Bonjour !

Un petit chapitre avant des vacances bien méritées !

Bonne lecture !


Chapitre 14 : Retour à la maison

L'arrivée du vaisseau de l'amiral suprême au port de Bolarus n'était pas passée inaperçue. Ni celle de l'archimage qui descendit seule du navire avec lequel était parti Daelin Portvaillant sans jamais revenir. Elle mit le pied sur le quai sous les regards suspicieux des habitants qui s'étaient massés sur son passage, mais qui s'écartaient vivement au fil de ses pas. L'atmosphère était lourde et le silence pesant.

Elle ne fit pourtant pas long de trajet avant d'entendre le pas lourd d'une garde armée s'en venir vers elle à travers les rues.

- Je viens en qualité d'ambassadrice de l'Alliance, lança Jaina d'une voix forte. Le roi Wrynn m'a donné pouvoir pour discuter avec l'amiral suprême Katherine Portvaillant.

Le chef de la garde fronça les sourcils mais acquiesça et indiqua à l'archimage de le suivre. Tandis que l'ancienne cheffe du Kirin Tor traversait la ville jusqu'à la demeure des Portvaillant, les habitants la dévisageaient avec haine, les insultes fusant sur son chemin. Traitresse et meurtrière revenant le plus souvent. Encadrée de la garde, la populace se sentait autorisée à la considérer comme prisonnière et ne se retenait plus. Une pierre fusa depuis la foule qui devenait houleuse et Jaina la capta d'une main sûre avant qu'elle ne l'atteigne au visage. Le chef de la garde n'en fit pas cas, continuant à progresser vers le château des Portvaillant. Son passage dans la capitale quelques heures avant avait eu pour effet qu'elle savait à quoi s'attendre et elle put rester de marbre.

Une fois dans l'enceinte de la forteresse, le calme revient et c'est le pas rythmé des soldats qui résonnait entre les murs.

- Attendez là, intima le chef de la garde, tandis qu'il indiquait à ses hommes de ne permettre aucun geste suspect à l'archimage.

Jaina tentait de refluer l'émotion qui montait en elle à chaque seconde qui s'écoulait. Elle allait revoir sa mère après plus d'une décennie. Elle allait pouvoir lui parler, lui expliquer les évènements tragiques qui s'étaient passée à Théramore et qui avaient conduit à la mort de son père.

Elle l'entendit avant de la voir. Le pas déterminé de Katherine Portvaillant était toujours le même : assuré et pressé. Sa mère avait vieilli, cela ne faisait nul doute, mais son regard était toujours le même. Comme son pas : assuré. Mais Jaina y lut également de la tristesse, de la colère, du ressentiment. Aux côtés de sa mère se trouvaient un jeune amiral et une femme replète à l'air revêche. Priscilla Corsandre, devina l'ancienne cheffe du Kirin Tor en voyant les armoiries que la femme portait en bague.

- Bonjour, Amiral Suprême, commença l'archimage.

Une gifle cuisante s'abattit sur sa joue en guise de réponse.

- Amiral Suprême, fit le jeune militaire avec un regard navré, l'archimage vient au nom de l'Alliance.

- Et le roi Wrynn ne pouvait envoyer plus mauvais émissaire, se moqua Corsandre.

- Tu es de retour parmi ceux que tu as trahi, fit Katherine sans quitter Jaina du regard. Pourquoi ?

- Je suis venue solliciter votre aide au nom de l'Alliance, répondit Jaina sans ciller.

- Où était l'Alliance quand nous avions besoin d'elle, cracha Priscilla Corsandre. Quand nos maris, nos fils et nos frères ont été massacrés à Theramore ?

- Non ! N'imputez pas à l'Alliance les fautes que j'ai commises, contra l'archimage.

- Alors vous admettez être responsable de la mort de nos hommes ? Renchérit Dame Corsandre.

- Oui, fit Jaina. Mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour guérir les blessures de Kul Tiras.

- Katherine, fit Priscilla en portant son attention sur l'Amiral Suprême. Faites appliquer la loi. La trahison est punie de mort.

Katherine resta silencieuse un moment, son regard ne quittant pas sa fille.

- Es-tu prête à accepter le jugement de ta patrie ? Finit-elle par demander.

- Je m'en remets à votre jugement, mère, murmura Jaina.

Katherine remarqua le collier que portait l'archimage, un collier en forme d'ancre, et le reconnut aussitôt. C'était celui de feu son mari, Daelin. Elle le lui arracha d'un geste brusque et Jaina manqua de tomber.

- Tu n'es plus ma fille depuis longtemps, lâcha-t-elle avant de tourner les talons et de s'éloigner. Faites comme bon vous semble, dit-elle à l'attention de Dame Corsandre. Elle n'est rien pour moi.

- Emmenez la prisonnière dans un cachot, ordonna Priscilla à deux gardes.

- Attendez ! Amiral Suprême ! Attendez.

Katherine ralentit le pas avant de se retourner.

- Faites de moi ce que bon vous semble, je ne vous demande pas audience pour moi, mais pour l'Alliance. Et pour Boralus. La Horde vient de détruire Lordaeron, elle s'en vient assurément en Kul Tiras avec de nouveaux alliés. Vous rapprocher de l'Alliance n'a pas pour but de déployer vos troupes sur d'autres champs de bataille que les vôtres. Envoyez votre propre émissaire au roi Wrynn.

- Emmenez-la hors de notre vue ! Aboya Dame Corsandre.

Jaina se retrouva menottée et conduite par la garde dans les geôles de Boralus. Assise sur une paillasse miteuse, elle regardait l'océan par les barreaux de la fenêtre. Elle pourrait s'échapper d'un claquement de doigt mais elle n'en faisait rien. Si elle voulait reconstruire les liens entre Kul Tiras et l'Alliance, elle devait se soumettre au jugement de son peuple. Elle espérait que son procès viendrait vite, car elle savait que Garrosh ne tarderait pas à ouvrir un nouveau front de guerre sur ce continent.


Une semaine plus tard...

Anduin et Sylvanas galopaient à travers les marécages. Il faisait chaud en ce début de matinée et la moiteur de l'air était étouffante. Sylvanas écrasa un moustique qui s'était aventuré sur sa joue et étouffa un juron.

- Pourquoi est-elle venue vivre ici ? Pesta l'elfe.

- Pour éviter les visites impromptues ? Proposa le roi.

- Ouais, et bien, pour aujourd'hui, c'est raté.

- Vous êtes sûre qu'elle va nous aider ? demanda Anduin. Parce que j'ai cru comprendre qu'elle ne voulait pas se mêler de nos affaires.

- Ouais... Elle est folle amoureuse de Jaina. Si on lui dit que l'archimage a des ennuis, elle sera partie pour la sauver avant même qu'on finisse notre phrase. Ah ! Enfin, nous sommes arrivés ! Lança Sylvanas, réjouie, en voyant au loin une petite maison.

Les deux souverains poussèrent leur monture au galop et, quelques minutes plus tard, les attachèrent à la clôture blanche. Sylvanas ne perdit pas de temps et alla frapper à la porte.

- Hermione ! Appela-t-elle après quelques secondes. Si tu n'ouvres pas, j'entre !

Un grognement accueillit la tirade.

- Il m'arrive de sortir. Pas la peine de défoncer ma porte.

L'elfe fit le tour de la cabane, Anduin sur ses talons. Elle trouva la Source assise au sol, adossée contre un rocher, en plein soleil. Les yeux fermés, Hermione tirait sur une cigarette avec lenteur, insensible au bruit lancinant des moustiques qui semblaient ne jamais l'approcher. Sylvanas de son côté paraissait être un met de choix.

- Tu peux étendre ta protection contre ces bestioles jusqu'à nous ?

- Pourquoi je le ferais ? Ca va vous inciter à rester.

- Parce que je te le demande ? grogna la souveraine en écrasant un piqueur à l'ouvrage.

La brunette soupira, mais ne bougea pas. Pour autant, les insectes semblèrent trouver les nouveaux arrivants moins appétissants.

- Tu ne demandes pas ce qui nous amène ?

- Pour quoi faire ? Tu vas me le dire de toute façon.

- C'est Jaina.

Hermione ne faisait toujours aucun mouvement à part celui de porter de temps en temps sa cigarette à ses lèvres.

- Elle a des problèmes, poursuivit Sylvanas.

- C'est une grande fille.

- Elle s'est rendue à Boralus, tu sais ce que ça signifie, insista l'elfe.

La déesse ouvrit un œil pour jeter un regard en coin à l'elfe puis soupira.

- Hmm, ça fait combien de temps que vous n'avez pas de nouvelles de sa part ? Demanda la brunette.

- Elle a été arrêtée par les autorités de Boralus il y a une semaine, répondit Anduin. Depuis, nous ne savons pas ce qu'elle est devenue ni où elle est enfermée.

- Et ça vous a pris autant de temps pour venir me trouver ? Vous êtes désespérants... souffla Hermione en se levant.

Sylvanas la trouvait lente et mesurée dans ses gestes, comme si elle économisait ses forces.

- Pas assez dormi ? demanda gentiment l'elfe.

- Quelque chose comme ça... Vous avez une lame pour moi ? J'vais pas utiliser Deuillegivre, même sur des connards.

Anduin hésita mais finit par tendre l'épée qu'il avait hérité de son père.

- Ne la perdez pas, s'il vous plait.

- Promis, assura la Source. C'est l'affaire de quelques heures. Ce soir, vous aurez retrouvé votre archicasse-couille.

Sur ces mots, la déesse disparut dans un craquement sonore.

- Elle aurait au moins pu nous proposer une tasse de thé... grommela Sylvanas. Aucun savoir vivre.

- Retour à Hurlevent ? Proposa Anduin.

- Ouais... Jaina sera sauvée qu'on ne sera pas arrivés au point de portail.


Hermione apparut devant une citadelle aux hautes murailles. L'air était chargé de sel et sentait les algues. Regardant autour d'elle, la Source découvrit qu'elle se trouvait sur une île isolée qui ne comportait qu'un bâtiment imposant.

"On dirait une sorte de prison..." se dit la brunette en cherchant l'entrée.

Au-dessus d'elle, des soldats faisaient leur ronde sur les remparts et des canons étaient prêts à tirer. La brunette se concentra sur sa magie et chercha celle de Jaina avant de froncer les sourcils. Il y avait des résidus de magie, mais anciens. L'archimage n'était plus ici.

- Mais où est-elle passée ? Se demanda Hermione en se grattant la tête.

Elle allait transplaner pour l'intérieur de la prison quand elle entendit des éclats de voix venant d'un peu plus loin. Elle se mit en route et découvrit une vieille dame bien habillée qui se disputait avec un garde.

- Je suis l'Amiral Suprême. J'exige de voir ma fille ! tonna la vieille dame.

- Cette prison est sous la juridiction de Dame Corsandre. Sans un laisser-passer, vous n'entrerez pas ! Sur ce, Amiral Suprême, retournez à Boralus !

Hermione s'approcha et, claquant des doigts, faisant s'endormir le garde qui s'écroula mollement sur le sol. La vieille dame se retourna et fut surprise de trouver une petite brunette s'approcher d'elle.

- Vous, vous êtes la mère de Jaina ! Lança la Source.

- Dame Katherine Portvaillant, Amiral Suprême de Kul Tiras. Et vous êtes ?

- Une amie de votre fille. Hermione Granger, Origine de toutes magies, déesse primordiale. Enchantée de vous rencontrer ! Le roi Wrynn m'envoie car il n'a pas de nouvelle de son émissaire. Vous m'expliquez ce qui se passe ici ?

Le regard de Katherine Portvaillant se troubla et l'amiral suprême soupira douloureusement.

- Il se passe que j'ai fait arrêter ma fille sur les mauvais conseils de mon intendante, Dame Corsandre. Et je viens d'apprendre que cette dernière complote depuis des mois pour prendre ma place. Je viens donc sortir Jaina de prison mais personne n'est décidé à me laisser entrer.

Hermione se gratta la tête.

- Si je comprends bien, vous avez laissé parler votre vengeance envers votre fille il y a plus d'une semaine, mais c'est maintenant que vous êtes menacée vous-même que vous cherchez son appui. C'est bien ça ?

- C'est plus compliqué, murmura Katherine, honteuse.

- Je connais déjà l'histoire, fit Hermione nonchalamment. Votre fille a sacrifié son père pour la paix. Il faut dire que votre mari ne voulait pas entendre raison.

- C'est ce que Jaina vous a dit ?

- Oui, et je la crois. Je sens quand les gens me mentent, assura Hermione en tapotant de son index le bout de son nez. Bon, je viens de vérifier, notre archimage n'est pas ici. Ca sert à rien de foncer tête baissée dans cette prison.

- Mais où est-elle alors ?

- C'est une excellente question. Il me faudrait un endroit calme et sécurisé pour une courte méditation. Vous pourriez me trouver ça ?

- Rappelez-moi qui vous prétendez être ? Je ne suis pas sûre d'avoir bien saisi…

Hermione semblait nonchalante en face de Katherine mais celle-ci sentit un pouvoir sombre et froid enfler autour d'elle avant d'éprouver une légère brise.

- Pour faire court, je suis une déesse sympa, tant qu'on me les brise pas. Alors, ce petit temple bien tranquille, il est où déjà ?

- Je... Allons dans mes appartements, déesse. Vous y serez à votre aise.

La brunette acquiesça et, après avoir pris la main de la mère de Jaina, disparut dans un craquement sonore.


Jaina ne savait pas où elle se trouvait ni depuis combien de temps elle y était. Tout ce dont elle se souvenait, c'était d'avoir été conduite dans une prison. Et tout était devenu flou à partir de ce moment-là. Elle revoyait le visage d'un démon dans ses cauchemars qu'elle revivait en boucle : Arthas qui purgeait la ville de Stratholme, la mort de son père, ses propres erreurs à Dalaran...

L'archimage voulut crier mais aucun son ne sortait de sa gorge. Elle ne savait pas si elle était réveillée ou endormie. Tout ce qu'elle vivait, c'était ses cauchemars. Sans fin.


Katherine Portvaillant buvait une tasse de thé, assise dans son fauteuil le plus confortable, sans quitter des yeux cette étrange brunette assise au milieu de ses appartements. La déesse avait les yeux fermés, marmonnait d'étranges mots, mais ne bougeait pas d'un cil. Et cela faisait plusieurs dizaines de minutes que ça durait.

- Drustvar, ça vous parle ? Demanda abruptement Hermione.

- Oui, c'est une province à l'Est d'ici. Pourquoi ?

- Je pense que votre fille y est. Enfin, plus ou moins.

- Comment ça, plus ou moins ?

- Elle est dans un autre plan de l'existence. Un démon lui a mis la main dessus. Faut qu'on se rendre à Drustvar et qu'on trouve un esprit pour nous ouvrir une porte vers ce plan parallèle.

La déesse se releva et se massa le bas du dos.

- Vous vous joignez à moi ?

- Si je peux être utile.

- Je ne sais pas encore. Peut-être que l'esprit voudra bien faire un échange, qui sait.

Katherine se figea dans un frisson. Elle espérait bien que la déesse plaisantait. Mais quand la brunette lui tendit la main, l'amiral suprême la saisit sans hésiter. Elle n'avait qu'une idée en tête : sauver sa fille. Et rien ne la ferait reculer.

Elle entendit un craquement sonore et ressentit pour la deuxième fois la sensation d'être compressée dans un tuyau. Au moment où cela allait vraiment être désagréable, la sensation s'arrêta et Katherine eut la surprise de se retrouver au beau milieu d'une vaste forêt, devant l'entrée d'une grotte. Il faisait plutôt frais à l'ombre des arbres et Katherine regretta de ne pas avoir pris un manteau. De son côté, la Source se frictionnait les mains.

- Dépêchons-nous avant d'attraper la crève, maugréa-t-elle en avançant dans la grotte.

Inquiète, Katherine la suivit, regardant autour d'elle. La grotte était sombre, humide, sinistre. Hermione s'arrêta et l'amiral suprême reste quelques pas en arrière, silencieuse. Plus grande que la Source, elle ne comprenait pas pourquoi cette dernière s'était arrêtée.

- Je te vois, bestiole, alors cesse ce sortilège minable et réponds à mes questions ! Tonna la Source dans le vide.

Alors que Katherine pensait que sa compagne d'aventure était folle, un gigantesque ours fait de cornes et de bois sortit des ombres.

- Comment t'appelles-tu, esprit ? Demanda Hermione.

- Je suis Ulfar, Origine de toutes magies, répondit la créature en inclinant sa tête. Esprit gardien de cette forêt. Que puis-je pour vous ?

- J'ai une amie coincée dans un plan parallèle à celui-ci. J'aimerais que tu m'ouvres un passage pour aller la retrouver.

- Je crains de ne pouvoir vous aider, Origine de toutes magies. Nous n'ouvrons jamais de portails vers les Ulterres car qui sait ce qui pourrait arriver dans notre monde...

Hermione fit un pas en avant et la créature se ramassa sur elle-même, apeurée.

- Ce n'était pas une question, mais une demande. Et fais gaffe à ce que ça ne se transforme pas en ordre... continua la brunette d'une voix menaçante.

Un rire froid et métallique retentit derrière Katherine qui sursauta avant de se retourner. Elle eut un hoquet de stupeur en voyant la silhouette fantomatique d'une créature monstrueuse.

- Et ça, c'est notre kidnappeur d'archimage, souffla Hermione en dévisageant la créature. Putain c'que t'es moche !

- Qui ose manquer de respect à Gorak Tul, roi des drust ?

- Les drusts ? Répéta Hermione, visiblement peu impressionnée.

- Les esprits, Origine de toutes magies, traduisit l'ours.

- Bon, Gorak machin, tu nous rends Jaina Portvaillant et je te laisse repartir, proposa Hermione. Cette offre expire dans 10 secondes.

- C'est trop tard pour elle... répondit la créature. Et pour vous ! Tuez-les ! Cria Gorak Tul avant de disparaitre.

Des démons sortirent de l'ombre et Hermione tira de son fourreau l'épée que lui avait prêtée Anduin.

- C'est à ce moment de l'histoire qu'on s'amuse enfin un peu, sourit la Source en passant sa main sur la lame qui s'alluma de flammes bleues. Katherine, je vous suggère de rester immobile, les démons sont attirés par le mouvement. Ulfar, tu les prends par la droite, moi je m'aligne à gauche et on se retrouve au centre.

Hermione n'avait pas fini de parler que déjà la moitié des assaillants étaient défaits.

- Je suis un drust pacifiste, gémit l'ours en tremblant.

- Putain, on n'est pas sorti du sable, souffla Hermione alors que tous les démons restants se jetaient sur elle.

La brunette disparut sous le poids des assaillants et la meute de démons semblait se déchainer sur elle. Katherine frissonna de peur, croyant sa dernière heure venue. Elle sursauta violement en voyant les démons exploser et leurs débris voler à travers la caverne, des bouts de chairs s'accrochant à ses cheveux et ses vêtements. Ulfar s'ébroua pour se débarrasser des morceaux tandis qu'Hermione replaçait l'épée dans son fourreau.

- Bon, vu que les esprits confinés arrivent déjà chez nous, ça ne sera pas pire si tu nous ouvres un portail, Ulfar, commenta sobrement la Source.

- Il y en a un au manoir Malvoie, au Nord-Est d'ici et... commença l'ours.

- Au Nord-Est d'ici ? Coupa Hermione. Tu penses vraiment que je vais me fader le trajet jusqu'à là-bas ?

- Je peux vous donner la clé qui ouvre le passage, fit piteusement l'esprit en baissant la tête.

- Mon destin est d'être entourée de nuls... de vrais nuls... souffla la Source en se pinçant l'arête du nez. Vas-y, donne-moi la clé, on va y aller, dans ton manoir.

- Je connais la maison des Malvoie. Le manoir est abandonné depuis des années, fit Katherine, heureuse d'avoir une information qui pourrait intéresser la déesse.

- Manoir hanté, esprits assassins... manque plus qu'une poupée tueuse et une gamine possédée qui dit que ma mère suce des bites en enfer, et mon bonheur sera total, grogna Hermione en prenant une amulette qu'Ulfar tenait dans sa gueule.

L'Amiral commençait à trouver son voyage au côté de la déesse éprouvant. Et cette dernière semblait anticiper d'autres ennuis.

- Je ne veux pas être un fardeau. Je peux vous attendre quelque part si vous préférez.

- Mais non, plus on est de fous et plus on rit. Allez hop, en route, j'ai pas toute la journée.

Sortant de la caverne, la brunette se transforma en un aigle gigantesque.

- Grimpez sur mon dos et accrochez-vous, ordonna l'oiseau.

Katherine ne souhaitait pas contrarier la déesse aussi elle grimpa sur le dos avec appréhension. Elle chercha un point d'accroche mais finit par enrouler ses bras autour du cou de l'animal quand celui décolla.

Un cri apeuré franchit ses lèvres alors que la déesse s'envolait dans le ciel, bien au-dessus de la cime des arbres de la forêt.

- Calmez-vous, on n'en a pas pour longtemps... fit la déesse. Plus jeune, je vous aurais fait faire quelques loopings et vivre le grand huit, mais je suis plus raisonnable aujourd'hui... et un chouille fatiguée.

- Et vous êtes d'aplomb pour secourir ma fille ? S'inquiéta Katherine.

- Ouais, je ne la laisserai pas tomber. Elle a du caractère mais je l'aime bien.

Le manoir Malvoie se dessinait à l'horizon et Hermione entama sa descente pour se poser devant les portes monumentales.

Katherine descendit du dos de l'aigle et la Source reprit forme humaine. Elle sortit une fois de plus l'épée du fourreau et ouvrit les portes du manoir d'un coup de pied bien placé. L'odeur de poussière et de mort les prit à la gorge et Dame Portvaillant sortit un mouchoir pour le mettre sur son nez.

- Pas le temps d'ouvrir les fenêtres... Faut qu'on trouve la cave.

- Pourquoi la cave ? Demanda Katherine.

- Parce que c'est toujours dans les caves qu'on trouve les trucs les plus glauques...

- Effectivement. Mais les geôles sont encore plus sinistres que les caves.

Hermione retint d'ajouter une remarque sur les conditions de détention de Jaina et se mit à pousser les portes au hasard. Le manoir était, comme elle l'avait pressenti, un vrai musée des horreurs. Il y avait des vers gros comme des chats, des zombis, des porcs ressuscités à la tête cousue sur le corps, un cuisinier obèse et fou, trois sorcières qui se partageaient un seul et même œil et un arbre desséché meurtrier.

Quand elles finirent par trouver un escalier qui descendait, Hermione espérait vraiment que l'afflux de monstres se tarirait. Elle était épuisée et avait bu sa dernière fiole de potion revigorante dix minutes plus tôt. Et elle savait qu'à ce rythme, elle ne tiendrait pas une heure de plus.

Les deux femmes descendirent silencieusement les marches en colimaçon et la Source jeta un rapide coup d'oeil à ce qui les attendait plus bas.

- Et merde... murmura-t-elle.

- C'est si laid que ça ?

- Une dame fantôme qui lévite au-dessus d'un zombi dans un costume qui ressemble au votre.

Katherine passa à son tour une tête et blêmit.

- Je crois reconnaitre les propriétaires du manoir. Je pensais qu'ils étaient morts depuis longtemps.

- Ah ça, j'vous confirme rien qu'à l'odeur qu'ils sont bien morts. Bon, restez là et ne bougez pas tant que je vous appelle pas.

Dame Portvaillant acquiesça et Hermione sauta les dernières marches avant de disparaitre de son champ de vision.

- Bonsoir ! Vous savez où se trouve l'entrée des confins corrompus ? Les Ulterres ? Non ? Ca vous dit rien ? Lança la Source.

Un grognement sourd lui répondit et l'ancien seigneur Malvoie fonça sur elle. Il fut arrêté net par une épée plantée dans sa boite crânienne et le fantôme poussa un cri strident.

- Ne vous en prenez pas à mon mari !

Hermione lança un sortilège qui pulvérisa la forme translucide et, tout danger écarté, elle se laissa tomber sur le sol et s'alluma une cigarette.

- Dame Portvaillant, vous pouvez venir ! Appela-t-elle entre deux bouffées.

La mère de Jaina descendit les dernières marches et rejoignit la Source.

- Vous n'avez pas l'air bien, fit-elle en voyant le visage fatigué et pâle de la déesse.

- Un coup de fatigue. J'espère que la suite de nos aventures sera plus reposante. J'ai besoin de quelques minutes, et après on repart.

Katherine acquiesça et regarda aux alentours. Elle vit un passage dans le mur du fond, en contrebas, et s'en approcha.

- Il y a un passage ici, je ne vois pas d'autres sorties.

Hermione se releva en grimaçant et rejoignit l'amiral suprême. Elle passa devant et avança prudemment dans la pénombre. Après avoir longé le passage, les deux femmes arrivèrent dans une petite pièce qui ressemblait à un sanctuaire dont les murs brillaient d'une lumière argentée. Au fond, une sorte de porte avec un emplacement pour une clé.

Hermione compara le dessin avec le pendentif que l'ours lui avait donné et hocha la tête, satisfaite.

- Au moins, il ne s'est pas foutu de ma gueule... marmonna-t-elle en posant le pendentif dans le trou.

La porte disparut, laissant un portail magique à sa place. Hermione tendit sa main à Katherine et les deux femmes traversèrent la barrière les séparant des Ulterres.

Les confins corrompus avaient l'apparence d'une forêt sans vie, aux arbres morts, aux buissons épineux et aux routes de terre recouvertes de feuilles en décomposition. Un silence de mort régnait et la nuit qui plongeait l'endroit dans l'obscurité rendait le tout encore plus lugubre.

- Restez près de moi, chuchota Hermione.

- Je n'avais pas l'intention de m'éloigner.

Au bout d'un chemin, Katherine vit une petite silhouette assise sur un rocher. Elle plissa ses yeux avant d'ouvrir des yeux écarquillés de surprise.

- C'est Jaina ! Chuchota-t-elle en tirant sur la manche de la déesse.

- Hmm, votre fille aurait rétréci ?

- Non, c'est Jaina enfant !

Hermione haussa un sourcil mais ne dit rien et les deux femmes s'approchèrent doucement pour ne pas effrayer l'enfant blonde qui semblait pleurer.

- Jaina ? Appela gentiment Katherine.

La gamine sursauta et, bondissant sur ses pieds, s'éloigna en courant.

- Putain ! Souffla Hermione avant de courir à sa suite, Katherine sur ses talons.

Arrivée à un carrefour, l'enfant sembla se cloner et c'était à présent trois petites Jaina qui prenaient des chemins différents.

- Mais tout pour me faire chier ! Souffla Hermione avant de se retourner vers Katherine. Alors, à droite, à gauche ou tout droit ? Vous avez une préférence ?

- Peu importe.

Hermione haussa les épaules et prit le chemin de gauche. Quelques minutes plus tard, les deux femmes se retrouvaient avec des ronces jusqu'aux genoux et la brunette bataillait contre des petits diablotins qui avaient surgi des buissons.

Elles finirent par trouver la première image de la petite Jaina. Cette dernière était entourée de citoyens de Kul Tiras qui reprochaient à l'enfant de les avoir livrés à la mort en soutenant la Horde.

- Jaina, ne les écoute pas, encouragea sa mère. Tu es la fierté de Kul Tiras ! Regarde ce que tu es devenue !

"Et encore, vous ne savez pas tout..." songea Hermione.

- Tu ne peux pas sauver le monde à toi toute seule ma chérie, poursuivit Katherine Portvaillant. Je suis désolée, je n'aurais jamais dû te reprocher la mort de Daelin. Il a fait ses propres choix, tu n'aurais jamais dû avoir à les assumer.

L'illusion se dissipa et Hermione en profita pour allumer une cigarette.

- Ok, j'ai pigé le truc. Gorak machin lui fait revivre en boucle les pires moments de sa vie, ceux qu'elle se reproche depuis longtemps. Donc deux options : soit on retrouve les deux autres petites Jaina et vous lui faites comprendre qu'elle n'a rien fait de mal, soit je trouve un moyen de retrouver la Jaina adulte, je casse le sort de l'autre con et on se tire. Mais cela ne vous exonéra pas d'une discussion avec votre fille. Son passé la hante depuis trop longtemps.

- Faites au mieux, Déesse, mais aidez-moi à sauver ma fille, par pitié !

Hermione prit le temps de la réflexion, pesant le pour et le contre. Le plus rapide serait qu'elle trouve la Jaina adulte endormie et qu'elle brise la malédiction du démon. Mais le mieux pour l'archimage serait qu'elle en sorte elle-même grâce à sa mère.

- Allons chercher la deuxième gamine. En route, Dame Portvaillant !

Les deux femmes rebroussèrent chemin avant de choisir une autre route une fois revenues au carrefour. Des animaux sauvages les attendaient, claquant des mâchoires, répandant des filets de bave sur le chemin de terre. Hermione soupira, agacée de devoir une fois de plus se battre. L'épée d'Anduin pesait de plus en plus lourd et elle sentait son énergie s'épuiser à chaque minute qui passait. Mais elle était déterminée à sauver Jaina de Gorak Tul.

- Dame Portvaillant, on va prendre un raccourci. Attrapez mon bras, je vous prie.

L'amiral suprême ne discuta pas et obéit à la déesse. La brunette se concentra sur son lien avec Jaina, recherchant la magie de sa moitié magique dans ce monde démoniaque. Elle finit par entrapercevoir la source de pouvoir de l'archimage qui pulsait faiblement à une centaine de mètres de leur position. Hermione transplana, emmenant Katherine avec elle, pour réapparaitre devant la Kultirassienne endormie, son visage froissé par des songes qu'elles devinaient horribles.

- Gardez votre main sur mon bras, murmura Hermione. Je vais vous mettre en relation avec l'esprit de votre fille. Faites tout ce que vous pouvez pour faire cesser les cauchemars. Et vite, s'il vous plait.

La Source posa doucement ses doigts sur les tempes de Jaina et se connecta à son esprit. Il n'y avait que ténèbres et folie. Aussi, la brunette envoya sa magie pour atténuer le sortilège de Gorak Tul, remplaçant la noirceur par une douce quiétude.

"Jaina, c'est Hermione. Tout va bien. Votre mère est avec moi, nous allons vous sortir de cette impasse. Concentrez-vous sur ma magie, sur la voix de votre mère. Tout ce que vous vivez n'est qu'illusion, vous êtes en sécurité, je veille sur vous."

- Allez-y Katherine, je vais maintenir la connexion.

La Source luttait pour maintenir le lien tenu avec Jaina, repoussant avec force la magie de Gorak Tul et luttant contre sa propre fatigue. Elle sentait que son corps tremblait sous les efforts déployés mais elle devait tenir bon. La délivrance finit par arriver quand Katherine Portvaillant ouvrit les yeux et afficha un sourire satisfait.

- C'est bon, les cauchemars ont cessé. Mais... pourquoi ne se réveille-t-elle pas ?

- Le temps que son esprit se remette, rassurez-vous. D'ici une heure ou deux, elle gambadera, murmura Hermione en se penchant pour soulever l'archimage après l'avoir calé dans ses bras. Accrochez-vous à moi, je vais nous faire quitter cet endroit. On l'a assez vu.

L'instant d'après, les trois femmes étaient de retour à Boralus, dans le palais des Portvaillant. Katherine fit signe à Hermione de la suivre et les emmena jusqu'à l'ancienne chambre de Jaina. Hermione coucha sa moitié magique sur le lit, lui ôta ses bottes et rabattit la couverture sur elle.

- Merci pour tout, Déesse, remercia l'amiral suprême, émue, avant de couver sa fille endormie d'un regard bienveillant.

- Je vous en prie. J'étais enchantée de vous avoir rencontrée, Dame Portvaillant. A un de ces jours !

La brunette disparut dans un craquement sonore, laissant la mère seule avec sa fille endormie.

- Ma chérie, tout va bien se passer maintenant que nous nous sommes retrouvées. Je suis désolée et j'ai hâte que tu te réveilles pour te le redire.


Ses cauchemars avaient pris une tournure différente. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée dans ce maelstrom de douleurs et de regrets. Longtemps, si elle s'en remettait à cette impression de cris et de pleurs qui l'habitait encore. Mais elle avait ressenti aussi un apaisement, une aura bienveillante qui avait pris soin d'elle alors qu'elle se sentait basculer dans la folie. Elle laissa ce soulagement se diffuser dans son être avant de tenter de reprendre le contrôle de son corps. Étrangement, elle se sentit en mesure de bouger et ouvrit les yeux.

Elle fut étonnée de se retrouver dans sa chambre à Boralus. Et fut surprise de constater que rien n'avait changé depuis sa dernière visite, il y avait près de deux décennies, alors que les fondations de Theramore n'étaient pas encore achevées.

- Tu es réveillée ! Fit la voix soulagée de sa mère.

Jaina tourna la tête et vit que Katherine était assise à côté d'elle. L'amiral suprême avait l'air éreinté, mais un léger sourire flottait sur ses lèvres.

- Tu m'as sortie des geôles de Corsandre ?

- Pas tout à fait.

- Il me semblait aussi, soupira l'archimage.

- Tu es libre, ma fille, mais je ne suis pas la seule à avoir œuvré pour te libérer.

Jaina fronça les sourcils, perdue dans les explications pas très claires de sa mère.

- Une amie à toi est venue. Une déesse. Hermione Granger. Elle était inquiète pour toi.

Katherine se pencha sur sa fille et posa un baiser sur son front.

- Je suis désolée pour tout, ma chérie. J'espère que tu me pardonneras.

- Je n'ai pas besoin de te pardonner, mais j'aimerais que tu m'écoutes.

- J'ai déjà dit à l'Alliance qu'elle pouvait compter sur nous.

L'archimage hocha la tête, soulagée de savoir que les forces en présence seraient équilibrées mais surtout que Boralus se préparait au pire.

- Il faut aussi parler de ce que j'ai fait à mon père.

Katherine encadra de ses mains le visage de sa fille et plongea son regard dans les yeux bleus gris qui la regardaient avec inquiétude et tristesse.

- Je ne sais pas si tu as entendu ce que je t'ai dit quand tu étais sous l'égide du sortilège du démon mais je vais te le redire : tu n'es pour rien dans la mort de ton père. Il a fait ses choix et ce n'est pas à toi de les assumer, ma chérie. Tout comme Arthas. Nous ne sommes responsables que de nos propres actes.

L'amiral suprême se recula et remit une mèche de cheveux blancs derrière l'oreille de Jaina.

- En revanche, nous avons un problème. Priscilla Corsandre s'est enfuie quand elle a su que j'étais au courant de sa trahison. Il semblerait qu'elle ait rallié à elle la flotte de pirate de Port Liberté et ils sont en route pour bloquer l'accès à Boralus. Et nos navires sont perdus en mer depuis des semaines, je suis sans nouvelle de ton frère.

- Tu penses que les pirates seront là dans combien de temps ?

- D'ici quelques heures...

Jaina quitta le lit et passa ses bottes.

- Je dois aller voir quelqu'un. Je n'en ai que pour une petite heure. Quand je reviendrai, on bloquera les pirates et on arrêtera Corsandre, je te le promets !

- Je te fais confiance. Je ne ferai pas la même erreur une autre fois.

L'archimage vint serrer sa mère contre elle, heureuse de retrouver une famille et une maison alors qu'elle venait de tourner le dos au Kirin Tor et à Kalecgos.


Jaina apparut aux abords de la clôture blanche. Elle n'avait pas besoin d'appeler pour savoir où se trouvait la Source. Elle fit le tour de la cabane et trouva Hermione assise au sol, adossée contre un rocher, en plein soleil.

- Repos du guerrier ? Questionna l'archimage en venant s'asseoir à ses côtés.

- De la déesse qui est toujours interrompue pendant sa sieste.

Jaina sourit et laissa le temps s'étirer, regardant le paysage sans le voir.

- Merci d'être venue me chercher.

- Hmmm. Pas de quoi.

Les réponses monosyllabiques n'invitaient pas particulièrement à la discussion, mais Jaina n'en avait cure.

- C'est vous qui avez pris soin de moi, n'est-ce pas ? Je vous ai sentie m'envelopper de douceur.

- Hmmm.

- Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous, en remerciement ?

- Hmmm. Me dire pourquoi vous les avez laissés vous traiter de la sorte ?

Jaina rejeta sa tête en arrière, profitant du soleil de cette fin de journée sur sa peau.

- J'ai suivi vos enseignements. Je n'ai pas utilisé mes pouvoirs de déesse. Et je venais en qualité d'émissaire de l'Alliance, je n'allais pas assommer les gardes qui m'arrêtaient.

- Vous auriez pu tuer le démon qui vous a enlevée et plongée dans cet état végétatif, fit remarquer la brunette en allumant une cigarette.

- A ma grande honte, je ne l'ai pas senti arriver, rougit Jaina.

- Ouais, ça arrive... A l'occasion, je vous donnerai quelques astuces pour que ça n'arrive plus.

Hermione tendit la main jusqu'à un verre d'alcool et en but une longue gorgée.

- Désolée, vous voulez quelque chose à boire ? Proposa-t-elle.

- Non merci. Est-ce que vous allez bien ?

- Juste fatiguée de ma journée, répondit la Source en s'étirant. J'ai cavalé à l'autre bout du monde pour vous, j'suis rincée.

Elle tourna la tête et sourit à l'archimage.

- Mais je le referais sans hésiter, ajouta-t-elle.

La jeune femme baissa le regard un instant.

- J'ai cru que je savais déjà tout. J'ai cru que je n'avais besoin de personne. C'était peut-être vrai en tant qu'archimage du Kirin Tor. Mais j'ai tout à apprendre en tant que réceptacle de la magie originelle. J'ai reconnu mes torts auprès de ma mère, je veux les reconnaitre aussi devant vous.

Hermione porta son regard sur le ciel bleu et tira longuement sur sa cigarette.

- Je ne vous reproche rien, Dame Portvaillant. Vous n'êtes pas une Source exemplaire ? Moi non plus... Et les univers devront se contenter de nous. Mais vous pouvez croire en mon expérience, nous ne sommes pas les pires origines de toutes magies...

- Je vais le prendre pour un encouragement.

- Au fait... votre mère est très sympa. Elle est célibataire ?

Une quinte de toux prit l'archimage par surprise.

- Qu'est-ce que …

- Je plaisante, Archimage, détendez-vous...

Hermione regarda sa montre et se leva.

- Je vous invite à dîner ou vous avez mieux à faire à Boralus ?

- Bolarus peut attendre encore un peu, j'accepte avec plaisir.

Hermione retourna dans la maison, Jaina sur ses talons. Le repas fut rapidement prêt, une salade composée, deux steaks grillés et les deux femmes dressèrent la table dehors pour profiter des derniers rayons de soleil de cette journée. La brunette déboucha une bouteille de vin elfique mais Jaina refusa poliment, préférant rester à l'eau. Elle n'oubliait pas qu'une invasion de pirates aurait lieu sous peu et elle devait avoir les idées claires pour contrer l'offensive de Priscilla Corsandre.

- Des soucis en tête ? S'enquit Hermione en posant un gâteau sur la table.

- Rien qui doive vous préoccuper, vous en avez assez fait aujourd'hui, répondit la Kultirassienne.

La brunette posa sa main sur celle de l'archimage et la pressa doucement.

- Faites attention à vous. Et n'oubliez pas que votre priorité est votre survie. Si la situation part en vrille, n'hésitez pas à utiliser vos pouvoirs d'Origine de toutes magies.

- Je ferai attention, j'ai eu ma leçon. Mais pour l'heure, la priorité est à la survie de l'Alliance. Et à mettre un terme aux exactions de Corsandre.

Hermione retira sa main et coupa deux parts de gâteau qu'elle servit dans deux assiettes. Le dessert fut consommé dans un silence reposant et confortable et c'est avec regret que Jaina se résolut à retourner à Kul Tiras. Elle n'avait plus beaucoup de temps avant l'arrivée de la flotte de Corsandre.

- Vous voulez venir avec moi à Boralus ? Proposa-t-elle à la brunette qui débarrassait la table.

- C'est gentil mais je vais aller me coucher avec un bon livre. Cependant, si vous avez besoin de mon aide, appelez-moi et j'arriverai aussitôt.

- Seulement si je ne suis pas en mesure d'assurer mes arrières.

L'archimage semblait hésiter quelques instants, ses doigts se nouant nerveusement entre eux. Elle ouvrit la bouche, semblant vouloir dire quelque chose, mais se ravisa. Se contentant d'un léger signe de tête en guise de salut, elle disparut dans un craquement sonore. Hermione haussa un sourcil, perplexe, puis décida de ne pas se soucier du comportement étrange de sa moitié magique. Son regard se posa sur le reste du gâteau et un sourire éclaira son visage.

- J'vais passer une bonne soirée !


Et voilà !

La suite à la rentrée, les auteurs prennent des vacances ! ^^

D'ici là, portez vous bien et passez d'excellentes fêtes de fin d'années !

A très bientôt,

Sygui et Link9