Bonjour à tous ! Pas grand chose de particulier à vous dire en ce moment, la partie 3 se porte bien (à ce stade, je crois que le terme "accoucher [d'un livre]" prend vraiment tout son sens, j'ai vraiment l'impression de vous parler d'un truc qui met si longtemps à cuire qu'on dirait une grossesse xD) et je réalise que mine de rien, on approche de la fin de la partie 1 pour vous ! C'est déjà le 17e chapitre et elle en compte 25 !
RaR des anonymes :
Buck, sur le chapitre 16 : Merci pour la review et l'impatience ! Je sais que ça fait long, ces quinze jours d'attente entre chaque chapitre, mais c'est le prix à payer pour que vous ayez une histoire complète et régulière ! Techniquement, je pourrais couper mes chapitres en deux et vous publier un demi-chapitre chaque semaine (ils font au minimum 6 ou 7000 mots donc ça resterait conséquent), mais c'est aussi beaucoup plus contraignant pour moi, parce que ça prend du temps, de préparer la publication, de la faire, etc., et puis ces vrais longs chapitres bien denses, ça vaut pas le coup d'attendre, hein ? ;) J'espère que la suite te plaira ! :)
Et merci beaucoup pour ta review sur Imperial qui marque la fin de ta lecture sur l'intégralité de mes fics, et bravo, parce que ça en fait de la lecture ! ça me touche beaucoup, merci ! Je sais pas si j'ai du talent, mais je suis contente de voir que ce qui me plaît à moi plaît aussi à d'autres ! :)
Holybleu, sur le chapitre 16 :Merci beaucoup, je suis ravie que cela te plaise :)
Résumé : John est inscrit en 1ere année de médecine à l'Imperial College of London, fac très réputée. Il y est boursier, et vit dans un petit appartement off campus, contrairement à ses amis, Judith, Peter, Mike, Caitlin et Alec. De manière improbable, il est également devenu le meilleur ami de Sherlock, génie autoproclamé qui rend John plus vivant que jamais. Le couple de John avec Neil, une étudiante en médecine de 4e année, bat clairement de l'aile, surtout que John favorise Sherlock à la moindre occasion, et qu'il ne s'investit franchement pas dans son couple. Les examens de fin de 2e semestre approchent, et avec eux la fin de la 1ere année et les vacances d'été (de l'année 1996, pour être exacte).
Bonne lecture !
Chapitre 17
— John ? On peut parler de tout à l'heure ?
— Mmrfff ?
John avait demandé la permission de rester dormir, bien qu'ils étaient un jour de semaine et que ce n'était pas tout à fait dans ses habitudes, même si ça tendait à le devenir. Il avait pris une douche, utilisé sa serviette sur son porte-serviette, cessé de s'émouvoir qu'il y avait son gel douche préféré à disposition, s'était brossé les dents avec sa brosse à dent et avait revêtu le T-shirt et le boxer qui lui servaient de pyjama ici. Demain, il mettrait des sous-vêtements propres, parce qu'il en avait deux ou trois dans cette maison.
La plupart du temps, il valait mieux qu'il évite de s'appesantir sur tous ces éléments ou bien il deviendrait fou.
Ensuite, il s'était enfoncé dans les couvertures du grand lit très confortable de Sherlock, laissant son ami vaquer à ses occupations. L'été était bien installé en Angleterre, mais durant la nuit, il continuait de faire froid, et John aimait se pelotonner sous la couette. Le lit de Sherlock était clairement la couche la plus confortable qu'il avait connue, et elle avait cette odeur indéfinissable et particulière qui donnait à John le sentiment qu'il était plus en sécurité ici que nulle part ailleurs.
Il ne dormait pas vraiment quand Sherlock était venu le rejoindre, s'installant de l'autre côté, à bonne distance. C'était un fait plutôt surprenant. La plupart du temps, John ne le voyait pas dormir. Il se couchait après lui, et se réveillait avant. John savait qu'il dormait, parce qu'il lui arrivait de remuer dans l'inconscience du sommeil, et de heurter l'autre corps endormi, ou tout simplement se réveiller pour un besoin naturel et constater le corps recroquevillé en boule de son ami assoupi.
John n'était définitivement pas très réveillé par une conversation, et Sherlock semblait y tenir.
— John, appela de nouveau la voix de Sherlock.
John répondit par un borborygme guère plus identifiable que la première fois.
Puis, à sa grande surprise, il sentit une main se presser dans son dos, et ses yeux se rouvrirent d'un coup. La chambre était plongée dans le noir, à l'exception de la douce lumière lunaire, amoindrie par les nuages. John dormait sur le flanc, visage tourné vers l'extérieur, pas le milieu du lit. Il tournait donc le dos à Sherlock, comme la plupart du temps quand ils dormaient ensemble, pour laisser une certaine dose de confort et d'intimité à l'autre.
Mais ce no man's land du matelas, accord tacite, Sherlock venait allégrement de le franchir de son bras, pour venir poser sa main sur le dos de John et appuyer doucement. Juste une présence, une chaleur.
Sherlock ne pouvait pas voir les yeux grands ouverts de John, mais il était probable qu'il les devine rien qu'à sa respiration.
Lentement, John roula sur le côté, faisant désormais face à Sherlock, allongé sur le flanc également. Ce faisant, John délaissa le bord du lit qui était son bastion habituel pour se retrouver nettement plus proche de son ami qu'il ne l'avait pensé.
— Qu'est-ce qu'il y a, Sherlock ? demanda-t-il, forçant son élocution pour ne pas avoir la voix trop engourdie de sommeil.
— Quand tu es arrivé, tu étais perturbé. Je voulais qu'on en parle.
— Et moi je n'en avais pas très envie, soupira John. Tu l'as bien vu, non ?
— Oui, j'ai constaté ton évident détournement de conversation.
— Et tu as sans doute déduit de moi tout ce que tu avais besoin de savoir. Alors pourquoi tu insistes ?
— Parce que tu avais l'air malheureux, répliqua Sherlock sans souffrir de la moindre réflexion. Non, tu n'avais pas l'air. Tu étais malheureux. Et je n'aime pas ça. Je veux que tu sois heureux, et pour cela j'ai besoin de savoir ce qui te rend malheureux, pour pouvoir l'éviter.
Il était mortellement sérieux, et au fond c'était ça le pire. Parfois, Sherlock disait ce genre de choses, sans se rendre compte de l'impact que cela avait sur John. Il ne réalisait pas très bien que ces serments d'amitié étaient nettement plus puissants que tout le reste. John se sentit rougir, mais suffisamment légèrement pour que cela ne soit pas trop visible, simplement éclairé par la lune.
— Je me suis disputé avec Neil, avoua John. Ce n'est pas comme si c'était quelque chose que tu pouvais corriger ou empêcher.
— Oh si, répondit Sherlock, le regard fermé et la moue pincée. Tu sais très bien ce que j'en pense, et la seule solution que je vois à ta situation.
Il parlait de rupture, et John hocha vaguement la tête.
— Oui, je sais bien ce que tu veux, mais non, je te ferai pas ce plaisir. De toute manière, ça risque d'arriver plus tôt que tu ne le crois.
— Raconte-moi, exigea Sherlock. Avec les détails.
Ce fut ce que John fit, n'omettant aucun détail, surtout insistant sur la partie où il était nu, et Neil aussi. Si Sherlock voulait tout savoir, autant qu'il en ait pour son argent.
Sherlock ne conclut rien de plus que ce que John avait déduit tout seul, en vivant la scène. Il prédisait la fin du couple de son meilleur ami, et si ce n'était pas la première fois qu'il le disait, c'était la première fois que John était d'accord avec lui.
Et puis il eut soudain une réflexion complètement incongrue :
— Tu veux venir chez moi pour tes vacances ?
— Pardon, quoi ? articula John, persuadé d'avoir mal entendu.
— Pas ici, je veux dire. À la maison familiale. Bon, ce n'est pas bien grand non plus, mais ça va. Mycroft va sans doute rester travailler ici tout l'été, mais rien ne nous oblige à rester à Londres.
John le regarda, ébahi, ne sachant que dire. Quelques heures plus tôt, Neil lui avait fait exactement la même proposition, et il avait refusé de toute son âme. Son esprit avait hurlé son refus avant même qu'il ne réfléchisse à la question. Quand Sherlock la posait, tout prenait une ambiance différente.
Bien sûr, l'esprit rationnel de John arguait que sa relation avec Sherlock était très différente de celle qu'il avait avec Neil (ce qui était rigoureusement exact), mais une petite partie de lui sifflait très bas dans sa conscience qu'il se cherchait des excuses.
S'il devait être honnête, l'idée de passer ses mois d'été à Londres dans son tout petit appartement ne l'enchantait pas. Il avait prévu de réviser ses cours de médecine et de trouver un job, n'importe lequel, serveur, livreur, plongeur, caissier, mais il n'avait encore rien trouvé, parce qu'il n'avait pas eu le temps de faire les démarches.
Il savait qu'il se préparait à un été un peu pourri, mais ça resterait moins pire que celui de l'année dernière, où il avait bossé comme caissier tout l'été, six jours sur sept, et vivant encore chez ses parents. Au moins, il avait cette année l'assurance de son indépendance, et il avait plus ou moins espéré que Sherlock reste à Londres, lui aussi. Les vacances auraient été mille fois plus belles à visiter la ville, déduire des inconnus et jouer aux Uchronies en compagnie de Sherlock. Il n'avait cependant pas envisagé que son ami puisse rentrer chez ses parents.
— Tu rentres chez toi pour l'été ? demanda John, plus blessé qu'il ne le laissait paraître.
Les parents de Sherlock et Mycroft étaient une entité floue, dans son esprit. Il savait qu'ils existaient, étaient en vie, et étaient globalement riches. Mycroft n'avait pas payé sa maison de luxe et son système de sécurité ultra perfectionné sur la seule base de son salaire (manifestement élevé, mais quand même). Sherlock avait déjà évoqué à plusieurs reprises l'héritage qui serait le sien à ses dix-huit ans, et ça n'incluait pas l'argent de ses parents, puisqu'ils étaient vivants, mais uniquement ceux de ses aïeux, et ça aurait suffi à faire vivre la famille de John pendant des décennies.
Sherlock avait de l'argent, aimait encore plus dépenser celui de Mycroft pour le faire enrager, et s'il était arrogant, ce n'était jamais à cause de son patrimoine familial. Dans l'esprit de John, les parents Holmes étaient deux excentriques à la hauteur du génie de leurs gamins, vivant dans un manoir Tudor du Cambridgeshire, buvant du thé en levant le petit doigt, et fréquentaient la Reine d'Angleterre.
— Non, pas spécialement, répondit Sherlock. Mais si tu veux venir avec moi, alors j'irai. On trouvera d'autres occupations à la campagne, je te le promets.
— Ils habitent où ?
— St Neots. Entre Cambridge et Northampton. Le village est assez reculé, mais la campagne offre des avantages.
À part profiter de la nature et vivre en plein air, John voyait mal lesdits avantages, surtout pour Sherlock, qu'il associait comme le cliché du citadin.
— Mais tu veux y aller, toi ?
Sherlock haussa les épaules, mouvement rendu compliqué par le fait qu'il était allongé sur le flanc. John perçut tout de même l'intention, et fronça les sourcils.
— Sherlock, t'es en train de dire que si je viens pas, t'y vas pas ? Ils t'ont pas vu depuis Noël, non ? C'est tes parents, tu dois aller les voir !
— Tu comptes aller voir les tiens peut-être ?
Venant de n'importe qui, cela aurait été un coup bas, mais John ne se laissa pas démonter.
— La situation est très différente, et tu es de mauvaise foi si tu prétends le contraire. D'accord, tu t'entends pas avec tes parents, j'ai bien compris. Mais tout comme tu t'entends pas avec Mycroft et pourtant tu vis avec lui, même si ça s'apparente plutôt à de la colocation distante les trois quarts du temps. Tes parents ont sans doute des défauts, mais je doute qu'ils aient jamais menacé de te tuer. Ou battu avec une ceinture, acheva John d'une voix glaciale.
Ce n'était pas comme si Sherlock n'était pas au courant, mais c'était la première fois de son existence qu'il prononçait les mots à voix haute. Ça faisait moins de mal qu'il n'aurait cru. Ça ne rouvrait pas les cicatrices, ni physiques, ni mentales.
— ... D'accord, marmonna Sherlock. J'irai les voir. Tu viendras avec moi, alors ?
C'était un piège. John en avait parfaitement conscience. Sherlock n'avait pas besoin de lui pour rentrer à la maison familiale. Il essayait juste de manipuler John. Celui-ci en avait parfaitement conscience. Et sauta dans le piège tendu à pieds joints.
— Si c'est la condition pour que tu ailles voir tes parents, bien sûr. Il est hors de question que je te laisse passer l'été sans aller les voir.
Il ne faisait qu'apaiser sa propre conscience. Se mentait à lui-même. Se convainquait avec brio que c'était pour Sherlock, et pour ses parents, qu'il cédait. Pas du tout parce qu'il en avait envie. Parce qu'il rêvait de passer tout l'été avec Sherlock. Parce qu'il était très curieux de découvrir où son ami avait grandi.
— Mais t'es sûr que ça va pas les déranger ? Tu leur as demandé l'autorisation, au moins ? s'inquiéta John.
Il se souvenait que trop bien de leur première visite ici, dans cette maison, quand ils étaient entrés par la fenêtre. Du nombre de semaines qui s'étaient écoulées avant que John n'apprenne le nom de famille de son meilleur ami, qu'il avait un frère et que la maison était la sienne. Vu l'énergumène, il serait capable de recommencer à la cacher à ses parents.
— Non, mais je ne pense pas que ça posera de problèmes. Ils travaillent, de toute manière. Maman autant que Mycroft. Elle dit qu'elle rattrape le temps où elle ne pouvait pas le faire quand on était petit. Je n'ai jamais fréquenté de pre-school, ma mère m'a gardé à temps plein jusqu'à l'entrée à l'école.
C'était la première fois que Sherlock se livrait autant sur son enfance, et John était sidéré. Et touché, aussi, beaucoup trop. Il était déjà bien plus près de Sherlock qu'il ne s'était jamais autorisé à l'être quand ils dormaient, et il se retrouva à tendre la main entre eux, pour attraper celle de Sherlock et entrelacer leurs doigts.
Ils ne prononcèrent pas un mot, avant que John ne le relâche finalement, rompant l'instant. Les propos de Sherlock sur le fait que ses parents travaillaient venaient de lui rappeler quelque chose.
— En fait, je sais pas si je vais pouvoir venir... Ou alors juste un week-end, si c'est pas trop loin. J'ai pas encore de plans précis mais faut que je bosse, cet été... J'ai besoin d'argent.
C'était moins vrai qu'au début de l'année, quand il comptait le moindre centime, parce qu'il se nourrissait en grande partie dans le frigo de Sherlock, mais les économies réalisées ainsi étaient pour beaucoup passées dans ses rencards avec Neil, et il ne pouvait pas vraiment se permettre de ne pas gagner d'argent.
— Tu peux le faire là-bas, répliqua Sherlock.
— Quoi ?
— Tu veux un job pour l'été ? Tu n'es pas obligé d'en trouver un à Londres.
— Y'a quand même plus de chances, vu la taille de la ville, de trouver un truc !
— Mais là-bas j'y ai grandi. Je connais tout le monde. Mes parents aussi. Tu peux trouver un job là-bas.
La facilité et la négligence avec laquelle il disait cela sidéra John. Comme si c'était une chose facile et normale.
Sherlock lui faisait souvent cet effet dans la vie. John voyait des problèmes insurmontables et Sherlock les balayait de la main, car rien n'était jamais grave, pour lui.
— Okay. Admettons, alors. Si je peux bosser là-bas, ET que tes parents acceptent de m'héberger pendant ce temps, alors je viens avec toi. Condition sine qua non, je veux leur numéro pour les appeler, me présenter, et être SÛR que c'est ok pour que je débarque dans tes valises.
Sherlock leva les yeux au ciel, et John pouvait déjà prédire qu'il allait tenter de négocier.
— Sine qua non, j'ai dit. Deal ?
Il tendit la main ouverte, offerte entre eux sur le matelas.
— Deal, soupira Sherlock en la prenant et la serrant.
Il avait l'air de céder après une âpre bataille alors qu'il avait simplement gagné ce qu'il voulait, et John fit semblant que ce n'était pas grand-chose, alors qu'en son for intérieur, il était ravi et même plus. Jamais ils ne le formaliseraient à voix haute, mais ils étaient tous les deux complètement euphoriques à l'intérieur.
— John, je peux te poser une question délicate ?
— Si c'est sur l'embryologie, clairement pas, je ne suis pas au point, répliqua John à Mike sans même lever le nez de ses cahiers.
Les examens terminaux commençaient le lendemain, et il régnait une ambiance électrique sur le campus. Tout le monde paraissait à la fois épuisé ET rempli d'une énergie insoupçonnée, et John avait fini par trouver hautement probable que les vendeurs du campus coupent leur café avec de la cocaïne. Il ne voyait que ça, comme explication.
— Ce n'est pas sur la médecine, reprit Mike à voix basse. C'est plutôt une question personnelle.
John releva le regard, cette fois intrigué. Ils étaient installés sur une des pelouses du campus, comme bien d'autres étudiants, et chacun révisait, surlignait, marmonnait, recopiait, lisait dans son coin. Judith était installée à leur gauche, plongée dans sa lecture, concentrée comme toujours. Peter et Caitlin étaient devant eux, et se tenaient tellement proches qu'il était ridicule que personne n'ait encore compris qu'après des semaines de relation un peu gauches et hésitantes du fait de leur amitié antérieure, ils étaient maintenant fous l'un de l'autre. Alec, qui était installé avec John et Mike précédemment, avait suivi une de leurs condisciples qui avait une « question à lui poser » et s'était installé avec elle un peu plus loin. Son départ avait laissé une sorte d'espace vide qui leur conférait une pseudo-intimité, parce que tous les autres étaient loin. Pas si loin, si on tendait l'oreille, mais suffisamment pour ne rien entendre si les deux compères chuchotaient.
Non pas que Peter et Caitlin, perdus dans leur petite bulle d'amour, ou Judith dans sa bulle personnelle de concentration, n'auraient eu la moindre velléité d'écouter quoi que ce soit.
— Je t'écoute, sourit John. C'est à propos de Sara ?
— Non, soupira Mike. Quoi que si, ça aussi, il faudrait qu'on en parle !
Sara était la jeune femme, étudiante de première année à l'Imperial que fréquentait Mike, même si les examens mettaient leur relation à rude épreuve. Elle n'était pas en médecine, mais son cursus était tout aussi stressant que le leur, surtout qu'elle était du genre perfectionniste.
— Comment va-t-elle ? demanda John.
— Pour autant que je sache : bien. C'est-à-dire qu'elle m'a à peine gueulé dessus la dernière fois que je l'ai vue parce que je l'avais empêché de réviser.
John rit de bon cœur. Il avait rencontré la jeune femme, et elle avait un sale caractère quand elle était stressée, et une forte capacité à monter dans les décibels, sans pour autant être réellement énervée. Mike ne le prenait pas pour lui, il pouvait se faire engueuler comme cela pouvait tomber sur le chien, les voisins, l'univers, la météo, et même la couleur du ciel pouvait en prendre pour son grade quand elle s'y mettait. Quand elle redescendait de sa crise d'angoisse, elle s'excusait toujours, consciente que personne ne méritait d'être traité comme ça. Hors périodes de stress, elle était la fille la plus douce de tous les temps, et pour autant que John pouvait en juger, Mike en était sincèrement et très amoureux.
— C'est plutôt la période post-examens qui m'inquiète, à vrai dire. Je pense... enfin je sais... je suppose qu'on va...
Il balbutia, tandis que John hochait la tête avec douceur et compréhension.
— Pense à avoir des capotes sur toi, conseilla-t-il prosaïquement. Et du lubrifiant. Ça peut aider.
Mike fronça les sourcils.
— Du lubrifiant ? Mais je pensais pas...
Vu la difficulté que Mike pouvait avoir pour dire certains mots, et considérant qu'ils étaient en public même s'ils chuchotaient, penchés l'un vers l'autre, John préféra couper court.
— Ce sera sa première fois à elle aussi, non ? Oui, les filles lubrifient naturellement pour une pénétration vaginale, on est bien placés pour le savoir...
Il désigna leurs cahiers de médecine ouverts entre eux. Ils avaient étudié l'appareil reproducteur féminin en cours d'anatomie.
— ... la nervosité, parfois, ça n'aide pas. Aider la nature, c'est pas mal. Ça permet à tout le monde de passer du bon temps.
Mike avait l'air terriblement stressé et nerveux, bien plus qu'il ne l'était à propos de leurs partiels à venir.
— Tu sais... t'es pas obligé hein. Je veux dire, vous pouvez prendre votre temps, si vous en avez pas vraiment envie.
Mike lui renvoya une œillade désabusée, qui semblait vouloir dire « Je suis un mec puceau de dix-neuf ans, tu crois vraiment que j'en ai pas envie ? »
— Je suis sérieux, Mike, poursuivit John à voix basse. On s'en fout de ton âge ou du sien, et de l'âge moyen des premiers rapports sexuels en Angleterre. Vous avez toujours le droit de reculer, d'y aller progressivement.
— On a déjà passé des étapes... progressives, rougit Mike.
John sourit avec indulgence. Il n'avait jamais raconté ses exploits sexuels à personne, et certainement pas ses amis, mais Mike n'était pas fait de ce bois-là. John ignorait s'il éprouvait sincèrement le besoin d'en parler ou s'il essayait de se conformer à l'image de la virilité telle qu'il se l'imaginait, clichés inclus, mais il avait eu tendance à leur donner beaucoup trop de détails (quand ils étaient entre mecs. Caitlin lui aurait sinon sans doute promis de lui arracher les couilles avec une pince, et elle aurait été capable de mettre sa menace à exécution). John n'ignorait rien de leurs avancées, et donc il savait qu'ils avaient encore une grande étape à franchir.
— Je sais. Mais là, c'est pas pareil. C'est pas parce que les partiels seront finis bientôt et qu'on aura du temps libre que ça veut dire que vous devez le faire. Je veux dire, c'est un peu comme le cliché des bals de promo, comme si on devait forcément le faire pour la première fois juste après... Si t'en as pas envie, t'es pas prêt, t'es trop nerveux ou quoi, c'est pas grave d'attendre encore, tu sais. Et c'est pareil pour elle. Et de respecter ce que ELLE, elle veut aussi. Faut lui demander, hein.
— J'suis pas débile, non plus, merci, hein, j'vais pas la forcer.
John sourit, mais un peu moins sincèrement. Il était parfaitement conscient que son ami était gentil et respectueux, mais il avait suffisamment souvent entendu des mecs parler de leurs exploits pour trouver que parfois, la volonté féminine était peu prise en compte. Il avait beau en avoir conscience, il espérait que lui-même n'était pas de ces connards, mais il n'avait jamais eu l'occasion de s'interroger sur lui-même. Neil semblait totalement réceptive à ses avances, mais il savait qu'il ne demandait certainement pas son consentement à chaque fois.
— Je sais bien. Mais fais attention à toi, et à elle, et écoute-toi, et écoute-la. C'est ce que je peux te dire de mieux.
— Et si elle me trouve ridicule ? murmura soudain Mike, la voix blanche. Je veux dire... je ne suis pas Alec.
Alec était considéré parmi eux, leur promo, et manifestement le campus entier comme un dieu grec. Il ne faisait rien de particulier pour cela, pourtant, mais il était universellement catalogué comme le beau gosse de service. John supposait qu'il avait fait médecine précisément pour casser avec cette image de corps sans cervelle qui lui collait à la peau depuis l'enfance. La fille que leur ami avait rejoint un peu plus tôt ne faisait pas vraiment exception, et elle minaudait en jouant avec ses cheveux depuis qu'elle lui parlait. Il était parfaitement indifférent à son charme, à elle comme à toutes les autres du campus.
— La comparaison est ridicule, répondit John. Vous êtes deux humains différents, c'est tout... et puis personne ne peut rivaliser avec Alec, pas même moi, plaisanta-t-il.
Le grand problème d'Alec, c'était qu'en plus d'avoir le corps et le visage d'un mannequin, il était d'une incroyable gentillesse. À la grande loterie génétique, il avait gagné le gros lot. John le savait également loyal et fidèle. Si la copine d'un de ses amis lui avait fait de l'œil, il aurait préféré se percer les yeux que de seulement la regarder.
Mike n'avait en effet pas grand-chose en commun avec Alec. Il était dans la moyenne des hommes, n'avait rien de particulier, mais n'était pas désagréable à regarder pour autant. Il était très complexé par son poids, parce qu'il était amateur de bonne chère, et cela se voyait sur son tour de taille ; et sur ses lunettes, sans lesquelles il ne voyait absolument rien. Miro comme une taupe, et ça n'allait pas aller en s'arrangeant en s'abîmant les yeux sur leurs cours de médecine pendant huit ans.
Pour l'heure, il n'avait jamais abordé avec John ses complexes sur la taille de son sexe, mais vu le personnage, John supposait qu'il complexait sur ça aussi, nourri à l'image de la virilité démesurée dans les magazines pornographiques. Et il était hors de question que John lui en parle ou essaye de le rassurer sur ça.
— Allez, t'en fais pas, va, Sara t'a choisi en connaissance de cause, elle t'aime bien, ça va aller ! D'ailleurs tant que j'y suis, si t'as prévu de... enfin bref, si tu pensais faire ça à la soirée post-partiel... attends plutôt le lendemain.
— Pourquoi ?
— Parce que t'as pas envie de ta première fois bourré, non ? Tant qu'à faire, autant s'en souvenir, hein ? Et essayer d'être performant, avec l'alcool et la fatigue, c'est plutôt du challenge ! Vous allez à une soirée ensemble, non ?[1]
— Ouais. Celle organisée par David, de quatrième année de médecine. Sara dit que les fêtes en bio sont moins cools que celles de médecine.
C'était un mystère récurrent pour John, de savoir qui était ces gens qui avaient le temps d'organiser les fêtes les plus énormes alors même qu'ils révisaient les examens en même temps. Probablement des gens comme Sherlock, qui lisait une fois un bouquin et était capable de le réciter par cœur, à la virgule près. John avait fait le test une fois, sur un chapitre d'une douzaine de pages. Sherlock s'était trompé sur la ponctuation à deux reprises, mais c'était bien tout. Cela dit, Mike avait été un des organisateurs, au premier semestre, mais il avait juré sur ses grands dieux qu'on ne l'y reprendrait plus.
— Arrange-toi pour aller dormir avec elle, mais ne faites que ça, le soir-même : dormir. Déjà, tu passeras davantage pour un gentleman. Ensuite, vous aurez toute la matinée, après une bonne nuit de coma, pour profiter tranquillement. Il fera jour, en plus. Tu pourras mieux voir les choses, le taquina-t-il.
Mike rougit. Il avait exprimé sa fascination pour le corps de sa copine plus d'une fois.
— Pense à te brosser les dents avant de pioncer, par contre. L'haleine avinée... Je vais pas te faire un dessin.
Ils rirent de bon cœur, et John replongea dans ses révisions. La conversation semblait close, et il avait dit tout ce qu'il lui venait à l'esprit sur ce sujet pour aider son ami.
— Merci pour tout, John. Mais c'était pas ça du tout dont je voulais te parler, en fait, à la base !
— Ah ?
— Non ! C'était... savoir si tout va bien, entre Neil et toi ?
Le crayon que John tenait pour souligner une phrase interrompit net sa course sur le papier.
— Pas vraiment. On a eu une dispute.
Mike hocha la tête. Il n'était pas le plus psychologue d'entre eux, mais il était plus proche de John dans leur petit groupe de copains, et il avait remarqué que la jeune femme ne semblait plus aussi proche de son ami, ces derniers temps.
— Vous êtes toujours ensemble ? demanda-t-il avec douceur.
— Je pense. Je crois. Les révisions ont mis tout ça entre parenthèses, d'une certaine manière. On verra ça la semaine prochaine, ce sera plus simple. Je pense qu'on était tous les deux sur les nerfs, avec le stress, tu vois.
John mentait, mais heureusement pour lui, Mike ne risquait pas de s'en rendre compte. Il se contenta de tendre la main et presser l'épaule de son pote en signe de soutien. La relation de John avec Neil était nettement plus compliquée qu'une simple engueulade à cause du stress, mais il n'avait pas envie d'en parler avec Mike.
Pour ces choses-là, il avait Sherlock. De manière générale, pour tout dans sa vie, il avait Sherlock.
Ils s'étaient de nouveau concentré sur leurs polycopiés, leurs livres et leurs notes, tandis que John pensait à son meilleur ami.
— Sherlock ? dit-il soudain.
Au moment même où il y pensait, il venait de voir se matérialiser le jeune homme pas très loin de lui, traversant la pelouse pleine d'étudiants comme si elle lui appartenait.
Il n'était pas le seul à l'avoir remarqué. En même temps, ce n'était pas comme s'il pouvait passer inaperçu. Pas quand il voulait être vu, du moins. John se souvenait de l'adolescent malingre, dans son blouson trop grand et informe, qu'il avait rencontré durant l'hiver. Celui enfoncé dans des recoins, dissimulé dans des endroits invisibles. Il n'avait rien en commun avec l'homme en costume sur mesure qui traversait la pelouse comme si tout était normal et qu'il avait parfaitement le droit d'être là.
John ignorait si le Sherlock qu'il avait rencontré, des mois plus tôt, était déjà capable de cette prestance, mais choisissait de ne pas l'exercer pour mieux se fondre dans la foule, ou s'il avait grandi, mûri, et pris confiance en lui au cours des derniers mois. La première option était plus crédible. Sherlock n'avait jamais été timide ou gauche, au contraire. Il était né avec l'arrogance comme armure.
On murmurait sur son passage, et des têtes se retournaient, surtout des filles, remarqua John. Une sensation désagréable prit place dans les intestins de John, qu'il ne savait pas comment analyser.
Bien sûr que Sherlock était beau. Il le savait, l'avait toujours su. Surtout habillé comme ça, comme le putain de bourge qu'il était, et avec la confiance en lui qu'il exsudait. Sa beauté n'était cependant pas conventionnelle. Beaucoup auraient pu rejeter sa peau trop pâle, ses pommettes trop marquées qui étaient plutôt l'apanage des femmes, son corps qui paraissait trop maigre et donc pas assez viril, ses yeux trop clairs qui étaient presque flippants, ses cheveux si noirs qu'ils contrastaient énormément avec la couleur de sa peau...
Mais ce qu'il dégageait en marchant sans dévier de son objectif, c'était ça qui attirait l'œil. Il n'était pas comme Alec, dont la beauté classique était beaucoup plus universelle, mais il faisait bruisser l'attroupement.
— Tu le connais ? s'étonna Mike en voyant John se lever d'un bond.
Il n'avait aucune raison de paniquer, et pourtant, il se sentait nerveux. Il essuya ses mains moites sur son jean, par réflexe. Depuis des mois, Sherlock ne venait presque plus à l'Imperial. Parfois, il assistait à un cours ou deux, par plaisir (ou démontait des professeurs, ne supportant pas leurs approximations ou coquilles) mais c'était rarement ceux de John. Il leur arrivait encore de communiquer par leur boîte secrète d'échanges écrits, mais c'était devenu rare. Depuis que John avait les clés, et passait tout son temps chez Sherlock, ils n'avaient plus besoin du campus.
Et même du temps où ils se croisaient principalement ici, à la fac, jamais Sherlock n'avait abordé John frontalement devant tout le monde. Il choisissait à dessein les recoins cachés et sombres, et interpellait John quand il était seul.
À la vitesse incroyable avec laquelle le cerveau imaginait des choses absurdes, John essaya de se figurer une rencontre :
— Sherlock, mes amis. Les amis, Sherlock.
C'en était risible. Il pouvait déjà prédire une catastrophe à venir. Sherlock savait être charmant. Quand il le voulait. Surtout avec les « leçons d'humanité » que lui avait donné John, il comprenait mieux les réactions des gens à ses propos ou actions, et il savait agir pour ainsi manipuler à sa guise ses interlocuteurs.
Il savait aussi être odieux, profondément sincère, quand il ne faisait pas attention. John ne l'avait jamais vu être volontairement méchant, mais il l'était assurément souvent. Il voyait d'ici le désastre. Il serait capable de révéler la liaison de Peter et Caitlin, et si leurs deux amis n'avaient toujours rien avoué officiellement de leur idylle, personne n'avait à le faire pour eux.
En une fraction de seconde, le cerveau de John avait envisagé tout cela, et lui avait ordonné de se lever et partir à la rencontre de Sherlock, plutôt que le laisser arriver jusqu'à lui. Il fit un vague signe de main à Mike pour lui demander de garder ses affaires, et se dirigea droit vers son ami, dont le visage s'illumina comme un sapin de Noël quand il l'aperçut venir vers lui.
Désormais, ils étaient tous la cible des regards interloqués. Ça n'avait pourtant aucun intérêt : un étudiant qui traversait la pelouse, un autre qui allait le rejoindre. On voyait ça tout le temps. Mais Sherlock avait attiré l'attention sur lui, et maintenant John était aussi le point de mire, comme si tout le monde sentait que ce n'était pas un truc banal et inutile qui se jouait là.
Sans compter que l'expression de joie de Sherlock était difficile à rater, et John se sentit rougir bêtement. Parce qu'une partie de lui ne pouvait pas s'empêcher d'être heureux. Heureux que Sherlock soit heureux de le voir. Il aimait leur relation, leur exclusivité, d'être le seul à avoir du pouvoir sur ce foutu génie. Et il était toujours heureux de le voir.
— Hey, Sherlock, qu'est-ce que tu fais ici ? salua-t-il maladroitement et à voix basse, quand enfin il l'atteignit.
— Je voulais te voir. J'avais des nouvelles à te donner !
— Ça pouvait pas attendre ?
Sherlock haussa les épaules. Ça pouvait sans doute attendre, parce que ce que le jeune génie qualifiait d'urgent ne l'était jamais aux yeux de John, mais la patience n'avait jamais été son fort.
— Viens, indiqua John. Pas ici.
Par réflexe, il lui prit le bras, l'entraîna à travers la foule sur la pelouse, obligeant Sherlock à faire demi-tour, revenant sur ses pas. Il fallait qu'ils s'éloignent de cette masse d'étudiants, trouvent un endroit tranquille.
Rapidement, cependant, dès qu'il sentit que Sherlock le suivait, il le lâcha. Il ne savait pas pourquoi. Maintenant que Sherlock acceptait (voire semblait apprécier) son contact, il leur arrivait souvent de se prendre par la main pour se diriger, s'aider à grimper dans les endroits toujours plus dangereux que Sherlock leur dégotait. John n'avait pas de problème avec ça. Du moins, il n'en avait pas quand il n'était pas au milieu de son campus universitaire.
Il ne se risqua pas à regarder Sherlock, qui marchait derrière lui, mais il le sentait vibrer d'incompréhension et de frustration. Le trajet pour trouver un coin calme, à l'ombre (alors que tout à chacun préférait s'étendre au soleil pour en profiter) leur prit seulement quelques minutes, mais John eut l'impression que cela avait duré des heures.
Une fois loin de tous les condisciples de John, plus personne ne fit attention à eux.
— Tu as honte de moi ? demanda Sherlock d'une voix glaciale. Tu m'as éloigné.
— C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! C'est toi qui évites tous les autres, d'habitude.
— Eh bien pas là, grinça Sherlock. J'avais envie.
— Et moi alors ? Tu m'as demandé mon avis ? Qui a dit que j'en avais envie ?
— Donc tu as honte de moi.
John se passa la main dans ses cheveux, excédé. Il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait. De la crainte, de l'angoisse, une sensation désagréable à l'idée que d'autres que lui regardent Sherlock, écoutent Sherlock, parlent avec Sherlock, voient combien Sherlock était intelligent. Une sensation irrépressible de possessivité, d'exclusivité, que John savait être tout sauf saine, mais qu'il ne parvenait pas à contrôler.
— Sherlock, tu m'as déjà dit assez clairement ce que tu pensais de mes amis. On commence les exam' demain, tu crois vraiment que j'avais envie que tu les fasses pleurer ?
— Je sais me tenir, quand même.
John lui renvoya une œillade désabusée.
— Oui bon, peut-être que ça aurait pu être... compliqué. Mais s'ils se vexent à la moindre critique sur leur intellect limité, aussi...
C'était insultant, ça ne se disait pas, et c'était la preuve formelle que John avait bien fait de l'éloigner de son groupe de potes, et pourtant il ne put s'empêcher d'éclater de rire. Le ton, la mimique, l'éclat dans les yeux, c'était tellement Sherlock qu'il ne pouvait pas faire autrement.
Et Sherlock lui sourit, fier de le faire rire. Qu'ils en avaient parcouru du chemin depuis leurs premières rencontres, quand Sherlock était blessé par le rire de John, incapable de comprendre pourquoi il riait, craignant qu'il se moque de lui.
— T'es un enfoiré, Sherlock, conclut John avec affection. Bon, tu voulais quoi sinon ? Et comment tu savais que j'étais là ?
À cette dernière question, ce fut au tour de Sherlock d'avoir l'air désabusé par la question. La réponse était évidente — il l'avait déduit, et c'était probablement évident à la couleur de la veste de John douze jours plus tôt et de la manière dont il avait noué ses lacets l'avant-veille — et il ne s'abaisserait pas à répondre.
— J'avais de bonnes nouvelles. Pour cet été. Mycroft, semble-t-il, avait éventé notre projet. À vrai dire, il semblait ravi que j'aille passer du temps à la maison plutôt que rester dans ses pattes. Il a dit qu'il pourrait enfin travailler tranquillement sans avoir besoin de me surveiller constamment.
Sherlock ricana. Déjouer la surveillance de son frère était l'un de ses jeux favoris.
— Toujours est-il qu'il m'a forcé à appeler Maman pour la prévenir, et lui faire savoir que tu viendrais avec moi.
— Je t'avais dit de le faire aussi, Sherlock, et tu m'avais promis de t'en charger.
— Je sais bien. Et j'allais le faire dans tous les cas, mais c'est beaucoup plus drôle de faire croire à Mycroft que c'est à cause de lui que je le fais.
John hocha la tête, validant l'argument. Il n'avait rien contre Mycroft, mais aimait voir Sherlock heureux, et engranger des points face à son frère le rendait heureux.
— Maman est ravie. Elle a dit que tu pouvais rester aussi longtemps que tu le souhaitais. Mon père a signifié que tu étais un « bon garçon », quoi que cela veuille dire. Ils ont dit aussi qu'ils ne voulaient pas entendre parler d'un quelconque paiement.
— Mais Sherlock...
C'était un sujet récurrent entre eux. Ils n'avaient pas défini combien de temps exactement ils allaient passer là-bas, mais c'était plus que quelques jours. John culpabilisait déjà assez comme ça de piller le frigo de Mycroft, il avait insisté pour payer une partie de son séjour, participer aux frais courants, ce genre de choses.
— Tu verras ça avec eux si ça te chante. J'ai transmis ta demande comme tu avais explicitement demandé que je le fasse, je te transmets le message retour, c'est tout. Si tu veux argumenter avec ma mère, je te prierai de bien vouloir noter la construction de ton développement, surtout si tu espères remporter la manche. Ce sera très intéressant.
John ne trouva rien à redire à cela.
— Tu voulais aussi un job d'été pour gagner de l'argent, tu en auras un. Je t'ai trouvé un poste de serveur, dans le pub au centre du village. J'ai supposé que les différentes sortes d'alcool t'étaient familiers.
Venant de n'importe qui d'autre, John aurait été blessé et aurait essayé de mettre une droite à l'impudent. Mais Sherlock avait la voix basse, celle qu'il empruntait quand il savait qu'il disait la vérité mais en ayant conscience que son propos allait blesser John. Il y avait quelque chose dans la tessiture de cette voix qui n'existait que lorsqu'il s'adressait à John. Il n'avait jamais peur de blesser le reste de ses interlocuteurs.
— Ouais, un peu familier, ouais, plaisanta vaguement John. Merci, Sherlock.
— Tout est réglé, alors. Je peux prendre nos billets de train pour partir ?
Rien n'était réglé. Ils n'avaient pas de date de départ, et encore moins de retour. Et pourtant John acquiesça. Il suivrait Sherlock aussi longtemps qu'il voudrait de lui dans sa maison familiale. Il suivrait Sherlock jusqu'au bout du monde. Jusqu'aux Enfers, s'il le fallait.
[1] Et coucher en étant bourré ainsi que son/sa partenaire, ça peut être très problématique pour le consentement. Rappelons qu'un consentement obtenu par une contrainte physique, psychologique ou chimique n'est pas valable. Or l'alcool peut être considérer comme une contrainte chimique, puisqu'il désinhibe et altère donc le consentement. John, même s'il est excessivement déconstruit pour un homme de 18 ans en 1996, ne va pas jusque-là dans sa réflexion, mais en tant que femme en 2024, ça me paraît important de le rappeler.
Prochain chapitre le Me 19/02/2025 !
Reviews, si le cœur vous en dit ? :)
