Fleur d'Ange : Je t'avoue que les histoires de voyage dans le temps, à la base, c'est pas trop mon truc... souvent, je trouve que ça devient vite fouillis ou illogique. Mais justement, c'est ce qui m'a donné envie de relever le défi avec Là où le temps saigne. J'aimais l'idée de tester mes limites d'auteure, de travailler la cohérence dans l'absurde, et d'explorer ce que le passé pouvait révéler de nos personnages préférés.
Et là je vais filer lire DGBA, ça m'intrigue trop 👀✨


Chapitre 2

Le miroir des jours anciens


La salle de bain privée du directeur n'avait rien à envier à celle des préfets. Un bassin de marbre blanc trônait au centre, illuminé par une lumière dorée qui semblait émaner directement des vitraux, dessinant des arabesques mouvantes sur les murs de pierre. Des fioles d'essences parfumées flottaient en apesanteur dans l'air, tournoyant lentement comme des lucioles alanguies. Le parfum d'ambre, de lavande et d'un bois ancien emplit la pièce, lui donnant un air irréel.

Hermione resta un instant immobile sur le seuil, éblouie par la beauté silencieuse du lieu. Elle se sentait presque coupable d'entrer dans un espace aussi apaisé avec une tempête pareille dans la poitrine. Chaque détail semblait la narguer : le lustre flottant diffusant une lumière tamisée, les volutes de vapeur parfumée dansant au-dessus de l'eau, et ce silence… presque irréel.

Le contraste lui donna presque le vertige. Ses doigts tremblaient légèrement en défaisant les boutons de sa veste froissée, vestige des jours de guerre, chaque geste chargé d'un symbolisme qu'elle ne pouvait ignorer. Elle retirait une vie. Une époque. Une guerre.

Lorsqu'elle s'enfonça enfin dans l'eau chaude, ses membres s'apaisèrent lentement, comme si la chaleur effaçait ses douleurs une à une. Son corps, endolori par des mois de fuite, de peur constante, de nuits sans sommeil et de combats ininterrompus, s'abandonna à cette caresse brûlante. C'était son premier vrai bain depuis des mois — pas une toilette rapide entre deux cachettes, pas un sortilège hâtif en pleine forêt. Un vrai bain. Une parenthèse volée à la guerre.

Mais son esprit, lui, restait en tumulte. Chaque battement de cœur murmurait une même peur : et si elle ne retrouvait jamais son temps ?

Et si elle avait tout détruit ? Et si rien ne pouvait être réparé ?

Elle appuya son front contre le rebord du bassin, les yeux fixés sur les vitraux ensorcelés. L'un d'eux montrait une constellation inconnue, un ciel d'un autre âge. C'était beau. Et terrifiant. Comme ce qu'elle venait de faire.

Elle laissa l'eau lui glisser sur la peau, emportant la sueur, la poussière et les dernières traces de larmes. Quand elle ressortit, elle était propre, mais pas apaisée. Elle s'habilla en silence, enfilant l'uniforme aux couleurs neutres, sans insigne. Il lui semblait peser plus lourd que du tissu.

Avant de quitter la salle, elle prit quelques minutes pour s'asseoir dans un fauteuil ancien, placé près de la cheminée. Peut-être était-ce celui où Dumbledore avait l'habitude de se reposer. Les flammes y crépitaient doucement, jetant des reflets orangés sur les murs de pierre. Il n'était plus là. Et pourtant, sa présence semblait encore flotter dans l'air.

Hermione sentit son cœur cogner dans sa poitrine. Une angoisse sourde s'élevait en elle, plus forte à chaque seconde. Et si elle avait tout bouleversé ? Et si sa présence ici, son seul souffle, suffisait à briser l'équilibre du temps ?

Et si elle ne rentrait jamais ?

Ses mains se crispèrent sur l'accoudoir. Elle n'était plus sûre de rien. Le retourneur était muet, le monde trop ancien, et l'incertitude trop lourde.

Le feu craqua dans l'âtre, lui rappelant que le temps, lui, ne l'attendrait pas.

L'horloge tinta doucement dans le bureau adjacent. Le temps. Encore lui.

Elle se leva. Inspira profondément.

Puis sortit.

Dans les couloirs, les regards se tournèrent. Des élèves chuchotèrent, intrigués par cette silhouette inconnue au port droit, aux yeux trop graves. Hermione garda la tête haute, même si chaque pas résonnait comme une erreur.

Arrivée aux portes de la Grande Salle, elle aperçut Minerva McGonagall. Plus jeune, plus vive, élégante dans sa robe de sorcière impeccablement taillée. Son chignon était aussi serré que dans les souvenirs d'Hermione, mais ses traits portaient moins de fatigue, plus de feu. Une vive émotion traversa Hermione en la voyant : ce n'était pas seulement une version plus jeune de son enseignante, c'était une femme encore pleine d'élan, de certitudes, une présence rassurante dans un monde redevenu inconnu. Ses yeux s'embuèrent, un frisson la parcourut. C'était comme apercevoir une balise dans le brouillard du temps.

Le regard de Minerva croisa le sien. Elle s'avança avec un petit hochement de tête, un sourire formel aux lèvres.

— Mademoiselle Valmont, je présume ? dit-elle en s'arrêtant à quelques pas, le regard attentif. Vous devez être fatiguée… Ne vous inquiétez pas, tout est prêt. Nous allons faire cela en douceur. Suivez-moi.

Minerva se contenta d'un regard bref à Hermione, comme pour s'assurer qu'elle tenait bon, avant de pousser les battants qui s'ouvrirent dans un grincement solennel, et une bouffée de chaleur emplit le corridor. La Grande Salle s'étendait devant elles, vaste et lumineuse, baignée de la lumière des centaines de bougies suspendues. Les feux de cheminée flambaient dans chaque coin, projetant une lueur mouvante sur les murs de pierre.

Hermione resta un instant figée sur le seuil. Les quatre longues tables étaient bondées. Des centaines de visages s'étaient retournés vers elle. Chaque murmure s'éteignit. Le silence, lourd comme un sortilège, l'écrasa d'un seul coup.

Elle n'existait pas, ici. Elle n'avait pas de place, pas d'histoire, pas de passé. Elle n'était qu'un mystère vêtu d'un uniforme neuf. Et tous les regards le savaient.

— Vous n'aurez qu'à marcher jusqu'au Choixpeau. Il est posé sur le tabouret, devant l'estrade des professeurs. Je prononcerai votre nom complet. Il vous suffira de vous asseoir. Le reste… appartient au chapeau.

Elle se tourna légèrement vers Hermione.

— Vous êtes prête ?

Hermione sentit son estomac se tordre. Le silence pesait lourd. Chaque regard sur elle était un poids. Elle serra les dents et avança, droite, la tête haute.

Dumbledore s'était levé. Sa haute silhouette, auréolée par la lumière des chandelles, s'imposa dans le silence. Il leva légèrement la main, et sa voix résonna dans la Grande Salle avec douceur et autorité :

— Mes chers élèves, permettez-moi d'interrompre un instant votre dîner pour accueillir une élève particulière. Voici Mademoiselle Aurore Valmont, tout droit venue de l'Académie de Beauxbâtons, en France. Elle nous rejoint pour terminer son année scolaire ici, à Poudlard. Je compte sur vous tous pour lui réserver l'accueil qu'elle mérite.

Il adressa un bref signe de tête à Minerva, qui répondit d'un regard sobre, concentré sur sa tâche. Autour, les élèves murmurèrent, curieux. Certains levèrent les sourcils, d'autres échangèrent des chuchotements. Un transfert en milieu d'année ? De Beauxbâtons ?

Hermione sentit ses joues chauffer. Mais elle tint bon. Avança encore.

— Mademoiselle Aurore Valmont, annonça Minerva d'une voix claire qui résonna jusqu'au moindre recoin de pierre.

Le Choixpeau l'attendait. Poussiéreux. Fendu. Vivant.

Hermione monta les quelques marches. S'assit. Ferma les yeux.

Et le chapeau tomba sur sa tête.

— Tiens donc… murmura une voix ancienne, éraillée, mais curieusement vive. Voilà qui est… inattendu.

Hermione se tendit. L'intérieur du chapeau était sombre, feutré, mais la voix résonnait directement dans son esprit.

— Tu n'es pas une élève ordinaire… Oh non. Tu portes le poids du temps, de la guerre, du renoncement. De la ruse aussi. Tu sais ce que c'est que de perdre, et de continuer malgré tout. Voilà une marque… très serpentarde.

Hermione serra les poings sur ses genoux.

— Je n'ai pas changé de maison, dit-elle intérieurement. Je suis Gryffondor.

— Était, peut-être… rétorqua le Choixpeau. Tu as en toi la bravoure, c'est certain. Mais regarde-toi : tu as appris à te taire pour survivre. À mentir pour protéger. À faire ce qu'il faut, pas ce qu'il est juste. Tu as mûri, Hermione Granger. Et dans ce monde, ici, maintenant, ce que tu es devenue trouvera sa place… chez les Serpentard.

Un silence suspendu suivit, vibrant de tension. Puis, d'une voix claire, le Choixpeau cria :

SERPENTARD !

Une salve d'applaudissements éclata aussitôt à la table des verts et argent, vive, bruyante, presque provocatrice. Les autres tables applaudirent faiblement, par pure politesse. Hermione descendit les marches lentement, la gorge nouée, le cœur battant à tout rompre. Chaque regard qu'elle croisait était chargé d'interrogation, voire de méfiance. Elle avait envie de crier : ce n'est pas ce que vous croyez. Mais elle ne le pouvait pas.

Une fille assise au centre de la table de Serpentard lui fit un signe de tête poli. Elle avait de longs cheveux bruns, des yeux bleu acier, et portait le badge de préfète en chef.

— Viens, lui dit-elle en se poussant légèrement sur le banc pour lui faire de la place. Je m'appelle Héloïse Prewett.

Hermione s'assit sans un mot, le cœur encore en vrac. Autour d'elle, les murmures reprirent.

— Beauxbâtons ? C'est rare, non ? — Pourquoi t'es venue ici ?

Hermione se redressa légèrement.

— Mes parents sont médicomages. Ils ont été appelés en Angleterre pour une mission de long terme. Ils ont une pratique indépendante, alors j'ai dû les suivre.

La réponse sembla satisfaire les plus curieux. On hocha la tête autour d'elle, sans insister. Mais Hermione sentait encore les regards. Des regards insistants, surtout depuis la table de Gryffondor. Des regards durs, presque hostiles. Elle n'osa pas les affronter.

— Ne t'en fais pas pour eux, lui murmura une autre fille, assise non loin. Elle avait une chevelure blonde cendrée et un sourire sarcastique. Gryffondor adore juger. Pour eux, on est tous des mages noirs en devenir.

— Suzanne Nott, enchantée, ajouta-t-elle en tendant la main.

Hermione la serra, plus par réflexe que par politesse.