Chapitre 11
Entre les Mains du Passé
Le transplanage forcé fut un choc. Hermione sentit son corps être projeté avec violence, et avant même qu'elle ne puisse retrouver son équilibre, une force brutale l'attrapa et la plaqua violemment contre une surface dure.
Un gémissement lui échappa sous l'impact. La pierre glaciale du mur transperça ses vêtements et s'enfonça contre son dos. Une main ferme vint saisir son poignet avec une force implacable, l'écrasant contre la paroi comme si elle était un insecte indésirable.
Le souffle court, elle leva des yeux paniqués vers celui qui l'avait ainsi piégée.
Severus Snape.
Sa silhouette massive dominait la pièce, son visage tordu par une rage contenue. Son regard, aussi sombre que la nuit, la fixait avec une intensité dévorante, son souffle saccadé trahissant une colère brutale.
— Expliquez-moi.
Sa voix était basse, tranchante, un grondement de menace pure.
Hermione voulut répliquer, mais il raffermit sa prise, son poignet la brûlant sous la pression.
— Comment avez-vous fait pour entrer ?
Son souffle était chaud, énervé, oppressant. Il était trop près. Bien trop près.
L'adrénaline explosa dans ses veines. Elle tenta un mouvement pour se libérer, mais il ne bougea pas d'un millimètre.
— Répondez, gronda-t-il, sa voix claquant comme un coup de fouet.
Elle déglutit avec peine, la tension dans la pièce suffocante.
— J'avais une clé, lâcha-t-elle, sa voix presque rauque.
Snape ne bougea pas. Seule sa respiration profonde et menaçante emplissait l'espace réduit entre eux.
Puis, son regard tomba sur son cou.
Elle sentit ses muscles se tendre.
Là, sous sa clavicule, le médaillon argenté luisait faiblement dans la pénombre.
Sans un mot, il lâcha son poignet et leva la main pour s'en emparer.
Ses doigts effleurèrent le bijou, prêts à le lui arracher.
La douleur explosa.
Snape gronda dans un grognement féroce, reculant brutalement tandis qu'un éclair de magie brûlante lui lacérait la paume.
Il siffla entre ses dents, serrant sa main contre lui alors qu'une marque rougeoyante pulsait sur sa peau blême.
— Saleté...
Hermione haleta, encore collée contre le mur, son cœur battant un rythme frénétique.
Snape redressa lentement la tête, et ce qu'elle vit dans ses yeux la figea sur place.
Une fureur glaciale.
Une colère pure, dévastatrice.
— Qu'est-ce que c'est ?
Sa voix n'était plus qu'un murmure tranchant, une menace suspendue entre eux.
Hermione sentit une vague de peur lui nouer les entrailles, mais elle ne détourna pas le regard.
— Un enchantement de protection, répondit-elle, tentant de masquer le tremblement de sa voix.
Il s'avança d'un pas sec.
— Vous pensiez que c'était une bonne idée de me le cacher ?!
Sa rage claqua dans l'air comme une onde de choc.
Hermione recula contre le mur, sa respiration saccadée.
Snape n'était plus seulement furieux.
Il était dangereux.
— Dites-moi, Miss Granger…
Il leva une main tremblante, son poing serré autour de sa blessure encore fumante.
— Pourquoi une simple étudiante en politique magique possède-t-elle une clé aussi puissamment protégée qu'un artefact maudit ?
Le silence fut atroce.
Hermione savait qu'elle était prise au piège.
Snape la dominait toujours, son regard fouillant chaque nuance de son visage, traquant chaque battement de cil.
— Vous pensez que c'est un jeu ? murmura-t-il d'une voix douce, presque caressante, mais gorgée de menace.
— Non, souffla-t-elle. Mais je voulais comprendre.
Il rit.
Un rire glacé, sans une once d'humour.
— Comprendre ?
Il fit un pas de plus, et Hermione sentit son ventre se nouer.
Trop proche. Trop chaud.
— Vous voulez comprendre ce que j'ai fait ? Pourquoi j'ai disparu ? Pourquoi je travaille ici ?
Son regard brûlait le sien.
Il leva sa main blessée et frôla intentionnellement la sienne, dans une provocation calculée.
— Alors vous allez comprendre.
Hermione comprit trop tard ce qu'il allait faire.
Il leva sa baguette dans un mouvement sec.
L'univers bascula, et Hermione sentit une force brutale s'abattre sur elle, dévastant ses défenses mentales avec une précision chirurgicale. La Légilimancie de Severus Snape était implacable, une lame invisible qui s'enfonçait dans son esprit sans hésitation, traçant son chemin à travers ses souvenirs comme une tempête déchaînée.
Elle suffoqua sous l'assaut. Elle tenta de repousser l'intrusion, d'ériger des barrières pour contenir ce flot d'émotions, mais il était trop fort. C'était comme essayer de retenir un raz-de-marée avec les mains nues. Snape progressait sans pitié, brisant ses défenses une à une, s'enfonçant toujours plus loin dans ses pensées les plus intimes.
Les images se succédèrent, éclatantes et brutales. Les décombres de la guerre, les cris, les larmes, le chaos de Poudlard en ruines. Le corps de Fred, étendu sur le sol, le visage figé dans une expression qui n'appartenait qu'aux morts. Ron, hurlant à genoux, anéanti par le chagrin. Le silence écrasant après la bataille, plus assourdissant que n'importe quel bruit. La sensation de vide, de perte, de ne jamais pouvoir retrouver une véritable paix.
Snape ne s'attarda pas. Il creusait ailleurs, cherchant quelque chose de précis. Hermione sentit son souffle s'accélérer, une panique glaciale se répandant dans ses veines alors qu'il atteignait un souvenir qu'elle n'avait jamais voulu partager avec lui.
Le manuel de potions. Le vieux livre annoté, les instructions précisées d'une écriture tranchante, incisive, méthodique. L'intelligence pure qui transparaissait dans chaque modification de recette. Son admiration silencieuse pour l'auteur, pour ce mystérieux "Prince de Sang-Mêlé" qui comprenait la magie d'une manière que personne d'autre n'avait jamais su lui enseigner.
Puis la révélation.
Snape ralentit légèrement en voyant cela, comme s'il absorbait pleinement ce qu'il était en train de découvrir. Il comprenait désormais qu'elle avait su bien avant la guerre. Que ce respect qu'elle avait développé pour le Prince de Sang-Mêlé existait déjà avant qu'elle ne le sache être lui.
Mais il ne s'arrêta pas.
Hermione se débattit intérieurement, luttant pour détourner son attention, pour lui barrer la route. Elle savait ce qui allait suivre. Elle savait où il se dirigeait.
Paris.
Elle se vit, des semaines plus tôt, marchant dans les rues pavées du Quartier Latin, enveloppée dans son manteau d'automne. La foule étudiante se pressait autour d'elle, des jeunes moldus absorbés dans leurs conversations, et au milieu d'eux…
Snape.
La silhouette sombre, les épaules droites, la démarche posée. Son manteau noir glissant contre ses jambes à chacun de ses pas. Ses cheveux, plus courts, plus soignés. Sa posture, plus détendue, mais son regard, toujours aussi profond.
L'adrénaline pure qui l'avait frappée en plein cœur lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois. L'impulsion qui l'avait poussée à le suivre, comme si elle n'avait pas eu le choix, comme si une force invisible l'avait attachée à lui.
Il ralentissait. Il comprenait.
Hermione sentit une vague de panique monter en elle, une peur bien plus viscérale que lorsqu'il s'était introduit dans ses souvenirs de guerre. Car là, il ne s'agissait plus de son passé, mais de son présent. Il ne s'agissait plus de douleur, mais de désir.
Elle tenta désespérément de refermer cette porte mentale avant qu'il ne puisse aller plus loin, mais il força le passage.
Le bar de jazz.
L'atmosphère tamisée, la lumière dorée des lustres suspendus, le murmure des conversations feutrées. Elle, assise non loin de lui, tentant d'être invisible, son regard accroché à lui malgré elle.
Snape, dans ce fauteuil en velours sombre, le col roulé vert-de-gris rehaussant les angles de son visage. La ligne de sa mâchoire, tranchante sous la lumière douce. La manière dont ses doigts effleuraient distraitement le rebord de son verre, longs et élégants, comme s'ils composaient une partition silencieuse sur le cristal.
Hermione frissonna, impuissante.
Il voyait. Il comprenait.
Elle tenta une nouvelle fois de l'expulser de sa tête, mais il refusa. Il voulait tout voir. Il alla jusqu'au souvenir qu'elle redoutait le plus.
Son appartement.
Le feu qui crépitait dans l'âtre, projetant des ombres mouvantes sur les murs. Snape, assis dans son fauteuil, un verre de vin à la main, le regard pensif.
La chemise blanche, les premiers boutons défaits, révélant un fragment de peau pâle.
La courbe de sa clavicule, effleurée par la lumière des flammes.
Son souffle lent, contrôlé.
Ses cheveux noirs, glissant légèrement sur son front.
Et elle.
Elle, qui l'observait, le cœur battant trop fort dans sa poitrine.
Elle, incapable de détourner les yeux.
Elle, troublée par quelque chose qu'elle ne voulait pas nommer.
Snape se figea brusquement.
La connexion mentale trembla sous une tension nouvelle, une charge électrique qui les secoua tous les deux. Hermione sentit la panique pure de l'homme qui fouillait dans son esprit, et pour la première fois depuis le début de l'assaut, il hésita.
Elle saisit cette opportunité avec tout ce qu'elle avait.
Une onde de magie brute explosa en elle, brisant le lien de force. Snape fut projeté en arrière, percutant violemment le meuble derrière lui. Hermione s'effondra au sol, les mains tremblantes, la respiration saccadée.
L'air vibrait encore du choc de leur affrontement.
Snape était immobile, torse légèrement soulevé par une respiration plus rapide que d'ordinaire. Sa chemise, à peine froissée, témoignait du tumulte invisible qui venait de se dérouler entre eux.
Mais son regard…
Son regard était noir, intense, insondable.
Un silence assourdissant tomba entre eux.
Puis, sa voix, plus rocailleuse que jamais, brisa le silence.
— Vous êtes une idiote.
Hermione redressa la tête, le souffle encore court, son cœur battant à un rythme effréné.
— Et vous êtes un monstre ! cracha-t-elle, sentant la colère et l'humiliation lui brûler la peau.
Snape passa une main sur son visage, ferma les yeux une fraction de seconde, puis soupira lentement.
Il resta silencieux un moment, et lorsqu'il parla enfin, ce fut avec une gravité qui la cloua sur place.
— Je suis désolé.
Elle le fixa, interdite.
Snape ne s'excusait jamais.
Il ne la quittait pas des yeux. Son regard était encore chargé de ce qu'il venait de voir, de ce qu'il avait compris malgré lui.
— J'avais besoin de savoir si vous étiez une ennemie.
Sa voix était plus basse, presque rauque.
Hermione ouvrit la bouche pour protester, pour hurler contre lui, pour lui dire qu'il n'avait aucun droit, mais une vérité brute la cloua sur place.
Si Snape lui avait demandé ce qu'elle ressentait, elle aurait menti.
Et maintenant, il savait.
Elle déglutit, son regard toujours accroché au sien.
Snape inspira profondément, comme s'il tentait de retrouver un équilibre après la tempête. Puis, sa voix résonna, calme, implacable.
— Vous ne devriez pas être ici, Miss Granger. Vous jouez avec des forces qui vous dépassent.
Mais il savait aussi qu'elle n'arrêterait pas.
Et elle, elle savait qu'il avait vu bien plus qu'il ne l'aurait voulu.
L'instant où Severus ouvrit la porte marqua un basculement. Le cœur battant encore la chamade, Hermione le regarda avec surprise tandis qu'il lui faisait un geste pour l'inviter à franchir cette porte, apparue quelques secondes plus tôt seulement.
Hermione franchit le seuil, le cœur battant à tout rompre, et fut happée par la magnificence du lieu. Un manoir du XVIe siècle, d'une élégance intemporelle, s'étendait sous ses yeux. Le parquet sombre, patiné par les siècles, craquait légèrement sous ses pas, tandis que les hautes fenêtres s'ouvraient sur un vaste parc noyé dans la brume du soir. L'atmosphère était feutrée, presque irréelle. Ici, tout respirait la puissance et la retenue, un monde façonné par un homme qui n'avait jamais laissé place au superflu.
Severus avança sans un mot, l'invitant d'un simple mouvement de tête à le suivre. Ils traversèrent un couloir aux tapisseries brodées d'or, les motifs complexes semblant danser sous la lumière vacillante des chandeliers suspendus au plafond. Chaque détail du décor trahissait un goût raffiné, loin du cachot humide de Poudlard qu'elle associait instinctivement à lui.
Ils arrivèrent dans un salon immense, dominé par une imposante cheminée où crépitait un feu vibrant, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre. Severus posa son manteau sur un fauteuil en velours sombre et se dirigea vers un élégant meuble en acajou où reposait une carafe de cristal remplie de whisky pur feu.
— Je vais arrêter de chercher, déclara Hermione d'une voix mesurée, brisant enfin le silence. Je ne poserai plus de questions. Je me contenterai de ce que je sais déjà.
Severus haussa un sourcil sans se retourner. Il versa le whisky dans deux verres, sa gestuelle fluide et maîtrisée, avant de lui tendre l'un d'eux. Hermione le saisit machinalement et porta le liquide ambré à ses lèvres. L'alcool brûla sa gorge, un feu doux et enivrant qui se propagea en elle avec une lenteur exquise.
Il resta debout, face à la cheminée, son verre à la main, le regard rivé sur les flammes. Son profil était sévère, sa silhouette longiligne drapée d'une chemise blanche légèrement froissée, dont les premiers boutons défaits laissaient entrevoir la courbe de sa clavicule. Ses cheveux noirs tombaient librement sur ses épaules, capturant les reflets dorés du feu.
Hermione ne pouvait détourner les yeux.
Il était beau.
Elle aurait voulu le nier, mais c'était impossible. Cette posture détendue, cette élégance nonchalante, cette maîtrise absolue de lui-même la troublaient d'une manière nouvelle, déroutante. Ce n'était pas la première fois qu'elle le regardait, qu'elle le scrutait même, mais ce soir, quelque chose avait changé.
Elle se leva, lentement, son corps réagissant avant même que son esprit ne puisse l'en empêcher.
Severus se tourna vers elle, surpris.
— Miss Granger ?
Elle ne répondit pas. Elle avançait déjà, comme attirée par une force invisible, un instinct qu'elle ne contrôlait plus. Le feu crépitait derrière lui, illuminant son visage d'un éclat mordoré. Leur proximité était indécente, mais Hermione s'en fichait.
Il fronça les sourcils, son regard s'assombrissant d'un avertissement silencieux.
— Vous devriez aller vous asseoir, dit-il d'un ton mesuré, comme s'il essayait encore de maintenir une distance entre eux.
Mais elle ne bougea pas.
Elle fit un pas de plus.
L'espace entre eux se réduisit à un souffle.
Severus serra imperceptiblement la mâchoire.
— Ne jouez pas à ce jeu-là, Hermione, la prévint-il d'une voix rauque.
L'entendre prononcer son prénom ainsi, avec cette gravité, ce danger sous-jacent, fit courir un frisson brûlant le long de son échine.
— Ce n'est pas un jeu, murmura-t-elle, et elle-même fut surprise par la certitude qui teinta ses mots.
Elle sentait la chaleur émaner de lui, son souffle, la tension brutale qui régnait entre eux. Elle leva la main et, du bout des doigts, effleura le tissu de sa chemise, juste au niveau de son torse. Elle sentit la contraction de ses muscles sous la fine étoffe, la respiration légèrement irrégulière qu'il tenta de dissimuler.
Severus ferma brièvement les yeux, un combat intérieur gravé sur chacun des traits de son visage.
— Vous avez été mon élève, lâcha-t-il, comme un dernier rempart contre ce qui était en train de se produire.
— Et je ne le suis plus.
Elle avança encore, si proche désormais qu'elle pouvait sentir l'odeur subtile qui lui était propre, un mélange de bois de cèdre, de thé noir et d'une note plus obscure, indéfinissable.
Severus restait immobile, mais chaque muscle de son corps était tendu, comme une corde sur le point de rompre.
Hermione leva légèrement le menton, défiant ce dernier mur qu'il essayait de dresser entre eux.
— Vous ne savez pas ce que vous faites, souffla-t-il, sa voix à peine plus forte qu'un murmure.
— Oh que si.
Ses pupilles se dilatèrent à sa réponse. Son souffle devint plus profond, plus contrôlé, comme s'il tentait de garder une emprise sur la situation.
Il se pencha légèrement vers elle, sa bouche à quelques centimètres seulement de la sienne, et murmura d'un ton tranchant :
— Si vous ne vous éloignez pas immédiatement, Hermione… je ne réponds plus de moi.
Un silence électrique.
Elle ne bougea pas.
Le temps suspendit son souffle.
