C'est sous les feux d'artifice et les lumières colorées que l'année se finit sur l'île d'Ohara. Robin regarde le ciel illuminé avec un grand sourire, tenant fermement la main de son oncle dans la sienne. C'est la première fois de sa vie qu'elle peut regarder ce spectacle avec sa famille, pouvant célébrer et hurler « bonne année » avec toute la ville.

D'habitude, elle regarde de loin la population de l'île poussant des cris d'acclamation, des « bonne année » et des bénédictions. Mais cette époque de solitude est désormais révolue.

Le ciel s'illumine d'un immense éclat, aussi brillant que son avenir.


Le 2 janvier, Robin se dirige vers la maison de Stella, emmitouflée dans un épais manteau. La porte est lourde à pousser pour une enfant, mais elle parvient tant bien que mal à entrer dans la maison vide. La température y est un peu plus élevée qu'à l'extérieur, mais allumer un feu serait une bonne idée pour éviter que les Den Den Mushi ne subissent le froid glacial. Du moins, c'est ce qu'elle se dit avant de remarquer quelque chose d'étrange au niveau du vivarium. En effet, la lumière est allumée et les escargots à l'intérieur ne semblent pas souffrir du froid ambiant.

Prudemment, l'enfant ouvre la porte en verre du vivarium et est accueillie par une bouffée de chaleur. Ne voulant pas que la chaleur s'échappe, elle referme rapidement la porte tout en regardant avec plus de curiosité l'intérieur et l'extérieur de la structure. Elle remarque, au bout de quelques secondes, d'étranges tuyaux qui sortent du sol sur le côté du vivarium pour y entrer. Un système thermique utilisant la chaleur du sol ? Mais normalement, cela ne devrait pas produire autant de chaleur avec les températures actuelles… Peut-être qu'il y a une chaudière quelque part dans la maison ? Il faudra qu'elle pose la question à Stella sur son fonctionnement.

En enlevant un de ses gants, elle passe la main à proximité d'un des tuyaux recouverts de caoutchouc. C'est très faible, mais une petite chaleur est perceptible malgré l'isolation. Rassurée que les Den Den ne risquent pas de mourir de froid, l'enfant regarde l'horloge dans la cuisine. C'est bientôt l'heure d'appeler Stella.

En fouillant dans une des grandes armoires qui encadrent l'habitat des escargots, elle trouve facilement un transpondeur qu'elle va poser sur la table basse devant la cheminée éteinte. Maintenant, elle doit convaincre un des Den Den de bien vouloir passer un appel. Si elle se souvient bien, ce sont les plus gros qu'elle doit utiliser. Doucement, elle ouvre légèrement la porte du vivarium, juste assez pour passer sa tête tout en évitant que la chaleur s'échappe trop vite.

« Heu… Salut. J'ai besoin de quelqu'un pour appeler Stella. Est-ce que l'un d'entre vous veut bien m'aider ? » Demande-t-elle d'une petite voix. Aoi et Maru sont les premiers à s'approcher, poussant de petits cris de bienvenue alors que les adultes et autres jeunes la regardent avec plus ou moins de curiosité et de suspicion. Ils se rappellent qu'il s'agit de la petite fille qu'ils ont vue il y a quelques jours avec leur propriétaire, mais ce n'est pas une raison pour lui faire immédiatement confiance.

Robin ne sait pas quoi faire devant les regards suspicieux des escargots. Elle pensait qu'elle devait juste se rappeler comment utiliser un transpondeur, mais visiblement, elle va devoir aussi se montrer convaincante.

« Je sais que vous vous méfiez de moi, mais je ne vous ferai jamais de mal. Stella m'a même demandé de m'occuper de vous. Regardez. » Elle brandit la lettre que lui a écrite la reine de l'île comme preuve, espérant que cela convienne aux escargots qui regardent avec attention l'écriture cursive. D'ailleurs, est-ce que les Den Den savent lire ? Se demande Robin, alors qu'un petit rougissement apparaît sur ses joues en pensant à la situation absurde actuelle, espérant que personne ne voie ça.

C'est avec soulagement qu'elle voit les Den Den se détendre et commencer à la regarder avec plus de curiosité que de méfiance. Un gros escargot bleu marine et noir s'approche d'elle, accompagné d'un autre qui est totalement blanc. Les deux mollusques la regardent avec attention avant de se regarder et de hocher la tête en poussant une petite note. Robin ne bouge pas alors que les deux Den Den avancent jusqu'à être devant elle et attendent que l'enfant les utilise pour son appel. Au début incertaine, la future archéologue n'ose pas bouger jusqu'à ce qu'Aoi et Maru viennent à sa rescousse en poussant de petites notes d'encouragement.

« Heu… Vous… Vous acceptez de m'aider ? » Demande-t-elle pour être sûre de ne pas mal interpréter les choses. Elle regarde les Den Den hocher la tête en poussant de petites notes fluettes. Robin retrouve immédiatement son sourire.

« Merci beaucoup ! J'espère que je ne ferai pas de bêtises, je ferai de mon mieux, promis ! » Les deux escargots adultes lui sourient en répondant avec amusement.

Sans perdre plus de temps, Robin les prend délicatement et les pose sur la table basse du salon. Mais l'absence de feu dans la cheminée rend la pièce beaucoup plus froide que l'intérieur du vivarium, et elle voit les deux escargots commencer à trembler de froid.

Prise de panique, elle fouille dans la grande armoire, cherchant dans les étagères, tiroirs et cartons jusqu'à trouver deux petits manteaux en fourrure blanche. Sans attendre, elle leur met les vêtements chauds en prenant bien garde de ne pas leur faire mal en les manipulant. Après quelques secondes à comprendre comment faire, elle pousse un soupir de soulagement en reculant d'un pas pour admirer les deux Den Den dans leurs petits manteaux de fourrure pelucheuse.

La jeune archéologue se demande de quel animal provient la fourrure, trop longue pour être celle d'un lapin, mais trop douce et aérienne pour être de la laine de mouton. Peut-être provient-elle d'un animal qu'elle ne connaît pas ? Après tout, Stella est une grande exploratrice ; il n'est pas surprenant qu'elle ait trouvé un animal avec ce type de fourrure.

Rassurée que les deux petits animaux ne vont pas mourir de froid durant l'appel, elle récupère le transpondeur et branche les deux escargots dessus. Stella lui a appris que les escargots blancs permettent de passer des appels anonymes sans être écoutés. Et si les deux escargots se sont présentés ensemble, c'est qu'elle doit les utiliser tous les deux. Soulagée que tous les branchements soient en place, elle jette un coup d'œil à l'horloge dans la cuisine. C'est bientôt l'heure.

Pour évacuer son stress naissant, elle pousse un autre soupir et commence à composer le numéro inscrit sur la feuille, espérant ne pas se tromper et tomber sur quelqu'un d'autre. La sonnerie remplit la pièce silencieuse et Robin sent son cœur cogner dans sa poitrine, s'accélérant à chaque nouvelle sonnerie sans réponse. S'est-elle trompée de numéro ? De jour ou d'heure ? Et s'il était arrivé quelque chose à Stella ? Devrait-elle aller prévenir Clover ?

Sa tête se remplit de plus en plus de questions jusqu'à ce que quelqu'un décroche de l'autre côté de la ligne. Robin pousse un soupir de soulagement et s'apprête à parler, mais la voix à l'autre bout du fil n'est pas celle de Stella. C'est une voix grave et hurlante d'un homme.

« Allô ? C'est qui ? J'espère que c'est important, j'ai autre chose à faire durant mes vacances que de répondre au téléphone ! »

Prise de panique, Robin raccroche le combiné. Se serait-elle trompée de numéro ? Pourtant, elle est sûre d'avoir composé le bon. Prenant quelques profondes respirations pour se calmer, elle recompose le numéro sur la feuille en vérifiant plusieurs fois qu'elle ne fait pas d'erreur cette fois.

Le téléphone ne met pas longtemps à être décroché, mais c'est encore l'homme qui répond.

« Oui ! Quoi ?! Si tu oses raccrocher et appeler une nouvelle fois, je te jure que tu vas le regretter! »

L'enfant est figée par la peur. Elle est sûre cette fois qu'il s'agit du bon numéro et que c'est la bonne heure. Alors pourquoi est-ce un homme qui répond ? Sa voix fait trop peur en plus. Mais elle ne doit pas paniquer. Peut-être que Stella n'est pas loin et que cet étranger a répondu à sa place, ou… Stella a des problèmes ?

« Si tu ne comptes pas répondre, je raccroche. »

« Non, non ! Attendez, je… » Sa voix s'éteint quand elle se rend compte qu'elle ne sait même pas quoi dire à cet homme. Mais l'inconnu semble être bavard.

« Une gamine ? Comment tu as eu ce numéro ? » Demande-t-il avec une voix moins hurlante et effrayante, peut-être sa version d'une voix douce ?

« Euh… Je… C'est… C'est la reine Stella Star qui m'a donné ce numéro. Est-ce que vous savez où elle est ? »

« Stella ? Pourquoi tu veux savoir où elle est ? » La voix semble devenir plus suspicieuse.

« Eh bien… Elle m'a demandé d'appeler aujourd'hui à 15h… » Répond-elle d'une petite voix. A-t-elle raison de dire ça à cet homme inconnu ?

L'homme fredonne, marmonnant quelque chose dans sa barbe.

« C'est vrai qu'elle m'avait dit un truc dans le genre hier. Peu importe. » Robin fronce les sourcils en entendant la voix devenir plus curieuse. « Dis-moi, petite, qui es-tu pour cette vieille folle ? Sa fille adoptive ? » Le rouge monte aux joues de la jeune archéologue.

« Non, vous n'y êtes pas du tout ! Je- » Un grand bruit se fait entendre à l'autre bout du fil, comme une porte qui claque violemment contre un mur.

« Je peux savoir ce que tu fais ?! Qui t'a permis de répondre à mon Den Den, espèce de macaque ?! » S'exclame une voix familière à la jeune archéologue.

« Tu répondais pas à ce foutu téléphone ! Il n'arrêtait pas de me casser les oreilles ! »

« Et alors ?! Tu aurais pu venir me chercher ! T'as des jambes, utilise-les ! »

« Et toi ?! Qu'est-ce que tu faisais pour ne pas être là à répondre à ma place ? »

« Moi, monsieur, je m'occupais du petit ! Tu sais, l'enfant que tu as revendiqué comme ton petit-fils sans demander ! D'ailleurs, va t'en occuper un peu, comme le grand-père que tu prétends être ! »

« Moi, au moins, je ne le gâte pas avec des milliers de jouets ! Je ferai de ce gamin un homme, un vrai ! »

« Attends au moins qu'il sache marcher et parler avant de lui imposer un de tes entraînements inhumains ! »

Robin écoute, incrédule, les répliques et engueulades entre les deux adultes. Elle entend Stella attraper l'homme et le jeter dans le couloir en refermant la porte avec fracas. La reine grommelle avant de prendre une profonde inspiration et de revenir vers le Den Den.

« Désolée, princesse, que tu aies entendu ça. Je n'avais pas vu l'heure et cet idiot a répondu à ma place. » Dit Stella d'une voix douce mais agacée.

Robin ne sait pas quoi répondre. Elle a l'impression d'avoir été témoin de quelque chose d'assez rare et se sent presque coupable d'avoir assisté à l'énervement de Stella, qui est normalement si calme.

« Je… Euh… C'est… c'est rien. J'étais un peu surprise, mais ça va. » Elle entend Stella fredonner, signe qu'elle essaie de chasser son irritation.

« Encore désolée si cet idiot t'a fait peur. Il hurle beaucoup, mais il est doux comme un agneau. » Dit Stella d'une voix douce et rassurante, ce qui détend la future archéologue. « Sinon, je vois que tu as réussi à passer l'appel avec un Den Den Mushi blanc. Tu t'en es souvenue, je suis fière de toi. » Ajoute-t-elle avec bonne humeur.

Un petit sourire apparaît sur les lèvres de Robin et ses joues rougissent légèrement au compliment.

« M-Merci, mais je n'ai pas fait grand-chose, ce sont les Den Den qui m'ont beaucoup aidée. » Répond-elle timidement en regardant les escargots, qui la regardent avec un grand sourire, satisfaits de ne pas avoir été oubliés.

« Je suis sûre qu'ils t'ont aidée et guidée, mais tu ne dois pas te rabaisser. Tu as correctement écouté et appliqué les instructions que je t'ai données. Tu peux en être fière. » L'enfant se mordille les lèvres de timidité. Elle est heureuse d'être complimentée, surtout par quelqu'un qu'elle respecte autant.

« Merci, votre majesté. » Murmure-t-elle timidement. Elle entend Stella rire doucement avant qu'un bruit sourd ne se fasse entendre.

« Le mioche a chié, viens le changer ! » Stella grogne au langage grossier avant de se tourner et de foudroyer du regard l'homme qui tient un nourrisson à bout de bras avec un visage dégoûté.

« Surveille ta langue, il y a des enfants qui t'entendent ! En plus, ce n'est pas comme si tu ne l'avais jamais fait ! Débrouille-toi ! » Le visage de l'homme se renfrogne encore plus.

« Je ne l'ai pas fait depuis des années ! En plus, ce n'est pas digne de mon rang ! »

« Quoi ? Tu vas reculer devant une simple couche ? Moi qui croyais que tu avais peur de rien. » Dit Stella avec un ricanement moqueur.

Un jeu de regards se joue entre les deux adultes pendant de longues secondes, jusqu'à ce que le bébé se mette à pleurer, mal à l'aise dans cette position peu confortable et avec une couche pleine.

Le changement de comportement des adultes est immédiat. L'homme remet le bébé dans ses bras en le berçant maladroitement, mais le secoue plus qu'autre chose. Stella attrape rapidement le nourrisson pour qu'il ne soit plus malmené. En quelques mots doux et bercements, le bébé finit par se calmer et commence à gazouiller en attrapant une mèche de cheveux blancs.

« Voilà, petit. Tout va bien. Tu es en sécurité, n'aie pas peur du gros bonhomme grincheux. » Murmure-t-elle doucement avant de jeter un regard moqueur à l'homme, qui a les bras croisés et boude.

Roulant des yeux d'amusement, Stella se tourne vers le Den Den où Robin attend silencieusement.

« Désolée, princesse, mais on va devoir écourter notre discussion. On se rappelle la semaine prochaine, ok ? » Demande Stella sans voir l'homme froncer les sourcils au surnom.

« Euh… Oui ! Oui, ça me va ! » Répond l'enfant, un peu prise de court.

« À la semaine prochaine alors. »

« À la semaine prochaine, Stella ! » Dit Robin en raccrochant, sans entendre la question de l'homme ni la dispute qui va en découler.

Heureuse, mais un peu confuse, elle retire tout l'équipement et les manteaux des Den Den avant de les remettre au chaud dans leur vivarium. Avant de partir, elle vérifie que les escargots ont bien suffisamment de nourriture et d'eau. Elle se promet de demander à Stella comment fonctionne le système de chauffage, au cas où il faudrait s'en occuper.


La semaine suivante a été plus calme. Elles ont pu parler plus longuement, et Robin a appris avec soulagement que le système de chauffage du vivarium fonctionnait tout seul et qu'elle n'avait rien à faire. Rassurée par cette information, elle s'est concentrée sur ce qui l'intéressait le plus : l'archéologie et l'histoire.

Chaque semaine qui passe, elle pose de plus en plus de questions à Stella, avide d'en apprendre davantage alors que son examen approche. Les appels hebdomadaires deviennent un rituel, une bouffée d'air frais pour Robin, qui se sent seul sur cette île.

Pourtant, malgré leur complicité grandissante, Stella ne mentionne jamais la date de son retour. Robin sent qu'il y a quelque chose de non-dit, un mystère entourant cette absence prolongée, et elle ne peut s'empêcher de penser que cela a un lien avec l'homme et le bébé qu'elle a entendus lors de leur premier appel. Mais elle se garde bien de poser des questions. Elle respecte profondément la reine et sait que sa vie privée ne la regarde pas.


La neige laisse place au printemps, et la végétation luxuriante et les fleurs font leur retour, attirant toujours une multitude d'insectes dans le jardin. Robin commence à stresser, car son examen approche à grands pas. Dans deux semaines, pour être précis.

Incapable de se calmer entre les murs de la bibliothèque, elle s'est réfugiée dans le jardin fleuri avec un livre sur les fruits du démon posé sur ses genoux pour se distraire, profitant du soleil et des senteurs florales.

Elle fait peu attention à son environnement, jusqu'à ce qu'un papillon se pose sur les pages de son livre. Attirée par l'éclat bleu, Robin lève les yeux pour découvrir un papillon bleu et noir juste devant elle. Son corps se tend légèrement en reconnaissant l'insecte que la reine semble redouter. Elle ignore pourquoi Stella en a peur, mais cette proximité lui permet de le scruter sous toutes les coutures. À première vue, c'est un papillon ordinaire : de grands yeux, deux antennes, deux paires d'ailes battant lentement, un corps noir et trois paires de pattes contrastant avec le fond blanc des pages. C'est… un papillon normal.

Un petit gloussement d'incrédulité s'échappe de ses lèvres tandis qu'elle imagine la reine, armée d'une épée, face à son pire ennemi : un papillon ! Son rire devient presque incontrôlable en imaginant une bataille acharnée et absurde entre ces deux adversaires improbables. Elle parvient à se calmer tant bien que mal, frottant le coin de ses yeux légèrement larmoyants. La situation est totalement stupide. Stella est capable de protéger l'île avec sa force et de se mesurer à des personnes dangereuses, mais elle fuit devant un pauvre insecte.

Amusée, Robin observe le papillon qui n'a pas bougé de sa place.

« Tu sais que tu es incroyable. La personne la plus puissante de l'île a peur de toi. C'est vraiment un grand pouvoir. » Dit-elle avec amusement, tandis que le papillon bat doucement des ailes, comme s'il l'écoutait.

Une petite trompe se déplie et commence à taper sur le papier, à la recherche d'eau ou de nectar.

« Tu ne trouveras rien à manger ici, il y a plein de fleurs autour. Pourquoi es-tu ici ? »
Le papillon continue de lécher la page, se concentrant surtout sur un fruit du démon ressemblant à une pêche bleue.

« Ce n'est pas un vrai fruit, à moins que tu essaies de boire l'encre. » Dit-elle en souriant. Mais l'insecte semble persister.

« Tu veux apprendre à lire peut-être ? Je vais te lire le texte. »

Elle commence à lire à haute voix le passage décrivant le fruit. Arrivée à la fin de la page, Robin continue son exposé sur les fruits, expliquant leur utilité et leurs inconvénients. C'est en soi un bon entraînement pour son examen.

« Avoir un super pouvoir doit être vraiment trop cool ! Mais tu sais ce que je veux vraiment ? » Demande-t-elle au petit papillon, toujours perché sur le livre. « Mon plus grand rêve, c'est de découvrir le siècle perdu ! » Le papillon bat des ailes un peu plus vite, mais Robin ne le remarque pas.

« Tu te rends compte qu'un siècle entier d'histoire a été effacé ? Il n'existe plus aucun livre sur cette époque ! » Dit-elle avec un soupçon de colère. « Mais il y a les ponéglyphes, des pierres gravées dans une langue très ancienne. Et tu sais quoi ? » Demande-t-elle, s'adressant à un papillon qui semble étrangement attentif. « Je peux les lire ! » L'insecte bat des ailes deux fois, et Robin prend ce geste comme un encouragement.

« Oui ! Je fais partie des rares personnes capables de les déchiffrer ! » Dit-elle, excitée. Mais son sourire s'efface un peu. « J'espère juste obtenir mon diplôme et pouvoir rejoindre maman pour l'aider dans ses recherches sur le siècle perdu. » Termine-t-elle, inquiète de ne pas réussir dans deux semaines.

Elle soupire en sentant l'angoisse revenir. Elle fronce les sourcils en observant le papillon, toujours posé sur le livre, l'empêchant de tourner les pages pour continuer sa lecture.

« Allez, envole-toi. J'ai un livre à finir. » Elle tente de chasser l'insecte en agitant la main, mais il refuse de bouger. « Allez, s'il te plaît. » Mais l'insecte reste obstinément sur place. Soupirant, Robin tend son doigt près des pattes du papillon pour l'inviter à monter, afin de le poser sur une fleur.

Le papillon bat frénétiquement des ailes, frappant la main de Robin de ses ailes écailleuses. Elle fronce les sourcils ; l'impact ne fait pas mal, mais c'est frustrant.

« Arrête de faire l'enfant, tu n'as pas des fleurs à butiner ou un autre papillon à courtiser ? »
Comme s'il comprenait, le papillon finit par s'envoler. Soulagée, Robin retourne à sa lecture, mais une fleur tombe soudainement sur les pages. Surprise, elle lève la tête et aperçoit de nouveau le papillon virevoltant devant elle.

« C'est quoi ça ? » Demande-t-elle, mais le papillon s'éloigne vers une fleur proche. Il enfonce ses griffes dans les pétales, bat des ailes frénétiquement et arrache la couronne de pétales. Incrédule, Robin le regarde revenir pour lâcher les pétales sur son livre ouvert, laissant de petites taches d'humidité sur le papier.

« Mais arrête ! » S'exclame-t-elle en retirant rapidement les fleurs, puis refermant le livre avant que d'autres pétales ne tombent dessus. « Je peux savoir ce que tu fais ? » Une fleur s'écrase sur sa tête.

Frustrée et incrédule, elle se lève d'un bond tandis que le papillon virevolte juste devant son visage avant de s'éloigner de quelques mètres, puis de revenir sur le même trajet. Confuse, Robin le regarde faire plusieurs allers-retours, jusqu'à ce que le papillon la frappe au visage puis s'éloigne.

« Mais qu'est-ce que tu veux à la fin ? Tu veux que je te suive ou quoi ? » L'insecte reste en vol stationnaire à quelques mètres, attendant que Robin bouge.

Encore hésitante, elle fait un pas vers le papillon, qui recule d'un mètre. Un changement de comportement ? Voulait-il vraiment qu'elle le suive ? Ne sachant pas quoi faire, Robin décide de suivre cet étrange papillon, son livre sous le bras. Elle sait que certains animaux demandent parfois aux humains de les suivre, mais jamais un papillon.

Elle marche entre les parcelles de fleurs et les buissons de plus en plus denses, mais le papillon veille à ce qu'elle puisse le suivre. Leur petite promenade se poursuit jusqu'au bord d'un lac, bordé de nénuphars flottant à la surface de l'eau calme. Le papillon se pose enfin sur une fleur de nénuphar partiellement sur la terre, à moitié hors de l'eau. Robin fronce les sourcils et croise les bras.

« Et maintenant ? » Le papillon s'envole d'un mètre avant de revenir se poser sur la fleur. Levant les yeux au ciel, la jeune archéologue s'approche un peu plus.

« Ne me dis pas que tu veux que je t'aide à manger cette fleur ? » Dit-elle, irritée d'avoir traversé les branches et les épines pour se faire utiliser comme un couteau suisse ambulant.

Elle s'accroupit devant la grosse fleur rose, composée de centaines de pétales.

« Tu n'as quand même pas l'intention de m'ensevelir sous des pétales ? » Le papillon bat une fois des ailes, comme pour la narguer, avant de s'envoler dans le ciel.

« Hé ! Où vas-tu ? » Mais l'insecte ne revient pas, profitant de l'éclat bleu de ses ailes pour disparaître dans le ciel. Robin n'en revient pas : elle s'est fait avoir par un papillon !

Frustrée, elle donne un coup de pied dans la grosse fleur qui… roule ? Surprise, elle regarde la fleur rouler dans l'herbe avant de tomber dans l'eau et de flotter à la surface, toujours à portée de main. Curieuse, elle s'accroupit, pose le livre sur l'herbe et tend la main pour la saisir. Mais son poids l'oblige à l'attraper à deux mains pour la sortir de l'eau et la poser à côté d'elle. Ses yeux examinent cette fleur rose, de plus en plus étrange. Elle remarque une tige qui sort du côté au lieu de dessous, et la fleur est bien trop lourde pour être normale.

En la manipulant, elle remarque de plus en plus de similitudes avec un fruit : un pédoncule vert vif, une forme entièrement ronde avec des pétales qui lui donnent l'apparence d'un étrange melon. Puis, ça fait tilt : c'est un fruit du démon !

Au début, surprise, elle manque de le faire tomber sous le choc de trouver quelque chose d'aussi rare et unique. Suivre ce papillon n'était finalement pas si inutile.

Un sourire excité éclaire son visage alors qu'elle le regarde sous toutes les coutures. Mais… qu'est-ce qu'elle fait maintenant ? Elle le laisse là ? Le mange ? Le ramène au village ?

En réalité, elle a bien envie de le manger, car qui dirait non à un super pouvoir ? Cependant, il vaut mieux vérifier ses effets avant. Heureusement qu'elle a le livre avec elle, ça l'empêchera de devoir le cacher et d'aller à la bibliothèque.

Posant le fruit à côté d'elle, elle se saisit du livre et le feuillette rapidement jusqu'à trouver un dessin du fruit.

Le Hana Hana no Mi, le fruit de l'éclosion. Visiblement, il permet de faire une copie d'une partie du corps à partir de pétales de fleur. Le nombre de copies dépend de la puissance du porteur. Mais le principal inconvénient est que toute blessure sur les copies va au porteur. Donc il faut faire attention, sinon elle pourrait être blessée…

Mais… Ça a l'air trop bien !

Robin est encore plus excitée : grâce à ce fruit, elle pourra lire plusieurs livres en même temps ! Elle gagnera énormément de temps et apprendra beaucoup plus de choses en peu de temps ! C'est exactement ce qu'il lui faut pour son examen ! Elle ne peut plus nager ? Et alors ? Elle pourra se rattraper grâce à ces bras si jamais elle glisse.

Sans hésitation, elle attrape le fruit et mord dedans. Un goût immonde lui remplit la bouche et le nez, manquant de la faire vomir. Elle s'y attendait, mais peut-être pas à ce point. Les larmes aux yeux, elle avale la bouchée. Le goût ne disparaît pas tout de suite et elle tire la langue de dégoût.

Rien ne se passe à part que son ventre semble se plaindre en provoquant de petits pics de douleur. Écœurée, elle lâche le reste du fruit et s'agenouille au bord de l'eau pour se rincer la bouche avec l'eau claire. Elle plonge ses mains dans l'eau sans faire trop attention à la petite sensation de faiblesse qui picote ses doigts.

Le goût finit par partir, au grand soulagement de l'enfant, qui s'essuie le coin de la bouche avec sa manche avant de se lever lentement. Une légère faiblesse dans ses jambes l'inquiète un peu. Elle espère que ça va passer.

Respirant un bon coup, elle se redresse et regarde ses mains avec espoir. Elle ne sait pas exactement comment ça fonctionne, mais elle est impatiente d'essayer. Tendant les mains devant elle, elle essaie de faire apparaître quelque chose, un bras ? Une jambe ? Elle ne sait pas précisément quoi, mais elle se concentre au maximum pour que quelque chose apparaisse comme par magie.

Rien ne se passe. Frustrée, elle réessaie en pensant à un bras. Mais toujours rien. Irritée de ne pas avoir réussi, elle attrape le livre pour voir s'il y a quelque chose sur l'utilisation. Visiblement, il faut visualiser ce que l'on veut faire. Imaginer le membre à copier avec la forme, les proportions, la solidité, etc.

Respirant profondément, elle ferme les yeux en imaginant un bras entier. Tâtonnant à l'aveugle, elle touche son bras pour sentir les os, les muscles, les tendons et les nerfs. L'articulation du coude et de chaque doigt, comment les muscles travaillent à chaque mouvement de sa main et de tout le bras. Sûre d'avoir correctement imaginé son bras, elle imagine maintenant qu'il est devant elle, dépassant de l'herbe. Une odeur florale remplit l'air, calmant énormément son stress.

Hésitante, elle ouvre doucement les yeux et elle voit… un bras ? Un peu biscornu, il y a des doigts qui manquent et des creux et bosses montrent où il n'y a pas de muscle ou, à l'inverse, où les muscles sont trop gros. Bref, ce n'est pas parfait mais c'est quelque chose.

Heureuse, elle referme les yeux pour imaginer plus en détail. La deuxième tentative est un peu mieux, cette fois il y a bien cinq doigts et les muscles sous la peau sont un peu moins difformes, mais elle n'arrive pas à faire bouger le bras à distance. Elle essaie encore et encore jusqu'à réussir à faire un bras semblable au sien et capable de bouger librement.

Folle de joie, elle saute sur place en hurlant d'excitation sans faire attention au fait qu'elle est proche du rivage. Mais heureusement, elle s'en rend compte et s'éloigne calmement de l'eau. Sauf que… l'apparition brusque d'un papillon bleu et noir juste devant elle la fait sursauter de peur et son pied glisse sur l'herbe humide, faisant basculer son petit corps vers l'eau.

Plouf !

Le froid paralyse son corps alors qu'elle voit l'insecte juste au-dessus d'elle. Un frisson d'horreur parcourt son corps. Elle a l'impression qu'il a fait exprès, voulant la faire tomber dans l'eau. Elle se débat en gémissant de peur alors que la surface s'éloigne d'elle. Elle touche rapidement le fond qui n'est qu'à un mètre de profondeur, mais elle est incapable de bouger. La surface est si proche et si loin.

Ses poumons lui font de plus en plus mal et son cœur bat frénétiquement de panique. Va-t-elle vraiment mourir comme ça ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a fait de mal ?! L'air dans ses poumons finit par s'échapper de sa bouche. Ses yeux bleus regardent les bulles remonter sans elle alors que sa vision devient de plus en plus sombre.

Maman…

Elle ne sent pas que quelque chose saisit son bras et la remonte à la surface. Un homme la sort de l'eau et la jette sur l'herbe.

« Robin ?! Robin, tu m'entends ? » Hurle l'homme, paniqué de voir sa nièce très pâle. Sans perdre un seul instant, Oran ouvre la bouche de l'enfant en la basculant vers le sol pour évacuer l'eau de sa gorge. Son oreille se pose sur le dos pour essayer d'entendre un battement de cœur. Mais il n'y a rien.

Essayant de garder son sang-froid, il commence à faire un massage cardiaque. Les secondes sont interminables et affreuses pour l'adulte.

« Pitié, pitié, respire Robin, allez ! » Un dernier coup fait redémarrer le petit cœur et provoque une forte toux chez l'enfant qui crache l'eau au sol, le corps tremblant.

« Respire Robin, c'est fini, tout va bien maintenant, tu es en sécurité. »

Toussant et crachant l'eau qui lui brûle les poumons, Robin se tourne lentement vers son oncle qui la regarde avec inquiétude, comme s'il avait peur de la voir disparaître.

Les larmes de douleur se transforment en larmes de tristesse et de soulagement. Elle se jette dans les bras de l'adulte, pleurant à chaudes larmes à cause de la terreur qu'elle a ressentie au fond de ce lac. Oran la serre fermement, essayant de rassurer au mieux l'enfant terrifiée.

Robin a la tête plongée dans l'épaule de son oncle, mais un petit bruit attire son attention. Là, à deux mètres, le papillon bat lentement des ailes. L'insecte semble la regarder directement dans les yeux et donne l'impression d'être en colère qu'elle soit encore capable de respirer. Un frisson glacial et terrifiant paralyse son corps.

Ses tremblements deviennent incontrôlables, même quand son oncle se lève en la portant dans ses bras et continue de lui parler pour la calmer. Mais un mur semble empêcher ses oreilles d'entendre quoi que ce soit. Mourir d'un accident, c'est une chose, mais mourir parce que quelqu'un voulait vraiment sa mort, c'en est une autre.

Elle comprend pourquoi Stella a peur de ce papillon. Elle n'a pas peur pour elle-même, mais pour les autres. L'enfant se réfugie dans le cou de l'adulte pour ne plus voir son bourreau.

Oran commence à marcher vers la maison pour donner à Robin un bon bain chaud, afin de réchauffer l'enfant frigorifiée qui tremble dans ses bras, sans savoir que les tremblements ne sont pas seulement provoqués par le froid.


Des centaines de kilomètres de là, dans un jardin fleuri grouillant de papillons bleus et noirs, une personne observait avec colère un petit appareil de transmission sphérique posé sur sa table de jardin en fer forgé. La silhouette de la petite fille aux cheveux noirs s'éloignait dans les bras d'un homme. Comment osait-elle survivre ?

« Warcury ! » Ordonna la voix froide et autoritaire de l'individu, brisant le silence du jardin. Aussitôt, l'image dans la sphère changea pour montrer un homme âgé au crâne dégarni et orné d'une grande moustache blanche, les yeux remplis de dévotion et de crainte.

« Oui, Imu-sama ? » Répondit Warcury avec respect, se tenant droit face à l'image de son maître.

« Envoie une flotte sur l'île d'Ohara. Recherchez une certaine enfant nommée Robin. Trouve sa mère et traque toute personne cherchant à découvrir le Siècle Perdu. Élimine-les tous. » La voix d'Imu résonnait comme une lame tranchante, glaciale et implacable, ne laissant aucune place à la désobéissance.

Warcury hocha solennellement la tête, ses traits marqués par la gravité de la mission.

« À vos ordres, Imu-sama. » L'appel se termina brusquement.

Imu contempla son reflet dans la boule de verre, ses yeux perçants se remplissant de mépris. « Tu as très bien joué jusqu'ici, Miss Star. Mais ton temps de tranquillité est terminé. Il est temps de payer pour ma clémence. Tu n'aurais pas dû essayer de protéger ces traîtres à l'équilibre de mon monde. »

Imu serra les poings, les papillons autour de lui semblant refléter sa colère silencieuse. L'équilibre du monde qu'il avait soigneusement construit ne devait pas être menacé par des enfants curieux et des érudits audacieux. La paix qu'il imposait ne souffrirait aucune contestation, et ceux qui oseraient se dresser contre son règne en subiraient les conséquences.