Le goût du Veritaserum
Chaque année, le même jour.
Toujours à la même heure.
Une lettre.
Pas de hibou. Pas de bruit.
Juste une enveloppe posée sur son bureau. Blanche. Anonyme.
Parfois glissée entre deux copies d'élèves. Parfois déposée au creux d'un livre. Toujours là.
Et toujours signée d'un seul mot :
"Pour ce que vous êtes."
Severus Snape ne répondait jamais.
Mais il les lisait. Toutes.
La première fois, il avait pensé à une blague. Un mauvais goût.
Peut-être un Gryffondor en quête de frissons.
Mais la deuxième lettre… parlait de Lily.
De sa façon de nouer ses cheveux. De son rire, aigu mais chaleureux.
De cette fois où elle avait souri à quelqu'un d'autre.
Et de lui.
De ce qu'il aurait pu être, s'il avait osé.
La lettre ne jugeait pas.
Elle racontait. Doucement. Comme si elle avait vu.
Comme si quelqu'un avait été là, tout ce temps.
Cela durait depuis dix ans.
Toujours à la même date : 1er novembre.
Ce matin-là, Snape trouva autre chose qu'une lettre.
Il y avait bien l'enveloppe, sobre, élégante. Mais à l'intérieur :
une toute petite fiole.
Transparente. Un liquide nacré à l'intérieur.
Et un seul mot, écrit à l'encre noire :
"Cette année, j'ai pensé que vous préfèreriez goûter la vérité plutôt que la lire."
P.S. Elle n'est pas piégée. Vous le sauriez."
Il la tint longtemps entre ses doigts. Le verre était froid.
Le contenu, légèrement épais. Il connaissait cette texture. Il avait enseigné cette potion des dizaines de fois.
Du Veritaserum.
Pur.
Et un défi.
Ou un cadeau.
Ce soir-là, il rentra dans ses appartements plus tôt que d'habitude.
Il posa la fiole sur sa table.
Il alluma les bougies. Ferma les rideaux.
Et, lentement, il but.
Pas toute la fiole. Juste une goutte.
Il attendit. Rien.
Et puis, comme un frisson dans la colonne vertébrale, une sensation familière : celle de ne plus pouvoir mentir.
Il regarda le miroir.
Et murmura :
— Je ne suis pas un homme bon.
Le miroir ne protesta pas.
Il s'assit.
Et, pour la première fois en dix ans, il prit la plume.
Je ne sais pas qui tu es. Mais tu sais qui je suis. Tu me connais mieux que je ne me suis jamais connu moi-même. Alors je vais écrire. Une fois. Peut-être la seule.
Je n'ai jamais cessé de l'aimer. Même quand elle m'a tourné le dos. Même quand je suis devenu l'homme que je déteste.
Mais je crois que ce que j'aime le plus, c'est qu'elle aurait été capable de m'aimer. Peut-être. Si j'avais été moins lâche.
Et je crois que tu m'aurais aimé aussi, non ? Pas malgré mes ombres. Mais à travers elles.
Il signa. Simplement.
S.
Mais quand il releva les yeux, la lettre qu'il avait reçue avait disparu.
À sa place : une autre.
"Je vous ai aimé. Je vous aime encore. Même si vous ne saurez jamais qui je suis. Même si ce monde n'a jamais été fait pour nous deux."
"Et je vous pardonne."
Il resta longtemps sans bouger.
Puis, lentement, il ferma les yeux. Et sourit. À peine.
Mais assez pour que le silence paraisse moins lourd.
