Chapitre 3 : Escapade nocturne

Suzanne était assise sur son lit, et caressait son lapin blanc derrière les oreilles. Elle avait attaché ses cheveux en un chignon au-dessus de sa tête, duquel des boucles rebelles s'étaient échappées et retombaient le long de sa nuque et de ses tempes. Elle portait un survêtement gris informe. Elle avait accepté que tous ses uniformes et ses vêtements de jour soient ajustés à sa morphologie. Toutefois, elle avait conservé ses vêtements d'intérieur informes et larges, sous le regard désapprobateur de Flavie.

- Flavie, Pandora, vous êtes bientôt prêtes ?

- Prêtes pour quoi ? demanda Flavie, les sourcils froncés.

Flavie était allongée sur son lit, en fichant son manuel d'histoire de la magie en préparation du cours de demain. Elle était habillée d'un pull à capuche gris et d'un pantalon noir.

- Les Géminides et l'alignement planétaire ? On a croisé la professeure Mme Sinistra et elle nous a donné un laissez-passer pour accéder à la tour d'astronomie. Tu te souviens ?

- Ah...oui, c'est vrai. J'avais oublié, je pense que je vais passer mon tour...dit-elle en tirant sur les cordons de sa capuche, pour la resserrer sur sa tête.

- Oh, vraiment...et toi, Pandora ?

- Je suis épuisée aussi, je ne pense pas pouvoir t'accompagner, dit-elle en se glissant sous sa couette.

- Vous m'abandonnez ? demanda Suzanne, déçue et vexée. Ce n'est pas drôle de regarder les étoiles, seule.

- Emmène Spike avec toi, conseilla Flavie toujours plongée dans son manuel.

- Tu veux venir avec moi, Spike ? demanda Suzanne en s'adressant à son lapin.

- Oh, avec plaisir Suzy, je ne suis pas comme Pandora et Flavie qui t'abandonnent au dernier moment, reprit Suzanne en prenant une voix aiguë pour imiter la potentielle intonation de son lapin.

Flavie et Pandora se regardèrent en souriant, puis levèrent les yeux au ciel.

- Bon, je vais y aller avec Spike.

- Vraiment ? demanda Flavie, les yeux toujours rivés sur son manuel.

- Absolument, répondit Suzanne en enfilant ses chaussures.

Elle prit son lapin dans ses bras puis sortit de son dortoir, en adressant un vague au revoir à ses amis.

La tour d'astronomie était la plus haute du château, et se trouvait au-dessus des portes d'entrée. Plusieurs télescopes étaient mis à disposition des élèves. Au-dessus de Suzanne, le ciel d'un noir d'encre et perlé d'étoiles semblait s'étendre à l'infini. Suzanne se réjouissait de l'absence de la lune, afin d'observer les phénomènes astronomiques. Elle frissonna légèrement, sentant la brise de la nuit des fins d'été caresser son cou. Elle garda les yeux levés vers le ciel, émerveillée, son lapin Spike dans ses bras. Un bruit sourd et des voix provenant du bas de la tour d'astronomie, la sortirent de sa contemplation. Elle se dit que Flavie et Pandora devaient finalement l'avoir rejoint.

Elle descendit rapidement l'escalier, puis s'arrêta brusquement lorsqu'elle reconnut des voix masculines. L'idée de croiser d'autres personnes, en particulier un groupe de jeunes hommes, la submergea d'un torrent de panique. Son cœur s'emballa si vite, si fort, qu'elle avait l'impression qu'il allait transpercer sa cage thoracique. Le souvenir de son agression de troisième année, toujours intact et vivace en elle, lui tordit les entrailles. La crainte que quelqu'un de mal intentionné l'ait suivie, l'obnubila. Les jambes tremblantes, Suzanne descendit quelques marches et essaya de se rapprocher discrètement de la sortie, afin de pouvoir s'enfuir si quelque chose devait arriver. Elle vit trois silhouettes en bas de l'escalier. Les voix des nouveaux arrivants n'étaient qu'un murmure, et elle ne put distinguer le sujet de leur conversation. De sa main moite plongée dans la poche de son survêtement, elle sortit sa baguette et jeta un sort d'acoustique.

- Je crois que c'est son emplacement, Regulus.

- Tu en es sûr, Severus ? Il ne faut pas que l'on fasse d'erreur.

- Non, je suis certain que c'est ici.

- On n'a pas vraiment le temps, il faudra que l'on revienne rapidement pour terminer ce que l'on a commencé.

Un autre bruit provenant du fond du couloir surpris les Serpentard.

- C'est peut-être Rusard, il faut partir maintenant.

Suzanne entendit leurs pas s'éloigner. Elle descendit les quelques marches qui la séparaient de leur emplacement. Elle regarda autour d'elle, afin de vérifier qu'il n'y avait plus personne. Elle soupira de soulagement. Elle s'apprêta à remonter les marches de la tour d'astronomie, lorsque son lapin bondit hors de ses bras et se mit à galoper à toute vitesse dans le couloir. Suzanne eut un hoquet de surprise, puis lui courut après en l'appelant. Elle dévalait désormais le couloir du septième étage à toute vitesse, en regardant sur les côtés pour vérifier si son lapin ne s'était pas caché dans un recoin du château. Elle ne regarda pas devant elle, lorsqu'elle percuta une sorte de mur invisible et s'écroula au sol.

- Ah ma tête ! s'écria Sirius en se redressant avec Spike dans les bras.

- Patmol, ça va ? demanda James en retirant la cape d'invisibilité d'une main, et tenant la carte des maraudeurs de l'autre. Ce ne serait pas Suzanne Bellaire ?

- Oui, c'est bien elle, répondit Sirius, en tenant Spike dans son bras gauche et en se massant le front de sa main droite.

- Qu'est-ce qu'elle fait ici ? Pourquoi était-elle avec Regulus, Severus et Rosier ?

- Je ne sais pas, répondit Sirius en regardant Suzanne, étalée sur le sol.

James s'accroupit à côté de Suzanne, et lui tapota la joue. Il claqua, ensuite, des doigts en l'appelant pour l'aider à se réveiller. Elle ouvrit brusquement les yeux et se redressa précipitamment, en percutant cette fois-ci la tête de James. James tomba assis et posa rapidement une main sur son front douloureux.

- Aïe ! s'écria Suzanne, les deux mains posées sur son front.

- Oui, comme tu dis, répliqua James, agacé, en se relevant.

Il lui tendit la main pour l'aider à se relever. Elle l'attrapa, mais une fois debout se mit à tituber.

- Oh là ! Doucement ! s'exclama James en la tenant par les épaules pour essayer de la maintenir droite.

- Pourquoi il y a une sonnerie ? On est en retard en cours ?

- Ce n'est pas bon signe... Je crois que l'on doit l'emmener à l'infirmerie, Patmol.

- Et comment tu vas expliquer son état à Mme Pomfresh et la façon par laquelle on l'a trouvé dans les couloirs ? demanda Sirius en tenant toujours le lapin Spike dans ses bras.

- Oui, tu n'as pas tort, dit-il en passant nerveusement ses mains dans ses cheveux.

Suzanne se dirigea en titubant vers un mur.

- Attention ! s'écria James.

Il n'eut pas le temps de la rattraper. Elle se cogna de nouveau la tête contre le mur et tomba sur le sol. Sirius et James la regardèrent inerte, étalée sur le sol, ne sachant pas quoi faire.

- Je ne pense pas qu'elle va se réveiller de sitôt cette fois-ci...On pourrait la ramener chez les Serdaigle, leurs énigmes ne sont pas si compliquées que ça, mais on est persona non grata désormais à cause de quelqu'un... dit James en adressant un regard accusateur à Sirius.

Sirius sourit en pensant au scandale lié à ses visites régulières dans la salle commune des Serdaigle, l'année dernière.

- Leur salle commune est vraiment confortable pour lire... répliqua Sirius, rêveur. Ça ne dérangeait personne au début...

James regarda Sirius, les sourcils froncés.

- Les Serdaigle n'hésiteront pas à nous dénoncer... Et on ne peut certainement pas la ramener chez les Gryffondor... réfléchit James.

- Non, c'est une très mauvaise idée...

- On ne peut pas la laisser ici, non plus...

Sirius regarda autour de lui, et remarqua qu'il se trouvait en face de la tapisserie représentant la tentative de Barnabas le Follet d'apprendre la danse classique à des trolls.

- J'ai une idée...

Sirius passa trois fois devant le mur parallèle à la tapisserie et une porte apparut.

- Je venais souvent ici l'année dernière avec Calliopée Darcy de Poufsouffle...expliqua Sirius en caressant le lapin derrière les oreilles.

- La blonde aux yeux verts qui parle bizarrement ?

- Sa voix n'est pas si bizarre que ça... On ne parlait pas vraiment quand on se retrouvait ici, répondit Sirius avec un sourire complice.

James ricana puis encercla amicalement le coup de Sirius de son bras, avant de lui ébouriffer les cheveux. Le sourire de Sirius redoubla. James ouvrit la carte, de nouveau.

- Je me demande pourquoi la salle sur demande n'apparaît pas sur la carte...Oh non, Sirius ! Remus et Lily se rapprochent de nous, regarde !

Sirius posa ses yeux sur la carte et vit les noms des deux préfets des Gryffondor se rapprocher d'eux.

- Entre avec Suzanne, je vais faire diversion... Comme ça, Remus ne se doutera pas que vous êtes dans la salle sur demande.

Sirius hocha la tête. Il tendit le lapin à James. Spike s'agita et donna des coups de pattes. Sirius caressa la tête du lapin pour le calmer.

- Pourquoi le lapin semble t'aimer, toi, et pas moi ?

- Parce qu'il a bon goût tout simplement, Cornedrue, répondit-il avec un charmant sourire.

Sirius porta Suzanne dans ses bras et entra dans la salle sur demande, suivi de James qui tenait à bout de bras le lapin, afin d'éviter un coup de patte. James se précipita hors de la salle, recouvert de la cape d'invisibilité, et courut dans la direction opposée. Il se mit à faire du bruit pour attirer l'attention sur lui.

La salle sur demande s'était changée en une grande pièce comportant plusieurs lits, sur un desquels Sirius avait allongé Suzanne, une cheminée et plusieurs fauteuils. Sirius posa Spike à côté de Suzanne. Le lapin s'allongea en boule contre sa maîtresse. Sirius s'assit dans un des fauteuils. Il se massa les yeux puis observa Suzanne. Il se pencha vers elle, intrigué par son visage endormi. Elle avait de longs cils noirs et de très légères taches de rousseur parcouraient son nez et ses joues. Il trouva son visage endormi joli à regarder. Son front était encore rougi à cause des chocs. Il sourit en repensant à ses trois chutes, et se retint de rire en pinçant l'arête de son nez. Il s'étira puis passa ses mains dans ses cheveux. Il s'enfonça dans le fauteuil en se remémorant d'un air plus sérieux, les événements de la soirée qui avaient précédé sa rencontre avec Suzanne.

Son visage se ferma lorsqu'il visualisa dans son esprit le nom de son frère et des autres Serpentard apparaître sur la carte. Il ne pouvait s'empêcher de faire des rapprochements entre les enlèvements récents et les réunions secrètes des Serpentard. Il posa son menton dans sa main. Comment pouvait-elle être aussi proche de son frère ? Il est vrai que Regulus est ami avec Louis Bellaire, mais cela n'expliquait en rien sa relation avec le Serpentard... Il se demanda surtout ce qu'elle faisait devant la salle sur demande si tard dans la nuit. Qu'est-ce qu'il se tramait ? L'ayant observé dans la matinée, il n'avait pas l'impression qu'elle adhérait aux idées et discours de certains sang-pur comme Wilkes ou Evan Rosier... Mais, il savait également qu'il ne fallait jamais accorder sa confiance trop facilement. Il se rappela de l'expression de son frère plus tôt dans la matinée : la dernière fois qu'il avait vu Regulus légèrement enjoué était pour son neuvième anniversaire, avant qu'il ne développe une obsession révérencielle pour certains mages noirs et leurs idéologies. Après cela, un fossé s'était creusé entre eux.

Suzanne se mit à remuer et gémir légèrement. Sirius enfoncé dans son fauteuil, leva les yeux vers elle, le côté droit de sa tête appuyé contre son poing fermé.

- Ma tête... Où suis-je ? Spike, tu es là, pourquoi tu t'es enfui comme ça ? demanda-t-elle en serrant son lapin dans ses bras.

Sirius se racla la gorge. Suzanne se retourna vers lui et bascula en arrière. Sirius se précipita vers elle et plaça une main derrière son dos pour l'empêcher de tomber.

- Fais attention de ne pas te cogner la tête une quatrième fois ! Je ne veux pas rester dans cette salle éternellement.

Il était suffisamment proche d'elle pour qu'elle puisse distinguer son subtil parfum de musc. Il dégagea sa main rapidement et se redressa en la regardant de toute sa hauteur, les mains plongées dans ses poches.

- Sirius Black ? Pourquoi tu es ici... demanda-t-elle en regardant autour d'elle, confuse. Où sommes-nous ?

- On est dans la salle sur demande...

- La quoi ?

- La salle sur demande, il s'agit d'une salle magique cachée... Tu courrais dans les couloirs, puis tu t'es cognée une première fois contre mon crâne, ensuite une deuxième fois contre celui de James, et tu t'es enfin éclatée le front contre un mur... dit-il en essayant de retenir son sourire. James et moi, nous t'avons emmenée ici au lieu de l'infirmerie afin d'éviter une énième retenue.

- Oh...je vois, c'est parfaitement logique, dit-elle en se massant le front.

Elle posa une main sur son crâne et se rendit compte que son chignon était à moitié défait. Il penchait étrangement sur un côté, ce qui lui faisait mal au cou en raison de la lourdeur de ses cheveux. Elle retira l'élastique qui le maintenait et une cascade de boucles brunes tomba sur son côté droit. Sirius la fixait de ses yeux froids et soupçonneux.

- On va dire ça... Je peux savoir pourquoi tu courrais dans les couloirs ? Tu étais seule ?

Suzanne se mordit la lèvre inférieure en essayant de se rappeler. Elle ramena ses cheveux derrière elle afin de les attacher en un chignon bas, et passa une mèche rebelle derrière son oreille. Elle se souvint de Regulus et des autres voix, et ensuite de son lapin qui s'est enfui.

- J'étais à la tour d'astronomie pour observer l'alignement planétaire et les Géminides... Lorsque mon lapin s'est enfui, dit-elle en le serrant contre elle. Je ne sais pas pourquoi il a agi de cette façon. Il fait ça uniquement s'il sent l'odeur d'un chien ou d'un chat... Surtout d'un chien en vérité : à la maison, ma grand-mère a un berger australien avec lequel Spike est très proche.

Sirius devint livide, puis se reprit.

- Et tu étais seule à la tour d'astronomie ? Tu n'as croisé personne dans les couloirs ?

- Euh...non, il n'y avait que moi, ah-ah, oui, que moi, dit-elle nerveusement.

La suspicion de Sirius ne fit qu'augmenter : pourquoi essayait-elle de protéger Regulus et les autres Serpentard ?

- Et toi ? Que faisais-tu dans les couloirs ? demanda-t-elle en se penchant vers lui.

- Rien qui ne te concerne, Bellaire... répondit-il sèchement.

Suzanne fronça les sourcils et se redressa en lui adressant un regard noir.

- Ah, vraiment ? Donc ce n'est pas un problème si je vais voir la professeure McGonagall pour l'avertir que j'ai aperçu James et Sirius dans les couloirs, alors que je me rendais à la tour d'astronomie ? J'avais un laissez-passer donc je ne risque rien, mais je ne peux pas en dire autant pour toi et Potter... Ce qui pourrait devenir rapidement gênant, tu ne crois pas ?

Sirius la regarda les yeux écarquillés, étonné par sa réaction : il ne s'attendait pas à se faire menacer. Il passa sa main sur sa mâchoire, agacé, les yeux fixés sur elle. Il soupira, s'avouant vaincu.

- James et moi appréciions les balades nocturnes dans le château, dit-il en la regardant soupçonneux.

- Les balades nocturnes ? répéta-t-elle incrédule.

- Oui, répondit sèchement Sirius.

Ils se défièrent du regard : Suzanne devait puiser en elle tout son courage afin de ne pas baisser les yeux. L'attitude arrogante et hautaine de Sirius lui donnait la force de ne pas abandonner. Sirius fut étonné par la détermination qu'il pouvait lire dans son regard. Il finit par détourner le regard en premier.

- Bon, vu que tu te sens mieux, je propose que l'on sorte d'ici, dit-il.

Elle soupira de soulagement de pouvoir rompre son contact visuel et descendit du lit. Sirius le remarqua et se secoua légèrement la tête. Elle prit son lapin dans ses bras. Il la regarda de bas en haut, en se demandant ce qu'elle pouvait bien cacher. Il sortit de la salle sur demande juste après elle. Sirius la retint dans le couloir en l'attrapant par le bras.

- Si l'on rencontre quelqu'un, on dit simplement que l'on était venu regarder l'alignement d'étoiles et que l'on a un laissez-passer, c'est bien ça ? demanda Sirius.

- Il s'agissait d'un alignement planétaire et non d'étoiles...Pourquoi devrais-je mentir pour toi ? Je n'y vois aucun intérêt pour moi.

Il la regarda, agacé et intrigué.

- James et moi, nous t'avons quand même sauvé. Tu pourrais montrer un semblant de reconnaissance, tu ne penses pas ?

- Après m'avoir agressée ! dit-elle en le regardant les yeux plissés.

- C'est toi qui courrais comme une folle dans les couloirs, rétorqua-t-il, sévèrement, en lui adressant un regard accusateur.

Elle fit une grimace puis un geste gêné de la main.

- Bon...On va dire que l'on est quitte... Et comment n'ai-je pas pu vous voir ? J'ai eu l'impression de percuter un mur invisible...

Sirius se racla la gorge, en passant une main contre sa nuque.

- Je ne sais pas, tu ne regardais pas devant toi...

- Oui, ça doit être ça...dit-elle toujours confuse.

Un silence s'installa entre Suzanne et Sirius. Ils traversaient le couloir du septième étage. Sirius lui jetait des coups d'œil, régulièrement, intrigué. Il n'avait pas l'impression qu'elle était de ceux dont il fallait se méfier : elle était, selon lui, effacée, réservée et certainement ennuyante. Toutefois, certaines de ses réactions lui semblaient étrangères à l'image qu'il se faisait d'elle.

Il tenait sa baguette devant lui afin d'éclairer leur passage. Les personnages des tableaux accrochés des deux côtés du couloir se plaignaient d'être réveillés par la lumière. Suzanne s'excusait face à leurs réprimandes et Sirius les ignorait.

- Bellaire, c'est français ? demanda Sirius, en brisant le silence.

- Pardon ?

- Ton nom de famille, Bellaire, il est français ?

- Ah... Oui et non. Il est porté par les créoles de Louisiane. Les Bellaire sont de grands propriétaires terriens en Louisiane...

- Pourquoi tu n'es pas restée en Louisiane ?

- C'est compliqué... Ma grand-mère est anglaise et elle souhaitait revenir en Angleterre après la mort de mon grand-père... Comme mes parents ne pouvaient pas s'occuper de moi et de mon frère, ma grand-mère a proposé de nous emmener avec elle. Je vis à Londres depuis mes 8 ans.

- Et tes parents sont...

- Ils sont musiciens, ils sont assez connus dans le monde moldu...Si tu rencontres mon père, la première chose qu'il te dira, est qu'il est parti en tournée avec Louis Armstrong ! Il était un musicien de jazz très connu dans le monde moldu. Mon frère s'appelle Louis en son honneur.

- Je vois...

- Mais la vraie raison pour laquelle je suis en Angleterre, c'est parce que ma grand-mère voulait nous éloigner des clans Clairvaux et Bellaire... Ils n'ont pas vraiment apprécié que mes parents choisissent la musique mol...

Elle se tourna vers Sirius précipitamment et s'arrêta.

- Je te trouve bien indiscret, Black à me poser toutes ces questions !

- Je n'ai jamais demandé autant de détails... Je voulais juste rendre notre marche un peu moins pénible, dit-il d'un air ennuyé.

- Je pense que je préfère le silence, rétorqua-t-elle en baissant les épaules.

Ils continuèrent leur traversée du couloir vers leurs maisons respectives en silence. Suzanne se rendit compte qu'ils se dirigeaient vers l'aile ouest du château, alors que la tour des Gryffondor était à l'opposé. Elle comprit que Sirius la raccompagnait chez les Serdaigle. Elle se sentit reconnaissante et coupable. Suzanne le regarda du coin de l'œil : il était vraiment grand et sa démarche était à la fois élégante et hypnotique. Elle n'avait jamais vu quelqu'un de son âge avoir un tel port de tête. Elle détourna son regard. A côté de lui, elle n'était rien d'autre qu'une jeune fille maladroite. Elle aurait aimé se déplacer avec une telle élégance. Elle baissa les yeux tristement et soupira, résignée. Sirius tourna son visage vers elle.

- Tu es très différente du moment où je t'ai rencontrée dans le train... Ce matin au petit-déjeuner, tu étais différente aussi... Et à l'instant, ton attitude n'était pas la même...

Suzanne se sentit gênée, elle redoutait qu'il lui fasse une remarque sur son physique, ou qu'il utilise l'expression « l'épouvantail de Poudlard » pour décrire son ancienne apparence.

- Com... Comment ça différente ?

Il fit mine de réfléchir.

- Tu ressemblais à un chat errant dans le train, à un chat de salon au petit-déjeuner et à un chat enragé dans les couloirs, dit-il avec un sourire moqueur.

Elle lui donna un coup d'épaule qui lui fit perdre l'équilibre.

- C'est bien ce que je disais, un chat enragé ! dit-il en éclatant de rire.

Elle fut étonnée que son rire ressemble à ce point à un aboiement de chien, et en particulier à celui de Puck. Son rire était sincère et communicatif. Il remplit le cœur de Suzanne d'une joie enfantine. Elle éclata de rire à son tour. Ils rirent ensemble dans un instant de complicité. Elle se reprit, toutefois, et secoua la tête. Il posa un regard amusé sur elle.

- C'est juste que je deviens très nerveuse, lorsque je suis entourée de personnes que je ne connais pas.

- Pourtant, tu n'es pas angoissée avec moi ?

Suzanne fut elle-même étonnée de pouvoir lui parler aussi librement. Cela devait certainement être dû aux circonstances étranges de leur rencontre, et la surprise qui en avait résulté l'avait rendue moins nerveuse.

- C'est toujours plus facile de parler à une personne seule... Flavie serait toutefois choquée...

- Flavie Yu ? Elle a fini par succomber à mon charme ? demanda-t-il en se tournant vers elle avec un charmant sourire illuminant son visage.

- Non, ce qu'elle ressent est plus de l'ordre de l'aversion, répondit-elle machinalement sans le regarder.

- Ahaha ! Ok Bellaire ! Elle ne supporte pas sa défaite contre les Gryffondor de l'année dernière, je peux le comprendre. C'est dur, je sais, les Gryffondor sont toujours excellents peu importe dans quoi ils s'engagent.

- Il me semble que vous aviez perdu également contre les Serpentard l'année dernière, dit-elle avec un sourire espiègle.

Le visage de Sirius se ferma de nouveau. Il posa un regard sérieux et froid sur Suzanne. Le sourire de Suzanne disparut. Elle avait l'impression que l'air dans le couloir était devenu glacial. Elle serra un peu plus fort contre elle son lapin.

- Ton frère est toujours Batteur dans l'équipe de Serpentard ? demanda Sirius sans la regarder.

- Oui, répondit-elle timidement.

- Il est proche de Regulus, également ?

Suzanne baissa les yeux tristement, les lèvres pincées. Sirius fronça les sourcils, étonné par sa réaction.

- Oui, ils sont proches.

Ils descendirent tous les deux les premières marches des escaliers magiques.

- Et toi aussi, tu es proche de Regulus ? ...Je vais être clair : je sais que tu n'étais pas seule devant la tour d'astronomie.

Elle s'arrêta brusquement. Elle sentit son sang se glacer. Ils échangèrent tous les deux un long regard. Les escaliers se déplaçaient tout seuls.

- Comment tu peux le...

- Donc tu reconnais avoir menti quand tu as dit que tu étais seule devant la tour d'astronomie ?

- J'étais seule ! Je suis partie seule... j'ai juste entendu des voix provenant du couloir... Mais après être arrivée en bas de la tour, il n'y avait plus personne. Je n'ai pas menti, je n'ai juste pas partagé des événements dont je n'étais pas certaine.

- Pour protéger quelqu'un en particulier ?

- Pour ne pas accuser un innocent ! J'aime être certaine de ce que je dis, je ne fonctionne que par des certitudes.

- Tu penses que Regulus est innocent ?

Elle baissa les yeux, les sourcils froncés.

- Je n'ai jamais dit que Reg...

- Moi non plus, mais je te demande si tu penses que Regulus est innocent ou digne de confiance ?

Elle ne répondit rien et évita son regard. Il la contempla la mâchoire crispée, puis regarda droit devant lui.

- On est devant la tour des Serdaigle, je te laisse entrer, dit-il en pointant l'endroit à l'aide de son menton.

Les escaliers les avaient menés jusqu'ici sans qu'ils s'en rendent compte.

- Une dernière chose : si j'apprends que tu essaies de faire du mal à Remus, tu auras affaire à moi.

- Pourquoi je ferais du mal à Remus ? Il est un ami...

- C'est juste que tu as l'air d'exceller dans l'art de la manipulation avec tes multiples personnalités... Sauf qu'avec moi ça ne marche pas, dit-il en penchant son visage vers elle.

Suzanne cligna plusieurs fois des yeux nerveusement.

- L'art de la manipulation ? ... demanda-t-elle en étouffant un rire de surprise. Ça, c'est une première ! dit-elle nerveusement.

- J'ai vraiment horreur des menteurs, Bellaire...

Il lui adressa un regard sévère qu'elle ne parvint pas à soutenir. Il tourna les talons et descendit quelques marches. Elle ressentit une vague de colère monter en elle : comment pouvait-il la sermonner et l'accuser de tout et de rien sans la connaître ? Elle serra les poings et se retourna afin de se diriger vers la tour des Serdaigle. Un sentiment de culpabilité la retint, toutefois, et la fit revenir sur ses pas. Après tout, il l'avait raccompagnée et elle avait accepté de le laisser utiliser le laissez-passer comme excuse pour se trouver dans les couloirs la nuit. Elle le rattrapa et posa une main sur son épaule, qu'elle retira rapidement. Il tourna ses yeux gris et froids vers elle. Elle lui tendit le laissez-passer signé par la professeure Mme Sinistra.

- Prends-le, comme ça tu auras une excuse si tu croises quelqu'un dans les couloirs... Merci de m'avoir raccompagnée, dit-elle sans le regarder, toujours énervée.

Il prit le papier et le glissa dans sa poche en la remerciant vaguement. Il descendit le reste des marches de l'escalier, en l'abandonnant devant l'entrée de la maison des Serdaigle. Il traversa de nouveau le couloir du septième étage en direction de la maison des Gryffondor. Il conservait un doute : bien qu'il eût la sensation que Suzanne n'était pas entièrement honnête, il se demandait toutefois, s'il avait raison de la suspecter. Après tout, sa première impression était de la trouver effacée... Mais dès lors que Remus était concerné, son instinct protecteur lui commandait de rester sur ses gardes. Il fut surpris par Peeves qui hurla : « Sirius a un faible pour les épouvantails ! ». Sirius lui dit fermement de le laisser, mais Peeves reprit plus fort : « Sirius a un faible pour Suzanne, l'épouvantail de Poudlard ». Peeves disparut en traversant un mur. Sirius répéta, pensif : « Suzanne, l'épouvantail ? ».

- Sirius ! Sirius !

Il se tourna, reconnaissant la voix de James. James retira sa cape, légèrement essoufflée.

- J'étais revenu pour te chercher, mais il n'y avait plus personne...Semer Lily et Remus a été extrêmement compliqué... J'ai peur que Lily se doute de quelque chose... Tu as ramené Suzanne à la tour des Serdaigle ?

Sirius hocha la tête lentement.

- Je pense qu'il faut se méfier d'elle... avoua Sirius à James. Elle a l'air proche du « gang des Serpentard ».

James fronça les sourcils et se gratta l'arrière de la tête.

- On n'est sûr de rien, Sirius... Son nom était juste à côté de ceux de Severus et Evan...

- C'est suffisant pour rester sur nos gardes, James.

- Je ne sais pas, elle a juste l'air d'une fille simple... répliqua James.

- C'est peut-être juste une façade... En tout cas, elle est trop proche de Remus.

- Ouais, peut-être... Je ne sais pas. Je crois que Remus est suffisamment intelligent pour s'entourer des bonnes personnes.

Un silence pesant s'installa entre eux.

- Il faut retourner à la tour des Gryffondor avant que quelqu'un nous repère, dit James en tendant sa cape d'invisibilité.

- J'ai un laissez-passer signé par Sinistra...Ce n'est pas que je n'aime pas être près de toi, mais cette cape est devenue trop petite pour nous deux, dit-il en souriant.

- Où est-ce que tu as eu ça ? demanda James en se réjouissant.

- Suzanne me l'a donné pour me remercier de l'avoir raccompagnée...

- C'est super sympa de sa part !

- C'était la moindre des choses dès lors qu'on l'a emmenée dans la salle sur demande, répliqua Sirius froidement.

- Sirius, tu exagères...

- Je suis juste prudent, James ! Je pense que nous devrions tous l'être, vu les temps qui courent.

- Si tu le dis...

Sirius et James traversèrent tous les deux silencieusement le couloir du septième étage dans la direction de la tour des Gryffondor.