Zehra prenait soin de la rose que Yuki lui avait offerte, elle devait aujourd'hui s'occuper de chercher un travail étudiant avec Sakura. En se préparant, Zehra écoutait son morceau préféré de musique pop. Elle fredonnait joyeusement et faisait des pas de danse, complètement emportée par la musique. Elle entendit la porte sonner, Zehra baissa le son de l'enceinte. Seule dans la maison, Zehra se hâta d'aller ouvrir. S'attendant à voir quelqu'un, elle fut étonnée de découvrir qu'il n'y avait personne.
Son pied rencontra quelque chose. Elle baissa les yeux et remarqua un énorme bouquet de fleurs, Zehra se pencha pour les prendre. Elle se mit à humer leur parfum délicat et qu'elle aimait tant. Elle ne trouva qu'une carte qui lui était adressée, Zehra supposa que ça ne pouvait être que Yuki. Elle referma la porte et essaya d'attraper son téléphone, elle lui envoya un SMS taquin :
Encore des roses rouges, Yuki ? Eh bien, je vais finir par croire que tu veux que je transforme ma chambre en magasin de fleurs. Mais je les ai beaucoup aimé, merci.
Zehra s'empressa de les mettre dans un vase, elle le remplit d'eau et déposa les fleurs dedans. Zehra entendit son téléphone vibrer, certainement une réponse de Yuki. Zehra le prit et découvrit la réponse de son petit-ami :
Des roses rouges ? De quoi tu parles, Zehra, je ne t'en ai pas offert aujourd'hui.
Le sourire de Zehra s'évanouit, ce n'était pas Yuki qui lui avait offert ces fleurs. Qui ça pouvait être, alors ? Zehra s'empara de la carte qui était avec le bouquet, il n'y avait que son nom dessus. Elle ouvrit la carte, il n'y avait rien d'autre. Elle inspecta de plus près l'écriture, c'était vraiment étrange. Zehra pouvait jurer l'avoir déjà vue quelque part mais elle ne savait plus où exactement. Finalement, Zehra décida de les laisser dans sa chambre, elle devait retrouver rapidement Sakura. Dans sa précipitation, Zehra referma la porte de chez elle et en mettant ses clés dans la poche arrière de son jean, elles glissèrent et tombèrent par terre.
Light n'était pas très loin, il s'était caché dans une ruelle, il aperçut Zehra passer. Il la regarda s'éloigner, Light se rapprocha de la maison de Zehra, soudainement, il remarqua quelque chose briller par terre. Elle avait perdu ses clés, c'était l'occasion idéale. Light s'empressa de les prendre avec lui, il s'amusa à les jeter en l'air et à les rattraper.
Light savait qu'il n'y avait personne dans la maison à cette heure-ci, il avait appris par cœur la routine de Zehra et de sa famille. Il inséra la clé et referma la porte derrière lui. Il monta à l'étage et reconnut sans grande difficulté la chambre de Zehra.
Light découvrit enfin comment était sa chambre, exactement comme il s'y attendait, elle ne manquait clairement pas de couleurs. Elle était lumineuse et des dessins étaient accrochés au mur, il retrouva des toiles, de la peinture. Il ouvrit son armoire, il ne se gêna pas pour fouiller dedans, il poussa un par un les cintres. Il remarqua qu'il y avait surtout des chemises. Il voulait en prendre une pour garder auprès de lui son odeur, mais il ne voulait pas que Zehra s'aperçoive qu'il s'était introduit dans sa chambre. Il referma lentement sa penderie. Il tourna la tête et sourit en voyant que Zehra avait mis son bouquet de fleurs dans un vase.
- Je vois que tu as vraiment apprécié mon petit cadeau, Zehra. fit observer Light d'un air réjoui
Light s'approcha de son lit et s'assit près de la table de chevet, il laissa ses mains caresser la couverture douce du lit de Zehra. Light remarqua qu'il y avait une rose rouge dans un vase sur la table de nuit. Il la prit et la regarda avec dégoût, il savait que ce ne pouvait être que Yuki qui avait dû l'offrir à Zehra.
- Cet idiot n'est même pas fichu de t'offrir un bouquet entier. Qu'est-ce que tu peux bien lui trouver ?
Il renversa le vase, qui se brisa en mille morceaux et répandit sur le sol l'eau qui était contenue à l'intérieur. La rose se retrouva inondée. Satisfait de son œuvre, Light s'allongea sur le lit de Zehra et se mit à regarder le plafond.
Zehra et Sakura avaient fini par trouver une place dans un café étudiant grâce à l'aide de Yuki qui connaissait le gérant. Elles étaient tellement heureuses qu'elles avaient décidé de déguster un sunday à la fraise pour fêter ça. Sakura devait rentrer chez elle, Zehra lui dit au revoir et commença à se diriger vers la station de bus. Yuki avait envie de parler avec Zehra du malentendu de ce matin, elle n'avait pas très envie d'aborder le sujet. Elle était prête à parier que c'était exactement la même personne qui la stalker, quelques mois plus tôt. Dans ce genre de situation, il valait mieux ignorer, Zehra l'avait déjà fait et ça avait très bien fonctionné.
Pourtant, elle savait qu'elle devait certainement connaître cette personne. Zehra remarqua que ses lacets étaient défaits, elle décida de s'arrêter et de s'accroupir pour les refaire. En se relevant quelqu'un lui fonça dedans accidentellement, Zehra tomba en avant. La personne la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol et se fasse mal.
- Oh, je suis sincèrement désolé. Je suis tellement maladroit des fois. s'excusa-t-il d'un ton précipité
- Matsuda ? Que faites-vous là ? s'étonna Zehra
Matsuda parut soudainement très mal à l'aise, il essaya tant bien que mal de trouver une excuse convaincante :
- Euh, je faisais les magasins. Vous savez en ce moment, c'est les soldes, alors j'en profite.
Zehra croisa ses bras sur sa poitrine, clairement pas convaincue. Elle leva un sourcil d'un air soupçonneux :
- Vous n'avez pourtant rien acheté.
- Justement, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais, donc je vais rentrer. bredouilla Matsuda en se grattant la tête
- Attendez, si je comprends bien, vous me suivez depuis le début. Et ça avant même que je ne vous rencontre. Je me souviens maintenant quand vous êtes venu à la maison, vous avez dit que vous saviez déjà que Light et moi étions amis. Je n'arrive pas à y croire, L me soupçonne d'être Kira, moi ? C'est terrible ! exprima Zehra
- Non, non, ce n'est pas du tout ça, Miss Aoki ! C'est vrai que je vous suivais, mais ce n'est pas du tout parce que L vous soupçonne d'être Kira. C'est que...se rattrapa Matsuda
Zehra se mit à rire doucement :
- Détendez-vous, je comprends tout à fait pourquoi L fait ça. C'est normal, je vais intégrer la cellule d'enquête et il se pourrait bien que je connaisse Kira sans le savoir. Et puis, comme Light est suspecté, c'est normal que ses proches le sont aussi.
- Vous êtes incroyable, Miss Aoki. Je comprends pourquoi L veut que vous nous rejoignez dans la cellule d'enquête. dit Matsuda réellement impressionné
- C'est gentil. Vous savez, Matsuda, vous pouvez m'appeler par mon prénom puisque nous allons devenir "collègues". releva Zehra
- Oui, c'est vrai, vous n'avez pas tort. concéda Matsuda
- Ça ne vous dérange pas si on parle un peu tous les deux ? J'ai toujours voulu mieux vous connaître. avoua Zehra
- Oh, non, ça ne me dérange pas du tout. C'est vrai que moi aussi, je voulais engager une discussion avec vous. Vous êtes tellement gentille.
- Vous aussi, Matsuda. Vous n'avez absolument pas un mauvais fond et ça se sent. Vous dites tout ce qui vous passe par la tête et c'est quelque chose que j'apprécie vraiment.
- C'est bien la première fois qu'on me dit ça, en général, ça agace tout le monde.
Ils rirent tous les deux, Zehra dit au revoir à Matsuda. En rentrant chez elle, Zehra ne retrouva pas ses clés, elle fouilla dans ses poches et dans son sac mais ne trouva rien. Heureusement que son grand frère arriva au même moment qu'elle. Zehra lui expliqua donc ce qui venait de lui arriver.
- C'est fou quand même, je les avais mises dans ma poche, elles sont certainement tombées dehors. Si c'est le cas, je ne compte pas les retrouver. raconta Zehra à Yori
- Ça ne te ressemble pas, tu n'es pas du genre à perdre tes affaires, mais bon, ça peut arriver à tout le monde. Ce ne sont que des clés, si tu veux, j'irai te refaire un double. proposa Yori en versant dans une tasse du lait
- Je vais encore essayer de les chercher, pour être sûr. suggéra-t-elle
Zehra remonta dans sa chambre et se remit à fouiller dans son sac, agacée, elle le renversa et farfouilla. Il n'y avait rien du tout, elle finit par laisser tomber. Zehra se laissa tomber sur son lit, elle tourna la tête et remarqua que la rose de Yuki avait disparu sur sa table de chevet.
Zehra s'assit et pencha sa tête vers le sol, le vase était tombé et la rose était inondée d'eau. Certains pétales étaient tombés. Zehra pensait que certainement elle avait dû le mettre un peu trop proche du bord, c'était l'explication la plus logique. Elle se leva pour éponger l'eau et remit la rose dans le vase.
En ce moment même, Light s'était rendu chez le serrurier, il sortit satisfait avec un double des clés de Zehra qu'il venait tout juste de faire. Comme ça, il pourrait se rendre chez Zehra autant de fois qu'il le souhaite sans passer par Ryûk. Il comptait rendre discrètement les clés de Zehra dans son sac de cours demain à la fac. Le lendemain, il réussit sans effort à les glisser, exactement comme la dernière fois qu'il avait rendu son carnet.
Light ne faisait que sentir son agacement prendre de l'ampleur à mesure qu'il voyait Zehra être aussi amoureuse. Son bonheur était visible à des kilomètres, elle n'agissait pourtant pas comme les autres filles qui répétaient à tout le monde combien leur petit-ami était exceptionnel, génial et inégalable. Même si ce n'était pas le plus exaspérant comme comportement, il n'en restait pas moins qu'elle pensait à un autre que lui et ça il ne pouvait pas le tolérer.
Zehra était d'ordinaire rêveuse, elle l'était d'autant plus en ce moment, elle fredonnait tendrement, revivait pendant chaque seconde ces instants de joie avec Yuki. Elle était sur un petit nuage et personne ne pouvait la mettre de mauvaise humeur, elle écoutait à peine Light quand il lui parlait. Son manque d'attention flagrante ne faisait que faire bouillonner Light de l'intérieur. Le jour suivant se révéla être beaucoup pire que la veille, la première chose que Light remarqua c'était que Zehra portait un nouveau collier. La chaîne était en argent, le pendentif était un magnifique soleil serti de pierres ambrées. Et il savait pertinemment qui lui avait offert ce nouveau cadeau, ce sale parasite de Yuki, bien sûr.
Zehra portait magnifiquement le collier sur elle. Elle était encore plus épanouie qu'hier. Light n'aurait jamais pensé qu'un jour il ressentirait une telle envie de mettre en pièces détachées un objet quelconque. Et c'était exactement le cas pour ce collier autour du cou de Zehra. Il fit de son mieux pour paraître le plus désinvolte possible. À l'heure du déjeuner, il saisit entre ses doigts le pendentif de Zehra sans même lui demander la permission. Light caressa la pierre avec son pouce :
- Je n'ai jamais vu un collier aussi beau, laisse-moi deviner, c'est un cadeau de Yuki, n'est-ce pas ?
Light relâcha enfin le collier.
- Oui, il est vraiment adorable. Il m'a dit que j'étais son soleil et qu'il n'avait besoin que de moi pour être heureux. Je ressens la même chose, Yuki est merveilleux, je ne pouvais pas rêver mieux comme petit-ami. répondit Zehra aux anges
- Si tu es heureuse, je le suis aussi. Je vous souhaite beaucoup de bonheur à tous les deux, j'espère que votre relation durera toute la vie.
- Et moi j'espère que très bientôt, tu rencontreras celle qui te faut. souhaita Zehra
- Qui sait, elle est peut-être tout près de moi et je ne le sais pas encore. C'est souvent plus le cas qu'on ne l'imagine. sous-entendit Light
- Oui, si ça se trouve. sourit Zehra
Light esquissa à son tour un sourire et croqua une pomme bien rouge. Ils se retrouvèrent tous les deux au cours optionnel de théâtre. Le restant de l'heure se passa plus ou moins silencieusement, les cours suivants, le professeur finit par donner leur premier devoir. La classe devait choisir entre trois grandes œuvres de Victor Hugo à mettre en scène. Parmi elles, il y avait les Misérables, Notre-Dame de Paris et Le dernier jour d'un condamné. Étonnamment, Light apprécia revoir la littérature française, même s'il était plus porté par le sujet du droit, il gardait un intérêt constant. Zehra était vraiment enthousiasmée que le professeur avait choisi Victor Hugo, c'était un de ses auteurs préférés quand elle était enfant. Jouer les œuvres qu'elle avait toujours aimé, lui procurait une telle joie.
- J'aime beaucoup Notre-Dame de Paris, il y a tellement beaucoup de thèmes abordés. Victor Hugo dénonce la cruauté que peut avoir l'être humain envers les personnes différentes comme Quasimodo. Et j'aime vraiment le personnage d'Esmeralda, elle est douce, généreuse, courageuse. C'est une héroïne extraordinaire. détailla Zehra à Light
- C'est aussi mon œuvre préférée. admit Light
- Tu dis ça pour me faire plaisir, pas vrai ? le taquina Zehra
- Non, c'est vraiment celle que j'aime le plus parmi celles qu'on a proposé. Mon personnage préféré est Frollo, il a une véritable profondeur. On sent que c'est un homme bien, mais qui a eu la malchance de tomber amoureux d'une femme comme Esmeralda. C'est vrai, il a quand même élevé son jeune frère seul, après que ses parents sont morts de la peste. Et ensuite, il a adopté Quasimodo en dépit du fait qu'il soit difforme. Il a passé sa vie à être un homme de Dieu, droit et pieux, jusqu'au jour où il croise le chemin d'Esmeralda. Elle a absolument tout chamboulé dans sa vie et à l'intérieur de lui. explicita Light
- La véritable erreur de Frollo est qu'il n'aurait jamais dû s'en vouloir de ressentir de l'amour pour Esmeralda, ce n'est absolument pas un péché, c'est un sentiment que n'importe quel homme peut tout à fait ressentir. Et en voyant qu'Esmeralda ne partageait pas ses sentiments, il aurait dû l'accepter aussi difficile soit-il. Parce que la meilleure façon de montrer qu'on tient réellement réellement à quelqu'un, c'est de le laisser partir. argumenta Zehra
- Eh bien, vous avez l'air tous les deux de bien connaître les personnages. Si c'est la pièce que tout le monde décide de choisir, vous jouerez chacun votre rôle. Toi, Zehra, tu feras une parfaite Esmeralda et toi, Light, tu joueras le rôle de Frollo. Je suis certaine que vous serez vous mettre dans la peau de vos personnages respectifs. exprima leur professeur qui avait écouté leur échange
Le professeur s'éloigna, Light et Zehra se regardèrent et sourirent.
- Toi, en Frollo, je demande à voir ça. gaussa Zehra gentiment
- Moi aussi, ce serait pas mal de te voir en Esmeralda. contre-attaqua Light
- J'ai hâte de commencer à jouer la pièce de théâtre. Même si ce n'est pas l'œuvre que nous voulons. ajouta Zehra
Light imaginait déjà Zehra en Esmeralda, c'était plus fort que lui, leur professeur avait raison, Zehra serait parfaite dans ce rôle. Belle, innocente et pure, tout en étant à la fois et sans le vouloir provocante. Et justement, la pièce de théâtre que la classe choisit, c'était Notre-Dame de Paris. Zehra ne pensait pas que leur professeur était sérieux, il les avait réellement désignés pour jouer le rôle. Mais il préféra s'en assurer, il demanda un travail pour décrire précisément les personnages, en passant par l'analyse de toutes les caractéristiques qu'ils possédaient. Il donna quand même des auditions sur des extraits de pièces de théâtre qui n'avaient rien avoir avec l'œuvre qu'ils allaient jouer. Chacun passa, quand ce fut le tour de Light, Zehra écouta attentivement la prestation de son ami. Zehra se rendit compte que Light était un excellent orateur. Lorsqu'il termina, il reprit sa place aux côtés de Zehra.
- Waouh, tu es un acteur né. Je vais finir par croire que ce n'est pas du tout être policier qui est ta vocation. le complimenta Zehra
- Ah, ah, non. Je ne vais certainement pas m'engager sur cette voie, jouer un rôle est certes amusant, mais ce n'est clairement pas ce que je veux. déballa Light
- Je m'en doutais déjà. Avec la performance que tu nous as offerte, il n'y a plus aucun doute, tu seras bel et bien Frollo. C'est dans la boîte ! affirma-t-elle
Le tour de Zehra arriva et sa performance était aussi incroyable que celle de Light. Il avait été captivé par le naturel de ses gestes et la fluidité des répliques qu'elle avait à dire. Faire une pièce de théâtre se révélait être plus amusant que ce à quoi s'attendait Light, il n'était pas surpris de voir qu'il avait décroché le rôle de Frollo et que Zehra avait celui d'Esmeralda. Il ne pouvait que voir le parallèle entre cette histoire et sa propre vie. Comme Frollo, il avait un devoir mais pas envers Dieu, envers le monde entier en accomplissant sa tâche de purifier le monde. Il était aussi épris par une femme qui ne partageait pas ses sentiments et qui menaçait de détruire ce contre quoi il devait se battre. Peut-être bien que ça allait finir mal pour Zehra, en fin de compte.
