Note : Si il y en a encore qui me suive, je suis désolée pour le temps que je met pour publier, écrire... Un nouveau chapitre... étonnant..

Je viens de me rendre compte sur les autres chapitres, que certains mots ont été transformés à la publication. Je ne comprends pas pourquoi...

Bonne lecture, pour ceux qui auront le courage de se remettre dedans.

Chapitre 8

Ce qu'il y avait de pire dans leur métier, c'était l'imprévisibilité qui pouvait survenir à tout moment. L'enquête, qui s'avérait déjà compliquée, avait pris un tournant encore plus difficile lorsqu'ils s'étaient rendus compte que leur suspect n'agissait pas seul. Son complice avait kidnappé une nouvelle femme, livré les profileurs dans la tourmente de n'avoir que trente-six heures pour la retrouver en vie.

Cependant, ils avaient toutes les consciences qu'ils avaient finies par avoir du mal à se concentrer. Ils avaient tous espérés que l'affaire ne dure qu'une semaine mais, voilà déjà deux semaines qu'ils étaient partis. En plus de cette enquête infernale, ils devaient tous gérer l'angoisse saisissante, qui leur nouait le ventre, de restait loin d'Emily aussi longtemps.

Garcia faisait en sorte d'aller voir la brune au moins une fois par jour, peu importe son temps chargé. Elle restait une heure avec Emily, partageant un petit-déjeuner ou un dîner avec elle. Ainsi, elle pouvait contrôler ce que mangeait la brune. C'était une des prérogatives du docteur Manford. Elle devait se nourrir autant que possible et ne pas perdre de poids. La technicienne n'avait pas dû passer une seule nuit reposante de plus de quatre heures mais, elle ne s'était pas plainte une fois. Elle avait appelé tous les jours, eux-mêmes s'octroyant dix minutes de leur temps à tour de rôle, pour une mise à jour sur l'état d'Emily.

Tara avait tenu sa promesse, venant tous les deux jours, toutefois, Emily avait refusé toute forme de communication. Deux jours plus tôt, elle avait commencé à se laisser glisser dans un état dépressif, s'opposant à se nourrir tant que Garcia n'était pas là. Malgré ça, la psychiatre leur avait assuré, qu'il ne fallait pas qu'ils s'inquiètent, qu'une rechute puisse arriver à tout moment et, était tout à fait normal.

Pour la première fois depuis des mois, Emily était sollicitée émotionnellement. Pendant ces derniers mois, elle s'était enfermée dans un cocon rassurant et privé. Elle n'avait pas encore réappris à gérer l'inconnu d'avancer seul sans barrière de sécurité, ce qu'ils étaient tous pour elle. Cela la poussait dans ses retranchements, la forçant à prendre conscience de son état. D'après Tara, ce n'était pas un évènement regrettable. Elle n'avait pas vraiment peur que cela laisse des séquelles ou aggraver l'état d'Emily. Cependant, même si la psychiatre était confiante, eux, avaient été malades d'angoisse pendant tout le restant de la semaine.

Morgan était devenu une boule de nerf, Reid s'était plongé dans de long silence, libérant des théories, plus nombreuses et plus terribles les unes que les autres. JJ, d'ordinaire douce et compréhensive, était maintenant sèche et distante, trépignant d'angoisse et d'impatience, ce qui la rendait irritable avec les autres. Quant à Hotch et Rossi, leur stoïcisme n'avait d'égal que leur grande sagesse, qui les forçait à intérioriser et rationaliser tout ce qui se passait. Heureusement, ils étaient, quand même, tous qualifiés d'un grand sens professionnel, ce qui les avait forcés à mettre toute leur énergie dans l'affaire pour la mener à son terme de la meilleure des manières.

Ils avaient finalement réussi à attraper leur deuxième suspect et boucler, ainsi, l'affaire. Deux heures plus tard, ils avaient provoqué les inspecteurs locaux, régagnant aussi vite que possible le jet qui les attendait déjà sur la piste d'atterrissage. Ce n'est qu'une fois assis dans leurs sièges et en plein vol, qu'ils soupirèrent de relâchement à l'idée de rentrer enfin à la maison. L'après-midi touchait à sa fin et ils élaboraient déjà le plan de récupérer Emily chez ses parents pour, ensuite, lui offrir un dîner en famille.

Alors, une fois l'avion posé sur le sol, ils attrapèrent leurs bagages et rejoignirent l'extérieur rapidement. Ils allaient se précipiter vers leurs voitures respectives, bien décidé à gagner la demeure Prentiss le plus vite possible. Cependant, ils ont été stoppés dans leur élan lorsque le téléphone de JJ sonna furieusement dans la poche de son jean. Ils se regardèrent mutuellement, leur cœur sautant dans leur gorge. Généralement, cela annonçait une nouvelle affaire et, ça les rendait furieux alors qu'ils diffusaient seulement de poser pieds à terre.

Mais, ils leur ont fallut qu'une seconde pour se rendre compte que cela n'avait rien à voir avec une enquête. Observer le visage de JJ, suffit à leur faire comprendre que le problème résidait plutôt chez les parents Prentiss, et non au bureau fédéral. Finalement, le ton alarmant de la blonde les inquiéta assez pour qu'ils se rapprochent tous d'elle, dans l'espoir d'en savoir plus.

- Comment ça a pu arriver, Garcia ?

Un long silence se fit alors que la technicienne devait répondre de l'autre côté de la ligne.

- Oh mon dieu… ce n'est pas possible, souffla JJ, la gorge visiblement nouée. Où est Emily ?

JJ échangea un coup d'œil avec Reid et Morgan, accrochant le regard de ce dernier.

- Nous venons juste d'atterrir, reprit-elle. Nous partons tout de suite. Nous serons là d'ici vingt minutes.

Elle raccrocha, la main tremblante, les yeux gorgés de larmes qu'elle contenait difficilement. Cependant, son regard d'acier n'exprimait pas de la tristesse mais, plutôt, de la colère. Une rage qu'elle gardait péniblement sous contrôle depuis des mois.

- L'inspecteur Colins s'est rendu à la demeure Prentiss. Il a réussi à entrer en contact avec Emily.

- Tu plaisantes, j'espère ! Fulmine Morgan.

Elle secoua la tête, captant la lueur de colère qui traversa leur visage à tous. Cette même colère qui bouillonnait en elle.

- Apparemment, il avait bu. Il était agité. Il a exigé de voir Emily par rapport à l'affaire et la gouvernante l'a laissée entrer.

- La gouvernante ? soufflé Reid.

JJ pinça les lèvres et acquiesça.

- Comment va Emily ? demanda Rossi, inquiète.

- Je ne sais pas, répond JJ. Elle s'est enfermée dans sa chambre, Garcia n'a pas pu la voir. Tara est aussi en route.

- L'inspecteur Colins est toujours chez les parents d'Emily ? questionna Hotch.

- Oui. Cooper et Rawson sont, aussi, en chemin pour venir le récupérer. Le capitaine de Colins est furieux.

- Et bien il va avoir affaire avec nous, avant, grogna Morgan.

Même si lui aussi était furieux, Hotch temporisa rapidement la hargne de Morgan, les incitant tous à gagner leur véhicule. Ils devaient rejoindre Emily le plus vite possible. Ils auraient tout le temps nécessaire plus tard, pour régler leurs comptes avec l'inspecteur Colins.

JJ était tellement angoissée, qu'elle sentit la nausée dans sa gorge. Deux semaines avant, l'idée même de laisser Emily, seule, chez ses parents, l'avait rendu malade. Savoir que la brune n'avait même pas été en sécurité la rendait, maintenant, complètement furieuse. Elle était en colère contre les parents d'Emily, de ne pas avoir pris la sécurité de leur fille plus à cœur. Elle était en colère contre la gouvernante, contre Colins et contre Cooper, aussi, qui n'avait pas assez bien tenu en laissant l'inspecteur de police. Mais elle était encore plus en colère contre elle-même d'avoir laissé ça arriver. C'était sa faute. Emily ne voulait pas y aller. JJ aurait dû l'écouter, quitter à mettre sa carrière en jeu.

Les cauchemars de la brune devenaient de plus en plus violents. JJ s'était douté que de quitter le confort rassurant de la maison, pourrait aggraver cet état mais, ce que Colins avait fait, risquait surement de plonger, à nouveau, Emily dans un état encore plus dépressif. JJ monta dans sa voiture, dès le contact. Elle suit ses amis, quittant l'aéroport, direction la demeure Prentiss, la boule au ventre.

oOo

Emily s'était enfermée dans la chambre qu'elle avait chez ses parents, tremblant de tout son corps. Elle avait fermé sa porte à clé, avant de plonger sous les couvertures de son lit. Son comportement la révulsait à un point inimaginable mais, en même temps, c'était plus fort qu'elle. La kyrielle d'émotion qui l'assaillait était étourdissante et douloureuse, trop, pour qu'elle arrive à réfléchir. Les seuls mots qui tournaient en bouclent dans sa tête c'était : C'est ma faute ! Oh mon dieu, tout est de ma faute !

Et, les paroles de l'inspecteur Colins résonnaient dans son esprit tel un écho qu'elle n'arrivait pas à faire taire. Lui aussi suppléait que c'était de sa faute. Qu'elle était responsable et, que si elle avait essayé plus fort de leur parler alors, peut-être, ils auraient pu éviter un nouveau drame. Mais, elle n'y pouvait rien. Elle avait essayé, tellement essayé, en présence de JJ, Morgan, Reid ou encore, Garcia, mais rien ne voulait sortir d'entre ses lèvres. Elle était comme paralysée de l'intérieur, la terreur qui rongeait peu à peu son âme l'empêchait de formuler le moindre son.

De lourds sanglots traversèrent son corps. Elle avait tellement honte. La responsabilité la dévorait lentement. Elle se sentait sale et vulnérable. Des sentiments qu'elle n'avait jamais ressentis, avant qu'elle ne soit entièrement détruite. Son esprit rejoua ses souvenirs, alors que la culpabilité qui l'étouffait, forma une boule dans sa gorge. Emily a reconnu les premiers signes avant même d'assimiler qu'elle avait la nausée. Elle sauta presque de son lit, repoussant fortement les couvertures qui la recouvraient et se précipita jusqu'à la toilette, dans la pièce attenante.

Elle n'eut pas le temps de relever la lunette des WC, qu'elle vida violement le contenu de son estomac. Elle sentit son corps se contracter douloureusement au rejet, un combo de la violence de sa répulsion et du peu qu'elle avait à sortir. Son corps convulsa, ses genoux s'entrechoquèrent. Elle perd la bataille rapidement sous la faiblesse qui l'envahit et, elle tombe au sol, se rattrapant de justesse à la cuvette, expulsant une nouvelle vague de liquide.

Elle crut discerner du bruit à l'extérieur mais, sa tête lui faisait tellement mal, qu'elle ne savait plus si ce qu'elle entendait était réel ou non. Elle était fatiguée, de toutes ses nuits pleines de cauchemars. Sa vision était floue et l'odeur de son vomi lui montait au nez. Cela fut comme un coup dans le ventre. La puanteur des régurgitations, de l'urine. En inspirant plus fortement, Emily a même réussi à sentir celle de la moisissure, du renfermé… du sang et, c'était terminé.

Il n'y avait plus rien de réel, plus rien de tangible. Sa respiration se bloqua dans sa gorge alors que le terreur lui broyait le ventre. Elle sentie l'acidité remonter le long de sa trachée et elle s'étouffe presque avec en l'expulsant. Son corps refusait de répondre alors que tout autour d'elle était sombre. La chambre, les toilettes… chez ses parents… tout avait disparu pour ne laisser que des murs en pierres, froids, humides, sombres. Le bruit d'une porte qui explose résonna au loin et, elle le vit dans l'encadrement. Sa forte carrure, sa haute taille, ses poings, aux phalanges écarlates des coups portaient, son odeur poivrée et piquante de tabac froid. Sa respiration se fit sifflante, laborieuse. Sa poitrine se serra d'angoisse alors que son cœur battait si fort,

Ce n'était pas possible. Elle s'était échappée. Elle avait réussi à s'enfuir et, elle suppliait… Elle suppliait comme elle n'avait jamais fourni pour qu'il l'épargne. Pour ne pas y retourner. Pour pas qu'il lui fasse mal. La douleur dans sa tête était atroce. Elle sentait chaque battement résonner entre ses tempes. Sa gorge lui faisait mal, comme ses mains, son corps tout entier alors qu'elle se reculait toujours plus, cherchant inconsciemment une échappatoire aux tortures qu'elle allait endurer, bien qu'elle sache qu'il n'y en avait aucune. Et, malgré toute l'énergie qu'elle mettait à vouloir s'éloigner de lui, Emily le vit quand même s'approcher d'elle, les mains tendues devant lui pour l'attraper entre ses griffes. Elle savait ce qui l'attendait ensuite. Instinctivement, elle hurla. Mendia, et hurla plus fort. Elle ne savait pas si le moindre son sortait d'entre ses lèvres mais, elle continua encore, encore, et, encore. Jusqu'à ce qu'elle soit engourdie. Jusqu'à ce que sa gorge lui fasse tellement mal, qu'elle sentit le sang lui couler le long de la trachée. Jusqu'à ce que, finalement, tout devienne entièrement noir.

Sa respiration était douloureuse, difficile, qu'Emily devait aller la chercher profondément mais, tout sembla redevenir clair pendant un instant. Un très court instant, ou il semble être étendu sur un sol froid et carrelé, sa tête bercée doucement, tendrement. Un tout petit instant, ou elle crut voir le visage de Tara au-dessus du sien, sa voix lui répétant inlassablement les mêmes mots, qui eurent du mal à atteindre son esprit :

- C'est terminé Émily. Vous êtes en sortie. Vous êtes en sécurité, auprès de votre famille. C'est terminé Émily. C'est fini. Respirez profondément, je suis avec vous. Je reste avec vous.

L'instant fut peut-être trop court mais, Emily plongea ses yeux dans ceux de Tara et, cela fut suffisant. Pour la première fois depuis toutes ces semaines ou elle avait commencé sa thérapie avec sa psychiatre, elle se sentait en sécurité. Emily prit une nouvelle inspiration, tremblante, sans lâcher le regard au-dessus d'elle, alors que Tara répétait toujours doucement ces mêmes mots. De nouveaux sanglots secouèrent son corps mais, elle se sentait plus calme. Emily réplique ses genoux, s'enfonçant volontiers dans l'étreinte réconfortante que lui offrais sa psychiatre et, si cette dernière en fut surprise, elle n'eut aucune réaction qui le montra.

Emily coupa vaguement l'impression que Tara communiquait discrètement avec quelqu'un mais, la brune était si fatiguée que cela ne s'enregistra pas dans son esprit. Elle était engourdie, lourde et elle comprit que c'était probablement l'œuvre d'un tranquillisant. Une dose juste assez forte pour la détendre mais, pas assez pour l'assommer complètement. Juste ce qu'il fallait pour lui faire reprendre pied avec la réalité et, Emily ne fut jamais aussi reconnaissante à quelqu'un de lui avoir administré de la drogue. Elle dut, par la suite, s'assoupir quelques minutes car, lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était, de nouveau, dans son lit, les couvertures la recouvrant correctement. Son mal de tête avait diminué, sa nausée a disparu, bien que son estomac semble faire des nœuds. Elle était toujours engourdie mais, plus hystérique. La boule dans sa gorge était toujours présente, la culpabilité, la honte et la terreur la rongeait toujours, cependant, elle était plus alerte qu'elle ne l'avait été depuis des mois, le réel et l'irréel prenant expliqué bien leur place dans son esprit.

Des voix lui parvenaient du petit salon, à quelques pièces de sa chambre. Visiblement, il s'agissait plus d'une dispute, que d'une conversation. Les échanges étaient houleux et enragés. Emily se redressa doucement sur un bras, le sentant trembler sous l'effort. Son corps était faible, épuisé émotionnellement et physiquement, cependant, pour la première fois depuis longtemps, elle sentit la volonté de continuer. D'avancer. Emily repoussa ses couvertures, sortant ses jambes du lit. Elle pose ses pieds nus sur le tapis chaud de sa chambre et pousse un profond soupir. Elle se leva d'un centimètre, avant que ses fesses ne retombent lourdement sur le matelas, ses jambes tremblant sous l'effort. Les cris dans la pièce voisine semblèrent s'intensifier encore et, cela lui donna la détermination de recommencer.

La deuxième fois, Emily y alla plus doucement. Elle prit le temps de mettre plus de force dans ses membres, se tenant à sa table de chevet pour garder l'équilibre. Lorsqu'elle ne sentit plus sa tête tourner sous l'effort, elle envisagea un premier pas le long du lit. Quand elle comprit qu'elle incluait sur ses jambes si elle ne forçait pas trop, Emily s'avança jusqu'à la porte fermée de sa chambre et sortie dans le couloir. Il faisait nuit et, la lumière du petit salon éclairée une partie de l'étage. Bizarrement, Emily coupait l'impression de redevenir une petite fille, quand elle se glissait le long du couloir, épiant les disputes répétitives de ses parents. Elle enferma ces souvenirs dans une boite, au fond de son esprit, éclaircissant autant que possible ses pensées. Elle traverse lentement la distance qui la sépare de la pièce, pénétrant silencieusement dans le petit salon. Si silencieusement, que personne ne la remarque.

Ils étaient tous là. Ses parents, assis autour de la table ronde. Sa psychiatre, faisant face à la baie vitrée, qui produit sur les jardins, les épaules visiblement tendues de fureur. L'inspecteur Colins était toujours présent, semblant enterré dans un fauteuil, accablé par tous les reproches des autres. L'agent Cooper et l'agent Rawson étaient visiblement furibonds de l'initiative inconsciente de l'inspecteur mais, tout ça n'avait pas d'importance. Ils étaient des revenus. Hotch et Rossi ressemblaient à deux statues, leur visage figés dans un masque de rage. Morgan tournait en rond comme un lion en cage. Reid et Garcia étaient à la fois, désemparés et furieux. Et JJ… JJ était droite sur ses pieds face à Colins, les traits tirés par une rage qu'Emily ne lui avait jamais vu. Ses mains étaient serrées en poings, tremblante sous l'effort qu'elle devait mettre, à ne pas lui envoyer en pleine figure. Et, ils continuaient tous de crier.

Chacun hurlait ses reproches, sa colère, sa fureur. Dans un petit coin de son esprit, Emily ne put s'empêcher de se dire que, s'ils n'étaient pas partis, alors rien de tout ça ne serait peut-être arrivé. En même temps, elle savait que c'était égoïste et immature pourtant, cela n'empêchait pas la morsure venimeuse de la rancune, de venir lui mordre l'estomac. Cependant, il y avait quelque chose d'autre dans sa tête, quelque chose de bien plus important pour elle. Quelque chose qui faisait remuer, encore, la faute au fond d'elle. Quelque chose, qui lui donna, à nouveau, la nausée, et fit naître une boule énorme dans le creux de sa gorge. Ce qui avait poussé l'inspecteur Colins à venir jusqu'ici, pour la pousser à parler de son ravisseur.

Emily s'en voulait tellement. Elle aurait dû essayer plus fort. Elle aurait dû l'aider, comme elle avait été aidée. C'était terriblement injuste et, maintenant, elle se sentait horrible d'être ici, en vie. Les larmes coulèrent le long de ses joues sans qu'elle ne cherche à les effacer. Cela faisait bien longtemps, que faire croire qu'elle ne ressentait rien n'avait plus d'importance. Elle prit une petite inspiration et, avant même que cela ne soit enregistré par son cerveau, les mots passèrent la barrière de ses lèvres. Distinction. Plus qu'un souffle expulsé sous le coup d'une émotion trop intense. Des mots pensés, réfléchis.

- Je veux la voir.

Les voix s'arrêtèrent instantanément. Tous se tournèrent vers elle, surprise, choqués, les bouches entrovertes, les yeux écarquillés. Emily ne savait pas si c'était parce qu'elle venait enfin de parler réellement, parce qu'elle était debout, devant eux, ou la demande qu'elle venait de faire mais, ce n'était pas important. En revanche, ce qu'elle voulait l'était, elle en avait besoin, alors, elle le répéta, plus fort, espérer se faire entendre.

- Je veux voir Charly !

oOo

Environ deux heures et trente minutes plus tôt.

Lorsqu'elle a reçu le coup de téléphone, Tara était confortablement installée à son bureau, dans la clinique où elle travaillait, la plupart du temps. Une tasse de thé chaud, aux effluves de menthe, se trouvait sur le côté, alors qu'elle notait consciencieusement le compte rendu de la séance qu'elle venait d'avoir avec son dernier patient. La fin d'après-midi s'installait doucement et, pendant un instant, elle se demanda comment elle allait passer sa soirée. Peut-être, finir le livre qu'elle avait en court ou, alors, un bon bain… Voir les deux.

L'instant suivant, ses pensées la menèrent à Emily, avec qui elle avait une séance le lendemain matin. Tara allait avoir besoin de toute son énergie, du coup, peut-être devrait-elle, plutôt, aller se coucher tôt. Elle n'arrivait toujours à rien avec la jeune femme et, elle soupçonnait que cette dernière avait réellement besoin d'un déclic pour s'ouvrir à elle. Tara avait espéré que le choc émotionnel d'avoir dû quitter, à la fois, sa maison sécuritaire et les personnes qui l'entouraient, suffirait pour débloquer quelque chose en elle mais, ça semblait avoir fait l'inverse. Emily s'était plus renfermée, ne s'accrochant qu'aux petits moments qu'elle arrivait à passer en compagnie de Garcia. Même la faire s'alimenter, commençait à devenir difficile.

Tara posa son stylo sur les pages de son dossier, soupirant doucement. Elle appuya son dos contre le dossier de son fauteuil, attrapant sa tasse de thé et avala une longue gorgée du breuvage. Elle reposait son mug sur le bureau lorsque son téléphone vibrait violement dans une des sacoches de sa besace. Elle se pencha pour l'attraper, bien décidé à ignorer l'appel, suivant ce que ça concernait. Cependant, elle repoussa aussitôt cette idée, quand elle remarqua qui était son interlocuteur. Elle fronça les sourcils, décrochant rapidement et porta l'appareil à son oreille.

- García ?

Tara n'eut pas le temps d'en dire plus. La technicienne débita rapidement un flot de paroles continue, sur un ton affolé, qui commença à s'inquiéter de la psychiatre. Alors que la blonde se perdait dans ses mots, Tara n'eut pas besoin d'entendre que deux noms : Emily et Colins. Si Garcia était aussi paniquée, alors cela ne pouvait signifier qu'une chose : quelque chose s'était passé avec l'inspecteur Colins et, ça n'annonçait rien de bon.

- J'arrive tout de suite ! fini par couper Tara, sautant déjà sur ses pieds.

Elle repoussa violement son fauteuil, attrapant sa besace, qu'elle lança sur une épaule. Elle chercha ses clés dans ses poches, se précipitant sur la porte de son bureau, qu'elle quitta presque en courant. Elle prêta à peine attention aux personnels autour d'elle, tandis qu'elle traversait les couloirs jusqu'à la sortie de la clinique.

- Je serais là dans vingt minutes, Garcia.

Elle raccrocha, se jetant presque à travers les portes battantes. Elle courut jusqu'à sa voiture, l'ouvrit et jeta sa besace sur le siège passager, avant de grimper derrière le volant. Elle n'eut besoin que d'une minute pour mettre le contact et quitter le parking, filant à toute vitesse vers la demeure Prentiss, le cœur au bord des lèvres. Une confrontation avec l'inspecteur Colins, surtout si celui-ci se montrait autoritaire, dominant et furieux, n'allait rien apporter de bon à Emily. Tara commença à craindre le pire pour sa patiente. Cette dernière était émotionnellement trop fragile pour supporter une quelconque rencontre, qui se rapporterait, de près ou de loin, à sa captivité.

Tara n'avait encore jamais eu peur des réactions qu'Emily pourrait avoir envers elle-même. Il ne lui avait jamais semblé que la jeune femme avait des poussées suicidaires, malgré l'horreur qu'elle avait enduré mais, elle n'avait, aussi, jamais été confrontée de façon aussi brutale à ce qu'elle avait vécu. Sa famille l'avait mis sous verre, le protégeant du monde extérieur, des gens et, surtout, de l'enquête en court pour retrouver son tortionnaire. Emily n'avait pas une seule fois été jetée en pâture pour satisfaire le désir professionnel de cet inspecteur un peu trop impétueux et zélé.

Tara arriva rapidement à la demeure Prentiss. Deux voitures étaient déjà stationnées devant, en plus de celle des parents d'Emily. Elle a reconnu parfaitement la décapotable rouge électrique de Garcia, cependant, l'autre lui était inconnu et, elle supposait aussitôt que cela était peut-être celle de l'inspecteur Colins, qui devait toujours se trouver sur les lieux. Tara fut presque désolée pour lui, en sachant l'enfer qui allait s'abattre sur sa tête, lorsque la famille d'Emily arriverait à la maison. Cependant, cela ne dure qu'une seconde. L'instant suivant, ses pensées se focalisèrent sur sa patiente et le peu de compassion qu'elle avait éprouvée pour l'inspecteur s'envola.

Tara sauta presque de sa voiture dès qu'elle fut arrêtée, attrapa sa besace sur le siège et arrière, avant de claquer la portière derrière elle. Elle se précipita sur la porte d'entrée, n'attendant pas que quelqu'un vienne lui ouvrir pour pénétrer dans la maison aussi vite qu'elle le pouvait. Elle connaissait le chemin jusqu'au premier étage, là où se trouvait la chambre d'Emily, qui avait abrité la plupart de leur séance. Elle croise la gouvernante, en larmes, dans les marches d'escaliers, lui faisant accélérer le pas. Elle retrouvant, essoufflée, les parents d'Emily devant la porte de la chambre, ainsi que Garcia, transi d'angoisse.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Tara, inquiète, reprenant son souffle après sa course.

- La porte est fermée à clef, a répondu la technicienne.

La psychiatre porte brièvement son regard sur Elizabeth et Richard. C'est derniers affichés un visage fermé, presque détaché, qui mis Tara mal à l'aise et en colère. Cependant, elle ne voulait pas s'en prendre aux deux personnes, alors elle se détourna d'eux, son portant regard sur Garcia.

- Vous avez essayé de l'appeler ? demande-t-elle.

- Elle ne répond pas, souffla la blonde, les larmes coulant involontairement sur ses joues.

Tara fronça les sourcils. Elle était vraiment certaine qu'Emily n'avait jamais montré aucun signe suicidaire. Même JJ et les autres lui avaient confirmé qu'au contraire, la brune semblait plutôt calme sur ce point. En revanche, jamais elle n'avait eu à se retrouver seule face à ses démons et Tara savait combien il était très facile de plonger dans un flash du passé. Un son, une musique, un mot, une situation… Emily était psychologiquement assez instable, pour que quelque chose d'aussi simple la plonge brutalement dans des hallucinations plus vraies que nature.

- Je dois entrer, fit décrit Tara, son inquiétude crevant le plafond. Vous n'avez pas une autre clef ?

- Notre gouvernante est partie la chercher, répondit Elizabeth.

Tara allait répondre combien de temps ça pouvait lui prendre pour faire ça mais, elle fut interrompue par un cri douloureux qui perça les murs de la chambre.

- Oh mon dieu ! expira fortement Garcia. Oh mon dieu ! Emily ! Emily ! Ouvre-nous, je t'en prie !

- Elle ne nous entend pas, souffla Tara, sentant le souffle du professionnalisme prendre le dessus sur son inquiétude.

- Quoi ? Comment ça ? demanda Garcia.

- Je dois entrer ! répéta Tara, ignorant la technicienne.

Un bruit de course se fit entendre des escaliers mais, la psychiatre n'y prêta aucune attention.

- Fracassez cette foutue porte ! s'exclama-t-elle, se tournant vers le père d'Emily. Je dois entrer immédiatement !

Richard hésita une seconde de trop, tandis que Morgan et Hotch déboulaient en courant entre eux. Visiblement, ils avaient compris la situation, car ils se concertèrent d'un coup d'œil rapide avant que, chacun leur tour, ils percutent la porte de la chambre de leur épaule. La deuxième fois, elle céda, Morgan se faisant emporter sous l'élan et la force qu'il y avait mis.

Aussitôt, de violents bruits de vomissements, des gémissements et des sanglots déchirant percèrent le silence assourdissant. Tara n'eut pas le temps de dire à Morgan de reculer, que l'homme se précipitait déjà dans la salle de bain.

- Morgan ! Non ! Ne vous approchez pas ! essaya-t-elle.

Mais le profiler ne l'écouta pas. Il pénétra dans la salle de bain, Tara sur les serres, le percutant presque lorsqu'il s'arrêta instantanément. La scène sembla se passer au ralentie et, la psychiatre en saisie chaque instant une seconde plus vite que Morgan, son cerveau agissant de façon plus professionnelle, que personnelle.

Emily était à genou, sur le sol. Un mélange de salive, de vomi et de sang recouvrait la cuvette des toilettes, ses mains, ainsi que le carrelage autour d'elle. Emily relèva sa tête vers eux, les yeux écarquillés, le regard flou, humide, terrifié. Son corps était à la fois, tendu comme un arc et tremblant. Emily était terrorisée, prisonnière de son propre esprit. Une forte odeur d'urine se fit sentir, alors qu'une flaque apparaissait autour de la brune, sur le sol. Elle ne s'en rend même pas compte mais, cela semble réveiller Morgan, qui bouge sur ses pieds.

Du coin de l'œil, Tara vit JJ et les autres s'avancer, qu'elle arrêta silencieusement d'une main. Cependant, elle n'eut pas le temps d'empêcher Morgan de faire un pas vers Emily. La respiration de cette dernière, infime jusque-là, est devenue sifflante, erratique. Puis, tout se passa en un quart de seconde. Emily écarquilla les yeux, ouvrant la bouche sur un souffle saccadé, secouant la tête de droite à gauche. Elle recula violemment sur le sol, ses mains glissant dans les fluides répandus autour d'elle, sans qu'elle n'y prête la moindre attention.

- Emily ? souffla Morgan, tentant encore un pas vers elle.

La réaction de celle-ci fut immédiate. Elle recula encore, se cognant brutalement contre le mur carrelé derrière elle. Un couinement sortit de sa gorge. Instinctivement, Morgan leva les mains, dans l'espoir de l'apaiser mais, l'effet fut inverse.

- NON ! NON ! NON ! PITIE ! PITIÉ, NON !

Les hurlements tétanisèrent Morgan sur place. L'homme s'arrêta de bouger, n'essayant même plus d'esquisser le moindre mouvement vers Emily. Ils glaçèrent le sang de Tara, qui porta aussitôt son attention sur la brune, au sol. Son cœur se serra douloureusement à la vision de sa patiente, recroquevillée par terre, les jambes repliées sous elle, les bras près de son visage, anticipant les coups. Elle sanglotait, hurlait, suppliait et gémissait, son souffle se perdant dans une respiration sifflante et difficile. Il ne fallait qu'une seconde supplémentaire à la psychiatre, pour passer en mode professionnel et prendre les choses en mains. Elle se décala sur le côté de la porte, englobant toutes les personnes autour dans son champ de vision.

- Sortez ! Sortez tous ! s'exclama-t-elle d'un ton ferme et distinct.

En dehors de Morgan, tous les regards se portèrent sur elle, cependant, cette fois, elle ne cilla devant aucun. Elle ne leur accorda qu'un instant son attention, puis reporta son attention sur Emily. Elle pénétra dans la salle de bain, surpassant Morgan sans le regarder. Tara ne pris pas le temps de réfléchir, avant de s'agenouiller sur le sol. Ce qui inquiétait le plus la psychiatre, ce n'était pas les cris ou les sanglots hystériques qui sortaient d'Emily mais, plutôt, cette respiration perdue, qu'elle n'arrivait pas à reprendre. Elle hyperventilait sous la terreur qui la tétanisait, ce qui rendait la tâche encore plus difficile à son esprit, de réussir à faire la différence entre hallucination et réalité.

Tara pinça les lèvres, se mordant l'intérieur d'une joue de colère. Elle n'avait pas d'autre choix que de calmer sa patiente à l'aide d'un tranquillisant. Aucun mot, aucune voix n'arriverait à atteindre la profondeur dans laquelle elle s'était enfoncée. Elle ouvrit sa besace, qu'elle n'avait pas lâchée depuis qu'elle était arrivée à la demeure Prentiss. Elle savait parfaitement ce qu'elle devait attraper et, elle ne perdait pas de temps à chercher. C'est quand elle sort une boite en métal et l'ouvrit, pour attraper une petite seringue, qu'elle se rend compte que Morgan se trouve toujours dans l'embrasure de la porte. Tara croisa son regard une seconde, avant de porter son attention sur Emily, dont la respiration sifflante lui a prouvé des sueurs froides. Elle lui injecta aussi doucement que possible le calmant avant de parler doucement, espérant atteindre, d'une façon ou d'une autre, les méandres de l'esprit de sa patiente. Elle espère que sa voix arrive à percer l'hallucination que l'esprit d'Emily avait créé, suite à un stimuli émotionnel trop intense.

- C'est terminé Émily. Vous êtes en sortie. Vous êtes en sécurité, auprès de votre famille. C'est terminé Émily. C'est fini. Respirez profondément, je suis avec vous. Je reste avec vous.

Elle répéta inlassablement les mêmes mots, prenant une intonation douce et lente, répétitive, prenant à peine conscience que Morgan était parti, à son tour. Lorsque Tara vit le corps d'Emily a commencé à s'affaisser doucement, le calmant faisant son effet, elle la rattrapa entre ses bras, l'amenant lentement contre elle. Le souffle de sa patiente se fit plus profond, sa respiration plus lente, régulière et moins sifflante. Instinctivement, Tara passe ses doigts dans les mèches noires, les lissant tendrement derrière l'oreille, chuchotant encore et encore les mêmes mots apaisants.

Le nez d'Emily était contre son ventre, ses yeux papillonnèrent, ses doigts se contractèrent. Tara la regarda reprendre tranquillement conscience avec son environnement. Le calmant n'était pas le plus fort qu'elle avait en réserve, juste assez pour l'assoupir et permettre à son corps de reprendre le contrôle. Cela dure quelques minutes de plus avant qu'elle ne remarque le changement. Ça ne dura qu'un instant, un très court instant mais, les prunelles noires d'Emily se braquèrent sur elle, claires, lucides, alors qu'elle répétait lentement les mêmes mots, encore. Cela ne dure qu'un instant, pourtant, Tara y lut plus de choisi qu'elle ne l'avait fait pendant que c'est derniers mois de thérapie. Pour la première fois, la psychiatre crut voir une lueur de reconnaissance, de calme et de confiance dans les orbes normalement vides et ternes d'Emily. Elle n'en était pas certain mais, il lui semble avoir passé une étape importante dans sa relation avec sa patiente.

Emily referma les yeux presque aussitôt, s'affaissant contre Tara. Celle-ci jugea que c'était le bon moment pour prendre soin de sa patiente. Elle la dépose doucement sur le côté du sol non souillé, partant attraper des vêtements propres dans la chambre. Elle s'empara d'un gant et d'une serviette propre, boucha le lavabo et le rempli d'eau tiède. Cela lui a pris de longues minutes pour nettoyer et changer Emily mais, Tara fut plus sereine en la glissant dans son lit. Ça avait été effroyable de constater de ses yeux le maigreur de la brune, à un tel point, que le psychiatre n'avait même pas eue à forcer pour le transporteur. Elle se lave ensuite les mains, récupérant sa besace, qu'elle nettoya à l'aide d'un gant. Ses yeux finirent par se poser sur les fluides connus sur le sol de la salle de bain, s'attardant sur les taches de sang. Elle pinça les lèvres, quittant les appartements d'Emily.

Tara referma doucement la porte derrière elle et suivis le son des voix, à l'autre bout du couloir. Elle serra durement la mâchoire, lorsqu'elle se rendit compte que l'inspecteur Colins était toujours présent, lui aussi. Lorsqu'elle pénétra dans le petit salon, son pantalon et les manches de son chemisier étaient encore humides de vomi et d'eau. Elle sentait mauvais et, elle n'aurait dû avoir envie que de rentrer chez elle et prendre une douche pourtant, c'est une bouffée de colère qui l'anima et la poussa à rester.

Personne ne fit attention à son arrivée, jusqu'à ce qu'elle pose un peu bruyamment son sac sur la table ronde, à l'entrée de la pièce. Cela attira aussitôt les regards sur elle, se retrouvant en premier, face à JJ et Morgan.

- Comment va Emily ? demanda aussitôt la blonde, l'inquiétude perçante dans sa voix.

- Pour l'instant, elle est assoupie, a répondu Tara. Elle a retrouvé sa lucidité. Lorsqu'elle se réveillera, elle devrait être calme.

JJ porta ses mains serrées à ses lèvres, déglutissant difficilement. En jetant un coup d'œil aux autres personnes dans la pièce, la psychiatre se rendit compte que la dernière heure avait été éprouvante pour tous. En dehors de JJ, le plus marqué était Morgan, se tenant sur le côté, un regard hanté portait dans le vide. Les parents d'Emily étaient assis sur les fauteuils du petit salon, droits, leur visage fermé à toutes les émotions, pourtant, Tara eu l'impression de voir une lueur de trouble, qu'elle n'avait encore jamais vue.

Reid et Garcia semblaient soulagés d'entendre des nouvelles de leur amie, bien que toujours un peu déboussolés. Hotch et Rossi se tenaient, debout, sur un côté du canapé, l'un les sourcils froncés visiblement difficile à contenir sa colère, l'autre, stoïque et froid. Le regard des deux hommes se posa sur la silhouette vouté d'un homme, que Tara a reconnu.

L'inspecteur Colins était assis sur le canapé, les cours cheveux décoiffés, comme s'il avait passé plusieurs fois ses mains dedans. Il avait appuyé ses coudes contre ses genoux, supposé prendre sa tête en avant. Tara était bien incapable d'analyser objectivement la posture de l'homme, alors qu'une froide colère lui nouait le ventre.

- A quoi pensiez-vous ?! souffla-t-elle envers Colins, qui relèva son attention vers elle.

L'homme secoua la tête, ouvrant la bouche pour répondre mais, elle le coupa avant.

- Je vous avais bien précisée, qu'elle n'était pas en état pour être interrogée !

- J'avais besoin de réponses, grinça Colins, comme s'il avait déjà répété ce mantra pendant la dernière demi-heure.

- Au détriment de la santé mentale et physique de ma patiente !

- Votre patiente est un témoin clé dans une affaire en cours, riposte Colins. Une affaire qui prend une envergure démesurée et, dans laquelle nous n'avançons pas. Je devais essayer quelque chose !

- Je ne tolère pas ces méthodes. J'ai dit aux agents qui travaillent avec vous, qu'Emily n'est absolument pas prête à supporter un quelconque interrogatoire, peu importe que cela vous plaise ou non.

- L'Agent Cooper vous a, pourtant, formellement interdit d'agir inconsidérément envers Emily, intervint froidement Hotch.

- L'Agent Cooper n'est pas mon supérieur ! Grogna Colins.

- Non, mais il est celui en charge de l'enquête, actuellement, a répondu Rossi. Il est référera à votre supérieur dès demain matin.

- Je n'ai fait que mon travail ! pesta Colins.

- Lui et l'Agent Rawson vont venir vous chercher… Vous pourrez leur répéter ceci autant que vous voudrez pour vous décharger de votre sentiment de culpabilité, répondit le plus vieux des profileurs.

- Je ne ressens aucune culpabilité… j'ai fait ce qu'il fallait !

Aussi vive que l'éclair, JJ se retrouve face à l'inspecteur. Ce dernier ne fut épargné, uniquement parce que Hotch, qui se trouvait pile à côté, intervint au bon moment, interceptant la blonde avant qu'elle ne comète une folie. Elle serra les dents, maudissant Hotch mais, cela ne l'empêcha pas d'exploser envers l'homme assis.

- Vous n'êtes qu'une ordure ! n'avez-vous pas un peu de compassion ?! Si ce n'est pas le cas, alors il est temps pour vous de changer de métier.

Colins relèva son regard dans le sien, ferme et froid. Pourtant, il brillait une lueur fatiguée dans ce regard morne.

- Ma compassion s'est envolée, lorsque dans la même journée, nous avons retrouvé le cadavre récent d'une nouvelle victime inconnue, portant seulement le numéro 12, comme preuve que c'est bien l'œuvre de notre homme, et que nous avons appris, dans la foulée, qu'une nouvelle femme venait de disparaître. Au vu de la description physique de celle-ci, il était évident que votre amie, en tant que victime numéro 13…

- Elle n'est qu'un numéro pour vous ! Fulmina Morgan, s'emportant à son tour.

Colins pinça les lèvres et secoua la tête. JJ se dégagea des bras de Hotch, prenant de la distance avec cet homme, qui la dégoutait. Des pas lourds se firent entendre et, tous tournèrent instinctivement la tête vers la porte du salon. Les Agents Cooper et Rawson entrèrent chacun leur tour, des mines dures et fermées assombrissant leur visage. Ils semblaient furieux et porter le poids du monde sur leurs épaules. Les différends Agents déjà présents dans la pièce comprenaient parfaitement la situation dans laquelle ils se distinguaient pourtant, cela n'amoindris pas leurs propres sentiments vis-à-vis de l'échec de leurs collègues à garder Emily en sécurité pendant leur absence.

L'Agent Cooper se dirigea aussitôt vers Hotch et Rossi tandis que Rawson restait en retrait, son regard enflammé posé sur Colins. Il adresse un vague hochement de tête à Morgan, qui se contente de l'ignorer, rejoignant JJ. Cooper, Hotch et Rossi échangèrent quelques mots, aussi discrètement que possible, avant que Hotch n'y mette fin en affirmant qu'il se trouverait dans les bureaux des locaux le lendemain matin, à la première heure. Après ça, Cooper acquiesça, et se tourna vers Colins.

- A quoi pensiez-vous !? nous n'avons aucune preuve qu'il s'agit de la même affaire.

- Elle correspond à la description ! clama Colins. Elle doit coopérer, qu'elle le veille ou non !

- Il n'est pas question de vouloir, intervint Tara, le ventre noué par la colère. Elle ne peut pas ! Pour l'instant, son esprit est bloqué dans son traumatisme. La forcer à réveiller ses souvenirs, c'est la replonger en enfer.

- Une victime dépend de ce qu'elle pourrait nous révéler !

- Parce que, maintenant, les victimes ont de l'importance pour vous ! s'écria JJ. Jusqu'à présent, elles n'étaient toutes que des numéros.

La colère monta encore d'un cran dans la pièce, si c'était possible. Puis, cela claqua comme un fouet dans l'air. Le son d'une voix. Une voix que la plupart n'avait plus entendue depuis des mois mais, qu'ils reconnurent tous instantanément, bien que l'intonation ait changée. Une voix qui les saisit tous, le cœur bondissant de surprise, avant qu'ils ne comprennent enfin le sens des mots. Ce n'est que lorsqu'elle se répétât, avec plus d'assurance, que cela imprégna leur cerveau.

- Je veux voir Charly !

Ils se tournèrent vers elle. Emily était là, debout devant eux, semblant minuscule dans son pull trop grand pour son corps trop maigre. Ses bras étaient serrés autour d'elle, ses yeux, tristes, brillants de larmes, les regardaient chacun leur tour, s'attardant plus sur ses amis, comme si elle se gavait de la vision de les revoir autour d'elle. Elle tenait précairement sur ses jambes flageolantes de fatigue. Sa respiration était lourde, mais régulière. Elle était calme et, la crise de précédemment semblait être un lointain souvenir, bien que toujours fraiche dans leur esprit. Morgan la fixait, les épaules tendues, hésitant sur ce qu'il devait faire. Il était indécis, terrifié. Tara compris parfaitement son mal-être. Elle les observa tous tranquillement et, pour la première fois depuis le début de tout ça, elle put lire dans chacun d'eux sans difficulté.

La psychiatre pensait que les premiers à réagir seraient les parents de la brune pourtant, ces derniers restèrent sans bouger, tétanisés sur leur chaise. C'est JJ qui s'avança enfin vers Emily. Celle-ci était prête à tomber au sol et la blonde s'approcha, tendant une main hésitante vers son amie. Elle resta en suspend une seconde avant de glisser ses doigts le long du bras d'Emily. Ensuite, elle ne bougea plus, sa main restant là, tendrement, sur l'épaule. Elles échangèrent seulement un long regard et cela interpella, à nouveau, Tara. Elle se souvint de cette lueur qu'elle avait cru voir deux semaines auparavant, qui avait soulevé de rapides questions en elle. Maintenant, elle avait compris. L'échange fut rapidement finit lorsque Cooper incita Colins à partir avec lui et Rawson. De quelques mots, Hotch et Rossi annoncèrent aussi leur départ à tous, ce qui poussa JJ à entrainer Emily dans la chambre pour rassembler ses affaires. Epuisée, Tara pris elle-même congé, sans oublier de leur fixer un rendez-vous le plus vite possible.