Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai


Il se souvenait de la première fois où il l'avait vue autrement.
Pas comme une ennemie. Pas comme une Sang-de-Bourbe.
Mais comme une fille qui avait les mains qui tremblaient quand elle lisait une phrase trop belle.

C'était en sixième année. Dans la bibliothèque.

Elle lisait un recueil moldu, un poème sur les étoiles. Elle fronçait les sourcils, les lèvres entrouvertes. Concentrée. Immobile. Belle à en pleurer.

Draco l'avait détestée pour ça.

Parce qu'il n'avait jamais su aimer proprement.
Parce qu'à cette époque, aimer, c'était trahir.

Alors il avait insulté. Ricané. Fui.

Mais il se souvenait.

Et il la regardait souvent. Trop souvent.

Une nuit, pendant la guerre, il l'avait vue dormir dans la Salle sur Demande, les cheveux emmêlés, une couverture à moitié tombée sur le sol. Il avait voulu la couvrir.

Mais il n'avait rien fait.

Il était reparti. Silencieux.

Et depuis…
Depuis, il regrettait.


— Tu penses à elle ? demanda Pansy un jour.

Il ne répondit pas.


La guerre était finie.

Et il était vivant.

Elle aussi.

Ils s'étaient croisés dans un couloir du Ministère, un jour de pluie.
Elle sortait d'une réunion. Lui passait comme un fantôme.
Leurs regards s'étaient accrochés.

Et ils ne s'étaient plus lâchés.


Ce fut lent. Et silencieux.

Pas de grands discours. Pas d'aveux.

Juste deux âmes cabossées qui se retrouvaient parfois dans des cafés discrets, à Londres, entre deux mondes.
Elle posait sa main sur la sienne. Il frissonnait.

Parfois, elle souriait. Et il oubliait tout.


— Tu sais que c'est impossible, avait-elle murmuré un soir.

Il avait hoché la tête.

— Je m'en fiche.

Et elle l'avait cru.


Ils ne parlaient jamais des autres. Pas de Ron. Pas d'Astoria.
Pas de leurs familles. Pas des regards.

Ils parlaient de livres, de rêves, de tout ce qu'ils n'avaient jamais pu dire à voix haute.

Et dans l'intimité de cette bulle fragile, Draco Malefoy aimait Hermione Granger.

Sans barrière.
Sans guerre.
Juste... dans le silence.


Mais les silences finissent toujours par éclater.

Un jour, elle ne vint pas.

Il attendit. Une heure. Deux. Trois.

Puis il comprit.

Et il ne chercha pas à la revoir.


Quelques mois plus tard, il reçut une invitation.

Mariage de Hermione Jean Granger & Ronald Bilius Weasley
Été prochain, au Terrier.


Il laissa tomber la carte sur le sol.

Et dans le calme de son appartement vide, il murmura :

— Je t'aime.

Mais c'était trop tard.


Il la revit.

Des années plus tard.

Un jour banal. Un marché de Noël à Pré-au-Lard. Des enfants riaient. La neige tombait doucement.

Elle portait une écharpe rouge. Ron la tenait par la taille.
Un petit garçon accrochait sa main. Une fillette riait derrière elle, ses boucles brunes dansant autour de ses joues.

Hermione avait l'air heureuse.

Hermione avait l'air vivante.

Et Draco… ne bougea pas.

Il les observa de loin. Dans l'ombre. Comme toujours.

Elle ne le vit pas.

Ou peut-être que si. Un bref regard dans sa direction. Une hésitation. Un battement.

Mais elle ne s'arrêta pas.

Elle serra plus fort la main de son fils.

Et Draco Malefoy comprit.

Elle avait choisi la lumière.
Il n'était qu'un souvenir.


Il ne s'était jamais marié.

Il avait eu des femmes. Des amantes. Des instants volés. Mais aucune ne parlait comme elle. Aucune ne le regardait avec cette lucidité brûlante. Aucune ne l'aimait assez pour partir.

Elle avait été la seule.

Et il l'aimait encore.

En silence.
En retrait.
En secret.


Parfois, il passait devant leur maison.
Juste pour voir les fenêtres éclairées.
Juste pour entendre les rires.

Il ne voulait rien.
Il ne voulait que savoir qu'elle allait bien.


Et chaque année, le même jour, il relisait ce vieux poème qu'elle lisait dans la bibliothèque. Celui qui parlait des étoiles. Celui qu'il avait annoté dans un vieux carnet.

Et il murmurait, pour lui seul :

— Je t'aimais.
— Je t'aime.
— Et je t'aimerai.

Toujours.


Fin.