Bonjour, bonjour !

Maeva, un immense merci pour ton commentaire qui m'a vraiment touchée. Je me suis totalement reconnue quand tu dis que tu t'es retenue de lire au boulot — je suis pareille ! Quand je tombe sur une histoire qui me passionne, j'ai toutes les peines du monde à décrocher… Alors savoir que mon histoire peut provoquer ce genre d'enthousiasme, c'est à la fois hyper flatteur et très émouvant pour moi. Merci de me le faire ressentir ❤️

Et Jazzy, merci mille fois pour ta fidélité, toujours au rendez-vous ! Tu as l'œil, effectivement, Dumbledore a un rôle à jouer… enfin, peut-être !

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira (malgré tout ahah!), j'attends avec impatience votre retour !

Chapitre 61

Brittany était assise sur le bord du lit, les bras enroulés autour de ses genoux. Le feu dans la cheminée projetait des ombres vacillantes sur les murs de leurs quartiers, mais elle ne trouvait aucun réconfort dans cette lumière dansante. La pièce lui semblait vide, trop grande, trop froide.

Cela faisait déjà des jours qu'il l'évitait. Il ne revenait que tard, quand elle dormait, et repartait avant même qu'elle n'ait le temps de lui adresser la parole. Il ne lui laissait aucune chance de briser ce silence pesant. Plus aucun regard, plus aucune parole, plus aucun contact. Elle pouvait supporter sa mauvaise humeur. Elle pouvait encaisser ses sarcasmes, sa froideur habituelle, même ses piques les plus cruelles. Mais cette distance, ce mur qu'il érigeait entre eux, c'était pire que tout. Parce qu'il n'y avait rien contre quoi lutter. Rien à quoi se raccrocher. Seulement un vide glacial qui semblait s'étendre un peu plus chaque jour.

Et maintenant il lui avait ordonné de rentrer tandis qu'il allait voir le directeur. Il n'avait même pas pris la peine de l'emmener avec lui, alors qu'elle était tout de même la principale concernée… Elle ferma les yeux et inspira profondément. Elle devait faire quelque chose. Elle ne pouvait pas juste attendre qu'il daigne la regarder à nouveau. Mais que pouvait-elle faire s'il refusait même de lui laisser une occasion de parler ? Un éclat de colère traversa son regard. Le sort de Bellatrix, Stupefix, lui aurait été bien utile… Elle serra les poings, le regard perdu dans les flammes.

Dumbledore! L'idée s'imposa d'elle-même. Il avait de toute évidence toujours été celui qui savait comment faire fléchir Rogue. Il avait toujours eu une longueur d'avance sur lui, une manière de le manipuler sans qu'il ne s'en rende compte. Brittany n'aimait pas l'idée de demander de l'aide au directeur, mais si c'était la seule solution…

Alors elle attendit. Elle attendit qu'il revienne de son entretien avec lui, elle attendit qu'il claque la porte de sa chambre, comme il le faisait depuis plusieurs soirs, puis elle sorti en direction du bureau directorial. Elle remonta les escaliers, le cœur battant. La porte s'ouvrit avant même qu'elle ne frappa.

Albus… Il faut que vous fassiez quelque chose.

Albus Dumbledore la considéra derrière ses lunettes en demi-lune, les mains jointes sous son menton. Il l'observa un instant, comme s'il pesait ses mots avec soin.

Quelque chose à propos de quoi, ma chère ?

Severus. Il… Il m'évite. Il refuse de me parler.

Le vieil homme inclina légèrement la tête, comme s'il compatissait.

Severus est un homme secret, parfois douloureusement solitaire. Il peut se montrer… abrupt, quand il se sent vulnérable.

Mais vous aviez dit… Vous aviez dit que ce mariage l'aiderait, qu'il ne serait plus seul. Vous aviez dit que je pouvais être une alliée pour lui.

Le regard de Dumbledore se durcit imperceptiblement.

Et vous l'êtes, Brittany. Mais l'aide que l'on apporte ne prend pas toujours la forme que l'on espère.

Non, il a reçu un sortilège ce soir, il a souffert à cause de moi. Il me méprise. Il a raison : je ne suis pas à la hauteur de cette mission. Je n'arriverai pas à approcher les centaures. Je pensais que je l'aiderai mais je fais plus de mal que de bien. Aidez-moi à rétablir un minimum de contact avec lui. J'ai besoin de lui dire que je ferai ce qu'il me demande, je ne peux plus supporter son indifférence. S'il ne veut pas que j'approche les centaures, je ne le ferai plus, si cela peut le ramener à moi.

Ce n'est pas si simple. Vous le savez. Tom n'accepterait pas un refus. Cela mettrait Severus en grand danger.

Brittany accusa le choc des mots. Un instant, elle resta silencieuse, indécise face à ce qu'elle devait faire.

Albus, je n'y arrive pas! Severus m'a dit qu'il réussirait mieux que moi, et il a raison.

Il a tort, Brittany. Vous avez des qualités qui ne se mesurent pas à la puissance magique… Et il en a conscience, même s'il refuse de l'admettre.

Elle serra les poings, démunie face à la réaction de Dumbledore. Un frisson lui parcourut l'échine. Quelque chose, dans la voix du directeur, dans son regard devenu presque froid, lui fit comprendre qu'il ne jouerait plus les entremetteurs. Il l'avait fait tant que cela servait ses intérêts. Mais aujourd'hui, alors que le monde sombrait un peu plus dans l'obscurité, le masque du vieil homme bienveillant et un peu perché était tombé. Il était plus ferme. Plus calculateur.

Vous êtes bien plus capable que vous ne le pensez.

Il s'interrompit, joignant lentement ses mains devant lui, pensif.

Je lui parlerai, bien entendu. Mais parfois… parfois, les choses se dénouent d'elles-mêmes, quand on cesse de vouloir les forcer. Quand on continue simplement à avancer.

Son regard croisa celui de Brittany, plus intense qu'à l'ordinaire, sous l'apparente bienveillance.

Vous savez ce que vous avez à faire, Brittany. Severus finira par se rendre compte de ce que vous avez fait pour lui.

Dumbledore ne lui parlerait pas, elle le savait. Tout ce qui importait le vieil homme était qu'elle approche ces foutus centaures. En sortant du bureau, elle savait effectivement ce qu'il lui restait à faire. Elle allait l'affronter, coûte que coûte.

oOoOo

La porte du laboratoire s'ouvrit brusquement.

Arrête ça.

Severus ne leva pas immédiatement les yeux. Il restait debout devant son bureau, les mains crispées sur une fiole d'Amortentia qu'il s'apprêtait à refermer.

Arrêter quoi ? demanda-t-il d'un ton neutre.

Brittany entra et referma la porte derrière elle.

De m'éviter.

Il poussa un soupir exaspéré et reposa la fiole avec plus de force qu'il ne l'aurait voulu.

Je suis occupé.

Tu l'es toujours.

Elle avança de quelques pas, son cœur battant la chamade.

Mais ça ne t'a jamais empêché de me parler avant.

Severus croisa enfin son regard, et Brittany regretta presque d'avoir insisté. Ses yeux noirs étaient glacés, distants, et une part d'elle comprit qu'il se forçait à cet éloignement. Qu'il y avait autre chose sous la surface.

Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-elle, la voix tremblante. Crache le morceau, j'en ai marre de ce jeu.

Parce que c'est nécessaire.

Pour qui ? Pour toi ? Pour moi ? Elle s'approcha encore, jusqu'à sentir la chaleur résiduelle de son corps à quelques centimètres d'elle. Je tiens à toi, Severus. Peu importe ton foutu caractère, peu importe tout ce que tu fais pour me repousser, je tiens à toi.

Il détourna les yeux.

Ne dis pas ça.

Pourquoi ? Parce que ça complique les choses ? Parce que c'est plus simple de me traiter comme un problème ?

Elle attendit une réaction, une once d'émotion, mais il restait impassible.

J'ai le droit de t'aider, Severus. Tu n'es pas seul.

Un silence pesant s'installa entre eux. Puis il la regarda à nouveau, et elle vit dans son regard quelque chose qui ressemblait à du regret. Un regret qui se mua en colère froide.

Mais je ne veux pas que tu tiennes à moi, Brittany. Je ne veux pas que tu m'aides.

Sa voix était tranchante, chaque mot asséné avec une précision calculée pour faire mal. Elle entrouvrit la bouche, prête à répliquer, à protester. Mais il continua, son ton devenant plus acide à chaque syllabe, les mots crachés avec une froideur qui aurait glacé n'importe qui.

Ce mariage n'a jamais été autre chose qu'une obligation sordide. Une farce imposée par des circonstances que tu ne comprends même pas. Tu crois réellement que je me suis rapproché de toi parce que je t'appréciais ? Ne sois pas ridicule. C'était pratique, voilà tout. Te garder près de moi m'a permis de préserver les apparences, de faciliter mes propres manigances. Rien de plus.

Il s'approcha d'elle, chaque pas lourd d'une colère contenue qu'il déversait enfin. La rancœur qui le consumait n'était pas dirigée contre elle. C'était une colère profonde, viscérale, contre Voldemort qui menaçait sans cesse ceux qu'il aimait, contre Dumbledore qui le manipulait comme un pion sur un échiquier, et surtout contre lui-même. Contre sa propre incapacité à préserver ce qui comptait pour lui. Il l'avait embarquée là-dedans, malgré lui, malgré elle, incapable de la protéger, comme il avait échoué à protéger Lily. Et cette impuissance, ce constat d'échec cuisant, le rongeait jusqu'à la moelle.

Tu penses que je tiens à toi ? Que je pourrais éprouver ne serait-ce qu'une once de sincérité envers toi ? Il laissa échapper un rire amer, dédaigneux. Tu n'es qu'un poids. Un obstacle. Un échec de plus à ajouter à une longue liste.

Brittany recula d'un pas, comme si ses mots venaient de la gifler. Son regard était brouillé, son souffle saccadé.

Tu mens.

Et toi, tu es aveugle, répliqua-t-il, implacable. Tu ne comprends vraiment rien, n'est-ce pas ? Il avança encore, réduisant à néant la distance qu'elle avait cherché à mettre entre eux. Il marqua une pause, le souffle court. Ce qu'il s'apprêtait à dire était injuste, il le savait. Et faux. Mais c'était nécessaire. Je t'ai dit que j'avais perdu la femme que j'aimais. Tu as cru qu'il y aurait une place pour toi? Tu ne remplaceras jamais Lily. Elle, au moins, aurait compris où était sa place. Elle aurait eu l'intelligence de rester en dehors de tout ça, de m'écouter quand je lui aurais dit de ne pas se mêler de ce qui la dépasse. Elle n'aurait pas cru, naïvement, qu'elle pouvait m'aider. Elle m'aurait laissé faire ce que j'avais à faire au lieu de s'interposer à chaque instant.

Ces mots le brûlaient presque autant qu'ils blessaient Brittany. Chaque syllabe prononcée était un coup porté à sa propre poitrine. Il savait qu'il était cruel. Délibérément cruel. Mais c'était nécessaire. C'était ce qu'il devait faire pour la maintenir à distance, pour l'éloigner de lui et de ce monde gangrené par la guerre.

L'ironie était cruelle. Car il le savait, au fond de lui : Lily aurait agi exactement comme Brittany. Elle aurait défié ses ordres, refusé de rester en arrière, se serait battue bec et ongles pour aider, pour protéger. Lily était comme ça — têtue, déterminée, intrépide. Et Brittany, malgré ses différences apparentes, avait cette même flamme, cette même obstination farouche à vouloir faire ce qu'elle jugeait juste.

Mais l'aveu le plus douloureux, c'était que Brittany avait depuis longtemps pris la place de Lily dans son cœur. Là où son amour pour Lily avait été idéalisé, figé dans une perfection inaccessible, ce qu'il ressentait pour Brittany était réel, imparfait, mais d'autant plus précieux. Il préférait la blesser, la détruire s'il le fallait, pour la préserver de ce monde implacable où la moindre attache devenait une faiblesse exploitée par les pires monstres. Voldemort. Dumbledore. Et lui-même.

Brittany avait blêmit.

Je… Je suis désolée, murmura-t-elle d'une voix éteinte.

Tu m'as mis en danger, répliqua-t-il durement, en s'agrippant à sa fausse indifférence comme à une armure.

Il la toisait avec mépris, son regard noir transperçant le sien.

C'est de ta faute si j'ai subi le Doloris. De ta faute, Brittany. Tu m'as désobéi. Si tu avais simplement écouté, si tu avais refusé cette mission ridicule comme je te l'avais ordonné, je m'en serais occupé moi-même. Et j'aurais déjà réussi.

Il marqua une pause, les poings serrés, la mâchoire crispée par une colère glaciale.

Mais maintenant… Dumbledore refuse que je m'en charge. Parce que tu t'es mêlée de ce qui ne te concernait pas. Parce que tu as osé croire que tu pouvais être utile. Tu n'as fait que tout compliquer.

Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais il ne lui en laissa pas l'occasion.

Tu es un fardeau. Rien d'autre. Un problème que je ne peux pas me permettre d'avoir. Tu veux aider ? Alors reste loin de moi. Je n'ai pas besoin de toi. Et je n'ai plus de temps à perdre à corriger tes erreurs.

Il avait parlé avec une telle intensité que sa respiration s'était accélérée. Son regard brillait d'une lueur fiévreuse, cruelle, qui ne laissait aucun doute sur la sincérité de ses propos.

Le silence tomba comme un couperet. Glacial. Oppressant. Un vide lourd qui semblait aspirer tout l'air de la pièce. Les mots de Severus flottaient encore entre eux, acérés, venimeux. Brittany avait l'impression qu'ils s'étaient incrustés en elle comme des éclats de verre. Sa gorge se serrait douloureusement. Ses mains tremblaient.

Le regard de son mari était noir, fermé, impénétrable. Pourtant, une petite voix au fond d'elle lui soufflait qu'il mentait. Qu'il cherchait à l'éloigner pour la protéger. Mais comment en être sûre ? Était-ce son instinct qui lui dictait cela… ou simplement son désir de croire qu'il tenait vraiment à elle ?

Elle aurait pu le confronter, l'accuser de jouer la comédie. Elle aurait pu lui crier qu'elle voyait clair dans son jeu, qu'elle n'était pas dupe. Mais l'incertitude la rongeait. Et son cœur, ébranlé par ses paroles cruelles, vacillait entre conviction et doute. Alors, plutôt que de risquer une humiliation supplémentaire, elle se détourna brusquement et sortit du laboratoire. Elle refusait de lui offrir le spectacle de ses larmes.

Severus resta figé, le regard fixé sur la porte qui venait de se refermer derrière elle. Ses pas résonnaient dans le couloir humide, s'éloignant de lui. Il ferma les yeux et serra les poings, ses ongles s'enfonçant douloureusement dans sa paume.

Il voulait croire qu'il avait fait ce qu'il fallait. Qu'en la repoussant, il la protégeait. Il espérait qu'elle partirait, qu'elle s'éloignerait de lui, de Voldemort, qu'elle trouverait un endroit sûr où se reconstruire, loin de tout ce chaos. Comme elle avait essayé de le faire, des mois plus tôt quand elle avait claqué la porte de sa maison de Spinner's end.

Mais alors pourquoi cette douleur lancinante dans sa poitrine refusait-elle de disparaître ?