Chapitre 60
La Marque brûla.
Severus Rogue se redressa brusquement, ses doigts crispés sur l'accoudoir de son fauteuil. Une douleur fulgurante irradiait son bras gauche, un ordre silencieux gravé dans sa chair. Sans un mot, il repoussa les copies qu'il corrigeait et se leva. Il attrapa son masque et ses vêtements de Mangemort avant de se diriger vers les grilles de Poudlard. Un instant plus tard, il disparut.
Le lieu où il réapparut n'était pas le manoir Malefoy. Voldemort changeait fréquemment de repaire, et cette fois, il avait convoqué ses serviteurs dans une vieille demeure en ruine, vestige d'un ancien lignage sorcier tombé dans l'oubli. La pièce était vaste mais délabrée, baignée d'une lumière tremblotante. Les murs fissurés semblaient sur le point de s'effondrer, et pourtant, l'aura oppressante du Seigneur des Ténèbres occupait tout l'espace. Au centre, immobile comme une statue d'ébène, Voldemort attendait.
Non loin de lui, Bellatrix Lestrange était adossée à un pilier, son sourire tordu s'élargissant à la vue de Rogue. Ses longs doigts osseux tambourinaient sur sa baguette avec une impatience fiévreuse.
Lorsqu'il fit un pas en avant, elle se redressa, un sourire tordu étirant ses lèvres.
— Enfin, Severus, tu prends ton temps…
Elle inclina la tête, son regard brillant d'une excitation malsaine.
— Est-ce que tu ferais passer ton idiote d'épouse avant ton Maître ?
Elle gloussa doucement, mais ses yeux, eux, ne riaient pas. Elle savourait chaque mot, chaque provocation. Rogue ne lui offrit même pas un regard et s'inclina profondément devant Voldemort.
— Seigneur.
Voldemort ne répondit pas immédiatement. Son regard rouge sang l'observa un instant, pesant. Puis il brisa le silence, d'une voix aussi douce que venimeuse.
— Où est ta femme ?
Rogue redressa la tête, maîtrisant chaque muscle de son visage pour ne rien laisser paraître.
— À Poudlard, Maître.
— Et où en est-elle avec les centaures ?
Bellatrix redressa légèrement le menton, comme un prédateur flairant une proie. Rogue, lui, garda sa voix neutre.
— Ils ne veulent pas de nous, Seigneur. Ils refusent de s'impliquer dans cette guerre.
Voldemort ne cilla pas.
— Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
Le silence s'épaissit. Rogue savait qu'il devait peser ses mots avec soin.
— Elle a tenté d'obtenir leur confiance, mais ils la repoussent. Elle ne pourra pas en capturer un si elle ne s'approche pas assez d'eux.
Il marqua une pause, puis, comme s'il réfléchissait tout haut :
— Je crains qu'ils n'aient perçu… quelque chose.
Voldemort haussa un sourcil qu'il n'avait pas.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Ma femme n'est pas une innocente, Maître. Elle a déjà tué. Peut-être ont-ils senti cette marque en elle. Ils sont méfiants envers ceux dont l'âme porte des cicatrices.
Bellatrix éclata d'un rire moqueur, ses yeux brûlant d'un plaisir malsain.
— Vraiment ? murmura-t-elle, son sourire carnassier s'élargissant. Ta femme est une incapable, une lâche, une insignifiante erreur. Qui a-t-elle tué, à part ton honneur, Severus ?
Elle fit mine de s'intéresser à la question, caressant sa baguette d'un air pensif.
— Peut-être l'as-tu simplement imaginé ? Un dernier espoir de lui accorder une quelconque valeur ?
Son rire sifflant résonna dans la pièce, mais Rogue resta impassible. Voldemort, lui, n'avait pas bougé d'un pouce.
— Ramène-la-moi.
Les mâchoires de Rogue se contractèrent imperceptiblement. Voldemort inspira lentement.
— Maître, elle—
— Ramène-la-moi.
Son ton n'admettait aucune discussion. Rogue s'inclina et transplana.
oOoOo
Brittany leva brusquement les yeux lorsqu'il entra dans leurs appartements. Elle s'apprêtait à le confronter, à lui demander s'il comptait l'ignorer longtemps, à lui promettre de ne plus aller voir les centaures s'il cessait de lui en vouloir. Mais elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit.
— Viens.
Il ne la regardait pas. Il n'attendait pas de réponse. Elle le suivit à l'extérieur sans un mot, et lorsqu'ils passèrent les grilles, elle comprit. Elle hésita une fraction de seconde, non pas par peur de ce qui l'attendait, mais parce que, après ces jours de silence, le simple fait de le toucher réveillait une douleur qu'elle aurait préféré ignorer. Elle aurait voulu enserrer sa taille, sentir sa chaleur. Mais il lui saisit simplement le bras, mécaniquement, comme il l''aurait fait avec un étranger. Un instant, elle espéra qu'il resserrerait sa prise. Qu'il lui donnerait un signe. Il n'en fit rien.
L'atmosphère était suffocante. Le regard de Voldemort se posa sur elle. Mais elle ne put s'attarder sur lui, car à quelques pas, Bellatrix l'observait déjà. Elle l'observait avec un intérêt cruel, ses lèvres étirées dans un sourire mauvais, la tête légèrement penchée sur le côté, comme si elle jaugeait une proie fragile.
— Brittany… souffla Voldemort, d'un ton presque caressant. Où en es-tu avec les centaures?
Le silence s'installa.
— Elle ne parle pas, Maître, susurra Bellatrix. Vous le savez bien… mais peut-être que nous pourrions la faire chanter ?
Voldemort observa son visage quelques instants, puis son expression changea légèrement. Un amusement passa dans ses yeux.
— Montre-moi.
Brittany sentit son estomac se tordre. Elle savait ce qui allait suivre. Elle ferma les yeux une fraction de seconde, cherchant à canaliser son esprit. Elle devait verrouiller certaines choses. Drago. Et surtout Graup. Ils étaient retournés dans la Forêt Interdite plusieurs fois avec Hagrid, à chaque fois elle avait ressenti la présence de Fumseck. Elle se rappela surtout ce moment où le géant avait tendu sa main immense devant elle. Elle avait hésité, puis avait lentement avancé et posé ses doigts contre sa peau rugueuse. Dans un mouvement si fluide qu'il en devenait irréel, Graup avait refermé sa paume autour d'elle et l'avait soulevé. Brittany avait senti Hagrid se tendre, mais le géant n'avait pas serré ses doigts. Il l'avait tenu, comme quelque chose de fragile, comme s'il craignait de la briser. Elle n'avait alors jamais rien ressenti de tel. Elle n'avait plus été effrayée. Elle ne s'était plus sentie en danger. Elle s'était sentie acceptée. Si elle avait songé un instant vendre le géant à la place des centaures à Voldemort, il n'en était plus question à présent.
Elle imagina une barrière, un mur mental infranchissable, qu'elle dressa autour d'eux. Elle n'eut pas le temps de renforcer plus ses défenses.
— Legilimens.
Une tempête envahit son esprit. Des images défilèrent à une vitesse vertigineuse. Les heures passées à observer les centaures. L'échec. La frustration. L'incertitude. Elle serra les dents. Elle ne devait pas penser à Graup. Elle ne devait pas penser à Drago. Il ne devait pas voir non plus à quel point son mari était en colère après elle. Mais Voldemort fouillait. Brittany sentit la sueur perler sur sa nuque. Puis, soudainement, la pression s'arrêta.
— Inutile.
Le mot claqua comme un fouet. Bellatrix laissa échapper un soupir moqueur.
— Je l'avais dit, Maître. Elle ne sert à rien…
Voldemort baissa les yeux vers Rogue.
— Severus.
Rogue savait qu'il n'allait pas passer un bon moment. Sa voix était presque lasse, comme s'il parlait d'un objet défectueux qu'on lui avait vendu.
— Est-ce donc cela… ta loyauté ? Des choix bancals, des jugements erronés ?.
Un silence tendu s'installa. Puis, d'une voix presque affectueuse :
— Peut-être t'ai-je trop accordé, Severus. Peut-être… est-il temps de réévaluer ce que tu vaux réellement.
Puis, d'un geste fluide, il leva sa baguette.
— Doloris.
La douleur explosa dans chaque nerf de son corps. Il ne cria pas, mais Brittany vit son corps se crisper sous l'intensité de la torture.
— Plus fort, Maître, susurra-t-elle. Faites-le hurler…
Brittany sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes. Elle ne devait pas crier. Ne devait pas bouger. Mais elle voulait courir vers lui, le protéger, l'arracher à cette souffrance. Elle fit un pas en avant, une détresse sourde grondant dans sa poitrine, mais son corps se retrouva entravé. Baguette levée, Bellatrix l'avait paralysé d'un simple Stupéfix, savourant la scène.
— Oh, non, non, non… Bellatrix rit doucement, la voix mielleuse. Tu ne voudrais pas t'interposer, n'est-ce pas, ma chère ?
Elle pencha légèrement la tête, détaillant Brittany comme une bête curieuse.
— Regarde-la. Petite, chétive, incapable d'aligner trois mots… Comment un être aussi pathétique aurait-il pu répandre le sang ? Tu es sûr qu'elle a tué, Severus ? Ou est-ce encore l'un de tes mensonges ?
Elle fit claquer sa langue, faussement attristée.
— On dirait une enfant perdue. Ça ne m'étonnerait pas que les centaures aient senti son incompétence à des kilomètres…
Puis, d'un coup, la douleur s'arrêta. Voldemort abaissa lentement sa baguette. Rogue haleta, à bout de forces et Voldemort s'accroupit lentement devant lui, sa baguette effleurant son menton.
— Je n'ai pas besoin de faibles, Severus.
Un silence s'étira.
—J'espère que tu n'as pas oublié ce que cela signifie… servir. L'échec n'a pas sa place parmi mes rangs.
Rogue redressa la tête, son regard noir brûlant d'une haine contenue.
— Si cette femme ne se montre pas à la hauteur… fais en sorte qu'elle le devienne. Ou débarrasse-moi d'elle.
— Bien sûr, Maître.
Voldemort se tourna lentement vers Brittany.
— Sortez. Je ne veux plus vous voir avant qu'elle n'ait quelque chose d'utile à m'apporter.
Rogue se releva tant bien que mal, attrapa Brittany par le bras sans douceur et transplana immédiatement. Ils réapparurent à Poudlard dans un claquement sec.
La jeune femme fit un pas en avant, mais Rogue recula immédiatement, levant la main pour l'arrêter. Elle ouvrit la bouche, mais il ne lui laissa pas le temps.
— Ne. Dis. Rien.
Son ton était tranchant, glacial. Il ne voulait pas l'entendre. Il savait ce qu'elle allait dire. Qu'elle devait réussir. Qu'elle ne supporterait pas de le voir souffrir à cause d'elle. Mais il ne voulait pas qu'elle fasse quoi que ce soit. Il voulait qu'elle s'éloigne. Qu'elle reste en dehors de tout ça.
Il serra les dents. Il voyait ses larmes. Et cela lui faisait mal. Mais il ne devait pas flancher. Il ne voyait même pas qu'elle avait déjà capitulé.
— Rentre.
Il la dépassa et se dirigea à grandes enjambées vers le bureau du directeur. Brittany resta figée un instant. Elle porta une main tremblante à sa bouche. Il avait été puni pour elle. Pour son échec.
