Chapitre 2
La première visite à Emily s'était faite dans un étrange brouillard. Avant même qu'ils ne commencent enfin à bouger, ils étaient tous restés prostrés au moins cinq minutes, décontenancés par les nouvelles qu'ils venaient de recevoir. Finalement, ils s'étaient tous regardés, se demandant comment ils allaient procédés. Le docteur Manford avait raison sur un point, il était difficile de savoir comment gérer toute cette situation lorsqu'on était soi-même concernés. Ils avaient évalués toutes les réactions qu'Emily pourraient avoir, toutes les possibilités qui seraient le moins perturbante pour elle sans être, pour la première fois, sûrs de ce qu'ils faisaient.
Après sept mois de séquestration et de tortures, ils devaient rester prudents et attentif à leur propre comportement. Ils pensaient en avoir l'habitude avec leur métier, au final, c'était loin d'être aussi facile. Par sécurité, ils avaient, pour commencer, décidés d'alterner leur visite. C'est pourquoi JJ et Reid furent les premiers à aller voir Emily, jugés moins « inoffensifs » que Hotch ou Morgan, qui avaient tout du type « mâle dominateur » et Rossi ou Garcia dont l'un avec sa froide distance pouvait rendre nerveux et l'autre, bien que douce et adorable finissait sensiblement par faire ressentir la même émotion.
Inspirant profondément, JJ hocha la tête, signifiant à Reid de pousser la porte pour entrer. Cependant, aussi préparés qu'ils avaient pu l'être, ils n'avaient pas complètement mesurés les paroles du docteur Manford. Evidemment, aucun des deux ne s'étaient attendu à trouver devant eux la femme qu'ils avaient connu mais, ils avaient bêtement idéalisé ce moment dans leur mémoire, imaginant à longueur de temps pendant ces sept dernier mois, l'instant où ils la reverrait. Cependant, bien qu'ils soient tous les deux formés à ce genre de situation, ils restèrent paralysés une seconde face à la silhouette étendu sous les couvertures du lit devant eux.
Du mouvement se fit et cela les tira de leurs pensées. Ils portèrent leur attention sur l'infirmière présente, qui les rejoignit après avoir vérifié les constances de sa patiente. Elle leur adressa un léger sourire.
- Bonjour, souffla-t-elle doucement. Je suis Lisa. Je m'occupe d'Emily la journée.
JJ lui accorda qu'un vague coup d'œil, ayant du mal à décrocher son regard de la forme dans le lit. Elle attendit à peine Reid répondre à l'infirmière avant que cette dernière ne quitte la pièce. Le docteur Manford les avait prévenus, mais le cœur de la blonde se serra douloureusement dans sa poitrine. Après sept mois de séquestration, JJ ne savait pas ce qu'elle avait réellement espéré. Elle s'approcha doucement du lit, sans aucun geste brusque, le souffle court, anticipant la moindre réaction qu'elle pourrait causer à Emily.
Combien de victimes avait-elle vu défiler devant ses yeux ? Bien trop, pourtant, aucune n'aurait pu la préparer à ça. Elle s'approcha en silence du lit, ses yeux ne lâchant jamais de vue le corps devant elle. Emily, bien qu'elle semblait endormie, avait un sommeil agité.
- L'infirmière nous dit que nous pouvons nous approcher. Les drogues commencent à disparaître de son organisme et elle est en train de reprendre doucement pied avec la réalité.
La voix de Reid à ses côtés la tira brutalement de ses pensées. JJ avait presque oublié sa présence. Elle tourna brièvement la tête vers lui, avant de reporter aussitôt son attention sur Emily.
- J'ai…. J'ai tellement peur de lui faire plus de mal, souffla-t-elle difficilement.
- Nous devons juste y aller doucement. Elle réagit mal aux gestes brusques, mais ça va aller. Elle a besoin de nous, maintenant plus que jamais.
- Je sais, répondit JJ.
Elle détailla des yeux la forme étendue sous les couvertures. Si elle ne savait pas que c'était Emily, elle aurait bien pu ne pas la reconnaître. Dans ses souvenirs, la brune était une femme charismatique, belle, pleine d'assurance. Grande, élancée, parfois altière, qui cachait pourtant une profonde douceur. Mais, la femme face à JJ était tout le contraire. Le docteur Manford avait parlé de malnutrition, de déshydratation, de blessures, mais elle avait la désagréable impression que ces mots avaient minimisés l'ampleur de l'état d'Emily.
Le teint de la brune, autrefois laiteux, était maintenant grisâtre, maladif. Des cernes noirs entouraient les yeux enfoncés dans leur orbite au milieu d'un visage émacié. La ligne de sa mâchoire était distincte, suivie d'un cou rattaché à une clavicule saillante, qui donnait sur un bras blanc, que la maigreur avait presque rendu translucide. Les veines bleues se détachaient en courbe sous la peau fine et fragile. Elle avait perdu en masse pondérale autant que musculaire et JJ comprenait à présent, pourquoi le docteur Manford avait mentionné que cela allait être difficile de lui faire suivre un régime alimentaire.
Un léger gémissement lui parvint et JJ fut tirée de ses pensées, quittant des yeux les blessures et les hématomes qui s'étendaient des poignets au visage. Des marques de strangulations entouraient sinistrement le cou d'Emily, d'une couleur violacé, qui contrastait atrocement sur la peau blanche. Une rage étouffante pris JJ à la gorge, mais elle serra les dents, concentrant toute son attention sur la brune qui s'agitait doucement. La blonde s'avança jusqu'à pouvoir frôler du bout des doigts la main hors des couvertures. JJ se rétracta une seconde, le cœur battant, alors que la brune remuait de plus en plus.
Emily papillonnait des yeux, fronçant les sourcils. Ses mains se serraient et se desserraient en poing, son souffle se perdant dans une respiration irrégulière. Désireuse de la rassurer, JJ voulue attraper la main de la brune, mais elle se recula aussitôt alors qu'Emily bondissait de terreur au simple effleurement. Elle ouvrit brusquement les yeux, faisant naviguer un regard terrifié autour d'elle. La machine reliée à elle commença à émettre un bruit strident, s'emballant furieusement sous la panique croissante de la brune. JJ repris rapidement ses esprits. Elle ne pouvait pas se permettre d'être choquée, il fallait qu'elle agisse. Qu'elle fasse quelque chose pour l'aider, l'apaiser.
- Emily, articula-t-elle le plus doucement possible. Calme-toi. Tu es en sécurité.
Cela n'eut aucun résultat. Le souffle de la brune se précipita encore alors qu'elle tournait la tête à droite et à gauche, désorientée. La porte de la chambre fut brusquement ouverte, dévoilant l'infirmière, Lisa, qui courait vers elle, une seringue de calmant prête à l'emploi entre les mains. Reid, qui était resté en retrait et silencieux jusqu'à présent, l'arrêta aussitôt et s'approcha finalement du lit d'Emily.
Il ne savait pas vraiment quoi faire, même s'il avait un palmarès de doctorat et quotient intellectuel de cent quatre-vingt-sept. Etant un homme, il avait préféré se tenir à l'écart, mais voir son amie, la femme qu'il avait toujours considérée comme une sœur, en pleine détresse le poussait à agir pour tenter quelque chose… n'importe quoi. JJ essayait de l'apaiser avec sa voix, tentant de ramener la conscience de la brune parmi eux, toutefois, il était évident que la nervosité qui habitait la blonde se répercutait sur Emily, aggravant son état de panique.
Cette dernière, toujours groggy par les médicaments, commença à s'agiter de plus en plus. Elle chercha une prise autour d'elle. Désorientée, ses yeux ne se fixaient sur rien. Elle voulue se redresser, quitter son lit, s'éloigner, mais JJ l'en empêcha. Le souffla d'Emily se fit plus court, plus rapide. Elle se débattit contre les mains de la blonde qui la retenaient, suffoquant presque de terreur. Ses jambes battirent l'air, envoyant valser les couvertures au sol. Son corps s'arqua pour s'éloigner de la prise qui la restreignait et à cet instant, un cri aigue, que ni Reid, ni JJ n'avaient jamais entendu auparavant, passa la barrière des lèvres d'Emily.
Reid prit alors rapidement les choses en mains. Tandis que la brune continuait de hurlait de terreur en se démenant contre JJ, il intima à l'infirmière de fermer la porte avant de rabattre les lourds rideaux sur les fenêtres de la chambre. La pièce fut brusquement plongé dans une semi pénombre, ne laissant filtre que quelques rayons de soleil. Ensuite, il s'avança jusqu'au lit, échangeant un regard avec JJ, avant de s'assoir sur le lit. Avec assurance, il enferma délicatement mais fermement les avant-bras d'Emily entre ses grandes mains, bloquant toutes attaques de sa part.
La brune dût certainement sentir la différence de poigne, car cela attira aussitôt deux prunelles noires et brillantes sur lui. Des prunelles qui lui avaient tant manquées, mais qui lui firent tellement mal alors qu'elles ne lui adressaient que de la terreur. Elle s'immobilisa, contrainte et forcée, probablement conditionnée après avoir passé sept mois à subir les tortures d'un homme qui utilisait sa force pour lui faire du mal. Finalement, elle fronça les sourcils avant que son attention se perde à nouveau, son corps se tendant durement, attendant certainement la douleur d'un coup… ou peut-être bien autre chose encore, pensa Reid, son estomac se révulsant à cette idée.
Cependant, bien que ça fût bref, cela suffit à Reid pour comprendre que, même si elle était profondément traumatisée, le problème actuel venait de son esprit, qui avait du mal à dissocier la réalité des souvenirs qu'elle avait vécu. Elle chercha à fuir son regard, sa poigne, tortillant son corps maigre contre le matelas dans l'espoir de se faufiler comme une anguille, des larmes coulant de ses yeux inondaient ses joues. De lourds sanglots la secouaient, passant la barrière de sa gorge abîmée par l'étranglement qu'elle avait surement subit quelques jours auparavant.
- Regarde-moi ordonna-t-il d'une voix douce.
Elle ne lui obéit pas, complètement perdue dans son esprit, mais il continua :
- C'est moi. C'est Spencer, Emily. Tu te souviens de moi ? C'est Spencer, Emily.
Cela eut l'air de l'atteindre. Elle s'immobilisa une seconde avant de remuer à nouveau, mais son regard était maintenant fixe. Alors il répéta cette phrase, encore et encore. Après une minute, elle tourna enfin la tête vers lui et il lui adressa un léger sourire, relâchant doucement la prise qu'il avait sur ses bras.
- C'est ça… regarde-moi, Emily. C'est spencer. Tu es en sécurité, à l'hôpital. Je suis avec JJ. Tu te souviens de JJ ? Tu es avec nous, en sécurité.
Il savait qu'il répétait les mêmes choses, comme s'il s'adressait à une enfant, mais il savait aussi que face à une victime de séquestration et de torture, la première chose à faire était de trouver une façon pour rassurer la personne. Lui montrer avec patience qu'elle était, maintenant, en sécurité. Au bout d'un moment, Emily s'immobilisa complètement. Son souffle court et rapide s'atténua, retrouvant un rythme lent. Reid lâcha alors ses bras et se redressa, gardant toutefois le contact avec son regard. Doucement, pour ne pas l'effrayer davantage, il glissa tendrement une main sur sa joue. Emily eut un sursaut mais, alors qu'elle avait les yeux plongés dans ceux de Spencer, elle se calma aussitôt.
JJ resserra sa prise autour de la main qu'elle tenait, attirant finalement l'attention de la brune sur elle. Après sept mois d'enfer, à ne pas savoir ce qu'était devenue Emily, à imaginer ce qu'elle avait pu endurer, elle rencontra enfin les grand yeux noir de cette dernière. Un regard ouvert, écarquillé par la peur, hanté par l'horreur. Un regard qui, malgré tout, lui avait tellement manqué qu'elle ne put retenir une larme de glisser le long de sa joue. Elle esquissa un petit sourire, caressant du pouce le dos de la main aux os saillant.
- C'est JJ, Em, dit-elle doucement. Tu es avec nous, tu es en sécurité.
Emily eut besoin de quelques secondes pour assimiler ce qui se passait, puis elle finit par hausser légèrement les sourcils, semblant prendre réellement conscience de sa situation. Elle ouvrit la bouche, inspirant, désirant visiblement dire quelque chose mais, à la place, elle expira, s'effondrant en sanglot. Instinctivement elle s'ôta du contact de Reid pour rechercher celui de la blonde. Le jeune homme se recula un peu plus, comprenant. Il avait déjà eu la chance de pouvoir s'approcher bien plus près d'Emily qu'il ne l'aurait imaginé après ce qu'elle avait vécu. Une chance qu'il n'était pas certain que Hotch, Morgan ou Rossi n'aient en tant que figure de mâle dominant. Pour la première fois de sa vie, le génie remerciait son physique et son tempérament doux et chétif, lui permettant de venir en aide à sa meilleure amie. JJ leva son regard vers lui. Ils échangèrent un regard rapide avant que JJ ne prenne plus d'assurance. Elle grimpa sur le lit, se glissant contre le corps maigre et affaiblit, accueillant la brune dans ses bras. La blonde ne désirait qu'une chose : soulager la souffrance d'Emily. Cette dernière sembla se fondre dans l'étreinte, les épaules secouées par les pleurs violents qui la traversaient. JJ resserra sa prise autour d'elle. Elle glissa une main dans les longues mèches noires, pressant fermement le visage de la brune contre son cou. De l'autre, elle entoura la taille, enfermant la femme qu'elle aimait dans une forte étreinte, essayant de lui apporter autant de chaleur, de sécurité et de réconfort que possible. Elle entendit vaguement la voix de Reid, s'adressant à l'infirmière, qui était restée présente au cas où qu'elle doive agir rapidement pour calmer sa patiente.
- Plus de drogues ! s'exclama-t-il doucement. La prise de médicaments altère sa perception. Elle mélange souvenirs et réalité, ça ne l'aide pas.
- Ça la calme lorsque nous n'y arrivons pas. Surtout avec les cauchemars, répondit Lisa.
- Nous ferons en sorte qu'elle ne soit jamais seule, mais plus de drogues tant que cela n'est pas une nécessité, répliqua Reid.
JJ n'entendit pas la réponse de l'infirmière, ne prêtant plus attention à rien d'autre qu'a la brune entre ses bras qui, après quelques secondes, finit par s'accrocher à elle de toutes ses maigres forces. La blonde ferma les yeux, resserrant encore sa prise, remerciant n'importe quel dieu qu'elle puisse enfin la tenir, à nouveau, contre elle en vie. Elle se promit que plus jamais elle ne laisserait quoique ce soit lui arriver, même si cela devait lui coûter tout ce qu'elle avait.
oOo
JJ et Reid restèrent une heure, silencieux, écoutant seulement la respiration d'Emily se calmer avant qu'elle ne s'endorme enfin. Les deux profileurs se regardèrent, sachant qu'ils devaient quitter la brune pour se rendre au poste de police, où les attendait l'inspecteur Collins.
- Tu crois que ça va aller ? demanda JJ, inquiète, alors qu'ils fermaient la porte de la chambre derrière eux. Si elle se réveille, elle sera toute seule.
Ils traversaient le couloir du service, atteignant l'ascenseur lorsque Reid lui répondit :
- Les drogues dans son système ont presque disparues. Je leur aie dit de ne pas lui en administrer à nouveau si cela n'est pas une nécessité. Quand elle se réveillera, elle devrait être plus consciente de son environnement.
- Mais elle sera quand même seule et probablement terrifiée, contra JJ.
Reid ne répliqua rien, pénétrant dans l'ascenseur à la suite de la blonde. Il appuya sur le bouton du réz de chaussée, tous les deux soucieux de l'état de la brune.
- Plus vite nous nous dépêchons de nous entretenir avec cet inspecteur, plus vite nous pourrons revenir à son chevet, déclara Reid.
JJ ne put qu'hocher la tête, désirant déjà que tout cela soit finit pour qu'elle puisse retourner auprès d'Emily. Son cœur était serré alors qu'elle n'arrivait pas à oublier le son atroce des sanglots et des cris qui avaient secoué la brune. JJ ne voulait pas être absente si cela devait se reproduire. Cependant, ils n'avaient pas le choix. L'inspecteur Colins voulait leur parler à tous et, il était évident après leur entrevue avec le docteur Manford, que ce que l'autre homme avait à leur dire était sérieux.
Ils finirent le trajet en silence, tous les deux plongés dans leurs propres pensés. Ils retrouvèrent leurs amis au commissariat, ces derniers les attendant parmi les autres inspecteurs. Si, au premier abord, ils donnaient l'impression d'être tranquille, JJ et Reid, eux, ne manquèrent pas les corps tendus et nerveux qui les accueillis. Morgan fut le premier à les remarquer et il se jeta presque sur eux lorsqu'ils furent à leur hauteur.
- Alors ? Comment va-t-elle ? demanda-t-il vivement.
Les deux plus jeunes profileurs se regardèrent avant de reporter leur attention sur leurs amis. Garcia, bien que toujours silencieuse, les yeux et les joues rougies par les nombreuses larmes qui avaient coulées, les observait chacun leur tour nerveusement. Hotch et Rossi, plus mesurés, étaient toutefois pendus à leurs lèvres et JJ déglutit tandis que Reid soupirait doucement.
- Comme nous la décrite le docteur Manford, répondit ce dernier. Je leur ait dit d'arrêter de lui administrer des médicaments, cela altère sa perception et elle était endormie lorsque nous sommes partis.
Morgan acquiesça, comprenant, à leur visage, que ça avait dû être aussi terrible qu'ils ne l'avaient imaginé.
- Est-ce qu'elle a dit quelque chose ? questionna Hotch.
- Non, souffla JJ, la gorge nouée. Elle était trop terrifiée.
Tous restèrent silencieux, chacun pensant à leur amie qu'ils n'avaient pas encore vue. Après une minute, la blonde se racla la gorge, reprenant une contenance.
- Qu'attendons-nous ? demanda-t-elle. J'aimerais en finir au plus vite et éviter de la laisser seule trop longtemps.
- L'inspecteur Colins attendait que vous arriviez, lui répondit Rossi.
La blonde acquiesça, son esprit partant vers Emily, toujours angoissée à l'idée de ce qui pourrait arriver pendant son absence. Elle croisa les bras sous sa poitrine, serrant fortement la prise de ses mains autour de ses biceps. Elle rongea son frein, se demandant quand l'homme allait enfin se montrer. Elle s'agaçait du temps qu'il leur faisait perdre mais, avant qu'elle ne puisse dire quoique ce soit, elle vit arriver un homme, brun, petit mais de musculature robuste. Il s'avança jusqu'à eux de manière déterminée, son visage rond à la mâchoire carrée arborait un air fermé. Une fois à leur hauteur il les salua un hochement de tête, les sourcils froncés sous un air sévère.
- Je suis l'inspecteur Colins, articula-t-il d'une voix grave. Merci d'être venus. Je sais que vous voudriez être ailleurs, mais c'est important d'en finir avec ça rapidement.
- Que voulez-vous savoir inspecteur ? demanda Hotch d'un ton ferme.
Colins soupira puis les enjoignit à le suivre d'un signe de tête. Il fit demi-tour, se dirigeant vers une pièce du fond, récupérant au passage sur l'un des bureau, un dossier marron. Ils le suivirent instinctivement et pénétrèrent la pièce chacun leur tour. L'inspecteur ferma la porte derrière Rossi, qui fut le dernier.
- Prenez place, leur dit-il, pointant les chaises autour d'une large table de la main qui tenait le dossier.
- Nous aimerions que ça soit bref, rétorqua Reid, préférant se placer devant la seule large fenêtre de la salle.
- Je comprends, mais je me dois de vous poser quelques questions.
Malgré leur mécontentement, ils comprirent que l'homme n'avait pas le choix. Ils connaissaient tous le métier et ils prirent chacun place. Morgan, Garcia et JJ s'assirent autour de la table tandis que Hotch et Rossi restaient debout de l'autre côté. L'inspecteur Colins s'installa au bout de la table, englobant chacun d'eux de son regard vert. Il posa le dossier face à lui, croisant ses mains dessus.
- Bien, commença-t-il, Emily à disparue depuis sept mois, c'est ça ?
Ils restèrent tous silencieux, chacun se remémorant le jour où on leur avait annoncé la disparition de leur amie. Le corps tendu, ils acquiescèrent brièvement, laissant Colins poursuivre ses questions.
- Avez-vous des souvenirs de cette journée-là ?
- Quelle question c'est ça ! râla Morgan. Bien sûr que nous nous souvenons cette journée !
- Morgan, temporisa Hotch.
- Pourriez-vous me raconter ce dont vous vous rappelez ?
Si Hotch et Rossi restèrent stoïque, Morgan et Reid s'agacèrent alors que Garcia semblait se dégonfler sur sa chaise. JJ, quant à elle, s'enfonça dans son siège, jetant un bref coup d'œil vers la technicienne. Ils le remarquèrent tous et ils savaient que raviver les souvenirs de la disparition d'Emily ruinerait le peu de sérénité qu'ils restaient entre les deux jeunes femmes. Finalement, c'est la voix de JJ qui résonna. Elle frotta son front et soupira doucement avant de commencer, la voix enrouée par l'émotion.
- Nous revenions d'une longue enquête. Nous sommes rentrés au bureau pour faire nos rapports avant de partir pour un long week-end.
La voix de JJ s'éteignit alors qu'elle déglutissait, ayant du mal à poursuivre. Rien que de se souvenir de cette journée, qui avait précédé la disparition de la femme qu'elle aimait était plus difficile qu'elle n'y avait pensé, alors que maintenant, elle imaginait ce que la brune avait dû vivre. Cela lui donnait encore plus envie de quitter cette pièce et de courir rejoindre Emily.
- Ensuite ? demanda Colins. Est-ce que quelque chose de notable c'est passé ? Était-elle différente des autres jours ?
- Non, grogna presque Morgan. Nous sommes partenaires. Je suis resté avec elle toute la journée et tout était… comme d'habitude.
Colins acquiesça. Il tapota vaguement le dossier du bout d'un index.
- L'avez-vous vu avant qu'elle ne soit enlevée ? questionna l'inspecteur d'une voix blanche.
- Oui, répondit Garcia, intervenant pour la première fois dans la conversation. Le samedi soir. Nous… nous nous sommes retrouvées pour une soirée entre filles. C'est… C'était l'anniversaire… d'Emily…
Garcia se tut, la gorge nouée par des sanglots qu'elle retenait difficilement. Morgan l'attira contre lui, enroulant un bras autour de ses épaules pour la soutenir.
- Vous n'étiez que toutes les deux ? questionna Colins, indifférent au chagrin qui secouait la jeune femme.
Il récoltât plusieurs regards noirs, mais il les ignora, désirant mener cet interrogatoire jusqu'au bout le plus rapidement possible.
- J'étais avec elles, répondit JJ d'une voix lointaine. Elle… Emily, elle ne voulait pas fêter son anniversaire alors, nous lui avons fait une petite surprise. Garcia y tenait plus que tout, rétorqua-t-elle, une brin acide dans son ton, que si l'inspecteur ne le releva pas, ses amis, eux, oui.
- Vous êtes allées quelque part ?
- Oui, acquiesça la blonde. Nous sommes restées très simples. On la traînée jusqu'à son restaurant préféré avant de finir la soirée dans un bar.
Cela eut l'air d'interpeller l'inspecteur Colins, qui releva la tête vers la jeune profileuse.
- Le nom du bar ? demanda-t-il.
JJ fronça les sourcils, confuse, ayant du mal à s'en rappeler.
- L'enchanteur, répondit Garcia, à sa place, la voix tremblante. C'est moi qui l'aie proposé. Il était nouveau. Ça ne faisait que quelques mois qu'il avait ouvert ses portes.
Colins acquiesça, pinçant ses lèvres. Il s'enfonça dans sa chaise, regardant les deux femmes en face de lui chacune leur tour. Il hésita une seconde à poursuivre. Il était maintenant question de rentrer plus dans le vif du sujet et, cela était d'autant plus gênant qu'il avait en face de lui des personnes qui connaissaient le métier.
- Est-ce que la soirée c'est bien passé ? interrogea-t-il, commençant doucement.
- Que voulez-vous dire ? demanda JJ.
- Il ne s'est rien passé de spécial au bar ?
- Bien sûr que non ! répondit la profileuse blonde. Si j'avais remarqué quoique ce soit qui sortait de l'ordinaire, je l'aurais tout de suite mentionnée.
L'inspecteur pris un instant, l'observant, avant de demander :
- Aviez-vous bues ?
Il ne reçut aucune réponse, comme il s'y attendait. A la place, il se heurta à un mur de pierre, plusieurs regards fermés se braquant sur lui.
- Qu'insinuez-vous, inspecteur ? claqua la voix de Rossi, sèche, bien que ce dernier arborait, malgré tout, un air calme.
- Rien du tout, répliqua Colins. C'est une simple question. Il est tout à fait possible, et normale, que votre attention aurait été moins accrue, si vous aviez bues.
- Oui, nous avions bues ! rétorqua JJ, mordante, mais certainement pas au point d'en devenir insouciante.
- Je ne portais aucun jugement, se défendis Colins.
- Pourtant, attaqua Morgan, vous insinuez bien quelque chose.
- Inspecteur, intervint Garcia, posant une main légère sur le bras de son ami, Nous pouvons vous certifier, que même si nous avions bues, nous étions parfaitement lucides. Emily n'était pas ivre.
- Est-ce qu'une personne aurait portée plus d'attention à Emily ? Aurait cherchée à l'aborder ? Est-ce qu'elle-même semblait intéressée par quelqu'un ?
- Non ! protesta JJ. Aucun homme ne nous a abordé et Emily… Elle n'aurait jamais portée d'attention à l'un d'eux. Encore moins au point de suivre un inconnu.
JJ fusilla l'inspecteur du regard, trouvant révoltant qu'il puisse dépeindre une telle image de la brune.
- Peut-être que vous vous en êtes pas rendu compte, insista-t-il cependant.
- Je vous dis que non ! s'exclama-t-elle brutalement. Emily…
Elle se coupa, pinçant et mordant ses lèvres, jetant un coup d'œil à Hotch. Celui-ci hocha légèrement la tête avant que JJ ne reprenne d'un ton plus calme, résigné :
- Je… Quelques mois avant, j'avais avoué à Emily… que j'avais des sentiments pour elle. Elle m'avait demandé du temps, pour réfléchir, avant de prendre une décision. Jamais… Jamais elle n'aurait joué un double jeu.
- De plus, ajouta Morgan, avec tout ce que nous voyons à longueur de journée, vous pensez sincèrement qu'elle aurait pu suivre volontairement un inconnu ?
- Je comprends, répondit Colins, hochant légèrement la tête, mais elle aurait très bien pu se laisser entrainer.
- Elle est agent du FBI ! intervint fortement Reid, pour la première fois. Elle ne serait pas du genre à baisser aussi facilement sa garde. Combien de fois devons-nous vous le dire ?
Colins soupira, frottant son front du bout des doigts. Il se redressa sur sa chaise, croisant, à nouveau, les mains sur le dossier en face de lui.
- Ecoutez, je sais combien c'est difficile et à quel point vous devez être… en colère, mais, je suis obligé de poser toutes ces questions, vous le savez. Je dois… imaginer toutes les possibilités et combler tous les points.
JJ et Morgan détournèrent le regard, la mâchoire tendue par la colère. Garcia baissa la tête, alors que Reid leur tournait le dos pour retourner à sa contemplation de l'extérieur par la fenêtre.
- Bien… Pouvez-vous me dire ce qui s'est passé une fois que vous avez quittées le bar ? questionna-t-il.
Nous avons pris un taxi, répondit Garcia, d'un ton fatigué.
- Toutes les trois le même, ajouta JJ. J'ai tenu à ce qu'Emily soit la première déposée. On a attendue qu'elle soit rentrée dans son immeuble pour repartir.
- Vous rappelez-vous du nom de la personne qui conduisait le taxi ?
- Glenda Cox, répliqua Hotch. Nous lui avons parlés, la première fois. Il a été prouvé qu'elle était innocente.
- Je prendrais quand même contact avec elle, fit l'inspecteur, notant l'identité de la femme dans un coin du dossier.
Finalement, il releva le nez vers eux. Il arrêta son regard sur les deux blondes, principalement sur la jeune profileuse. S'il y avait bien un côté de son métier qu'il n'aimait pas, c'était de devoir faire face aux membres de la famille des victimes.
- Vous rappelez-vous quoique ce soit d'autre ? demanda-t-il.
Garcia et JJ secouèrent la tête, cette dernière désirant enfin en finir. Ça faisait des mois qu'elle repensait à cette soirée. Qu'elle cherchait le plus petits des éléments qui avaient été différents, pour comprendre ce qui avait pu conduire à la disparition d'Emily. Cependant, rien n'était sorti de l'ordinaire. Elle n'avait remarqué personnes, qui auraient pu être suspect, mais elle avait été plus concentrée sur la brune, que sur son environnement et, ce qui avait probablement faussé les interrogatoires cognitifs que Hotch, Rossi, Morgan et même Reid avaient essayés de lui faire passer à elle, ainsi qu'a Garcia. Les quatre hommes s'étaient investis à corps perdu dans la recherche d'Emily, avant que Strauss ne leur dise que ce n'était plus possible. Qu'ils étaient, eux aussi, beaucoup impliqués dans l'affaire, qu'aucun d'eux ne pouvaient réagir avec objectivité, et qu'ils devaient la relayer à une autre équipe.
En y repensant à présent, JJ n'arrivait toujours pas à trouver la moindre réponse. Qui avait pu cibler Emily ? Où et quand ? Egoïstement et par chagrin, elle n'avait pu s'empêcher d'en vouloir à Garcia. La brune n'avait pas voulu fêter son anniversaire et, après le restaurant, elle avait voulu rentrer chez elle mais, Garcia avait insisté pour aller dans ce nouveau bar. Emily n'avait pas voulu la blesser en disant non. Depuis, la technicienne était rongée par la culpabilité, pensant que si Emily avait disparue c'était entièrement de sa faute. Au début, JJ avait bien essayé de la réconforter, mais après un mois, elle n'en avait plus eu la force, se répétant que, peut-être, si Garcia n'avait pas tant poussé Emily à se rendre dans un bar inconnu, quittant la sécurité de celui qu'elle connaissait, rien de tout ceci ne se serait passé. Mais, si elle devait être honnête, JJ se sentait autant –voir plus encore- responsable de la disparition de la brune et, elle doutait de pouvoir un jour se pardonner elle-même.
- Avons-nous terminés ?
La voix de Morgan la tira de ses pensées et elle cligna des yeux, reprenant conscience avec son environnement.
- J'aurais besoin de poser quelques questions à Emily, fit Colins, sachant déjà que cela allait être délicat.
- Elle n'est pas prête ! contra aussitôt Reid, avant même que JJ ne puisse dire quoique ce soit.
- Je me doute, répondit l'inspecteur, mais c'est très important.
- On comprend parfaitement, répliqua Hotch, mais il me parait évident qu'elle n'ait pas en mesure d'interagir avec autrui, pour l'instant.
- Nous même, il nous a fallu au moins dix minutes pour que nous réussissions à lui faire prendre conscience de sa situation et de qui nous étions avant qu'elle n'arrête de hurler de terreur, ajouta Reid. Vous ne pouvez pas lui parler maintenant.
- Je comprends, rétorqua Colins, en se redressant.
Il posa une main à plat sur le dossier devant lui avant d'ajouter :
- Toutefois… Vous devez savoir que nous avons de bonnes raisons de penser qu'Emily est la seule victime survivante d'un violeur et tueur en série.
- Que voulez-vous dire ? demanda Rossi, faisant un pas vers la table et vers le dossier que Colins couvait depuis le début.
- Il y un mois, nous avons retrouvés cinq corps. Les loups les avaient déterrés. Des femmes. La trentaine, blonde et brune. Nous avons d'abord pensé à un tueur aléatoire. Mais, quelques jours avant qu'on retrouve Emily, cinq autres corps on était retrouvés, pareil : que des femmes, mêmes types, cependant, les cadavres étaient plus anciens. Toutefois, notre médecin légiste a conclu que les marques laissaient sur les corps et la mort, étaient identiques aux autres femmes retrouvées.
- Les marques ? réagit Morgan.
Colins acquiesça lentement, pinçant les lèvres. Il sembla réfléchir longuement avant d'ouvrir le dossier, qui était resté fermé jusqu'à présent.
- Il était impossible de le définir sur les corps les plus anciens… mais les cinq femmes les plus récentes avaient toutes un numéro de gravé dans la chaire.
L'inspecteur tourna lentement le dossier ouvert sur la table, pour qu'ils puissent tous voir les photos s'étaler devant eux.
- Après l'examen du docteur Manford, vous constatez qu'Emily, en plus des nombreuses autres marques et blessures, en porte un, elle aussi.
Plusieurs respirations se coupèrent. Garcia étouffa de violent sanglot, enfonçant son visage dans l'épaule de Morgan, qui était incapable de détourner son regard des photos macabres exposaient devant lui. Hotch et Rossi échangèrent un regard avant de détourner les yeux, furieux et affligés alors que les preuves de ce qu'Emily avait enduré leur étaient jetées au visage. JJ, quant à elle, était anéantie. Dégoûtée à l'idée de ce qu'un être humain était capable de faire à un autre seulement pour son propre plaisir, à cause d'un esprit dégénéré et malade. Furieuse contre l'homme qui avait causé tant de douleur à la femme qu'elle aimait. Elle ne pouvait qu'imaginer la torture que ça avait dû être en voyant les marques de coups, de morsures et surement d'autres blessures causées par des objets mais, rien n'était pire que cette marque gravée à vif si profondément dans sa chair qu'elle la garderait certainement à vie. Ce numéro, ciselé, se détachant sur sa peau fine et blanche : 13.
Colins referma aussitôt le dossier, ne jugeant pas nécessaire qu'ils en voient plus. Lui-même trouvait ça déjà assez horrible alors qu'il ne connaissait pas cette femme, alors il n'imaginait pas ce que ça devait être pour eux, qui lui était proche.
- Vous avez retrouvés dix corps ?
L'inspecteur leva la tête, portant son attention sur Hotch. Il acquiesça, comprenant où il voulait en venir.
- Nous avons identifiés les femmes retrouvées. Trois d'entre elles n'étaient pas portées disparues. Nous supposons que c'étaient des prostituées.
- Certainement ses premières victimes, approuva Rossi.
- Oui, répondit Colins. Avant de passer à des proies plus gratinées.
Il s'arrêtât, récoltant plusieurs regards désapprobateur. Il se racla la gorge, reprenant :
- Désolé. Je voulais dire… plus intéressantes, certainement, pour…
- Nous avons compris, inspecteur ! coupa Morgan.
Colins hocha la tête. Il souhaitait vraiment récupérer son collègue le plus vite possible. Traiter avec les familles demandées une attention particulière, qu'il n'avait jamais eu besoin d'avoir jusqu'à présent. Mais c'était tellement plus facile d'agir avec détachement, qu'il ne cherchait pas à s'améliorer. C'était aussi probablement la raison pour laquelle son chef le forçait à travailler seul dans tous les aspects du métier.
- Si nous avons terminés, nous allons y aller, fit Hotch, incitant son équipe à quitter la pièce. Nous n'avons pas encore vu Emily, pour certains d'entre nous, et nous aimerions être à son chevet maintenant.
- Oui, bien sûr, répondit Colins. Sachez qu'une équipe du FBI va travailler avec moi sur le dossier.
Hotch acquiesça alors que Garcia et Morgan se levaient, ce dernier tenant contre lui la technicienne voutée par la tristesse. JJ les suivit, le visage tiré par le chagrin, mais le corps tendus dans une rage sous-jacente, menaçant d'exploser à tout instant. Si cette colère était restée latente jusqu'à présent, c'était uniquement parce que la blonde était dans l'ignorance. Maintenant qu'Emily avait été retrouvée, Hotch savait qu'à un moment donné, JJ serait une vraie bombe à retardement.
Alors qu'ils étaient tous sortis de la pièce, l'inspecteur les arrêta dans leur lancée, s'exclamant :
- J'aimerais que vous me préveniez dès que possible, pour que je puisse interroger Emily. Je comprends que vous en soyez réticent, mais vous conviendrez que c'est très important et… urgent, vue la situation.
Face au mutisme des plus jeunes, visiblement mécontents à l'idée de forcer Emily à revivre les pires moments de son existence, Hotch pris l'initiative de donner son accord malgré son cœur serré.
- Par contre, elle ne sera jamais seule face aux interrogatoires, ajouta-t-il d'un ton sec et ferme. Sauf si c'est elle qui en fait la demande.
Colins acquiesça, désirant déjà que cette enquête soit terminée. Il avait le pressentiment que ça allait mal se terminer et il était loin d'être pressé de se retrouver face à une victime telle qu'Emily. Il se remit rapidement au travail, alors que la famille de la brune quittait le commissariat pour rejoindre l'hôpital.
oOo
A plus tard...
