Chapitre sept

« Salut ! Moi, c'est Emalya ! »

Décontenancé, Viktor ne sut pas vraiment de quelle manière réagir. Remarquant son malaise, la prénommée Emalya s'éloigna légèrement avant de s'asseoir sur la table d'en face. Là, elle se mit à balancer ses jambes, un petit sourire collé sur les lèvres.

« Et toi, tu t'appelles comment ? »

« Ben… Je… Euh… »

Le garçon rougit. Il ne s'était pas attendu à susciter l'intérêt de qui que ce soit.

« V… Viktor ? », répondit-il timidement.

Emalya ouvrit la bouche dans un petit « oh » muet. Ses yeux pétillaient.

« C'est trop mignon… ! »

« A… ah… »

Viktor, un peu perdu, ne sut que répondre. Il n'avait pas l'habitude de recevoir ce genre de compliment, et la spontanéité de la fillette le déroutait. Il n'y avait aucun mensonge dans ses paroles, elle n'avait fait qu'énoncer un fait qu'elle pensait parfaitement vrai, ce qui le troublait davantage encore. Fébrile, il commença à jouer avec un pan de sa chemise.

Soudain, ils entendirent une voix depuis l'entrée de l'amphithéâtre.

« Emalya, qu'est-ce que tu fais encore ? On doit y aller ! Père sera furieux si nous rentrons tard. »

La fille leva les yeux au ciel, comme si la perspective de rentrer chez elle ne l'enchantait guère. Pourtant, elle descendit de la table et fit un petit signe de la main au garçon.

« A demain, Viktor ! »

Il voulut lui répondre mais ses mots se bloquèrent dans sa gorge. Il laissa plutôt sa main vaguement en l'air pendant quelques secondes d'un air bêta. Il baissa la tête, les joues cramoisies.

« Tu t'es fait une copine ? »

Viktor sursauta. Heimerdinger venait de revenir, un sourire taquin ancré sur les lèvres. Honteux, le Zaunite cacha son visage de sa main.

« On a simplement parlé. », objecta-t-il.

« Je vois. », sourit le Yordle. « Comment s'est passée ta journée ? »

« C'était intéressant. J'ai bien aimé les anecdotes historiques. »

« Tu as des livres entiers sur le sujet à la bibliothèque, si ça t'intéresse. »

Les lèvres du garçon s'étirèrent en un sourire.

« Malheureusement, j'ai beaucoup de travail. », se désola Heimerdinger. « Je ne pourrai pas te voir avant ce soir. Tu peux passer le reste de la journée ici, si l'envie te prend, et dans ce cas nous repartirons ensemble. Ou alors, je peux faire appeler Frus si tu préfères rentrer directement. »

Viktor réfléchit l'espace d'un instant. De toute manière, il n'avait pas grand-chose à faire et l'idée de rester ici encore quelques heures lui parut finalement préférable. Il interrogea alors :

« Je peux aller à la bibliothèque ? »

« Bien sûr, mon enfant. »

Enchanté à l'idée de nourrir un peu plus son esprit, Viktor sortit de l'amphithéâtre en compagnie du Yordle. Ce dernier l'accompagna jusqu'au bâtiment puis le laissa sur place. Le garçon pénétra les lieux gigantesques et ressentit de nouveau cet étrange sentiment de démesure. Il ne monta pas aux étages, préférant le rez-de-chaussée, plus accessible. Il se faufila entre les nombreuses allées avant de choisir un livre sur l'habitus des peuples aquatiques. Il se plongea dans sa lecture et y passa l'après-midi entier.

OoOoO

Jayce et Ximena s'apprêtaient à quitter l'enceinte de l'université quand ils entendirent une voix fluette les appeler.

« Madame Talis ! »

Etonnée, cette dernière se retourna. Le professeur Heimerdinger accourait, le bras en l'air. Il s'arrêta face à eux, légèrement essoufflé.

« Excusez-moi de vous déranger, est-ce que je peux vous emprunter Jayce un instant ? Cela risque de prendre un peu de temps, je le raccompagnerai directement chez vous. »

« Bien sûr, professeur. », répondit Ximena, étonnée de l'intérêt que portait le professeur à son fils.

« Merci bien. Ce n'est que le temps de régler quelques formalités, n'ayez aucune inquiétude. »

« Oh, mais je ne m'inquiétais pas. Bien au contraire. »

Là, elle se tourna vers son garçon.

« Eh bien Jayce, ne reste pas mutique et remercie plutôt le temps que le professeur t'accorde. »

« Merci, professeur. »

« Ce n'est rien, ce n'est rien. Allons-y, maintenant. »

Jayce embrassa sa mère sur la joue avant de suivre Heimerdinger.

« J'ai quelque chose à vous montrer. », expliqua ce dernier sur le chemin.

« A me montrer ? », s'étonna le garçon.

« Oui, je pense qu'il est important de vous présenter un certain lieu avant le début des cours. Vous risquez d'y passer une grande partie de votre temps. »

« A ce propos monsieur, j'aimerais intégrer l'internat pour pouvoir avancer sur mon projet. Pensez-vous qu'il soit possible de me donner une chambre ? Avec les cours, je risque de ne pas avoir beaucoup de temps devant moi et je serai forcé de travailler de nuit. »

Heimerdinger posa un doigt sous son menton, pensif.

« Je verrai ce que je peux faire. Vos parents sont au courant ? »

« Oui… »

« Qu'en disent-ils ? »

« Ma mère ne comprend pas pourquoi je ne veux pas rester à la maison… Elle préférerait que je dorme chez moi. Mais mon père est d'accord, lui, et comme sa voix porte plus, maman a fini par céder. »

« Je vois… Normalement, l'Académie n'est ouverte qu'aux personnes majeures, donc il serait curieux d'attribuer une chambre à un enfant. J'en parlerai avec mes collègues. Et faites attention à votre santé. Vous avez besoin de plus de sommeil qu'un adulte, et j'ai la crainte que cela vous porte préjudice à l'avenir. Vous n'aviez jamais eu de problèmes de santé, dans votre précédente vie ? »

« Non, jamais. »

« Prenez garde à ce que le surmenage n'entache pas celle-ci, dans ce cas. Ah ! Nous voilà arrivés. »

Ils se trouvaient au tout dernier étage de l'école, devant une grande double-porte en bois de teck. Jayce reconnut immédiatement le bureau du professeur Heimerdinger, dans lequel il ne s'était pas rendu depuis plusieurs années. Etonné, le garçon porta un regard interrogatif sur son professeur. Un petit sourire aux lèvres, ce dernier mit son doigt devant sa bouche pour lui faire signe d'une surprise. Ils entrèrent dans la pièce, exactement semblable aux souvenirs du garçon. Malgré les années, Heimerdinger n'avait jamais pensé à changer la décoration. Mais ils n'étaient pas ici pour prendre le thé. Ainsi, le professeur ne lui proposa pas de s'installer dans l'un des confortables fauteuils, mais le fit plutôt passer par une porte sur la gauche. Jayce n'y avait jamais prêtée attention. Pour lui, cette porte avait toujours fait partie du décors.

Là, ils entrèrent dans un immense laboratoire. Une multitude d'objets en tous genres étaient soigneusement rangés sur des étagères.

« Il s'agit de mon laboratoire personnel. », expliqua Heimerdinger. « Il vous sera utile pour vos recherches sur le traitement. Venez quand vous le voudrez, tout est à votre disposition. »

Jayce laissa glisser une main sur l'une des tables hautes. De nombreux produits chimiques étaient entreposés sur un meuble plus loin, et toutes sortes de béchers, de ballons ou d'erlenmeyers de tailles variées étaient disposés sur les tables. C'était le parfait atelier du chimiste.

« Merci… »

« C'est plutôt moi qui devrais vous remercier, Jayce. Je tiens également énormément à Viktor, je serais profondément malheureux s'il venait à succomber à sa maladie. »

« Doit-on le lui dire, professeur ? Que nous nous apprêtons à rechercher un traitement et qu'il pourrait être sauvé. »

« Je ne pense pas. Il se pourrait que nous ne trouvions rien, et je n'ose imaginer son accablement après lui avoir donné de faux espoirs… »

Jayce baissa la tête.

« Dans ce cas, je vais m'y mettre dès maintenant. Si je commence le plus tôt possible, alors j'augmenterai mes chances de découverte. »

« Bien. Mais je vous raccompagnerai une fois mon travail terminé, cela vous convient-il ? »

« D'accord. »

Heimerdinger lui fit faire un tour du laboratoire, lui montrant tous les emplacements de livres et d'objets. Il lui présenta également quelques ouvrages de médecine, mais cela ne suffirait pas. Jayce devrait se renseigner à la bibliothèque universitaire et faire des prélèvements sanguins sur les personnes souffrant du même mal que Viktor. Il lui faudrait également découvrir s'il n'existait pas plusieurs variantes de cette maladie qui touchait un nombre considérable de gens à Zaun. Il fallait avant tout définir la nature de ce mal, si célèbre et pourtant si peu étudié. Car la vérité était là : parmi les chercheurs, qui se souciait réellement du sort des Zaunites ?

Jayce s'attela à la tâche, commençant par se familiariser avec les lieux et à étudier les différents livres qu'il avait à disposition. Il fit un tas avec tous les manuels de médecine qu'il trouva, avant d'en entamer vaguement la lecture, survolant les pages afin de trouver ceux qui lui seraient le plus utile. Il travailla de la sorte jusqu'à se faire raccompagner par Heimerdinger.

OoOoO

« C'est une blague ? », s'exclama Viktor le soir venu, dans le parc de l'université.

« Euh… Eh bien, disons simplement que… », fit Heimerdinger, qui ne savait pas vraiment où se mettre.

« Je peux retourner chez moi à pied, si je te dérange tant que ça. », raisonna Jayce, blasé.

Les deux garçons s'incendièrent du regard. Bien entendu, le Yordle s'était abstenu de les prévenir qu'ils rentreraient ensemble. Finalement, Viktor releva le menton d'un air hautain.

« Non, c'est bon. Je rentrerai tout seul. »

Le Piltovien ricana.

« J'aimerais bien voir ça, tiens. », ajouta-t-il en jetant un coup d'œil aux jambes du Zaunite.

Blessé par cette réflexion, Viktor rougit de colère.

« Les garçons, calmez-vous, s'il vous plaît. », intima Heimerdinger.

« Pour un bourge même pas capable de financer ses projets, t'as quand même du culot. »

« C'est quoi le rapport ? »

« Je te laisse méditer. Mais avec ton cerveau de la taille d'un pois chiche on risque d'y passer la nuit. »

« Au moins on y passera qu'une nuit, toi tu seras pas rentré chez toi avant la fin de la semaine. »

« Répète un peu pour voir ? », riposta Viktor en se rapprochant d'un air menaçant.

« Pff, qu'est-ce que tu comptes me faire ? Me frapper ? »

« Je suis armé. », fit le Zaunite en levant légèrement sa canne.

« Bon, ça suffit maintenant ! », s'écria Heimerdinger en se plaçant entre les deux garçons. « Viktor, nous reparlerons de ton comportement plus tard, mais sache qu'il y a chez moi une conduite à respecter, et les accès de violence n'en font pas partie. Quant à vous, Jayce, dois-je vous rappeler que vous n'avez plus dix a… »

Le Piltovien ouvrit des yeux ronds et colla sa main contre la bouche du Yordle pour le faire taire. Ce geste déconcerta Viktor, qui, sceptique, se questionnait sur les paroles de son mentor. Jayce n'avait pas dix quoi ? Cerveaux ? Ça, c'était certain. Finalement, Heimerdinger parvint à se dégager et ordonna :

« Bref, rentrons. Et pas de dispute dans la voiture, sinon vous aurez affaire à moi. »

Les deux garçons montèrent, la mine renfrognée, et s'installèrent le plus loin possible l'un de l'autre. Le trajet se fit dans un silence de plomb. A vrai dire, il était si pesant qu'ils pouvaient entendre les mouches voler. Quand Jayce descendit de la diligence, Heimerdinger le suivit et prit garde à bien fermer la portière pour être certain que Viktor n'entende rien.

« Ca va aller ? », interrogea-t-il, inquiet.

Les larmes aux yeux, le Piltovien se tourna vers lui.

« Prenez soin de lui, s'il vous plaît. Moi, il n'y a rien que je puisse faire. »

Sur ces mots, il partit, l'air complètement anéanti. En retournant dans la voiture, Heimerdinger retrouva Viktor replié sur lui-même, la tête dans les genoux. Il nota les chaussures sur les coussins mais n'en fit rien. Il poussa un profond soupir.

« Qu'est-ce qui te prend, mon enfant ? Ce genre de colère ne te ressemble pas… »

« Alors vous me connaissez mal. »

« Oh je ne pense pas, non. J'ai plutôt idée que ce garçon te perturbe plus que tu ne voudrais te l'avouer et que tu ignores simplement comment t'y prendre. »

« Vous faites un fin psychologue. », ricana Viktor.

« Je croyais que nous nous étions entendus hier soir pour que tu t'excuses auprès de Jayce aujourd'hui. »

« Je n'ai jamais donné mon accord par rapport à ça. Je n'en ai pas envie, d'accord ? Je ne veux pas être son ami. »

« Sans être son ami, il n'y a rien de mal à reconnaître lorsque l'on a fait une erreur. Au contraire, c'est ce qui nous permet de grandir et de gagner en maturité. »

Viktor souffla, profondément agacé de cette remarque.

« C'est bon, d'accord. J'irai m'excuser, vous avez gagné. »

« Bien. Heureux de voir que le sujet est clos. »

« Hum. »

« Passons à quelque chose de plus… joyeux, veux-tu ? Quand nous serons rentrés, j'aurai une surprise pour toi. »

« Une surprise ? », s'étonna Viktor.

« Oui oui, tout à fait. », répondit Heimerdinger en jouant avec sa moustache. « Mais attention, il faudra en prendre soin. »

« Euh… D'accord ? »

Viktor était intrigué par les paroles du Yordle. Outre son intérêt pour ce qu'il imaginait être une sorte de cadeau, il s'interrogeait sur la raison qui avait poussé son nouveau mentor à lui faire un présent. Il n'osa pas exprimer qu'en vérité, il n'était pas certain de mériter quoi que ce soit de la sorte, car il n'avait fait que le repousser et ne cessait de s'énerver pour un rien. Il s'imagina un instant qu'Heimerdinger cherchait à le piéger pour le punir de son mauvais comportement, mais rationalisa presque immédiatement en se disant que ce n'était pas le genre du Yordle.

Finalement, ils arrivèrent dans la cour quelques instants plus tard, et Heimerdinger l'emmena dans le salon. Viktor aperçut sur le tapis un petit panier. Le professeur posa son doigt contre sa bouche, lui indiquant qu'il ne fallait faire aucun bruit. De plus en plus perplexe, le garçon se rapprocha discrètement et poussa une exclamation de surprise. Dans le panier reposait une petite boule duveteuse dont le ventre se gonflait légèrement au gré d'une respiration calme. A l'écoute des voix qui venaient du salon, la créature s'éveilla et redressa une tête dotée de deux cornes de béliers. Elle fixa les nouveaux arrivants un instant, avant de se redresser sur ses pattes et de s'étirer allègrement. Elle posa ensuite un regard curieux sur Viktor et Heimerdinger et laissa pendre sa langue avant de remuer la queue.

« Qu'est-ce que c'est ? », s'étonna le garçon, émerveillé.

« C'est un Poro, une femelle pour être plus précis. Elle a environ deux semaines, je suis allé la chercher hier. Elle est pour toi, et rien que pour toi. Cela signifie que tu en as la garde complète. Tu devras t'assurer de la nourrir correctement, de la choyer, de la soigner si elle tombe malade… Je sais que tu n'aimes pas te laisser servir, j'ai donc pensé que t'occuper d'un petit être te permettrait non seulement de t'occuper, mais surtout, de t'apporter de l'affection et panser des plaies qu'il m'est moi-même presque impossible de refermer. Elle te plaît ? »

Viktor plaça sa canne contre le sofa avant de s'emparer de l'animal. Le Poro lui lécha le bout du nez et le garçon le ramena contre lui. Il lui caressa alors la tête, provoquant chez la créature un grognement d'extase.

« Elle est rigolote. », s'amusa-t-il. « Mais je ne suis pas sûr de la mériter… Je suis constamment agressif et en colère… »

« Une colère qui est toute naturelle, Viktor. Ne t'en veux pas pour des choses dont tu n'es pas responsable. »

« Ben… »

L'enfant s'assit sur le sofa, la main toujours plongée dans le poil doux de l'animal. Son visage se ferma.

« Tu te penses toujours coupable du départ de ta mère ? », s'inquiéta Heimerdinger en s'installant à côté de lui.

Viktor déglutit, le regard dans le vague.

« Elle me l'a dit elle-même… », dit-il d'une voix blanche. « Que je la faisais souffrir à cause de ma maladie et que… »

Mais il ne parvenait toujours pas à répéter ces horribles paroles.

« Tu n'es pas obligé de me le dire, si c'est trop douloureux pour toi. Il y a des choses qui n'appartiennent qu'à nous et que nous sommes en droit de garder secret. »

Le garçon secoua la tête, indiquant que ça irait. Il avait besoin d'en parler. Il prit une grande inspiration.

« Elle m'a dit que… qu'elle aurait préféré que je ne sois jamais né… »

Malgré le courage qu'il avait réussi à rassembler, sa voix se brisa.

« Elle t'a dit ça ? », s'horrifia le Yordle.

Viktor hocha la tête, alors qu'une larme s'écoulait lentement le long de sa joue. Heimerdinger se rapprocha de lui avant de caler sa tête contre son bras.

« Et toi ? Tu penses que c'est vrai ? »

« Ben oui, bien sûr que c'est vrai… Si je n'avais pas été là, mes parents seraient heureux. C'est moi qui suis en trop… », fit-il dans un souffle.

« Viktor… Ta maman, je suis certain qu'elle t'aimait plus que tout. J'ai lu la lettre qu'elle t'avait laissée. Si elle est partie, ce n'était pas à cause de toi. Elle est partie car elle était certaine qu'elle ne pouvait plus t'apporter quoi que ce soit de positif. Elle n'était plus capable de s'occuper de toi, pas parce que tu es malade, mais car elle s'est laissé plonger trop profondément pour redevenir quelqu'un de bon pour toi. Inconsciemment, elle a dû reporter la faute sur toi, l'espace d'un instant, car son désespoir était trop grand et qu'elle cherchait une échappatoire. Elle est partie pour te libérer de tout cela, pour que tu puisses vivre comme tu l'entends, sans avoir à porter la responsabilité de son état. »

« C'est pareil… Ce désespoir, c'est moi qui l'aie provoqué… »

« Ca, tu n'en sais rien. Quand ta mère a-t-elle commencé sa dépression ? »

« Quand papa est parti… A cause de moi. Je les ai fait fuir tous les deux. Papa en avait marre et maman a suivi… »

« Tu es certain que ton père est parti à cause de toi ? »

Viktor haussa les épaules. Une fois encore, il se frotta les yeux pour empêcher ses larmes de couler.

« C'est maman qui me l'a dit, ce jour-là… Moi, je n'ai rien vu de leur dispute. J'étais au marché quand c'est arrivé. Je suis parti le matin, et quand je suis rentré le soir, papa n'était plus là. »

« Si je comprends bien, tu n'as aucune certitude concernant la raison du départ de ton père. »

« Arrêtez ça, s'il vous plaît. », supplia le garçon, épuisé.

Heimerdinger baissa la tête, réalisant honteusement qu'il amenait l'enfant à se poser des questions auxquelles il n'aurait jamais de réponse.

« J'avais une question… »

« Oui… ? »

« Si maman est partie parce qu'elle ne voulait pas me rendre malheureux, est que ça veut dire qu'elle ne reviendra pas… ? »

Le cœur du Yordle se fendit. Pourtant, il trouva la force de répondre :

« Je pense qu'il te faut trouver de nouvelles motivations, quelque chose qui te fasse de nouveau apprécier la vie telle qu'elle est. Ne reste pas éternellement dans l'attente d'une chose qui ne reviendra pas. Le monde est animé d'un mouvement perpétuel, mais tu peux avoir un contrôle dessus, en décidant de ce que tu veux faire de ta vie. »

« Je… »

Viktor n'avait pas les mots. Il ne faisait à présent plus que face à une terrible réalité qui termina de réduire son cœur en miettes. Il réalisa soudain que ses parents étaient partis pour de bon. Il ne les reverrait jamais… Ils étaient partis tous les deux… Le garçon poussa un hurlement déchirant. Heimerdinger ne fit rien, attendant patiemment que l'enfant extériorise la peine et la frustration accumulées depuis plusieurs semaines. Il se fit cependant la promesse de rester là pour lui coûte que coûte. Il se refusait d'abandonner de nouveau ce garçon qui, encore si jeune, avait été victime d'événements effroyables. Il lui prit alors la main et embrassa le bout de ses doigts. Il ne s'en rendait pas compte, mais son visage était lui aussi baigné de larmes.

« Je suis là. », dit-il. « Je suis là, et je le serai toujours, d'accord ? Je te le promets. Jamais, plus jamais tu n'auras à vivre ça. Je te protègerai jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin. »

Viktor ne répondit rien, uniquement secoué de sanglots. Blotti contre lui, le Poro lui donna un petit coup de tête. Ce geste fit légèrement rire le garçon entre deux pleurs, qui se mit à jouer avec son poil duveteux.

« Comment tu vas l'appeler ? », demanda Heimerdinger, espérant ainsi détourner l'attention du garçon.

L'enfant réfléchit un instant. Il se frotta subrepticement le nez et tenta de se calmer.

« Althea. », répondit-il alors en reniflant. « C'est joli, Althea. »

OoOoO

Cassandra n'entendit aucun bruit. Le souffle de l'explosion, aussi silencieux qu'irréel, balaya devant elle sa petite Caitlyn. L'enfant disparut dans le torrent de flammes pour ne plus jamais réapparaître.

La matriarche se réveilla en hurlant. Prise de panique, elle tenta vainement de faire taire sa respiration erratique et ramena sa main devant ses yeux. A côté d'elle, Tobias se redressa vivement avant d'allumer la lumière. Mort d'inquiétude, il lui serra la main.

« Que se passe-t-il, mon amie ? »

Cassandra ne répondit rien. Elle se précipita hors de son lit et courut jusqu'à la chambre de Caitlyn. La petite était profondément endormie, son ventre se soulevant sereinement. La Conseillère passa tendrement sa main dans les cheveux de sa fille. Ce geste doux éveilla l'enfant, qui ouvrit légèrement les yeux avant de les refermer presque aussitôt.

La femme se prit alors les cheveux, essayant désespérément de reprendre son calme. Caitlyn était là, juste à côté d'elle, paisiblement endormie. Elle allait bien. Il n'y avait aucune guerre, aucune explosion, aucune expérience douteuse pour maîtriser la magie. Le monde continuait de tourner comme il l'avait toujours fait. Ce constat ne la rassura qu'à moitié. Si tout allait bien aujourd'hui, qu'en serait-il dans vingt ans ?

Tobias apparut à l'entrée de la chambre, l'air inquiet. Il s'avança doucement vers sa femme tout en prenant garde à ne pas faire de bruit. Là, il lui prit la main et l'invita à sortir de la pièce. Cassandra se laissa faire sans broncher. Une fois dehors, il la prit contre lui et la serra avec douceur.

« Que se passe-t-il, ma chérie ? Vous faites beaucoup de cauchemars en ce moment, je vous avoue que cela m'inquiète. »

La matriarche resta silencieuse, souffrant de ne pouvoir lui expliquer la nature de ses tourments. Depuis plusieurs semaines, elle se sentait atrocement seule. Ses nombreux conflits avec Jayce et Heimerdinger avaient profondément affecté son moral. Elle se sentait incomprise et jugée, comme s'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter et qu'agir de manière rationnelle et objective constituait un affront à la morale humaine. Et de constater que les deux hommes se faisaient plus de souci pour le garçon de la basse-ville que pour le destin de la ville ne faisait que la tendre davantage. Cassandra n'avait rien contre cet enfant en soit, elle ne niait pas qu'il devait être quelqu'un de bien et le fait qu'il ait été abandonné par la faute de leurs actions l'avait énormément affectée, surtout en étant mère elle-même. Mais il fallait rester vigilent quant au fait qu'il pourrait créer de l'Hextech à tout moment. Malgré une tentative de rapprochement avec Jayce, quelques jours plus tôt, Cassandra ne parvenait pas à se sortir de la tête l'idée que Viktor était un danger. Elle craignait par-dessus tout sa rancœur et sa peine, qui pourraient très bien l'amener à se servir des sciences pour tous les anéantir. Pourquoi ses collègues refusaient-ils de constater ce fait ? Pourquoi fallait-il qu'ils ferment les yeux ? Était-il réellement permis de laisser les sentiments prendre le dessus sur la raison dans une situation si dangereuse ? Mais finalement, n'était-ce pas elle qui se laissait aller à la panique et qui portait pour responsable un enfant innocent, délaissé par ses parents de surcroît ? N'était-elle pas le monstre, dans tout cela ?

Cassandra ne parvenait plus à réfléchir correctement, et devoir rester sous silence ne faisait qu'accentuer son mal-être. Elle ne pouvait rien dire de tout cela à ses proches, pas même à son mari, qui ne pouvait plus que l'observer plonger un peu plus chaque jour. Elle se haïssait de l'inquiéter de la sorte, lui qu'elle aimait tant, qui avait toujours été là pour elle dans les moments les plus durs. Prise d'un soudain élan d'amour pour son mari, elle déposa un baiser sur ses lèvres.

« Je vais bien. », assura-t-elle. « Retournons nous coucher, à présent. »

Son affirmation ne sembla pas convaincre Tobias, qui embrassa sa main.

« Vous savez que vous pouvez tout me dire. »

« Je le sais. », répondit-elle en posant son front contre le sien. « Ne vous inquiétez pas. Tout va bien. »

Sur ces mots, ils repartirent dans leurs appartements. Une fois dans le lit, Cassandra cola sa tête contre le torse de son époux avant de s'endormir. Elle ne fit plus de cauchemar, cette nuit-là.

Le lendemain matin, alors qu'elle prenait son petit-déjeuner, Marianne, la servante, lui apporta une lettre. La matriarche observa l'objet avec curiosité, ne reconnaissant aucunement le sceau qui avait été apposé.

« Cette lettre vient de Zaun. », expliqua la domestique.

« De Zaun ? Laissez-moi voir cela. »

Cassandra s'empara de l'enveloppe qu'elle découpa habilement d'un coup de couteau. A l'intérieur se trouvait une lettre en papier miteux. Elle lut attentivement le contenu et une fois sa lecture terminée, elle fronça les sourcils. C'était un message de Vander. Ce dernier s'excusait notamment pour sa réaction lors de leur rencontre, qu'il avait, semblait-il, trouvé excessive après réflexion. Il lui proposait de trouver un terrain d'entente et de lui montrer la réalité sur la vie des gens vivant à Zaun. Il lui recommandait en revanche la prudence : elle devait venir accompagnée de gardes du corps, car lui-même n'était pas certain de parvenir à la protéger en cas de problème. Par mesure de sécurité, elle devait également se rendre sur place habillée pauvrement. Les riches vêtements attiraient la convoitise et il n'était pas prudent de se rendre à Zaun dans ce genre d'accoutrement. Cassandra décida qu'elle en discuterait d'abord avec Heimerdinger et éventuellement avec Jayce avant d'entreprendre toute décision de ce genre. Rien ne lui assurait qu'il n'y avait pas une tentative de guet-apens là-dedans et elle ne pouvait se permettre d'agir sur un coup de tête. Elle se pressa alors d'envoyer une missive au Yordle, réclamant un entretien après la réunion du Conseil ayant lieu le jour-même.

OoOoO

Jayce observait son reflet dans le miroir de sa salle de bain. Il avait mauvaise mine : d'énormes cernes logeaient sous ses yeux creusés par la fatigue. Il avait l'impression de ressembler à un fantôme… Il dormait plus mal encore que d'habitude, si cela était possible, tout du moins. Il ne parvenait pas à s'enlever de la tête le rejet trop prononcé de Viktor. Ce dernier lui avait bien fait comprendre qu'il ne voulait pas de lui, et devoir le fréquenter quotidiennement dans ces conditions minait son moral plus qu'il ne l'aurait voulu. Il avait beau se dire que le temps finirait par faire son effet, une idée vicieuse n'avait de cesse de le tourmenter : rien ne changerait jamais. Viktor ne le laisserait pas l'approcher.

Jayce passa rageusement sa tête sous l'eau, tentant vainement de remettre ses idées en place. Il se trouvait pitoyable. Il avait la sensation d'être redevenu un adolescent en manque d'attention. Il avait des problèmes plus urgents à régler que son conflit immature avec Viktor, le premier étant de s'assurer qu'il n'y ait jamais d'Hextech. Le garçon se dit alors que se concentrer sur Zaun devait être sa priorité. En ce qui concernait Viktor, il ne lui parlerait pas. Tout simplement. Il le traiterait avec la même indifférence que ses autres camarades. C'était la meilleure solution.

OoOoO

« Tu as tout ce qu'il te faut ? », interrogea Heimerdinger.

Viktor jeta un rapide coup d'œil au contenu de son sac. Tout comme la veille, Prune avait porté une attention toute particulière à son matériel scolaire. Il était même vêtu de l'uniforme de l'école : un pantalon de velours brun, une chemise en lin blanc, et un foulard rouge cernant son cou, le tout complété d'un élégant pardessus blanc sur lequel étaient brodés de fins fils dorés. Le garçon hocha la tête tout en raffermissant la prise sur sa sacoche. Ce détail fit tiquer le Yordle, qui lui prit la main d'un air rassurant.

« Au moindre problème, tu viens me voir, d'accord ? »

« D'accord. »

« Il faut que j'y aille. Je serai dans mon bureau toute la matinée, si tu as besoin d'y faire un tour. A ce soir, Viktor. »

« A ce soir. »

L'enfant observa la silhouette de son protecteur s'éloigner. Anxieux, il colla son dos contre le mur, attendant que le professeur arrive. Il était le premier devant la salle de classe, il n'y avait encore personne. Du moins, c'était ce qu'il croyait.

« Heimerdinger est ton papa ? », fit une voix féminine.

Viktor sursauta. A côté de lui, une fille aux cheveux roux frisés, un biscuit en bouche, le regardait avec curiosité. Il rougit.

« Pas du tout… », répondit-il, la tête baissée.

« Comment tu veux que ce soit son père ? C'est même pas un Yordle. », fit remarquer une autre voix.

Le garçon constata la fille était accompagnée de sa sœur jumelle.

« Ça existe, les mariages mixtes. », releva Emalya.

« Oui enfin bon, là ça saute aux yeux quand même. »

La fille lui tira la langue avant de tourner de nouveau son attention vers Viktor. Ce dernier avec la tête rivée sur ses pieds.

« Tu t'appelles Viktor, c'est ça ? »

« Euh… Oui ? »

« Viktor comment ? »

« Juste Viktor… »

« T'as pas de nom ? », s'étonna Emalya.

« C'est parce qu'il vient de Zaun. », comprit sa sœur avec un froncement de sourcils.

Le garçon se crispa. Les cours n'avaient pas commencé qu'il avait déjà des ennuis… Il regretta immédiatement d'avoir révélé ne pas avoir de nom. Enfin, de toute manière, elles auraient eu tôt fait de le savoir. Il aurait simplement apprécié avoir un instant de répit, il était déjà suffisamment angoissé pour en rajouter une couche. En plus, il détestait que cette fille parle de lui à la troisième personne, comme s'il n'était pas juste en face d'elle.

« C'est vrai ? », s'étonna Emalya.

Mais aucune hostilité n'émanait d'elle. Au contraire, elle paraissait plus émerveillée qu'autre chose. Sa sœur, en revanche, s'était légèrement éloignée, comme s'il avait la peste. Viktor lui jeta un regard mauvais, ce qui la fit reculer davantage.

L'échange se termina là, quand une floppée d'élèves jacassant arriva dans le couloir. A sa tête marchait un peu trop fièrement un garçon aux cheveux blancs, accompagné d'un grand brun à la tignasse crépue. Viktor le reconnut aussitôt : il s'était moqué de lui alors qu'il effectuait des exercices de respiration avec Heimerdinger. Il détourna instinctivement le regard, ne souhaitant surtout pas attirer l'attention. Pourtant, cela n'empêcha pas son camarade de le remarquer. Intrigué, il s'approcha de lui.

« Salut. », dit-il. « T'étais là hier ? C'est la première fois que je te vois. »

« Oui, j'étais là. »,

« Ah bon ? », fit le garçon d'un air faussement surpris.

Là, il lui tendit la main.

« Je m'appelle Eliass Ferros. Et toi, tu es ? »

« Personne », aurait voulu répondre Viktor. Mais il n'en eut pas la force. Il fut plutôt soulagé de voir le professeur arriver. C'était un homme dans la quarantaine, une mallette à la main. Il avait une barbe finement taillée et était vêtu comme s'il se trouvait dans une soirée mondaine. Le garçon pensa que c'était un bien curieux accoutrement pour donner un cours. L'homme inséra la clef avant de faire entrer le groupe. La salle de classe était relativement petite. C'était ici qu'ils passeraient l'ensemble de l'année, ils n'auraient pas à bouger entre chaque cours. Viktor remercia intérieurement Heimerdinger pour ce geste, ainsi il n'aurait pas à se fatiguer inutilement.

Il partit s'installer dans un coin de la salle, à l'écart des autres mais avec tout de même une vue directe sur le tableau. Emalya s'approcha de lui et fixa la place juste à côté, signe de sa requête silencieuse. Viktor, ne ressentant à l'égard de la fille aucune animosité particulière, décala ses affaires et dégagea la place, se demandant tout de même pourquoi elle n'avait pas préféré être avec sa sœur. D'autant plus qu'ils avaient à peine parlé… Mais curieusement, il trouvait leurs premières interactions bien plus naturelles que celles qu'il avait eues avec Jayce. Sans doute la familiarité de la fillette y était-elle pour beaucoup.

Ravie, elle s'avachit sur sa chaise en poussant un long soupir.

« J'aime pas les cours. », geignit-elle. « Et toi ? »

« Ça dépend. »

Ils ne purent discuter davantage. Le professeur écrivit son nom au tableau et commença une rapide présentation :

« Bonjour à tous, je m'appelle Mathias Galorien, je serai votre professeur principal tout au long de l'année. J'enseigne les mathématiques, aussi j'attends de vous une certaine assiduité dans votre travail. Je préfère vous prévenir, je suis un homme sévère, et si l'un d'entre vous arrive en retard ou ne fait pas son travail, je ne tarderai pas à le jeter de ce cours. Vous avez eu la chance d'être acceptés dans cette formation, vous comprendrez donc que j'attende de vous la plus grande rigueur. D'ailleurs, en parlant de chance… »

L'homme porta soudain son attention sur Viktor, un petit sourire narquois aux lèvres. Mal à l'aise, le garçon se cala un peu plus sur sa chaise. Ce geste n'empêcha pas le professeur de s'approcher et de s'adresser à lui :

« Dites-moi, jeune homme. J'imagine que la vie piltovienne doit être à votre goût. Qu'est-ce que vous ressentez, en ayant la chance unique de vous balader dans nos rues, accoutré tel l'un des nôtres et en goûtant à la saveur de nos plats ? »

Choqué, Viktor ne sut que répondre. Les paroles de Galorien suscitèrent des messes basses dans la classe, et bientôt, tous les regards se tournèrent vers le garçon. Certains moqueurs, d'autres plutôt perplexes, comme s'ils n'osaient croire ce qu'ils venaient d'entendre. Viktor leur jeta à tous un regard hostile, du genre à montrer qu'il ne voulait surtout pas se faire approcher.

« Qu'est-ce que ce regard ? Visiblement, il semblerait que les Zaunites ne soient pas dotés de parole. En revanche, ils ont l'air d'aimer incendier les autres sans raison apparente. », rit Galorien. « Eh bien petit, avez-vous perdu votre langue ? »

« Laissez-le tranquille ! », s'écria brusquement Emalya.

Le professeur tourna vers elle un regard étonné.

« Je vous demande pardon ? »

« Laissez-le… tranquille ! », répéta la fille.

Une bataille silencieuse s'installa entre les deux Piltoviens. L'un affichant un sourire hautain, l'autre adoptant une expression furieuse. Mais alors que la tension montait dans la pièce, la porte s'ouvrit. Jayce, un air blasé sur le visage, se trouvait dans l'interstice. Il entra sans en demander la permission et partit s'asseoir au fond de la classe comme si de rien n'était.

« Vous êtes ? », demanda pourtant le professeur.

« Jayce Talis. », répondit le garçon en sortant ses affaires.

« Et vous ne me direz pas pourquoi vous n'arrivez que maintenant, alors que tout le monde est déjà installé ? »

« Mon réveil n'a pas sonné. »

« Il n'a pas sonné ? »

« Non. »

« Êtes-vous au courant que ce genre d'excuse ne passe absolument pas dans mon cours ? »

« Ah. »

« Ne me répondez pas « ah » avec une telle impudence. »

« Et qu'est-ce que je suis censé dire d'autre ? »

« Vous pourriez commencer par vous excuser si vous avez un brin de cervelle. »

« Ah. »

L'insolence de Jayce fut la goutte de trop.

« Eh bien, nous avons donc ici trois beaux effrontés. Il semblerait que le recrutement ait été fait à la hâte, au vu des individus présents dans cette classe. Puisqu'il en est ainsi, lorsque vos petits camarades rentreront tranquillement chez eux ce soir, vous resterez avec moi. Je vous donnerai quelques exercices supplémentaires qui vous feront peut-être réfléchir à votre impertinence. La prochaine intervention de ce genre et c'est la porte. »

Le Piltovien adressa à Viktor un regard surpris, se demandant pourquoi ce dernier avait été punis si vite. Il se promit d'en toucher deux mots à Heimerdinger afin de bien comprendre la situation. Le Zaunite, lui, serra son poing, tremblant de rage. Il aurait frappé cet homme ignoble s'il en avait eu la force. Mais sans jambes fonctionnelles, il lui était impossible de riposter comme il l'aurait voulu. Galorien l'observa avec mépris avant de se détourner et de commencer son cours comme si rien ne s'était passé. Emalya, remarquant le mal-être du garçon à côté d'elle, griffonna sur un morceau de papier. Elle lui montra une caricature de Galorien en train de se curer le nez. L'absurdité du dessin le fit pouffer. A son tour, il s'empara du papier et dessina l'homme se prendre un énorme pet au visage. Pour un peu plus de dynamisme, il rajouta même un second dessin où le professeur s'évanouissait à cause de la puanteur. Ils durent s'arrêter là, car Galorien les surveillait étroitement. Plus aucun incident du genre n'eut lieu durant le cours.

OoOoO

« Vous nous avez mis Galorien en professeur principal ? », s'écria Jayce, hors de lui, en frappant du poing sur le bureau d'Heimerdinger.

Ce dernier sursauta face à ce geste. Il lui adressa un regard perdu.

« Il s'est passé quelque chose ? », s'inquiéta-t-il.

« Cet homme est une ordure ! Comment avez-vous pu laisser passer ça ? »

« Je n'ai personnellement jamais eu de problème avec lui. Il n'est ici que depuis quelques mois, en revanche, donc je ne le connais pas très bien. Sachez simplement que ce n'est pas de mon fait. Bien que je sois le doyen de l'Académie, je n'en suis pas le directeur actuellement. Ce n'est donc pas moi qui aie décidé des professeurs en poste. Mais je réitère ma question, s'est-il passé quelque chose ? »

« Viktor a été puni sans raison. Enfin, je crois. Je n'étais pas là quand c'est arrivé, mais il ne ferait pas de mal à une mouche de toute façon. J'ai reçu une soirée de colle, moi aussi, mais c'est parce que je l'ai provoqué. »

« Viktor ? Puni ? »

« Oui, mais je suis sûr que Galorien s'en est pris à lui. Il a toujours eu une haine exacerbée des Zaunites, je suis certain qu'il n'a pas supporté que Viktor vienne de là-bas. »

« Ce que vous me dites est très étonnant, lors des réunions il paraissait plutôt favorable à l'intégration d'un enfant de la basse-ville. Il m'a soutenu lorsque j'ai proposé l'idée. »

« Vous en êtes certain ? »

« Absolument. Cependant, s'il s'avère qu'effectivement, il s'en prend à Viktor de quelque manière que ce soit, je ferai mon possible pour l'éloigner de lui. J'en parlerai à Viktor, ce soir, pour savoir ce qu'il s'est passé exactement. Ainsi, il pourra me dire s'il lui est arrivé quelque chose. »

« Viktor ? Dire quand quelque chose ne va pas ? Vous vivez sous le même toit, non ? Vous devriez le connaître suffisamment pour savoir qu'il ne se confie jamais sur ses problèmes. »

Le doute passa dans le regard d'Heimerdinger.

« Je m'entretiendrez ce soir avec le professeur Galorien et irai faire part de mes doutes auprès de la directrice. Peut-être cette histoire n'est-elle qu'un malentendu, après tout. Mais il est vrai que je vois mal Viktor faire preuve d'une quelconque insolence envers un professeur, donc je prendrai ce que vous me dites au sérieux. Merci de m'en avoir parlé, Jayce. »

Le garçon hocha la tête.

« Allez manger, maintenant. Ne tardez pas trop car les cours ne vont pas tarder à reprendre. »

« Au revoir, professeur. »

« Au revoir. »

OoOoO

Au réfectoire, Viktor venait à peine de trouver une place. Encore dégoûté des remarques désobligeantes et irrespectueuses de son professeur, il avait l'appétit coupé. Il observa sans envie les légumes dans son assiette.

« Tu ne manges pas ? », s'étonna Emalya, qui venait de s'installer face à lui.

Le garçon la regarda faire avec surprise, ne comprenant pas vraiment l'intérêt qu'elle lui portait. Visiblement, elle pensait être devenue son amie, et lui ignorait complètement quoi faire de cette information. Malgré tout, il ne souhaita pas la rejeter.

« J'ai pas faim… »

« Dans ce cas, je veux bien ton assiette. »

Viktor la lui donna sans hésitation. La fille l'engloutit en quelques minutes, de même que son propre repas. Elle paraissait avoir pour estomac un gouffre sans fond. Pourtant, elle était toute maigrichonne, si ce n'était pas plus qu'il l'était lui-même. Quand elle eut terminé, elle tapota son ventre plein.

« J'ai encore faim. », se plaignit-elle.

« Mais tu viens de manger deux assiettes ! »

Emalya haussa les épaules. Tout à coup, une tête aux cheveux immaculés apparut dans son champ de vision. Là, elle fronça les sourcils. Etonné, Viktor se retourna.

« Tiens tiens, regardez qui voilà. », se réjouit Eliass Ferros, accompagné du reste de la classe.

La sœur d'Emalya, dont Viktor ignorait toujours le nom, était elle aussi dans le groupe. Là, les enfants s'assirent à côté d'eux sans leur demander leur avis.

« C'est vrai que tu viens de Zaun ? », demanda Eliass.

« Ca se pourrait. »

« Eh, mais il sait parler en fait ! »

Sa remarque entraîna des fous rires parmi le groupe.

« J'ai entendu dire que les Zaunites savaient à peine communiquer. », expliqua une Vastaya mi-humaine mi-poisson à la peau bleue. « Ils ne peuvent exprimer que des besoins primaires, comme dire qu'ils ont faim ou qu'ils veulent dormir. »

Elle venait de prononcer ces paroles comme si elle possédait la science infuse.

« Et moi qu'ils vieillissaient plus vite que nous. », renchérit le garçon aux cheveux crépus qui accompagnait Eliass le matin même.

« C'est pour ça qu'il marche avec une canne, vous croyez ? »

« Il a dû vieillir prématurément à cause de la faim. »

« Le pauvre, quand même. »

Emalya adressa à Viktor un regard paniqué. Ce dernier faisait tourner l'eau dans son verre d'un air indifférent. Soudain, sans que personne ne s'y attende, il en versa le contenu dans l'assiette d'Eliass. Son acte suscita des protestations indignées. Alors, il se leva et prit son plateau.

« Je peux savoir ce qui te prend ? », s'exclama Ferros.

« Moi pas savoir parler. »

Puis, sans un mot de plus, il partit, Emalya sur les talons.

Une fois devant les chariots de rangement, il déposa son plateau avec violence, faisant vibrer la structure métallique par la même occasion. Dans son geste, il se griffa avec son couteau sans le vouloir.

« Putain ! », pesta-t-il.

« Ça va ? », s'inquiéta la fille.

« Ne traîne pas avec moi. », la prévint-il. « Ils s'en prendraient à toi aussi. »

« Mais je m'en fiche, moi. »

Viktor serra les dents et secoua la tête. Ne sachant que rajouter, il tourna les talons et sortit du réfectoire.

Le reste de la journée se déroula sans autre incident. En montrant qu'il refusait de se laisser faire, le garçon était parvenu à faire en sorte que ses camarades l'évitent. Pour un temps, du moins, car il savait qu'Eliass Ferros lui ferait payer cher l'humiliation qu'il lui avait fait subir lors du repas. Il connaissait ce genre d'individus et savait déjà qu'ils avaient tendance à ne jamais s'arrêter. Viktor devrait rester constamment sur le qui-vive et cette réalité le fatiguait d'avance.

Durant les cours, il ignora complètement les suppliques d'Emalya. Le garçon l'aimait bien, ce n'était pas le problème. Du moins, c'était ce qu'il se disait quand il la voyait. Mais il ne voulait pas qu'elle se fasse harceler à son tour, alors il préférait mettre fin à cette amitié naissante tant qu'il en était encore capable. Il parvint pourtant à se concentrer suffisamment pour suivre attentivement. Il eut un cours de physique et un second d'introduction à la techmaturgie. Bien qu'il trouvât le ton de la professeure Ordalis toujours aussi insupportable, son cours fut passionnant. Heureusement, Heimerdinger lui avait enseigné quelques notions et l'avait aidé à rattraper son retard durant les semaines avant la rentrée, donc il fut beaucoup moins perdu que ce qu'il craignait au départ.

Viktor avait vaguement vu Jayce, qui s'installait systématiquement au fond de la classe. Ce dernier ne lui avait pas adressé un regard. Il semblait se moquer de créer des amitiés et n'avait nullement cherché à se joindre à leurs camarades. Cela le rassura un peu. Il n'aurait pas souhaité qu'il fasse partie de ses harceleurs. Bien qu'il ne le tînt pas en haute estime, il aurait été déçu d'apprendre qu'il s'agissait d'un profiteur. Il se rappela alors qu'il avait promis à Heimerdinger de s'excuser auprès de lui. Le problème étant qu'il ignorait complètement comment aborder la situation, d'autant plus que son altercation lors du repas l'avait déprimé. Il ne se sentait pas la force d'aller présenter ses excuses, craignant par-dessus tout une conversation malaisante ou pire, des moqueries.

Le soir venu, alors que leurs camarades rentraient sous les éclats de rire, Viktor, Jayce et Emalya furent contraints de rester dans la salle de classe. Le professeur Galorien prit son temps avant de venir les voir et ils durent attendre une vingtaine de minutes entre la fin des cours et son arrivée. Emalya, impatiente, s'agitait sur sa chaise et proposa l'idée de sécher. Viktor lui fit comprendre d'un regard que c'était une mauvaise idée tandis que Jayce, fidèle à lui-même, ne réagit pas. Finalement, ils furent presque rassurés de voir l'homme arriver.

« Vous êtes encore là. », maugréa-t-il d'un ton dédaigneux.

Viktor fronça les sourcils. Il n'avait pas qu'à les punir s'il souhaitait rentrer chez lui, cela leur aurait fait des vacances. Pourtant, le professeur leur distribua tout de même des exercices.

« Aucun d'entre vous ne pourra sortir tant qu'il n'aura pas terminé ceci. Si vous n'avez pas terminé dans deux heures, je vous donnerai des devoirs supplémentaires pendant deux semaines pour rattraper votre retard. Inutile de me demander de l'aide, vous devez trouver la solution par vous-même. »

Le garçon jeta un rapide coup d'œil à la fiche qu'il leur avait fourni. Il fut tout à coup pris d'un vertige. Il ne comprenait absolument rien. Il se tourna vers Emalya, qui lui adressa un regard paniqué. Visiblement, elle ne saisissait pas grand-chose non plus. Jayce, pour sa part, se mit automatiquement à griffonner sur sa feuille, comme si de rien n'était. Vingt minutes plus tard, il rapporta l'exercice au professeur en le jetant négligemment sur son bureau.

« Presque trop simple. », argua-t-il d'un ton provocateur.

Galorien s'appuya sur le dossier de son fauteuil d'un air profondément énervé.

« Ca vous amuse tant que ça, de vous acharner sur vos élèves en leur donnant des exercices du niveau de vos cours universitaires ? », accusa Jayce.

L'homme lut rapidement les réponses du garçon avec perplexité. Finalement, quelques secondes plus tard, il avança :

« Vous avez tout faux. Il va vous falloir recommencer. »

« Non, j'ai tout juste. Et vous le savez très bien. »

« Vous êtes bien arrogant. »

« Et vous, vous êtes sacrément incompétent pour ne pas réussir à corriger une copie correctement. Vous voulez que je fasse le cours à votre place, peut-être ? »

Viktor et Emalya écoutaient l'échange, complètement ébahis. Ils avaient tous deux du mal à saisir la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Qu'est-ce qui devait les étonner le plus, au juste ? Que Jayce tienne tête à leur professeur ou qu'il ait réussi à répondre à un exercice de niveau universitaire, d'après ses termes ?

« Êtes-vous au courant que je peux vous chasser de mon cours quand je le souhaite ? Sans mathématiques, il vous sera impossible de continuer cette formation et vous pourrez dire adieu à votre diplôme. Votre avenir serait réduit à néant. »

« Parce que j'aurais blessé un ego mal placé ? »

« Non, parce que vous êtes le roi de l'insolence. »

« En répondant simplement à des exercices ? »

« Non, en provoquant injustement votre professeur. »

« A qui j'aurais blessé l'ego mal placé. », continua Jayce. « De toute façon, je ne pense pas que vous puissiez m'apprendre quoi que ce soit. Cependant, je vous invite à prendre garde, mon ego à moi est mille fois plus gros que le vôtre, il vous sera difficile d'en venir à bout. D'ailleurs, Cassandra Kiramman et le professeur Heimerdinger sont derrière moi. Ce serait une erreur fatale d'essayer de me descendre. »

« Ce serait votre parole contre la mienne. »

« Non, monsieur. Ce serait votre parole contre la mienne. Croyez-moi que lorsqu'ils apprendront que vous vous amusez à brimer vos élèves, ils ne tarderont pas à vous mettre à la porte. Surtout qu'il semblerait que vous n'ayez aucune idée de l'identité de la personne sur laquelle vous vous acharnez. »

« Vous vous pensez si important ? C'est tout de même fou, de posséder une telle arrogance. »

« Oh, mais je ne parlais pas de moi. Je vous remercie du compliment, cependant. »

Jayce pointa du pouce Viktor, qui se trouvait juste derrière lui.

« Quoi ? Le Zaunite ? », se gaussa Galorien.

« Un Zaunite, en effet, mais Viktor est surtout le protégé du professeur Heimerdinger. Si vous vous en prenez à lui, considérez que c'est une attaque directe envers le doyen de l'Académie. »

L'homme blêmit.

« Oups, aurais-je dit quelque chose qui vous ait fait peur ? »

« Vous n'avez aucune preuve. », avança Galorien.

Là, Jayce se mit à tapoter l'exercice du doigt.

« C'est intelligent, de noter « Retenue pour élèves insolents » sur sa feuille de colle. »

« Sortez d'ici. », répliqua sèchement le professeur. « Je ne veux plus vous voir. »

« Avec plaisir. »

Avant de partir, Jayce se dirigea vers Viktor et Emalya, qui s'étaient figés, observant l'échange avec la plus grande attention. Ils paraissaient sous le choc.

« Qu'est-ce que vous attendez, tous les deux ? Attendre toute la nuit que la réponse à ses absurdités vous vienne en tête ? »

Sa réplique quelque peu cinglante leur fit l'effet d'un électrochoc, et tous deux se hâtèrent de ranger leurs affaires avant de suivre Jayce. Ce dernier n'oublia pas de prendre avec lui les feuilles d'exercices.

« Où est-ce que vous allez ? Ne croyez pas vous en tirer à si bon compte ! »

« A demain, monsieur ! », s'exclama Emalya en chantonnant.

Là, ils sortirent de la salle de classe, sans un mot de plus. Une fois dehors, la fille se tourna vers Jayce, un air admiratif plaqué sur son visage.

« C'était quoi, ça ? »

« Ca quoi ? »

« Ca ! C'était impressionnant ! Tu pètes la classe, donne-moi des cours ! »

Le Piltovien haussa les épaules, comme si de rien n'était.

« Tu as vraiment réussi à répondre aux exercices ? », interrogea Viktor.

« Bien sûr que non, c'était du bluff. », mentit Jayce. « Tu remarqueras que les gens sont étonnamment crédules quand tu affirmes quelque chose avec certitude. »

L'espace d'un instant, les deux partenaires se contemplèrent, comme s'il n'y avait jamais eu entre eux de conflit puéril. Jayce fut pris d'une certaine mélancolie et se rappela soudain que son ancien ami ne voulait pas de lui. Il s'attrista sans réaliser que son visage adoptait les traits du chagrin.

« A demain. », fit-il.

« Att… », voulut réclamer Viktor, la main tendue.

Mais il partit sans un mot de plus. Le Zaunite se pinça l'arête du nez, se trouvant soudain stupide.

« Il est trop cool. », s'émerveilla Emalya.

« Si tu le dis. »

« Tu viens ? »

Elle lui fit signe de la suivre et ils descendirent dans la cour. Le trajet se fit dans un silence méditatif. Dehors, le soleil se couchait doucement, permettant au ciel de se parer d'une vive couleur orangée. Viktor, qui cherchait des réponses, s'arrêta. Etonnée, Emalya le fixa.

« Pourquoi est-ce que tu t'intéresses à moi ? », demanda-t-il de but en blanc.

« Comment ça ? »

« Ben tu sais… Je suis… »

« Différent ? »

« Je peux même pas marcher correctement. En plus, je suis pas d'ici. »

« Ben oui, justement, c'est pour ça que je t'aime bien. »

Viktor la regarda sans comprendre.

« Tu es très différent des gens d'ici. En plus, tu as du charisme, beaucoup plus que les autres. Quand tu as répliqué contre cet imbécile de Ferros, tout à l'heure, j'étais franchement admirative. Et puis… la première fois que je t'ai vu, j'ai tout de suite compris… »

« Compris quoi ? »

« Tu es un marginal, comme moi. », dit-elle dans un sourire. « Moi, j'aimerais beaucoup être ton amie, si tu es d'accord. »

Viktor devint cramoisi. Il ne s'attendait absolument pas à des mots si gentils. Et il n'aurait jamais imaginé qu'un jour, qui que ce soit veuille devenir son ami.

« C… C'est d'accord, je veux bien. », bafouilla-t-il.

« Trop cool ! », s'écria-t-elle en sautant de joie. « Je dois rentrer, à demain ! »

« A demain… ! »

Elle s'éloigna un peu avant de se retourner pour lui hurler :

« Ah oui ! Et j'ai oublié de te dire, je te trouve adorable ! »

Bon, il est 1h du matin xD Est-ce qu'on peut considérer que c'est encore vendredi ? (tousse)

Bref, j'espère vraiment que vous avez aimé ce chapitre, très différent des autres car il adopte un nouveau ton et une nouvelle dynamique. En l'écrivant, je me suis rendue compte que je donnais tout d'un coup un ton beaucoup moins mature à cette fanfic, puisque les personnages ont entre dix et douze ans. Un peu compliqué, du coup xD Mais d'un autre côté, ça lui donne un côté plus léger, et j'aime bien glisser un peu d'humour par-ci par-là hihi

Pour ce qui est de la suite, je pense que ça va devenir un peu plus irrégulier. Bien que je prenne énormément de plaisir à écrire, j'ai malheureusement un mémoire à rédiger (je suis très en retard) et j'ai des partiels à la rentrée en plus d'un dossier de dix pages à rendre... D'autant plus que le prochain chapitre est disons... terminé sans l'être ? Disons qu'il a vraiment besoin d'une grosse relecture avant d'être publié et de beaucoup de modifications. Donc je pense que je pourrai le publier durant le week-end, mais aucune certitude que ce soit le vendredi !