataille, Dorea ressentit un élan de chaleur et de passion qui la poussa à l'embrasser. Ce fut un baiser à la fois désespéré et plein d'espoir, où ils oublièrent, ne serait-ce qu'un instant, le tumulte qui les entourait.

Cependant, ils ne purent percevoir Bellatrix s'approcher d'un pas lourd, prête à en découdre.

- Vous allez me le payer ! cria-t-elle, sa colère la rendant encore plus menaçante.

Elle leva sa baguette, mais s'immobilisa brusquement, son corps se glaçant avant de se briser en mille morceaux. Dorea aperçut Narcissa Malefoy se tenir juste derrière, une baguette qu'elle avait sûrement récupérée d'un Mangemort en fuite, bien en main.

- Pas mon fils, espèce de garce ! cracha-t-elle avec une fureur maternelle.

Dorea, bouche entrouverte de stupeur, la vit s'approcher d'eux, s'agenouiller pour aider Drago à se relever. Après ce qu'elle avait vu, Dorea réussit à recouvrir quelque peu ses esprits et en fit de même.

Narcissa et Drago s'observèrent, puis s'enlacèrent avec une force émotive, liant les âmes perdues d'une mère et de son fils.

0o0

- Je n'en sais rien. Durant… cette bataille… tout était très flou. Nous avons fui dès que Monsieur Potter a attaqué le Seigneur des Ténèbres.

- Mmmh… fit pensivement Dorea. Et après la mort de Bellatrix, quel a été votre sentiment ? Cela a dû vous marquer profondément ?

Narcissa fronça les sourcils.

- Sa mort était tragique. Je ne l'approuvais pas, mais elle était ma sœur. Malgré la froideur de notre relation, il y avait de l'affection, une forte connexion qui ne peut être niée. Sa disparition m'a rappelé la fragilité de notre monde et la portée des choix que nous faisons. Les conséquences nous affectent bien au-delà des mots.

- En tant que Malfoy, en tant que mère et épouse, comment cela façonne-t-il vos décisions actuelles ?

- Chaque décision que je prends est guidée par une volonté de préserver ce qui reste de notre famille. L'héritage des Black fait partie de moi, mais je choisis de m'en servir pour construire une identité plus forte pour Drago et Lucius. Je ne laisserai pas les fantômes du passé nous définir.

- Je vous remercie, Madame Malefoy, pour votre temps.

Elles se levèrent toutes deux et Dorea remarqua alors la présence de Drago, juste derrière la porte. Il portait un costume gris, s'appuyant contre la vitre qui séparait son bureau de l'open-space. Dorea fut contente d'avoir jeté un sort d'impassibilité sur cette porte. Il avait réellement le don d'apparaître là où elle ne l'attendait pas.

La jeune femme ouvrit la porte, ne pouvant s'empêcher d'admirer la carrure athlétique du blond, son costume le mettant parfaitement en valeur.

Drago se redressa et salua sa mère d'un baiser tendre sur la tempe. Ils échangèrent quelques banalités, puis le jeune homme entra dans la pièce, Dorea refermant la porte derrière eux, sans apercevoir le regard suspicieux que jeta Narcissa dans leur direction en se dirigeant vers les ascenseurs.

La rousse contourna sa table de travail, tandis que l'ancien Serpentard prenait place sur le fauteuil que sa mère venait tout juste de quitter.

- Je suis ravi de vous revoir, Maître, dit-il alors.

- Ah oui ? fit naïvement Dorea, évitant soigneusement son regard.

Elle feignit de jeter un coup d'œil à son écran d'ordinateur.

- Oui… notre dernière discussion m'a laissé un goût quelque peu… amer dans la bouche.

Dorea déglutit avec difficulté, mais resta silencieuse, son regard fixant l'écran, jusqu'à ce qu'elle soit contrainte de lui faire face avant que son attitude ne devienne ridicule.

- Êtes-vous prêt ?

- Quand vous voulez, répondit-il avec un sourire en coin.

- Monsieur Malefoy, j'aimerais aborder votre enfance. Quels sont vos premiers souvenirs ?

Drago croisa les bras, un léger sourire sur les lèvres.

- Mon enfance était… constructive. J'ai grandi dans un monde où la puissance, la pureté du sang, et les attentes étaient omniprésentes. C'était comme une préparation à ce que j'allais devenir.

- Vous parlez de puissance et d'attentes. Comment cela a-t-il influencé votre vie à Poudlard ?

Le jeune homme soupira d'un air las.

- Poudlard était un terrain d'apprentissage. Je suis allé à Serpentard, évidemment. J'y ai découvert la stratégie, la manipulation. L'école représentait un microcosme de la société. Les rivalités, les intrigues ; j'étais un acteur tiraillé par le besoin de prouver ma valeur.

- Et que dire de vos relations avec les autres élèves ? En particulier avec Monsieur Potter et ses amis ?

- Potter et ses camarades étaient des nuisances, répondit Drago avec un ricanement. Je les voyais comme un obstacle à la grandeur potentielle de notre époque. Les affronter était presque… amusant. Mais je savais que leur popularité n'était qu'un reflet temporaire.

- Qu'en est-il de votre relation avec vos parents à cette époque ? Vous ont-ils soutenu dans vos choix ?

- Mes parents avaient des attentes très élevées. Ils attendaient de moi que je sois à la hauteur du nom Malefoy. L'échec n'était pas une option. Je me souviens de moments de tension, mais tout cela a forgé mon caractère. Mon père, Lucius, était un homme… exigeant.

- La pression devait être écrasante. Comment avez-vous géré cela avec le retour de Lord Voldemort ?

- Le retour du Seigneur des Ténèbres a tout changé. J'ai été plongé dans un monde d'angoisse et de choix compliqués. À la fois terrifiant et exaltant, je savais que ma loyauté serait mise à l'épreuve. Je ne pouvais pas fuir ma nature ou mes obligations. Ça devenait inévitable.

- Votre implication avec les Mangemorts est un aspect crucial. Comment cela s'est-il manifesté dans votre relation avec votre famille ?

- Les tensions montaient à la maison, dit Drago sur un ton plus sérieux. Mon père était souvent absent, occupé par ses projets avec le maître. Ma mère était tourmentée par l'incertitude. J'ai dû trouver ma place dans ce chaos.

- Et la vie au Manoir sous le règne du Seigneur des Ténèbres, comment la décririez-vous ?

- C'était un mélange d'angoisse et de terreur. Chaque réunion avec lui était une danse sur un fil. Sa présence imposait une discipline stricte. Je me souviens des exécutions… le pouvoir était palpable, mais le danger l'était tout autant.

- Vous avez vécu des moments traumatisants, j'imagine. Quand vous avez vu votre mère et votre père interagir avec lui, quelle impression cela vous a-t-il laissée ?

Drago eut un rictus indéchiffrable sur son visage.

- C'était… révélateur, voire terrifiant. Nous étions constamment sous sa surveillance, et ce qui le rendait heureux dictait nos actions. La loyauté était une question de vie ou de mort. J'étais conscient que mes parents avaient fait des choix dangereux.

- Et après la guerre, qu'avez-vous ressenti à la suite de sa chute ?

- Un soulagement immense, répondit Drago en hochant la tête. La peur était enfin révolue, mais j'ai mesuré le coût… le poids des conséquences de mes choix, et des attentes qui pesaient encore sur mes épaules. Je savais que je devais redéfinir ce que le nom Malefoy allait représenter.

- Cela semble être une lourde tâche. Pensez-vous que le mariage avec Miss Greengrass puisse vous apporter la stabilité que vous recherchiez ?

Le blond esquissa un léger sourire, mais son regard resta froid.

- Elle est… une partenaire. Mais ne vous méprenez pas : le mariage est surtout un pacte, pas un moyen d'obtenir du réconfort émotionnel.

Dorea fronça les sourcils devant cette réponse. Était-il en train de dire qu'il considérait Astoria comme un simple contrat pour rehausser le blason de sa famille ? Elle sentait que la question méritait d'être approfondie.

- Cela semble très calculé de votre part. N'y a-t-il pas de place pour la passion ou l'amour dans votre vie ?

Drago se pencha légèrement vers elle, sa voix devenant plus douce alors que ses prunelles restaient impassibles.

- L'amour, Kate, est un concept souvent mal compris. Les sentiments sont volatils. Je préfère me concentrer sur ce qui est tangible, ce que je peux contrôler. Les plaisirs éphémères, je les recherche ailleurs, en dehors des conventions. Je sais ce que je suis, et je fais ce que je veux.

- Ça ne fonctionne pas comme ça, protesta Dorea avec un froncement de sourcils. Vous avez des responsabilités, surtout dans le cadre de votre union.

- Oui. Et jusqu'ici, j'ai respecté mes responsabilités, à l'exception de donner un héritier Malefoy, précisa Drago en se mordant les lèvres. Ma femme ne manque de rien. Elle a tout ce qu'elle désire, et moi…

- Et vous, vous avez des aventures, au détriment du respect que vous devez à votre épouse dans le cadre de votre union ? interrompit la jeune femme froidement.

Un silence pesant s'étendit dans la pièce, Drago dévisageant Dorea comme si elle avait tiré un lapin du bureau. Sentant la tension monter d'un cran – en écho à son propre état – Dorea, fixant le blond sans ciller, s'adressa à sa greffière.

- Loretta ?

- Oui ?

- Sortez d'ici. Je n'ai plus besoin de vous.

La greffière ferma son ordinateur portable et se précipita presque vers la sortie.

Sans quitter le blond des yeux, Dorea saisit sa baguette et rendit les vitres et la porte de son bureau entièrement occultantes aux regards de ses employés peuplant l'open-space, trop curieux quant à ce qui se déroulait dans la pièce.

Drago afficha un rictus en coin, l'air désenchanté.

- Pourquoi faire ça, Maître ? Vous ne souhaitez pas de témoin lorsque viendra le moment de ma mise à mort ?

Pour toute réponse, et sans détacher ses yeux de lui, la jeune femme sortit un dossier et glissa un papier où figurait une longue liste de femmes. Elle le présenta à Drago, qui s'en saisit et jeta un bref coup d'œil.

Son sourire s'élargit, et sans qu'elle ne s'y attende, il sortit un papier similaire de la poche intérieure de son costume, plié en quatre. Il le déplia et le posa devant elle.

La rousse baissa le regard et écarquilla les yeux, réalisant qu'il s'agissait des amants qu'elle avait eus durant les douze dernières années.

- Je crois que nous avons bien plus en commun que vous ne le pensez, Maître Harrington, murmura Drago en croisant les jambes.

Dorea rehaussa ses prunelles vers lui. Il la contemplait avec un petit air satisfait, caressant sa cravate machinalement alors qu'il se réinstallait sur son fauteuil.

- C'est très mal jugé, vous le savez, Maître.

- Nous n'avons rien en commun. Contrairement à vous, je ne suis pas mariée.

- Mais vous avez des enfants.

- Je ne vois pas le rapport ?

Drago se pencha vers elle, l'intensité de son regard capturant Dorea.

- Le rapport est que cette liste démontre une chose : bien qu'étant mère de famille, vous êtes une femme séduisante, belle, et intelligente, qui a des besoins et n'a pas honte à les combler. Vous devriez donc comprendre que dans le cadre de mon union contractuelle avec ma femme, j'ai également des besoins que j'apprécie de satisfaire. J'espère donc que vous cesserez de m'en vouloir pour une chose qui, finalement, ne vous regarde pas.

- Pourquoi vouloir à tout prix ma bénédiction ? Je ne suis pas votre femme.

- Parce que plus vous comprendrez la situation dans laquelle je me trouve, plus vous serez à même de saisir que, selon l'éducation que m'a donnée mon père, nous sommes poings et mains liés. Je n'ai eu d'autres choix que de satisfaire les désirs de mon géniteur, même si cela implique de s'engager dans une vie malheureuse, sans amour.

Le cœur de Dorea tressauta si vivement qu'elle faillit sursauter sur sa chaise.

- Vous êtes en train de… me dire, que vous n'avez jamais aimé votre femme ?

- J'ai de l'affection pour elle.

- Mais l'aimez-vous ? insista Dorea.

Drago plissa les yeux, soudainement suspicieux.

- Qu'est-ce que cela peut vous faire si j'aime ou non véritablement ma femme ?

- Ici, c'est moi qui pose les questions, Monsieur Malefoy, rétorqua sèchement Dorea.

Le blond l'observa un instant, semblant peser ses mots avant de lâcher :

- Non, je ne l'aime pas. Je ne l'ai jamais aimée.

Un frisson d'émotion se desserra dans le creux de l'estomac de Dorea, et elle hocha la tête, plus songeuse.

- Avez-vous… enfin, je veux dire… êtes-vous déjà tombé amoureux ?

- Pas que je me souvienne, murmura Drago.

Une vive émotion monta en elle.

- Je vous remercie, Monsieur Malefoy, dit-elle en se levant.

Drago fit de même et lui tendit la main. Elle la serra, mais il l'attira vers lui, l'obligeant à se pencher au-dessus de son bureau, à l'instar de son père un matin.

- Je suis certain que notre discussion vous donnera matière à réflexion, Maître.

Puis il la lâcha et lui lança un dernier regard, qu'elle ne put vraiment définir, avant de sortir de la pièce.

Dorea s'en laissa presque tomber sur son fauteuil Chesterfield, puis s'appuya sur le bureau, cachant sa tête entre ses bras.