Bonjour !
Désolée pour hier, j'ai pas posté, j'étais pas en forme, mais ça va mieux aujourd'hui ! Alors bonne lecture !
Chapitre 18 : L'Ombreterre
Jaina faisait les cents pas dans le bureau privé de Sylvanas Coursevent, dans l'aile la plus chaude du château de Lordaeron. Elle n'avait pas hésité à faire réveiller l'elfe qui, découvrait-elle, était un peu grincheuse au saut du lit.
- Elle est partie ! Là où les mortels ne vont pas ! Je dois la rejoindre...
- Un peu tard non pour lui courir après ? Lança l'elfe les sourcils froncés tandis qu'elle lisait la missive.
- Je vais me passer de tes remarques cyniques.
- Je dirais plutôt que tu aurais dû les écouter avant.
- Tu comptes me faire la morale ou m'aider ?
- Tu vois une différence ?
- Sylvanas ! Concentre-toi un peu !
- Que veux-tu que je te dise ? Là où les mortels ne vont pas, ça veut tout dire et rien dire ! Je n'ai aucune idée de ce que cette formule désigne ! Si, les WC de Garrosh, éventuellement. Je peux t'assurer que si tu es vivant avec un sens de l'odorat lambda, tu n'y vas pas... Et donne-moi le carnet.
- Quel carnet ?
- Celui qui est mentionné dans la lettre d'Hermione. Elle m'a demandé de le détruire alors donne.
- Non. Il contient peut-être des indices.
- Eventuellement. Mais la lettre, comme le carnet, sont pour moi. Tu as déjà lu mon courrier, ce qui est une intrusion dans notre vie, alors tu me donnes le carnet. Je le lis et je te dis ce qui est important pour la trouver.
- Tu ne sauras pas ce qui est important ou non. Tu n'es pas la Source.
- Mais j'étais son amie. S'il y a des messages cachés dans les lignes, je les verrai.
- Tu étais son amie... Et tu n'as rien vu de ce qui se tramait.
- Continue comme ça, et toute demi source que tu sois tu vas te prendre la plus belle raclée de ta vie ! J'ai peut-être pas tout remarqué, mais toi, tu n'as rien senti. Donc pour une demi source reliée à elle, tu vaux pas un pet de Garrosh !
Jaina respira profondément, vexée mais consciente que Sylvanas n'avait pas tout à fait tort.
- Lisons-le ensemble, si tu veux bien, répliqua l'archimage d'un ton pincé.
La fenêtre du bureau vola en éclat et, dans un geste réflexe, Sylvanas tira ses deux poignards, prête à en découdre. Deux gargouilles aux yeux rouge sang pénétrèrent dans la pièce pour se jeter sur l'Elfe. Jaina convoqua aussitôt une boule de feu qu'elle choisit de jeter sur une troisième créature qui déboulait dans la pièce. Le sort percuta une des ailes de la gargouille qui feula en direction de l'archimage avant de brandir ses griffes.
- Jaina ! Cria Sylvanas, attrapée par ses deux adversaires qui tentaient de l'entraîner par la fenêtre.
L'elfe avait beau se débattre, se contorsionner, elle n'arrivait pas à faire lâcher prise aux deux démons.
L'archimage ferma les yeux pour convoquer son pouvoir. Elle tendit une main vers Coursevent pour la lier à elle d'un trait de magie fluide, tandis que de l'autre elle façonnait une boule d'énergie pure pour se débarrasser des gargouilles.
- Mais apprend à viser ! râla Sylvanas alors que l'attaque de l'archimage l'avait frôlée pour percuter une de ses assaillantes.
La gargouille percutée relâcha légèrement sa prise et cela suffit à l'elfe pour se dégager d'un mouvement d'épaule et lui planter une dague entre les deux yeux. L'autre créature se recula et, abandonnant le combat, sauta par la fenêtre pour s'envoler au loin.
- Je ne veux pas sous-estimer ta renommée, ma chère, mais je crois que c'était moi qui étais visée, souffla Sylvanas.
Jaina hocha la tête, préoccupée par la suite d'événements. Tout ceci ne pouvait pas être une coïncidence.
- Cette tentative d'enlèvement a forcément un rapport avec la disparition d'Hermione.
- Dans la lettre, elle parle de Ner'zhul. Tu crois qu'elle serait contrôlée par lui ? S'inquiéta la reine.
- Je crois qu'elle avait un plan à long terme pour détruire Deuillegivre. Et visiblement ce plan était de laisser l'âme noire s'abreuver à son pouvoir. J'espère sincèrement que c'était délibéré et calculé. Si elle est devenue la chose de Ner'zhul, alors le chaos est à nos portes.
- As-tu essayé d'activer ton lien avec elle ? Ca vaudrait peut-être le coup...
- Tu penses bien que j'ai essayé. Mais soit elle n'est pas dans ce monde, soit elle a réussi à bloquer la connexion pour que je ne la rejoigne pas, soit…
- Elle n'est pas morte ! Retire-toi ça de la tête. Sinon notre monde aurait explosé. Non, faut qu'on aille à Hurlevent. Si ça se trouve, d'autres chefs ont été attaqués. Et enfin...
- Enfin quoi ?
- Pour une fois, je vais être de ton avis : nous devons lire son journal.
Bolvar sortit du portail magique en titubant. Deux mages humains se précipitèrent sur lui, inquiets de trouver le roi Liche dans la tour des mages. Surtout après les évènements qui venaient de se produire. Hurlevent était sous couvre-feu et la garde patrouillait dans les rues.
- Je dois voir Portvaillant, tout de suite, grogna Fordragon. Elle est là ?
- On a tenté de la joindre mais sans succès pour le moment.
- Merde. Je dois parler au Roi Wrynn.
- Il a été enlevé par des créatures volantes, répliqua un des mages.
- Les mondes sont connectés, la Déesse a rompu l'équilibre, la mort va déferler sur nous, haleta Bolvar en tombant à genoux. Et le heaume de domination a été brisé. Je ne peux plus contrôler le fléau. Les morts vivants vont envahir les villes.
Les deux mages échangèrent un regard terrifié.
- Qui gère les affaires en l'absence d'Anduin ? Demanda le roi Liche.
- Genn Grisetête, répondit un mage.
- Conduisez-moi à lui. Et vite.
La Source sortit du portail et scruta le paysage. Tout était morne, gris, sale. De la poussière, des roches et des âmes égarées à perte de vue. Des squelettes armés chevauchaient des chiens démoniaques à plusieurs têtes aux dents monstrueuses. Elle tourna les talons et découvrit une sorte de tour gigantesque, gris sombre, d'un style gothique. Des portes démesurées s'ouvrirent devant elle et, sans hésitation, la brunette pénétra dans le bâtiment. Il y faisait encore plus froid qu'à l'extérieur. De la buée sortait d'entre ses lèvres à chaque expiration. Les bruits de ses bottes en plaques résonnaient dans un grand corridor, brisant sporadiquement le silence de mort qui régnait dans ces lieux semblant inhabités. Elle s'engagea dans un escalier en colimaçon et, voyant une porte ouverte quelques étages plus haut, gagna le palier ouvert à sa visite.
Une chose très rapide frôla ses mollets et la Source, qui pensait à un gros rat, découvrit que c'était une main squelettique. Une vaste porte au bout d'un couloir s'ouvrit. La brunette poursuivit sa route pour pénétrer dans une salle à la mesure du reste du château, immense et très haute de plafond. Elle sut pourquoi en se retrouvant nez à nez avec une créature à la taille démesurée. La Source fronça les sourcils, peu heureuse de se retrouver à la hauteur des genoux du propriétaire des lieux.
- Origine de toutes magies, soyez la bienvenue dans l'Antre de l'Ombreterre, fit la créature qui ressemblait à un géant imberbe.
Sa peau était grise, il était torse-nu et arborait des tatouages noirs sur l'ensemble de sa peau visible. Mais le plus étrange était le trou au milieu de sa poitrine. Sa voix était grave et puissante et la déesse eut une légère grimace.
- Je suis Zovaal l'éternel, le Geôlier, ma Source.
- Vous parlez beaucoup trop fort, fit la brunette. Que me voulez-vous ?
- Je vous ai observée depuis votre arrivée sur Azeroth, répondit Zovaal. Depuis que vous avez mis le pied dans la citadelle de la Couronne de Glace pour retrouver les fragments de Deuillegivre. Vous avez contrecarré mes projets.
- J'en serais désolée si j'avais eu connaissance de vos plans, Geôlier.
- Vous avez changé la reine banshee et je comptais sur elle pour modifier la face du monde.
- Vous m'en direz tant, répondit la Source avec un sourire aussi froid que l'air ambiant.
La Déesse regarda autour d'elle et repéra une sorte de banquette faite d'os. Elle alla s'asseoir, prenant une pose décontractée, et toisa du regard le géant.
- Modifier la face du monde, hein ? Vous osez dire que ma création est imparfaite ? Que vous pouvez faire mieux que la Déesse primordiale ? susurra la brunette d'une voix menaçante.
- Votre création a été pervertie par les autres immortels, Déesse, objecta le Geôlier. Et j'ai besoin de votre soutien pour le rendre tel que vous l'aviez conçu alors que vous étiez une énergie pure qui éclairait l'univers.
La Source le dévisagea puis finit par faire apparaître une cigarette qu'elle s'alluma d'un claquement de doigt.
- Parle-moi de cette perversion et donne-moi le nom des responsables.
Jaina referma derrière elle la porte de la chambre qu'elle partageait dans les donjons d'Hurlevent avec Sylvanas. L'Elfe avait retiré ses bottes de cuir et était assise sur le lit, le regard vague.
- C'est la fin du monde, soupira Jaina. Enfin, ça y ressemble...
"Le jour où j'irai m'en prendre au nouveau Roi Liche, vous aurez le droit de paniquer."
Jaina se souvint des paroles qu'Hermione avait prononcées le matin de la destruction de Théramore. Elle devait avouer qu'elle était à deux doigts de la panique. Elle ne savait pas comment faire face aux évènements terribles qui s'annonçaient.
Sylvanas releva la tête et plongea ses yeux bleus dans ceux de l'archimage qui virait au gris en cette soirée cauchemardesque.
- Tant que tu seras là, je garderai espoir, murmura l'Elfe. Je sais que tu ne laisseras pas tomber Azeroth.
Jaina alla s'asseoir à côté de Sylvanas et posa sa main sur le genou de l'ancienne reine banshee.
- Je ne laisserai tomber aucun d'entre vous. Je ne sais pas qui est derrière l'enlèvement des chefs de l'Alliance et de la Horde, mais j'irai les chercher.
- Ils sont là où aucun mortel n'a sa place, j'en suis certaine.
- Je suis d'accord avec toi. Mais ne pas y avoir sa place ne veut pas dire ne pas pouvoir y entrer. Nous avons envoyé des ordres de mission à tous les aventuriers d'Azeroth pour qu'ils défendent les capitales du Fléau qui va s'abattre. Une fois les troupes incontrôlables du roi Liche repoussées, nous nous mettrons en route pour sauver nos amis.
Jaina sortit de sa poche le calepin qu'elle avait trouvé chez Hermione.
- On le lit ? Proposa-t-elle.
- Vas-y Portvaillant, ouvre-le !
La Kultirassienne posa le calepin sur ses genoux, l'orienta pour que l'Elfe puisse lire en même temps qu'elle et tourna la première page. Elle découvrit une écriture fine, régulière et bien soignée. Une écriture de première de la classe et Jaina eut un léger sourire en se faisant la réflexion qu'elle avait sensiblement la même.
C'est idiot de commencer un journal intime quelques heures avant que des robots tripotent mon cœur, mais seule dans cet hôpital désert, vestige d'un monde avancé technologiquement mais ravagé, je n'ai rien de mieux à faire. Ce silence est angoissant, oppressant, surtout qu'il y a une heure, l'édifice était animé de nos jeux, de nos rires. Dame Portvaillant me manque. Elle avait réussi à me faire oublier, le temps de quelques heures précieuses, qu'il n'y aurait peut-être pas de lendemain heureux. Je culpabilise de lui avoir donné l'autre moitié du pouvoir de la Source. J'espère qu'elle arrivera à le considérer comme une bénédiction. Mais si j'en viens à mourir sur la table d'opération, elle sera seule pour l'éternité, avec une responsabilité écrasante.
Sylvanas porta son attention sur l'archimage qui avait les sourcils froncés.
- Alors ? Bénédiction ou malédiction ? Demanda doucement l'Elfe.
- Je n'ai pas encore vu le côté négatif de la condition de déesse, avoua Jaina. Je suppose que ça vient avec le temps.
Deuillegivre s'est éveillée, tout à l'heure. Ner'zhul m'a parlée. C'est étrange de se retrouver avec une voix intérieure. Cela ne m'était pas arrivée depuis quelques milliers d'années et ça ne m'avait pas manqué. L'épée a faim, elle veut son quota d'âme à dévorer. Ma volonté est plus forte que son désir, mais pour combien de temps ?
Jaina tourna la page et découvrit que l'écriture était plus branlante, dépassant des lignes simples du calepin.
L'anesthésie fait encore effet et je vois légèrement trouble, double. L'avantage, c'est que j'avais deux archimages pour le prix d'une pour me ramener chez moi, j'étais en sécurité, aussi bien accompagnée. Plaisanterie à part, quand je me suis laissée tomber dans le vortex pour échapper à l'attaque du dinosaure tueur, je me suis concentrée sur Dame Portvaillant, sa magie, son sourire. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver au milieu des décombres de Theramore, et non pas à Dalaran ! Elle n'a pas fait son deuil de la perte de sa ville et je ne sais pas si elle y arrivera un jour. J'aimerais pouvoir l'aider mais je me sens impuissante. J'ai six mois de convalescence pour y réfléchir. Peut-être me rendra-t-elle visite ? Peut-être apprendrons-nous à nous connaitre et alors, une solution se dessinera. Je l'espère.
- Il faudrait avancer de plusieurs pages. Car là, nous n'apprenons rien sur la situation qui nous occupe, fit remarquer Sylvanas.
Jaina hocha la tête, mais rechignait à avancer sans lire des lignes qui la concernaient. Et elle avait le sentiment que si elle ne les parcourait pas rapidement maintenant, elle n'aurait jamais le loisir de le faire. Sylvanas s'en tiendrait à la volonté de son amie et détruirait ses pensées intimes à son endroit.
- Jaina, on connait déjà l'histoire, insista l'elfe prête à lui arracher le calepin des mains. Elle est tombée amoureuse de toi, tu étais en couple avec Kalecgos. Quand vous avez rompu, tu lui as dit que jamais rien ne se passerait entre vous. Vous avez fini par coucher ensemble et dans la foulée, tu as accepté un mariage arrangé. C'est tout ce qu'il y avait à écrire.
- Tu n'es pas curieuse de savoir ce qu'elle pensait de toi ? tenta l'archimage.
- Non. Nous étions amies. Ca me suffit.
La Kultirassienne reporta son attention sur le calepin et le feuilleta, lisant rapidement en diagonale. Les trois pages suivantes racontaient la convalescence de la Source, des visites de Sylvanas qui égayaient ses journées. Quelques lignes décrivaient les trop rares rencontres que les deux demi-Source avaient eues et Jaina sentait dans les mots qu'Hermione aurait souhaité la voir plus souvent.
Dame Portvaillant a eu la gentillesse de passer me voir cet après-midi. Elle m'a apporté un livre que je ne connaissais pas, ce qui est rare au vu de ma longévité exceptionnelle. C'est un roman qu'elle a dévoré dans sa jeunesse. Une histoire épique de mages du Kirin Tor qui sauve le monde d'Azeroth d'une catastrophe magique. J'ai trouvé l'attention très délicate. Je le commencerai après ma sieste. Deuillegivre est de plus en plus demandeuse et, même si je résiste plutôt bien, je me rends compte que je suis plus fatiguée qu'habituellement. Je devrais tenter d'agir sur mon alimentation, prendre plus de vitamines. Si Sylvanas me trouve encore au lit dans l'après-midi, elle va me répéter que je suis une Source de seconde zone, l'Origine de toute flemme et de toute paresse.
- L'Origine de toute flemme et de toute paresse ? Fit Jaina en glissant un regard vers Sylvanas qui haussait les épaules.
- Je trouve que ça lui va plutôt bien.
Jaina tourna la page et fut surprise de trouver deux croquis, l'un de Sylvanas, l'autre d'elle.
- Je ne savais pas qu'elle savait dessiner, murmura l'Elfe en découvrant son portrait. Regarde ce sourire qu'elle m'a fait, avec cet air de je me fous du monde. Elle a bien capté l'essence du personnage.
- Oui, le regard légèrement hautain de la haute-elfe qui considère le reste des vivants comme des êtres inférieurs, se moqua l'humaine.
- Et toi alors ? Ce petite sourire timide de celle qui n'y touche pas, c'est vraiment toi ! Et pour l'émotion dans les yeux... Le poids des responsabilités, une légère mélancolie, une pointe de douleur... Elle nous connait bien.
- On ne peut pas détruire ce carnet, fit Jaina.
- C'est sa demande. Mais on pourrait garder les dessins, concéda l'elfe.
L'archimage ne répondit pas, cherchant un moyen de convaincre Coursevent de ne pas donner suite à la volonté d'Hermione. Peut-être que les pages suivantes lui donneraient des bons arguments.
Je n'arrive pas à réaliser ce qui s'est passé aujourd'hui, sur bien des points. J'espère que coucher les évènements de la journée sur le papier m'aidera à y voir plus clair parce que je ne comprends pas comment une journée qui s'annonçait sous les meilleurs hospices a pu finir en véritable cauchemar.
L'écriture était moins soignée, plus précipitée, légèrement tremblante. Quelle en était la cause ? Le stress, la colère ?
J'avais l'idée de déjeuner avec Jaina pour prendre quelques nouvelles. Avec la guerre qui fait rage en Pandarie, j'ai eu la connerie de penser qu'un peu de compagnie lui ferait du bien. Je me tape la traversée de la moitié d'Azeroth et, quand j'arrive à Dalaran, le chaos. Des morts, des blessés, des Elfes de sang déboussolés qui tentent de fuir la cité. La peur et l'angoisse de ces gens me submergent et je sauve in extremis une pauvre jeune fille des mains de deux mages. Elle est à peine majeure, terrifiée de se faire attaquer dans une ville qu'elle considère comme son chez elle. Elle m'explique que des Elfes ont volé la Cloche Divine pour la livrer à la Horde et qu'en représailles, Portvaillant purge Dalaran de leur présence. La pauvre gosse m'explique qu'elle n'y est pour rien, qu'elle ne comprend pas ce qui s'est passé, comme la plupart des Elfes de la cité. Et ma magie me fait dire qu'elle raconte la vérité. Jaina, bon sang, pourquoi n'avez-vous pas usé de vos pouvoirs de Source pour sonder l'esprit des gens qui étaient sous votre responsabilité ? Vous auriez pu, vous auriez dû éviter un tel carnage ! En un sortilège vous auriez compris que les responsables du vol avaient déjà quitté votre ville et qu'il n'était pas nécessaire de mettre fin à la neutralité du Kirin Tor pour trois renégats à la solde de Garrosh !
J'aurais pu lui expliquer, mais elle n'était pas d'humeur à discuter. Sa fureur, sa haine, sa déception étaient palpables, flottant dans l'air, à m'en donner la nausée. Cette journée a été dramatique sur bien des aspects : le Kirin Tor va prendre le parti de l'Alliance et déséquilibrer ainsi les forces politiques d'Azeroth, l'archimage Portvaillant a perdu la bataille contre la noirceur qui la rongeait depuis la destruction de Theramore et j'ai pu mesurer les effets néfastes de Deuillegivre sur mon pouvoir. Jaina m'a battue. En quelques secondes, elle m'a fait mordre la poussière. Elle est puissante, talentueuse, imaginative, mais un affrontement entre les deux moitiés de la Source aurait dû durer plusieurs heures. Heureusement pour moi, elle a su s'arrêter à temps. Je dois impérativement trouver le moyen de détruire Deuillegivre. Car face à un autre adversaire, je n'aurai pas eu autant de chance.
- Quelque chose cloche, murmura Jaina.
- Quoi ? Tu lui as mis une raclée et ça l'étonne. Rien de plus normal ! Tu es une déesse débutante et elle a des milliers d'années d'expérience. Sans vouloir te vexer, j'aurai misé sur elle et pas sur toi.
- Non, pas ça. Je ne la vois pas tenir un journal intime, ça ne lui ressemble pas.
- Avec ce qu'on a déjà lu, j'en viens à me dire qu'on la connaissait moins bien qu'elle nous connaissait.
Jaina lui lança un regard noir et tapota de l'index une page ouverte.
- Si elle était du style à tenir un journal, elle l'aurait fait bien plus tôt ! Ce qui me fait dire qu'il y a quelque chose de plus que ce qu'elle a écrit. Peut-être a-t-elle laissé un code dans les pages.
- Elle m'a dit qu'elle avait été générale dans ses jeunes années, songea Sylvanas. Je pourrais analyser les pages avec les codes que je connais.
- Puisque le journal t'était destiné, ça me parait une bonne idée.
Coursevent eut un sourire goguenard.
- Quoi encore ? Demanda Jaina en tournant une page.
- Bah voilà, tu l'as trouvé, ton argument qui va m'empêcher de détruire le calepin. Quand tu veux, tu peux !
Elle s'allongea et, après avoir mis la couverture sur elle, cala confortablement sa tête contre l'oreiller.
- Vas-y, je t'écoute ! Dit l'Elfe avant de bailler largement. Lis-moi une belle histoire avant de m'endormir.
Jaina m'a embrassée. Pas par intérêt romantique, malheureusement. Pour me faire taire, ce qui est une déception, je dois l'avouer. Je ne sais pas si elle a ressenti les émotions qui m'ont traversées. Probablement non, vu ce qu'elle m'a dit ensuite. Il n'y aura jamais rien entre nous. Il aurait été moins douloureux, je pense, qu'elle m'arrache le cœur pour l'écraser sous sa botte. Mais bon, c'est à moi de me faire une raison. Son bonheur est avec Kalecgos. C'est un gentil garçon et j'espère qu'il prendra soin d'elle.
Néanmoins, quelque chose m'a marqué dans ce baiser. En plus de la douceur des lèvres de l'archimage, évidemment. J'ai eu un regain d'énergie et les murmures de Ner'Zhul se sont affaiblis. Est-ce que le fait d'être aussi proche de l'autre moitié de la Source, d'avoir nos deux magies réunies aussi intimement, peut affaiblir les effets néfastes de Deuillegivre ? Je n'aurais jamais la réponse à cette question. Autant se pencher sur une autre solution.
Jaina tourna la tête vers Sylvanas et découvrit que cette dernière s'était endormie.
- On va te sortir de là, Hermione, murmura l'archimage en continuant à feuilleter le journal en silence.
Zovaal dévisageait la Source qui était toujours assise dans la banquette faite d'os. Cette dernière tirait négligemment sur sa cigarette, songeuse, et le Geôlier attendait avec impatience la réponse de la déesse primordiale.
- Pour résumer, commença la brunette, ses yeux noisette vide d'émotion se posant sur le géant, j'avais laissé les clés d'une partie de ma création à un groupe de sorciers et ils se sont autoproclamés Fondateurs, m'effaçant purement et simplement de l'histoire. A t'entendre, Zovaal, ils ont réécrit le récit, disant qu'ils sont à l'origine d'Azeroth et de votre royaume des morts. Ils ont joué aux apprentis sorciers en créant les Eternels, toi et tes frères, pour gérer l'au-delà.
Son regard se durcit et la cigarette entre ses doigts se consuma instantanément.
- Et dire que je me plaignais de Viviane... murmura-t-elle froidement. Elle au moins me vouait un culte.
Elle se leva et alla se poster sur un balcon qui donnait vu sur l'ensemble de l'Antre. Le paysage était morne, gris, sale. Une vue sur l'enfer.
- Donc, reprit-elle légèrement agacée, tu veux te rendre aux origines de ce monde pour corriger... quoi exactement ?
Le Geôlier fut dispensé de répondre car un cri glaçant retentit dans la tour. La déesse se tourna vers lui et l'interrogea du regard.
- Des prisonniers sont arrivés, ma Source. Nous les torturons.
- Ferme les portes. Leurs hurlements m'exaspèrent.
Elle renifla, agacée, et reporta son attention sur le paysage. Deuillegivre se mit à briller dans son dos et Zovaal vit que les épaules de la brunette s'affaissaient légèrement.
- Que veux-tu, Ner'Zhul ? Hmmm... oui. Tu as raison. Faisons comme ça.
La Source se tourna vers le Geôlier et le dévisagea, le regard vide.
- Comment veux-tu procéder, pour réparer ma création ?
- Nous avons un allié de grande valeur, un de mes frères. Denathrius, le roi de la province de Revendreth. Allez le voir, il vous expliquera ce qu'il fait pour nous.
La brunette hocha la tête d'un air absent, attendant visiblement une autre information de la part de Zovaal.
- En sortant de la tour, vous trouverez un portail qui vous mènera à l'auberge de la capitale de l'Ombreterre, Oribos. Ne vous y arrêtez pas, essayez de ne pas vous faire remarquer. En sortant de l'auberge, face à vous, il y aura une plateforme qui vous enverra au deuxième étage. Louez les services de transport pour aller au château de Nathria. Vous serez reçue avec les honneurs qui vous sont dues.
La déesse tourna les talons et, Deuillegivre brillant toujours dans son dos, quitta la salle sans un regard en arrière. Zovaal la regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision.
- Tout n'a pas marché aussi bien que vous le souhaitiez, fit une gargouille qui apparut subitement. Elle n'est pas entièrement sous contrôle.
- Le pouvoir de Ner'Zhul a réussi à faire disparaître la partie humaine, mais l'Origine de toutes magies est toujours présente, commenta le geôlier. Pour le moment, ça ira, elle est assez docile.
- Et si elle se rebelle ? Demanda la gargouille, inquiète.
- Nous avancerons la phase quatre du plan. Je lui arracherai ses pouvoirs avant qu'elle ne devienne un réel problème.
24 heures plus tard
La journée avait été apocalyptique. Dès les premières lueurs du jour, le Fléau avait déferlé sur Hurlevent. Des dizaines de milliers de goules, de squelettes, de créatures démoniaques avaient attaqué la capitale humaine. Des aventuriers arrivés des quatre coins d'Azeroth avaient répondu présent et Jaina, pour la première fois depuis qu'elle était devenue l'autre moitié de l'Origine de toute magie, avait utilisé ses pleins pouvoirs. D'un claquement de doigts, elle avait mis le feu à trois lignes d'assaillants. D'un clignement d'yeux, elle avait provoqué des explosions annihilatrices dans leurs rangs. D'un geste souple de la main, elle avait congelé puis fait exploser les fantassins qui tentaient d'abattre un mur d'enceinte.
Alors que ses alliés la félicitaient, l'archimage n'avait pas le cœur à fêter la défaite du Fléau. Elle avait enfin pris réellement conscience de l'étendue de sa magie et elle avait eu peur. Elle comprenait maintenant pourquoi Hermione avait tenu à avoir un contre-pouvoir et pourquoi la brunette avait essayé de l'empêcher de tuer les Elfes de sang, de succomber à sa haine et à sa colère contre la Horde.
- Ca va ? Murmura Sylvanas en posant une main sur son épaule. Tu es toute pâle.
Jaina respira profondément avant de passer une main tremblante sur son visage moite.
- Oui, je suis seulement fatiguée, mentit l'archimage.
Sylvanas la dévisagea puis haussa les épaules.
- Tu as accompli beaucoup aujourd'hui. Va te reposer une heure ou deux, nous partirons ensuite pour la citadelle de la Couronne de Glace. L'autre con de Bolvar pense pouvoir créer un portail entre son taudis gelé et le royaume des morts grâce au heaume de domination.
- Il ne nous a pas dit que le casque avait été détruit ? Questionna Jaina en haussa un sourcil surpris.
- Hermione l'a apparemment déchiré en plusieurs morceaux, répondit Sylvanas. Mais si on le répare, on peut créer un portail vers l'Ombreterre, le royaume des morts. Si on veut retrouver Hermione, on doit y aller aussi.
- Là où les mortels n'ont pas leur place... fit pensivement Jaina.
- C'est aussi ce que je me dis. Il ne nous reste plus qu'à suivre Bolvar.
- Je ne pense pas que ce soit indiqué pour toi. C'est extrêmement dangereux et...
- Arrête tout de suite. J'ai mon arc, mes dagues et toi pour surveiller mes arrières, je suis bien équipée, se moqua l'Elfe.
Coursevent poussa son amie en direction de l'auberge.
- Allez, va te reposer. Et vraiment te reposer ! Va pas lire le calepin, promis ?
La Source descendit de sa monture qu'elle renvoya d'une claque sur le postérieur. Devant elle se trouvait l'immense château de Nathria, demeure du seigneur Denathrius. Dans un style purement gothique, son ombre couvrait une partie du paysage qui entourait la Source. Gravissant les quelques marches qui menaient au perron, l'Origine de toutes magies fronçait les sourcils, mécontente du temps que lui faisait perdre le Geôlier dans sa propre quête. Aussi, c'est passablement agacée qu'elle frappa aux lourdes portes du château. Une espèce de créature en complet de majordome vint lui ouvrir, s'inclinant devant elle.
- Veuillez me suivre, ma Source, mon maître vous attend... couina l'hideuse créature.
La Déesse pénétra dans un vaste hall à la hauteur sous plafond impressionnante. De part et d'autre de cette salle, quatre portes. Au fond, des escaliers circulaires menant à une plateforme.
- Les appartements de mon maître sont après les jardins privés, fit le majordome en sautant de marches en marches pour franchir une porte dérobée.
La Source souffla son empressement et poursuivit sa route, à quelques pas de la chose qui lui servait de guide. Elle traversa des jardins ornés de parterres de fleurs blanches et rouges. Des statues représentant des personnes qui ressemblaient à des vampires de littérature se dressaient contre les murs du château. Elle finit par entrer dans l'aile privée de la résidence de Denathrius et découvrit que la taille démesurée du château s'accordait ici aussi à celle de son propriétaire.
- Mes hommages ma Source, fit le seigneur avec une profonde révérence.
L'Origine de toutes magies fit un signe de main agacé, indiquant au maitre des lieux de passer les formalités et d'aller directement à l'essentiel.
- Zovaal vous a-t-il expliqué ce que je fais pour lui ?
- Non, et si vous pouviez éviter de tourner autour du pot, ça serait appréciable. J'aimerais ne pas mourir de vieillesse avant la fin de l'histoire, répliqua sèchement la brunette.
- Chaque âme qui arrive en Ombreterre comporte de l'énergie. Nous appelons cela de l'anima. Et c'est cette anima qui fait fonctionner l'Ombreterre. Mes frères et sœurs m'ont chargé de la collecter et de la répartir entre les différentes régions de notre monde.
Le regard de la Source se plissa et Denathrius remarqua que la Déesse primordiale avait atteint les limites de sa patience.
- J'ai fait détourner le flux d'anima vers l'Antre où est prisonnier Zovaal. L'idée est de lui donner la puissance nécessaire pour qu'il puisse sortir de sa prison et retrouver le continent perdu, Korthia.
- Et on y fera quoi, sur Korthia ?
- Il faudra trouver des renseignements sur les Fondateurs et la localisation des forges de l'éternité. Ces forges nous serviront à remodeler l'Ombreterre et Azeroth comme vous les aviez créées.
- Et donc, j'ai traversé la moitié de ce monde juste pour m'entendre dire que je dois retourner dans l'antre et attendre que Zovaal découvre un continent perdu ? Vous voulez tous mourir ?
La voix était froide et menaçante et Denathrius n'en menait pas large.
- Non, déesse. Voici mon cachet, une partie de la clé qui maintient Zovaal dans l'antre. Vous devez rencontrer mes frères et sœur et leur prendre le leur.
La déesse arracha des mains ce que lui tendait le seigneur de Revendreth et le fourra dans sa bourse.
- Et il vous faudra récupérer le sceau de l'Arbitre que nous avons désactivé. Il se trouve à Oribos. Si j'étais vous, je...
Denathrius ne put finir sa phrase. La Source avait tiré d'un geste fluide Deuillegivre et lui avait ouvert le torse du ventre jusqu'à la gorge qu'elle avait fini par trancher. Le seigneur de Revendreth porta les mains à son cou, cherchant à retenir le sang qui s'échappait en geyser. Il finit par tomber à genou, son regard fou de douleur dévisageant avec incompréhension l'Origine de toutes magies.
- Tu n'es pas moi, répondit la Source en attrapant un pan de la cape de l'Eternel pour essuyer sa lame rougie. Et tu es mort.
Elle rangea Deuillegivre dans son fourreau puis leva la main, faisant apparaitre une gigantesque boule de feu qu'elle envoya sur le mobilier au fond de la pièce. La pièce s'embrasa comme si elle avait jeté une allumette dans un tas de foin sec.
Elle quitta tranquillement le château de Nathria en proie aux flammes, tuant les troupes de l'Eternel défunt qui tentaient de l'empêcher de fuir. Descendant les marches du perron du château, elle tomba sur un groupe de personnes qui la dévisageaient, partagés entre inquiétude et soulagement. Visiblement, elle n'était pas la seule à avoir été contrariée par le dirigeant de la province.
- Pour se rendre dans la province de Sylvarden, je fais comment ? s'enquit poliment la Source.
S'être isolée quelques heures avait permis à Jaina de faire le point. Elle n'avait pas fermé l'oeil, le regard fixé au plafond où ses souvenirs avec Hermione avaient défilé, ranimés par la lecture du journal. Avec le recul, elle aurait dû anticiper l'histoire qui s'écrivait sous ses yeux, Aliénor lui avait suffisamment donné de clés pour comprendre. Elle se croyait mature alors qu'elle était encore en train de vouloir démontrer à la mémoire son père qu'elle était capable d'être une dirigeante à la hauteur de ce qu'il avait été. Ce n'était pas de maturité dont elle avait besoin, c'était d'émancipation. Et aujourd'hui, elle était enfin capable de tourner la page.
Elle espérait seulement que ce n'était pas trop tard.
Des coups discrets furent frappés à la porte de sa chambre avant que l'huis s'entrouvre et que la tête de Sylvanas apparaisse dans l'entrebâillement.
- Et attendre qu'on t'invite à entrer, c'est contre ta nature ? Demanda Jaina en fronçant les sourcils.
- Une perte de temps, répondit l'Elfe avec un sourire. T'es prête ? Bolvar tape du pied, on dirait un gamin de trois ans. On va aller dans le royaume des morts, tout le monde est très excité. Enfin, perso, je connais, j'y ai fait deux très courts séjours.
- Et c'est comment ?
- D'un ennui mortel, soupira dramatiquement la reine.
- Tant mieux, ça ne nous incitera pas à rester.
Le temps de préparer son sac et de passer ses bottes, Jaina et Sylvanas quittèrent l'auberge pour se rendre au pied des escaliers menant au donjon de Hurlevent. Le roi Liche attendait, entouré d'aventuriers qui étaient prêts à en découdre avec la mort elle-même. Deux mages venaient de faire apparaitre un portail magique qui conduisait à la citadelle de la Couronne de Glace.
- Dame Portvaillant, nous n'attendions plus que vous, fit Bolvar, l'air renfrogné. Aventuriers, écoutez-moi tous ! Nous allons nous rendre dans une salle de la citadelle. Le heaume de domination ouvrira un portail vers l'Ombreterre. Je n'ai aucune idée où nous arriverons et ce que nous y trouverons. Nous partons pour une mission suicide !
- Rester ici sans rien faire c'est ça le suicide, fit Jaina en regardant chaque individu présent autour d'elle.
- Aller en Ombreterre, c'est une balade de santé, ricana Sylvanas en installant ses armes dans son dos. Bon, on arrête d'en parler et on y va ?
Bolvar pénétra dans le portail magique, suivi aussitôt par des centaines d'hommes et de femmes prêts à en découdre.
- Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai un mauvais pressentiment, frissonna Jaina.
- Moi aussi, mais on sera sur nos gardes ! Lança l'Elfe avant de passer le portail à son tour.
Jaina jeta un dernier regard à Hurlevent, s'imprégnant de sa lumière, de sa chaleur, de sa beauté. Elle ne savait pas quand elle reviendrait. Ni si elle reviendrait.
Et voilà ! La suite ce dimanche !
D'ici là, passez une bonne semaine !
Bises,
Sygui et Link9
