Chapitre 1 : Un nouveau départ

- Suzy, je m'inquiète vraiment pour toi...déclara un jeune garçon à la peau brune et aux cheveux bouclés châtain clair.

- Je ne vois pas pourquoi, Louis, répliqua Suzanne en cherchant du regard ses amis de Serdaigle.

Ils avançaient tous les deux sur la voie 9 . La gare, noire de monde, leur rappelait que l'été et son parfum de liberté touchaient à sa fin. Le fameux train rouge à quai crachait de la vapeur blanche. Les jeunes enfants pour lesquels un nouveau chapitre de leur vie, plein d'inconnu, s'ouvrait embrassaient une dernière fois leurs parents. Un mélange de crainte et d'excitation se lisait dans leurs regards. Parmi les élèves plus âgés, une majorité se réjouissait de revoir leurs amis après un été qui semblait toujours interminable, tandis qu'une minorité, plus indifférente, arrivait à la gare dans une machinale routine. Certains élèves plus assidus que d'autres étaient déjà vêtus de leurs robes de sorciers. Suzanne Bellaire en faisait partie. Elle allait entamer sa sixième année à Poudlard. Son frère, Louis Bellaire, qui était son cadet d'un an, s'apprêtait à débuter sa cinquième année. Le mélange chaotique et étourdissant des rires, cris de joie et adieux larmoyants de la foule, rendait difficile la tenue d'une conversation audible. Louis se rapprocha de sa sœur afin qu'elle puisse l'entendre :

- Suzy, c'est ton avant-dernière année à Poudlard... Il faut que tu essaies d'en profiter, de rencontrer d'autres personnes ... Je ne veux pas que tu sois isolée ou que tu ne puisses pas vivre pleinement. Tu es une jolie fille, il faudrait juste t'arranger un peu... dit-il peu assurée.

Louis dévisagea sa sœur du coin de l'œil : ses longs cheveux bouclés, épais et broussailleux lui masquaient une grande partie du visage. Il soupira, désespéré.

- Je ne suis pas seule : j'ai des amis, Louis, contesta Suzanne d'un air lointain en observant le train, fascinée comme pour la première fois.

- Suzy, concentre-toi ! l'interpella Louis. Ce que je veux dire, c'est que tu devrais élargir ton cercle de fréquentations, tu ne peux pas dépendre continuellement que de trois personnes.

- Je connais d'autres personnes en dehors de Flavie, Dorian et Pandora...

- Tu veux parler de ce Gryffondor de ton cours d'arithmancie ? C'est quoi son nom... Titus ?

- Il s'appelle Remus Lupin, Louis.

- Oui, c'est vrai, Lupin, reprit-il avec dégoût. Je ne pense pas que ce soit une bonne fréquentation pour toi... Lui et ses camarades sont des dégénérés. Vraiment, tu peux mieux faire que ces déchets de Gryffondor.

- Louis ! s'exclama Suzanne, choquée que les termes employés par son frère ne semblaient pas venir de lui.

Elle avait parfois la sensation que son frère s'éloignait d'elle, comme si un mur qu'elle souhaitait abattre les séparait. Enfant, tout avait toujours été naturel : elle pouvait deviner ses pensées et lui les siennes... A cette époque, leurs cœurs semblaient battre d'un même rythme et leurs âmes étaient irrémédiablement entrelacées. Leurs parents n'étant que très rarement avec eux, ils avaient toujours été l'un pour l'autre leur seule et unique famille. Leur départ de la Louisiane pour Londres avec leur grand-mère, Astrid Fairfax, à la mort de leur grand-père, Dante Bellaire, aux âges respectifs de 8 et 7 ans, avait renforcé leurs liens.

- Ils sont vraiment des déchets. Je suis très inquiet que tu ne puisses pas t'en rendre compte, dit-il fermement. Tu vas avoir 16 ans, le 14 décembre. Maman s'est mariée à 18 ans. Grand-mère ne pourra pas éternellement nous protéger des Bellaire et des Clairvaux. Les deux familles ont été extrêmement déçues lorsque papa et maman ont choisi la précarité avec la musique moldue. Dois-je te rappeler qu'ils ont été déshérités ?

Suzanne fit une grimace en repensant aux familles de leurs parents qui, selon elle, ressemblaient plus à des organisations criminelles. La famille Bellaire était une famille de sorciers de sang-pur de Louisiane et de grands propriétaires terriens, qui avait fait fortune dans la production du « Ferdinand », un alcool très prisé dans le monde sorcier. Leur grand-mère, biologiste anglaise de renom, avait rencontré leur grand-père au cours d'un de ses voyages d'études sur les fleurs rares de Louisiane. Elle rappelait toujours à Suzanne et Louis qu'au moment où son regard croisa celui de Dante Bellaire, célibataire le plus convoité de toute la Louisiane, son cœur manqua un battement. Elle leur rappelait également les difficultés qu'elle avait rencontrées pour épouser leur grand-père. Bien qu'elle soit elle-même de sang-pur, sa famille n'était pas assez convenable pour les Bellaire. Son père était, en effet, un marchand d'art à Londres passionné du monde moldu. Elle parvint toutefois à l'épouser en raison de sa fortune. De leur union naquit Octave Bellaire, le père de Louis et Suzanne. Octave Bellaire avait la même passion pour le monde moldu que son grand-père. Peu après avoir épousé, la jeune Marianne, l'héritière de la famille Clairvaux, il avait succombé à sa passion pour la musique moldue et avait entraîné son épouse dans son exode musical. Les Clairvaux, également famille de sorciers de sang-pur et connus en Louisiane pour la production de crèmes magiques contre les furoncles, avaient tenté d'empêcher Marianne de suivre son mari. Cependant, séduite par la musique moldue, elle était devenue une grande chanteuse au côté de son mari, musicien de jazz. Tant les Clairvaux que les Bellaire avaient été dépités et outrés d'avoir vu leurs héritiers choisir la voie d'une carrière musicale dans le monde moldu.

Suzanne et Louis furent bousculés par de jeunes sorciers qui allaient entrer en première année. Louis pesta en leur hurlant de faire attention. Les deux jeunes garçons se retournèrent intimidés, en marmonnant un « désolé », la tête baissée.

- Ce que je veux dire, reprit son frère plus calmement, c'est qu'il serait mieux pour toi de trouver quelqu'un de convenable que tu apprécies avant que l'on te force la main, parce que c'est ce qui va se passer si tu restes comme ça... Je veux que tu sois heureuse, Suzy, conclut Louis avec une voix plus douce.

Elle baissa les yeux tristement, comprenant ce que son frère entendait par « convenable » : un sorcier de sang-pur venant d'une bonne famille. Elle savait que son frère avait raison ; que les Clairvaux et les Bellaire ne les laisseront pas en paix, et qu'après Poudlard elle serait à leur merci. Elle souhaitait continuer de vivre dans cette illusion de liberté où elle pouvait simplement être elle-même. Après la rébellion musicale de leurs parents, les Clairvaux et les Bellaire avaient reporté tous leurs espoirs sur Suzanne et Louis, au détriment de ces derniers. Elle soupira. Elle releva les yeux vers son frère, mais fut coupée dans son élan de lui répondre par l'arrivée d'un beau jeune homme. Il était plus petit que Louis, mais la dépassait de plusieurs centimètres. Il était mince, élancé et assez large d'épaules. Ses cheveux noirs et brillants contrastaient avec ses yeux gris et sa peau claire. De lui, émanait un intimidant charisme.

- Ah, Regulus, comment vas-tu ? demanda Louis avec un sourire.

- Très bien, et toi ? répondit Regulus en serrant la main de Louis.

Regulus allait également entamer sa cinquième année à Poudlard. Regulus et Louis avaient été sélectionnés au sein de l'équipe de Quidditch de Serpentard au cours de leur troisième année. Regulus était Attrapeur et Louis, Batteur. Ils étaient toutefois devenus proches seulement lors de leur quatrième année. Suzanne regardait le cadet de la famille Black avec méfiance : elle avait l'impression que son frère s'était éloigné d'elle depuis sa rencontre avec Regulus Black.

- Très bien ! J'ai hâte de voir les nouveaux membres de l'équipe... Je ne sais pas si tu as déjà rencontré ma sœur Suzanne ? reprit Louis en se tournant vers sa sœur.

Nerveusement, Suzanne passa ses cheveux derrière ses oreilles afin de dégager son visage. Regulus examina Suzanne de son regard froid et hautain : elle était grande et fine, et avait de longues boucles châtain foncé mal définies qui retombaient en désordre au niveau de sa taille. Sa peau était légèrement plus brune que celle de son frère et ses yeux noisette au reflet doré devenaient verts à la lumière du jour. Son visage était joli et harmonieux, lorsqu'il n'était pas crispé par l'anxiété. Gênée par la présence de Regulus Black, Suzanne frissonna légèrement et entoura ses bras autour de sa taille. Elle ne supportait pas d'être observée avec insistance. Regulus remarqua la gêne de Suzanne et sourit discrètement. Il fut étonné qu'elle soit aussi différente de Louis, qui était si charmant et confiant. Elle lui rappela le petit chat noir craintif qui errait autour du manoir de ses parents et, qu'il avait nourrit en secret pendant un temps. Il inclina légèrement la tête pour la saluer, puis se tourna de nouveau vers Louis.

- Des membres de l'équipe de Quidditch ont réservé un compartiment, tu te joins à nous ? demanda Regulus.

- Oui, avec plaisir, répondit Louis avec assurance.

Il se tourna vers Suzanne qui semblait plus nerveuse qu'à son habitude. Il secoua légèrement la tête, désolé par l'attitude apeurée de sa sœur.

- Suzy, je te laisse, on se retrouve à Poudlard, lui dit-il la main posée sur son avant-bras qui entourait toujours sa taille.

- Oui, pas de souci, fais... Fais un bon voyage Louis, ah-ah-ah, répliqua-t-elle en riant nerveusement.

Louis se massa le front, gêné, puis il fit un signe de la main à sa sœur en la regardant du coin de l'œil.

- Fais un bon voyage aussi, Suzanne Bellaire, ajouta Regulus Black, amusé.

Suzanne fit un signe maladroit de la main à Regulus qu'elle estimait approprié, plein d'assurance et suffisamment détaché pour masquer sa gêne. Cependant, elle parvint uniquement à produire tout l'inverse de ce qu'elle recherchait. Louis lui adressa un regard désolé puis s'éloigna avec Regulus. Suzanne se mordit la lèvre inférieure se disant qu'elle s'était encore rendue ridicule. Elle entra dans le train la tête baissée, traînant, derrière elle, son sac posé sur sa valise. Elle s'en voulait d'être toujours aussi nerveuse lorsqu'elle rencontrait de nouvelles personnes. Elle aurait aimé pouvoir agir normalement et ne plus être aussi étrange et maladroite. Le train était inondé d'élèves survoltés, mais Suzanne avait la sensation d'être seule. Elle ne remarqua pas non plus la vendeuse de bonbons, avec qui elle effectuait toujours des transactions coûteuses, passer lentement à ses côtés et annoncer son arrivée d'une voix chantante. Elle fut sortie de ses pensées lorsque deux mains, agrippées sur ses épaules, l'entraînèrent dans un compartiment. Elle tituba légèrement puis parvint à retrouver son équilibre.

- Suzy ! Je t'appelle depuis au moins cinq minutes... Qu'est-ce que tu fais à déambuler comme une âme en peine ? demanda un jeune homme aux cheveux blond vénitien et aux yeux marron chaleureux.

De jolies taches de rousseur égayaient son visage. Il prit la valise de Suzanne et la déposa dans les porte-bagages qui se trouvaient au-dessus des banquettes.

- Ah Dorian... Tu m'avais appelé ? Je ne t'avais pas entendu, dit – elle d'un air lointain.

- Tu n'as pas l'air très bien, Suzy, intervint une jolie brune, aux cheveux coupés au carré et au teint de porcelaine.

- Je parlais avec Louis et j'ai été quelque peu troublée par l'arrivée de Regulus Black...

- Ton frère fréquente Regulus Black ? demanda la jolie brune. Il a toujours cette expression taciturne et hautaine... Il me met vraiment mal à l'aise, dit-elle en grimaçant.

Suzanne soupira et s'installa sur la banquette en face de son amie en posant son sac à côté d'elle.

- Je sais, Flavie, je suis choquée aussi... Ils sont devenus vraiment proches l'année dernière avec les entraînements de Quidditch, répliqua Suzanne. J'ai l'impression que Louis a changé depuis qu'il fréquente Regulus Black, il est... distant. C'est toujours mon Louis, mais j'ai l'impression qu'un mur s'est dressé entre nous, reprit Suzanne tristement.

Flavie écoutait attentivement Suzanne les bras croisés contre sa poitrine, très concernée par le désarroi de son amie.

- C'est peut-être juste une phase ... intervint une blonde aux yeux bleus presque translucides.

- Dora, c'est juste qu'il dit des choses qu'il n'aurait jamais dites avant...

Pandora pencha la tête sur le côté en guise d'interrogation, en passant machinalement une main dans ses longs cheveux blonds presque blancs.

- Comme quoi ? demanda Dorian assit à côté d'elle.

- Je ne sais pas... Il a dit que les Gryffondor, et en particulier Remus Lupin, étaient des déchets.

- Il n'a pas tort là-dessus... répliqua Flavie d'un ton entendu.

- Vivie ! s'exclama Suzanne.

- Tu ne vas me faire croire que tu ne le penses pas aussi... Chaque année, je redoute les cours que les Serdaigle auront avec les Gryffondor, à cause des amis de Lupin. Je ne comprends même pas pourquoi tu lui parles. Il est tellement bizarre, il est quasiment toujours absent. J'ai peur qu'il soit aimable avec toi seulement afin que tu lui donnes tes cours d'arithmancie.

- Non, Flavie, il n'est vraiment pas comme tu le décris... J'ai l'impression d'entendre Louis quand je t'écoute.

Flavie haussa les épaules en regardant sur le côté, agacée, les lèvres pincées. Flavie Yu était la première amie de Suzanne à Poudlard. Elle était fille unique, et ses parents venaient de riches familles de marchands chinois qui s'étaient installées à Londres dans les années 1920. Elle était très directe, et avait horreur des faux-semblants. Son tempérament compétitif et impulsif, lui était utile pour remplir ses fonctions de Batteuse de l'équipe de Quidditch de Serdaigle.

Après l'incident de troisième année, Flavie s'était jurée de protéger Suzanne. Savoir que quelqu'un pouvait profiter d'elle la mettait hors d'elle. Comprenant la colère de Flavie, Dorian baissa les yeux tristement. Dorian Finnegan et Suzanne s'étaient rencontrés en quatrième année, par l'entremise de Flavie. Il ne connaissait pas Suzanne aussi bien que Flavie ou Pandora, et ne se sentait souvent pas légitime pour conseiller Suzanne ou prendre parti. Il prit, toutefois, l'initiative de rompre le silence qui s'était installé.

- C'est uniquement la rencontre avec Louis et Regulus qui t'a rendu triste... Ou bien il y a autre chose ?

- Oui, je voulais vous poser une question... répondit Suzanne.

Ils se penchèrent tous les trois vers elle simultanément. Suzanne se redressa, étonnée par leur réaction.

- A vrai dire, depuis le début de l'été, Louis m'a fait remarquer que... commença-t-elle en essayant de reformuler les propos de Louis, il m'a dit qu'il s'inquiétait pour moi...

- Pourquoi ? demanda Flavie, les sourcils froncés.

- Parce qu'il a peur que je ne vive pas pleinement ma vie...

Pandora, Flavie et Dorian échangèrent tous les trois des regards concernés. Suzanne les observa les yeux plissés puis continua.

- Et il a peur que je finisse isolée parce que je n'arrive pas à m'ouvrir aux autres et que je ne prends pas assez soin de moi ? expliqua Suzanne, incertaine.

Cette fois-ci, Pandora, Flavie et Dorian échangèrent un regard entendu en prenant une profonde inspiration.

- Bon, ça suffit ! Arrêtez avec vos œillades et communications non-verbales et dites-moi ce que vous en pensez ! ... Est-ce qu'il a raison de me le faire remarquer ? demanda-t-elle d'un ton qu'elle souhaitait moins suppliant.

- J'attends ce moment depuis longtemps... intervint Flavie. Suzy... Tout le monde dans ce compartiment t'aime très sincèrement.

- Ok... répondit Suzanne, peu assurée.

- Mais je dois être honnête avec toi : Louis a raison, tu ne peux plus continuer comme ça ! Tu t'habilles mal, tu n'es même pas coiffée, et tu as toujours cette expression bizarre quand tu parles à d'autres personnes ... Comme si tu étais constipée.

Dorian pouffa de rire et Pandora hocha la tête en approuvant, malgré elle, les propos de Flavie.

- Comment ça, mal habillée ? Je porte ma robe de sorcière comme toi ! ... Et je n'ai pas l'air constipée !

- Suzy, ton uniforme est, au moins trois tailles, trop grand pour toi... Tu ressembles à une vieille fille qui n'a plus de volonté de vivre, alors que ce n'est pas ton cas.

- J'aime être confortable...

- Confortable ou cachée ? demanda Flavie.

- Elle n'a pas tort, Suzy, intervint Pandora.

Pandora regardait Suzanne attentivement de ses grands yeux bleus, ses longs cheveux blonds et brillants retombant le long de ses bras. Pandora et Flavie s'étaient rencontrées dans le train en première année et, depuis ce jour, elles étaient devenues inséparables. Contrairement à Flavie, Pandora avait un tempérament plus calme et réfléchi. Elle était présidente du club d'échecs et faisait partie de la chorale de Poudlard. Elle avait essayé, sans succès, d'inscrire Suzanne à la chorale après avoir appris que sa mère était chanteuse. Elle n'était pas aussi expansive que Flavie, mais elle partageait son point de vue. Son souhait était également de voir Suzanne s'épanouir, et ne plus être aussi renfermée.

Suzanne s'enfonça dans le siège de la banquette, les bras croisés. Flavie se pencha vers Suzanne, une main posée sur son genou, et reprit d'une voix plus douce.

- Ce que je veux dire, c'est que tu es une jolie fille... Tu es adorable quand tu souris. J'aimerais que tu n'aies plus à te cacher des autres et que tout le monde puisse profiter de la Suzy que l'on connaît et de ses qualités.

- Mes qualités ? demanda Suzanne en bougonnant, blessée dans son orgueil.

- Oui, tes qualités, tu es la personne la plus pragmatique que j'ai rencontrée, intervint Pandora.

- Pragmatique ? répéta Suzanne, confuse.

- Oui ! Pragmatique, elle a raison ! confirma Dorian. C'est comme si tu avais une pendule ou un système de mesure complexe inséré en toi.

- Ah, vraiment... répondit Suzanne, perplexe.

- Ils ont raison, tu recherches toujours l'efficacité et à optimiser le temps et l'espace : c'est une qualité remarquable, compléta Flavie.

- Ok, ok, très bien, je suis pragmatique, dit-elle en faisant un geste agacé de la main.

Pandora, Flavie et Dorian se regardèrent de nouveau puis hochèrent la tête d'un même mouvement. Suzanne les regardait, vexée, enfoncée dans la banquette du compartiment du Poudlard Express.

- Nous savons ce qu'il te faut, après concertation...

- Vous ne vous êtes pas concertés...

- Après concertation, reprit fermement Flavie, nous avons conclu que tu n'es pas satisfaite de ta situation actuelle et qu'il te faut prendre un nouveau départ.

- Un nouveau départ ? demanda Suzanne.

- Oui, ça commence par mieux t'habiller et te coiffer ! J'ai découvert de nouveaux sortilèges pour ajuster les vêtements à la perfection. Lorsque l'on sera arrivé à Poudlard, je les essayerai sur toi... déclara Flavie rêveuse.

Flavie avait toujours été passionnée par la mode et, elle souhaitait devenir une grande couturière dans le monde sorcier. Ses parents regardaient son ambition professionnelle d'un œil désapprobateur, souhaitant que leur seule et unique enfant reprenne l'affaire familiale. Les difficultés relationnelles entre Flavie et ses parents étaient souvent un sujet de conversation pour le quatuor.

- Et, si je refuse ?

- Ce serait ton choix, mais je ne pense pas que ce soit ton désir, autrement tu ne serais pas ouverte comme tu l'as fait.

Le regard de Suzanne s'attrista. Elle savait que Flavie avait raison. Elle avait envie de changer, mais cela l'effrayait. Elle voulait ne plus fuir ni avoir peur lorsque quelqu'un posait son regard sur elle.

- Moi, je m'occuperai de tes cheveux ! ajouta Pandora enjouée. J'ai toujours eu du mal à démêler les miens... J'ai dû pendant longtemps expérimenter de nombreux sorts, au détriment de la maison de mes parents qui a failli exploser à plusieurs reprises, dit-elle d'un air lointain. J'ai fini par trouver ceux qui étaient parfaits. Je redonnerai à tes cheveux toutes leurs souplesses et leurs brillances.

Dorian regarda tour à tour ses trois amis, avec un sourire amusé.

- Je pense qu'il est temps que j'apporte ma contribution... intervint Dorian. Pour ma part, je t'aiderais à pratiquer la conversation... Je pense que j'aurai la tâche la plus difficile.

Suzanne balança une boite de bonbons coincée dans la banquette dans la direction de Dorian, qui se protégea à l'aide de son bras, en éclatant de rire. Elle baissa les yeux, émue par tous les efforts qu'ils souhaitaient déployer pour elle.

- Alors, tu te sens mieux ? demanda Dorian avec un sourire chaleureux sur les lèvres.

Elle sourit mais n'eut pas le temps de répondre, la porte de leur compartiment s'ouvrant brusquement sur une jeune fille rousse aux yeux vert émeraude.

- On va bientôt arriver. Il faut que vous mettiez vos robes de sorcier... Mais je vois que c'est déjà fait, dit la jeune fille rousse.

- Les Serdaigle sont toujours prévoyants ! Donc, tu es préfète de nouveau cette année ? demanda Dorian.

- Oui, dit-elle en passant sa main sur son insigne rouge et or de préfète.

Lily et Dorian s'étaient rencontrés l'année dernière lorsqu'ils étaient tous les deux préfets de leurs maisons. Dorian, de sang mêlé, aimait parler du monde moldu avec Lily. Ils avaient éprouvé dès leur rencontre un respect mutuel.

- Tu n'as pas l'air très heureuse, remarqua Dorian.

Lily grimaça. Ils comprirent tous la cause de son désagrément, ou plutôt les causes.

- Ils ont encore fait n'importe quoi ? demanda Flavie exaspérée.

- Ils ont donné des bonbons explosifs à des élèves de deuxième année de Serpentard... dit-elle en se massant le front. Ils n'ont même pas attendu d'être à Poudlard, cette fois-ci.

Un jeune homme brun apparut dans l'embrasure de la porte et entoura les épaules de Lily de son bras. Lorsque Suzanne l'aperçut, elle eut l'impression un court instant de voir Regulus Black. Il s'agissait de Sirius Black, une des causes des nombreuses migraines et inquiétudes de Lily. Il était beaucoup plus grand que Regulus et le dépassait d'au moins une tête et demie. Les traits de son visage étaient également plus beaux que ceux de Regulus et semblaient avoir été parfaitement sculptés. Ses cheveux bruns ondulés, plus longs que ceux de Regulus, retombaient négligemment sur ses yeux et encadraient son visage avec une rare perfection. Sur n'importe qui, le pull bleu marine et le jean noir qu'il portait paraîtraient quelconques, voire négligés, mais Suzanne avait l'impression que sur lui, le plus simple des vêtements devenait une pièce d'exception. Bien qu'il apparût plus accessible et enjoué que Regulus, il avait cette même aura. Il dégageait le même charisme intimidant que Regulus, mais avec quelque chose que Suzanne ne parvenait pas à nommer. Suzanne l'avait aperçu plusieurs fois avec Remus et s'était rendue compte de l'effet qu'il produisait sur la gent féminine... Et même sur le corps professoral. Elle avait l'impression que personne ne pouvait réellement résister à son charme. Sirius tourna ses yeux bleu-gris vers Suzanne. Cette dernière baissa la tête rapidement, en se cachant derrière ses cheveux. Sirius fronça les sourcils, perplexe, puis tourna son visage enjoué vers Lily.

- Evans, je vois que tu remplis parfaitement tes fonctions de préfète ! Pourras-tu nous accorder, à James et moi, un traitement de faveur cette année ? demanda-t-il innocemment.

- Retire ton bras de mon épaule, Black ! ordonna Lily sans le regarder.

- Sirius, laisse Lily tranquille, intervint un jeune homme blond derrière Sirius.

Suzanne reconnut immédiatement le propriétaire de la voix. Elle se leva rapidement puis fouilla dans son sac, sous les regards interrogateurs de Dorian, Flavie et Pandora.

- Remus ! J'ai quelque chose à te donner, s'exclama Suzanne enjouée.

Sirius la regarda un sourcil levé puis se tourna vers son ami qui entra dans le compartiment des Serdaigle, en séparant Lily et Sirius sur son passage. Flavie observa Remus avec méfiance. Il était aussi grand que Sirius et il avait un regard bienveillant. Ses cheveux châtain clair étaient parsemés de mèches argentées. De longues cicatrices parcouraient son visage. Il était déjà vêtu de sa robe de sorcier.

- Ah, Suzanne, tu vas bien ? demanda Remus calmement avec un sourire.

- Oui, je vais bien... Je voulais te donner ce livre avant que j'oublie... Il est dédicacé par Astrid Fairfax, la biologiste et ma grand-mère, ah-ah, dit-elle nerveusement. Avant les vacances, tu m'avais parlé de tes problèmes de santé et d'insomnie, et je me suis dit que ce livre pourrait t'aider. Il ne sortira en librairie qu'en octobre, donc tu l'as en avant-première !

Remus prit le livre dans ses mains et lut le titre : « La magie des plantes médicinales : étude empirique des quatre coins du globe ». Suzanne passa ses cheveux, nerveusement, derrière ses oreilles. Elle regardait le sol afin d'éviter de croiser le regard des nouveaux arrivants, mais un sourire délicat illuminait son visage. Sirius regarda Remus et Suzanne alternativement, en essayant de deviner leur relation. Lily observa la couverture du livre avec le plus grand des intérêts.

- Ah, c'est vraiment très gentil, Suzanne... répondit Remus, les joues devenues légèrement roses.

- J'espère que tu pourras y trouver une solution à ton mal... L'insomnie est vraiment quelque chose d'horrible, je n'en ai jamais souffert pour ma part... A vrai dire, je peux dormir n'importe où...pas que je dorme n'importe où, ou avec n'importe qui... Non ! Je n'ai jamais dormi avec personne, le seul avec qui je dors, c'est mon lapin Spike, c'est un lapin des Flandres très intelligent et il adore les chiens, surtout Puck le berger australien de ma grand-mère...

Dorian attrapa la main de Suzanne pour l'inviter à arrêter de parler. Flavie couvrit son visage de sa main, gênée, et Pandora sourit nerveusement. Remus et Lily se regardèrent discrètement, gênés, puis adressèrent à Suzanne un sourire attendri. Le seul qui n'essayait pas de se cacher fut Sirius qui explosa de rire. Son rire ressemblait étrangement aux aboiements d'un chien. Remus lui donna un coup de coude dans les côtes pour le faire taire. Suzanne baissa la tête, ses cheveux tombant comme de longs rideaux devant son visage.

- C'est vraiment très intéressant comme livre, je pense que je l'achèterai lorsqu'il sortira en librairie, intervint Lily avec un sourire. Tu t'appelles bien, Suzanne Bellaire ?

Suzanne leva les yeux vers Lily et passa ses cheveux de nouveau derrière ses oreilles, nerveuse. Elle hocha la tête, un sourire crispé sur les lèvres. Flavie fit une grimace en la voyant et secoua la tête déçue : l'expression de Suzanne était vraiment celle d'une personne constipée.

- Je te remercie, Suzanne, reprit Remus la main posée sur l'épaule de la jeune fille. L'insomnie est vraiment le pire des maux, tu as raison, dit – il tristement. Je suis ravi de savoir que tu n'as pas à en souffrir.

Suzanne parvint à regarder Remus dans les yeux et à lui sourire amicalement. Flavie se redressa étonnée et posa sa main devant sa bouche, de la même manière d'une mère témoin des premiers pas de son bébé.

- Sirius et moi devons vous laisser, annonça Remus en attrapant Sirius par la nuque qui protesta. Suzanne, je suppose que tu vas reprendre le cours d'arithmancie cette année, vu que tu es l'enfant spirituel de la professeur Vector ?

Suzanne répondit timidement « oui », les bras entourés autour de sa taille.

- Je prendrai également le cours d'arithmancie, cette année, intervint Lily.

Remus sourit à Lily puis se tourna vers Suzanne.

- Donc on aura au moins une option ensemble ! Je te dis à plus tard alors ? reprit Remus enjoué.

Il adressa un signe de tête aux autres personnes du compartiment puis s'éloigna avec Sirius. Lily les salua également puis partit. Lorsque la porte du compartiment se referma, Dorian se tourna vers Suzanne.

- Je pense que l'on a beaucoup de travail devant nous.

Flavie et Pandora hochèrent lentement la tête. Suzanne, vexée, donna un coup dans le bras de Dorian, ce qui le fit rire.

- Ce n'était pas si mal que ça...

- C'était comme observer une chouette ivre, foncer droit dans la vitre d'une fenêtre qu'elle croyait ouverte, répondit Flavie en tenant son menton entre son pouce et son index.

- C'est assez imagé, mais c'est bien ça, confirma Pandora.

Ils éclatèrent tous les quatre de rire. La lumière dorée de la fin de journée accompagnait, complice, les rires des Serdaigle et se déversait dans le compartiment dans une douce euphorie. La fin de l'été était toujours la promesse de nouvelles aventures et découvertes pour les élèves de l'école de magie. Suzanne se laissa tomber sur la banquette, heureuse de débuter une nouvelle année aux côtés de ceux qui étaient ses amis.