Chapitre 2 : Les maraudeurs
- Suzanne ! Arrête de bouger, on va finir par rater le petit-déjeuner ! s'exclama Flavie.
- Je fais ce que je peux, rétorqua Suzanne en se tenant aussi droite qu'elle le pouvait, les bras levés et perpendiculaires au sol.
Flavie, Suzanne et Pandora étaient seules dans leur dortoir ovale, aux couleurs bleu et argent de la maison Serdaigle. Leurs deux autres camarades de chambre, Cassandra Pugh et Lorelei O'Nail, étaient déjà descendues pour le petit-déjeuner. Les trois amies s'étaient levées deux heures plus tôt afin de mettre leur plan à exécution. Flavie ajustait l'uniforme de Suzanne à l'aide de sortilèges, tandis que Pandora jetait des sorts aux cheveux de Suzanne pour bien former chacune de ses boucles. Lorsque Pandora eut terminé, les cheveux de Suzanne, auparavant informe et massif, s'étaient changés en une magnifique cascade de boucles châtain foncé au reflet caramel, qui retombait soigneusement au niveau de sa taille. Pandora attrapa deux mèches qui couvraient le visage de Suzanne, les enroula en torsade sur chacun des côtés de sa tête, et les fixa à l'aide de deux magnifiques broches dorées.
- Ma mission est terminée ! s'enorgueillit Pandora devant son œuvre qu'elle estimait parfaitement exécutée.
- J'ai également fini ! ajouta Flavie, qui agita sa baguette dans un dernier mouvement au niveau de la taille de Suzanne. Et voilà ! Maintenant, le moment tant attendu : l'épreuve du miroir !
Flavie et Pandora attrapèrent chacune un des bras de Suzanne et l'entraînèrent devant le miroir de leur dortoir. Suzanne observa son reflet, et eut, pour un instant, l'impression de voir une autre personne. Jamais, elle n'aurait imaginé que ses cheveux puissent être aussi longs, doux et brillants. Son visage enfin dégagé de sa masse capillaire, elle put observer chacun de ses détails. Elle ne s'était jamais vraiment regardée auparavant. Elle avait les mêmes yeux noisette aux reflets or en amande que sa mère, le même nez droit, fin et légèrement retroussé que sa grand-mère, le teint d'un marron-doré profond et lumineux, et de jolies lèvres vermeilles en cœur. Elle avait même l'impression d'avoir les quelques taches de rousseur de son père. Étonnée, elle ouvrit la bouche en grand. Elle observa, ensuite, le reste de son corps : ses vêtements n'avaient plus l'aspect de sacs, mais étaient parfaitement ajustés à son corps, mettant en valeur sa taille fine et ses longues jambes. Gênée, elle plaça ses bras devant elle.
- Je suis d'accord pour les cheveux, mais est-ce que je peux récupérer mes anciens vêtements ? Je ne peux pas sortir comme ça.
Flavie fronça les sourcils et croisa les bras, agacée.
- Tu es parfaitement bien comme ça, dit-elle sèchement. J'ai passé trop de temps sur ton uniforme pour que tu portes de nouveau tes sacs informes ! Et on n'a pas le temps, Dorian nous attend dans la salle commune. Si on ne part pas maintenant, on va rater le petit-déjeuner.
- Mais... reprit Suzanne d'une voix suppliante.
- Il n'y a pas de mais qu'y tienne, rétorqua Flavie.
Flavie lança un regard à Pandora qui hocha la tête. Elles attrapèrent chacune un des bras de Suzanne et l'entraînèrent de force, hors du dortoir. Suzanne essaya de se débattre, en vain. Arrivée dans la salle commune, Flavie se racla la gorge en apercevant Dorian de dos :
- Sir Dorian Finnegan, je vous présente Mademoiselle Suzanne Octavie Bellaire.
Dorian se retourna. Il ouvrit la bouche puis la referma à plusieurs reprises, lorsqu'il aperçut Suzanne. Il se précipita vers elle pour la serrer fièrement dans ses bras, puis il la regarda de bas en haut.
- Les filles, vous avez fait un travail remarquable ! ... Vous avez mis la barre très haut !
Suzanne, gênée, s'apprêta à répliquer quelque chose mais, elle fut coupée par Flavie qui poussa le groupe vers la sortie de la salle commune.
- On n'a plus le temps, il faut manger maintenant !
Ils traversèrent tous les quatre les couloirs pour rejoindre le rez-de-chaussée, en direction de la Grande Salle. Suzanne se cachait derrière ses amis, en tirant sur ses vêtements, afin de les élargir.
- Suzy, arrête de te tortiller comme ça ! ordonna Flavie.
- Mais si quelqu'un me regarde, que devrais-je faire ? demanda – t- elle paniquée.
- Eh bien, tu essaies de faire comme si de rien n'était... Tu serais heureuse que Remus te voie aussi jolie...
- Remus Lupin ? Pourquoi tu parles de lui ?
- Oh ! Pour rien, pour rien... répondit Flavie d'un air détaché. Et ça ne sert à rien de tirer sur tes vêtements, mes sorts sont imparables.
Suzanne fit une moue boudeuse et continua de marcher derrière ses amis, résignée. Soudain, le fantôme Peeves passa rapidement à travers eux, manquant de les faire tomber, à cause de la surprise provoquée. Il hurla sur son passage : « Suzanne Bellaire, l'épouvantail de Poudlard, s'est changée en princesse ». Il ricana méchamment, en s'éloignant. Flavie lui ordonna de se taire et de les laisser tranquille. Suzanne fronça les sourcils, en le regardant disparaître à travers un mur. Il est vrai, qu'elle n'avait pas pris soin d'elle les années précédentes ; mais de là à ressembler à un épouvantail, et à être, plus particulièrement, l'épouvantail de Poudlard... Était-ce ainsi que tout le monde l'appelait ? Elle sentit une vague de tristesse l'envahir, comme si un nuage noir avait obscurci le début de sa journée. Dorian plaça une main sur son épaule afin de la réconforter, et de l'inviter à continuer d'avancer. Elle espérait que personne n'avait entendu.
Lorsqu'ils pénétrèrent dans la Grande Salle, il ne restait plus beaucoup d'élèves attablés, aux quatre longues tables des différentes maisons de l'école de magie. Le ciel du plafond enchanté était d'un bleu pâle parsemé de nuages, d'un blanc immaculé. Elle soupira de soulagement. Elle aperçut à la table des Gryffondor, Remus et ses camarades que Flavie avait qualifiés de dégénérés la veille. Machinalement, elle lui fit un signe de la main. Ce dernier tourna son visage distraitement vers elle, puis écarquilla les yeux, les joues devenues roses. Sirius suivit le regard de son ami. Il fronça les sourcils en observant Suzanne, en se demandant s'il ne l'avait pas déjà vu quelque part. Suzanne baissa les yeux et s'installa. Sirius passa une main devant le visage de Remus :
- Tu la connais ? C'est qui ?
Remus sursauta, comme ramené à la réalité. Il soupira.
- Tu as beau être d'une intelligence hors du commun, tu es incapable de te souvenir de quelqu'un que tu as rencontré la veille.
- La veille ? demanda-t-il.
- Dans le train ? Suzanne Bellaire, celle qui m'a offert le livre.
- Ah, la fille bizarre...Elle n'a pas un peu changé ? demanda-t-il pensif, la tête appuyée contre son poing.
- Elle n'est pas bizarre, Sirius...
- Si tu le dis... répondit Sirius en quittant Suzanne des yeux, pour contempler son verre de jus de citrouille.
- Qui est Suzanne ? demanda un jeune homme, avec des lunettes rectangulaires et des cheveux bruns en bataille, en se penchant vers Remus et Sirius.
- La copine secrète de Remus... répondit vaguement Sirius.
- Ce n'est pas ma copine ! On a arithmancie ensemble... Elle prend les cours pour moi quand je suis malade.
- La copine secrète ? demanda le garçon brun en ajustant ses lunettes. Elle est où ? Je veux la voir ! s'exclama-t-il avec un charmant sourire révélant de jolies fossettes.
- Ce n'est pas ma copine...
- A la table des Serdaigle, elle est assise à côté de la Batteuse de l'équipe de Quidditch, répondit Sirius en pointant l'endroit indiqué, à l'aide de sa fourchette.
- La Batteuse des Serdaigle ? Flavie Yu ?
Sirius hocha la tête, toujours pensif. Le jeune homme aux lunettes parcourut des yeux la table des Serdaigle, puis arrêta son regard sur une jeune fille qui paraissait réservée, à côté d'une Flavie survoltée.
- C'est elle, Sirius ?
Sirius hocha la tête.
- Sois plus discret, James... Tu vas embarrasser Lunard, ajouta-t-il en souriant malicieusement, d'un ton faussement préoccupé.
- Elle est très jolie, Lunard ! Bien joué ! ...Tu ne trouves pas Sirius ? Pas aussi jolie que Lily bien sûr...Quelqu'un l'aurait vu ? C'est à elle de nous apporter les emplois du temps, non ?
Sirius n'écoutait plus James. Il avait relevé les yeux dans la direction de Suzanne, le menton dans sa main. Elle secouait la tête, en souriant à Flavie qui semblait raconter une histoire drôle. Il vit un garçon se lever de la table des Serpentard et se diriger dans la direction de Suzanne. Le garçon avait le teint caramel et des bouches brillantes châtain clair, aux reflets blonds. Il le reconnut tout de suite : il s'agissait de Louis Bellaire, un des Batteurs de l'équipe de Serpentard. Il fronça les sourcils, lorsqu'il vit Regulus le suivre de près pour saluer Suzanne. Il sortit sa baguette, et jeta discrètement un sort d'acoustique afin d'entendre leur conversation.
- Suzy ! Tu as suivi mon conseil ?! Je suis fier de toi ! se réjouit Louis en agrippant fièrement l'épaule de sa sœur.
- Louis, parle moins fort ! ordonna Suzanne.
- Je suis sûr que tu as été à l'initiative de tout, Vivie, bien joué ! dit-il en ignorant sa sœur, le regard tourné vers Flavie.
Flavie leva son verre de jus d'orange dans la direction de Louis.
- Suzy, rappelle-toi : tout sauf un Gryffondor, dit-il discrètement à sa sœur en lui faisant un clin d'œil.
Suzanne leva les yeux au ciel, et donna un coup de coude dans les côtes de son petit frère. Ce dernier se tordit puis ricana en se massant le ventre.
- Suzanne Bellaire, j'espère que ton voyage en train s'est bien passé hier, intervint Regulus d'un ton neutre avec un sourire discret.
- Oui, très bien, répondit Suzanne, gênée, ce qui amusa Regulus.
Regulus garda son regard posé sur Suzanne seulement quelques secondes, mais cette dernière eut la sensation que plusieurs heures s'étaient écoulées. Elle essayait de se cacher à l'aide de sa main. Dorian regardait la scène, surpris et alarmé. Regulus leva son regard vers Dorian puis le détourna immédiatement, comme pris en flagrant délit.
- Nous devons malheureusement vous quitter, les sélections pour l'équipe de Quidditch vont bientôt commencer, reprit Regulus, froidement, en posant son regard sur les quatre Serdaigle et en s'attardant de nouveau sur Suzanne. Passe une bonne journée, Suzanne Bellaire, dit-il de sa voix grave, les yeux rieurs.
Louis adressa un regard interrogateur à Regulus, puis rapidement, se tourna vers sa sœur afin de lui ébouriffer ses cheveux.
- Louis ! C'est moi la grande sœur ! Tu devrais au moins faire semblant de me respecter...
- Louis Bellaire, je t'interdis de gâcher tout mon travail, s'exclama Pandora en se levant de la table.
Louis fit une grimace à Pandora qui lui rendit. Il se tourna vers Suzanne et lui fit un signe de la main pour la saluer. Il quitta la Grande Salle avec Regulus, en discutant.
Suzanne aplatit de nouveau ses cheveux avec l'aide de Pandora. Instinctivement, elle leva les yeux vers la table des Gryffondor. Sirius détourna immédiatement le regard en espérant qu'elle ne l'avait pas remarqué, et il mit fin à son sort. Il passa une main gênée contre sa nuque. Le regard tourné vers l'intérieur, il se dit qu'il n'avait jamais vu Regulus agir de cette façon au sein de l'école...
- Patmol, tout va bien ? demanda James. Tu es comme absent depuis ce matin...
- Oui, je vais bien, je vais bien.
- Je disais qu'il fallait que l'on organise un rendez-vous entre Suzanne et Remus !
- Pour la énième fois, James, ce n'est pas ma copine, lâche l'affaire... intervint Remus.
- Alors, qu'en penses-tu, Patmol ? demanda James en ignorant Remus. Si on n'agit pas vite, rien ne se passera à cause du caractère réservé de Lunard.
- James, je pense que l'on devrait écouter Remus, s'il dit que ce n'est pas sa copine, c'est que ce n'est pas sa copine.
James et Remus se regardèrent tous les deux étonnés.
- Vraiment ? Mais, Sirius c'est toi qui l'a dit...
- Je me suis trompé, désolé, répliqua Sirius d'un air détaché.
- Ok... répondit James en baissant les épaules, déçu.
Sirius observa Suzanne et ses trois amis se diriger vers les portes de la Grande Salle, après avoir reçu leur emploi du temps. Flavie avait un morceau de brioche dans la bouche et regardait dépitée, le morceau de papier entre ses mains. Elle se tourna vers la table des Gryffondor et lança un regard noir au quatuor, qui aimait se faire appeler les « Maraudeurs ». Sirius lui sourit, sourire auquel Flavie répondit par un geste vulgaire de la main. Elle leva les yeux au ciel et passa son bras autour des épaules de Suzanne, qui bascula légèrement sur le côté. Ils sortirent tous les quatre de la Grande Salle, Flavie se plaignant à son habitude.
- Remus, est-ce que tu sais si Suzanne est proche de Regulus ?
Remus fut étonné par la mention du nom du frère cadet de son ami.
- Je ne pense pas... Elle est toujours avec Flavie, Pandora Elloway et l'ancien préfet des Serdaigle... Dorian Finnegan !
- Dorian Finnegan... C'était une vraie plaie en tant que préfet, toujours à épier nos faits et gestes... Je suis sûr qu'il prenait plaisir à faire perdre des points à la maison Gryffondor, s'énerva James.
- Il était juste dans son rôle de préfet, James... Et c'est toi et Sirius avec vos plans loufoques qui faisiez perdre des points à la maison Gryffondor.
James et Sirius se regardèrent avec un sourire complice et se tapèrent dans la main.
- Pour le meilleur et surtout pour le pire, Cornedrue ! dit fièrement Sirius.
- Je n'aurais pas pu mieux le dire, Patmol, répondit James en faisant un clin d'œil à Sirius. Maraudeur un jour, maraudeur toujours !
Un garçon blond, de petite taille et au nez pointu, regardait tour à tour James et Sirius, en souriant, les yeux brillants d'admiration.
- Et on peut toujours compter sur notre fidèle Queudever ! ajouta Sirius en attrapant l'épaule du garçon blond.
Remus soupira.
- Arrêtez d'essayer d'entraîner Peter dans vos jeux de mauvais goûts, déclara Remus calmement.
- Lunard, Peter est libre de ses choix, répliqua Sirius d'un ton faussement innocent.
- Remus, Sirius a raison, je ne suis forcé à rien ! ajouta Peter.
- Je ne peux que vous encourager d'arrêter... reprit Remus d'un ton défaitiste.
- Remus ! Une voix enjouée et mélodieuse interpella le jeune sorcier.
- Lily, tu as récupéré les emplois du temps ?
Lily lui fit un clin d'œil. Elle passa une main dans ses longs cheveux roux pour les renvoyer en arrière.
- Tu m'aides à les distribuer au reste des sixième année ? demanda-t-elle d'une voix douce. La professeure McGonagall devra ensuite s'assurer, que chacun des sixième année pourra suivre les cours choisis, suivant leurs résultats obtenus au BUSE.
Le Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire, communément appelé BUSE, était le premier examen important que les élèves passaient en fin de cinquième année. Les résultats de cet examen déterminaient les cours, que les élèves pourront poursuivre en sixième année.
- Bonjour Lily, tu as bien dormi ? demanda James d'une voix qu'il souhaitait la plus grave possible.
- Pas maintenant, Potter... Tu viens, Remus ?
- J'arrive ! répondit Remus en se levant du banc où il était assis.
Sirius attrapa un des emplois du temps des mains de Lily qui soupira, agacée.
- Voyons ce que nous avons, dit-il en le contemplant.
James se pencha vers lui, pour le regarder également.
- Botanique et défense contre les forces du Mal, le jeudi, dit-il. Ensuite, sortilège et histoire de la magie, le mardi... potions, le mercredi matin...Soins aux créatures magiques le lundi matin et métamorphose, le lundi après-midi. Ça risque d'être ennuyant à mourir, se lamenta Sirius. On n'a rien le vendredi... Ah ! Je n'avais pas vu : on aura astronomie, le vendredi soir. Les autres cours commenceront en octobre... Bon, ce n'est pas trop mal...
En regardant l'emploi du temps, il comprit le regard noir de Flavie. En sixième année, les cours étaient en commun et plus approfondis. Les élèves avaient le choix de prendre toutes les matières qu'ils désiraient. L'année dernière, Flavie se lamentait à chaque cours en commun avec les Gryffondor. Elle avait également épaulé Dorian Finnegan, afin d'empêcher Sirius et ses amis de commettre des mauvais tours. Un sourire se dessina sur les lèvres de Sirius, lorsqu'il repensa à la scène d'hystérie de Flavie en botanique. Ce jour là, il avait lancé une mandragore sur un Serdaigle qui avait remis en doute sa légitimité de Gryffondor, en raison de sa famille, et de son aptitude à faire perdre des points à sa maison. Le Serdaigle avait fini à l'infirmerie, à cause d'une légère morsure sur la joue infligée par la plante, et les Gryffondor avaient perdu 50 points.
- J'ai hâte d'embêter Servilus en potions, dit James d'un ton réjoui.
-... Je ne prendrai pas potions cette année, répliqua Sirius d'un air détaché.
- Vraiment ? Pourquoi ?
- Ça me fatigue...je n'ai pas la patience pour ça...
- Ok... répliqua James, déçu. Après, avec tes résultats au BUSE, tu peux faire ce que tu veux... Tu es sûr que tu vas bien, Patmol ? demanda James, les sourcils froncés.
- Je vais bien, James ! répondit Sirius irrité.
Deux élèves de Gryffondor, assis à quelques mètres d'eux, se retournèrent vers Sirius. Il regretta immédiatement de s'être emporté en remarquant l'expression de James. Il détestait blesser les personnes chères à son cœur. Cependant, il avait parfois la sensation de ne pas pouvoir se contrôler, comme si un feu en lui le consumait. Il baissa les yeux, coupable.
- James... reprit Sirius en cherchant à s'excuser.
- On a qui déjà comme professeur de défense contre les forces du mal ? J'ai déjà oublié, demanda James rapidement pour changer de sujet, en évitant de regarder Sirius.
- Un certain E. A Limus, répondit Sirius avec une pointe de culpabilité dans la voix.
- Ah vraiment ? Je crois que mon père m'en a déjà parlé, il s'agit d'un Auror assez connu... Bon, j'espère que cette année, on va vraiment apprendre quelque chose... Tu veux prendre quoi d'autre ?
- Arithmancie, études des runes, défense contre les forces du Mal, sortilège, métamorphose et astronomie, répondit Sirius.
- Arithmancie ?
- Il était hors de question que je retourne en divination et le cours d'études des moldus était ennuyant à mourir... Remus m'a dit qu'en arithmancie, on serait surtout noté sur des devoirs à rendre et que l'on pouvait avoir des bonnes notes.
- Tu n'as peut-être pas tort, réfléchit James en ébouriffant ses cheveux de sa main.
- Lily a choisi le cours d'arithmancie aussi...
- Tu m'as convaincu, je vais choisir arithmancie ! Je pense que ce sera plus intéressant que la divination... Je fais comme toi ! déclara James enjoué.
- Tu es incorrigible, Potter, dit Sirius avec un sourire affectueux.
- Je prendrai potions à la place d'études des runes par contre...
Sirius et James furent coupés par un hoquet de surprise de Peter.
- Que se passe-t-il Peter ? demanda James.
- Vous n'avez pas lu le journal ? demanda Peter, troublé en se tournant vers ses amis.
James prit le journal des mains de Peter. En premier titre, on pouvait lire : « Nouvel enlèvement dans le monde sorcier : une famille disparaît étrangement ».
- C'est le troisième enlèvement depuis le début de l'été... remarqua James, les sourcils froncés.
Sirius garda ses yeux fixés sur le journal puis, les leva vers la table des Serpentard. Il croisa le regard Rodolphus Lestrange qui lui adressa un sourire méprisant. Sirius grimaça, en se remémorant les fiançailles entre Lestrange et sa cousine Bellatrix au début de l'été, auxquelles il avait été obligé d'assister. Il avait entendu sa mère et sa cousine Bellatrix se réjouir de la tournure actuelle des événements. Elles souhaitaient, toutes les deux, la rapide domination des sang-pur sur le monde sorcier. Il avait réussi à s'enfuir chez James pour passer la fin de l'été, ne supportant plus l'atmosphère du manoir de ses parents. Il avait toujours eu la sensation de suffoquer lorsqu'il se trouvait au 12 square Grimmaud, mais cet été, le simple fait de se trouver dans le même endroit que le reste de sa famille le révulsait. Ils savaient que le Seigneur des Ténèbres recrutait activement des sang-pur, et que sa cousine Bellatrix était sa plus grande admiratrice.
Bien qu'il fût heureux d'avoir pu passer du temps chez les Potter, il ne s'était jamais senti aussi seul et isolé que cet été. Il avait la sensation qu'un vide exponentiel le rongeait un peu plus chaque jour. Le vide que seule une personne qui n'a pas d'appartenance ou de famille peut éprouver. Il s'en voulait également de toujours ressentir une pointe de jalousie de ne pas avoir une famille normale et aimante, comme celle de James. Il essayait de faire bonne figure, de ne rien laisser transparaître... Mais, il ne parvenait pas à vaincre l'étouffant sentiment de culpabilité, lié à son appartenance aux Black. Il ne comprenait pas pourquoi son frère Regulus était si fier d'appartenir à cette famille dysfonctionnelle. Les quelques paroles qu'il avait pu adresser à son frère au cours des fiançailles, avaient fini, par raisonner dans le gouffre qui les séparait. Ils étaient incapables de communiquer l'un avec l'autre. Lorsqu'il observait son frère, il voyait une statue de marbre formatée à répondre ce qu'il était convenable de dire chez les Black. Il avait l'impression qu'ils étaient, tous deux, deux cellules hermétiques d'une même prison. Prison de laquelle, contrairement à son frère, il désirait ardemment s'échapper.
Ils finirent par sortir de la Grande Salle pour se rendre au bureau de la professeure McGonagall, afin qu'elle valide leurs choix de matière. La professeure McGonagall valida rapidement les emplois du temps de Sirius, James et Remus. Elle prit un peu plus de temps avec celui de Peter, qui n'avait obtenu qu'un « Optimal » en métamorphose. Remus les abandonna rapidement pour se rendre au cours de soins aux créatures magiques.
James et Sirius, accompagnés de Peter, se rendirent dans le parc pour profiter de leur première matinée libre. Ils s'installèrent contre un vieux chêne. Le regard ennuyé de Sirius errait tristement sur la surface tranquille du lac. James lançait à Sirius des regards inquiets, et fit de son mieux pour l'égayer. Il avait remarqué l'attitude morose de son ami, depuis son arrivée chez lui au milieu du mois d'août. Il savait que sa situation familiale lui pesait énormément. Sirius lui avait confié pendant l'été son désir de partir de chez ses parents, tant il haïssait le manoir familial et ses résidents. James finit par lui proposer de s'entraîner sur le terrain de Quidditch, pendant la deuxième période de la matinée. Ils furent suivis de Peter. James et Sirius montèrent tous les deux sur leurs balais, et s'élancèrent dans les airs. Peter était assis dans les gradins à observer ses amis avec admiration. Après avoir remarqué l'arrivée de cinquième année près du terrain de Quidditch, James réalisa des figures difficiles sur son balai, sous les applaudissements de son nouveau public. James jeta des regards à Sirius, et se réjouit de le voir un peu moins maussade. Ils se rendirent, ensuite, à leur premier cours de métamorphose. Ils y retrouvèrent Remus.
La fin de la journée arriva rapidement. Sirius se laissa tomber dans le canapé en face de la cheminée de la salle commune des Gryffondor, son avant-bras couvrant ses yeux.
- Ce premier cours était vraiment horrible... J'ai cru que j'allais m'endormir en métamorphose.
- Tu t'es endormi, mon cher Patmol... indiqua James en griffonnant sur un parchemin.
- Je n'en peux plus... Où sont Peter et Remus ? demanda Sirius en se redressant et en regardant autour de lui.
La salle commune des Gryffondor, aux couleurs rouge et or, était quasiment vide. Seuls quelques élèves de première année étaient assis à des tables, relisant avec attention leurs premiers cours. James était assis dans un des fauteuils, à côté du canapé où se trouvait Sirius. Le feu de la cheminée crépitait doucement, en projetant des ombres aux pierres grises des murs.
- Remus fait un point avec Lily sur la rentrée entre préfets et Peter est à la bibliothèque, je crois... Mais il ne va pas tarder à revenir, informa James les yeux levés sur la pendule de salle commune.
- A la bibliothèque, déjà ? C'est la première journée, il est vraiment sérieux, dit-il en poussant le tapis de son pied.
- Ou désespéré..., reprit James. Ses résultats au BUSE n'étaient vraiment pas fameux..., dit James les sourcils froncés, en se frottant la tempe à l'aide de sa plume.
Sirius le regarda pensif avec un sourire amusé.
- Pourrais-je savoir ce que vous écrivez, M. Potter ? demanda Sirius avec un air faussement sérieux, irrésistible.
James devint rouge et posa rapidement son parchemin sur ses jambes.
- Rien de très important !
Sirius se pencha vers James et tenta de lui arracher son parchemin.
- Lâche ça, Patmol ! Vilain chien ! Assez ! s'exclama James en éloignant le plus possible le parchemin de Sirius, qui se trouvait à moitié allongé sur lui.
Sirius pouffa de rire. Un groupe de jeunes filles de quatrième année descendit les escaliers de leur dortoir. Lorsqu'elles virent James et Sirius, elles posèrent une main devant leurs bouches pour étouffer leurs rires amusés, en battant des cils, charmées par les jeunes hommes. James et Sirius étaient, en effet, comptés parmi les élèves les plus populaires de sixième année et avaient beaucoup d'admiratrices. La richesse et l'ancienneté de leurs familles de sang-pur, leurs résultats scolaires exceptionnels, leur mépris des règles ainsi que leur habilité à inventer de nouvelles blagues ajoutaient à leur prestige. James les aperçut et leur fit un signe de la main. Sirius se redressa et les regarda avec une élégante froideur, les mains plongées dans ses poches. Elles chuchotèrent entre elles puis partirent en gloussant. James se retourna pour les regarder s'éloigner en souriant, satisfait de l'effet qu'il avait produit. Sirius en profita pour prendre le parchemin des mains de James, et commença à le lire en souriant.
- « Ma chère Lily, ton nom est plus sucré sur ma langue que des chocogronouilles, et ton sourire est mon plus beau souvenir, plus beau encore que ma première victoire de Quidditch... ». Je crois que tu as des progrès à faire en poésie... remarqua Sirius. Je ne pense pas que ce soit suffisant pour séduire Evans.
James se leva et lui arracha le parchemin des mains.
- Tais-toi, tu veux ! Je veux lui montrer un autre côté de moi... C'est juste un premier jet... Ça ne peut pas être parfait du premier coup, dit-il en se rasseyant, les yeux rivés sur son parchemin.
Sirius se rassit et posa son visage dans sa main, les yeux rivés sur James.
- Il n'y a que toi et moi, Cornedrue ?
James leva les yeux de son parchemin et explosa de rire, après avoir échangé un regard complice avec Sirius.
- Oui, j'avais remarqué... A quoi penses-tu exactement, mon cher Patmol ? demanda James, intrigué.
- Qu'il est temps de sortir ta cape d'invisibilité, pour une petite vadrouille nocturne.
- Ah, Patmol ! Ton esprit d'initiative ne me décevra jamais, répliqua James enjoué en rangeant sa plume et son parchemin dans son sac.
Ils se levèrent tous les deux d'un même bond, et montèrent en vitesse les escaliers qui menèrent à leur dortoir.
