ndla : yolo ça part en publi' de dernière minute. ce texte a été écrit pour le thème n°6 (si j'ai bien compté au secours) « mal » de la nuit du Fof d'Août 2024. j'ai pris ce thème sur le mode "mal faire les choses et (se) faire du mal", avec un certain nombre de déclinaisons propres à Sakura et Ino.


Le soleil décroît, éparpillant ses dernières lueurs de bronze sur la ligne d'horizon. Comme Ino l'avait prédit, Kiba et Lee, dans leur tentative de pêcher à la main, ont offert un spectacle divertissant au reste du groupe. Tenten, cependant, a suscité l'étonnement et l'admiration de tous en montrant un certain talent pour la pêche au harpon. Elle allume à présent le feu avec Hinata, tandis que Chōji fabrique une broche rudimentaire, sur laquelle ils feront griller les poissons. Ino, assise à l'entrée de la tente qu'elle partage avec Sakura, enduit sa peau brunie de beurre de mangue – la brise du soir s'imprègne de l'odeur sucrée et velouteuse, et la disperse aux alentours. Neji et Shikamaru jouent au shōgi sous l'œil curieux de la disciple de Tsunade, qui s'efforce de comprendre les règles, les mouvements de chaque pièce, les stratégies mises en place… Shino, qui observe lui aussi la partie, commente et explicite pour elle ce que font les joueurs – il semble y trouver une certaine satisfaction, contrairement aux deux autres, qui échangent des œillades agacées.

« Je pensais que t'irais aider les autres, souligne Shikamaru.

– Pardon ?

– Non mais j'me disais…

– Parce que je suis une fille ? siffle Sakura en levant le poing. Je suis sûre que c'est même pas Ino qui cuisine le plus, pendant les missions.

– Non, c'est vrai. »

Elle se rappelle que, lors des quelques missions que l'équipe Sept a effectuées, c'était le plus souvent Sasuke qui endossait la charge de cuisiner. Elle a toujours proposé son aide, et il l'a toujours refusée, assurant qu'il préférait faire les choses à sa manière. Sans doute pressentait-il son incompétence dans ce domaine. Sa mère lui a appris, pourtant, et s'échine encore à lui transmettre ces savoirs que sa propre mère lui a légués – en vain. Il y a toujours quelque chose qui tourne mal quand Sakura essaye de préparer un plat.

« Et je suis sûre, ajoute-t-elle, qu'avec elle tu te permets pas ce genre de réflexion.

– Sur le long terme, ça vaut effectivement mieux pour ma tranquillité d'esprit. »


Sakura ne tarde pas à aller se coucher – à vrai dire, elle parcourt distraitement quelques pages du roman qu'elle lit en ce moment. Elle entend, dehors, le crépitement du feu mourant et les murmures subreptices – parfois, un éclat de rire résonne dans le calme des alentours. Elle se demande, bien sûr, ce que se racontent ceux qui veillent encore – se confient-ils leurs rêves les plus insensés ? se dévoilent-ils leurs amours muettes ? Oh, comme elle aimerait savoir. Mais, sans la faveur d'Ino, elle se sent tout à fait étrangère à ce petit regroupement.

Finalement elle se résigne à dormir et éteint la lanterne suspendue au sommet de la tente.

Elle ne trouve pas le sommeil. Les ondoiements et tournoiements de ses pensées la tiennent éveillée et font enfler en elle une indignation brûlante. Ainsi entend-elle, bien plus tard dans la nuit, sa camarade se glisser à l'intérieur, refermer les pans de leur tente…

« Sakura ? souffle-t-elle. Tu dors ? … Je parie que tu fais semblant. »

L'intéressée ne bronche pas. Elle devine, aux remuements qu'elle sent dans son dos, qu'Ino se change avant de s'allonger derrière elle.

« Ecoute, je suis désolée pour tout à l'heure. Je voulais pas dire… »

Elle ouvre les yeux et se retourne brusquement, de façon à lui faire face.

« Alors pourquoi tu l'as dit ? interrompt-elle.

– Je sais pas…

– Mais tu sais que ça me fait du mal, quand tu dis des trucs comme ça… Tu le sais – c'est ça que je comprends pas. »

Ino ne comprend pas non plus. Elle est incapable d'exprimer la foultitude d'émotions que maquille cette malveillance cinglante et condescendante. Parfois, il lui semble qu'il est plus facile d'être mauvais que sincère. Elle n'aurait peut-être même pas consenti à présenter ses excuses, si ses coéquipiers ne l'y avaient pas incitée.
« Pourquoi tu remets en question mon amour pour Sasuke-kun ?

– Parce que tu remets mes sentiments en question.

– Mais pas du tout ! Comment je pourrais… »

Un bruit de craquement lourd, répété, coupe court à leur conversation. Toutes deux se considèrent d'un même air alarmé, se taisent et tendent l'oreille durant de longues secondes. Quelque chose, quelqu'un, furète dans un sac, après quoi, à nouveau, un craquement bref et léger, presque métallique, se fait entendre. Soulagée, Ino laisse échapper un ricanement : elle reconnaît le son que font les paquets de chips de Chōji, lorsqu'il les ouvre.

« N'empêche, reprend Sakura, tout à la fois sérieuse et moqueuse, pour quelqu'un dont les techniques impliquent de contrôler et lire les esprits, t'es trop nulle pour exprimer tes sentiments.

– Je refuse d'entendre ça de la part de quelqu'un qui préfère cogner que parler.

– Ça sert à rien de parler aux débiles. »

Ino effleure la joue de son amie, narquoise – vaguement fascinée. A-t-elle toujours renfermé en elle cette impétuosité sévère, cette impatience brusque ? Bientôt elle sera redoutable. Terrifiante.

Cette nuit néanmoins, elle s'endort sur sa poitrine, bercée par leurs chuchotements.