Chapitre 51 : Les Loups Garous de Thiercelieux
La pleine lune dominait le ciel, baignant le petit village de Thiercelieux dans une lueur argentée. Gabriel Belmont, sous son apparence humaine, approchait lentement. Ses pas ne faisaient aucun bruit, une ombre parmi les ombres. Les maisons de pierre, aux volets fermés et aux portes verrouillées, formaient une ligne de silhouettes sombres le long du chemin sinueux. Il pouvait sentir la terreur imprégnant chaque recoin de ce lieu isolé. Thiercelieux, comme tant d'autres villages oubliés par le temps, vivait sous le poids de vieilles légendes. Des murmures d'une malédiction, d'une meute de loups-garous rôdant sous la lune, étaient revenus hanter les habitants.
Gabriel s'arrêta à l'entrée du village, ses sens vampiriques captant l'air épais de peur et de méfiance. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait face à de telles superstitions, mais ici, quelque chose de plus sinistre régnait. Les événements récents — des disparitions d'animaux, des griffures laissées sur les murs, et surtout, des hurlements stridents dans la nuit — avaient ravivé la terreur chez les villageois. Depuis plusieurs semaines, les corps déchiquetés de villageois avaient été retrouvés aux abords de la forêt voisine, poussant chacun à suspecter son voisin.
L'atmosphère était lourde. Le silence était interrompu par des murmures, derrière les fenêtres, derrière les volets fermés. Gabriel pouvait entendre des voix craintives discuter à mi-voix, des soupirs de désespoir et des pleurs étouffés. L'écho d'une querelle éclata quelque part, où deux hommes s'accusaient mutuellement.
« Tu ne sors jamais la nuit, pourquoi ? », accusait l'un d'eux.
« Et toi, pourquoi reviens-tu toujours après les pleines lunes couvert de terre ? » répliqua l'autre avec méfiance.
Gabriel, d'un regard perçant, évalua la scène en silence. Ses instincts lui disaient que la peur avait dévoré ce village, le rendant vulnérable aux véritables monstres qui rôdaient dans l'obscurité. Les loups-garous étaient rusés, maîtres dans l'art de se fondre parmi les hommes et de semer la discorde. La suspicion était leur arme la plus efficace, permettant à leurs actes d'être dissimulés derrière la méfiance généralisée.
Alors qu'il traversait la place centrale du village, Gabriel remarqua une petite taverne encore ouverte, faiblement éclairée par quelques bougies. Un homme, appuyé contre la porte, le fixait avec méfiance, la main fermement posée sur la poignée de sa hache. Gabriel sentit l'inquiétude dans les yeux de l'homme, un mélange de peur et de défi. Il était évident que l'arrivée d'un étranger dans ce climat tendu n'allait pas passer inaperçue. Mais Gabriel ne s'arrêterait pas là.
Il continua sa route, pénétrant plus profondément dans les ruelles étroites du village. Ses sens restaient en alerte, guettant les indices que seuls les créatures de la nuit pouvaient percevoir. Des traces subtiles : une légère odeur de sang dans l'air, des empreintes profondes dans la terre humide, trop grandes pour être humaines.
Ce village n'était pas seulement hanté par des légendes. Gabriel pouvait sentir la présence des loups-garous, tapie quelque part dans l'ombre. Ils n'étaient pas loin, cachés parmi ces villageois terrifiés, prêts à frapper à nouveau.
Il leva les yeux vers la pleine lune, la lueur blafarde reflétant ses propres pensées. La chasse venait de commencer.
« Ils sont ici... », murmura-t-il pour lui-même. « Cachés parmi eux. Je les démasquerai. »
Gabriel entra dans la taverne modeste, les regards se tournant aussitôt vers lui. Le feu dans l'âtre crépitait faiblement, et une poignée de villageois murmuraient entre eux, le silence s'installant à mesure que l'étranger approchait du comptoir. Il afficha un air calme et humble, se présentant comme un voyageur cherchant refuge pour la nuit.
« Vous venez de loin, étranger », murmura l'aubergiste, un homme massif avec une barbe grisonnante. Ses yeux fatigués le scrutèrent, cherchant peut-être un signe de menace.
Gabriel hocha la tête. « Je viens de traverser la forêt. J'ai entendu parler des histoires... des rumeurs, et je cherche un endroit où me reposer. »
Les mots semblaient suffire pour calmer les soupçons immédiats. On lui servit une assiette simple et un verre de vin, mais l'atmosphère restait lourde. La taverne elle-même n'était qu'un autre reflet de la peur qui régnait sur Thiercelieux. Les quelques hommes présents parlaient à voix basse, leurs regards fuyants, comme si chaque mot prononcé pouvait attirer un danger invisible. Gabriel savait que pour découvrir la vérité, il devait d'abord gagner leur confiance tout en sondant leurs esprits tourmentés.
Après quelques échanges anodins, il fit mine de s'intéresser aux légendes locales. « On dit qu'il y a des créatures ici... des loups. Est-ce vrai ce que l'on raconte ? » demanda-t-il calmement.
Les conversations s'arrêtèrent brusquement, les villageois échangeant des regards lourds de sens. Un silence gênant suivit, jusqu'à ce qu'un vieil homme au fond de la pièce prenne la parole. « C'est plus que des rumeurs, monsieur. Ces monstres rôdent la nuit. Ils ont pris ma femme... mes fils... » Sa voix se brisa. « Ils ont tous été déchirés, et personne ne sait qui parmi nous en est responsable. »
Gabriel acquiesça lentement, jaugeant chaque expression autour de lui. Le désespoir et la peur se lisaient dans leurs yeux, mais derrière cela, il percevait autre chose : la méfiance, l'incertitude. Chacun soupçonnait son voisin, et ces tensions nourrissaient la véritable menace tapie dans l'ombre.
C'est alors qu'une petite voix brisa le silence.
« Ils viennent quand il fait sombre. Ils hurlent. Et ensuite... ils te trouvent. »
Gabriel tourna son regard vers la source de cette voix fragile. Une petite fille, assise dans un coin, serrant une vieille poupée contre elle, le fixait de ses grands yeux écarquillés. Elle semblait bien trop jeune pour comprendre pleinement la terreur qui frappait Thiercelieux, mais son innocence était marquée par un traumatisme profond. C'était elle, la petite survivante dont il avait entendu parler en arrivant.
Il se leva lentement et s'approcha, s'agenouillant devant elle pour être à sa hauteur. « Comment t'appelles-tu ? » demanda-t-il doucement.
« Lucie », répondit-elle d'une voix faible, ses doigts crispant nerveusement la poupée.
Gabriel sentit quelque chose en lui se réveiller, une étrange sensation protectrice envers cette enfant. Lucie était la seule survivante de sa famille, et même si elle semblait faible, son esprit était encore solide malgré les horreurs qu'elle avait vues.
« Lucie, que s'est-il passé cette nuit-là ? »
Elle hésita un instant, avant de murmurer des mots tremblants. « C'était la pleine lune. Ils sont venus. Des ombres dans la forêt... avec des yeux rouges et des crocs. Maman a crié, et puis... ils étaient là, partout. Papa a essayé de les arrêter, mais... ils l'ont déchiré. » Ses yeux brillaient d'un mélange de peur et de tristesse.
Gabriel posa une main rassurante sur son épaule. « Je te crois, Lucie. Je suis ici pour t'aider. Ces monstres ne te feront plus jamais de mal. »
Lucie le fixa avec une lueur d'espoir, mais Gabriel restait sur ses gardes. Même si la petite fille était honnête, cette terreur planante et ces meurtres n'étaient pas uniquement liés à des créatures bestiales. Les loups-garous avaient l'habitude de se dissimuler parmi les hommes, de semer la discorde et la suspicion pour mieux frapper.
Certains villageois lui jetèrent des regards inquiets, certains se détournant, d'autres observant son interaction avec Lucie avec une suspicion à peine voilée. En se relevant, il remarqua que plusieurs personnes, bien que présentes dans la taverne, se tenaient toujours en retrait, murmurant entre elles, comme si elles cachaient un secret.
Il savait que pour débusquer les véritables loups, il ne pouvait pas se fier uniquement aux apparences. Ici, chaque villageois pouvait être coupable. Leur nervosité croissante au fur et à mesure qu'il posait des questions éveilla en lui une méfiance. Certains ne sortaient pas la nuit, d'autres restaient constamment à l'écart. Des comportements qui, dans un village aussi petit, ne passaient pas inaperçus.
La peur et la méfiance gangrenaient déjà les habitants. Gabriel se demanda combien de temps encore avant que cette terreur ne fasse éclater la communauté.
La nuit était tombée depuis quelques heures lorsque la pleine lune se leva haut dans le ciel, jetant une lueur inquiétante sur les ruelles étroites et sinistres de Thiercelieux. Gabriel, dissimulé dans l'ombre d'une vieille bâtisse, guettait. Il savait que les loups-garous attaqueraient ce soir. Il le sentait dans l'air, dans cette tension qui s'intensifiait à chaque instant. Soudain, un hurlement perça la nuit, suivi d'un cri de terreur déchirant.
Gabriel se précipita dans la direction du bruit, ses sens vampiriques en alerte. Dans une ruelle sombre, il aperçut la scène macabre : un villageois, à genoux, luttant désespérément contre deux bêtes massives à la fourrure argentée. Leurs crocs scintillaient sous la lumière lunaire, et leurs griffes déchiraient la chair de leur victime avec une brutalité inouïe.
Le temps sembla ralentir pour Gabriel. Il fonça dans la mêlée avec une rapidité surnaturelle, dégainant son épée en argent dans un mouvement fluide. Un troisième loup-garou se retourna vers lui, ses yeux rouges brillants de rage. D'un coup précis, Gabriel plongea la lame en argent dans son flanc, le faisant hurler de douleur. Le monstre recula avant de s'effondrer, se retransformant sous ses yeux en un homme à moitié nu et couvert de sang.
Les autres loups-garous, surpris par l'intervention, se retirèrent dans l'ombre avant de disparaître dans les bois, laissant derrière eux une traînée de sang et de griffes. Gabriel baissa son arme, scrutant le corps du loup-garou désormais redevenu humain. C'était le boulanger du village, un homme que tout le monde connaissait.
Lorsque les villageois, alertés par les cris, arrivèrent sur les lieux avec des torches et des fourches en main, ils découvrirent le cadavre mutilé du villageois tué par les loups-garous, ainsi que celui du boulanger, étendu dans une mare de sang.
Un silence stupéfait s'abattit sur la foule.
« C'était... lui ? » murmura l'un des hommes, horrifié.
Une femme éclata en sanglots. « Le boulanger ? Mais c'est impossible... il nous connaissait tous... il avait une famille ! »
« Les loups-garous peuvent se cacher sous l'apparence la plus innocente », déclara Gabriel d'une voix grave. «Ce n'est pas le premier homme apparemment sans histoire qui s'avère être un monstre. »
Les villageois se regardèrent, incrédules et terrifiés. Ils ne savaient plus à qui faire confiance, et maintenant qu'un membre respecté du village s'était révélé être un loup-garou, la méfiance grandissait.
« Qui es-tu, étranger ? » demanda un homme, les yeux plissés de suspicion. « Comment pouvons-nous être sûrs que tu n'es pas toi-même un démon venu semer la discorde ici ? »
Gabriel se redressa, croisant les bras, son visage impassible. « Je suis un chasseur de monstres. Je travaille pour le Vatican, et j'ai été envoyé ici pour débarrasser votre village de cette malédiction. »
Les murmures s'intensifièrent, certains villageois frémissant d'inquiétude. Le curé du village, qui s'était avancé silencieusement, prit la parole. « Et comment pouvons-nous vérifier cela ? » demanda-t-il, son ton sceptique mais prudent.
Gabriel se tourna vers le prêtre. « Contactez vos supérieurs. Demandez-leur si le nom de Gabriel Belmont leur est familier. Vous verrez qu'ils confirmeront mes dires. » Le curé hocha la tête, et un messager fut rapidement envoyé pour transmettre la requête.
En attendant, les villageois se rassemblèrent autour du corps du boulanger. Certains pleuraient, d'autres restaient pétrifiés par la peur et l'incompréhension.
« Mon Dieu... comment est-ce possible ? » chuchota une femme en se signant. « Il était l'un des nôtres... »
« Il avait toujours l'air si... normal », répondit un homme, secouant la tête. « Comment avons-nous pu ne rien voir ? »
« C'est ça, la malédiction des loups-garous », intervint Gabriel. « Ils sont capables de cacher leur véritable nature, même à ceux qu'ils côtoient chaque jour. Mais croyez-moi, ce n'est pas le dernier d'entre eux. La meute est toujours là. »
La foule se crispa, des regards nerveux s'échangeant entre les villageois. Personne n'était à l'abri des soupçons. À ce moment-là, Gabriel savait que la peur, aussi mortelle que les loups-garous eux-mêmes, allait consumer le village.
Mais il n'avait pas de temps à perdre. Il leva les yeux vers la forêt sombre qui bordait le village, là où les deux autres loups-garous avaient fui. Il suivit la traînée de sang et les empreintes griffues laissées dans la terre boueuse. Pendant un instant, il espéra pouvoir les rattraper et mettre fin à la menace avant que le jour ne se lève.
Mais à mi-chemin de la forêt, les traces disparurent soudainement. Comme si les créatures s'étaient évaporées dans la nuit. Gabriel serra les poings, frustré par ce manque d'indices clairs. Ces créatures étaient rusées, bien plus qu'il ne l'avait imaginé.
De retour au village au lever du jour, l'atmosphère était plus lourde que jamais. Les villageois, terrifiés et en colère, avaient trouvé un autre bouc émissaire : le vendeur de la boulangerie. Ils l'accusaient d'être un autre loup-garou, en raison de sa proximité avec le boulanger.
« Il a toujours été étrange ! » cria un homme, brandissant une corde. « Il doit être l'un d'eux ! Nous devons le pendre avant qu'il ne tue quelqu'un d'autre ! »
Le pauvre homme, effrayé, protestait en suppliant. « Je n'ai rien fait ! Je vous en supplie, je ne suis pas un monstre ! »
Mais la foule, aveuglée par la peur, n'entendait plus la raison.
Gabriel s'interposa fermement. « Si vous pendez un innocent, vous ne ferez que servir les intérêts des véritables monstres. Cet homme n'est pas celui que vous cherchez. »
Les villageois, hésitant un instant, fixèrent Gabriel, incertains de ce qu'il fallait faire. Mais la tension était palpable, et Gabriel savait que la situation pourrait dégénérer à tout moment.
Les jours suivants furent marqués par une tension palpable dans tout le village. Chaque soir, la peur s'accroissait à mesure que les cris et les hurlements déchiraient la nuit. Les regards méfiants des villageois pesaient sur Gabriel, mais il restait imperturbable. Pourtant, une pièce du puzzle manquait encore : l'identité du chef de la meute. Il était clair que ces loups-garous étaient organisés, mais la question demeurait : qui dirigeait ces créatures ?
Gabriel, sous couvert d'enquête, s'était peu à peu rapproché de certains habitants, observant les réactions et les comportements de chacun. Mais une rencontre avec la petite fille survint, une discussion qui allait tout changer.
Ce jour-là, alors qu'il arpentait la place du village, la petite fille qu'il avait pris sous son aile courut à lui, ses yeux emplis d'angoisse. « Monsieur, vous savez... le curé, il ne prie jamais la nuit. » Sa voix tremblait, à peine un murmure, comme si elle redoutait que le vent ne l'emporte aux oreilles de mauvaises personnes. Gabriel fronça les sourcils.
« Que veux-tu dire ? » demanda-t-il calmement, bien qu'intérieurement, cette nouvelle éveillait un doute qu'il avait refoulé depuis son arrivée.
« Je l'ai vu... plusieurs fois. Pendant que tout le monde dormait, il marchait dehors, seul, sous la lune. Je pensais qu'il priait, mais non. Il... il ne fait rien. Juste marcher et regarder le ciel. » Ses mains agrippaient nerveusement sa robe.
Gabriel resta silencieux un moment. Le curé, un homme en apparence pieux, était respecté par tous dans le village. Toujours en train de réconforter les fidèles, il semblait indifférent aux horreurs qui se déroulaient la nuit. Un détachement qui, jusque-là, n'avait pas soulevé de soupçons.
Mais cette révélation éveilla en Gabriel une intuition bien plus sombre. S'il était vrai que les loups-garous se dissimulaient derrière des visages innocents, un prêtre ne serait-il pas le déguisement parfait ?
Ce soir-là, Gabriel se rendit discrètement à l'église, son manteau noir flottant dans l'obscurité grandissante. Le crépuscule teintait le ciel de rouge, et l'air froid annonçait une nouvelle nuit de terreur. À l'intérieur, le curé était seul, agenouillé devant l'autel, une Bible à la main.
Gabriel s'approcha doucement, ses pas résonnant sur le sol de pierre. « Père, puis-je vous parler un instant ? »
Le curé leva la tête, ses yeux fatigués se posant sur Gabriel avec une sérénité qui semblait presque feinte. « Bien sûr, mon fils. Que puis-je pour vous en ces temps troublés ? »
Gabriel s'agenouilla à ses côtés, feignant la piété. « Ces temps sont, en effet, troublés, Père. Le village souffre... mais je me demande, où étiez-vous ces nuits de pleine lune, lorsque vos fidèles étaient massacrés ? »
Le curé esquissa un sourire, un sourire qui ne toucha pas ses yeux. « Je prie pour eux. »
Gabriel inclina la tête légèrement, scrutant l'aura qui émanait de cet homme. Quelque chose n'allait pas. Un murmure de ténèbres semblait l'entourer, à peine perceptible, mais bien présent. « Vous priez, dites-vous ? Pourtant, on m'a dit que vous ne priez jamais la nuit. »
Un silence pesant s'installa entre eux. Le curé resta immobile, ses yeux se durcissant un instant avant de retrouver une expression placide. « Ce sont des rumeurs. Rien de plus. »
Mais Gabriel sentait la vérité se dévoiler peu à peu. Il se redressa lentement. « Vous n'êtes pas ce que vous prétendez être, Père. »
Le prêtre se leva à son tour, posant délicatement la Bible sur l'autel. « Vous êtes perspicace, Belmont. Je vois que votre réputation n'est pas usurpée. » Sa voix avait pris une teinte plus grave, plus dangereuse.
Gabriel resta immobile, mais ses muscles étaient prêts à réagir à la moindre attaque. « Combien de temps avez-vous joué ce rôle, curé ? Combien de vies innocentes avez-vous sacrifiées pour votre meute ? »
Le prêtre éclata de rire, un rire rauque et dénué de toute humanité. « Vous pensez que je suis responsable de tout cela ? Vous n'avez encore rien vu. La vraie terreur commence à peine. »
Gabriel, d'un geste rapide, dégaina sa lame en argent. « Vous ne survivrez pas une nuit de plus. »
Le curé recula d'un pas, ses yeux brillant d'une lueur bestiale. « Vous ne pouvez pas tous nous arrêter, Belmont. Nous sommes trop nombreux. Demain soir, lors de la pleine lune, ma meute sera à son apogée, et vous tomberez comme les autres. SI vous me livrez maintenant, personne ne vous croira. J'ai marié la plus part d'entre eux. Si vous me tuez maintenant, le Vatican vous traquera, ils penseront que vous les avez trahi, vu que je ne qu'un simple humain.»
Gabriel serra les poings, son esprit tournant à toute allure. Il était évident que le curé garou avait raison et il ne pouvait pas se transformer en vampire, sans créer la panique générale
Il baissa lentement sa lame, masquant sa frustration derrière un calme glacial. « Vous avez peut-être raison, curé. Cette nuit, je vous laisse. Mais demain... demain, je vous anéantirai tous. »
Le curé ne répondit rien, mais son regard promettait un carnage à venir. Gabriel quitta l'église, les poings serrés, la mâchoire crispée. Il avait sa confirmation. Le curé n'était pas simplement un loup-garou ; il était leur chef.
La pleine lune dominait le ciel, baignant la clairière d'une lumière argentée, un éclairage sinistre pour ce qui allait se dérouler. Gabriel se tenait seul au centre, sa silhouette imposante se découpant dans les ombres. Autour de lui, la forêt était silencieuse, attendant le chaos imminent. Il avait attiré la meute hors du village, loin des innocents, pour cette confrontation inévitable.
Les hurlements se firent entendre en premier, perçant le calme de la nuit comme des cris de guerre. Gabriel savait qu'ils arrivaient. Les loups-garous étaient nombreux, leur force et leur brutalité décuplées par la pleine lune. Mais il était prêt. Ses armes étaient en argent, et son corps était prêt à encaisser le moindre coup, tout en esquivant les griffes acérées de ses ennemis.
Soudain, les arbres tremblèrent, et la meute jaillit des ombres comme une vague dévastatrice. Le curé, désormais transformé en une bête monstrueuse, était à leur tête, plus grand, plus fort, ses yeux brûlant d'une lueur sauvage. Ce n'était plus l'homme calme et distant qu'il avait rencontré à l'église. C'était une créature de la nuit, un loup-garou à la puissance redoutable, guidant ses semblables dans une frénésie meurtrière.
Gabriel se prépara, son regard fixé sur la meute qui s'approchait à une vitesse fulgurante. Le premier loup-garou bondit sur lui, toutes griffes dehors, mais Gabriel esquiva habilement, sa lame d'argent sifflant dans l'air avant de s'enfoncer dans la chair de la bête. Un cri guttural résonna dans la clairière alors que le monstre s'effondrait, se tordant dans la douleur avant de reprendre une forme humaine, mort.
Un autre loup-garou, plus rapide et plus féroce, se précipita sur Gabriel par derrière, mais il se retourna juste à temps, utilisant sa force vampirique pour bloquer l'attaque. Les griffes de la créature frôlèrent son visage, mais Gabriel répliqua en plongeant son couteau d'argent dans le flanc de l'assaillant. Le loup-garou hurla et recula, titubant avant de succomber à ses blessures.
La meute ne faiblissait pas. Les loups-garous l'encerclaient, cherchant une ouverture pour attaquer en même temps. Gabriel, couvert de sang, mais toujours inébranlable, s'élançait à chaque fois qu'une bête osait s'approcher trop près. Il utilisait sa vitesse pour contrer leur férocité, frappant avec une précision mortelle. Il en tua un autre, le décapitant d'un geste rapide, avant de plonger vers un quatrième, l'étranglant avec une chaîne en argent qu'il avait préparée.
Le combat était brutal et sauvage, les grognements des loups-garous se mêlant aux coups sourds de l'acier contre la chair. Gabriel encaissait les griffures, son corps vampirique guérissant à une vitesse surnaturelle, mais même lui sentait l'épuisement monter. Les loups-garous étaient nombreux, et leur chef, le curé, observait l'affrontement de loin, prêt à entrer dans la mêlée.
Gabriel jeta un rapide coup d'œil vers lui, son regard sombre se posant sur cette figure imposante. Il savait que le véritable combat commencerait une fois que le chef se joindrait à la bataille. Et ce moment arriva plus tôt qu'il ne le pensait.
Le curé-loup-garou rugit et bondit vers Gabriel, sa force colossale propulsant son corps massif à une vitesse effrayante. Gabriel esquiva de justesse le premier coup, mais il sentit l'air se déchirer à proximité. Le curé était beaucoup plus puissant que ses subordonnés, ses griffes longues comme des dagues tranchant à travers l'air.
Leur duel débuta dans un tourbillon de violence. Le curé utilisait sa taille et sa force brute pour tenter de submerger Gabriel, tandis que celui-ci comptait sur son agilité vampirique pour esquiver et frapper là où le monstre était le plus vulnérable. Les crocs du loup-garou claquaient dans le vide chaque fois que Gabriel se déplaçait trop rapidement pour être atteint.
À plusieurs reprises, Gabriel manqua de peu de se faire déchiqueter. Une griffe entailla profondément son bras, mais il se régénéra rapidement, son regard toujours fixé sur son ennemi. Il chercha un point faible, une ouverture qui lui permettrait de vaincre cette bête colossale. Le curé, bien que bestial, était également rusé. Il anticipait chaque mouvement de Gabriel, forçant le vampire à se battre avec tout ce qu'il avait.
Finalement, après plusieurs échanges féroces, Gabriel parvint à trouver une ouverture. Le curé se jeta sur lui avec une fureur aveugle, ouvrant sa garde pour un bref instant. Ce fut suffisant.
Gabriel plongea sa lame d'argent directement dans le cœur du loup-garou.
Le hurlement qui s'ensuivit était à glacer le sang. Le curé se tordit, ses griffes s'agitant furieusement dans l'air avant de perdre leur force. Lentement, la créature recula, son corps se contorsionnant alors que la mort s'emparait de lui. Gabriel retira sa lame d'un coup sec et observa tandis que la bête, dans un dernier souffle, se retransformait en humain. Le curé gisait désormais à ses pieds, un homme vieux et brisé.
Le reste de la meute, voyant leur chef tomber, se dispersa dans la forêt, terrifiés et désorientés. Ils n'avaient plus de leader, plus de raison de continuer leur attaque. Gabriel se tenait seul dans la clairière, sa respiration lourde et son corps couvert de sang, observant les derniers loups-garous fuir dans les ténèbres.
Le silence retomba sur la forêt, seulement brisé par les battements lents du cœur de Gabriel. Il avait gagné. La meute avait été vaincue. Mais à quel prix ?
Il jeta un dernier regard au corps sans vie du curé, un mélange de tristesse et de résignation dans ses yeux. Il savait qu'il avait fait ce qu'il fallait, mais la cruauté de cette victoire pesait lourd sur son âme.
Les villageois de Thiercelieux seraient sauvés... pour l'instant.
Le lendemain, une étrange tranquillité régnait sur Thiercelieux. Le ciel était encore voilé, comme si les nuages eux-mêmes portaient le poids des horreurs de la nuit précédente. Gabriel retourna au village, son pas lourd, ses pensées encore hantées par le sang versé dans la clairière. Les villageois, eux, étaient déjà debout, malgré l'épuisement de la peur accumulée. Leurs visages étaient marqués par la terreur de l'inconnu, de ces créatures dont ils avaient toujours entendu parler dans les contes, mais qu'ils n'auraient jamais imaginé affronter.
Les regards étaient fuyants. Certains fixaient Gabriel avec une étrange révérence, d'autres avec méfiance, comme s'ils ne savaient pas s'il était un héros ou simplement un autre monstre parmi eux. Ils n'avaient pas participé à la bataille, mais chacun ressentait dans l'air cette tension froide qui persistait, la gravité de ce qui s'était passé. Certains savaient qu'ils avaient échappé de justesse à la mort, que si Gabriel n'avait pas été là, ils ne seraient peut-être plus vivants aujourd'hui.
La nouvelle de la mort du curé s'était répandue comme une traînée de poudre. Un homme qui, toute sa vie, avait prêché la parole de Dieu s'était révélé être un loup-garou, un monstre caché derrière un masque d'humanité. Les villageois étaient déchirés entre la culpabilité d'avoir fait confiance à un traître et le soulagement d'être enfin débarrassés d'une menace qu'ils ne comprenaient pas. Les enfants restaient proches de leurs parents, silencieux, leurs yeux remplis de l'effroi de ces événements qu'ils peinaient à comprendre.
Gabriel, lui, observait tout cela de loin. Il se tenait à l'écart, sentant le poids de leur jugement, bien qu'il ne le redoutât pas. Il avait fait ce qu'il fallait. C'était tout ce qui comptait. Mais il savait aussi que le village ne serait pas en paix longtemps. D'autres menaces rôdaient toujours dans les ténèbres.
Il se dirigea vers une petite maison, à l'écart du centre du village. Là, la petite fille, celle qui avait survécu au massacre de sa famille, l'attendait. Ses grands yeux pleins d'innocence fixaient Gabriel avec une sorte de tristesse, mais aussi une reconnaissance silencieuse. Elle n'avait pas de famille, pas d'endroit où aller. Gabriel s'agenouilla devant elle, lui prenant doucement la main.
« Je vais te confier à une famille qui prendra soin de toi, » murmura-t-il d'une voix apaisante. « Tu es en sécurité maintenant. »
La petite fille hocha la tête sans un mot. Elle était encore sous le choc, mais elle savait, d'une manière ou d'une autre, que cet homme l'avait sauvée de quelque chose de bien plus terrible que la mort. Gabriel se releva et se tourna vers une famille qui l'attendait. Ils avaient accepté de prendre la petite fille sous leur protection. Ils étaient l'une des rares familles du village à ne pas avoir montré de méfiance envers Gabriel, une rareté dans ce village rongé par la peur et la suspicion.
Le père de famille, un homme trapu avec des traits marqués par les années de travail aux champs, hocha respectueusement la tête en direction de Gabriel. Il prit doucement la main de la petite fille. « Nous veillerons sur elle. » Gabriel, toujours silencieux, les observa s'éloigner.
Alors qu'il se préparait à quitter Thiercelieux, Gabriel s'arrêta un instant à l'orée du village. Il tourna une dernière fois le regard vers les toits des maisons de pierre. Ces gens, ces simples villageois, étaient redevenus des proies, et la fragile paix qui les avait enveloppés jusque-là avait volé en éclats. Ils avaient survécu à cette nuit, mais leur sécurité ne serait que temporaire.
Gabriel savait que leur terreur n'était qu'un avant-goût des ténèbres qui existaient encore dans ce monde. Des créatures plus terribles, des meutes de loups-garous, des vampires et autres abominations continuaient de rôder, tapies dans l'ombre. Thiercelieux n'était qu'une étape dans un long voyage, une quête sans fin pour éradiquer ces menaces. Mais la fragilité des communautés humaines lui rappelait constamment la complexité de ce combat. Pour chaque créature qu'il tuait, une autre prenait sa place. Le cycle de la violence et de la peur ne semblait jamais se terminer.
Alors qu'il s'éloignait, son manteau flottant derrière lui dans la brise matinale, Gabriel ne pouvait s'empêcher de méditer sur la nature humaine. Il avait vu de nombreux villages comme Thiercelieux, autrefois forts et prospères, mais finalement écrasés par la méfiance et la peur. Les hommes étaient parfois aussi dangereux que les monstres qu'ils craignaient.
Pourtant, malgré tout, il ne pouvait abandonner sa mission. Il devait protéger ces communautés, aussi fragiles soient-elles. Car au fond, même les créatures les plus monstrueuses qu'il avait rencontrées n'égalaient pas la complexité et la beauté de l'humanité. Gabriel savait que sa quête ne faisait que commencer, que d'autres villages, d'autres innocents auraient bientôt besoin de son aide.
Il marcha dans la lumière du matin, disparaissant peu à peu dans les brumes de la campagne. Mais son esprit restait concentré sur ce qu'il avait à faire. Il y avait toujours une autre meute, une autre créature tapie quelque part, prête à frapper. Et Gabriel Belmont, le chasseur immortel, serait toujours là pour les affronter.
