De son côté, arrivé à la Tour Ancestrale et toujours sous couverture, Solus préparait le baluchon japonais pour ramener ses affaires chez lui. Il rangea ses livres et son doudou dans la boite et recouvrit cette boite du tissu qui avait été utilisé en faisant un nœud ferme puis prit le panier-repas avec lui. Il tenait le baluchon par le nœud à deux mains due à sa taille assez grande, durant le trajet, et tint le panier-repas avec sa queue de dragon.
Entre-temps, il activa sa détection de mana pour vérifier une quelconque présence autour de lui. Rien à signaler pour l'instant, il put rentrer chez lui sans encombre.
L'étape suivante consistait à apporter l'un de ses pyjamas à renforcer au Professeur. Voire même deux pyjamas en fonction des saisons principales : celui de l'été, manches courtes avec short et celui de l'hiver, manches longues et pantalon.
Et en regardant bien avec un peu d'imagination, Otus avait raison sur un point : Il se sentirait à la fois serré et à l'aise dedans, bien que ça soit résistant et... Oulà, Solus divaguait! Il dut reprendre ses esprits en se secouant la tête. Ce n'était pas le moment de fantasmer! Il était temps de se mettre en route avec ces deux habits de nuit.
Le Professeur avait oublié ce détail que la jeune chouette dormait avec ce genre d'habits... lui qui travaillait presque non-stop sans pouvoir se changer... Néanmoins, il accepta, tout de même, cette requête. Ce sera prêt, selon lui, le lendemain. Solus le remercia d'avance.
Par précaution, il fera l'étape suivante le lendemain même lorsqu'il récupéra ses deux pyjamas renforcés. Aujourd'hui, il avait fait deux étapes les plus importantes, surtout la première où il s'était risqué de sortir en toute discrétion.
Revenu chez lui, il faisait comme d'habitude : faire ses devoirs (par correspondance désormais) et lire.
En colocation, Marcus s'occupait lui aussi... à sa manière. Il regardait le plafond, allongé sur le lit de Solus puis ensuite comme il s'ennuyait, il regardait la bibliothèque pour voir s'il n'y avait pas un livre intéressant. Il avait eu un soulagement en s'apercevant qu'il n'y avait pas QUE des livres sur la nature, l'anatomie ou des astres, il y avait des livres que tout jeune pouvait lire ! Solus avait tout trié par catégorie, une étagère correspondant à l'intellect' et une étagère correspondant aux histoires. Des histoires en tout genre, triées par rangée : science-fiction, horreur, aventure, vie scolaire / tranche de vie et même... des histoires d'amour ?! Ça, ça pouvait intéresser Marcus qui chercha une histoire en particulier et il l'avait trouvé lorsqu'il reconnut le titre avec le résumé racontant l'histoire d'un lycéen se cherchant et qui avait trouvé un petit-ami au lieu d'une petite amie.
- Hé, Solus ! Je ne savais pas que tu lisais du yaoi* à ton âge ! Bon, je sais que tu es gay dernièrement comme moi, c'est assez surprenant... Mais... Tu sais que ce livre-là... Ce n'est pas pour les enfants ? Il y a un truc olé-olé dedans.
- Oui, je sais, révisa-t-il dans sa tête sans lever son nez de son livre de cours tout en écrivant. C'est pour ça que j'ai lu que jusqu'au chapitre 5...
- Ah... Dis, est-ce que je peux le lire ? J'avais le même mais bon... ça me manquait de ne plus le relire chez moi !
- Oui, tu peux. Juste, fais attention à ne pas l'abîmer.
- T'inquiètes pas, je ferai gaffe. Je ferai comme si c'était le mien.
Solus put s'autoriser une pause entre les devoirs. Sa maman s'inquiétait toujours qui se surchargeait trop en se concentrant alors elle lui conseilla tout de même, dragon ou pas, de faire une pause. Son cerveau, c'était comme ses muscles : solides comme de la glace mais tout comme cet élément ça pouvait fondre s'il ne prêtait pas trop attention. Alors il garda le rythme en ne s'arrêtant jamais d'apprendre de manière modérée.
Solus se rappela d'une des questions assez pertinentes (etgênante) de Marcus à son sujet. En tant que chouette avec des super-pouvoirs de dragon, il avait acquis de la force parmi l'un d'eux. Il ne se posait pas trop la question sur combien il soulevait avec ce pouvoir, il n'était pas du genre à soulever de la fonte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Cependant, il se rendit compte de cette puissance en écrasant simplement un rocher d'une main. Il avait même réussi à plier des barreaux assez facilement. Il se souvenait même du bruit assez grinçant qui lui faisait dresser ses plumes sur sa tête. Plus c'était épais et plus ça faisait du bruit quand ça se pliait.
«J'ai envie de tenter une expérience mais je ne sais pas si on a tout ce qu'il faut pour ça... Je me demande qui pourrait me conseiller... Il y a des soldats mais pas de guerriers...»
Et aussi, pour la question de la nourriture, ce n'était pas du tout pareil que ce que mangeaient les sportifs qui, eux, faisaient attention. Solus mangeait comme d'habitude sauf que son appétit avait énormément grossi et donc plus de nourriture à ingérer. Calorique ou pas, gras ou pas, il mangeait tout ce qui pouvait être comestible tant que ça remplissait l'estomac. Et c'était pareil pour Otus sauf que lui, il avait une préférence pour les fruits et les légumes. Jamais il ne mangerait du monstre.
À la base militaire, c'était vraiment tendu pour les soldats qui avaient ENCORE UNE FOIS échoué dans leur mission. Le Chef des Armées ne savait pas quoi dire tellement il était extrêmement déçu. D'abord, ils avaient échoué d'avoir retrouvé Solus après son évasion sans qu'ils sachent qui il était puis ensuite quand ils avaient su qu'il était le dragon qu'ils recherchaient et maintenant ils avaient perdu l'appât qu'était Otus ! Avec, en plus, un soldat qui débutait il n'y a même pas un mois !
L'excuse d'un soldat tout penaud était toute trouvée :
- Ce n'est pas de notre faute, monsieur, on n'était pas assez nombreux... On avait perdu beaucoup d'hommes et de femmes depuis les événements d'Advent à cause de Molström...
- Pas assez nombreux pour contenir un enfant ?! Vous plaisantez ?!
- Mais... l'autre fois il était en pleine transformation, on ne pouvait rien faire et...
- VOUS NE POUVIEZ RIEN FAIRE ?! ET VOUS N'AVEZ MÊME PAS PENSÉ À L'ENDORMIR ?! Comme la fois où vous l'avez emmené malgré la difficulté qu'il vous a causé ?
Les soldats étaient prostrés de peur, en étant en garde à vous, l'un d'eux répondait avec nervosité.
- O-On... On avait peur qu'il nous attaquerait même durant sa transformation... Alors on avait juste pointé nos armes sur lui...
- Mais la fois où on avait Otus comme garantie, ajouta un autre soldat, ça avait presque fonctionné ! Sauf qu'on n'avait pas été vigilant malgré nos précautions... Il avait disparu...
- Et la puce de pistage ?
- Perdue, je crois... Ou cassée... En tout cas, Otus n'était plus dans nos radars.
Le chef mit une main sur son visage, ne croyant pas ce qu'il venait d'entendre. Autant d'échecs que de succès.
- Vous avez repris les recherches, j'espère...
- O-Oui, c'est le cas, monsieur... On a repris dès qu'on a su que la puce de pistage n'était plus détectable. On avait re-fouillé la Tour Ancestrale, la Grotte de Vellie, le Temple Chouette... Rien pour l'instant.
- Et le village ? Il pouvait très bien retourner chez lui. Vous êtes retournés au village ?
- E-Euh... Eh bien... On a comme qui dirait un souci avec les villageois...
- Comment ça ?
- Ils refusent qu'on fouille dans leur maison... Même celle de Solus. Ses parents refusaient catégoriquement qu'on fouille une énième fois leur maison. Tous disaient en avoir «Ras-le bol». Ils aimeraient, je cite, «être tranquille, il n'y a pas eu de victimes, tout le monde est là, personne ne manque à l'appel. Au revoir messieurs !».
- Et vous n'avez pas insisté ?
- Il y en a qui avait des fourches ! On ne voulait pas prendre le risque de se faire embrocher ! Pour les parents de Solus, la mère de famille nous a clairement menacé et elle est vraiment forte pour trouver les mots.
- Que vous a-t-elle dit ?
Les soldats étaient hésitants.
- E-Euh... On préfère ne pas vous le dire... On vous a juste dit qu'elle nous a menacés et on préfère rester poli avec vous... Répéter un mot grossier c'est contre le règlement.
- Ah, je vois...
Il eut une révélation par la suite, il chuchota d'un «Mais oui», il regarda ses hommes.
- Puisqu'il y a eu outrage, je vous suggère d'arrêter cette chouette !
Les soldats sursautèrent, effrayés par cet ordre.
- QUOI ?!
- VOUS ÊTES SÉRIEUX, MONSIEUR ?
- C'EST DE LA FOLIE !
- C'est la mère de Solus quand même !
- Justement, leur faisait-il comprendre, et le but de cette mission est d'attirer ce dragon-chouette en utilisant sa mère comme appât.
- Mais si on le fait, il va nous massacrer ! Il peut être toujours dans les parages à l'heure qu'il est !
- Ne discutez pas mes ordres, faites-le à point c'est tout !
- Qu'est-ce qu'on fait s'il est chez lui ? Doit-on l'arrêter ?
Le chef secoua la tête doucement.
- S'il est chez lui et que si, par chance, il est normal...
En entendant cette phrase en suspend de leur chef, ils comprirent.
- O-On doit...?
- Vous avez bien compris : préparez la seringue. Et faites-en sorte que la dose soit suffisante.
Un silence de mort régnait dans la pièce. L'homme les conseilla d'être au nombre d'au moins sept soldats pour accomplir cette mission. Les militaires l'avaient compris et commencèrent à faire les préparatifs.
- Pauvre femme..., murmura l'un d'eux.
- Et pauvre homme aussi..., ajouta son collègue en préparant ses affaires. Penses à son père aussi. Mais on n'a pas le choix... On n'a vraiment pas le choix. Moi aussi, j'aurais aimé que ça soit différent mais il nous a échappé tellement de fois...
Le lendemain matin, aux aurores, on tambourinait à la porte de chez les harfangs des neiges. Ayant l'ouïe assez sensible, Solus mit sa tête sous l'oreiller, il ne se posait pas la question de qui frappait à la porte, il voulait se reposer pour faire sa révélation aux villageois, jusqu'à qu'il entendit sa mère hurler, c'était elle qui avait ouvert la porte. Naturellement, Solus se précipita rapidement vers le rez-de-chaussée sans se douter que c'était encore les soldats.
Jusqu'à quand ils arrêteront de le tourmenter ? Jusqu'à qu'il meurt, c'est ça ? Ou bien jusqu'à qu'il quitte la région ?
Otus, Brindille et Marcus étaient à ses côtés, en haut des marches, mais voyant bien la scène de l'arrestation d'Hedwige. Les soldats n'avaient pas encore vu Solus qui se précipita vers l'extérieur de la maison pour sauver sa mère. Sans le savoir, il était tombé dans le piège. Un des millitaires assez costaud tenait Hedwige et l'éloigna tandis que les autres encerclaient rapidement le fils pour l'attraper. À six c'était faisable cependant il fallait faire vite avant la transformation.
- La seringue, vite ! disait l'un d'eux à un autre. Dépêche-toi !
Celui qui tenait la seringue vérifiait si le liquide sortait de l'aiguille. Hedwige, avec son instinct maternel, paniqua et tenta de se débattre en vain.
- QU'EST-CE QUE VOUS ALLEZ LUI FAIRE ? VOUS L'AVEZ DÉJÀ ENDORMI LA DERNIÈRE FOIS POUR L'EMMENER AVEC VOUS, ÇA SUFFIT MAINTENANT, LAISSEZ-LE TRANQUILLE !
Ils n'écoutaient pas, le soldat qui tenait la seringue injecta le produit en piquant d'un coup sur l'épaule de Solus qui était en train de se transformer pour se défaire de ses agresseurs. Et évidemment comme le sang circulait très rapidement dans ses veines durant le processus, le produit agissait efficacement.
- La dose est suffisante ?
- Normalement, c'est bon... Dans environ cinq secondes, son cœur s'arrêtera.
Hedwige était horrifiée en comprenant ce qu'il voulait dire, elle donna un coup violent dans les parties intimes de l'homme qui la maintenait. Celui-ci la lâchait sous l'effet de la douleur.
- SOLUS ! hurlait-elle en se précipitant vers lui tandis que les soldats se levaient de lui sans dire un mot en s'écartant au passage de la mère de famille complètement paniquée et inquiète.
Elle le trouva inerte, figé dans sa transformation telle une statue, c'était trop tard.
- NOOOOOOOON !
Elle s'effondra dessus.
Otus, Brindille et Marcus avaient évidemment assisté à tout ça, ils ne pouvaient pas savoir du plan de l'Armée. Otus ne pouvait pas se risquer de se transformer devant les soldats, il avait échappé à ce triste destin qu'avait eu son ami. Les cris déchirants d'Hedwige lui faisait horriblement mal au cœur. Il laissa couler ses larmes lui aussi. Quant à Marcus et Brindille, ils étaient horrifiés.
Les cris alertèrent les villageois. Les soldats, eux, partaient en ayant accompli leur mission. Furieuse, Hedwige se rua vers eux. Il n'en était pas question de les laisser partir de la sorte. Ils avaient tué son fils.
- VOUS ! pointa-t-elle du doigt furax vers eux, en larmes. SALE POURRITURES ! COMMENT AVEZ-VOUS OSÉ FAIRE ÇA À UN ENFANT ? VOUS N'AVEZ PAS HONTE ?
Le chef des Armées se présenta à elle en venant à la rescousse de ses hommes qui s'en allaient dans une marche assez rapide.
- Si on peut appeler cette chose un enfant.
Il pointait du doigt le cadavre de Solus. Figé dans sa transformation, on aurait dit une de ces créatures de la cryptozoologie avec les yeux sans pupille et la gueule grande ouverte avec la langue pendue, mais lui, il était dans ses habits élastiques. La mère de famille était outrée et en larmes.
- CETTE CHOSE COMME VOUS DITES, C'EST MON FILS ! ESPÈCE D'ORDURE !
- Eh bien, bravo pour l'outrage ! Je vous arrête pour cette occasion! Emmenez-la.
Au moment où les soldats arrêta Hedwige, un villageois manifesta son soutien à la mère de famille.
- Elle a raison ! Vous n'avez pas honte ?! Comment pouvez-vous faire ça à eux ? Et surtout au pauvre Solus?
Un autre se manifesta.
- Oui, c'est vrai ça ! Il ne vous a rien fait, le pauvre ! Vous l'attaquez sans raison ! Et bien que ce soit un dragon, vous n'avez pas le droit de vous en prendre à lui tant qu'il n'a rien fait ! Et justement, il n'avait rien fait et vous l'avez quand même tué !
Tous les autres étaient d'accords, peinés par la mère de famille.
- Si vous arrêtez Hedwige, on fera en sorte que votre Armée tombera quoiqu'il en coûte!
La pression montait lorsque les villageois encerclaient le chef et ses hommes. Finalement, il décida de la laisser tranquille et s'en alla avec sa troupe.
C'était un moment déchirant... Perdre un enfant comme ça. Les villageois avaient pu le voir maintenant à quoi il ressemblait en pleine transformation mais sans le moindre signe de vie. Ils ne savaient pas quoi faire, l'un d'eux lui demanda si ils pouvaient faire quelque chose pour elle et son mari durant ce deuil.
- Pour l'instant, laissez-nous tranquille avec lui... Je verrais ça plus tard avec vous...
Hélios, qui avait le sommeil assez lourd, se réveilla. Il ne trouva pas sa femme ni dans le lit conjugal ni dans le salon, la porte était grande ouverte et il y avait du monde dehors. Il la vit, de dos, allongée sur quelque chose.
- Chérie, qu'est-ce que...
Hedwige aperçut son mari et se précipita vers lui pour avoir du réconfort. Elle éclata en sanglot dans ses bras.
- Mais qu'est-ce qui se passe...?
Il comprit pourquoi sa femme pleurait en voyant sur quoi elle était allongée.
- Par les Chouettes Ancestrales... Ce n'est pas...
Il s'approcha avec sa femme dans ses bras. Son cœur s'arrêta de battre en voyant son fils à terre, complètement inerte.
- ...Solus...?
Le temps s'était arrêté pour lui dès l'instant où il avait fait cette découverte terrifiante.
- Ils l'ont abattu comme une bête sauvage, ces sales fils de...
Il tomba sur ses genoux, horrifié, n'entendant plus sa femme et les alentours. Il n'y avait que lui et le corps de son fils devant lui. C'était le trou noir dans son esprit.
[*Yaoi : genre de fiction sur la romance entre deux hommes, notamment dans les mangas]
