Musiques : Midona's Theme (Zelda TP, OST), Yôwa (FMA, OST 1)

Note : Suite du chapitre 20, choix 2.


Choix 2 : « Pas tout de suite… »


« Pas tout de suite… », souffla Pride.

Il tourna vers Envy des yeux qui auraient crevé le cœur de n'importe qui.

L'homonculus se figea.

Décidément, quel petit vicieux, celui-là ! Pride savait que ça marchait, en plus, son regard de faon sans défense. Sans parler de son ton, bien trop doux pour le démon que ce corps abritait. Car oui, avec cet air innocent et ce visage angélique, on avait vite tendance à oublier à quel point l'ex-alchimiste était dangereux ; maintenant plus que jamais, vu ses nouveaux pouvoirs. Pourtant, sa voix, qu'il n'employait que rarement, suffisait à vous faire mettre tout ça de côté et à piéger les plus intraitables ; Envy, le premier.

Le brun se laissa ainsi sombrer volontiers dans les abysses de ces orbes dorés ensorcelants aux pupilles effacées. Ce ne fut donc qu'avec peu de conviction qu'il rappela :

« C'est un ordre de Lust, tu sais et…

— …

— Bon. On peut rester encore deux minutes.

— …

— D'accord. Cinq minutes », capitula l'androgyne.

Pride lui rendit ce qui semblait être un sourire, puisque son visage s'illumina l'espace de deux petites secondes. Cela ne manquait pas, à chaque fois, de troubler Envy. Ces sourires étaient précieux, car rares, contrairement à ceux de l'alchimiste dont était issu son protégé. Edward Elric était un être solaire, habité d'une rage de vivre à nulle autre pareille, qui se traduisait souvent par des sourires d'une franchise désarmante. Pride était l'exact opposé, ou presque. Et c'en devenait parfois troublant, lorsque Envy se remémorait ses quelques entrevues avec celui qui avait été naguère son pire ennemi.

Quelques fois, il devait reconnaître que ça lui manquait un peu, que quelqu'un lui tînt tête.

« Qu'est-ce que tu regardes ? » demanda le polymorphe en s'accroupissant aux côtés de son protégé – non sans une grimace en sentant l'herbe mouillée lui détremper les fesses. « Tu as trouvé de nouvelles bestioles à observer ? » s'enquit-il maladroitement.

Envy l'avouait, il ne s'était jamais réellement passionné pour la nature et ses secrets – sauf, bien sûr, d'un point de vue purement pratique, pour étudier certaines espèces aux atouts indéniables, afin de reproduire et exploiter ceux-ci dans le cadre de ses missions. Pride, en revanche, semblait avide d'en savoir plus sur les mystères dont le monde regorgeait. La moindre chose insignifiante revêtait de toute évidence pour lui le plus grand intérêt. Le plus âgé pensait donc que pour éviter un silence gênant, il pouvait bien ouvrir un petit peu ses chakra.

Néanmoins, à la surprise de son aîné, le blondinet secoua doucement la tête. Envy haussa un sourcil. Son compagnon lui fit alors un signe de la main pour lui indiquer de se pencher. Le brun s'avança et regarda son cadet écarter avec une précaution infinie des herbes folles au pied de l'arbre sous lequel ils se trouvaient. Au beau milieu de celles-ci, caché dans l'obscurité, un trésor fit pétiller les yeux d'habitude si mornes du plus jeune d'eux deux : une plante sinueuse aux fleurs épanouies. Elles étaient d'un bleu nuit somptueux et scintillaient d'une façon singulière.

« C'est ça qui te passionne, depuis tout à l'heure ? » s'étonna Envy. Il caressa du bout du doigt l'un des pétales luminescents, à présent lui aussi intrigué.

Pride acquiesça d'un signe de tête. Il murmura d'une voix aussi étrange que lointaine :

« "C'est une herbe à lucioles. Elle ne fleurit que la nuit. Elle tient son nom du fait que ses pétales brillent comme ces insectes." »

Envy, médusé par le flot de paroles dont il était brusquement abreuvé, écouta attentivement. Où Pride était-il allé pêcher ça ? Il ne se rappelait pas que le jeune homonculus eût lu un quelconque ouvrage sur la botanique depuis qu'il l'avait sous sa tutelle, y compris parmi ces encyclopédies qu'il affectionnait tant. À moins que, curieux comme il l'était, il eût pris l'initiative d'en consulter un ?

Non. La solution la plus probable était qu'un souvenir de sa vie antérieure avait refait surface et venait d'éclater dans sa tête comme une bulle de savon. Restait à espérer que cette « bulle » ne fût pas trop corrosive pour son esprit égaré.

« "Une légende raconte que si tu la tiens contre ton cœur et que tu pries alors qu'elle est en fleur, la personne qui occupe tes pensées pourra partager tes sentiments, où qu'elle se trouve…" », poursuivit Pride d'une voix égale.

Ce faisant, il laissa son regard se perdre dans les lueurs qui se dégageaient de la mystérieuse plante. Puis, tout à coup, il se tourna vers Envy. Il le fixa si intensément que l'androgyne se sentit frémir.

Des « sentiments », hein ? Je me demande bien lesquels…, s'interrogea l'Envieux.

Il chercha à discerner ceux de son interlocuteur dans ce regard inhabituellement vif. Hélas, Pride coupa court à sa quête. Brusquement, l'Orgueilleux cligna des yeux et afficha un air surpris. Il inclina la tête sur le côté comme pour demander à son mentor pourquoi il le scrutait ainsi, puis reporta son attention sur la fleur. Il la contempla encore un instant puis, sans crier gare, sectionna d'un geste expert la tige de la plante.

Il la tendit à Envy.

« Bah ? » fit ce dernier, interloqué.

Il la lui donnait ? Hein ? Devait-il y voir un quelconque rapport avec ce qu'il venait juste de lui dire ou imaginait-il des doubles sens là où il n'y en avait pas ?

Le sourire innocent de Pride lui fournit la réponse.

Envy haussa un sourcil et demanda confirmation avec tout le dépit du monde :

« C'est pour remplacer celles du vase, pas vrai ? »

Pride opina vigoureusement du chef.

Envy afficha un air blasé.

Tu parles d'une désillusion…

« O.K., on va faire ça. Mais on rentre, alors ! Lust estime que tu as passé suffisamment de temps dehors. »

Pride lui retourna une mine déçue, mais accepta de se conformer à l'ordre reçu, puisqu'il se dirigea de lui-même vers la maison. Envy le suivit de près. Il referma la porte derrière eux d'eux après avoir jeté un dernier coup d'œil suspicieux aux alentours. Une fois rentré, il troqua les fleurs moisies qui pourrissaient dans le vase sur la table à manger contre la plante lumineuse, à laquelle il donna un peu (trop) d'eau fraîche. Il adressa un sourire satisfait à Pride qui, apparemment heureux, le lui rendit. Parce que, certes, il se retrouvait de nouveau confiné, mais, dans l'histoire, il avait gagné de la couleur dans leur nouveau chez-eux.

Et puis, Envy avait beau le surveiller, il ne pourrait pas le tenir toute la nuit à distance du grenier. Il s'arrangerait pour rejoindre les lérots dès qu'il aurait le dos tourné ~


À suivre…


Voilà ~ ! Alors, une petite précision pour les curieux : j'ai repris l'un des dialogues du jeu à propos de cette fameuse « herbe à lucioles » dont j'ignore la véritable appellation. Ne parlant pas chinois, je m'en suis remise à la traduction proposée sur nombre de sites, parce que je dois reconnaître que je ne suis pas arrivée à trouver d'équivalent en français. Pour tout dire, je ne suis même pas sûre que cette plante existe ! Ainsi, on s'en tiendra à cette appellation quelque peu fantaisiste xp

J'espère que ce petit moment de calme et d'insouciance aura su alléger le récit original qui est, j'en conviens, plutôt dense '

Bref, je vous dis à la semaine prochaine pour un autre chapitre ! Et quel chapitre, hé hé…

White Assassin