XIV On n'arrête pas la Justice
[vendredi 8 novembre 2002, Dora]
Quand je sors de l'atelier de broderie, je vois que Dawn a tenté de m'appeler deux fois. Oliver aussi. Les rappeler serait logique. Mais l'urgence est sans doute d'avoir un aval politique, je me raisonne après avoir pris le temps de plusieurs enjambées.
"Belcher, il ne va pas falloir mal le prendre. Je vais appeler Shacklebolt", j'annonce donc.
"Une conséquence logique de ce que nous venons d'apprendre, Lieutenante", il admet facilement.
"Merci", je rajoute avant de lancer la bulle de silence "logique" et nécessaire. Kingsley prend mon appel, me demande d'attendre, dit à quelqu'un qu'il revient, se déplace, ferme une porte.
"Dora, je t'écoute."
Je lui retrace les derniers mouvements de l'enquête et les révélations de la tante de l'Agent Belcher.
"Trois gosses", il constate, le regret est perceptible dans sa voix.
"Je pense qu'il ne faut pas attendre qu'ils recommencent."
"Tu veux les arrêter", il comprend.
"Je veux les amener à la Division, le plus calmement possible, et essayer de les convaincre d'arrêter les frais."
"Tu veux les protéger", il estime.
"Je ne veux pas heurter l'opinion publique", je reformule et je vois qu'il entend.
Mon mentor historique prend néanmoins le temps d'être certain. "Je te rappelle", il annonce.
Je dissous la bulle et Belcher me regarde avec un mélange d'anticipation et de résignation. Il ne demandera pas si je ne parle pas la première.
"J'attends une validation politique au plus haut", je lui livre, et la hauteur de laquelle cette validation va venir l'impressionne, pas de mystère. On arrive en silence dans une artère plus passante et j'hésite à appeler mes adjoints quand je sens mon miroir vibrer et que Kingsley apparait. Je replace la bulle autour de moi avant de répondre.
"Scrimgeour valide ton approche" est la formulation précise et sobre de Kingsley. Ses yeux sombres semblent me scruter avec une attention totale.
"Des conseils ?", je souffle, intimidée à mon insu.
"Tu as un plan ?", il me retourne.
"Ils sont trois. Trois équipes", je me lance.
"Tu en prends une ?"
"Sans doute. Dawn et Oliver prendront les deux autres", je liste. "Je pense que ce sera plus simple si on les approche séparément. Même si un nous échappait, on aurait un moyen de pression et on pourrait consolider notre dossier."
"Ok", il commente pensivement. "Tu ne veux pas un briefing avant, ici, que je leur mette la pression ?"
"Si tu penses que c'est nécessaire..."
"Je te pose la question."
Je prends le temps d'un bref examen de conscience.
"Honnêtement, Kingsley ? Non. Je me plierai à tes ordres, mais je ne pense pas qu'ils aient besoin de ta pression morale pour faire leur boulot", je m'avance, le cœur un peu battant, m'inquiétant de trop m'avancer, mais confortée par la conviction d'être sincère. "Et tout délai augmente la possibilité que quelqu'un les prévienne."
Il sourit pour la première fois avant de confirmer : "Bonne chance, Tonks."
"On a l'accord", j'annonce sobrement quand j'ai dissipé la bulle. Presque autant pour moi que pour Belcher au fond. Avoir l'accord n'est pas avoir un blanc-seing, je le mesure. Avoir l'accord ne me protégera que peu si je me plante. Et c'est vrai aussi pour Dawn et Oliver. Je leur dois que ça marche.
"Quand ?', s'informe Horacio, presque timidement.
"Tout de suite", je lui livre en reprenant fermement mon miroir et en décidant de commencer par celui qui peut paraitre le maillon faible de cette affaire. Oliver Forrest.
Il répond immédiatement.
"De bonnes nouvelles, cheffe ?"
"La confirmation qui nous manquait sans doute. Tu es où ? À la Brigade ?", je questionne. Belcher, à mes côtés, fait semblant de ne pas écouter.
"Oui. Dawn vient juste de rentrer. Elle est en face de moi. Elle venait de t'appeler", il tient à me préciser. Et qu'Oliver prenne la peine de protéger ma meilleure amie de moi me prend salement aux tripes. Remus ou Albus peuvent tenir des heures sur la solitude du pouvoir, mais cette solitude-là, je ne suis pas certaine de l'assumer.
"Très bien. On va donc pouvoir faire trois équipes", je me force à continuer d'une voix égale. "Il faut arrêter la fratrie Groves. Sans attendre. Pendant qu'ils sont chacun dans des lieux différents."
"Comment tu sais ? On allait te dire...", balbutie Oliver, l'air sidéré. Mais pas par l'identité de la Justice Bafouée, je note.
"J'ai convaincu la tante de Belcher qu'il fallait arrêter ces gamins avant qu'ils ne soient plus pardonnables", je réponds. Horacio a un sourire triste en m'entendant, mais il ne proteste pas de ma présentation. "Ça colle avec ce que les filles victimes de Henry Hamnet ont raconté à Dawn ?", j'enquête.
"Plutôt", confirme Oliver. "Dawn était justement en train de me dire..."
"Si elle est là, mettez-vous à un endroit où on peut parler tous les trois", je le coupe. Il est à souligner qu'il obtempère immédiatement. Dawn est à ses côtés dans la seconde et ils tiennent à me montrer qu'ils sont dans une pièce dont la porte est fermée. Mon amie a eu un signe de tête formel pour moi quand nos yeux se sont croisés. Faute de meilleure idée, et aussi parce que ça m'aide à ordonner mes idées, j'ai continué à marcher, Belcher sur mes talons.
"Avant toute chose, je vous annonce qu'on a l'accord de Shacklebolt et Scrimgeour pour agir", je me lance. Je lis dans leurs yeux qu'ils tiennent compte de l'information, qu'elle les projette dans quelque chose de plus grand qu'eux. "Il faut vérifier où chacun des frères Groves est, mais normalement l'aîné, le chaudronnier, est à son travail à cette heure. L'idée est de l'amener à la Division sans que ça ait l'air d'une arrestation pour l'instant. La suite des interrogatoires précédents. Des photos à montrer. Ce que vous voulez d'assez vague pour ne pas nous retomber dessus plus tard." Ils opinent de conserve qu'ils comprennent. "Le second - Liam - doit être à son université qui est où déjà... ?"
"Derby", me fournit Dawn. Son visage est insondable. Mais c'est souvent le cas pendant les briefing opérationnel, je m'oblige à m'en souvenir.
"Voilà. Si j'ai bien compris, ils n'avaient pas les moyens de payer mieux." Dawn confirme sobrement d'un signe de tête. "Et le petit dernier, Matthew, est à son apprentissage. Là encore, l'idée est de ne pas faire de vagues. Je veux les amener à la Division et leur parler. Le plus rapidement possible. Avant qu'une bonne âme ne les prévienne et qu'ils disparaissent dans la nature, par exemple."
"On se répartit comment ?", questionne Dawn, alors qu'Oliver opine comme s'il confirmait mon raisonnement.
" Vous prenez quoi ?", je leur renvoie. Comme ils échangent un regard rapide, j'explique : "J'ai besoin de vous à votre top. Efficace, discret, diplomate. Je veux bien que vous choisissiez votre mission si ça peut aider. Si ça prend des plombes, je vais décider pour vous."
"Le grand", choisit Oliver le premier. "Je me sens de taille à calmer le jeu dans un atelier. À jouer la camaraderie."
"Ok. Pourquoi pas. À toi les chaudrons. C'est sans doute le chef, donc ne le laisse pas filer. Prends des policiers en périmètre, on ne sait jamais, si ça dérape ou si la camaraderie ne suffit pas". Oliver opine martialement et mes yeux vont vers Dawn qui semble hésiter.
"Ce que tu veux, Dora", elle commence. J'incline la tête sur le côté, invocation mentale au calme de Remus. Elle me connaît assez sans doute pour le mesurer et elle se reprend : "Un gamin sensible ou un étudiant dans un contexte moldu... Je comprends que tu veux une opération discrète. Et tes raisons. Après... Je... Tu veux que je sois sincère ? Tu es celle qui a un appartement moldu et un père né-moldu, Tonks."
"Pas faux", je reconnais, contente qu'elle soit sortie de sa défensive en fin de compte. Je laisse mon imagination se projeter dans une opération dans une université moldue et je dois m'empêcher de sourire. Kingsley n'a même pas objecté quand j'ai prétendu mener une équipe. "Ok, laissez-moi les mômes : Ron, Dikkie, Seamus. Ils n'auront pas besoin de se grimer pour passer pour des étudiants. Mais ne perdez pas de temps et faites-moi un sans-faute."
"Tu ne veux personne de plus expérimenté avec toi ?", s'étonne Oliver.
"Je veux qu'on soit rapides et peu détectables. Je les connais. Ça va le faire."
"Ils te rejoignent où ?", questionne Dawn de son côté. Je lis dans ses yeux plus complices que précédemment qu'elle me soupçonne d'être trop contente, au final, de la répartition.
"Au Chaudron Baveur. J'y suis dans dix minutes."
"Ils y seront", elle s'engage.
"Dis-leur de prendre une carte de Derby et je suis preneuse de l'adresse de l'École de droit si on l'a. D'une photo de Liam aussi."
"Je suppose que vous n'avez plus besoin de moi, Lieutenante ?", s'informe poliment Belcher quand j'ai remis mon miroir dans ma poche.
"Horatio, je tiens à te remercier. Sans toi, nous n'aurions pas fait cette percée."
"Les autres équipes ont trouvé des pistes concordantes et tu as convaincu la hiérarchie", il souligne. "Pas que je sois surpris, mais les résultats sont là."
"Ils ont trouvé des choses qui vont dans le même sens", j'admets. "Mais ta pierre est aussi importante que la leur."
"Merci de sembler le penser, Lieutenante."
[Université de Derby, vendredi 8 novembre 2002, Dora]
Dikkie, Ron et Seamus m'écoutent dans un silence religieux leur expliquer qu'on va infiltrer une université moldue, ou plutôt tenter d'en exfiltrer l'un de ses étudiants Cracmol. Que c'est pour ça que je les ai choisis.
"Tu veux qu'on se grime en étudiant", résume Dikkie.
"En étudiant moldu crédible", je confirme. "Je sais que Seamus peut nous conseiller en vêtements moldus, mais je crois que vous avez ce qu'il faut dans vos placards pour savoir en quoi métamorphoser vos vêtements. Un travail d'infiltration de courte durée : le temps de le repérer et l'isoler."
"Une infiltration", répète Seamus avec un peu de révérence, je le vois bien.
"De courte durée", je répète. "Un peu plus poussé peut-être que ce que vous avez déjà effectué", je reconnais. Je pourrais m'arrêter là mais je choisis une mise en garde un peu facile : "Encore que Ron, je crois me rappeler, a déjà osé plus dangereux sans même la protection d'un Auror plus expérimenté."
Ronald endure mon rappel de ses malheureuses initiatives dans l'affaire du XIC avec fatalisme, mais sans arriver à faire mieux qu'un sourire crispé qui ne trompe personne.
"Mais Dora t'emmène, Ron", souligne Dikkie, étonnamment gentille avec lui. Non, j'exagère, Dikkie a perdu son ton hautain avec ses insécurités professionnelles, je dirais. Je ne sais pas trop quelles relations elle a gardées avec Sopo. Je sais qu'ils ont passé des vacances ensemble. Je sais tout autant que Rafael se fait une place dans un système compliqué, officiel et officieux, et je mesure mal quelle place ça peut laisser à la construction d'un couple à distance.
"Oui, je vous emmène parce que je pense que vous formez la bonne équipe pour une mission un peu osée, mais sans risques létaux. Vous avez le bon âge. Vous avez suffisamment d'expérience", j'affirme à haute voix.
Je vois bien que mon petit discours de reconnaissance leur plaît.
"Et si on ne le trouve pas, on ira l'attendre chez lui", je rappelle. "Vous avez la carte et l'adresse de l'Université ? Et sa photo ?"
"Oui, Dora", confirme Seamus en sortant la carte moldue. Ron me tend l'adresse. Il pose la photo entre nous tous.
"On a aussi l'adresse de son logement en ville", rajoute Dikkie, sans doute pour ne pas être en reste. "J'avoue, au début, je me demandais s'il faisait le chemin moldu tous les jours..."
"C'est moins de deux heures", intervient Seamus. "Les Moldus n'ont souvent pas le choix et se tapent de longs transports quotidiens."
Dikkie et Ron ont l'air de ne pas trouver la ressource pour le contredire. Moi, je déplie la carte et je cherche l'adresse.
"L'École de Droit est à One Friar Gate Square", j'indique le bâtiment sur la carte. Ce que je ne dis pas à haute voix, c'est que le fait que le bâtiment soit dans une zone densément construite m'inquiète.
"C'est sans doute très fréquenté comme endroit", estime Seamus pensivement.
"Plusieurs entrées", remarque Dikkie, en laissant courir son doigt sur la carte.
"On ne voit pas s'il y a plusieurs étages", souligne Ron en ravalant notablement sa frustration.
Trois bonnes remarques, je note.
"On ne pourra pas tout planifier à l'avance", je rappelle. "On va s'adapter à ce qu'on va trouver. Le quartier, le monde, l'emploi du temps de Liam Groves. C'est tout l'enjeu de cette mission. Adaptation." Parallèlement, j'ai cherché sur le plan une zone plus tranquille adaptée à notre apparition, pour la trouver, difficilement, à une distance notable de notre cible. Mais c'est un parc assez vaste "On va transplaner ici."
"Faut pas se rater sur les coordonnées", commente Ron, pensivement. "Pas de souci, Lieutenante", il s'empresse tout de suite de rajouter.
"Concentrés et précis", j'approuve. "Et appelez-moi Dora. On va incarner des étudiants. Ils s'appellent par leur prénom la plupart du temps."
Il y a un moment de flottement, aucun d'eux n'osant me dire que je suis trop vieille. Je me métamorphose plutôt que d'argumenter.
"Sans problème", est le commentaire de Dikkie.
La zone dans laquelle se tient l'École de droit de Derby est totalement urbanisée. Encore plus en vrai que ce que j'avais imaginé en regardant le plan. Des magasins, des maisons, des immeubles et d'autres bâtiments universitaires, tout au long de rues où se pressent des voitures. La brique rouge domine. Les arbres sont rares et clairsemés. Le bâtiment de l'École lui-même tranche dans cet environnement. Un assemblage de verre et de structures métalliques grises et rouges, tout en angles et en reflets, sur plusieurs étages. On peut difficilement faire plus différent de ce dont nous, sorciers, avons l'habitude.
De rondes en rondes, quatre étudiants nonchalants dont les arrêts ne semblent étonner personne, on repère les différentes entrées. On observe les flux d'étudiants qui entrent et sortent du bâtiment. On ne détonne pas trop avec nos tenues décontractées, mais neutres. Il faut remercier Seamus qui m'a très respectueusement tenu tête en arguant que les étudiants en droit moldus étaient plus conformistes que les autres. Sommé par Dikkie de justifier cette théorie, il nous a appris la tenir de Justin Finch-Fletcher, dont le double cursus de droit moldu et sorcier assure un respect croissant parmi sa génération et au-delà.
Malgré tout, je sens combien mes trois jeunes adjoints ont abandonné toute ambition de m'impressionner en faisant des propositions. Je leur répète qu'il faut juste ne pas se faire remarquer, repérer le jeune Groves, l'isoler et l'embarquer. L'environnement est certainement exotique, mais ce n'est pas une raison pour laisser tomber.
"On fait deux groupes", je décide lentement, mais sûrement. "Seamus et Dikkie, vous longez le bâtiment par la droite et vous essayez d'entrer par la porte secondaire qu'on a vue sur le plan. Ils opinent nerveusement. "Ron et moi, on entre par l'entrée principale. L'idée est d'explorer, si possible, d'identifier Groves et de se retrouver à la cafétéria."
"La cafétéria ?", relève Dikkie pour eux trois.
"Toutes les écoles du monde ont une cafétéria", j'affirme en réajustant le sac à dos qui doit parfaire mon costume d'étudiante moldue. Il va être temps de passer à l'action. "Ron et moi, on s'arrange pour monter le plus vite possible au dernier étage. Vous deux, vous explorez les étages du bas. Les jetons sont à portée de main. Pas besoin de roman."
"Oui, Dora", ils soufflent presque en chœur.
"On y va", j'annonce donc logiquement en me dirigeant vers l'entrée principale. Ron m'emboite le pas avec une seconde de retard.
On traverse tout le carrefour, Ron et moi. Un autre groupe s'engage dans les quelques marches qui séparent la rue de la porte et j'accélère pour que nous soyons juste derrière eux. Ils parlent entre eux assez sérieusement de la stratégie d'un avocat durant un procès à ce que je peux capter. Une conversation comme on pourrait en entendre à l'Académie, je décide.
Derrière les portes automatiques — ma voisine Olivia, architecte d'intérieur, m'a expliqué que ça marchait avec un capteur de mouvement — il y a un gars baraqué et blasé que je reconnais tout de suite comme un agent de sécurité. Il ne tique pas une seconde à notre passage. Mon regard est attiré par un poster qui annonce que l'entraînement aux audiences publiques aura lieu à partir du lendemain et que les élèves doivent s'inscrire avant ce soir au secrétariat du premier étage. Une des filles du groupe devant nous commente : "Mais qui ne s'est pas encore inscrit !"
Ron marque un utile arrêt devant un panneau sur le mur qui décrit ce qu'on peut trouver à chaque étage : une cour de justice et une cellule sont listées au premier étage, donnant un peu plus de corps aux discussions des élèves entrés avant nous. Ils ont disparu depuis. D'autres nous contournent et je me demande si on ne fait pas tache. Mais connaître les lieux est important.
Je note que l'école de droit, elle, est au second, ainsi qu'un espace social qui est peut-être la fameuse cafétéria que j'ai promise visiblement avec raison. Au troisième étage, est annoncé un Institut international de Police qui m'intrigue bien. Il semble que les deux derniers étages soient des bureaux du corps enseignant. Une flèche dit qu'il y a un ascenseur. Je la montre à Ron qui acquiesce un peu nerveusement.
"Fais pas cette tête, Ron. Aller demander aux profs est toujours une bonne idée", je commente légèrement alors que nous entrons, évidemment pas seuls, dans l'ascenseur.
Les étudiants autour de nous, comme tous les étudiants du monde, parlent d'exposés à faire et d'examens à venir. La plupart descendent avant le 3e étage. Il reste une petite brune qui relit nerveusement un texte écrit sur une feuille et un grand blond qui joue, non moins nerveusement, avec le col de sa chemise. Ils descendent au quatrième sans nous avoir adressé un mot. Nous restons seuls.
"Ils jouent à faire des procès pour de faux ?" m'interroge Ron à mi-voix quand les portes se referment.
"Pourquoi pas", je réponds en haussant les épaules. "On se sépare — genre, on cherche un prof, pas le même. Et on redescend. Par les escaliers. Il doit bien y avoir des escaliers."
"Bien" est la réponse soufflée de mon jeune adjoint alors que l'ascenseur s'arrête au dernier étage. Il n'y a pas un bruit. Je pars à gauche, il part à droite. J'ai ma main sur ma baguette en espérant plus que tout ne pas avoir à m'en servir. Une porte s'ouvre me fait sursauter.
"Mademoiselle ? Qu'est-ce que vous faites ici ? Vous cherchez quelqu'un ?", s'enquiert très poliment une petite femme entre deux âges.
"Non, merci. Je n'aime pas l'ascenseur. Je cherchais l'escalier", j'invente.
"Les étudiants ne doivent pas venir à cet étage sauf pour les événements", elle me rappelle sur un ton que Minerva apprécierait, je pense.
"Pardon, j'avais besoin de calme", je tente.
"Nous ne pouvons pas laisser les étudiants s'installer partout. Il y a des espaces dédiés au travail au calme."
"Bien sûr. Désolée", je m'excuse.
"Les escaliers sont derrière vous. La première porte à gauche", elle me congédie avec efficacité.
J'obéis en m'excusant encore, assez convaincue qu'avec une telle gardienne, il y a peu de chance que Groves soit à cet étage. Quand je tire la porte, je tombe sur Ron qui visiblement espionnait la scène. Sa baguette est sortie.
"Range-moi ça", je souffle. "J'espère que tu ne voulais pas intervenir !"
"Je n'allais pas te laisser..."
"Je pense que je ne risquais même pas de perdre de points", je souligne en désignant l'escalier d'un coup de menton.
Notre inspection du quatrième étage est un peu plus longue. Il y a une salle de travail avec des groupes penchés sur des travaux communs. Devant un des bureaux de professeurs, nous retrouvons la petite brune nerveuse avec sa feuille, appuyée contre un mur. Elle ne semble pas nous remarquer. Nous poussons la conscience professionnelle jusqu'à vérifier dans les toilettes. Personne ne ressemble à Liam Groves de près ou de loin. Nous reprenons les escaliers en ayant échangé peu de mots.
Notre visite du troisième étage ressemble beaucoup à celle de l'étage précédent. Jusqu'au moment où nous arrivons dans ce qui tient lieu de cafétéria. D'abord, nous voyons Dikkie et Seamus, prudemment et efficacement, munis de grandes boissons dans des gobelets de papier. Ils ressemblent à deux étudiants qui chercheraient une table - ce qui est le cas d'autres, je note. Nous allons de concert vers eux. Je lis dans leurs yeux qu'ils nous mettent en garde. Et là, je vois juste derrière eux, un gars jeter son gobelet sans doute vide dans une poubelle tout en parlant à un autre étudiant.
"Liam Groves", confirme inutilement Ron, alors que notre cible et son camarade s'éloignent en discutant.
"On peut les prendre à revers", indique Dikkie.
"Ron et moi, on les suit", j'approuve.
Il est temps d'agir, Groves a quasiment disparu dans la masse des étudiants qui entrent et sortent de la cafétéria. On a repris une partie de notre avance quand on se retrouve dans une grande pièce qui ressemble terriblement à une salle de classe — spacieuse, aérée — mais une salle de classe. Il semble que beaucoup s'installent en prévision d'un cours à venir.
Groves et son camarade heureusement ne s'assoient pas. Ils saluent deux personnes et ressortent par une autre entrée. Dikkie et Seamus sont dans le couloir. Le camarade de Groves lui fait un signe de la main et s'engage dans les escaliers, a priori vers le bas de l'immeuble. Le jeune Cracmol, lui, continue jusqu'à des toilettes. Seamus me regarde, j'opine. Ron le rejoint et ils entrent. Un étudiant sort. Je n'ai aucune idée de la taille des toilettes, mais tout le bâtiment reste de taille modeste. On peut espérer qu'il n'y ait pas trop de monde dedans.
Je me place de façon à pouvoir bloquer magiquement la porte sans être remarquée. Dikkie fait le guet, mais personne ne nous regarde. Je sens la magie du Portoloin à travers la porte.
"Ils ont réussi", commente Forrest.
En espérant qu'il n'y ait pas de dommages collatéraux, je m'inquiète. Un homme qui doit avoir le même âge que moi quand je ne suis pas métamorphosée, sort de l'ascenseur et passe devant nous.
"Ne tardez pas, je n'accepterai pas de retardataires, mesdemoiselles", il commente en passant devant nous sans réellement nous regarder.
"Oui, Monsieur", promet Dikkie.
De fait, les derniers qui trainaient dans le couloir entrent derrière lui. On se regarde et on part vers les escaliers à grands pas, nous retenant tout juste de courir. Au rez-de-chaussée, le vigile a toujours l'air aussi blasé. Personne ne nous arrête quand nous sortons du bâtiment. Il pleut, ce qui nous donne une raison légitime de courir jusqu'au parc d'où nous pourrons transplaner.
[Vendredi, Remus]
"Tu penses que vous avez arrêté la Justice ?", je questionne quand Dora m'appelle pour me tenir au courant de ses activités. Je ne sais pas trop quoi penser de ces trois suspects, une fratrie de sorciers issus des milieux traditionnels, dont un mineur et un Cracmol. C'est peu dire que c'est inattendu.
"On n'arrête pas la Justice, Remus. On tente de changer son incarnation", elle répond avec une pointe d'agacement. "Et pour le moment, on n'a arrêté personne. On entend des témoins potentiels dans le cadre de l'enquête. On est allé les chercher, mais ils ont accepté de nous suivre. Même Liam, l'étudiant en droit."
J'entends la précision.
"Tu ne vas pas rentrer ce soir" je déduis. Elle grimace et je tiens à la rassurer : "Je comprends, Dora."
"Avec un peu de chance, après ce week-end, on sera passé de l'enquête à l'aveugle à la gestion des conséquences. Je ne dis pas que je serai en vacances, mais les horaires devraient être moins n'importe quoi."
Ça ressemble à un truc qu'elle se dit pour éviter la culpabilité, je décide.
"Je pense qu'on peut venir à Londres. Les petits ont besoin de changement", j'essaie. "Les grands sont en Égypte. Et samedi, on pourra aller à la Fondation..."
"Et tes vols ?", elle me coupe. "C'est le moment de t'éloigner ?"
"Severus tient à assurer la garde ce week-end. Et, la surveillance va continuer. Avec ou sans moi."
"Toi, tu n'y crois pas vraiment", elle estime, presque sévèrement. Je sais qu'elle sait s'imposer au quotidien à ses équipes et résister à mon pessimisme méthodologique. Et j'estime que c'est une grande qualité dans les deux cas.
"Je me dis qu'on passe obligatoirement à côté de quelque chose", je lui avoue donc. "Un mobile, un moyen... quelque chose qui ferait sens."
"Comme une vengeance", elle suppose." Une réparation. Une aspiration".
"Oui", je souffle.
Elle secoue la tête.
"Le sens viendra après Remus. Le flagrant-délit, ce sera déjà la certitude que ça ne va pas recommencer."
"Certes", j'admets. "Reste le sentiment de ne pas être à la hauteur de Poudlard."
Dora ne se moque pas de ma formulation.
"Est-ce que ce n'est pas à Poudlard de t'aider à être à la hauteur, finalement ?"
"Peut-être que je ne sais pas écouter", je propose. "Peut-être que Severus entendra mieux que moi..."
"Ok. Si tu remets en cause ton lien avec Poudlard, tu as besoin d'un break", elle estime. "Je risque de ne passer qu'en coup de vent mais... je passerai. Promis."
"Comme je te l'ai dit, nous irons à la Fondation et les jumeaux ont très envie de jouer avec nos petits voisins. Je pense que nous irons demain matin de bonne heure. Ce soir, nous dînerons avec Severus et Susan. On sera contents de te voir, mais on va s'occuper., je répète, désolée maintenant de l'avoir inquiétée"
"Si tu savais combien en être certaine me rend forte", elle souffle.
Je ne lui dis pas que c'est le conseil de Susan.
ooo
J'espère que vous avez aimé l'action et que vous me pardonnerez le délai.
La suite cherche son titre final mais ce sera sans doute quelque chose qui parlera d'exemplarité.
Je vous laisse méditer sur tout ça.
