Chapitre 7

Depuis un mois qu'ils avaient repris le travail, ils avaient accueillis chaque nouveau jour, un à la fois. Étonnamment, cela c'était bien passé, jusqu'à présent. A leur plus grand soulagement, la plupart de leurs affaires avaient étés locales. Ils n'avaient eu à quitter Quantico qu'une seule fois et, cela ne leur avait pris que deux jours, le suspect ayant très vite perdu pied. Si, Elizabeth et Richard, les parents d'Emily, étaient venus plusieurs fois pour prendre des nouvelles de leur fille, bien que celle-ci soit restée très réticente, elle n'avait pas eu besoin de quitter la maison pour passer plusieurs nuits chez eux. Garcia avait été disponible et, plus qu'enthousiaste, à l'idée de séjourner auprès de la brune pendant deux jours entiers et de s'occuper d'elle, malgré les sommeils agités qu'elle pouvait avoir.

Tara n'avait pas fait beaucoup de progrès dans la thérapie d'Emily. Elle essayait toujours de trouver un moyen pour dénouer le blocage que la brune faisait au niveau de la parole mais, pour l'instant, elle n'avait encore trouvée aucun déclencheur. Cependant, même si elle n'osait pas encore s'ouvrir réellement, Emily semblait un peu moins sur ses gardes en sa présence, ce qui était un vrai soulagement pour eux tous. Ils avaient craint de devoir arrêter la thérapie si la brune n'arrivait pas à surmonter sa peur d'avoir une étrangère à ses côtés. JJ avait passé des nuits entières à réconforter Emily après des cauchemars, à essayer de discuter avec elle dans l'espoir de l'inciter à parler avec Tara. Mais, la brune restait inflexible. JJ savait très bien que ce n'était pas de l'entêtement, que le blocage était réel et, présent pour une bonne raison. Que cela donnait le temps à son esprit pour se renforcer mais, plus Emily passait du temps dans le mutisme, plus ils avaient peur qu'elle n'arrive pas en en sortir un jour. La seule chose qui les réconfortait, était que sa psychiatre semblait moins inquiète qu'eux par rapport à ça.

D'après elle, cela se résoudrait lorsqu'ils s'y attendraient le moins. Parfois, ça pouvait venir d'un petit déclic… Un moment, ou son cerveau arriverait enfin à faire le lien entre le passé et le présent. La souffrance et la sécurité. Cela pouvait prendre du temps mais, elle était confiante, d'autant plus qu'Emily avait réussi à lâcher quelques mots, c'était donc prometteur. Tara préférait se concentrer sur le fait d'être acceptée dans le cercle restrictif d'Emily, parce qu'avant de l'amener à lui parler, il fallait d'abord que cette dernière vois qu'elle pouvait lui faire confiance. Il fallait qu'elle assimile que sa présence n'était pas nocive et, que Tara n'allait pas, sur le long terme, en profiter pour lui faire du mal. La psychiatre devait vraiment réussir à obtenir ce sentiment de confiance et de sécurité pour, ensuite, pouvoir échanger avec Emily.

Toute l'équipe avait parfaitement compris ce besoin essentiel. Eux-mêmes qui, pourtant, connaissaient bien la brune avant, avaient mis du temps à se faire accepter auprès d'elle. Maintenant, il était presque devenu vital pour celle-ci d'avoir, au moins, l'un d'eux près d'elle pour qu'elle se sente suffisamment en sécurité. Bien sûr, ils s'étaient adaptés et faisaient toujours en sorte de pouvoir tout mettre en œuvre pour que cela fonctionne dans ce sens. Cependant, cette fois, quelque chose les oppressaient à l'annonce d'un nouveau départ.

L'affaire qui les attendait était plus délicate que la précédente et, allait certainement être plus longue aussi. Ils partaient plus loin et si, pour une fois, Garcia aurait été utile sur le terrain, Hotch avait réussi à ce qu'elle reste à Quantico, plus près pour réagir plus vite en cas de problème avec Emily. Toutefois, elle serait obligée de rester au bureau pendant les heures de travailles, ce qui les forçaient à placer Emily chez ses parents pendant quelques jours. Ils avaient la désagréable impression d'avoir la charge d'un enfant en bas-âge et, c'était déconcertant de penser qu'il s'agissait d'Emily mais, ils n'avaient pas le choix.

La première fois qu'ils étaient partit, si Garcia n'était pas restée avec elle, la brune se serait certainement laissée dépérir. Elle se nourrissait parce que la technicienne lui préparait le repas et lui demandait de le faire, en dehors de ça, elle s'était doucement laissée glisser dans un état dépressif les quelques heures, à peine, ou Garcia avait dû se rendre à son bureau. Ils avaient alors vraiment compris ce qu'avait voulu dire le docteur Manford, lorsqu'il leur avait affirmé qu'Emily ne pouvait pas rester seule. Elle se laisserait surement mourir de faim dans un coin, terrassée par les cauchemars et la douleur émotionnelle qu'elle ressentait, plongeant dans une dépression sans fin. Le suivis psychologique avec Tara s'était avéré d'autant plus important après ça.

Cependant, ils n'avaient pas encore annoncé la nouvelle à Emily et, ils avaient peur de sa réaction. Un profond sentiment d'incertitude et d'angoisse les oppressaient et, ils n'avaient pas besoin d'en discuter pour savoir qu'ils ressentaient tous la même chose. Les photos des victimes étaient affichées à l'écran, les dossiers, preuves des actes commis envers les victimes, ouverts sous leurs yeux et, pour la première fois, cela ne leur donna pas envie de partir à la chasse. Leurs corps se raidir, prenant un air nerveux lorsque Hotch exprima la pensée de tous, s'exclamant :

Nous ne décollons pas tout de suite. J'ai réussi à négocier quelques conditions avec Strauss. A chaque départ prolongé, elle nous laisse le temps de nous occuper d'Emily. Il est onze heures, nous allons déjeuner avec elle, la prévenir de la suite des événements et préparer son départ pour les prochains jours. Nous prendrons le jet aussitôt après que nous serons sûrs qu'elle est en sécurité.

- Qui va s'occuper d'elle ? demanda JJ, la gorge nouée.

- Nous allons devoir appeler ses parents, répondit Hotch

JJ acquiesça, bien qu'au fond elle n'était pas certaine que ça soit une bonne idée. Les rares fois ou Elizabeth et Richard Prentiss étaient venus rendre visite à leur fille, s'étaient soldées par une après-midi de silence et de gêne. Si L'homme était plus chaleureux et affectueux que l'ambassadrice, il s'avérait qu'il ne savait, quand même, pas comment gérer la situation et, encore moins Emily et son état. La blonde avait peur pour les prochains jours, autant que de laisser Emily hors de sa vue mais, elle n'avait pas le choix.

- Je vais les contacter, dit-elle, le ventre se tordant d'angoisse.

- Peut-être devrions-nous aussi contacter le docteur Lewis, proposa Reid, d'un ton bas.

Il s'attira plusieurs regards et, il esquissa un léger sourire. Le silence les enveloppa quelques instants, chacun analysant certainement ce que cela voulait sous-entendre. Effectivement, ça serait plus prudent, bien qu'ils sachent tous que la thérapie d'Emily était au point mort et que Tara n'avançait pas vraiment.

- C'est la première fois depuis qu'elle est rentrée de l'hôpital, qu'elle va se retrouver entièrement seule et devoir quitter la maison, ajouta-t-il après quelques minutes. La fois précédente, nous sommes partis deux jours et, s'il n'y avait pas eu Garcia…

Il laissa volontairement sa phrase en suspens, tous sachant très bien comment ça c'était terminé et, comment ça aurait pu être bien pire, si l'un d'eux n'avait pas été au moins présent.

- Elle va devoir quitter la maison pour passer plusieurs jours dans un endroit où elle ne se sentira probablement pas en sécurité… Sans aucun d'entre nous…

Lui-même sentit l'inquiétude monter en flèche dans son estomac et il déglutit, rencontrant les regards de chacun. Garcia était mortifiée, Morgan furieux, Hotch et Rossi clairement nerveux. Quant à JJ, elle était appuyée contre le rebord de la table, le visage tiré, fatigué, plus angoissée que n'importe lequel d'entre eux. Elle était celle qui vivait à temps plein avec Emily. Celle qui était aux premières loges des cauchemars, des hurlements et de la terreur de la brune au quotidien. Elle en parlait peu mais, tous avaient déjà passés une nuit auprès d'Emily, pour savoir comment ça se passait.

- Je vais l'appeler, finit par approuver Rossi. De toute façon, il va falloir lui dire où elle va loger les prochains jours, pour sa thérapie.

- Bien, soupira Hotch, Préparons-nous et allons-y.

Ils acquiescèrent ensemble, bougeant dans une étrange synchronisation. Ils rassemblèrent les dossiers, Garcia remballant son matériel informatique, alors qu'un silence pesant les enveloppait. Ils partirent tous ensuite, un sentiment persistant d'angoisse plombant leur cœur.

oOo

Une heure plus tard, ils étaient à la maison de JJ, réunis auprès d'Emily. Ils finissaient de manger, déplorant silencieusement le peu qu'avait avalé la brune, malgré le fait qu'ils aient tous essayés de la pousser. C'était devenu leur exploit personnel lorsqu'ils arrivaient à la faire manger un peu plus chaque jour. Mais, il était encore rare, qu'elle arrive à ingurgiter la moitié de son assiette sans devenir verte. Toutefois, le régime qu'ils lui imposaient fonctionnait doucement et, le docteur Manford avait été satisfait, lors de son suivis médical, de leur annoncer qu'elle avait, quand même, réussis à prendre un bon kilo. Ils pouvaient certainement dire « merci » à tout le chocolat qu'ils lui proposaient, à la moindre occasion et, qu'elle ne refusait presque jamais.

Ils débarrassèrent et nettoyèrent en silence, pendant qu'Emily s'était enfermée dans son monde, dessinant tranquillement sur le canapé du salon. Finalement, Hotch jeta un coup d'œil à sa montre, soupirant doucement.

- Nous allons bientôt devoir partir, dit-il. Quand les parents d'Emily et le docteur Lewis devaient arriver ?

Avant que Rossi ou JJ ne répondent, un coup à la porte d'entrée résonna soudainement. Emily, à côté de Reid, sursauta, relevant brutalement la tête vers le couloir du vestibule. Reid, inquiet, se rapprocha doucement de la brune, attirant son attention sur lui.

- Ne t'inquiète pas Em, tu es en sécurité, fit-il doucement. Nous attendions tes parents.

Emily fronça les sourcils, maintenant curieuse de la situation. JJ soupira, anxieuse, puis alla ouvrir rapidement. Elle revint presque aussitôt avec Elizabeth. Cette dernière posa son regard sur sa fille, esquissant un petit sourire de tendresse, sans pour autant s'approcher d'elle plus qu'il ne le fallait. La première fois qu'elle l'avait vu, sa première réaction avait été de l'étreindre. Il s'était avéré que ce n'était pas une bonne idée, encore moins lorsque son père avait essayé de s'approcher sans prévenir. Emily avait presque fait une crise de panique, si forte, qu'ils avaient tous eu peur de devoir appeler le docteur Lewis, pour pouvoir la calmer. Maintenant, elle et Richard préféraient garder leurs distances et, cela convenait à chacun d'eux. Une certaine tension persistait entre Emily et ses parents, assez forte pour que ces derniers ne veulent pas essayer de la pousser. Assez forte, pour que JJ et les autres s'inquiète justement pour la suite des événements.

- J'ai dû venir seule, commença Elizabeth, doucement, s'approchant de Hotch et Rossi. Richard avait des obligations.

- J'espère que cela ne vous pose aucun problème, répondit-il gentiment, faussement soucieux des impératifs des deux politiciens. (Pour lui, rien ne devrait être plus important que le bien-être de leur fille. Et, il ne leurs laissaient pas vraiment le choix de prendre soin d'Emily pendant leurs absences.)

- Bien sûr que non, répliqua Elizabeth. Elle peut séjourner à la maison autant que nécessaire.

Le terme les fit quelque peu tiquer. JJ échangea un coup d'œil avec Hotch et Morgan, que Rossi intercepta facilement.

- Nous ne savons pas exactement combien de temps cela va nous prendre, intervint-il. Mais, nous pensons, que nous serons absents au moins une semaine.

Cela fit réagir Emily, qui se leva brusquement du canapé, serrant fortement ses bras autour d'elle, attirant l'attention de tous. Instinctivement, Reid et Morgan, qui étaient proches d'elle, se reculèrent d'un pas, lui laissant de l'espace, alors que JJ s'approchait rapidement.

- Emily…

La brune se recula, rejetant physiquement le touché de la blonde, secouant la tête de gauche à droite. JJ pinça les lèvres, son cœur se serrant douloureusement. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour voir le visage de ses amis, elle savait qu'ils ressentaient la même chose qu'elle en ce moment. C'était un violent retour en arrière après plus de deux mois, pendant lesquels ils avaient fait d'énormes progrès. Pourtant, elle n'avait pas le choix que d'insister et, cela l'angoissait réellement.

- Emily… s'il te plait, réessaya-t-elle doucement.

Aussi traumatisée qu'elle pouvait l'être, Emily n'était pas stupide pour autant, elle ne l'avait jamais été. Tout le monde pouvait voir qu'elle avait parfaitement compris ce qu'il se passait et, que cela ne lui plaisait visiblement pas. Ça ne plaisait à aucun d'eux, s'ils devaient être honnêtes. La dernière chose qu'ils voulaient, s'était de devoir l'obliger à faire quelque chose qu'elle ne voulait pas, ainsi que de l'éloigner de leur vue et de leur protection. Ils pouvaient voir et, presque sentir son angoisse se déverser dans la pièce et, si le poids des obligations, que leur avait imposé Strauss, n'étaient pas si forte, Hotch serait passé au-dessus d'elle et aurait laissé au moins l'un d'eux avec Emily, pour lui éviter cette souffrance et cette terreur. Et, pour leur éviter à eux, aussi, cette terrible inquiétude, qui leur broyait l'estomac.

JJ essaya de s'approcher d'Emily, une fois de plus mais, elle s'arrêta avant de la toucher, craignant que cela n'aggrave la situation.

- Em, fit-elle, hésitant à poser une main sur son bras. Tu n'as pas à t'inquiéter, d'accord. Tout va bien se passer.

Même JJ ne crut pas ses propres paroles alors, lorsqu'Emily porta enfin son regard sur elle, elle eut du mal à esquisser un petit sourire rassurant. La lueur d'angoisse qu'elle pouvait lire dans les prunelles noires lui noua le ventre, augmentant son anxiété. JJ fit un pas de plus, rentrant dans l'espace personnel de la brune. Elle posa une main légère sur le bras d'Emily mais, la brune se rétracta aussitôt, serrant plus fort ses bras autour d'elle. JJ sentit la boule dans son ventre remonter jusque dans sa gorge. Elle déglutit difficilement, encaissant le rejet. Elle n'était pas en colère, seulement triste qu'une situation si simple, soit perçue, pour Emily, comme une attaque supplémentaire. Elle pencha la tête sur le côté, souriant.

- Emily, fit-t-elle tendrement. Tu te souviens, nous en avons discutés tous ensembles. Lorsque nous avons abordés le sujet de notre retour au travail. Nous savions que nous allions devoir partir pour une affaire à un moment donné. Partir… pour plus d'une journée.

Emily pinça les lèvres, serrant si fort les dents que ses mâchoires saillantes se contractèrent. Elle secoua la tête, puis elle posa automatiquement les yeux sur Garcia. La technicienne comprit aussitôt le cheminement de ses pensées, tout comme les autres, qui se regardèrent. JJ n'était même pas en colère, parce que si ça avait été possible, elle aurait été la première à demander à Garcia de rester auprès de la brune.

- Oh, Trésor, si je le pouvais, je me mettrais en quatre pour pouvoir travailler d'ici et pas te quitter d'une semelle mais… je vais avoir besoin de plus de matériel et, je n'ai pas ça avec moi.

Un court silence pesa autour d'eux pendant lequel Emily assimila les mots de Garcia. Elle arborait un air renfrogné. Si la situation ne les angoissait pas autant, ils auraient presque étés ravis. C'était la première fois depuis qu'elle était de retour, qu'Emily affichait ouvertement une autre émotion que le chagrin et la douleur. Il y avait, enfin, quelque chose qui brûlait à l'intérieur des prunelles noires, cependant, cela disparue bien vite. Toutefois, avant que l'un d'eux ne puisse ajouter quoique ce soit, un coup à la porte d'entrée les fit légèrement sursauter. Rossi, qui était le plus proche du couloir alla ouvrir, laissant Tara entrer et refermer derrière elle. Ils échangèrent un rapide regard avant qu'il ne la conduise dans le salon. Il ne fallut qu'une seconde à la psychiatre et un coup d'œil échangé rapidement avec les membres de la pièce, pour comprendre que la situation était délicate.

oOo

Bizarrement, elle ne savait pas si c'était une déformation professionnelle mais, Tara avait l'impression d'avoir sentie la tension qui habitait les lieux dès l'instant où elle mit le pied dans la maison. Après avoir docilement suivis Rossi jusque dans le salon, la psychiatre avait su qu'elle avait raison et, combien la situation semblait vraiment compliquée. Le plus vieux des profileurs retourna aux côtés de Hotch, alors qu'elle s'incluait entre ce dernier et une femme, qu'elle voyait pour la première fois. Cependant, elle ne savait pas si c'était à cause de son apparence, de sa prestance ou de son physique mais, il lui fut facile de deviner de qui il s'agissait.

Tara avait posé quelques questions à l'entourage d'Emily et, elle avait appris que sa patiente n'avait pas de très bons liens avec ses parents. Que la relation qu'elle avait avec sa mère, était plutôt dysfonctionnelle. Toutefois, malgré cela et qu'Emily le veuille ou non, Elizabeth Prentiss ne pouvait renier sa fille. Si sa patiente ne dégageait pas le même charisme, que l'ambassadrice avait surement dû gagner après des années de politiques, elle arborait, cependant, ce même physique altier. L'ambassadrice tendit une main vers elle, que Tara serra poliment, notant tout de suite le côté plus professionnel que personnel. Elle esquissa un léger sourire, jugeant utile de se présenter.

- Je suis…

- Je sais qui vous êtes, coupa Elizabeth. Le docteur Lewis. Vous vous occupez de ma fille.

Tara acquiesça, remarquant avec quel soin l'ambassadrice n'avait pas mentionné sa profession. La psychiatre se détourna ensuite, portant son attention sur Emily, de l'autre côté de la pièce. Elle observa sa patiente, alors que JJ s'adressait à la brune.

- Je sais que tu ne veux pas quitter la maison, Em et, si nous avions le choix, je te promets que nous ne t'y obligerions pas. Mais nous devons vraiment tous partir et… tu ne peux pas rester toute seule.

Ce dernier commentaire sembla rendre Emily, à la fois, furieuse et peinée. L'espace d'une seconde, une lueur de colère brilla dans les prunelles noires avant qu'elle ne disparaisse aussitôt. L'instant suivant, malgré son corps toujours tendus, ses épaules s'affaissèrent. JJ s'approcha un peu plus d'elle, posant délicatement ses mains sur les bras d'Emily. Celle-ci ne recula pas. Elle baissa légèrement la tête avant d'oser croiser le regard de JJ. La blonde glissa tendrement ses mains le long des bras, jusqu'aux coudes, ajoutant enfin :

- Je te promets que dès que le jet aura atterri, je viendrais te chercher aussitôt pour te ramener à la maison.

Emily pinça les lèvres, resserrant la prise de ses bras autour d'elle. Il n'était plus question de colère à présent. Une douloureuse angoisse se dégageait d'elle. Un mal être si profond qu'ils craignaient tous que cela débouche sur une crise de panique. Finalement, Morgan s'approcha d'elle et Tara observa minutieusement la réaction d'Emily. Elle ne fut presque pas surprise de remarquer que, malgré un léger coup d'œil anxieux, Emily ne rejeta pas la présence de l'homme dans son espace personnel.

- Tu ne seras pas toute seule, dit-il doucement. Le docteur Lewis t'accompagnera jusque chez tes parents. Elle restera avec toi jusqu'à ce que tu te sentes à l'aise.

La psychiatre acquiesça, se rendant parfaitement compte que l'homme espérait que sa présence, qu'Emily avait appris à tolérer auprès d'elle pendant les semaines précédentes, suffirait à apaiser sa peur de quitter la maison sans l'un d'eux. Elle avait conscience qu'il se servait d'elle, l'incluant d'une manière plus personnelle qu'elle ne l'avait jamais été avec ses autres patients. Tara savait qu'elle aurait dû se sentir gênée, il n'est jamais bon de s'investir plus émotionnellement que nécessaire mais, elle savait aussi qu'avec Emily, elle devait travailler différemment. La femme avait un cercle restreint, privé et très protecteur de personnes autour d'elle. Un groupe de personnes sur lesquels elle reposait entièrement. Pour pouvoir l'aider, Tara était obligée de s'inclure parmi eux plus personnellement que professionnellement.

Elle s'avança lentement d'un pas, rentrant plus concrètement dans le champ de vision d'Emily. Cette dernière plongea aussitôt son regard hanté dans le sien. Tara réprima le frisson qui traversa son dos. Elle avait déjà été témoin de beaucoup d'horreur, plus qu'elle ne l'aurait imaginée ou pensée mais, avec Emily, c'était encore autre chose. Lorsqu'elle avait commencé son parcours professionnel, elle avait rencontré un confrère. Plus âgé, plus expérimenté. Elle se souvenait encore de ce qu'il lui avait dit, alors qu'il prenait sa retraite : Un jour, Tara, un patient se présentera à toi et, même si tu auras l'impression d'avoir déjà vu toutes les horreurs du monde, cette fois, ça aura quelque chose de différent. Ça sera plus fort, plus personnel. Lorsque ça arrivera, fait attention à ne pas y laisser trop de plumes.

Depuis son premier entretien avec Emily, Tara avait repensé très souvent à ces paroles, qu'elle n'avait pas forcément crues à ce moment-là. Maintenant, elle avait la désagréable impression que c'était son tour. Elle avait ce sentiment constant qui la poussait vers sa patiente. Ce sentiment de vouloir tout donner pour la sauver du traumatisme qu'elle avait vécu et, c'était particulièrement déroutant.

Elle esquissa un petit sourire, qui se voulait réconfortant, en dépit de l'air sceptique et craintif qui la fixait. Malgré le temps qu'elles avaient passé ensemble lors des séances, Emily restait distante. Si elle tolérait enfin sa présence auprès d'elle sans animosité, elle refusait tout de même de s'ouvrir et, il lui était toujours très difficile d'atteindre la brune. Toutefois, elle avait quand même réussi à analyser et comprendre certains points de son comportement.

- C'est exactement comme je vous les dis, Emily, finit-elle par dire. Au moindre problème, je ne suis qu'à un coup de téléphone. Cela vaut aussi pour vos parents, ils pourront me joindre à tout moment.

- Et j'essaierais de venir tous les jours, ajouta Garcia. Il n'y aura pas de soucis, n'est-ce pas ? demanda-t-elle à l'attention d'Elizabeth.

- Bien sûr que non, répondit cette dernière.

Pourtant, même si l'ambassadrice semblait disposée à faire tout ce qui était possible pour mettre sa fille à l'aise, cela n'avait pas l'air de suffire. Emily pinça les lèvres, détournant le regard et baissant la tête vers le sol. Elle avait l'air frustrée par la tournure des évènements mais, aussi, angoissée et résignée.

Morgan et JJ échangèrent un coup d'œil avant de le reporter mutuellement sur Hotch et Rossi. Tara sentit leur dilemme sans même qu'ils aient besoin d'en parler, ou qu'elle-même, ait besoin de les observer longuement. Elle savait que, malgré le fait qu'il soit impossible pour eux d'échapper à leurs obligations, ils étaient déjà tous en train de chercher un moyen de contourner les ordres qu'ils avaient reçus, pour satisfaire les besoins d'Emily. Et, surement, atténuer aussi leur propre peur.

C'était là, d'ailleurs, l'un des gros points de son analyse. Dès les premiers instants où avait commencé la thérapie, Tara avait remarqué leur comportement autour de la brune. Un comportement qu'elle pouvait parfaitement comprendre et rationnaliser. Ils avaient passés sept mois plongés dans l'incertitude, finissant par se convaincre qu'après autant de temps, Emily devait certainement être morte. Se demandant, jour après jour, ce qu'elle avait enduré et dans quelles conditions elle avait fini, leur métier les poussant à imaginer les pires scénarios qui puissent exister. Alors, l'avoir retrouvé vivante et traumatisée les poussait à vouloir la protéger de tout et, de tout le monde. Mais, c'était plus que ça encore.

Emily, quant à elle, devait trouver cette situation rassurante. Et, elle aussi, Tara pouvait parfaitement la comprendre. Elle avait entendu dire que la femme, à l'époque de son temps au FBI, avait d'excellentes capacités de compartimentation, ce qui était certainement l'une des raisons qui avait permis à Emily de ne pas sombrer totalement. Pourtant, ce qu'elle avait enduré avait quand même était assez atroce pour qu'elle se dissocie d'elle-même au point de ne plus pouvoir parler. Elle aussi, si elle avait enduré la même chose et, qu'elle aurait eu la chance de retrouver une famille aussi aimante et protectrice, Tara se serait probablement et totalement laissée prendre en main. Cependant, elle savait à quoi conduisait ce genre de comportement et, elle devait voir à quel point était la dépendance affective qu'avait développée Emily.

Alors, avant même de réfléchir à un meilleur moyens possible, elle s'approcha un peu plus de JJ. Si elle n'intervenait pas, elle était presque certaine qu'ils feraient tout pour aller à l'encontre des ordres reçus pour, qu'au moins, l'un d'eux puisse rester dans cette maison, avec Emily. Dans un coin de son cerveau, elle nota la proximité entre sa patiente et JJ, remarquant les mains de la blonde, qui caressaient tendrement les bras d'Emily à travers les manches de son gilet. Il y avait quelque chose dans ces gestes qui l'interpellèrent mais, son attention fut rapidement attirée par son but d'aider sa patiente, ainsi que sa famille. Il y avait des situations auxquelles Emily allaient devoir faire face un jour ou l'autre, des situations bien plus angoissante que celle-ci. Il était nécessaire pour la brune de commencer à avancer.

- Emily, fit-elle doucement, espérant attirer son attention sur elle. Vous savez que c'est indépendant de leur volonté. Qu'ils n'ont pas le choix et, qu'ils essayent de prendre les meilleures décisions pour vous.

La brune l'ignora, détournant son regard vers JJ. La blonde se fit encore plus douce et tendre, sans pour autant paraitre envahissante. Tara continua quand même, sans se préoccuper des regards irrités qu'elle savait récolter.

- Vous savez que vous n'avez pas le choix, vous aussi.

Cela fit relever brutalement la tête d'Emily vers elle, alors qu'une lourde tension enveloppait la pièce.

- Docteur… ! grogna Morgan

- Je sais, coupa-t-elle. Je sais…

Elle échangea un regard avec l'homme, captant la lueur de fureur dans ses prunelles. La même lueur qu'elle repéra dans celles de Reid, de Garcia et, un peu plus loin, dans celles de Hotch et de Rossi. Elle comprenait très bien leur colère. Dire à une victime de viols qu'elle n'avait pas le choix n'était pas judicieux. Mais, c'était justement cette même colère, qu'elle avait déjà vue dans les yeux d'Emily, qu'elle espérait raviver ici, avec l'utilisation de ces mots. Cette fureur sous-jacente qui, elle l'espérait, aiderait Emily à faire face aux obligations, au contraintes de reprendre une vie normale, même si elle n'était pas encore entièrement prête pour ça.

La brune se pinça les lèvres, serrant encore plus fortement ses bras autour d'elle. Son corps était tendu, nerveux. Ses yeux noirs brillaient de larmes, qu'elle n'arrivait visiblement pas à retenir. Ses joues creuses étaient rouge et, Tara se demanda si c'était de honte ou de colère. Cependant, les prunelles se détournèrent rapidement, plongeant dans celle de JJ, en face d'elle, alors que celle-ci attirait tendrement son attention. Les mains de la blonde caressèrent les bras d'Emily, se décalant ensuite pour passer en bras autour de ses épaules. Elle l'incita doucement à avancer, l'entrainant vers l'étage.

- Viens, fit JJ, allons préparer ton sac…

La voix de la profileuse fut vite étouffée tandis qu'elles atteignaient les chambres et, la psychiatre reporta son attention sur les autres membres de la pièce. Elle se tourna vers Elizabeth, qui n'avait pas bougée depuis le début. La mère d'Emily semblait paralysée, distante. L'espace d'une seconde, Tara se demanda qu'elle genre de mère ne faisait rien pour soulager son enfant puis, elle se rappela que son travail n'était pas de juger. Elle préféra, alors, ne pas y accorder trop d'importance, se contentant de noter et analyser les réactions. Elle s'apprêtait à se racler la gorge pour attirer l'attention sur elle mais, elle n'en eut pas le temps alors que Morgan l'attaquait déjà.

- Est-ce que vous avez complètement perdu la tête !? s'exclama-t-il, furieux.

- Ecoutez Dereck, je ne pense p…

- Nous vous avons engagés pour soigner Emily, pas pour l'enfoncer un peu plus…, coupa Garcia.

- Elle est déjà sur la défensive, une telle approche ne la poussera pas plus vite à vous faire confiance, ajouta Reid.

- Ecoutez, répéta Tara, je connais mon métier. Peut-être que ce n'est pas Emily, qui a besoin de me faire confiance… mais vous.

Cela suscita aussitôt un lourd silence. La psychiatre les affronta tous du regard, remarquant la surprise derrière la colère. Elle ne s'attendait pas à les mettre au pied du mur aussi rapidement et fermement mais, elle n'appréciait pas qu'on mette en doute ses méthodes. Finalement, le silence s'épaissit et personne ne chercha à la combler. Il était plus qu'évident qu'elle avait touché un nerf, cependant, elle n'allait pas pousser plus loin, pour l'instant. A la place, elle se tourna vers Elizabeth.

- Je vais avoir besoin de votre adresse, pour venir voir Emily, lui dit-elle poliment.

L'ambassadrice acquiesça aussitôt, notant rapidement les coordonnées sur un morceau de papier, que venait de lui tendre Rossi. Elle le donna ensuite à Tara, qui l'accepta avec un petit sourire, avant de se tourner vers Hotch.

- Pour combien de temps pensez-vous être absent ? demanda-t-elle gentiment, ignorant la tension palpable, qui régnait maintenant dans la pièce.

L'affaire semble complexe, répondit-il, échangeant un coup d'œil avec Rossi. Nous ne sommes jamais sûrs mais, nous espérons qu'une semaine suffira.

- Bien sûr, nous aimerions que ça soit possible en moins de temps, ajouta Rossi.

Les autres acquiescèrent silencieusement.

- Essayez de partir l'esprit tranquille, répondit Tara.

- Oui… Je vous promets qu'elle sera entourée et protégée tout le temps, ajouta Elizabeth.

Face aux divers regards qu'elle gagna, il était évident qu'aucun d'eux ne la croyait. Tara pouvait parfaitement comprendre leur méfiance, toutefois, elle fut quelque peu surprise quand celle-ci s'adressa à la mère d'Emily.

- Je serais vigilante au moindre problème et, s'il se passe quoique ce soit, je vous préviendrez aussitôt, fit la psychiatre, dans l'espoir de les rassurer.

Cependant, cela n'eut pas l'effet escompté, au contraire. Ils semblèrent encore plus frustrés et inquiets, ce qui interpella Tara.

- Y-a-t-il quelque chose que nous devons savoir ? demanda-t-elle finalement.

Cela attira sur elle le regard acéré de Hotch et, celui de faucon de Rossi. Morgan et Reid échangèrent un coup d'œil rapide, alors que Garcia se détournait, nerveuse. Tara n'avait pas besoin de pousser ses capacités d'analyses, il était évident qu'ils cachaient quelque chose.

- Y-a-t-il quelque chose que je dois savoir ? insista-t-elle. Quelque chose que je dois surveiller ?

- Rien de particulier, répondit Hotch d'un ton ferme.

- Vraiment ? poussa Tara. Si cela concerne Emily et, que cela pourrait nuit à son état mental, alors, ça me concerne.

Hotch et Rossi se regardèrent. Le chef d'unité se détourna après un instant, alors que l'ancien soupirait doucement.

- L'affaire pour retrouver l'homme qui a fait ça à Emily piétine depuis le début, commença Hotch. Cependant, l'Agent Cooper nous a informés que l'inspecteur Collins était très désireux d'interroger Emily, à nouveau.

- A nouveau ? questionna Tara, sceptique.

Elle était pourtant certaine que sa patiente n'avait encore jamais pu être interrogée sur sa captivité, étant trop instable à l'hôpital pour que ça soit le cas.

- Il a essayé un entretien lorsqu'elle était encore à l'hôpital, appris Morgan.

- Ça ne s'est pas bien passé, compléta Garcia.

- Et depuis, ils n'avancent pas dans l'enquête ? demanda Tara.

- La fuite d'Emily a certainement dû lui faire peur au point de faire le mort, répondit Hotch.

- Ou alors, il attend autre chose, suggéra Reid, d'une voix tendue.

Morgan serra les poings et se détourna du groupe. Garcia baissa la tête, visiblement nerveuse. Tara pouvait lire la même angoisse dans chacun de leur regard et, elle sentit son estomac faire des nœuds, réalisant ce que cela pouvait impliquer.

- Vous pensez que cet homme pourrait revenir pour Emily ? demanda-t-elle, inquiète.

Aussi optimiste qu'elle essayait d'être, elle savait que si cette ordure revenait pour reprendre Emily, cette dernière ne s'en sortirait probablement pas cette fois. S'il ne la tuait pas, Emily se laisserait certainement mourir. Tara observa les visages qui l'entouraient. Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée, elle vit une émotion traverser les traits d'Elizabeth. Il était indéniable que la mère d'Emily avait fait les mêmes conclusions qu'elle. Cependant, des années de politiques firent très vite disparaitre le mince lueur d'inquiétude, qui était apparue.

- Nous ne savons pas, répondit finalement Morgan. Nous ne pouvons être sûrs de rien. Il y a de nombreuses possibilités. La pire étant celle ou, il ne ferait pas partit des suspects qui laissent échapper une proie sans la traquer pour finir le travail. D'où le fait qu'Emily ne doit pas sortir et jamais être entièrement seule.

Il posa instinctivement son regard brulant sur Elizabeth, qui sentit tout de suite la morsure de l'attaque. Il ne lui laissa pas le temps de répliquer, avant d'ajouter :

- Peu importe vos obligations, vos devoirs… Elle ne doit jamais être hors de vue.

- Nous prendrons soin d'elle, répondit Elizabeth, d'un ton brusque.

- Vraiment !? répliqua Morgan, sarcastique.

- Agent Morgan, c'est notre fille…

- Justement ! coupa-t-il. Pendant ces sept derniers mois, nous n'avons pas eu l'impression qu'elle était votre fille. Vous nous avez déjà assez prouvés qu'elle était d'un intérêt moindre pour vous.

- Morgan ! claqua Hotch. Ça suffit !

Du point de vue de Tara, Elizabeth semblait un peu verte mais, elle était incapable de dire si cela venait de sa fureur ou de sa culpabilité. Toutefois, elle ne répondit pas alors que Morgan et Hotch s'affrontaient du regard. C'était un sacré duel de mâle alpha. La psychiatre ne doutait pas un instant que, parfois, au travail, cela pouvait se terminer de manière explosive. Finalement, Morgan détourna le regard en premier, ajoutant quand même, d'un ton plus neutre :

- Nous vous la laissons parce que nous n'avons pas le choix. Mais, je n'ai pas confiance en vous. Je vais voir JJ, si elle a besoin d'aide.

Aussitôt, l'homme les quitta pour grimper l'escalier, enjambant les marches deux en deux. Tara retint un soupir, qui aurait certainement été mal venu. Cependant, cet évènement répondait à une grande partie de ses interrogations, comprenant d'autant plus les différentes réactions excessives auxquelles elle avait dû faire face, venant de chacun des membres de la famille d'Emily. Les paroles de Morgan l'avaient interpellé et, elle observa curieusement Elizabeth. Celle-ci s'était retirée du groupe, s'isolant mais, sans que Tara ne puisse vraiment analyser la moindre émotion qui pourrait traverser son maintien altier. Avant qu'elle ne réussisse à remarquer quoique ce soit, la voix de Hotch attira son attention sur lui.

- Il faut que vous sachiez que l'Agent Cooper et son équipe vont se relayer, pour garder un œil sur Emily, tant que nous ne sommes pas là.

- Il ne laissait aucune place à la contestation et sortit une petite carte blanche de l'une de ses poches de pantalon.

Voici leurs coordonnées. Le numéro est connecté à chacun de leur téléphone, vous aurez toujours quelqu'un au bout de la ligne. Si jamais vous notez quoique ce soit de suspect, vous appelez aussitôt.

Tara attrapa la petite carte, jetant un coup d'œil automatique au numéro noté dessus, alors que Hotch en tendait une, aussi, à Elizabeth. Tout à coup, la psychiatre sut qu'elle venait d'être embarquée dans quelque chose de grand. Une situation qu'elle n'avait jamais connue avant. Tous ses patients souffraient de différents troubles. Certains mentaux, dès la naissance, d'autre faisant face à des traumatismes, certains provenant de leur enfances, mais, généralement, c'était toujours suite à une affaire déjà terminée. Jamais elle n'avait eu à s'inquiéter que le monstre des cauchemars d'un de ses patients refasse surface un jour, pour finir le travail qu'il avait commencé.

- Ça va aller ?

La voix de Reid, douce et concernée, la surprit presque dans le silence ambiant. Elle se tourna vers lui, un sourcil levé. Elle ne sut pas quoi répondre sur l'instant, réfléchissant plutôt à la question. Est-ce que ça allait ? Oui et non à la fois. Elle était maintenant très inquiète pour le bien être d'Emily mais, étrangement, Tara ne se sentait pas dépassée. Elle se savait confiante dans ses capacités à aider sa patiente à traverser son traumatisme, peut-être même, à guérir, un jour. La perspective d'un malade qui pourrait venir pour détruire tout ça, la motivait d'autant plus.

- Ça ira, répondit-elle doucement.

- Vous êtes sûre ? insista le génie.

Tara fronça les sourcils mais, elle n'eut pas le temps de répondre.

- Nous savons très bien à quel point une telle situation, peut être effrayante, intervint Garcia gentiment.

Cette réflexion interpella l'attention de Hotch, qui se tourna plus franchement vers elle. Il semblait seulement se rendre compte maintenant, qu'effectivement, une telle situation pouvait être bouleversante, pour quelqu'un d'étranger à leur petit cercle privé.

- Si c'est trop pour vous…

- Non ! coupa brusquement Tara.

Elle referma aussitôt la bouche, se rendant compte que l'homme n'avait certainement pas l'habitude qu'on lui réponde sur un ton pareil. Cependant, elle n'était pas l'un de leur suspect qu'ils devaient profiler. Et, elle aussi, savait parfaitement analyser les sous-entendus lorsqu'elle y faisait face. Inconsciemment ou non, tous cherchait un moyen pour rester, pour repousser l'échéance. Finalement, c'était le moment parfait.

Ecoutez, vous pouvez partir l'esprit tranquille. Vous devez partir, insista-t-elle. Je vous promets de suivre à la lettre chacune de vos recommandations. Avec l'aide de mademoiselle Garcia et d'Elizabeth, je prendrais bien soin d'Emily.

- Garcia doit nous appeler tous les jours, à la même heure, pour une mise à jour.

- Très bien, acquiesça la psychiatre.

- Je me chargerais aussi de la relation avec l'Agent Cooper et son équipe. Vous n'aurez pas à vous en occupez, approuva Garcia.

Tara hocha la tête. Savoir qu'elle n'avait rien d'autre à gérer que ses séances avec Emily, la soulagea grandement. Toutefois, une question lui trottait en tête.

- Est-ce qu'Emily est au courant ?

Au regard de Hotch, Tara sût qu'elle n'avait pas à élaborer plus la question, il avait compris.

- Non ! répondit-il fermement.

- Nous ne parlons pas de ça en sa présence, ajouta Reid.

- Et ça doit rester ainsi, pour l'instant, appuya durement Hotch.

- Je comprends.

Finalement, ils se turent lorsqu'ils entendirent des pas descendre l'escalier. Un profond silence pesa autour d'eux, alors que tous s'attelaient à ranger le salon, anticipant le prochain départ. Elizabeth regardait fréquemment l'heure à la montre, sur son poignet, sans pour autant montrer le moindre signe d'agacement ou d'inconfort. Tara ressentit un étrange malaise face à autant de détachement, de distance. Elle pinça les lèvres et se mit à l'écart, pour ne gêner personne. Du coin de l'œil, elle repéra le calepin de croquis d'Emily, qu'elle attrapa, sans même y réfléchir deux fois.

Morgan, JJ et Emily pénétrèrent le salon, les deux premiers portant de gros sacs de voyage, la brune trainant presque les pieds derrière eux. Instinctivement, Tara s'approcha doucement de sa patiente et lui tendit aussitôt son carnet, ne laissant pas le temps à l'esprit de la brune de sur-analyser ce qui pourrait se passer. La psychiatre avait appris à anticiper l'hypervigilance, dont Emily n'arrivait pas à se défaire.

Cette dernière releva la tête, surprise. Tara lui adressa un petit sourire, sans qu'il ne lui soit retourné mais, cela ne la chagrina pas vraiment. Au contraire. La légère lueur de reconnaissance qu'elle discerna dans les prunelles noires en face d'elle, lorsqu'Emily attrapa son carnet pour le serrer contre elle, suffit à convaincre la psychiatre que tout n'était pas perdu. Tara se recula aussitôt et, Emily accorda un vague coup d'œil à sa mère, qui semblait hésiter à s'approcher. Finalement, la brune se détourna d'elle et, rejoignit Reid de l'autre côté de la pièce, appuyant son épaule contre celle du génie.

Instinctivement, Reid passa délicatement un bras autour d'elle. Emily s'appuya contre lui, acceptant et recherchant visiblement son réconfort, alors qu'elle ignorait volontairement les regards de Morgan et de JJ. Le génie embrassa tendrement sa tempe, chuchotant quelque chose à son oreille. Emily pinça les lèvres mais, acquiesça. Elle sembla, ensuite, se détendre un peu dans l'étreinte.

Après quelques minutes, ils quittèrent tous, enfin, la maison, toujours dans un profond silence. Au moment de grimper dans la voiture, le regard que lui lança Emily, poussa Tara à abandonner son propre véhicule pour monter, plutôt, avec elle. Elle se retrouva entre l'ambassadrice et sa fille sur la banquette arrière, se demandant brièvement si elle avait pris la bonne décision.

Cette incertitude fut de courte de durée, lorsqu'au bout de cinq minutes de route, elle sentit l'épaule d'Emily appuyer fortement contre la sienne. Elle n'avait accordé aucun regard aux membres de sa famille, qui les avait observé partir sur le bord du trottoir. Maintenant, elle devait certainement se sentir seule, désemparée et, terrorisée face à tant d'inconnu d'un coup. Tout son corps tremblait, transmettant, comme une éponge, toutes ses émotions à travers leurs épaules collées.

Instinctivement, Tara avait voulu attraper l'une des mains d'Emily. Toutefois, elle s'était rétractée au dernier moment, craignant que cela soit mal interprétée, vue l'état d'extrême anxiété dans lequel se trouvait sa patiente. A la place, elle appuya fermement en retour son épaule contre celle d'Emily, essayant de transmettre autant de soutient, de réconfort et de chaleur que cela lui était possible par ce simple geste. Elle espéra que le trajet allait bientôt se terminer, sachant déjà que les prochains jours allaient être plus délicats qu'elle ne l'avait imaginé.

oOo

A la prochaine