Chapitre 47 : La bête et le papillon

Elle était là, recroquevillée contre le mur froid, les genoux ramenés contre sa poitrine, les bras serrés autour d'elle comme si cela suffisait à la contenir. À contenir quoi ? La peur ? La honte ? La panique ? Tout s'était déroulé trop vite.

Cette morsure.

C'était ce geste — brutal, animal, instinctif — qui avait tout déclenché. Un réflexe mal placé dans un moment déjà trop tendu. Ce n'était pas juste une morsure, c'était une transgression. Une intrusion. Et elle avait paniqué.

Son Haki des Rois avait jailli comme un coup de tonnerre, fendant l'air et la conscience. Elle ne le maîtrisait pas encore, pas totalement. Elle avait senti l'éclat de cette puissance rugir à travers elle comme un cri venu des entrailles — un rejet total, viscéral, presque inconscient. Et il avait volé à travers la pièce, inconscient, terrassé par cette force qu'elle n'avait pas choisi de libérer.

Et maintenant… il était là. Suspendu, attaché, silencieux.

Monsieur Lucci.

Il respirait encore, elle le savait. Elle sentait la régularité de sa poitrine, le flux discret de son souffle, presque paisible malgré les circonstances. Elle ne comprenait pas comment il pouvait paraître si calme, même inconscient. Il dégageait toujours cette présence… intimidante, charismatique, troublante.

Elle baissa les yeux. Elle s'était laissée dépasser.

Il était trop curieux. Trop insistant. Sur ses affaires, sur Colorless Butterfly, sur la raison d'être de cette organisation tentaculaire qu'elle tentait de tenir en vie contre vents et marées. Il avait fouillé, posé des questions, observé ses réactions avec l'acharnement d'un chasseur. Et elle, au fond, elle s'était sentie traquée. Mise à nu.

Un instant, une pensée traversa son esprit :
À quelle organisation appartient-il, lui ?
Qu'est-ce qu'un homme comme lui vient faire ici, à la frontière entre la guerre et le silence ?
Mais non… elle chassa cette idée. Elle ne voulait pas savoir. Elle ne voulait pas plonger dans son passé, ses loyautés, ses secrets. Ce qu'elle voulait, c'était remettre de l'ordre dans sa propre vie. Retrouver un semblant de calme, de contrôle.

Pas flancher. Pas maintenant.

Elle avait Trois jours. Trois jours avant que les premiers entretiens ne commencent, avant que son rôle de stratège, de négociatrice, de cheffe n'écrase à nouveau ses épaules. Trois jours pour décider… que faire de lui.

Son regard glissa sur son corps suspendu, ses muscles tendus même dans l'immobilité, sa silhouette taillée dans l'excès, dans la discipline et la violence. Il était beau. Étrangement beau. Mais dangereux. Tellement extrême qu'il en devenait imprévisible.

Il lui fallait poser des limites. Claires. Nettes. Infranchissables.

Ou sinon…

Elle soupira.

Si elle ne pouvait pas l'encadrer, le contenir, elle n'aurait pas d'autre choix que de quitter Water Seven. Tourner le dos à cette fragile stabilité qu'elle essayait de bâtir. Car laisser un homme comme Lucci rôder trop près de sa vérité, c'était jouer avec un feu qui brûlait bien plus que la peau.

Un frémissement imperceptible agita les chaînes.

Lise redressa légèrement la tête, toujours assise contre le mur, ses genoux relevés, les bras croisés. Son regard s'était fixé sur le vide depuis plusieurs minutes. Mais elle n'avait jamais vraiment quitté des yeux la silhouette étendue à l'autre bout de la pièce.

Lucci reprenait lentement conscience. Lise sentit son Haki frémir, une vibration presque imperceptible dans l'air — comme un souffle chaud sur la nuque. Il était vivant. Lucide. Contrôlé. Temporairement.

Il leva les yeux vers elle, encore alourdis par le contrecoup. Son souffle était régulier. Sa voix rauque, mais posée, glissa dans l'air avec un calme troublant :

— Je vois que j'ai eu droit à un traitement... particulier.

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle resta appuyée contre le mur, jambes croisées, bras repliés. Les ombres jouaient doucement sur son visage, effaçant toute trace d'émotion. Puis, d'un ton presque indifférent :

— Tu l'as mérité.

Silence. Il bougea à peine, testant les menottes. Un geste lent, comme une caresse sur la tension.

— Granit marin. Rien de personnel ?

Elle le regarda. Longtemps. Puis, sans ciller :

— Si. Justement.

Elle se leva, épousseta doucement son pantalon. Chaque geste était contrôlé, fluide, mais l'atmosphère avait changé. Lourdement. Comme si quelque chose d'invisible ondulait entre eux.

Il la suivit du regard, son expression se fit plus intense. Il parla à voix basse, presque sur le ton de la confidence :

— Tu as hésité à me tuer. Je l'ai senti... Et pourtant, tu m'as épargné. Tu m'as enchaîné, déplacé, soigné. Pourquoi ?

Elle marcha lentement jusqu'à la table, saisit son verre, fit tourner le liquide sans y goûter.

— Par mesure de sécurité, dit-elle simplement.

— Mensonge élégant, souffla-t-il. Tu avais peur. Pas de moi. De toi.

Elle ne répondit pas. Son silence était une réponse plus redoutable que mille mots.

Il reprit, plus bas, presque velouté :

— Tu contrôles tout. Les regards, les gestes, les silences. Même ton souffle. Mais là... là, je te vois.

Elle se figea.

— Tu me vois ? répéta-t-elle, sans se retourner.

— Oui. Quand tu paniques, tu brilles. Tu vibres. Comme une lame trop tendue prête à se rompre. Et je ne peux m'empêcher d'y toucher. Même si je saigne.

Elle revint vers lui. Lentement. Comme si chacun de ses pas pesait une tonne. Arrivée à quelques centimètres, elle pencha légèrement la tête, l'observa. Son visage. Ses lèvres fendues. Ses poignets captifs. Et ce regard — un brasier.

— Tu parles comme si tu croyais avoir le dessus, murmura-t-elle.

— Non, dit-il. Je parle comme un homme suspendu, sans défense, qui t'observe depuis des jours, fasciné. Tu pourrais me briser d'un geste. Mais tu ne le fais pas. Et tu sais pourquoi.

Elle serra la mâchoire. Le verre, toujours dans sa main, menaçait de lui échapper. Elle le posa. Lentement. Puis s'approcha. Une inspiration. Deux. Trop proche.

Leurs souffles se frôlèrent. Le silence devint presque intime, étouffé par le battement de leurs cœurs.

— Ne fais pas ça... murmura-t-elle, mais sa voix manquait d'assurance.

— Je ne fais rien. C'est toi qui viens à moi.

Elle ferma les yeux un instant. Trop court. Lorsqu'elle les rouvrit, ses pupilles croisèrent les siennes, et sans même s'en rendre compte, ses lèvres se posèrent sur les siennes. Doucement. Comme une impulsion irrépressible. Un pacte silencieux.

Il répondit aussitôt, d'abord avec une lenteur déchirante, puis, en un frisson d'impatience, il captura sa lèvre inférieure entre ses dents et la mordit, fort. Trop fort.

Elle recula brusquement, la douleur éclatant en elle comme un éclair. Son bras partit sans réfléchir. La gifle claqua, sèche, magistrale.

Le silence tomba, électrique.

Il la regarda, la lèvre ensanglantée, un sourire dévorant se dessinant lentement sur son visage.

Elle, haletante, les joues rouges de tension, recula d'un pas. Elle reprit son masque, tant bien que mal, et s'essuya la bouche, sèchement.

— Tu dépasses les limites, murmura-t-elle, glaciale.

— Tu n'en as pas, souffla-t-il, avec cette lueur de feu au fond des yeux.

Elle lui tourna le dos.

Et cette fois, elle sut qu'il ne s'agissait plus de contrôle.

Lise s'essuya la lèvre d'un revers de main, passablement agacée par la suffisance de cet homme. Il l'avait encore mordue. Cette fois, avec une férocité instinctive, brute, presque primitive. Comme un fauve. Il n'avait pas juste cherché à la provoquer — il avait revendiqué un territoire. Le sien.

Sa main tremblait encore de la gifle qu'elle lui avait assénée, la tension irradiait jusque dans ses épaules. Elle respirait fort, le souffle irrégulier, comme si chaque battement de cœur menaçait de faire exploser la carapace qu'elle s'efforçait de maintenir intacte.

Elle reprit contenance, lentement, mot après mot, comme si les syllabes pouvaient recréer la distance :

— Dalton t'apportera tes repas.

Lucci haussa un sourcil. Le nom résonna dans la pièce comme un intrus. Il n'aimait pas ce ton. Cette distance soudaine. Cette tentative de clôture.

— Tu me laisses seul ?

— Pour trois jours, dit-elle, en se redressant. J'ai des affaires à régler. Et après…

Elle le regarda droit dans les yeux, un éclat froid et déterminé dans la voix :

— Nous parlerons des limites à ne pas dépasser pour maintenir un climat sain dans cette relation.

Mais les mots flottaient entre eux, vidés de leur autorité. Ils sonnaient trop parfaits, trop préparés. Même elle, au fond, savait qu'ils n'avaient aucun poids. Ils ne tenaient pas face à la force brute du lien malsain qui s'était noué entre eux.

Lucci, toujours attaché, la regardait avec cette demi-moue carnassière, le regard perçant, amusé, presque attendri.

— Ces mots… souffla-t-il, sa voix glissant comme un murmure de velours. Tu y crois vraiment ?

Elle détourna les yeux. Elle aurait aimé pouvoir dire "oui" sans vaciller.

Il sentit son hésitation, la façon dont elle s'accrochait à son masque comme à une planche de salut dans une mer trop agitée. Il savait lire les silences. Il y avait chez lui, dans ce regard à demi-baissé, l'attitude d'un chasseur à l'arrêt. Le prédateur attendait simplement. Il la flairait déjà — la peur, la colère, le désir. C'était son terrain.

— Tu veux du contrôle, Lise, dit-il dans un souffle. Mais tu as invité le chaos dans ta maison.

Elle s'immobilisa un instant, dos tourné, avant de poser sa main sur la poignée de la porte.

— Le chaos, murmura-t-elle, n'est pas invité. Il est contenu. C'est très différent.

Mais sa voix s'était adoucie. Une faille, infime. Presque imperceptible. Et il l'entendit.

Elle ouvrit la porte sans se retourner. Derrière elle, les chaînes tintaient doucement, le souffle de Lucci toujours calme, toujours là. Elle sortit, referma la porte, et s'autorisa, seulement une fois dehors, à laisser son dos glisser lentement contre le bois.

Elle n'avait pas envie de fuir. Mais elle n'était pas prête à rester.

Et dans la pièce, l'animal attendait.

...

Deux jours plus tard, à Friberg, une ville côtière de Drum en pleine reconstruction, l'atmosphère était empreinte d'une énergie nouvelle. Autrefois dévastée par Barbe Noire et laissée dans les ruines par l'infâme prince Wapol, la ville renaissait lentement sous les coups de pinceau des ouvriers venus des îles avoisinantes. Le port, en construction, promettait de redonner vie à cette région meurtrie, et l'on sentait déjà la promesse de prospérité dans l'air. Les façades des nouveaux bâtiments, ornées d'un style royal nordique, étaient montées de briques blanches éclatantes. Les volets et portes, peints en vert, rappelaient la couleur de Drum, une couleur symbolique, fière, qui représentait la résilience de l'île.

La rue principale, longue et bordée de boutiques, venait juste de se terminer après des mois de travaux acharnés. L'alignement parfait des commerces, entre tradition et modernité, se dressait fièrement contre l'ombre du passé, donnant à la ville un air de renaissance imposante.

Mais au cœur de Friberg, le bâtiment le plus imposant restait sans conteste le quartier général des Colorless Butterfly, qui dominait la ville de ses cinq étages. Ce lieu, décoré du sigle d'un papillon stylisé, servait à la fois de guilde, de caserne, de poste de milice, de mairie, de centre de réunion, et de restaurant pour ceux qui n'avaient nulle part ailleurs où se poser. Un lieu polyvalent, à l'image de la vision pragmatique et audacieuse de Lise.

Dans l'une des pièces spacieuses du bâtiment, éclairée par la lumière naturelle qui se frayait un chemin à travers de larges fenêtres, Lise attendait derrière un bureau imposant. Les papiers éparpillés devant elle témoignaient de la lourde tâche qui l'attendait.

Mycèna venait tout juste de revenir d'Alabasta, accompagnée d'une vingtaine d'anciens officiers de Baroque Works, le réseau autrefois dirigé par Crocodile. Lise avait devant elle les dossiers de ces survivants, ceux qui avaient échappé à la traque des marines et qui, pour certains, avaient franchi les frontières de la loi dans l'espoir de trouver une nouvelle place.

Les documents détaillaient leurs profils, leurs talents, et bien sûr, les puissants fruits du démon qu'ils avaient consommés. Lise parcourait les pages avec une concentration impitoyable, son regard acéré se posant sur chaque nom, chaque description, chaque pouvoir. Elle savait qu'elle devait être précise dans ses choix. Un faux pas, une erreur de jugement, et cela pourrait mettre en péril toute l'équilibre fragile qu'elle cherchait à établir.

Le bruit lointain des marteaux et des scies en bois, les murmures des ouvriers, semblait bien loin de ce bureau où l'avenir de tant de vies se décidait. Pourtant, dans cette atmosphère tendue, chaque décision avait son poids. Lise se leva un instant, laissant ses doigts glisser sur les dossiers, avant de jeter un dernier coup d'œil à la fenêtre, où l'horizon était marqué par les contours d'un futur qui se dessinait, incertain et plein de défis.

Sur un plateau d'argent, un thé au gingembre fumait doucement, mais Lise n'y touchait pas. Ses yeux bleu gris glissaient d'un nom à l'autre, s'arrêtant parfois sur les photos : des visages marqués, usés, d'anciens tueurs ou espions aux talents atypiques.

La porte s'entrouvrit dans un chuintement discret. Mycèna entra, vêtue d'un long manteau vert, les cheveux encore couverts de cristaux de neige.

— Ils sont prêts. On peut commencer les entretiens quand tu veux, dit-elle en refermant derrière elle.

Lise hocha la tête, mais son regard restait figé sur une fiche en particulier. Un certain "Mr. Atlas". Fruit du démon : modèle Zoan mythique – une sorte d'hybride insectoïde inconnu. Dangereux. Instable. Mais terriblement efficace sur le terrain.

— Tu crois qu'on peut leur faire confiance ? demanda-t-elle sans lever les yeux.

Mycèna haussa les épaules.

— Ce ne sont pas des saints, mais ils savent suivre un chef. Crocodile était une crapule, mais il savait inspirer la peur. Toi, tu peux inspirer la loyauté. S'ils sentent qu'on construit quelque chose de solide ici... ils resteront.

Lise ferma le dossier avec un claquement sec.

— Très bien. Alors voyons si ces papillons méritent encore de voler.

...

Ils étaient vingt, entassés dans la grande pièce du deuxième étage du quartier général de Friberg. Certains debout, d'autres adossés nonchalamment contre les murs fraîchement blanchis. Lise les observait sans dire un mot, depuis son bureau surélevé, comme une impératrice inspectant une cour qu'elle n'avait pas choisie. Derrière elle, un vaste drapeau aux couleurs sobres des Colorless Butterfly, brodé d'un papillon sans teinte, flottait doucement sous l'effet d'un courant d'air discret. Le silence n'était que partiel — quelques murmures nerveux circulaient entre les anciens officiers, mêlés à des regards échangés, soupçonneux ou résignés.

Puis, calmement, elle se leva. Et le silence se fit plus profond.

— Je suis Lise. Je dirige les Colorless Butterfly. Si vous êtes ici, c'est parce que je vous ai rachetés. Pas à titre personnel. Mais en tant qu'actifs d'un ancien empire. Celui de Crocodile.

Elle marqua une pause. Pas un mot dans la salle. Même les plus arrogants des anciens agents — comme Mister 6 ou Miss Doublefinger — retinrent leur souffle.

— Vous êtes désormais sur l'île de Drum, plus précisément à Friberg, notre centre opérationnel dans cette région. Une ville reconstruite sur les cendres d'une tyrannie, où nous avons décidé d'implanter notre quartier général. Ce lieu, c'est le cœur administratif de notre faction ici. Et pour vous, une seconde chance.

Quelques chuchotements s'élevèrent, vite étouffés.

— Les Colorless Butterfly œuvrent à leur manière pour équilibrer ce monde chaotique. Et contrairement à Baroque Works, notre force n'est pas motivée par la domination, mais par l'influence, la résilience et le contrôle stratégique. Je vous propose de faire partie de cette vision.

Elle déplia un plan qu'elle posa sur le bureau, illustrant l'organigramme. Son doigt glissa d'un point à l'autre.

— L'organisation se structure comme suit : au sommet, le groupe d'élite des Rainbow Butterfly. Neuf individus, triés sur le volet. Leurs décisions sont prioritaires, leur force incomparable. En dessous, les "Couleurs", 81 officiers — neuf pour chaque Rainbow. Ils sont les bras droits, les stratèges de terrain. Ensuite viennent les "Papillons", l'ossature de nos troupes. Enfin, à la base : les "Crysalis", les recrues. Peu importe votre ancienneté, votre puissance, votre gloire passée... vous entrez tous ici en tant que Crysalis. Vous aurez un an. Un an pour vous former, prouver votre loyauté et mériter votre place.

Un murmure d'incrédulité monta, mais Lise le coupa d'un regard sec.

— L'élite ne s'improvise pas. Elle se forge.

Mister 7 leva alors la main, sceptique.
— Et si on refuse cette... "formation" ? On n'a pas vingt ans à perdre à faire de la paperasse pour une autre guilde.

Lise haussa un sourcil.
— Vous n'avez pas vingt ans à perdre, non. Vous en avez peut-être deux ou trois à vivre, à errer sans protection dans un monde qui vous veut morts. Je vous offre un toit, une structure, un avenir. La liberté... contrôlée.

Une autre voix s'éleva, celle de Miss Monday :
— Et pour les non-combattants ? J'ai pas envie de retourner me battre tous les jours. Est-ce qu'il y a une place pour nous, ici ?

Lise acquiesça.
— Il y a des postes à pourvoir dans la logistique, la chaîne de ravitaillement, la gestion administrative et commerciale. Des affectations sur les marchés régionaux, le transport, les routes commerciales du Nouveau Monde. Si vous n'avez pas le goût du sang, vous pouvez apprendre à manier les chiffres, la négociation ou la logistique.

Mister 5, bras croisés, lâcha alors un rictus :
— Et les salaires ? J'imagine que la "liberté contrôlée" s'accompagne d'un minimum syndical ?

Un léger sourire glissa sur les lèvres de Lise.
— Des primes de mérite. Un salaire fixe, un logement, des équipements. Une formation. Des perspectives d'ascension. Et la possibilité, en fonction de vos capacités, de gravir les échelons jusqu'aux Couleurs. Voire au-delà.

Cette fois, le silence fut plus lourd, chargé de réflexions. Même les plus irrévérencieux se turent. Puis ce fut Miss Valentine qui prit la parole, d'un ton plus amer :

— Et si Alabasta décide de se venger ? Si nos têtes finissent sur une liste noire ?

— Elles y sont déjà, répondit Lise sans ciller. Mais croyez-moi : je suis en pourparlers avec leur roi. Les alliances se négocient. Le passé peut s'effacer... si l'avenir est bien dessiné.

Mycèna, restée dans un coin de la pièce en observatrice silencieuse, posa enfin la pile de dossiers restants sur le bureau de Lise.

— Bien. Je vous recevrai un à un aujourd'hui. Ceux qui refusent... savent où est la sortie.

Et tous comprirent, en croisant son regard, que la sortie n'était pas forcément synonyme de liberté.

A suivre...