Chapitre 8: Carnage


Je préviens que ce chapitre est plutôt violent avec des scènes de bataille, de violences physiques et psychologiques et de combats plutôt sordides.


Le sang. C'était la première odeur qui arrivait aux sens de Teddy alors que le monde s'obscurcissait. Il y avait des hurlements, des cris partout alors que les loups se battaient pour leur vie. D'où venait tous ces ennemis ? Depuis quand Fenrir Greyback était en vie ? D'où sortait sa meute ? Teddy n'avait pas le temps de réfléchir à toutes ces questions. Il s'élança dans la bataille.

Les loups-garous avaient l'habitude de se battre et d'être face aux dangers. Ils apprenaient à se défendre dès leur plus jeune âge. Mais leur menace principale était les balles d'aconit et leur propre folie. Les balles des chasseurs étaient leurs ennemies. Pas les crocs de leurs congénères. Pas depuis la dernière guerre des loups. Se battre avec un autre lycanthrope était toujours de l'ordre du jeu. Jamais une question de vie ou de mort.

C'était pourtant ce qu'il se passait là. Un premier loup tenta de s'attaquer à une enfant qui courait pour rejoindre leur deuxième solution de repli, en dehors du village : la maison de Harry. Teddy devait les protéger et les ralentir pour permettre à tous les plus vulnérables de s'enfuir. Il s'attaqua à l'assaillant en mordant son cou. Celui-ci grogna et le jeta au sol. Teddy griffa son poitrail pour y planter ses griffes acérées. Il ne faisait preuve d'aucune pitié. Un premier coup de patte et ils roulèrent tous les deux sur le sol. Il sentit deux crocs plantés sur son épaule et hurla avec sauvagerie, lacérant le dos de son adversaire. Le monstre en lui voulait tuer cet autre qui souhaitait le détruire, lui et ses proches.

Teddy frappa, battit le loup blanc jusqu'à ce que du rouge finisse par sortir de sa face. Lorsqu'enfin son adversaire se tut, brisé sous ses pattes, Teddy comprit qu'il l'avait tué. Même si ce n'était pas la première fois qu'il ôtait la vie, cette assertion lui donna envie de vomir. D'autres têtes tomberaient ce soir-là. Et le Gamma espérait que sa meute ne perdrait pas trop de membres dans ses rangs.


Des cris partout. De la rage à chaque recoin. Dans cette cacophonie, Jane se battait avec une violence qui ne la choquait plus. Une trentaine de minutes plus tôt, elle avait failli attraper la biche. Henri avait été à quelques centimètres d'elle. Ils étaient arrivés en même temps, prêt à abattre la proie et devenir le nouvel Alpha. Ils avaient été prêts à tout donner malgré leur amitié avant que le monde ne se gorge de sang.

Depuis, Jane et Henri se battaient ensemble avec les loups de première ligne pour ralentir la progression des ennemis venus du Nord. C'était très étrange. La plupart frappaient au hasard et ne semblaient pas très aguerris au combat au corps à corps. Étaient-ils de nouveaux loups ? Alors qu'elle écrasait le cou d'un de ses adversaires, Jane sentit une odeur de sang qui traversait toute l'horreur de la situation. Celle de son père. Une odeur métallique caractéristique qui était beaucoup trop abondante.

À cet instant, Jane croisa le regard de loup de son meilleur ami. Ses yeux bleu clair lui intimèrent d'aller retrouver son père. Henri couvrirait ses arrières.

Elle s'élança vers la source de l'hémorragie. Très vite, Jane s'isola du groupe. Les arbres se resserraient autour d'elle alors qu'elle courait. Elle ralentit ses pas en tombant sur un corps au sol. Elle était liée à cet individu. C'était un membre de la meute. Elle courut jusqu'à la forme disloquée et retint son souffle en reconnaissant Maria.

La vieille femme avait les membres écartelés de part et d'autre de son tronc. Sa respiration était faible et elle percevait à peine les battements de son cœur. Horrifiée, Jane s'approcha d'elle et se détransforma. Elle ne pourrait rien faire pour la réanimer sous sa forme animale. Elle accourut vers Maria et se rendit compte qu'il serait difficile de la déplacer. Elle avait perdu trop de sang et sa jambe gauche était complètement déchiquetée et son abdomen perforé.

« Maria…! Qui est-ce qui t'as fait ça ?! Non ne bouge pas… Je… Je vais te sortir de là… vomit Jane, effarée.

— Pars… cracha Maria alors que du sang jaillissait de sa cavité buccale.

— Non… Je ne peux pas… » répondit la jeune femme.

Elle appela dans sa tête Henri pour qu'il lui apporte de quoi ceinturer l'Omega pour la transporter. Les liens mentaux de la meute n'avaient jamais été aussi discordants et dans cette cacophonie où des cris de désespoir se mêlaient à la rage et la peur, Jane ne retrouvait pas Teddy.

« Maria… Tiens bon. On va te sortir de là avec Henri…

— C'est trop tard…grogna la vieille femme alors que sa respiration se faisait de plus en plus courte.

— Non… coupa Jane en continuant de stopper l'une des hémorragies avec ses mains, en vain.

— Fenrir… Ton père…avec Fenrir… Arrête-le… éructa Maria en attrapant son bras dans un dernier élan.

— On doit d'abord te sortir de là ! s'écria Jane. Reste avec moi ! MARIA !

— C'est trop tard… Tu es beaucoup trop têtue… Comme ta mère… » souffla l'Omega avant de se figer.

La mort frappa Maria. Son visage se figea en une expression résignée malgré les efforts de Jane. Pendant quelques instants, elle continua ses soins alors qu'une larme coulait sur sa joue. Cela ne pouvait pas être vrai. Maria ne pouvait pas mourir ainsi. La meute ne pouvait pas la perdre ! Maria ne pouvait pas sortir de sa vie alors qu'elles n'avaient jamais réussi à trouver un compromis. C'était trop cruel. Alors qu'une partie d'elle avait envie de se briser à cause de la douleur, l'odeur du sang de son père revint à ses narines à l'instant où Henri arriva jusqu'à elle.

Son ami ne se détransforma pas mais Jane vit sa peine dans ses expressions. Elle sentit la colère de Henri à travers le lien. Un hurlement enragé non loin les obligea à se ressaisir. Jane connaissait cette voix. Elle se transforma pour rejoindre son ami déjà en route vers le danger.

Lorsqu'elle arriva dans la clairière, son cerveau ne fit qu'un tour. Un loup noir, massif au corps marqué par d'innombrables cicatrices écrasait le poitrail de son père. Leur Alpha était en train de perdre la bataille. Sans aucune hésitation, Henri se jeta sur leur ennemi. Celui-ci fit alors une chose inexplicable. En un cri, il propulsa le corps de son meilleur ami au sol, sans même le toucher.

Jane profita néanmoins de cette ouverture pour attaquer le loup-garou. Et elle réussit à lui arracher un cri de douleur en mordant sa chair. Elle devait éloigner cet homme de son père.

Fenrir oublia son paternel et mit toute sa rage et sa force pour détruire celui qui avait osé le toucher.

Des morsures se logèrent dans la fourrure de Jane alors qu'elle tentait de mettre hors d'état de nuire son adversaire enragé. Elle ne réussit pas à manquer un coup sur la tête, un peu plus fort que les autres. Elle se plia en deux et s'écrasa au sol. Alors qu'elle pensait qu'il l'achèverait, le loup en face d'elle se détransforma.

Jane aperçut son pied dans la terre, écorché, puissant. Ses jambes étaient velues comparés à sa main blanche échouée au sol. Elle était épuisée, dévastée. Son regard remonta sur le corps cicatrisé et musclé de son ennemi. La face de son assaillant, un mélange hideux où traits d'homme et de loup se faisaient bataille, fit frémir Jane. Le sourire sadique qu'il arbora lui donna la rage. Et sa voix rauque lui glaça le sang :

« Tu ressembles vachement à ta mère… Je me suis toujours dit que j'aurais dû tuer la mioche d'Eleanor. Dommage que tu sois moins forte qu'elle. Dire qu'il m'a fallu tout ce temps pour me débarrasser de la famille Smith… » ricana-t-il avant de s'approcher de son corps, une lueur sadique dans les yeux.

Jane se figea à cette annonce. Le monstre en face d'elle était Fenrir Greyback. L'Alpha, le meurtrier de sa mère, de Maria ! Malgré sa fatigue, Jane se releva pour l'empoigner. Fenrir l'arrêta mais pas par une attaque violente. Non. Il lui lança un sort :

« Petrificus Totalus. »

Comment était-ce possible ? Avec quoi le loup-garou avait-il pu la pétrifier ? De la magie ? Paniquée, enragée, Jane se débattit alors que cette main sale se posa sur sa nuque. Il était hors de question. Hors de question que le meurtrier de sa mère n'ait raison d'elle. Jane ne l'accepterait jamais. Elle se battrait jusqu'au bout.

Alors que Jane était figée, se débattant avec la mort, un hurlement surgit à sa droite. Un cri bestial qu'elle pourrait reconnaître entre mille résonna dans la clairière. En une fraction de secondes, Teddy se jeta sur Fenrir et le fit rouler au sol à plusieurs mètres, la libérant de son joug.


Teddy devait tuer Fenrir. Tuer cet Alpha qui voulait détruire son amie. Qui avait assassiné Maria. La mère de Jane. Il avait détruit leur meute. Il avait aidé Voldemort. Fenrir avait transformé son père. Il était responsable de cette malédiction, de sa malédiction. Ce monstre ne devait pas vivre.

Fenrir se transforma en loup dès qu'il le projeta au sol. Et sa forme animale comme sa personne était d'une force et d'une puissance effarante. Très rapidement, il reprit l'ascendant sur Teddy qui frappait et se battait avec une fureur qu'il ne reconnaissait pas lui-même. Jamais il n'avait autant eu envie de sang et de meurtre. Les morts précédentes dont il était responsable le suivaient encore, rendant les images beaucoup plus soutenables et banales. Il voulait déchiqueter Fenrir pour qu'il n'en reste plus un seul morceau.

À l'instant où il réussit à s'échapper de la prise du loup plus âgé, il lui arracha un morceau de pelage de sa patte droite. Un lien se fissura alors dans l'esprit de Teddy. Le lien qu'il partageait avec Henri et Jane faiblissait dans la caverne de son esprit comme s'il s'agissait d'un mirage.

Teddy ne comprit pas jusqu'à ce que la prison dans son âme se resserre autour de lui, tel un étau. Pour la première fois, il entendit dans sa tête de manière franche une voix qui ne laissait aucune place à la désobéissance. La voix rauque de Fenrir raisonna dans son âme et le fit ployer :

« C'est comme ça que tu décides de traiter ton Alpha ? »

Teddy n'avait jamais réussi à se plier complètement aux ordres d'un Alpha que ce soient Timothy ou Jane. Cela avait toujours préoccupé ses compagnons. Teddy n'avait jamais pu de liens puissants avec toute la meute. Même la relation intime qu'il partageait avec ses deux meilleurs amis n'était pas singulière pour des loups-garous. Teddy avait toujours pensé que c'était peut-être lié à son caractère ou au fait qu'il n'ait commencé à socialiser en tant que loup et à s'accepter bien tard. Jamais il n'avait pensé que c'était parce qu'il était déjà lié à une autre meute depuis le départ.

Une lignée de loups était toujours liée à la meute de l'Alpha originel responsable de la première transformation. Les seules choses qui pouvaient défaire ce lien était la mort naturelle du transformeur originel, une séparation consentie par les deux parties ou un duel jusqu'à la mort.

Teddy ne faisait partie d'aucun de ces cas. Cela expliquait le lien étrange qu'il ressentait depuis sa plus tendre enfant. Cet attachement violent, effrayant face à un monstre qu'il ne reconnaissait pas. Depuis quand ? Depuis quand son Alpha pouvait rentrer dans sa tête et l'observer à son insu ? Teddy était bouleversé, effaré. Et rien n'aurait pu le préparer à ces mots alors qu'ils se détransformaient.

« L'un des seuls survivants de mes premières lignées. Ton père était un élément intéressant mais trop sorcier et en contrôle de ses transformations lupines pour se soumettre à moi et être attiré par le carnage. Il est resté en vie si longtemps plus longtemps que tous les autres morts. » déclara avec froideur Fenrir en s'approchant de Teddy.

Des images de son père ressurgirent de son esprit. Des images affreuses des différents meurtres qu'avait commis son Alpha défilèrent dans l'esprit de Teddy. Et il pouvait frôler du doigt la délectation du monstre.


L'enfant jouait avec sa balançoire magique sans crainte. Aucune.

En même temps, le petit sorcier se trouvait dans le jardin de la propriété familiale. Il était menu. Ses petites jambes blanches écorchées par de multiples jeux, se secouaient en rythme avec lui alors qu'il les tendait pour frôler les cieux.

Fenrir pouvait entendre les battements de cœur rapide propre à un enfant. La salive lui monta aux lèvres alors que l'affront du père Lupin lui revint en mémoire. Il allait déchiqueter son fils. Mais à la vue de ses yeux dorés, innocents, horrifiés, un autre désir s'empara de Fenrir. Il voulait posséder ce petit être. Alors il ne le dévora pas entièrement.

Ses crocs s'emparèrent de son cou, ses bras de son corps et le jeune Remus Lupin sombra dans son étreinte immonde.

Les cris de son père résonnaient dans les oreilles de Teddy. Dans ce tourbillon de souvenirs, il ressentait aussi l'extase de son Alpha. Et il avait l'impression de se voir dévorer ou de participer à ce viol horrible, cette transformation immonde qui avait jeté le saut de l'opprobre et de la malédiction sur son père. Sur lui.

Il devait s'éjecter de cette horreur. Il sentit une main froide, brillante, le pousser en arrière.


Fenrir ne s'était pas encore transformé. Il écoutait à peine les ruminements de Bellatrix. Il se fichait bien de l'identité des traitres à leur sang ou créatures qu'il devrait tuer. Fenrir voulait simplement se délecter de sang et de chair fraiche. Il n'y avait rien de plus jouissif que de se transformer, dominer un autre être sans les remontrances ou les règles absurdes du Conseil des loups. Voldemort lui avait donné la possibilité de tuer sans vergogne et de goûter au sang sorcier auquel il n'avait jamais eu le droit. Peu des personnes qu'il mordait finissait par se transformer. Beaucoup se tuait ou mourait avant d'avoir subis la transformation.

Fenrir était seul et son seul bêta encore en vie, Remus, pensait qu'il pouvait lui tourner le dos. Quelle foutaise ! Il ne pourrait jamais vivre éternellement sans lui. Fenrir trembla d'impatience. Bellatrix pointa sa baguette vers la masse de sorciers qui fuyaient les mangemorts à coup de baguette. La rafle avait déjà commencé.

« Je veux que tu t'occupes de lui. C'est le mari de ma sœur, cette traitresse. Finis-le ! Déchiquette-le ! Fais en sorte que je n'ai pas besoin de repasser derrière toi »

Fenrir ricana à cet ordre. Dans sa course effrénée, l'homme d'âge mur avait une odeur délicieuse de peur et de détermination. Il était lumineux. Et le prédateur avait hâte de lui ôter la vie. Ted Tonks ferait un excellent repas.

Teddy entendit un cri. Mais il ne savait pas si c'était le sien ou celui de son grand-père. Le souvenir était trop épars, trop réel. Il voulait retrouver la terre ferme. Tout se craquela autour de lui.


« Teddy. Tu es l'un de mes bêtas. Rejoins moi au lieu de jouer à la marelle avec les autres. Tu sais très bien que ce n'est pas toi. Le jeu a assez duré. » déclara avec emphase Fenrir en le regardant avec une suffisance teintée d'espoir.

Sa vie avait-elle était une mascarade depuis le début ? N'était-il qu'une anomalie ? Ce reflet tordu dans le miroir, était-ce vraiment lui ? Teddy se remémorait les mots de Maria. Qui était-il ? Communiquait-il avec Fenrir depuis toujours ?

Teddy était revenu. Il avait quitté le poison du passé. Mais il était pétrifié, assis sur le sol ferme, ses orteils ancrés dans la terre gorgée de sang.

« Tu ne me rejoins pas ?» demanda Fenrir, la voix plus caverneuse.

Teddy était abasourdi. Comment cet homme pouvait-il croire qu'il rejoindrait sa meute de sang sans broncher pour la simple raison qu'ils étaient liés ? Une partie de lui se déchaînait et jubilait à l'idée de s'adonner corps et âmes à l'horreur mais l'autre bien humaine s'y refusait de tout son soûl. Il ne le rejoindrait jamais. Pas après ce qu'il avait fait à son père, à son grand-père, à sa famille, à sa meute, à tous ces gens qui avaient été rayés, déchiquetés par sa rage et sa violence moqueuse et méprisante.

« Jamais, répondit Teddy, déphasé.

— Mais tu m'appartiens déjà. Sans toi, je n'aurai jamais été capable de venir jusqu'ici. Tu t'en rends bien compte. Nous avons toujours été lié. Depuis ton éveil, tu fais partie de ma meute. Chaque Pleine Lune, ton loup essaie de me rejoindre, de fuir ce mensonge. Je comprends ton désir de vouloir tout dévorer, tout détruire. Même si tu as essayé de te cacher de moi, nos esprits sont liés, Teddy.

— Non… ! Jamais…

— Cette fois, tu n'as pas un lien assez fort avec ton âme-sœur pour m'arrêter…

— Je ne suis pas mon père !

— Doloris ! » vociféra l'Alpha dans un accès de rage.

Teddy sentit le sort l'atteindre de plein fouet. Il était abasourdi. Il se tordit de douleur sous l'attaque. Ce sort était semblable à se faire arracher la peau, les ongles et à être brûlé vivant tout à la fois. C'était comme mourir sans jamais trouver le repos. Pourquoi ? Comment un loup-garou pouvait utiliser de tels pouvoirs ?

Teddy perçut le rire rauque et vicieux de Fenrir à travers le voile de douleur. Le jeune homme avait le souffle court, tremblait alors qu'il tentait de se relever. Il avait si mal. C'était pire qu'avec Ayaba. C'était sans doute parce que c'était son Alpha qui lui infligeait cette punition dans un accès de sadisme pur. C'était horrible. Teddy utilisait déjà le terme d'Alpha pour désigner cet homme.

« Tu es surpris de me voir utiliser des pouvoirs Teddy. Pourtant tu peux le faire naturellement, toi… » continua Fenrir en saisissant son menton de ses doigts sales.

Ces mots glacèrent le sang du jeune homme. Dans son esprit, des images de lui changeant par mégarde sa coloration de cheveux lui revinrent. Il se souvint d'avoir déjà fait pousser une plante par inadvertance, d'avoir fait naître un feu entre ses doigts lors de barbecues. Ce n'étaient que des éclats, que des instants éparses qui ne voulaient rien dire. Peut-être des réminiscences d'un héritage sorcier qu'il n'avait jamais pu faire sien. Poudlard ne lui avait pas envoyé de lettres. Teddy n'était pas un sorcier.

Il voulait que tout cesse. Que cet homme cesse de le toucher, d'être dans sa tête. Il voulait savoir pourquoi il avait décidé de tout détruire. Une première fois pendant la guerre des loups. Aux côtés de Voldemort. Une autre fois en ce jour. Pourquoi n'était-il pas mort ? Où s'était-il caché tout ce temps ? Teddy voulait que tout s'arrête. Il voulait protéger ceux qu'il aimait. Protéger Henri, Jane et Timothy même si leurs liens faiblissaient à l'intérieur de lui. Teddy voulut tout briser. Détruire cette douleur physique et mentale qui le transperçait. Teddy avait peur. Il craignait de sombrer dans cette folie qui toujours, le guettait. De rejoindre ce monstre. Le passé, la souffrance de sa famille le dévorait de l'intérieur. Il craignait de se disloquer et de s'abandonner à son loup sanguinaire. Il n'était pas capable de se défendre seul. Il n'en avait plus la force. Cependant, dans la cacophonie de son esprit, une pluie d'étincelles émergea dans l'obscurité.

Et Teddy explosa.


La maison de Harry n'était pas dans le village des loups. Cela ne signifiait pas qu'elle ne faisait pas partie du territoire de la meute pour autant. Même si le terrain appartenait au sorcier, son lien avec Teddy faisait du terrain un lien de repli pour plusieurs membres de la meute. C'était la raison pour laquelle lors de problèmes ou d'attaques, la maison du sorcier était considérée comme l'une des meilleures solutions de repli d'autant plus que Harry Potter avait protégé sa demeure de multiples sorts. Il avait aussi un lien particulier avec celle-ci qui lui permettait de détecter les personnes qui y mettaient les pieds.

Avec cette dernière nuit d'épreuves, au vu des attaques étranges qui avaient eu lieu, Harry avait préparé sa maison avec plus de diligence. Après la cérémonie de couronnement du nouvel Alpha, une réunion serait organisée avec tous les loups et l'équipe rapprochée de Ron.

Draco, Hermione et Ron patientaient donc dans le salon, tandis qu'il avait demandé aux enfants de monter à l'étage.

Harry avait à peine échangé quelques mots avec Ron. Il n'avait pas la tête à parler d'autres choses que de ce cas préoccupant. Il n'avait pas encore pu le prendre à part seul à seul pour s'excuser.

Pour tout dire, Harry était soulagé que Hermione soit avec eux. Elle permettait de rendre ses interactions avec son meilleur ami et Draco moins gênantes et moins lourdes.

Harry se rendit compte que Draco et Ron travaillaient étrangement bien ensemble et ne se lançaient pas autant de pics qu'escompté.

Les quatre sorciers étaient donc assis, tendus, attendant les résultats de l'épreuve.

« Est-ce que vous avez décidé d'un rendez-vous pour que Teddy et Harry se rendent dans le département des mystères ? demanda Draco en reprenant une tasse de thé.

— Dans quelques jours, je me suis arrangé avec le chef du département. Puisque Teddy a du sang sorcier malgré son statut de loup, ça ne devrait pas poser problèmes, répondit Ron.

—Je reste sur ma position. Il faudrait que le futur Alpha de la meute puisse venir également. Il est sans doute lié à la prophétie… déclara Hermione

—Ils n'accepteront jamais des loups-garous dans des endroits aussi protégés du Ministère. » gronda Harry, soucieux.

Alors qu'ils réfléchissaient aux moyens possibles pour leur permettre cet accès, Harry sentit une présence franchir son domaine, suivies par plusieurs autres à une vitesse inhabituelle.

Le sorcier se leva d'un seul bond avant même que l'on ne toque à sa porte. Lorsqu'il ouvrit et tomba nez à nez sur une des professeurs louves, un enfant inconscient dans ses bras le sang de Harry ne fit qu'un tour.

« Harry ! La meute est attaquée… C'est un carnage ! » marmonna la bêta avant de s'effondrer le visage tuméfié et ensanglanté.


Le problème était que Harry ne pouvait pas créer un bouclier autour de sa maison car tous les loups devaient avoir la possibilité de se cacher. C'était une catastrophe. Il y avait tellement de blessés qu'il ne savait pas où donner de la tête. Heureusement que Hermione et Draco étaient là pour coordonner les soins. Une partie du salon s'était transformé en table de potions express tandis que l'autre servait à suturer et soulager les blessés les moins graves.

Lorsqu'il croisa Albus et Scorpius qui descendaient les escaliers quatre à quatre, Harry se braqua.

« Qu'est-ce que vous faites ici ?! Remontez tout de suite vous protéger à l'étage !

— Il est hors de question qu'on ne fasse rien ! J'ai entendu la petite Nina pleurez! Qu'est-ce qui se passe ! s'alarma Albus.

— Remontez immédiatement à l'étage ! C'est dangereux !

— On pourrait aider… objecta Scorpius.

— Où est Jane ?! s'écria Lily en déboulant à son tour, James sur ses talons.

— Écoutez ce que…

— Ils peuvent aider. » coupa Draco, juste derrière lui.

Le maitre de potions avait les mains ensanglantées et une coupure sur la joue. Il était échevelé, tendu mais sûr de lui. L'idée qu'il avait proférée donnait envie à Harry de péter un câble mais Draco l'arrêta avant qu'il ne puisse s'énerver :

« Ils ne t'écouteront pas. Et ils pourraient être utiles pour s'occuper des cas les moins graves. Comme ça Granger et moi pourrons nous occuper de repousser les ennemis et sécuriser les lieux. »

L'idée faisait sens. Ainsi, Ron et Harry pourraient quitter la maison et aider à repousser cette meute ennemie. Harry devait baisser les armes. Rien ne se passait comme il l'aurait voulu et il enrageait.

« D'accord. Vous ! Suivez les ordres de Draco et ne faites rien d'inconsidéré. James, Lily, ne vous déplacez pas sans armes. »

James roula des yeux et lui secoua sous le nez les deux pistolets aux balles d'aconit qu'il avait en sa possession.


Harry et Ron étaient partis depuis plusieurs minutes pour essayer d'arrêter la progression de la meute ennemie. Hermione étaient sur le qui-vive alors qu'elle effectuait des sorts pour soigner et sauver les patients qui pouvaient l'être. La médicomage sentait que bientôt, cet hôpital de fortune serait attaqué de toute part. les plus jeunes aidaient avec les cas moins compliquées et en voyant les amis de sa fille, Hermione avait juste envie de les enfermer à l'étage. Sauf qu'ils n'écouteraient sans doute pas. Ils étaient trop impliqués.

Alors que les pleurs raisonnaient dans le salon, Hermione distingua dans l'obscurité deux yeux rouges proches d'une des fenêtres. C'était un monstre au visage mi-homme, mi-loup. Ses canines étaient deux couteaux tranchants qui pouvaient déchiqueter n'importe quelle proie. Son visage était déformé par un sourire moqueur et écoeurant alors que son corps nu et velu se distinguait à peine dans la nuit. C'était un prédateur, un loup-garou. Et il n'était pas seul. Prêt à tuer ses congénères et les autres créatures sur sa route. Une bête humaine.

Hermione écarta toutes les personnes proches de ce monstre et fit un signe aux plus jeunes de faire monter le plus de monde possible en haut. Hermione ne craignait pas de se battre pour elle. Elle était capable de se protéger. Elle avait survécu à une guerre, avait travaillé une bonne partie de sa vie avec des Aurors. Elle n'était pas une simple médicomage. Néanmoins, Draco Malfoy n'était pas connu pour être excellent au corps à corps. Et elle avait plus d'une dizaine de personnes à protéger.

Hermione sortit sa baguette et se prépara au combat.


Se battre aux côtés de Ron était étonnamment naturel malgré les années qui s'étaient écoulées. Ils se synchronisaient avec une facilité déconcertante. Lorsqu'ils travaillaient encore dans la même équipe, cela avait toujours été simple pour Ron et Harry. Ils avaient grandi, travaillé, combattu ensemble. C'était logique qu'ils se comprennent si bien . Il était dommage que cela ressortait surtout lorsqu'il devait faire face à l'horreur de la mort brutale. La forêt était souillée de chair et de sang alors qu'ils avançaient. La plupart des personnes sur lesquelles ils tombaient étaient déjà mortes ou agonisantes. Ils ne pouvaient plus rien faire. Harry était ébranlé lorsqu'il tombait sur des visages connus.

Les deux sorciers avançaient avec rapidité à travers les feuillages et se séparèrent lorsqu'ils entendirent un étrange grognement, non loin. Harry lança un sort à un loup qui souhaitait lui déchiqueter le cou. Il sentit Ron effectuer le même geste à sa gauche. Et alors qu'ils approchaient enfin de l'étrange forme, la surprise de Harry fut grande lorsqu'il vit une force magique entourée cet étrange loup au pelage noir. Un loup qui faisait de la magie ? Qu'est-ce que ça signifiait ?

Harry s'apprêtait à l'attaquer avec son ami lorsqu'il entendit un cri plus loin. C'était celui de Teddy.

« Va voir ce qui se passe là-bas ! Je m'occupe de lui ! » s'écria Ron.


Harry ne sentait plus Ron derrière lui. Il s'était arrêté pour faire face à l'étrange loup-garou et il savait qu'il pouvait le défaire avec plus d'habilité que lui. Sur sa route, le sorcier tomba sur le corps de Maria. Il réprima un haut le cœur en voyant l'état dans lequel elle avait été tué. Il devait continuer.

Harry aperçut Fenrir Greyback, à quelques mètres de son filleul. Une étrange barrière magique brillante entourait Teddy et les autres membres de sa meute, empêchant le loup-garou ennemi d'approcher plus qu'il ne l'était déjà. L'ancien auror ne se laissa pas le temps de réfléchir et dégaina sa baguette. Fenrir détala dès qu'il remarqua sa silhouette, un sourire moqueur sur la face.

Harry l'aurait sans doute chassé s'il ne s'inquiétait pas pour Teddy. Il s'arrêta et se retourna sur les corps au sol. Timothy saignait beaucoup mais semblait en vie. Jane et Henri, au sol, étaient nus, épuisés par leurs combats. Teddy ne semblait pas mieux au point. Son corps anguleux et musculeux était parcouru de tremblements et luisait alors qu'une étrange force magique s'échappait de lui.

C'était sans doute Teddy qui avait créé cette mesure de protection. Harry ne voulait pas réfléchir aux raisons expliquant cette capacité. Il voulait juste aider ces enfants. Il posa sa main sur la barrière magique aux poussières incandescentes qui frémit à son contact.

« Teddy, laisse-moi entrer. Il faut que je vous aide à sortir de là ! Timothy a besoin d'aide. »

À son plus grand soulagement, une brèche s'ouvrit pour le faire pénétrer à l'intérieur.

Le sorcier mit les pieds dans cette bulle de protection créée par Teddy. Il s'assura que ses deux amis respiraient encore. Heureusement, Jane et Henri étaient sous le choc, mais n'avaient pas de blessures profondes. Henri ouvrit les yeux avec peine et suivit ses instructions pour diminuer l'hémorragie de Timothy, les mains tremblantes. Jane était presque muette. Elle frémissait, alors qu'elle se relevait, le corps parsemé d'hématomes.

Une part de Harry était effondrée à la vue de ces enfants qu'il avait vu grandir, jeter dans les atrocités d'un combat injuste.

Il resta néanmoins de marbre pour pouvoir gérer la situation au mieux.

«Il va falloir que vous vous accrochiez à moi. Je vais nous faire transplaner. Je vais chercher Teddy. » expliqua Harry.

Son filleul était toujours entouré de cette lueur magique, ses pouvoirs incontrôlables alors que ses deux yeux dorés brillaient tels des astres éparses. Harry craignait que Teddy ait développé un Obscurus à cause de cette répression de pouvoirs. Était-il un sorcier depuis tout ce temps ? Comment était-ce possible ? Toutes ces questions l'inquiétaient mais Harry se souciait surtout de sa sécurité à cet instant.

La présence de Fenrir qui charriait son lot de souvenirs affreux, il y penserait plus tard. Il tenta de toucher son filleul, qui ne se déroba pas à son contact. Teddy était sous le choc. Ses cheveux bleu ciel avait retrouvé leur couleur naturelle.

« Teddy, il faut rentrer… déclara avec tristesse Harry.

— Je… j'ai peur Harry… » murmura le jeune homme, brisé.

Son parrain le prit par les épaules pour qu'il rejoigne leurs proches. Pour sauver ce qui pouvait encore l'être.


Ron avait réussi à défaire l'étrange loup aux pouvoirs magiques. Il tremblait au sol, à la merci de sa baguette magique. Lorsqu'il se détransforma, inconscient, l'auror ne put réprimer l'exclamation de surprise qui le prit. L'un des loups qui avait ravagé la clairière et tué bon nombre des membres de la meute de Timothy, n'était pas un inconnu. Ronald connaissait son visage. Il l'avait passé en revue. Sa photographie trainait sur un de ses tableaux de travail depuis des semaines. C'était l'une des premières disparitions. Face à lui se tenait Albion Walker, l'un des premiers cracmols à avoir disparu dans des circonstances mystérieuses.


Un terrible accident avait eu lieu près de la baie. Des domaines de construction s'étaient effondrés et il y avait eu une trentaine de blessés. Parmi eux, le frère de Grace et l'un de ses amis, Will. Ayaba avait à peine pris le temps de se changer pour rejoindre son amie à l'hôpital. Ce qui l'avait le plus surprise était d'avoir été prévenue par sa cousine Omilaye, qui lui avait expliqué, encore sous le choc, cette histoire d'ombres. Des ombres magiques malfaisantes avaient provoqué l'accident.

Lorsqu'elle arriva à l'hôpital et qu'elle croisa Grace, atterrée, au téléphone avec Zaynab, Ayaba ne prit pas le temps de s'expliquer et la serra dans ses bras.

La souffrance de Grace peinait Ayaba parce qu'elle savait qu'elle ne pouvait rien pour elle qu'attendre et écouter ses prières. Elle ne savait pas ce qui se serait passé si Omilaye n'avait pas enfreint les règles pour les sauver tous les deux. Nick était allongé dans des draps trop blancs et se fut un miracle lorsqu'il se réveilla quelques instants après Will. Le genre d'instant digne d'un sort. Peut-être que les prières de Zaynab n'avaient pas été si inutile. Peut-être bien qu'elles revêtaient quelque chose. Quelque chose que la sorcière ne pourrait jamais toucher ou effleurer.

Les larmes de joie de Grace alors qu'elle serrait son frère dans ses bras touchaient Ayaba d'une façon tout à fait singulière et intime. La sorcière avait envie de pleurer avec elle. Dans cette bulle de joie et de soulagement belle à en éclater, une ombre étrange ternit malgré tout ce tableau.

Un cri de désespoir qui venait d'ailleurs et qui résonnait dans sa tête. La douleur de son âme-soeur. Et lorsque la magie ou l'esprit d'Ayaba essaya de l'atteindre, elle ne tombait que sur du vide. La sorcière n'essaya pas d'aller plus loin. Elle ne voulait pas que ce lien l'empêche de partager cet instant précieux avec sa meilleure amie et les gens qu'elle aimait.

Ayaba accepta le silence de son agonie. Mais alors qu'elle espérait que la détresse d'Edward s'éloigne d'elle, elle eut l'impression qu'une part de ses pouvoirs fut absorbée dans le processus. Elle s'écrasa sur l'un des sièges.

Heureusement, l'énergie du soulagement envahissait toute la pièce. Les rires mêlés aux larmes de la famille de sa meilleure amie englobaient tout et permit à la sorcière de dissimuler son malaise.

Ayaba regarda par la fenêtre. Et sa surprise fut grande lorsqu'elle remarqua le pauvre petit oiseau qui s'était écroulé, mort au bord de celle-ci. Mue par la peine, elle saisit le cadavre dans sa main. Il était encore chaud et une étrange énergie magique semblait traverser ses plumes. L'akalat à tête noire avait les yeux injectés de sang.


Deux jours après l'accident qui s'était finalement bien terminé, se profila enfin le grand jour. Le jour de la prise des fonctions des quatre nouveaux prêtres du temple d'Orunmila. Il s'agissait du jour où l'orisha accepterait ou non leur demande et leur accession à cette fonction si importante. Toute la famille était en ébullition. Ils devaient accompagner Famuyiwa au Temple et lui apporter leur soutien. Une bonne partie de la cité serait présente. C'était si stressant. Habituellement, Ayaba regardait l'événement de loin, dans le public. Jamais elle n'aurait cru finir par être une des familles sous le feu des projecteurs pour présenter l'un des siens. Elle était angoissée et en même temps fière de Famuyiwa. Elle avait toujours été douée et travailleuse. La sorcière espérait vraiment qu'Orunmila ne la rejetterait pas. Et qu'elle-même ne ridiculiserait pas la cérémonie de sa cousine en faisant une bourde devant des centaines de personnes.

Ayaba portait une tenue traditionnelle Yoruba pour l'occasion. La même que ses cousines et sa tante pour que toute la famille soit assortie au couleur de l'opele de Famuyiwa : du bleu. L'iro d'Ayaba était coupé parfaitement et retombait sur ses chevilles tandis que sa buba recouvrait sa poitrine. La couturière avait fait un travail de grande qualité. Elle plaça son châle en aso-oke sur son épaule et cacha derrière celui-ci sa baguette magique. L'idée d'Omilaye de rajouter sur le tissu un élément pour accrocher sa baguette était salvatrice. Ayaba remit en place son opele rubis autour du cou avant de placer le magnifique gele au tons saphir autour de sa tête tressée pour l'occasion.

En vérifiant que sa baguette tenait bien avec ce petit stratagème, la sorcière repensait à celle qui s'était agitée dans son placard la nuit dernière. Le jour de l'accident, Ayaba n'avait pas bien dormi. Elle s'était réveillée en sueurs après une nuit agitée et avait retrouvé la baguette sortie de son étui, brûlante comme une torche. Le lien avec Edward qui l'empoisonnait s'était agité d'une manière inédite et Ayaba avait à peine pu fermer l'œil. Elle aurait pu essayer de contacter le loup-garou pour découvrir ce qui le tracassait autant mais elle avait ses propres affaires à régler.

Comme soutenir sa meilleure amie soulagée mais ébranlée par l'accident étrange de son frère. Ou encore accompagner sa cousine mieux que ce qu'elle ne l'avait jusque là et ne pas gâcher l'un des jours les plus importants de sa vie par exemple. Famuyiwa lui ouvrit la porte en coup de vent, rayonnante et soucieuse. Elle lui tendit son portable et Ayaba ne fut pas surprise d'entendre la voix de ses parents :

« Aya, n'oublie pas nos énergies magiques qu'on a conservé dans la boite pour la cérémonie, dit sa mère.

— Oui j'ai pas oublié… s'agaça la jeune femme.

— Bref, repasse à ta cousine ! Faut que je lui dise à quel point c'est la meilleure ! » déclara son père.

Ayaba lui retendit le téléphone et perçut les bougonnements de Famuyiwa qui demandait à son père beaucoup trop fier de ne pas lui mettre la pression. Cela amusait Aya. Famu avait toujours du mal à recevoir des compliments alors qu'elle était incroyable.

Après un pause maquillage nécessaire, il fut temps de partir au temple. Sa tante était si anxieuse qu'elle passa plusieurs fois sur leur tenue et leur visage pour s'assurer que rien ne dépassait. Leur oncle tenta de détendre l'atmosphère avec ses blagues lourdes mais salvatrices et toute la famille se rendit ensemble au temple d'Orunmila.


Le parvis du temple était déjà bondé. Tout le monde les observait alors qu'ils étaient invités à passer par une autre entrée. Ayaba entendait à peine les encouragements, les félicitations et les souhaits de bonne chance entonnés par des connaissances ou des inconnus. Elle était si angoissée à l'idée de faire une bourde. À cette cérémonie, il n'y aurait pas uniquement les éminents membres du temple d'Orunmila mais également les deux reines du royaume et une partie de la garde les accompagnant. Deux membres du Conseil des Anciens seraient présents à leur tour.

Tout ce beau monde assisterait à la cérémonie et observerait chacun des membres de la famille. Ayaba ne devait pas faire de bêtise. L'ancienne famille de sa grand-mère, les Babatunde, n'avait jamais joui d'une bonne réputation. Sa grand-mère était suspicieuse à raison. C'était une des anciennes armes de guerre de l'Ancien Régime. Elle s'était enfuie après la mort tragique de son mari et l'homicide étrange de toute sa famille. Elle avait enchaîné les conquêtes de manière louche en s'enrichissant. C'était une tueuse et si elle avait osé commettre ses méfaits dans le royaume aujourd'hui, elle aurait déjà été exécutée depuis longtemps. C'était une chance que Famuyiwa ait hérité du nom de sirène d'Ayo, sa mère. Malgré tout, sa cousine gardait un lien avec Eniola, et Ayaba ne voulait pas lui faire honte.

Toute la famille avait été installée sur des sièges surelevés aux yeux de tous, derrière le podium et le cercle de cérémonie. Quatre assises du même style avait été mis en place pour chacun des aspirants.

La zone réservée à Enitan était vide. C'était vraiment dommage que seuls les membres de la famille de sang puissent y siéger. Aya l'avait toujours pensé. Cela rendait plus triste ceux qui n'en avaient plus par choix ou par les contraintes injustes de l'existence. Elle aperçut Enitan, sur son fauteuil magique flottant, serrer une dernière fois la main de Joseph avant de rire à l'une de ses blagues. Le prêtre du temple d'Eshu était vraiment adorable avec lui et Ayaba avait toujours du mal à accepter qu'il ne puisse prendre place sur les sièges vides. Famuyiwa rejoignit ses meilleurs amis. Ils discutèrent quelques instants avant que l'albinos et Famuyiwa laissèrent Joseph pour se préparer de leur côté. Lorsqu'il aperçut Ayaba, Joseph lui fit un signe de tête, avant de prendre sa place au premier rang du public avec d'autres amis d'Enitan et Famuyiwa.

Après une attente interminable due à un retard de la couronne, la cérémonie débuta enfin. Lorsque toute la famille fut appelée pour offrit leurs énergies magiques, Ayaba trembla mais ne fit aucune faute notable. Elle ignora le regard surpris de la prêtresse en chef lorsqu'elle sortit sa baguette pour offrir son essence et retourna à sa place.

Enfin, les appels commencèrent.


Ayaba était soulagée. Toute la foule et sa famille en liesse alors que Famuyiwa, la dernière aspirante avait été acceptée à son tour. Ce type de prouesse était rare. Famuyiwa était magnifique après sa sortie de cette communion magique. Enfin, elle était prêtresse. Ayaba avait les larmes aux yeux. La reine invita les quatre nouveaux prêtres à s'agenouiller en face d'elle. La femme d'une cinquantaine d'années étaient rayonnante dans son aso oke argent qui scintillait et éblouissait tout. Elle avait dans ses mains quatres palettes en bronze appartenant à la famille royale. Cadeau honorable et symbole de reconnaissance de la part des dirigeants qui s'en remettraient à eux pour les visions plus importantes. Ces palettes étaient des rappels de leur rôle éducatif et de guide que les oracles auraient auprès de tous les sorciers liés à Orunmila et plus généralement auprès de toute la communauté.

La deuxième femme du roi murmura des mots à chacun des nouveaux prêtres tandis qu'elle se penchait pour leur offrir son présent. Famuyiwa fut la dernière à recevoir ses honneurs. Les deux femmes et les deux hommes se retournèrent alors comme un seul corps pour faire face à la foule allègre. La musique festive commençait déjà à raisonner à l'extérieur.

La reine sourit avant de frapper des mains afin de pouvoir faire son discours de clôture :

« Peuple d'Ife. Veuillez ovationner nos quatre jeunes gens. Orunmila a accepté de leur donner accès à eux-mêmes et à un savoir toujours incertain. Que leur prise de poste et leur vie soient emplis de sagesse et qu'ils versent leurs connaissances et leur amour sur notre peuple tout entier. Acceptez ce témoignage d'amour de tous, jeunes oracles et faites les fructifier pour le bien commun. En ces temps changeant et difficile, il n'y a rien de plus important que… »

La reine se figea alors d'un seul coup. Et son visage se pétrifia d'horreur. Ses yeux virèrent au rouge et sa peau devint cendré, se vidant de ses couleurs chaudes. « FATUMBI NE VOUS LAISSERA JAMAIS ! » hurla-t-elle dans un état second. Des ombres s'échappèrent de son dos avant de transpercer sa poitrine. Un cri déchirant s'échappa de l'aristocrate sous l'horreur de la foule et les gardes se précipitèrent vers elle. La première épouse du Roi vociférait des ordres pour maintenir le calme, bouleversée. Des yeux de la femme inconsciente s'échappaient des larmes de sang.

La deuxième reine était tombée, sous les yeux de tous. Il n'était plus possible de cacher la présence des ombres qui l'avaient emportée. Ni de jeter dans l'oubli le nom de Fatumbi.