Chapitre 46: Le Concert

La première chose qu'il fit une fois de retour fut se précipiter vers Mikan. Il se jeta sur elle, l'attrapa par le bras et commença à bafouiller à une vitesse impressionnante pour tenter de raconter ce qu'il venait de voir. Mikan l'écouta gravement. Quand Naegi eut fini de s'épancher, elle lança à Komaeda un regard interrogateur par-dessus sa tête.

«Il nous a filé entre les doigts, dit Komaeda.

-... Oh. D'accord.»

Komaeda continua: «Il voulait voir si Tanaka-kun avait envie de cheesecake. Oh, je t'en ai apporté.

-Pour m... moi? Si ça ne te dérange pas trop, pourrais-tu le p... poser là-bas, s'il te plaît?»

Ceci réglé, Mikan reporta son attention sur Naegi. Il était toujours collé à elle en se cramponnant à son bras, les yeux exorbités comme quelqu'un qui venait de voir s'animer un mannequin.

«Ce que tu as vu était très bouleversant, n'est-ce pas?» dit-elle. Naegi leva la tête et cligna des yeux comme un hibou. «Je comprends. Je passe mon temps à essayer de faire comprendre à Tanaka-kun que c'est très mauvais pour la santé de manger d'autres humains, mais il ne m'écoute pas. Il pense être un démon et que ça ne compte pas. Oh, j'ai toujours peur qu'il tombe gravement malade.»

C'était... c'était tout? Naegi n'osa pas le dire tout haut, mais il le formula clairement dans sa tête. Il n'avait même pas pensé aux conséquences sanitaires, trop obnubilé par le fait d'avoir surpris Tanaka en plein acte de cannibalisme. Et pourtant pour Tsumiki, c'était tout ce qui importait. Elle ne semblait pas ressentir la nausée houleuse qui exigeait qu'il s'accroche à elle au cas où ses genoux le trahiraient. Pas plus que Komaeda d'ailleurs ; et Hanamura n'avait pas paru soucieux non plus. On pouvait l'expliquer par le fait qu'ils appartenaient aux Désespoir Ultime, mais Pekoyama avait également été présente et elle n'était pas une Désespérée...

L'homme était déjà mort, non? Komaeda lui avait assuré que Tanaka ne l'avait pas tué. Il s'était contenté de se servir sur un cadavre qui était déjà là. Et... les cadavres ne ressentaient pas la douleur. Les cadavres ne savaient pas ce qui leur arrivait. En quoi était-ce différent de découper un poulet pour le dîner?

Serait-il possible? Serait-il vraiment possible que... qu'il surréagisse?

Mikan parut percevoir qu'il s'était calmé. Elle lui sourit et lui frotta le dos. Naegi sentit ces muscles se détendre à son contact et il s'avachit contre elle.

«Peut-être que tu devrais faire une sieste», suggéra-t-elle.

Naegi secoua la tête. «Ça va. Je suppose que j'étais juste dépassé par les événements.»

Ce qui était toujours le cas, s'il était honnête. Cette impression vaseuse ne l'avait pas quitté. Mais Mikan et Komaeda se montrèrent apaisants et lui parlèrent avec douceur jusqu'à ce que lui revienne pleinement l'usage de ses jambes et qu'il puisse rester debout sans aide. Il accepta la main de Mikan et la laissa le conduire vers le lit. Il s'assit au bord du lit et attendit que l'un d'eux le menotte.

Tsumiki et Komaeda échangèrent un regard.

«Naegi-kun, dit Komaeda, on en discutait tout à l'heure. Tu dois te sentir incroyablement agité à force de rester coincé ici tout le temps. Alors, on va te laisser te dégourdir les jambes aujourd'hui du moment que tu ne fasses pas de bêtise, d'accord?»

Il ne s'y était pas attendu, mais ce n'était certainement pas une offre qu'il allait refuser!

Komaeda rit. «Très bien. Va dépenser un peu de cette énergie.»

Il ne fut pas frappé immédiatement par la réalisation de sa soudaine liberté. Mais quand ce fut le cas, ce fut l'explosion. Naegi ressentait brusquement le besoin de courir un marathon. Ou d'escalader une montagne. Il pourrait probablement courir jusqu'à la Fondation du Futur avec toute cette énergie successive qui l'avait maintenant envahi!

(Quand cette pensée le traversa, il lança un coup d'œil vers la sortie, jaugeant automatiquement la distance entre elle, lui et les autres. Malheureusement, Pekoyama était trop proche de la porte, et bien qu'elle était obligée de le protéger, il ne pouvait pas compter sur sa réaction s'il s'enfuyait.)

Mais si cela n'était plus sur la table, que devrait-il faire plutôt...?

Bang.

«Ibuki remontait le couloir quand elle a eu l'impression la plus bizarre. C'était comme si les forces de l'univers voulaient qu'elle rejoigne le scénario à ce moment exact!»

Sur ces mots, la Musicienne poussa un cri et bondit dans la pièce.

«Où est la teuf?» Les yeux de Mioda étincelaient alors qu'elle parcourait du regard l'infirmerie morne. «Est-ce qu'Ibuki l'a manquée? Oh, c'est Ibuki qui doit donner le coup d'envoi? C'est ça? C'est ça?

-On n'avait pas l'intention de faire une fête, mais il y a du cheesecake! proposa Naegi.

-Makoto-chan a déjà prévu la nourriture! Alors Ibuki va s'occuper de la musique.»

De nulle part, Ibuki dégaina sa fidèle guitare électrique. Les lumières ambiantes parurent s'atténuer en réponse, la laissant se tenir seule au milieu d'un projecteur. Sa main s'envola, doigts écartés et courbés, prêts à faire exploser un incroyable accord. Naegi se força à ne pas se couvrir les oreilles, déterminé à écouter cette fois. Les autres n'eurent pas la même finesse. Pekoyama avait reculé, imitée par Tsumiki. Même Komaeda, malgré son admiration pour le talent de ses camarades, arborait un sourire appréhensif.

La main s'abaissa...

Et étrangement, personne ne devint sourd.

Bien sûr, la raison en était plutôt simple. Mioda ne jouait pas la musique démoniaque à fendre les oreilles qu'il lui associait. La mélodie était bien plus agréable aux oreilles et... et entraînante! Une seconde. Il reconnaissait cette chanson.

«Maizono-san! C'est une des chansons de Maizono-san! s'écria-t-il sous l'excitation.

-Oui oui. Elles font partie de tes préférées, non? Ce qui veut dire qu'Ibuki doit les jouer!»

Ce n'était pas la même chose. Ça ne pourrait jamais être la même chose. La voix de Mioda était très différente de celle de Maizono, et l'Idole chantait généralement accompagnée. Mais ça ne voulait nullement dire que la voix de Mioda ne se prêtait pas au chant et pour être honnête, il aurait sauté sur l'occasion d'écouter une des chansons de Maizono même si c'était Kuma qui avait essayé de chanter. Et puis, Mioda avait l'air heureuse, alors comment ne pas partager cette joie? Aussi, Naegi l'acclama, ne serait-ce que pour dépenser de l'énergie.

Ils applaudirent tous quand elle termina – même Kuma frappa des pattes une ou deux fois. Mioda étendit le bras et fit une profonde révérence bien plus représentative de son style normal. Naegi pouvait cependant voir que ses doigts étaient agités d'un spasme et il savait qu'elle mourait d'envie de déclencher des geysers de feu ou autre chose de tout aussi théâtral.

«Hah! Vous n'avez encore rien vu. Ibuki va rocker à en faire saigner vos oreilles!»

(Il ne put dire si elle était sérieuse).

«Qu'est-ce que tu vas jouer maintenant? demanda Naegi.

-Je sais pas! dit Mioda. Sayaka-chan avait beaucoup de chansons. Ibuki ne sait pas comment choisir...

-Oh! J'ai une idée!» Tsumiki sautilla dans son siège, levant la main comme une enfant à l'école. «On pourrait les mettre sur une roue, comme celle que j'utilise dans mon émission. Makoto n'a jamais pu la faire tourner.»

… Bien sûr, pourquoi pas? Ce n'était pas comme s'ils l'utilisaient pour torturer des gens cette fois.

«Je vais la chercher!» s'écria Tsumiki. Elle avait l'air incroyablement excitée en se précipitant hors de l'infirmerie.

«Ohhh, Mikan-chan utilise mon idée! Ibuki est touchée.» Mioda s'essuya une larme imaginaire.

«Ouais, c'était une bonne idée, approuva Naegi d'un ton désinvolte, s'appliquant à ne pas penser à leurs autres utilisations de cette roue. Mais est-ce qu'on ne va y mettre que les chansons de Maizono?

-Tu as d'autres requêtes, Naegi-kun? demanda Komaeda.

-Hein? Euh, pas vraiment. Je pensais juste que Mioda-san voudrait jouer quelques-unes de ses chansons.»

Il y eut un court silence.

«… Tu veux écouter les chansons d'Ibuki?» s'enquit Mioda. Elle le regardait comme s'il était revenu d'entre les morts.

«C'est logique, non?» se justifia Naegi. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi ils se comportaient tous ainsi. «Tu fais tout le travail et tu viens juste de jouer une de mes chansons préférées. Alors, ce serait équitable que tu puisses jouer une des tiennes ensuite.»

Mioda rit en agitant un doigt devant elle. «Non-non! C'est la fête de Makoto-chan.

-C'est vrai, renchérit Komaeda en se pressant contre lui. Elle est pour toi avant tout!

-Mais je veux vraiment écouter des chansons de Mioda-san! insista Naegi. Je l'avais promis, n'est-ce pas?»

Mioda le regarda fixement un peu plus longtemps.

«… Comment Ibuki pourrait-elle dire non à un fan si adorable? s'extasia la Musicienne. Ibuki revient. Elle doit aller chercher les grosses amplis!»

Une fois qu'il fut certain que Mioda ne pouvait pas l'entendre, il se tourna vers Komaeda et demanda: «Ça va être très bruyant, n'est-ce pas?

-J'en suis sûr, dit Komaeda. La Musicienne Ultime est capable d'atteindre des volumes sonores dont personne d'autre n'est capable. Mais si c'est ce que tu veux, alors je ne peux certainement pas objecter.

-Tu le penses vraiment? Ça ne te gêne vraiment pas?» insista Naegi. La dernière déclaration de Komaeda lui avait fait prendre conscience d'à quel point il s'était montré égoïste. Certes, il avait promis d'écouter la musique de Mioda, mais les autres n'avaient pas fait pareille promesse. De plus, Naegi avait compris que la musique de Mioda n'était pas particulièrement appréciée de ses camarades. Il ne voulait pas forcer qui que ce soit à la subir.

«Bien sûr, dit Komaeda. Une opportunité d'assister à un concert privé par la Musicienne Ultime et de célébrer avec l'Espoir Ultime? Comment pourrais-je refuser?

-Et toi, Pekoyama-san? demanda Naegi.

-Si c'est ce que tu souhaites...»

Naegi la coupa en secouant la tête. «Est-ce que ça t'embête toi, Pekoyama-san?

-La musique de Mioda-san ne me dérange pas particulièrement, répondit-elle. J'ai vu et entendu des choses bien plus terrifiantes.»

Naegi hocha la tête. Il espérait que Tsumiki revienne avant Mioda ; il ne pourrait demander son opinion à l'Infirmière si la Musicienne était dans la pièce. Mais en dehors de cela...

Une pensée le frappa.

«Kuma!» Il se précipita vers l'ours, puis regarda frénétiquement Komaeda et Pekoyama. «Les animaux ont une ouïe très développée, non? Si Mioda-san joue sa musique habituelle... Kuma, je suis vraiment désolé! Je n'avais pas pensé que ça pourrait t'impacter.»

Kuma bâilla.

«Pekoyama-san, est-ce que tu pourrais l'emmener à Tanaka-kun? Je ne veux pas lui abîmer les tympans ou...»

Il vit Pekoyama se tendre au moment même où ce souvenir se rappelait brutalement à lui. Kuma grogna, sentant un changement dans son humeur. Il inclina la tête, enfouit le front dans la fourrure de l'ours et se contenta de respirer. C'était du passé. C'était terminé. Il n'y avait rien qu'il ne puisse faire.

«… Je vais l'emmener sur le toit», dit Pekoyama.

Il releva la tête, émergeant de ses pensées bien trop explicites. Pekoyama se tenait debout à ses côtés et l'observait. Kuma, bien entendu, lui montrait les dents jusqu'à ce que Naegi le calme avec des paroles apaisantes.

«Naegi, dit-elle, qu'essaies-tu d'accomplir avec moi?»

Le regard de Naegi revint vers elle. «Hmm?

-Qu'est-ce que tout cela signifie?

-Je ne comprends pas.»

Elle le dévisagea attentivement. «Tu ne comprends vraiment pas, n'est-ce pas?»

Naegi la fixa, perplexe.

Elle soupira et s'agenouilla à sa hauteur pour attacher la laisse de Kuma, ce qui la rapprocha de Naegi et elle utilisa cette occasion pour lui parler en privé.

«Je te prie de te rappeler que je ne suis rien de plus qu'un outil.

-Non, dit-il par réflexe. Tu m'as dit que les outils n'avaient pas d'opinion, et toi tu aimes les choses soyeuses.»

Elle était toujours agenouillée, et sa voix baissa encore d'un cran. «Je te prie de te rappeler à qui je suis réellement loyale. Ce serait mieux de déployer tes efforts ailleurs.»

Il voulait la questionner davantage, mais perdit cette opportunité. Car les portes de l'infirmerie s'étaient ouvertes et Tsumiki s'efforcer de faire entrer cette roue géante. Komaeda et lui l'aidèrent à la transporter jusqu'au centre de la pièce, pendant que Pekoyama quittait les lieux en entraînant Kuma. Dans chaque zone de la roue, des morceaux de cartons avaient été scotchés sur le texte original, et il se fit une joie d'y écrire les noms des chansons de Maizono à leur place (laissant assez d'emplacements vides pour Mioda, bien sûr!) Il avait presque l'impression d'effacer le rôle initial de la roue et ce fut suffisant pour lui permettre de bannir certains souvenirs au fond de son esprit.

Le temps que Pekoyama revienne, Mioda avait apporté et installé ses enceintes. Elles se dressaient à l'extrémité opposée au public dans cette pièce, mais tout de même, vu leur taille... ça promettait d'être violent.

«Prêts à saigner des oreilles?» cria Mioda. Il était sûr qu'elle ne voulait pas paraître intimidante, mais compte tenu de la nature de sa musique, il était intimidé.

Mais il avait promis.

Il leva un pouce vers elle. «Vas-y!»

Mioda lui lança un sourire si lumineux qu'il oublia momentanément qu'il allait sans doute finir avec une grosse migraine.

«Ibuki a composé une chanson spéciale pour cette occasion», dit-elle. Ses doigts filèrent sur les cordes, produisant une courte série de notes en guise de petit échauffement. «Elle a été inspirée par la réaction du public face à une personne très spéciale.»

Naegi n'eut pas besoin du coup de coude de Komaeda ou du petit gloussement de Tsumiki pour savoir que cette personne était lui. Il sourit en attendant d'en entendre plus...

«Elle s'appelle... L'Enfant de Maman est un Délinquant de l'Espoir

Il était très heureux que son sourire soit conditionné pour se pétrifier quand il était stupéfait. Avant qu'il n'ait pu vérifier la réaction des autres à ce titre de chanson, celle-ci avait commencé.

Bah, c'était mieux que des poèmes d'Espoir.

… Il ne pouvait pas dire que ses oreilles saignaient, mais elles émettaient de drôles de pop. Mais si on voulait voir le bon côté des choses, l'intensité pure de la performance semblait avoir balayé toute mauvaise pensée que les autres auraient pu avoir sur le sujet.

«Applaudissons tous notre Délinquant de l'Espoir!» Mioda poussa un hurlement strident.

Jusque-là, Naegi avait applaudi par politesse, mais à présent il hésitait. Mioda le qualifiait de Délinquant de l'Espoir. Devant le Désespoir Ultime. Les gens qui, par définition, haïssaient l'espoir...

Komaeda rit ; c'était un rire sifflant et clairsemé qui lui donnait l'air d'être sur le point de s'étouffer.

«Notre petit Espoir Ultime!» s'extasia-t-il. Il applaudit à tout rompre, imitant Mioda qui semblait acclamer juste parce qu'elle le pouvait. Mikan se joignit aux acclamations quelques instants après et en constatant qu'ils n'étaient pas énervés, Naegi se détendit.

Mioda enchaîna avec une autre des chansons de Maizono. Puis une de sa propre création. Puis une autre de Maizono. Quand vint de nouveau le moment pour une de ses chansons originales, Mioda se prépara... et ne fit rien. Rien à part le fixer intensément. Naegi jeta un coup d'œil autour de lui juste pour s'assurer que c'était lui qu'elle fixait ainsi.

«Euh... Est-ce que je fais une bêtise?» demanda-t-il. Il avait peut-être parlé trop fort parce qu'il avait l'impression d'être à moitié sourd.

«Makoto-chan a l'air tout mignon assis là, dit Mioda. Il a l'air d'être sur le point de bondir de son siège jusque dans l'espace!»

Naegi rit nerveusement et se frotta la nuque.

«C'est pourquoi il doit rejoindre le groupe d'Ibuki!» déclara la Musicienne.

Elle l'avait déjà dit auparavant, non? Naegi se remémora...

«Oh, comme jouer de la batterie?

-Ouaip! Ibuki l'a laissée là.»

Naegi suivit du regard la direction qu'elle lui indiquait. En effet, près de la sortie, attendait une batterie complète. Il ne se souvenait pas de l'avoir remarquée jusqu'à maintenant, mais il commençait à apprendre à simplement suivre le mouvement. Il traîna la batterie vers eux et, sous les instructions de Mioda, essaya chaque instrument.

«Très bien, on est prêts à rocker!»

Naegi fit rouler timidement la baguette dans sa main. «Tu es sûre? J'ai encore l'impression de ne pas savoir ce que je fais.

-Ne t'inquiète pas, Makoto-chan. Laisse juste ton âme s'exprimer!»

Quand explosa le premier accord, il haussa les épaules et s'exécuta. Il avait été honnête ; il n'avait aucune idée de ce qu'il faisait. Mais il découvrit que frapper les instruments au hasard était quand même amusant. Et éreintant. À la fin, il avait le front couvert de sueur.

Ils faisaient une pause quand la porte s'ouvrit à la volée.

«Hé! Pourquoi personne m'a prévenue que Mioda faisait un concert?» voulut savoir Saionji. Elle respirait bruyamment, ayant apparemment couru jusque-là. «Tu n'as pas pensé que ta seule fan avait le droit de savoir?

-Mais Ibuki a deux fans maintenant, dit la Musicienne et Naegi crut détecter une once de fierté dans sa voix. Makoto-chan voulait écouter ma musique.»

Saionji le regarda. «Enfin! Quelqu'un d'autre avec du goût. Qu'est-ce qui se passe ici, de toute façon?

-Une fête! cria Mioda. On a de la musique et du gâteau et.. Ibuki a oublié de goûter le gâteau!»

Il y eut un flou de couleurs alors qu'elle se ruait vers la table où se trouvait le cheesecake.

«Une fête, hein?» Saionji parcourut la pièce du regard, fronçant les sourcils. «Drôle d'endroit pour faire la fête. Vous en avez quelque chose à faire, au moins?

-C'était vraiment de dernière minute, dit Naegi. Je ne savais même pas qu'on faisait une fête avant que ça commence.

-Peu importe. Je suis juste là pour écouter la musique.»

Naegi dut courir lutter contre Mioda (Pekoyama revint par la suite lui porter son aide) pour l'empêcher de manger le gâteau entier. Ce qui résulta en beaucoup de cris et de moments où il croyait l'avoir blessée, mais elle ne faisait que semblant. En fait, c'était encore plus exténuant que jouer de la batterie! Ainsi, quand l'Imposteur (dans son déguisement de Munakata) entra et que Mioda avait été dissuadée avec succès de finir le gâteau, Naegi gisait sur le sol, anéanti.

L'Imposteur dit: «Voilà.»

Quelque chose tomba sur le visage de Naegi. Il l'ôta de sa peau et l'examina.

«Tu as fait le masque, constata Naegi avec surprise.

-Je t'ai dit que ça ne me prendrait pas longtemps, dit l'Imposteur.

-Tu as reçu un masque, Naegi-kun?»

Naegi se hâta de replier le masque, dissimulant son apparence à un Komaeda curieux. Quoiqu'il n'avait sans doute pas été assez rapide. Seulement... il ne pouvait pas très bien lire Komaeda à cet instant. Le Chanceux le regardait avec cette inclinaison curieuse de la tête et ce petit sourire qui pouvait facilement se transformer en grand sourire ou en rictus froid.

«Enfile-le, ordonna l'Imposteur. Je veux voir mon ouvrage à l'œuvre.

-Je suis sûr que c'est très bien, dit Naegi. Je veux dire, tous tes masques sont incroyables...»

L'Imposteur s'éclaircit la gorge. Naegi s'interrompit et, avec un coup d'œil nerveux vers Komaeda, déplia le masque à la vue de tous.

«Kuzuryu-kun?» Komaeda parut perplexe, puis il commença à rire. «Regarde, Pekoyama-san! Il se déguise en Kuzuryu-kun.»

Comme on pouvait s'y attendre, Pekoyama ne dit rien.

Le masque lui donnait l'impression de s'être emballé le visage dans une fine couche de plastique. L'Imposteur devait être en nage en portant le sien si longtemps. Il lui collait comme une seconde peau, fusionnant parfaitement avec les saillies et les courbes de son visage. Il pouvait voir sans aucun souci ; le masque se mouvait et se déformait parfaitement avec ses lèvres quand il les bougeait.

«De quoi j'ai l'air?» demanda nerveusement Naegi.

Komaeda sursauta visiblement quand Naegi parla. «Ah, désolé! C'est juste un peu bizarre d'entendre Kuzuryu-kun parler avec ta voix. Encore un excellent travail, Munakata-kun!

-Bien entendu», dit l'Imposteur. Il tendit la main et attrapa Naegi pour le remettre sur ses pieds.

Alors qu'ils bavardaient tous deux tranquillement à propos du masque, Mioda se glissa aux côtés de Saionji.

«Tu crois que la Fondation du Futur serait en colère si on les spammait de photos de ces deux-là ensemble?» demanda Mioda avec curiosité.

Saionji eut un sourire rusé.

Elle sortit son téléphone.