Chapitre 8

Les Cents Jours


Chaque jour de ces cent jours de séparation avait été une épreuve de patience et de foi. Hermione s'était plongée dans son travail, poursuivant sans relâche l'avancée du projet de loi pour les droits des elfes de maison. Ce combat était devenu son refuge, une distraction nécessaire face au vide laissé par l'absence de Lucius. Pourtant, chaque soir, lorsqu'elle posait sa plume et refermait ses parchemins, ses pensées revenaient à lui. Que révéleraient ces cent jours ? Reviendrait-il inchangé ? Ou pire… ne reviendrait-il pas du tout ?

De son côté, Lucius s'était investi dans la réorganisation des affaires familiales des Malfoy, veillant à ce que l'héritage de ses enfants reste intact. Mais peu importait l'intensité de son travail, chaque soir, seul dans son bureau, son esprit le ramenait inévitablement à Hermione. Il se demandait ce qu'elle faisait, si elle pensait à lui autant qu'il pensait à elle, et surtout — si leur amour pouvait résister au poids du doute.

Lucius s'était engagé dans cette quête pour confirmer ses sentiments, pour être certain que son amour pour Hermione était réel, et non le fruit d'un sortilège mal lancé. Et à mesure que les jours passaient, une vérité devenait évidente : peu importait le lieu, peu importait la distance, il ne cessait de penser à elle. Les lettres qu'ils s'échangeaient avaient d'abord été un réconfort, un fil ténu entre eux, mais avec le temps, il remarqua un changement troublant. Les lettres d'Hermione, autrefois fréquentes et empreintes de chaleur, devinrent plus rares, plus courtes, plus distantes.

Au début, elle écrivait tous les deux jours. Puis, une fois par semaine. Puis… presque plus rien.

Un doute s'immisça en Lucius.

— « A-t-elle changé d'avis ? - se demanda-t-il. A-t-elle décidé que notre amour n'était qu'une erreur ? »

Pourtant, malgré son inquiétude croissante, il resta fidèle à sa décision. Il irait jusqu'au bout.

Le matin du centième jour, Lucius revint au manoir, le cœur battant. Son esprit bourdonnait de possibilités — soulagement, joie, crainte. L'attendrait-elle encore ? Ou était-elle déjà partie ?

Dès qu'il franchit le seuil, une sensation de malaise l'envahit. La maison était silencieuse. Trop silencieuse.

Il l'appela par son prénom. Aucune réponse.

Sa poitrine se serra tandis qu'il traversait le manoir d'un pas précipité, inspectant le salon, la bibliothèque, la salle à manger — chaque pièce semblait figée, comme si Hermione n'y avait pas mis les pieds depuis des jours. Il monta les escaliers à vive allure, son pouls tambourinant. La porte de leur chambre s'ouvrit dans un grincement. Son estomac se noua. Le lit était impeccablement fait, comme si personne n'y avait dormi depuis longtemps.

Une panique sourde s'empara de lui. Était-elle partie ?

Il parcourut les couloirs en courant, l'appelant plus fort à présent. Le manoir, autrefois havre de paix, lui paraissait soudain oppressant.

Finalement, une idée le frappa — les jardins.

Il ouvrit d'un coup les portes vitrées menant au verger, le cœur battant à ses oreilles. La lumière dorée du crépuscule baignait les vastes terrains, et là — il la vit.

Près des pêchers, Hermione se tenait sur une échelle en bois, cueillant des fruits, vêtue d'une simple robe de lin. Un instant, il se contenta de l'observer, submergé de soulagement. Elle était toujours là.

Mais elle bougea trop vite et perdit l'équilibre.

Lucius s'élança et la rattrapa juste à temps. Il la serra contre lui, le souffle court, les bras crispés autour d'elle comme un réflexe vital.

— « Tu es blessée ? » demanda-t-il avec urgence, la voix rauque d'inquiétude.

Hermione, sonnée mais indemne, secoua la tête. Mais en l'aidant à se redresser, ses mains effleurèrent quelque chose d'inattendu.

Une légère rondeur sous sa robe.

Lucius se figea. Ses mains tremblaient tandis qu'il se reculait juste assez pour mieux la regarder.

Et alors, il vit.

Son ventre.

Son cœur s'arrêta.

Hermione, les joues rougies d'émotion, déglutit. Ses yeux croisèrent les siens, remplis d'hésitation et d'anxiété.

Lucius, encore à genoux devant elle, posa prudemment ses mains sur la petite courbe.

— « Hermione… » Sa voix n'était qu'un souffle, mêlé d'émerveillement et d'incrédulité.

Les larmes montèrent aux yeux d'Hermione.

— « Je voulais te le dire, Lucius… mais j'avais peur, » avoua-t-elle.

Il leva les yeux vers elle, son expression indéchiffrable.

— « Peur ? »

Elle hocha la tête, la voix tremblante.

— « Peur que si tes sentiments n'étaient dus qu'au sortilège… tu te sentes piégé. Que tu restes uniquement à cause du bébé. »

Un silence s'installa entre eux, chargé de peurs muettes, d'espoirs tus.

Puis, sans prévenir, Lucius inclina la tête et embrassa son ventre avec une dévotion infinie.

Hermione eut un hoquet de surprise, les larmes coulant librement sur ses joues.

Quand il releva enfin les yeux, ses prunelles argentées brillaient — non de doute, mais de certitude.

— « Hermione, c'est la plus belle nouvelle que j'aurais pu espérer. » Sa voix était nouée d'émotion. « Non seulement je t'aime, mais maintenant, nous créons quelque chose ensemble. Un avenir. Une famille. »

Hermione laissa échapper un rire tremblant, submergée de soulagement.

— « Je voulais que tu sois sûr, » murmura-t-elle. « Que tu reviennes de ton plein gré avant de te l'annoncer. »

Lucius se releva lentement, encadrant son visage de ses mains.

— « J'en étais sûr bien avant que ces cent jours ne s'achèvent, » confia-t-il. « Et aujourd'hui plus que jamais, je sais qu'il n'existe rien dans ce monde qui pourrait me faire te quitter. »

Le souffle d'Hermione se coupa lorsqu'il se pencha pour l'embrasser. Ses lèvres effleurèrent les siennes avec une tendresse déchirante.

Le soleil s'effaçait à l'horizon, les baignant dans une lueur dorée. Le verger, autrefois lieu de solitude, devint leur sanctuaire — témoin silencieux d'un amour mis à l'épreuve, renforcé, et désormais, renaissant.

Et alors qu'ils se tenaient là, enlacés sous les feuilles frémissantes, Lucius et Hermione savaient — que ce n'était que le début de leur éternité.

Lucius pouvait encore sentir la chaleur de la peau d'Hermione sous ses mains, la douce pression de son ventre contre sa paume. Un enfant. Leur enfant. Cette vérité s'imposa à lui comme la pièce manquante d'un puzzle dont il ignorait l'existence. Sa poitrine se serra — non de peur, mais de quelque chose de plus profond, de plus fort, d'inébranlable.

Il avait tant perdu dans sa vie. Sa réputation, ses certitudes, son monde soigneusement construit. Et pourtant, elle était là. Hermione. La femme qui avait bouleversé son univers. Celle qui lui avait donné envie de ressentir plus, de vouloir plus. Et maintenant, elle portait son enfant.

Il n'avait jamais désiré quelque chose avec autant d'intensité que de figer cet instant dans le temps.

Une brise fraîche traversa le verger, la lumière dorée du crépuscule les enveloppant comme un sortilège. Hermione frissonna légèrement — était-ce dû au choc de sa chute ou aux émotions qui les traversaient ? Il n'en savait rien. Il la soutint, ses mains glissant à sa taille, l'ancrant à lui.

Elle expira un souffle tremblant.

— « Lucius… »

Il la regarda, absorbant l'incertitude dans son regard, cette vulnérabilité qu'elle laissait si rarement transparaître.

— « Tu as disparu pendant cent jours, » murmura-t-elle. « Et je me suis dit que je serais forte. Que je pouvais traverser ça seule si je devais. »

Lucius sentit quelque chose se tordre en lui à l'idée qu'elle ait pu affronter cela sans lui.

— « Mais je ne voulais pas. » La voix d'Hermione vacilla. « Je voulais que tu reviennes parce que tu en avais envie. Pas parce que tu te sentais obligé, ou par… »

Il l'interrompit doucement, inclinant son menton pour qu'elle n'ait d'autre choix que de le regarder dans les yeux.

— « Je suis revenu parce que je t'aime. »

Un son doux s'échappa de ses lèvres, entre un sanglot et un rire, presque incrédule.

— « J'avais tellement peur que tu ne reviennes pas. »

Lucius traça son pouce le long de sa mâchoire, mémorisant la douceur de sa peau, la façon dont son souffle se coupait à son contact.

— « Moi aussi, j'avais peur, » admit-il. « Peur de revenir et de te trouver passée à autre chose. D'avoir mis trop de temps à comprendre ce qui était juste devant moi. »

Hermione déglutit, les yeux brillants d'émotion.

— « Je ne pourrais jamais passer à autre chose que toi. »

Ses mots, d'une honnêteté brute, brisèrent quelque chose en lui.

Lucius inclina la tête, déposant un baiser sur son front, puis sur sa tempe, avant de faire glisser ses lèvres jusqu'au coin de sa bouche.

— « Allons à l'intérieur, » murmura-t-il contre sa peau. « Tu as besoin de repos. »

Hermione soupira, acquiesçant, tandis qu'il la guidait vers le manoir, sa main ferme mais douce dans son dos.

La chaleur de la demeure les enveloppa alors qu'ils franchissaient le seuil, laissant derrière eux le crépuscule. La lueur vacillante des bougies illuminait le grand hall, projetant de longues ombres sur le sol de marbre. L'air était empli de senteurs familières : parchemin ancien, lavande… réconfortantes.

Lucius mena Hermione jusqu'au salon, où le feu crépitait doucement dans la cheminée, chassant le froid du soir. Sans un mot, il l'invita à s'asseoir, puis disparut un instant, revenant avec un verre d'eau et un plaid de soie qu'il déposa sur ses épaules.

Hermione le regarda avec une tendre surprise.

— « Tu es aux petits soins, » dit-elle avec un petit sourire.

Lucius haussa un sourcil en prenant place à ses côtés.

— « Tu portes mon héritier. J'estime que cela justifie un certain niveau d'attention. »

Hermione rit, secouant la tête. « Héritier ? Vraiment, Lucius, nous sommes au XXIe siècle. »

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire moqueur. « Les vieilles habitudes ont la vie dure, chérie. »

Elle se blottit contre lui, posant sa tête sur son épaule.

Ils restèrent ainsi un moment, silencieux, laissant les cent derniers jours retomber entre eux. Tant de questions restaient en suspens, tant de choses encore à affronter. Mais pour l'instant, Lucius se contentait de la tenir contre lui, de sentir sa chaleur.

Puis, Hermione parla.

— « Et maintenant, que va-t-il se passer ? »

Lucius inspira lentement, méditant sa réponse.

— « Nous allons avancer, » dit-il simplement. « Ensemble. »

Elle se redressa légèrement pour lui faire face.

— « Lucius, j'ai besoin de savoir une chose. » Sa voix était stable, mais son regard trahissait une hésitation.

Il acquiesça, l'invitant à continuer.

— « Ce sort… Celui qui nous aurait liés. Est-ce que tu penses… tu crois qu'il nous affecte encore ? »

Lucius expira, passant une main dans ses cheveux.

— « Non » dit-il enfin. « J'y ai réfléchi sans cesse. Au début, je doutais de tout. Mais aujourd'hui, je sais une chose — Ses doigts effleurèrent son ventre avec une tendresse révérencieuse- La magie peut influencer, mais elle ne peut pas créer de toutes pièces ce qui n'existait pas déjà. »

Le souffle d'Hermione se coupa.

— « Tu le crois vraiment ? »

Il encadra son visage de ses mains, son regard intense.

— « Je le sais. »

Une larme glissa sur sa joue — mais cette fois, c'était une larme de soulagement.

Lucius la recueillit du pouce, puis l'embrassa lentement, longuement. Elle se laissa fondre contre lui, ses doigts glissés dans ses cheveux, s'ancrant à lui alors qu'il versait toutes ses promesses silencieuses dans ce baiser.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, Hermione posa son front contre le sien.

— « Je t'aime, » murmura-t-elle.

Lucius sentit quelque chose se poser en lui, une chaleur douce, comme une aurore paisible.

— « Et moi, je t'aime. »

Pour la première fois depuis longtemps, il n'y avait ni hésitation, ni peur, ni doute.

Rien qu'eux deux.

Et la vie qu'ils s'apprêtaient à bâtir ensemble.

Alors que le feu crépitait doucement à côté d'eux, Lucius attira Hermione plus près encore, posant une main sur son ventre, sentant un léger frémissement sous sa paume.

— « Nous devrions fixer rapidement une date de mariage » dit-il soudainement.

Hermione le regarda, surprise.

— « Tu en es sûr ? »

Il rit doucement, inclinant son visage pour qu'elle voie la certitude dans ses yeux.

— « Je n'ai jamais été aussi sûr de rien dans ma vie. »

Elle sourit, lumineux, plein de promesses.

— « Alors épousons-nous, Lucius. Commençons enfin notre éternité. »

Et en cet instant, alors que les flammes dansaient sur leurs visages, Lucius sut — que sa vie, autrefois guidée par le devoir et le regret, avait enfin trouvé son sens.

Et ce sens, c'était elle.