Je suis vraiment super heureuse, vos retours me font trop plaisir Merci mille fois à vous tous !

Jazzy : Eh oui, rien ne va plus 😅 Tu crois que je devrais arranger les choses… ou bien les laisser se débrouiller ? 😈
Athina : Merci infiniment pour ton commentaire, ça me touche beaucoup ! Je ne te fais pas attendre plus longtemps : voici le chapitre 62 :)

(j'ai trouvé le moyen de mettre des smiley, c'est fou-fou je suis comme une enfant devant le sapin de Noël)

Chapitre 62

Neville croisait un peu trop souvent Drago dans le couloir du septième étage pour que ce soit une coïncidence. Il avait apparemment laissé tomber ses excursions à l'extérieur pour se concentrer désormais sur la Salle sur Demande, qui servait de lieu d'entraînement à l'Armée de Dumbledore. Et cela n'augurait rien de bon au jeune Gryffondor.

Ce jour-là, il attendit que Drago ressorte du couloir et se planta devant lui, rassemblant tout son courage. Neville avait bien grandi. Le frêle enfant timide qu'il avait été s'était métamorphosé en un jeune homme solide, même si une certaine maladresse persistait dans ses gestes et ses mots. Il avait appris à affronter ses peurs.

Qu'est-ce que tu fabriques, Malefoy ? Pourquoi est-ce que tu rôdes toujours dans le coin ? Tu ne crois pas que c'est un peu suspect ?

Drago lui lança un regard glacial, celui qui aurait fait reculer Neville un an plus tôt. Mais aujourd'hui, il resta planté là, les bras croisés, déterminé. Pourtant, il ne put s'empêcher de remarquer l'air étrangement absent de Drago, comme si ses pensées étaient bien loin de ce couloir.

Parfois j'ai besoin de réfléchir. Tu devrais essayer, répliqua Drago, le regard distant.

Neville fronça les sourcils.

Pourquoi tu traînes ici ? Qu'est-ce que tu cherches exactement ?

L'espace d'un instant, Drago sembla hésiter. Ses yeux se posèrent sur Neville avec une intensité qui trahissait un conflit intérieur.

Tu fais bien attention à mes allées et venues, Londubat. T'es amoureux ou quoi?

Neville pinça les lèvres, mais ne détourna pas le regard.

N'importe quoi. J'ai juste remarqué que… tu n'as pas l'air d'aller bien.

Drago éclata d'un rire amer, dépourvu de la moindre trace de malice.

Tu te fais des idées. Tu crois quoi ? Que tu vas me sauver ?

Neville ouvrit la bouche, prêt à répondre, mais une voix douce l'interrompit :

Si tu ne veux pas faire ce qu'on t'oblige à faire, ne le fais pas.

Neville sursauta et se tourna pour voir Luna Lovegood, debout à quelques pas de là, comme si elle était apparue de nulle part. Elle les observait avec cette même expression rêveuse, ses yeux clairs braqués sur Drago.

Il la dévisagea, décontenancé. Pendant un instant, ses lèvres tremblèrent comme s'il allait parler. Ses poings se serrèrent, et Neville crut y voir un éclat de sincérité, quelque chose qui voulait percer au-delà de ses murs. Mais Drago détourna le regard, comme brûlé par une vérité qu'il ne pouvait pas affronter.

Vous êtes tous les deux cinglés, murmura-t-il avant de tourner les talons et de disparaître au bout du couloir.

Neville fixa Luna, perdu.

Pourquoi tu lui as dit ça ?

Parce que c'est ce qu'il avait besoin d'entendre, répondit-elle tranquillement en haussant les épaules.

Neville la considéra un moment, en silence. Luna voyait des choses que personne d'autre ne voyait, mais cette fois, il avait l'impression qu'elle avait touché juste. Drago descendit d'un étage, le cœur battant. Les mots de Luna résonnaient encore dans son esprit. Mais elle se trompait. Il ne pouvait pas désobéir. Pas si cela signifiait condamner sa famille.

Mais peut-être... Peut-être pouvait-il parler. Partager un peu de ce poids qui l'écrasait. Il pensa à Brittany. Elle l'avait écouté plusieurs fois, sans juger. Peut-être qu'elle le ferait encore. Et puis, il ne l'avait pas vue depuis plusieurs jours. Quelque chose n'allait pas, il en était certain. Déterminé, il descendit les escaliers en direction de ses appartements, l'idée de parler à Brittany flottant dans son esprit comme une bouée de sauvetage.

Mais Brittany n'était pas en état d'écouter quoi que ce soit. Depuis le soir de sa confrontation avec Rogue, elle s'enfonçait lentement dans une détresse contre laquelle elle ne cherchait même pas à se battre.

Le soir même de leur dispute, elle était sortie, en quête de réconfort. Le parc, les étoiles. Celles qui, autrefois, l'avaient apaisée. Pourtant, dès qu'elle leva les yeux vers le ciel nocturne, tout ce qu'elle y trouva fut un rappel cruel. Cette soirée de la Saint-Valentin, la Salle sur Demande décorée de constellations scintillantes, le regard de Rogue qui l'avait fascinée autant que les étoiles elles-mêmes. Ses yeux s'étaient remplis de larmes, brouillant l'éclat des astres jusqu'à les effacer complètement. Elle les détestait, désormais, ces étoiles qui lui rappelaient trop ce qu'elle avait cru entrevoir chez lui.

Elle s'était endormie là, recroquevillée sur l'herbe glacée. L'obscurité l'avait enveloppée d'un froid implacable qui avait fini par la réveiller au milieu de la nuit, transie. Elle avait regagné sa chambre à pas lents, les joues ruisselantes de larmes. Enfouie sous ses couvertures, elle avait continué à pleurer jusqu'à ce que le sommeil la rattrape enfin.

Le lendemain matin, elle s'était rendue auprès de Graup. Sans Hagrid. Elle n'avait pas eu la force de croiser son regard ou d'essayer de trouver les mots pour expliquer ce qui la tourmentait. La forêt lui avait semblé plus hostile que jamais. Brittany avait avancé d'un pas mécanique, indifférente aux bruissements inquiétants qui l'entouraient, à la tache rouge et or dans l'arbre, au centaure qu'elle avait croisé. Magorian. C'était lui, elle en était certaine. Elle ne savait pas comment elle avait pu retenir son prénom, mais elle était certaine que c'était ainsi que ses congénères l'avaient appelé. C'était celui qui l'avait agressée des jours plus tôt. Leurs regards s'étaient croisés. Il n'avait pas dégainé son arc. N'avait prononcé aucune menace. Brittany s'en moquait, de toutes façons. Elle avait continué son chemin, sans avoir la moindre peur. Elle se sentait creuse, brisée. Elle n'avait alors pas remarqué que l'hostilité dans les yeux du centaure avait disparu, remplacée par quelque chose de plus profond. Il était … perplexe.

Sa visite au géant ne l'avait pas apaisé. Elle avait regagné ses appartements, s'était laissé tomber sur son lit, et n'en était plus ressorti. Chaque geste lui semblait pesant, vidé de toute signification. Elle avait pris cachet sur cachet depuis cette nuit-là. Depuis que Rogue lui avait dit qu'il ne voulait plus d'elle. Ou plutôt qu'il n'avait jamais voulu d'elle.

Elle somnolait, dans un état second, les pensées réduites à un murmure lointain quand la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée. Brittany n'eut même pas un sursaut. Elle n'eut aucune réaction. Elle était affalée sur son lit, le regard perdu dans le vide, son corps comme engourdi par une lassitude écrasante.

Il l'avait entendue pleurer ces derniers jours, des sanglots étouffés qu'il feignait de ne pas percevoir lorsqu'il passait devant sa porte. Il avait ignoré ces bruits désespérés, les avait repoussés au fond de sa conscience comme on étouffe un cri. Quand il avait compris qu'elle ne claquerait pas la porte comme elle l'avait fait des mois plus tôt, il avait songé à faire marche arrière. Lui présenter des excuses. Lui dire qu'il n'avait fait ça que pour la protéger. Lui dire que lui aussi, avait mal. Mais à quoi bon ? Il allait mourir. C'était une certitude qu'il portait en lui depuis des années, une ombre qui l'accompagnait chaque jour. Voldemort le tuerait, ou Potter s'en chargerait. Et s'il ne mourait pas ce soir, ce serait demain. Alors, il valait mieux qu'elle le déteste. Qu'elle le laisse derrière elle comme un mauvais souvenir. Qu'elle se raccroche à quelque chose de plus solide, de plus lumineux que l'ombre qu'il était. Il s'était convaincu que c'était la seule chose décente qu'il pouvait lui offrir : une raison de le haïr.

Mais il n'avait pas pensé aux cachets. Pas pensé à ce que ces fichues pilules pouvaient faire à quelqu'un qui sombrait déjà.

D'une voix qu'il voulait neutre, il lâcha :

Tu es convoquée.

Aucune réaction. Elle ne leva même pas la tête. Il s'approcha, prit une inspiration. Il n'avait pas le choix. Il devait faire vite.

Tiens-toi droite.

Elle bougea à peine. Juste un frémissement imperceptible. Il n'était même pas sûr qu'elle l'ait entendu. Il lui attrapa le menton, forçant son regard vide à croiser le sien. Il détesta ce qu'il y lut.

Tu devras montrer de faux souvenirs au Seigneur des Ténèbres. Je les ai créés pour toi.

Il avait passé plus de deux jours entiers à composer ces souvenirs. En créer un de toutes pièces n'était pas aussi simple que de manipuler une mémoire déjà existante. Modifier un souvenir, le déformer, était relativement courant dans les sortilèges d'oubliettes, où l'esprit comblait souvent les vides laissés par la suppression d'événements indésirables. Mais concevoir un souvenir entier ? Cela relevait d'un art bien plus délicat.

Il lui fallait composer chaque détail avec minutie. Reproduire non seulement les images mais aussi les sensations, les émotions, la texture même de l'air et de la lumière. Il avait plongé dans sa propre mémoire, récupéré des fragments de la Forêt Interdite, des visages de centaures entrevus au fil des années. Il s'était inspiré d'une ancienne rencontre avec Magorian pour donner de la profondeur à l'illusion.

Mais il ne suffisait pas qu'elle croise un centaure. Il fallait qu'elle le séduise par son comportement, qu'elle gagne sa confiance, qu'elle parvienne à l'approcher au point de l'amadouer, pour pouvoir le capturer. Pour cela, Rogue avait dû imaginer une interaction crédible, une approche graduelle. Brittany se montrant respectueuse, fascinée par leur culture, curieuse mais humble. Peu à peu, le centaure finissait par accepter sa présence, par échanger quelques mots avec elle. C'était subtil. Mesuré. Convaincant.

Ces souvenirs devaient paraître authentiques, même pour elle. Surtout pour elle. Sinon, Voldemort le percerait à jour en un instant. Rogue avait passé des heures à affiner chaque détail, à se représenter chaque parole, chaque geste. Pour y parvenir, il avait dû plonger si profondément dans cet effort qu'il en était ressorti épuisé, le crâne douloureux.

Sa baguette effleura la tempe de Brittany.

Reste immobile, murmura-t-il.

Plusieurs minces fils argentés glissèrent de l'extrémité de sa baguette et se fondirent dans la tête de Brittany.

Essaye de te remémorer tes rencontres avec Magorian maintenant.

Le souvenir tourbillonnait dans sa tête, mais il ne s'accrochait pas. Il se mélangeait à tout le reste : les larmes, la fatigue, les étoiles qu'elle ne voulait plus voir, le regard de Rogue qui s'éloignait encore et encore. Elle n'était plus capable de faire la distinction entre ce qui était réel et ce qui ne l'était pas.

Tu y arrives?

Non, elle n'y arrivait pas. Mais elle n'avait pas envie de le décevoir encore une fois. Alors elle se contenta d'acquiescer.

Suis-moi.

Elle obéit, toujours sans un mot. Et cela l'inquiéta encore plus.

oOoOo

Drago arriva devant la porte des quartiers de son parrain. Il toqua à la porte, mais personne ne répondit. Il retenta une seconde fois, sans succès. Il poussa un soupir las.

Il resta planté là, les poings serrés, luttant contre une colère sourde qu'il ne savait pas diriger. C'était toujours la même chose. Personne pour l'écouter. Personne pour comprendre. Rogue avait toujours été celui vers qui il se tournait lorsqu'il perdait pied. Brittany avait également été une alliée précieuse depuis quelques mois. Mais désormais, même eux semblaient aussi lointain et inaccessible que le reste du monde.

La panique se mêlait à l'épuisement, et il sentit sa gorge se nouer. Il n'avait jamais été doué pour demander de l'aide. Encore moins pour avouer sa faiblesse. Pourtant, un nom continuait de tourner dans son esprit, obstinément. Allait-il vraiment devoir se confier à Londubat ?