Bonjour, bonsoir mes petits chats !
Bon, on va faire un truc, vous et moi : la prochaine fois, vous m'entendez, la prochaine fois que je fais mon numéro en mode « ouiii, ce chapitre-là était super simple à écrire, lolilol »... vous me dites de bien fermer ma gueule, d'accord XD ?
Parce que de dieu, que ce chapitre-là, c'était difficile… HA C'ÉTAIT DUR. C'est une chose d'écrire un chapitre d'action qu'on a en tête depuis deux ans, une toute autre de devoir enquiller sur la suite ! Et faut pas la rater, cette suite, vu les enjeux XD. J'ai pris un peu de temps pour la sortir et j'en suis désolée, mais en même temps, vous me connaissez depuis le temps, je préfère prendre deux semaines de plus et être satisfaite de ce que je publie, plutôt que de bâcler !
Avant de vous remercier et de vous souhaitez bonne lecture, j'en profite pour deux choses :
La première et plus importante, un IMMENSE merci à LiliCatAll, qui m'a corrigé mon texte pour que les protocoles de santé soient le plus réalistes possibles – Merci Lili, d'avoir corrigé alors que tu te spoilais comme jamais (et en prime, je t'ai fait bosser une soirée, du coup XD).
La seconde, bien moins importante : pour ceux qui ne suivraient pas forcément mon profil, j'ai pas mal posté pour le Kinktober de cette année, si le coeur vous en dit .
Je vous laisse donc lire cette suite que j'ai mis une éternité à sortir XD ! Un immense merci de vos lectures et de vos retours, je vous réponds en fin de chapitre et je vous souhaite une très bonne lecture ! Merci de suivre cette aventure avec moi !
Chapitre 22 : « T'as toujours eu un faible pour les mecs amochés. »
Tac-tac-tac-tac-tac-tac.
Sur le sol du couloir où on les avait relégués pour éviter qu'ils soient dans les pattes des équipes médicales, sa semelle scandait son angoisse en son aussi répétitif que le mouvement agitant sa jambe. Et dans le silence incongru de cette partie de l'hôpital, le bruit prenait une ampleur démesurée qu'Izuku ignora royalement. Il était bien trop occupé à compter mentalement les secondes. Essayer de ne surtout pas perdre le compte des minutes passées depuis qu'Eijirô et Kam étaient descendus au bloc opératoire.
Tac-tac-tac-tac-tac-tac.
Une heure cinq pour le premier, une heure quarante-neuf pour le second. Compte tenu que l'ambulance transportant Kam était arrivée en première et qu'il avait été emmené d'urgence pour une opération, le décompte d'Izuku était peut-être un brin imprécis, ce qui l'inquiétait prodigieusement. Il ne pouvait pas anticiper quand son meilleur ami serait placé en salle de réanimation, ni quand son fiancé le rejoindrait – à moins que ça soit l'inverse, ça dépendait de tellement de facteur, de l'importance de la lacération qu'avait reçu Eij, de la profondeur à laquelle Kacchan avait cautérisé...
Tac-tac-tac-tac-tac-tac.
Comment il avait pu ne pas envisager que Kathy soit autre chose qu'une simple témoin ? Ou comment avait-il manqué l'hypothèse que le loup qui avait attaqué Kacchan et Eijirô soit quelqu'un de proche ou les ayant approchés à un moment donné ? Izuku avait beau se refaire leur conversation, il n'y trouvait pas d'indice, de signe, un truc qui aurait trahi qu'elle venait de sentir sur lui l'odeur d'autres loups-garous, de loups-garous à abattre… Peut-être qu'il n'avait pas été assez méfiant ou assez attentif, et qu'il les avait manqués, ces signes… Il aurait sans doute dû réfléchir un peu plus sur les réelles raisons derrière une surveillance soi-disant civile aussi étendue dans le temps, peut-être qu'en farfouillant dans quelques dossiers, ça leur aurait évité une telle situation… Ils auraient éventuellement quelques débuts de réponse, une fois qu'ils seraient sortis de cet hôpital et qu'ils pourraient… Que lui-même pourrait commencer à éplucher ces dossiers que Kam…
Tac-tac-tac-tac-tac-tac.
L'odeur était plus prononcée, aux jointures de ses doigts, et à chaque fois qu'il faisait tourner la bague de Sero, le métallique typique du sang saturait son monde.
Tac-tac-tac-tac-tac-tac.
Dépité, Izuku brisa là, fit tourner une fois de plus la bague – ça occupait au moins une main – et se plongea dans une contemplation minutieuse de sa chaussure, dans ses allers-retours rythmiques pour distraire son esprit. S'il ajoutait un léger mouvement latéral, le tac-tac s'agrémenterait du couinement de la semelle sur le lino moche de l'hôpital, et comme ça n'avait pas l'air de déranger Kacchan, assis en face de lui, il ne se priva pas pour le faire. Vérifiant au passage l'expression de son meilleur ami, indéchiffrable entre les pansements crades et le sang séché maculé de suie çà et là. Par contre, Izuku le vit froncer les sourcils à l'instant où il porta sa seconde main à la bouche et mordilla un ongle dans un geste machinal en commençant à le déchirer en lambeaux.
« Arrête ça. »
Incapable de s'empêcher de tirer sur le dernier bout d'ongle, celui qui effritait la ligne de son pouce, Izuku s'acharna tout de même une seconde dans l'espoir de finir avant que Kacchan bouge. Même épuisé, son meilleur ami réussit à avoir un geste plus vif que ses réflexes, tout en accomplissant l'exploit de lui immobiliser la main sans lui faire mal.
« Arrête, je te dis. »
Il hocha la tête sans réussir à convaincre, et Kacchan tira délicatement sa main, l'enferma dans les siennes pour lui éviter la tentation de recommencer. Leurs mains étaient dans le même état déplorable : du sang séché partout, un vernis de rouille qui s'était craquelé par endroit, retraçant leurs gestes dans les interstices un brin plus clairs de leurs peaux sales au possible. Izuku perdit son regard dans les traces frénétiques sur les paumes de Kacchan, qu'il avait dû se faire en s'essuyant à répétition, nerveusement, les mains sur les fringues d'hôpital qu'il avait reçues. Le verdâtre du pantalon et de la chemise large contrastait affreusement avec sa nuque recouverte de suie, ses mèches sales emmêlées et dans ses yeux, Izuku se vit tout aussi ravagé. Il ne voulait même pas imaginer à quoi il ressemblait, avec le mélange de sueur, sang et point de suture qu'il avait sur la gueule. Sans compter les bleus en train de se répandre sur lui, et à chaque fois qu'il bougeait un peu trop, il grimaçait de douleur en raison de ses côtes cassées. Deux, avait dit l'interne, lui mettant d'office un antidouleur dans la main avant de le foutre hors de la salle d'examen pour qu'il aille se faire recoudre juste en face.
Une alarme stridente dans l'un des couloirs adjacents leur releva la tête comme deux chiens de chasse, leurs respirations anéanties à l'idée que ça puisse être un décrochage cardiaque dans l'un des blocs opératoires. Izuku sentit les doigts de Kacchan trembler, autour des siens, et il abandonna son tournoyage de bague pour ajouter sa main libre sur celles de son meilleur ami, serrer fort jusqu'à ce que l'alarme s'arrête enfin. Et sans avoir déclenché la course qu'un décès entraîne obligatoirement, leur rendant une respiration relativement normale à défaut de relâcher la tension dans leurs nerfs.
Tac-tac-tac-tac-tac-tac, donc.
Kacchan prit une brusque inspiration dans le silence relatif, et sa voix était encore rauque de la nuit, éraillée d'absence d'eau et de poussière quand il affirma, si bas qu'Izuku devina à peine :
« Ils vont nous interroger. »
C'était l'évidence. Seuls leurs blessures et leurs très visibles états de choc leur avaient évité la garde à vue. Pour l'instant. Que l'opportunité leur soit laissée, comme actuellement, de se concerter, était trop étrange vu les circonstances pour qu'Izuku ose parler librement – particulièrement dans un lieu aussi surveillé qu'un hôpital public. Son hésitation se répercuta sous les doigts de Kacchan, quand celui-ci reprit doucement :
« Qu'est-ce qu'on va dire ? »
« La vérité. » déglutit Izuku, avec l'impression que chaque mot décollait une plaque de sang à l'arrière de sa gorge tant l'odeur était étouffante. « Que… Que j'ai voulu attraper ce putain de loup sans prévenir les autorités et… que ça c'est pas exactement passé comme prévu. »
Kacchan releva le regard de leurs mains jointes, croisa le sien en accusant la subtile mise en garde d'un mouvement d'iris infime. Ses yeux étaient devenus presque noirs, la faute à l'éclairage ou à la fatigue, à moins que ça soit les vingt ans supplémentaires qu'il accusait. Izuku ouvrit la bouche pour dire quelque chose — S'excuser ? Pour la millième fois ? Et pour la millième fois, il se rappela que c'était insuffisant, que ça serait toujours insuffisant. Il se vit couper par Kacchan, toujours sans hausser la voix :
« Izuku… C'est pas… »
« Un peu quand même. »
« Non. On était d'accord, tous les quatre, pour essayer de l'attraper. Pas uniquement toi. »
Un truc se coinça dans sa gorge, un truc énorme qu'il essaya de faire redescendre sans trop renifler. Peine perdue, en un échec d'autant plus cuisant que Kacchan ne le quittait pas du regard et que l'une de ses mains s'avançait jusqu'à pouvoir effleurer le poignet d'Izuku.
« On a choisi de le faire… Et tu pouvais pas prévoir les conséquences. »
« Je… J'aurais dû faire plus attention. »
« On peut dire ça pour chacun d'entre nous. » réfuta Kacchan, aussi acharné qu'un chien crocs plantés dans sa proie, et jamais l'image n'avait été aussi juste, avec ses sourcils froncés et le pli dur sur ses lèvres. Il fallut moins d'une demi-seconde à Izuku pour comprendre, avec un relent de colère et de désespoir dans la gorge, que son meilleur ami ne bougerait pas de sa position. Pire encore : Kacchan était prêt à se battre pour lui sortir de gré ou de force cette idée du crâne.
Il n'avait pas le droit. Il n'avait pas le droit d'essayer de le réconforter alors que son mec, alors que Kam… La seule chose qu'Izuku méritait, c'était un coup de poing, des crocs autour de la gorge et assez de colère pour le tuer, ou au moins le blesser autant que son imbécillité avait blessé Kam et Eijirô, pas la détermination implacable de Kacchan à le rassurer. Ni sa compassion, et encore moins son amour.
« Pourquoi tu me fais ça ? » murmura Izuku, une supplique plus qu'une réelle question en dépit du sursaut de colère qui lui écorcha la voix au passage. Il releva le regard vers le blond, se mordant l'intérieur des joues pour ne pas parler avant d'avoir trouvé un argument et soutient son regard, immobile. Sans le lâcher, Kacchan se pencha davantage en avant, grondement davantage que réelle parole :
« Parce que je te connais. Je sais que si je ne fais pas ça, tu vas prendre toute la responsabilité sur toi, et tu vas te renfermer sur toi-même. Jusqu'à ce qu'un jour Eij retrouve votre appart vide de tes affaires et toi, dans un autre pays. »
S'il avait eu l'énergie nécessaire, Izuku aurait volontiers renversé une chaise ou deux du couloir d'attente pour se calmer les nerfs, mais pour ça, il aurait dû ôter ses mains de celles de Kacchan. Et très clairement, ça n'était pas quelque chose que son meilleur ami avait l'intention de le laisser faire. Pas plus qu'il n'avait l'intention d'abandonner la conversation là :
« T'as pas le droit de fuir encore. C'est clair ? » gronda le blond, avec un coup sec sur son poignet, presque griffé dans le mouvement. « Je t'interdis de nous faire ça. »
« Kacchan... »
« On a merdé, tous les quatre. Et on va assumer les conséquences tous les quatre. Ensemble. » appuya Kacchan, martelant ses mots de minuscules tapotement à l'intérieur de son poignet.
« Puis... j'ai besoin d'un service. »
Izuku garda le silence, de toute façon assez épais pour étouffer toute tentative de relance de sa part. Juste de quoi entendre Kacchan hésiter une fois, puis deux, se lancer avec tant de maladresse qu'il devina avant que la première syllabe ne lui échappe ce qu'il allait lui demander :
« Je peux pas… Je peux pas faire face à Kam sans… si t'es pas là. »
Il y avait bien plus de mots que cela, derrière sa phrase, une peur panique et un dégoût de soi monstrueux, un besoin désespéré que quelqu'un qui ait vécu ce moment avec lui soit là, quelqu'un pour lui rappeler qu'ils n'avaient pas eu le choix. Quelqu'un qui sache, à chaque fois qu'il frottait les paumes de ses mains sur ses cuisses, que ce n'était ni par lâcheté, ni par dégoût, seulement pour ôter une sensation fantôme qui le hanterait jusqu'à la fin de sa vie. Izuku acquiesça, la gorge si nouée que sortir un mot lui demanda un effort monstrueux, mais il fallait qu'il rétablisse un semblant d'équilibre dans tout ce qu'il avait pris, entre eux :
« Tu viendras avec moi ? Pour Eij ? »
« Comme si tu devais demander. » grogna Kacchan en bougeant un tout petit peu, une esquisse d'étirement qui le figea dans une grimace de douleur.
« Kacchan ? »
« Elle m'a putain de pas loupé. »
« Ta jambe ? »
« La fracture s'est rouverte. Même si le médecin a juste parlé « d'ancienne fracture fragilisée ». Nan, le problème, c'est mes mains. »
Izuku fronça les sourcils en reportant son attention sur les paumes entre ses doigts, qu'il orienta vers le plafond pour examiner ce qui était visible sous la suie et la crasse ensanglantée. Chose incongrue au possible pour le blond, certaines parties de la peau étaient grumeleuses, comme brûlées. Ou plutôt, se corrigea Izuku en se penchant un peu plus dessus, comme si d'infimes bulles avaient explosés sous la peau.
« J'étais… Pas assez échauffé. La nytro n'a pas eu le temps de recouvrir ma peau. »
Ridicule. Ils savaient tous deux comment fonctionnait l'alter de Kacchan, rien à voir avec ça, et Izuku faillit lui demander pourquoi il disait une connerie pareille en se rappelant de justesse où ils se trouvaient. Sans pouvoir en discuter davantage, il n'eut qu'à suivre des yeux les lignes de peaux bouillonnantes, cloquées, pour en déduire que Kacchan avait lancé sa dernière déflagration contre Kathy encore à moitié transformé. Son organisme avait tout de même réussi à activer son alter, mais les pattes d'un loup n'avaient rien en commun avec des paumes humaines, d'où les dégâts qu'il suivait du bout des doigts, délicatement, et qui rappelaient l'effort monstrueux que son meilleur ami avait fourni.
Il avait tué, ce soir. Izuku n'avait pas encore réussi à intégrer ça dans son système de pensée, tellement ça paraissait immense, improbable, aussi improbable que lui ordonnant à Eijirô de tuer Kathy. S'il devait totalement être honnête, toutefois, il n'y avait pas grand-chose qui lui paraissait probable, dans cette soirée. Il n'arrivait pas encore à percevoir réellement que Kam avait perdu une jambe, et…
« Messieurs ? »
Ils se levèrent d'un bond, avec la même grimace que la docteure reprit, en les voyant dans un état pareil – à moins que ça ne soit les traces de sang qu'ils aient laissés, sur leur siège ou le sol. Peut-être même le mur, derrière Kacchan.
« Les opérations se sont bien passées, bien que celle de M. Kaminari ne soit pas encore terminée. Le chirurgien achève de suturer les vaisseaux sanguins pour éviter tout problème de stagnation de sang au niveau de sa jambe. Ce qui prend du temps. Voulez-vous un compte rendu bref ou... »
« Exhaustif, si vous pouvez. » demanda Izuku, incapable de supporter une version allégée, et heureusement pour eux, elle acquiesça. « Asseyez-vous, s'il vous plaît. » les invita-t-elle d'une main, se posant un siège plus loin que Kacchan pour éviter de se tacher.
« Je vais commencer par M. Kaminari, dont l'état était gravissime à son arrivée. Bien entendu, il a été descendu immédiatement au bloc, où nous avons fait au plus vite pour éviter les complications habituelles dans ce genre de blessure, comme la septicémie ou la gangrène, et profité de son anesthésie pour nettoyer la plaie. Il a fallu ôter les éventuels corps étrangers prit dans celle-ci, cureter ce qui devait l'être et de raccourcir assez l'os pour permettre aux chairs et à la peau de se refermer correctement. Il s'agissait de faire un… comment dire… Une espèce de « coussin » organique pour éviter que la peau cicatrice directement sur l'os et donc soit sujette à des tiraillements et des tensions insupportables, sans parler des risques d'infections. Et d'anticiper la suite. »
« La suite ? » grogna Kacchan, perplexe.
« Une éventuelle prothèse ne peut pas appuyer directement sur la tranche de l'os, ce serait trop douloureux. Pour résumer, l'opération permettait d'achever proprement le travail que vous aviez commencé, M. Bakugô. Si je peux me permettre, votre cautérisation était d'excellente qualité et a parfaitement contribué à stopper l'hémorragie, en plus du garrot réalisé par . Aussi… Aussi cynique que ça puisse paraître, vous lui avez réellement sauvé la vie. Tous les deux. »
« En condamnant sa jambe. »
« Je crois que c'est tout de même... préférable. En tout cas, je crois qu'il préférera avoir une béquille à une tombe. » se permit la médecin, crue à en être plus que choquante, sans que ses mots réussissent à apaiser Izuku le moins du monde. « Lorsque l'opération sera achevée, il sera emmené en salle de réveil le temps que l'anesthésie soit éliminée de son organisme, mais nous allons prolonger son repos en le plongeant dans le coma artificiel pour quarante-huit heures. »
Kacchan hocha la tête, et Izuku tendit le bras pour lui toucher l'épaule, tenter de l'assurer de son soutien.
« Bien sûr, il restera longtemps hospitalisé, un séjour en soins intensif est nécessaire avant de passer en service normal – et je ne parle même pas de la rééducation. Tout ça dépendra de la rapidité de guérison, de ses constantes, de la nécessité de réopérer ou pas… On vous informera au moment où il pourra recevoir des visites. Pour l'heure, son pronostic vital n'est plus engagé, en tout cas. M. Kirishima, à présent... »
Le petit pincement de lèvre, avant qu'elle se lance, était un avertissement plus menaçant encore que des crocs dévoilés et Izuku eut envie de refermer les mains sur les jambes de plastique de son siège avec assez de force pour les briser. Tout pour encaisser le ton compatissant de la docteure, lorsqu'elle se tourna vers lui :
« Je suis navrée, notre spécialiste n'a pas réussi à sauver son œil. Ça ne met pas sa vie en danger, en dépit de son état grave, mais il ne récupérera jamais la moindre vision du côté droit. »
Izuku accusa le coup comme un choc au niveau du cœur, juste sous les côtes brisées, une onde glaciale qui gela jusqu'à son souffle et pourtant, les mots n'avaient aucun sens. Eijirô, son merveilleux, incroyable petit ami, la lumière de sa vie, aveugle d'un œil, handicapé à vie ?
« Grâce à votre visite chez le spécialiste, nous avons vu qu'il avait eut un développement d'alter récemment, avec un alter secondaire de guérison. Celui-ci n'a hélas pas été assez efficace pour restaurer son œil, mais en réparant ce qui pouvait l'être, cela nous a épargné de devoir l'énucléer. »
« Énucléer ? » répéta Izuku, perdu devant l'implication et presque vexé de l'entendre préciser, comme s'il ne savait pas :
« Oui, lui retirer l'œil mort. ».
« Il sait ce qu'énucléer veut dire. » intervient Kacchan, aimable comme une porte. « Ce qu'il vous demande, c'est pourquoi ça aurait été nécessaire ? »
« Pour éviter que les chairs nécrosent. Mais comme je vous l'ai dit, son alter s'en est chargé. En vérité, notre spécialiste a même tenté quelques expérimentations, en entaillant quelques points stratégiques du globe oculaire pour voir si... »
« S'il vous plaît ! » s'écria Izuku trop brusquement, mais l'idée d'une inconnue penchée sur son homme en train de plonger un scalpel dans son orbite allait le faire vomir si elle continuait une seule syllabe de plus. La médecin eut l'air terriblement gêné, réalisant un peu trop tard son indélicatesse, que leurs états déplorables rendaient plus indélicate encore. Elle eut le bon sens de s'excuser aussi promptement que sobrement, professionnelle à l'excès :
« Pardon. Je voulais juste souligner que nous avons réellement essayé tout ce qui était possible. »
« On en doute pas… Merci. » s'interposa Kacchan, laissant à Izuku une minute pour grappiller quelques miettes de calme inexistantes. « Et maintenant ? »
« Tout a été suturé. M. Kirishima va rester une semaine à l'hôpital, sous bonne surveillance, pour éviter la moindre infection, mais ça devrait aller. Pour donner une chance aux sutures de commencer à cicatriser sans inflammation, et pour lui éviter un peu de douleur, nous allons le shooter aux antalgiques. »
« Je… On peut aller le voir ? »
« Il n'est pas encore remonté de salle de réveil. Ils doivent être surveillés encore un moment, vous comprenez ? On vous autorisera à vous rendre dans leurs chambres quand ils y seront installés. Vous devriez aller vous reposer un peu, tant que c'est possible. Vous allez avoir une sacrée paperasse à remplir, demain... »
En dépit de toute sa politesse, Izuku ne put que murmurer un acquiescement, avant de se lever machinalement pour la saluer et remercier tout aussi machinalement. Kacchan eut l'air d'être un brin plus expansif que lui, s'il en croyait ce qu'une partie de son ouïe capta, par-dessus le sifflement qui s'était emparé de lui alors qu'il restait debout, incapable de bouger.
Eij, aveugle d'un œil.
Il allait devoir faire face à tellement d'aménagement pour compenser, réapprendre à se déplacer, à conduire, à se diriger, à se battre – Oh, se battre ? Il allait perdre son travail, la législation était malheureusement devenue implacable après le déclin d'All Might, intraitable sur la santé des pro-héros ! Aucun handicap physique d'importance n'était autorisé, et Izuku se rappelait trop bien les discussions interminables qui avaient eu lieu autour du TDAH de Kam, au bureau, avant de l'autoriser à être pleinement un pro-héro. Ils avaient même envisagé de virer Mirko, héroïne de guerre décorée, sous prétexte que plus aucune prothèse n'était admise… Eijirô, viré ? Mis au chômage ? Qu'est-ce qu'il allait devenir… Qu'est-ce que lui et Kam allaient devenir, ainsi évincés de la carrière pour laquelle ils avaient tant travaillé, tant souffert ? Comme ils allaient pouvoir les regarder en face, Kacchan et lui ?
L'angoisse devint presque acide, dans sa bouche, annonciatrice d'une nausée magistrale et Izuku se força à expirer lentement, une fois, deux fois, pour éviter de rendre de la bile sur les genoux de Kacchan rassis en face. Il fallait qu'il foute le camp, qu'il aille courir jusqu'à avoir les poumons en feu ou transpercé par une côte, il s'en foutait, mais il fallait qu'il foute le camp maintenant, avant que le truc en train de ramper dans sa gorge l'étouffe pour de bon.
« N'y pense même pas. » gronda subitement Kacchan, le rasseyant de force sans s'attendrir au geignement de douleur qu'il lui tira.
Ses côtes brisées lui faisaient un mal de chien, incomparable avec le nœud dans sa poitrine, compressant son cœur d'une douleur qui n'avait rien à voir avec ses blessures. Il recommença à taper du pied, pour s'aider à s'ancrer dans le moment et à enfouir l'envie de courir sous un peu plus d'inconfort. Kacchan se pencha vers lui d'un grognement, appuya ses coudes sur ses genoux en essayant de pas basculer en avant et Izuku se tint prêt à le retenir si besoin était. Ils avaient réellement besoin d'une heure ou deux de sommeil. D'un putain d'anti-douleur, et au stade où il en était, il aurait même dit oui à de la morphine.
« Comment tu y arrives ? »
Kacchan ne se méprit pas sur sa question, mais il prit son temps pour tourner sa réponse, trouver les bons mots. À moins que ça soit pour laisser le temps à Izuku de redescendre en tension, de se concentrer sur sa respiration jusqu'à ce qu'il soit capable d'entendre réellement ce que son meilleur ami allait dire, sans s'arrêter à sa voix rauque ou à la fatigue qui ralentissait le débit de sa voix.
« J'ai déjà été dans cette position. Plusieurs fois. Avec toi. » précisa le blond. Devant son froncement de sourcil, il continua à voix basse. « Devoir faire face à quelqu'un blessé et… on pense que c'est de notre faute. À un moment donné, faut mettre sa culpabilité là où elle doit être. »
« Et où ça ? »
Kacchan ne dit rien, mais l'infime crispation sur ses lèvres, créant une micro-fossette en raison du sourire qu'il retint, parlait assez explicitement pour qu'Izuku ait presque l'impression d'entendre la voix chantante de Kam répondre à sa place une connerie grivoise. Il se pencha pour lui filer un très léger coup de front sur le sien, avant de s'appuyer plus franchement contre lui, respirant l'infime pointe de caramel que tout le sang du monde n'arriverait jamais à effacer de son odeur.
« Qu'est-ce qu'on va faire ? »
« Là, on va rentrer. Sortir Prince Carnage, se doucher, se changer. Dormir deux heures et revenir pour attendre qu'Eij se réveille. » annonça Kacchan, yeux mi-clos contre lui.
Le pragmatisme absolu de son meilleur ami fit un bien fou à Izuku, sans qu'il arrive à mettre exactement le doigt sur ce qui le rassurait dans cette suite d'action futile au possible. Leur aspect rationnel, sans doute. Et quelque part, leur accessibilité.
Individuellement, et en s'appuyant sur Kacchan, il pouvait réaliser chaque tâche, une à la fois, rentrer à la maison, s'occuper du pauvre Prince Carnage qui allait forcément paniquer de sentir le sang sur eux, sans parler de l'odeur de Kathy qui devait leur coller à la peau. Se doucher, l'un après l'autre, précautionneusement, en prenant garde à ce que celui sous la douche ne tourne pas de l'œil en raison de la chaleur, ou de la douleur de leurs blessures. Enfiler un truc propre et comater deux heures, enfin, essayer de dormir pendant que Kacchan écraserait ses jambes de sa tête de loup. Récupérer l'ordi portable pour commencer à feuilleter les dossiers sur le chemin du retour et en attendant ici qu'Eij se réveille. Faisable.
« Et après ? »
Kacchan haussa les épaules en les déséquilibrant tous deux, si épuisé qu'Izuku le sentait tenir uniquement en raison de son soutien. Un exploit, compte tenu des efforts que la nuit avait exigé de son organisme et du fait qu'il n'avait rien avalé depuis des heures, laissant son corps puiser plus que de raison dans ses réserves. Son meilleur ami soupira, dans un tremblement de fatigue, et se rapprocha jusqu'à déposer un baiser irréel de douceur sur ses lèvres :
« Vivre. »
« Arrêtez de bouger une seconde, s'il vous plaît. »
« Je ne bouge pas. »
« Si, vous bougez. Une douleur, là ? »
« Oui. » répondit sobrement Izuku, dents serrées pour juguler la vague de douleur fulgurante que le médecin qui l'examinait venait de faire naître, en piquant deux doigts au creux de sa cage thoracique. « Vous pouvez arrêter, je crois qu'on sait que y'a un souci avec mes... »
« Dans une minute. Si j'appuie maintenant… ici ? »
« Toujours douloureux. Écoutez, vous aviez dit « une minute » au moment où je suis rentré dans votre salle, ça fait déjà plus d'un quart... »
« Ça fait mal, là ? »
« Oui. »
À la vérité, ça ne faisait pas mal, ça lui coupait le souffle au point que l'envie de frapper ledit médecin commençait sérieusement à le démanger, mais ça, c'était hors de question. Il se tint donc tranquille le temps que le professionnel finisse de l'examiner, minutieusement, avant de se redresser avec une mine compatissante :
« Oui, vous avez bien une côte cassée. Peut-être deux, impossible de savoir jusqu'à ce qu'on vous fasse une radio. »
« Attendez, c'est pour me confirmer le diagnostic de votre collègue que vous me réexaminez ? »
« Le diagnostic était provisoire, hier soir, mais là, désormais, c'est beaucoup plus poussé. Plus officiel, si vous préférez. »
« Je vois pas en quoi me confirmer que j'ai bien deux côtes pétées, c'est plus officiel que « vous vous êtes cassé deux côtes » hier soir. »
« Vous fumez ? »
Izuku le dévisagea sans aménité, sa migraine désormais si intense que sa vision se floutait sur les bords, morcelant sa patience, mais il se força à répondre le plus calmement possible :
« Non, je ne fume pas. Plus. Je peux y aller maintenant ? »
« Dans une seconde. »
Hé ba, on progressait. Il aurait volontiers soupiré, mais ses côtes lui faisaient si mal qu'il réfréna son envie et laissa le médecin continuer de délimiter du bout des doigts la zone blessée sur son torse.
« On vous a proposé un bandage ou des antidouleurs spécifiques ? »
« Non, juste des trucs classiques. Dites, je veux pas être grossier, vraiment, je sais que vous faites votre taff, mais mon fiancé est enfin remonté du bloc et des salles de réveils, je vais pouvoir aller le voir dès que vos collègues auront fini de l'installer dans sa chambre, alors si on pouvait abréger un peu ? »
« Vous n'avez pas d'allergie connue à des substances chimiques ? »
« Rien du tout, vous me prescrivez ce que vous voulez ! Je peux y aller, maintenant ? »
Il sonnait sans doute comme un connard irrespectueux et ingrat, mais il se foutait comme de l'an quarante, tant il en avait ras la casquette d'attendre. Ils avaient réceptionné le sms indiquant la sortie d'Eijirô de salle de réveil peu après neuf heures, les tirant d'un sommeil massacré des restes d'adrénalines de la nuit. La réceptionniste avait été adorable en leur explicitant par le menu qu'ils ne pourraient aller voir « le pauvre M. Kirishima » qu'une fois celui-ci dûment installé, mais qu'ils pouvaient patienter ici, en salle d'attente, elle mettait même du café à leur disposition. Et du sucre.
Mais Izuku n'avait pas eu le temps d'avaler un quart de sa tasse qu'un médecin l'avait attrapé par le bras pour le foutre manu-militari dans une minuscule pièce d'examen, et il en avait désormais plus qu'assez de se faire examiner sous toutes les coutures, alors qu'à part de sacrés bleus – et une côte cassée, ou deux, selon ce diagnostic « plus officiel » – il n'avait rien du tout. Il rabattit son t-shirt d'un geste si sec qu'il fit trembler la table d'examen sur laquelle il était assis, prêt à se lever dans la foulée pour rejoindre Kacchan dans le couloir. La main du docteur le repoussa en douceur lorsqu'il tenta de glisser au bas de la table, et le pauvre professionnel osa lui expliquer, gêné :
« Heu… En fait… Je… Je dois vous garder ici encore… Encore un petit moment… »
Izuku haussa un sourcil éloquent en désignant d'un simple regard la minuscule salle d'examen où ils se trouvaient, soulignant de fait qu'il n'y avait pas grand-chose à faire, une fois la consultation terminée. Gêné, le médecin se pencha sur ses notes dispersées sur la table, devant lui, faisant mine de relire le détail de la myriade de coups, contusions, plaies ouvertes et autres saloperies qu'Izuku avait récolté durant la nuit :
« Et il y a une raison pour que je reste ici ? Je dois passer d'autres examens, ou... »
« Oui, il y a une raison. » l'interrompit Aïzawa-senseï en entrant dans la pièce d'examen sans prendre une seconde pour toquer ou s'annoncer. « Vous quatre dans un bâtiment national censé être sécurisé. »
« Aïzawa-senseï, je... »
« Vous, dehors. » précisa derechef son ancien professeur à l'attention du médecin, lequel prit ses jambes à son cou, littéralement, emportant ses notes et son bégaiement hors de la vue d'un Aïzawa-senseï qu'Izuku avait rarement vu aussi maîtrisé. Ni colère ni angoisse dans son attitude, rien qu'une tension perceptible à chaque mouvement alors qu'il s'avança vers Izuku avec un regard critique sur le pansement en train de se décoller, sur sa joue.
« Tu as le chic pour te mettre dans des situations absurdes ! »
« J'en suis le premier désolé, vous savez ? » grimaça Izuku, surpris de voir son professeur se pencher subitement sur lui pour réajuster le pansement, s'approchant plus que de raison pour ça. Mais juste assez pour que son murmure quasi imperceptible frappe Izuku avec presque autant de force que les hurlements de douleurs de Kam la veille :
« Mens. »
Il releva vivement le regard vers son professeur, incrédule et plus choqué encore de l'entendre répéter dans la foulée :
« Quelles que soient vos raisons, mens. »
La poignée de la porte s'enclencha au même instant, avant même qu'Izuku ait pu accuser le message d'un hochement de tête quelconque. Aïzawa-senseï sembla projeté en arrière au regard de la rapidité avec laquelle il regagna une distance convenable entre lui et son ancien élève, reporta son attention sur l'homme qui entrait en saluant Kacchan, juste au-dehors.
« Ne vous en faites pas, je vous le rends rapidement ! M. Midoriya, bonjour ! »
« Bonjour… » souffla Izuku, détaillant l'uniforme et les subtils signes qui indiquaient l'inspecteur de police. Ça ne sentait pas bon pour eux. « Excusez-moi, je sais que vous devez m'interroger, mais j'attends l'autorisation d'aller voir mon fiancé, est-ce qu'on ne pourrait pas reporter à plus tard ? »
« Non, maintenant. » refusa tout net l'officier en repoussant la porte du pied, négligemment, mais fermement, au grand damn d'Izuku.
Dans la seconde que mit la porte à se refermer, il attrapa le regard de Kacchan – angoissé à l'extrême. Évidemment, la vision qu'il offrait, prit en tenaille entre un officier de police et Aïzawa, assis sur sa table d'examen avec toutes ses confusions et visiblement prit au piège vu la porte se claquant sur lui, n'avait rien de rassurant. Pourvu que Kacchan arrive à juguler son côté canin…
L'officier de police s'arrêta une seconde devant la silhouette d'Aïzawa, perplexe de le trouver là :
« Ha, heu… Je n'avais pas vu que vous étiez entré, M. Aïzawa. »
« Vu que je les ai recommandés, j'estime de mon devoir d'être présent. » se contenta de répondre Aïzawa-senseï en s'adossant à la porte refermée, presque nonchalamment.
Son choix de mot alarma Izuku plus que son avertissement encore, et il se sentit se tendre malgré lui, trop fatigué pour réellement jouer la comédie. Une chance qu'en forçant légèrement dans la bonne direction, ça puisse passer comme des restes d'état de choc.
« Si cela vous fait plaisir. Je suis sûr que ça ne dérangera pas M. Midoriya. Votre santé, au fait ? »
« Une côte cassée. Ou deux. » se força-t-il à répondre, presque soulagé de percevoir des traces de compassion sur le visage de l'agent de police.
« J'espère que vous allez vite vous remettre ! Je suis l'inspecteur Utagaï, je suis chargé de l'enquête relative aux événements d'hier soir et, avant toute chose, donnez-vous votre accord pour être enregistré ? Vu vos blessures et celles de… Enfin, vu les circonstances, je vous épargne une convocation aux bureaux de police, mais j'ai besoin de vous poser quelques questions, d'accord ? »
Sans attendre sa réponse, l'officier sorti un enregistreur déjà enclenché, le posa sur la table d'examen à côté d'Izuku et lui sourit, encourageant. Trop. Il avait beau avoir l'esprit embrumé de douleur et un froid mortel dans les veines à la simple évocation des « circonstances » qui impliquaient forcément Kam, il n'était pas assez sonné pour ne pas voir que c'était un interrogatoire dans les règles de l'art, bien que guère protocolaire. Il était officieusement accusé d'être responsable de l'effraction de l'agence et d'un coup, qu'on l'empêche de voir Eijirô avant d'être interrogé prenait davantage de sens. Comme le fait qu'on le sépare de Kacchan, ou l'avertissement d'Aïzawai-senseï.
« Je vous épargne les habituelles questions sur votre identité, je pense que tout le monde sait qui vous êtes, à ce stade, et je ne vois pas l'intérêt de rappeler la situation dans lesquelles on vous a trouvé hier soir. Nous allons donc attaquer directement, donc : est-ce que vous pouvez me confirmer, s'il vous plaît, que vous travailliez bien sur le cas du loup géant aperçu il y a quelques semaines sur le toit de ce même hôpital ? »
Technique classique de déstabilisation : annoncer un sujet émotionnellement chargé pour finalement dévier sur quelque chose de plus léger. Déstabilisant et dans le même temps, le soulagement de ne pas tomber directement sur une question délicate ouvrait souvent bien plus de porte. Izuku s'efforça de ne rien laisser paraître quand il répondit, avec une grimace :
« Oui. »
« En quelques mots, vos progrès à ce sujet ? »
« Le néant. » fit-il mine de lâcher, jouant la comédie jusqu'à se raviser. « Pardon, c'est de la fatigue – et de la frustration. J'ai dû éplucher un nombre incalculable de dossiers pour arriver à un résultat médiocre, donc… Pour le moment, je peux vous affirmer que ce n'est pas le premier cas de loup géant, mais que les précédents se sont tous soldés par une disparition pure et simple du sujet. »
« C'est tout ? »
« Le néant, comme je vous disais... »
« Et c'est en se basant sur ce « néant » que vous vous êtes introduits hier dans les locaux de l'agence nationale ? »
Et une pique gratuite, pour le plaisir, comme s'ils avaient tout le temps du monde bien entendu. Ne pas soupirer, ni laisser échapper le moindre signe d'impatience ou d'inconfort au regard de la conversation.
« Pas du tout. Je ne me suis pas introduit dans les locaux, d'ailleurs, en fait, j'ai demandé à mes collègues de venir patrouiller avec moi aux abords de l'agence dans la nuit, par acquit de conscience. C'est uniquement quand on a entendu du bruit qu'on est entré dans le bâtiment.»
Le sourcil se haussa, face à lui, et l'homme se mit à gribouiller frénétiquement sur son petit carnet déjà bien encombré, qu'Izuku aurait sans doute pu déchiffrer même à l'envers s'il n'avait pas été si concentré à réguler sa respiration. Chaque seconde perdue par le policier à écrire des paroles de toute manière enregistrées par son appareil était une seconde loin d'Eijirô, et ça commençait à lui broyer la gorge au point qu'il faillit sursauter quand il se vit relancer :
« Par acquit de conscience ? »
« Quand M. Kanshi nous a fait faire la visite de l'agence de renseignement, il est apparu comme évident que le loup géant aperçu la veille n'était pas là pour l'agence en elle-même et... »
« Pourquoi évident ? » l'interrompit grossièrement l'inspecteur et Aïzawa-senseï grogna une réponse bourrue en s'immisçant dans la conversation, sans gêne :
« Aucune tentative d'approche, fuite immédiate, absence totale du moindre indice dans un périmètre proche de l'agence… Évident. »
« Je vous remercie, professeur, mais c'est M. Midoriya que je cherche à interroger. »
Message on ne peut plus clair. Ni lui ni Aïzawa-senseï n'osèrent échanger un regard quand ce dernier s'excusa d'un murmure lapidaire, laissant le champ libre à l'inspecteur :
« Donc, évident ? »
« Pour les mêmes raisons que celles évoquées par mon professeur. Vu le système de sécurité en place, si y'avait eu la moindre tentative de se rapprocher, ça aurait été remarqué par les équipes en place, ne serait-ce que celle chargée de la surveillance des caméras. »
« Donc, si vous aviez la conviction que le loup géant ne reviendrait pas, pourquoi avoir… patrouillé aux abords de l'agence ? »
« Je vous l'ai dit, par acquit de conscience. Jusqu'à présent, en utilisant la rationalité et la logique, on a récolté absolument aucune information, ni fait la moindre avancée sur le sujet, donc je me suis dit qu'on aurait peut-être plus de chance si l'on prenait en compte l'improbable. On a si peu d'information sur ce loup qu'il fallait bien éliminer toutes les probabilités, y compris celles qui n'avaient aucun sens, comme surveiller un bâtiment qui n'était visiblement pas la cible du loup. Au pire, on aurait fait une nuit blanche et on serait resté sur l'hypothèse que sa présence près de l'agence n'était qu'un accident. »
« Mais ça ne s'est pas exactement passé comme ça. » releva l'inspecteur. Son ton frôlait la moquerie et hérissa les nerfs d'Izuku d'un mélange d'agacement et d'impatience.
« De toute évidence. » grinça-t-il, un tic agitant nerveusement sa jambe. Encore plus énervé de voir l'inspecteur jauger ce signal pour mieux l'inscrire dans son petit carnet, fort satisfait.
« Vous décidez donc de patrouiller « au cas où », mais vous n'en parlez pas à M. Kanshi, le chef de sécurité du site que vous allez surveiller, ni à M. Aïzawa, qui vous a pourtant aidé à avoir des informations sur votre affaire en cours. Pourquoi ? »
Évidement, dit ainsi, c'était louche à en crever, mais Izuku n'avait pas passé des heures à peaufiner la manière de rentrer dans ce maudit bâtiment pour se retrouver en difficulté devant une question de cet acabit :
« Déjà parce que je n'étais sûr de rien et que je m'en serais voulu d'alerter inutilement l'agence alors qu'ils venaient de subir une alerte anti-intrusion. Et ensuite parce que comme dans toutes les missions de filature, moins il y a de gens au courant, plus on a de chance d'avoir un résultat. Quel qu'il soit. »
« Vous soupçonnez les équipes de M. Kanshi ? »
« Je ne soupçonne personne, j'applique juste les préceptes de terrain. »
Et toc, dans les gencives.
« Donc, vous patrouillez dans les rues sans rien dire à personne... et sans que les caméras de surveillance urbaine vous repèrent. »
« Sans vouloir vous offenser, en tant que pro-héros, on connaît l'emplacement des caméras de sécurité dans la ville. »
« Ce qui n'explique pas pourquoi vous avez choisi d'être aussi discrets. »
« Hé bien, à part les images de la vidéo d'amateur publié sur twitter, on n'a aucune image du loup géant via les caméras de surveillance urbaines, ce qui peut vouloir dire que d'une manière ou d'une autre, cet animal a les capacités de les détecter. Peut-être les vibrations électriques, certains animaux y sont extrêmement sensibles… Donc si le loup repassait par là, ça serait forcément, une fois de plus, en dehors des zones surveillées, ce qui nous forçait à éviter celles-ci nous aussi. Cela dit, j'ai sans doute fait erreur dans mon raisonnement, parce qu'on n'a croisé personne jusqu'à entendre le bruit provenant de l'agence. »
« Comment vous êtes entrés dans celle-ci ? »
« Par la fenêtre par laquelle le loup était entré. »
« Pourquoi ? »
Izuku fronça les sourcils, pour le coup réellement perplexe face à la question, comme Aïzawa-senseï en face de lui. Son professeur réajusta sa position, si visiblement en alerte que c'était un mystère que l'inspecteur ne l'ait pas encore viré de la pièce.
« Comment ça, pourquoi ? »
« Pourquoi ne pas avoir rejoint les équipes de sécurité sur le toit ? »
« Oh. Pour aller au plus vite : cet animal va si vite que si on avait pris le risque de rejoindre les équipes de sécurité avant d'essayer de l'attraper, il serait déjà ressorti ! »
« Alors que là, l'affronter s'est révélé être une bien meilleure idée, de toute évidence... vu notre présence dans ces lieux. » rajouta l'officier à mi-voix, grommelant dans sa barbe ce qui semblait n'être qu'un commentaire à sa seule intention.
C'était habituel, de jouer sur les sentiments et l'inconfort pour pousser les témoins à la sincérité, sur le coup de l'émotion. Très souvent, prêcher le faux permettait d'obtenir du vrai, et plus de la moitié des informations récoltées lors d'un interrogatoire l'était parce que la personne interrogée éclatait de colère. Tout ça, Izuku le savait pertinemment. Il s'y était préparé à l'instant où l'uniforme s'était dessiné dans l'entrebâillement de la porte, au moment où Aïzawa-senseï s'était penché sur lui pour lui intimer de mentir, et même, depuis qu'ils avaient décidé d'entrer par effraction dans un lieu ultra-sécurisé.
Mais l'attaque lui fit si mal qu'il se figea, gorge nouée et respiration enrayée, désespéré de sentir une envie de pleurer monstrueuse remonter le long de sa poitrine, en même temps qu'une indignation qui frôlait la rage. Qu'Aïzawa-senseï se décolle d'un coup de la porte pour se porter en face de l'inspecteur, plus que réprobateur, ne l'aida pas du tout à se recentrer sur la nécessité de rester courtois et calme. À la place, il prit une inspiration qui s'achèverait sans doute par un coup de poing et une garde à vue qu'il ne regretterait pas une seconde, s'il arrivait à foutre un deuxième pain à ce connard en train d'insinuer que...
« Allez, maintenant ça suffit ! » hurla une voix ô combien familière et juste devant la porte, une seconde avant que Kacchan l'ouvre à la volée, fulminant.
Les deux pauvres heures de sommeil qu'ils avaient réussi à grappiller n'avaient pas du tout suffi à effacer son expression hagarde, et avec ses cheveux en pétard et son regard injecté de sang, il avait l'air à bout de force et de nerf. Et passablement inquiétant, aussi, froncement de sourcil meurtrier en prime dans son grondement sourd – une vision qu'Izuku accueillit avec un soulagement capable de le faire pleurer lorsqu'il l'entendit enchaîner, la seule colère dans sa voix lui réchauffant le sang :
« C'est bon, relâchez-le et foutez-lui la paix, on a des amis à aller voir ! »
« Je comprends votre ressenti, » tenta, avec un courage qui frôlait l'inconscience à ce stade, l'officier, retenant Izuku d'une main pour l'empêcher de descendre de la table d'examen, « mais je dois faire... »
« Ne le touchez pas ! » gronda Kacchan dans une immobilité plus menaçante que s'il avait bougé quoi que ce soit, toute couleur quasiment disparue de ses iris et pendant une seconde, Izuku cru qu'il n'arriverait pas à se maîtriser. « Vous parlez à Deku, je vous signale, s'il reste dans votre pièce à la con, c'est qu'il est sans doute le type qui respecte le plus les lois au monde ! Vous avez pas besoin de le retenir comme si c'était un putain de voleur ! Vous accusez sérieusement le pro-héro numéro 1, la fierté du pays, d'avoir voulu voler l'agence de renseignement nationale ?! »
« Non, mais... »
« Ou d'avoir aidé le loup géant recherché par l'ensemble des pro-héros à s'infiltrer dans un bâtiment gouvernemental ? Alors que c'est de notoriété publique qu'il a passé des semaines à étudier ce cas, dans le but de le capturer ? »
« Ce n'était pas mon inte... »
« Alors, lâchez-le ! » répéta Kacchan, une octave en dessous, sans réaliser le sourire que son acharnement faisait naître sur les lèvres d'Aïzawa-senseï.
L'officier retira sa main du bras d'Izuku comme s'il s'était brûlé, et celui-ci en profita pour sauter à terre immédiatement, trop soulagé d'être sorti de ce bourbier. Une minuscule partie de son esprit lui soufflait qu'ils paieraient sans doute cette scène, peut-être en termes d'image ou de crédibilité sur leur professionnalisme, mais il se précipita vers Kacchan juste à temps pour le soutenir, lorsque celui-ci vacilla. Comédie ou réalité, il n'aurait su le dire, tant son meilleur ami paraissait à bout, et l'odeur médicale de ses pansements frais mêlée des produits antiseptiques le prit au nez, assez fort pour qu'il éternue. Une main sur le dos du blond et l'autre maintenant le bras que Kacchan passa autour de ses épaules, Izuku se tourna un instant vers l'officier, presque apaisé :
« Je reste à votre disposition si vous souhaitez compléter ma déposition, mais en attendant, veuillez nous excuser. »
« Transmet mes vœux de rétablissement à Eijirô et Denki, s'il te plaît. » intervient Aïzawa-senseï, diplomate au possible. « Je passerais les voir une fois qu'ils seront un peu plus rétablis, s'ils sont d'accord. »
« Oh, je suis sûr que ça leur fera plaisir, je vous... »
« Bouge. » lui ordonna Kacchan, coupant court aux mondanités avec une efficacité redoutable et toute Kacchanienne.
Sur une mimique d'excuse, Izuku leur fit faire demi-tour dans le couloir, fuyant au plus vite la salle d'examen oppressante et cet inspecteur à la con. Au plus vite était d'ailleurs un euphémisme, vu le boitement de Kacchan, aussi soudain que bienvenu, mais il ne fit pas la moindre remarque avant d'avoir mis trois bonnes minutes de marche entre eux et l'officier de police. Et même là, il laissa le soin de vérifier que personne ne les suivait ou ne les écoutait aux sens décuplés de Kacchan, qui grogna dès la première volée d'escalier :
« Troisième étage, chambre 25. »
« Ça va aller, pour y aller ? »
Son meilleur ami lui répondit d'un regard dédaigneux qui voulait tout dire, et l'espace d'une foulée, il porta Izuku d'une main et sans effort jusqu'à la marche suivante, avant de recommencer à s'appuyer sur lui, un brin moqueur. Finalement, il avait bel et bien apprit de Kam, lui aussi.
« Merci. »
« De rien. Je sentais ton malaise depuis l'autre bout du couloir. » s'agaça Kacchan, éloquent au possible avec son grondement.
« Il… Il a fait une remarque blessante. Quand j'ai expliqué qu'au lieu de rejoindre les équipes de sécurité de l'agence, on s'était précipité à la suite de Kathy pour ne pas la perdre de vue, il a… En résumé, il a insinué qu'on avait été… stupide, de faire ça, au vu du résultat et de « notre présence dans ces lieux ». » conclut Izuku, puisant dans la chaleur de Kacchan contre lui l'énergie d'achever sans trop hacher ses mots, et en ravalant la culpabilité dans sa gorge.
« Connard. »
« Il faisait son travail, je suppose... »
« Hé ba son travail peut aller se faire foutre. »
« Il va quand même bien falloir qu'on leur réponde, un jour. »
« Ouais, un jour, quand on aura récupéré nos pignoufs. Allez, ramène-toi. Sa Seigneurie est enfin installée, on va pouvoir attendre qu'il se réveille. »
« Tu crois qu'il va se réveiller rapidement ? » s'enquit Izuku en notant au passage l'ébrouement de Kacchan, habituelle méthode pour dissiper la tension chez les loups.
« Aucune foutre idée, mais j'espère pas. T'as de la lecture et moi, au moins deux nuits de sommeil à rattraper ! »
L'appeler « alter » est un abus de langage, tant il s'agit de quelque chose d'inconscient, qui serait éventuellement plus à rapprocher des alter de mutation dans son fonctionnement. La meilleure manière de décrire son déploiement moléculaire, c'est de considérer que...
Izuku jura sans bruit, peinant à faire descendre la souris à l'aide du pavé tactile, histoire d'accéder à la seconde page. Il aurait été bien plus facile de réaliser la manœuvre avec une main pour déplacer le curseur, l'autre pour cliquer, mais sa main droite tenait fermement celle d'Eijirô et le lâcher était inenvisageable.
En essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas rompre le silence de la chambre d'hôpital, il se débrouilla pour passer à la page suivante, vérifiant d'un coup d'œil qu'il n'avait pas réveillé Kacchan, en face de lui. Vu les ronflements, non. Avec un sourire discret, il réajusta la position de l'ordi portable, se lança vaillamment dans la lecture de la page suivante sans réussir à se défaire du pessimisme en train de s'installer bien confortablement dans sa poitrine.
Il en était déjà à son troisième dossier d'étude, le plus récent de sa sélection, sur le fonctionnement de « l'alter transmissible » de loup, et ça ne s'annonçait pas bon du tout. Principalement parce que pour l'heure, tout ce qu'il avait lu s'accordait sur le fait que l'imprévisibilité même du gène en cause, et là où il se fixait au niveau du génome, rendait impossible un quelconque remède. Mais Izuku refusa – une fois de plus – de céder à la fatigue et de s'arrêter à cette conclusion pour le moment trop hâtive. Il avait encore une cinquantaine de dossiers, au moins, à éplucher. On verrait bien ce qu'il ressortirait à la fin. Il bascula la tête en arrière, jusqu'à faire craquer sa nuque, avant de reprendre, aussi concentré qu'un homme à bout de nerf, attendant le réveil de son fiancé avec deux heures de sommeil dans les veines, pouvait l'être.
La meilleure manière de décrire son déploiement moléculaire, c'est de considérer en premier lieu l'importance de la transformation, non seulement dans ses symptômes, mais également dans ses causes. La pluralité de mutation et d'évolution physiques étant au cœur de l'action de l'alter, il était évident que cette même pluralité se retrouverait au niveau de la contamination de l'organisme infecté, et les études effectuées sur l'échantillon de...
« Hey. »
Il faillit hurler. Il eut un sursaut si violent que son ordi se cassa la gueule sur les jambes d'Eijirô et son cœur subit un arrêt clair et net d'une seconde, au moins, en dépit de la douceur avec laquelle son homme venait de l'interpeller. Lequel grimaça en le voyant paniquer ainsi, rythme cardiaque affolé et respiration aux fraises, sans parvenir à dissimuler son amusement.
« T'as failli me tuer ! Je… Je t'ai pas entendu te réveiller. » siffla Izuku sans hausser la voix, repoussant définitivement l'ordi en le verrouillant par mesure de précaution, avant de se pencher le plus possible sur sa chaise vers son amoureux. Enfin, de se pencher à moitié sur le lit d'hôpital, vu comment sa chaise était déjà collée à la rembarre du lit.
« Normal. J'ai pas… augmenté mon rythme cardiaque. » expliqua très doucement le roux, avec un infime geste de sa main vers les machines censées avertir de son réveil.
Cette simple réponse sembla l'épuiser et il referma les yeux – son œil, comme se le rappela Izuku en se sentant blêmir à l'idée que le sujet était inévitable. Pour se donner contenance autant que pour tenter de donner un peu plus de temps à Eijirô, il caressa lentement la partie de peau accessible, sur son poignet, là où le bandage s'arrêtait et où les tubes de perfusion ne passaient pas.
« Comment tu te sens ? »
« Comme si j'étais passé sous un train. Ou deux. »
Il était effectivement dans un sale état. Le décrassage réglementaire de l'hôpital avait heureusement ôté la saleté et la poussière, rendant ses blessures moins impressionnantes, mais le nombre de coupures enflammées et autres plaies était monstrueux. Deux avaient été recousues, au niveau de son menton et de son cou, où les bleus laissés par les morsures de Kathy marbraient sa peau d'un camaïeu ignoble. Bleu, vert, jaune, il ne manquait aucune couleur dans ce tableau de souffrance, à se demander comment il pouvait encore parler. Et ça n'était rien en comparaison de l'épais pansement sur la partie droite de son visage, recouvrant à peine les profonds sillons dans sa chair, dont la fin s'étirait jusqu'à sa tempe.
Eijirô surprit sans doute son regard sur lui, et trouva la force de lui serrer brièvement les doigts pour le sortir de sa contemplation douloureuse :
« Moche, hein ? »
« Ça dépend pour qui. »
« T'as toujours eu un faible pour les mecs amochés. » taquina son homme, si spontanément et innocemment qu'Izuku n'arriva pas à retenir le rire étranglé qui lui échappa.
Le pâle sourire d'Eij n'avait rien à voir avec son habituel sourire lumineux, capable de tout anéantir en une seconde, mais la possibilité même de pouvoir le voir sourire, après une nuit pareille, était une chance qu'Izuku savoura à sa juste mesure.
Eijirô prit une longue inspiration, sans doute pour réveiller un peu plus son organisme encore sous l'emprise du sédatif et tourna automatiquement la tête vers Kacchan, jusque-là dissimulé dans le nouvel angle mort de sa vision tronqué. Les sens aiguisés des loups-garous n'avaient visiblement pas réussi à sortir Kacchan de son sommeil de plomb, assommé comme il l'était de fatigue, et Eij sourit en le voyant visage enfoui contre ses jambes, sur le lit. Collé à lui au point de s'affaler à moitié sur sa main droite, tenue avec l'énergie du désespoir jusque dans son sommeil.
« Vous avez dormi ? »
« Deux heures. C'est… un peu dur, pour Kacchan. » ajouta bien inutilement Izuku au vu de ce qui aurait pu passer pour un évanouissement pur et simple de fatigue.
Encore à moitié assommé de médicament, Eijirô retira très délicatement sa main de sous la joue de Kacchan, l'enfouit dans l'explosion capillaire résultant de leurs épreuves récentes. La lenteur de la caresse ne réveilla pas le blond, qui se mussa au contraire un peu plus contre les draps avec un grognement fatigué, ignorant royalement qu'il tira le même sourire amusé à ses amis.
« Vous avez l'air… plutôt en forme. Je peux pas en dire de même. » grogna Eij en rajustant sa position, grimace de douleur sur le visage, et Izuku n'y tient plus :
« Eij, Eij il faut que... »
« Je sais. Ils me l'ont dit, avant l'opération. »
Izuku hésita, peu assuré sur la marche à suivre : comment arriver à expliciter à quel point il était désolé ? À quel point il s'en voulait et dans la foulée, à quel point il s'en foutait comme de l'an quarante de l'apparence d'Eij, parce que la seule chose qui comptait, c'était qu'il soit en vie ? Les mots s'accumulèrent sur sa langue sans qu'il arrive à en saisir un seul pour commencer sa phrase, perdu. D'autant plus que le besoin viscéral de présenter ses excuses surpassait tout et il décida de commencer par là, ce qui était simple décence finalement, quand il sentit les doigts d'Eijirô presser les siens, délicatement. Trop.
« Amour… C'est pas grave. »
Rien au monde n'aurait pu le ravager plus que ça. Le ton doux, rassurant que prit Eij pour le réconforter, lui, de cette situation le détruisit, et il se mordit les lèvres pour s'empêcher d'éclater réellement en sanglot, peu désireux de réveiller Kacchan par une scène aussi pitoyable. L'inquiétude subite dans le regard de son homme lui arracha la gorge, littéralement, d'une culpabilité à crever et malgré tout ses efforts, il sentit une larme dégouliner lentement sur sa joue. Pour rajouter à l'absurdité, Eijirô ôta très doucement sa main de la sienne, s'échina à défier les divers tubes et tuyaux jusqu'à pouvoir caresser le chemin que la larme avait laissé du bout des doigts.
« Tu m'aimeras moins ? Comme ça ? »
« Idiot. » renifla Izuku, sans réussir à empêcher tout à fait un fantôme de sourire de lui échapper. « Je t'aime trop pour que ça change quoi que ce soit. Pour que rien change quoi que ce soit. Et je t'aimerais toujours. »
« Donc, tu veux toujours m'épouser ? » taquina Eijirô, laissant sa paume diffuser un peu de sa chaleur sur sa peau.
Il fallait le connaître aussi bien qu'Izuku pour déceler, sous l'apparente nonchalance de sa plaisanterie, la peur quasi viscérale. Celle d'être repoussé, celle de devoir affronter, seul ou pas, une vie avec une vision tronquée et un avenir bouleversé. Devoir se réinventer en apprenant à apprivoiser ses limites, devoir assumer le regard nouveau, moins bienveillant peut-être, que les gens auraient sur lui, les angoisses de ses proches, les réactions de ses mères – mon dieu, ses mères, elles allaient être anéanties de voir leur gamin dans cet état… Izuku se serait giflé d'y songer seulement maintenant. Et malgré cela, malgré tout les droits qu'il avait de flancher ou craquer, Eij utilisait la moindre parcelle d'énergie pour essayer de le faire sourire. Rien qu'un peu.
Il ne méritait pas cet homme. Il n'avait jamais été aussi convaincu de ne pas mériter l'être humain aussi bienveillant et généreux qui lui faisait l'honneur infini, au quotidien, de lui offrir son amour. Et dans le même temps, un truc qui aurait plu à Kacchan se ficha dans son âme, une étincelle de rage pure lui interdisant de faire autre chose que de saisir fermement cette chance inouïe que l'univers avait eu la connerie de lui donner en laissant Eijirô tomber amoureux de lui. Ne pas le lâcher, jamais.
« Comme si tu allais pouvoir m'échapper avec ce prétexte ! » et il essuya rageusement le flot de larme en train de suivre le chemin de la première.
Tant pis pour le bruit ou les pansements ; il se releva pour se pencher sur son homme en essayant de ne pas mettre trop de force dans le baiser qu'il lui vola. C'était maladroit en raison de leurs positions, de leurs douleurs et de l'équipement médical harnaché sur Eij, avec un goût acide d'antiseptique et une odeur affreuse de plastique chirurgical sous-tendue de sang, mais la chaleur des lèvres sous les siennes était infiniment plus importante. La manière dont son souffle envahit sa gorge, en un rappel ô combien précieux qu'il était en vie, menaça faire pleurer Izuku de plus belle et il se recula de quelques millimètres avant de noyer Eij. Il en profita pour chuchoter à même sa peau, ravi de pouvoir sentir l'esquisse de sourire que son baiser avait déposé sur les lèvres d'Eijirô :
« T'es coincé avec moi jusqu'à la fin de ta vie. »
« Ça me va. » sourit le roux, un demi-sourire à moitié dissimulé par le bandage et le plissement de celui-ci ramena Izuku à des considérations un brin moins romantiques :
« Je suis juste… Je suis triste de… Je donnerais cher pour que ça ne se soit pas passé comme ça. Pour que tu ne sois pas… handicapé, à cause de mon plan. »
« C'était pas que ton plan. Et j'ai… J'ai vraiment cru qu'on allait tous y passer, y'avait tellement de… de sang… Kam, je crois ? » balbutia Eij, un peu perdu dans son fil de pensée, sans percevoir le froid polaire qui assécha la gorge d'Izuku. « Je sais plus… Mais j'ai pensé… Enfin, je pensais qu'on s'en tirerait pas, alors un œil, c'est presque pas cher payé. »
« Et une jambe. »
Eijirô le fixa sans comprendre durant une poignée de seconde affreusement longue, avant de réaliser avec tellement d'incompréhension et d'horreur dans le regard qu'Izuku se sentit un monstre de devoir expliciter, sans pouvoir réellement prendre des gants ou y mettre les formes :
« Kam a perdu… la jambe… une partie de sa jambe gauche... »
Pour le coup, Eijirô tenta de redresser d'un coup, en un mouvement trop brusque et un gémissement de douleur lui échappa alors qu'il se raidissait sous le rappel d'un de ses muscles ou de ses os. Un brin paniqué, Izuku essaya tant bien que mal de le convaincre de se radosser sur le lit médical, sans grand succès en raison de l'excès de délicatesse qu'il mit dans son mouvement. Devant l'agitation persistante d'Eij, visiblement très décidé à se lever, il finit par plaquer lui-même son mec sur le matelas, regrettant n'avoir pas d'autre solution que de le forcer à s'immobiliser avant qu'il ne s'arrache une perfusion ou un pansement – ou l'univers les en préserve, des points de suture. Et en priant pour que la rafale de « bip » surexcité des appareils n'alerte pas tout le service.
Le bruit et l'agitation délogèrent suffisamment Kacchan pour le tirer enfin de son coma de fatigue, et il se redressa en sursaut, jappant de surprise. Son soulagement de voir Eijirô réveillé s'entendit dans son cri, presque joyeux avant qu'il réalise la situation :
« Eij ! »
Mais le roux ne lui accorda aucune attention, mains crispées sur les poignets d'Izuku à défaut de pouvoir se relever. Kacchan échangea un regard inquiet avec Izuku, qui ne lui accorda guère plus d'attention, désolé que son meilleur ami se réveille pile à ce moment-là, mais incapable de s'arrêter en cours de route – à moins de laisser Eijirô continuer à s'agiter de la sorte :
« Kathy lui a attrapé la jambe, dans la mêlée. » expliqua-t-il précipitamment. « Elle lui a sectionné le tibia, sous le genou… Il est en vie, d'accord ? Il est en vie et il est remonté de son opération il y a quelques heures, il est encore super mal en point, ça oui, mais il est en vie. Il est vivant. »
La répétition semblait peut-être exagérée, mais ce n'est qu'à la troisième fois que l'information sembla réellement être assimilée par son fiancé, qui hocha la tête une fois en retour, sonné. Et puis, bien entendu, bien évidemment, en un mouvement si prévisible qu'Izuku soupira malgré lui, s'accusa dans la foulée d'être responsable :
« J'ai senti du sang, mais j'avais pas… J'ai pas réalisé… Je suis désolé ! J'aurais pas dû vous laisser aussi à découvert et j'aurais dû réaliser pendant le… enfin qu'il… Kat, je suis désolé, j'aurais dû... »
« Ah, tu vas pas t'y mettre toi aussi ! » ronchonna le blond, bien plus bourru que d'ordinaire pour couper court aux excuses du roux, sans réussir le moins du monde. Au contraire, Eijirô reprit derechef, d'une voix un peu plus forte où perçait désormais un tremblement à briser le cœur :
« J'aurais dû mieux vous protéger, vous aviez pas les capacités de réagir et je... »
« Arrête, Eij ! » gronda Kacchan, dépité de croiser le regard presque résigné d'Izuku, en face de lui.
« C'est de ma faute si... » recommença Eijirô, interrompu par le coup de poing que Kacchan abattit sur le matelas, si fort que le mouvement les fit tous tressaillir.
Izuku lâcha les épaules de son homme juste à temps pour laisser Kacchan se redresser d'un bond et plaquer son front contre celui d'Eijirô, dans ce qui semblait être désormais son mode de communication favori. Il y mit une telle conviction qu'il en créa de nouveaux plis, sur l'oreiller, immobilisant Eij ainsi, et force était de constater que cela marchait, indubitablement : le roux s'interrompit net, se perdant dans la chaleur du blond. Sans doute parce que son cerveau encore saturé de sédatif devait être trop occupé à analysé les myriades d'odeur présente sur son compagnon de meute, mais l'essentiel était qu'il cessa de battre sa coulpe une seconde, juste le temps qu'il fallait à Kacchan pour s'engouffrer dans la brèche.
« Arrête Eij. C'est pas de ta faute ! »
« Mais je... »
« Ferme ta gueule. On s'est lancé ensemble dans le bordel, tous les quatre, alors y'a pas de responsable, ok ? »
« Je me suis laissé surprendre, j'ai pas pu le protéger quand elle est... »
« Y'a pas de responsable, j'te dis. Ni toi, ni Izuku. »
Sans les déranger, Izuku se rassit précautionneusement et courba pour reprendre à son compte la position de Kacchan, joue contre la main de son homme sur laquelle il laissa courir son index, en une caresse lente. Assez apaisante pour soutenir les efforts du blond et parsemée de baisers pour qu'il grave à même la peau d'Eij tout l'amour qu'il méritait.
« Ni toi. » rajouta brusquement le roux, incongru dans le silence et Izuku mit quelques secondes supplémentaires pour réaliser qu'il s'adressait directement à Kacchan. Celui-ci accusa le coup dans une immobilité douloureuse, laissant tout le temps du monde à Eijirô pour commencer à lui rendre son étreinte, sous forme d'une pression plus appuyée entre eux.
« Ni moi... » concéda finalement Kacchan, du bout des lèvres. Izuku retint un sourire attendri de voir Eijirô s'acharner, quelques minutes après son réveil, pour rassurer Kacchan et plus encore de voir ce dernier si sensible à l'attention. Adorable.
« Kat. »
« Mmm ? » fit Kacchan sans bouger, toujours fermement appuyé contre le front de son meilleur ami.
« Me fais pas pleurer, avec ma blessure, ça va me faire mal... »
« Tant pis pour toi. »
« Kacchan ! » tança Izuku, option regard noir en prime face à l'excès de mauvaise volonté du blond.
« Ça va, c'était pour plaisanter. » ronchonna Kacchan d'un ton tout sauf taquin, reniflant un mépris purement canin en se redressant – les yeux fort humides, lui aussi.
« Aïe... » grommela Eij, et Izuku lui dédia une mine compatissante. « Putain d'œil de merde. Bon. Kam ? »
« Elle lui a sectionné la jambe, dans le combat. J'ai essayé de faire un garrot et une compression efficace, mais… mais c'était impossible, avec ce que j'avais sous la main. On a eu de la chance : Kacchan m'a… m'a entendu l'appeler. » acheva Izuku avec un choix des mots hasardeux, qu'il espérait compréhensible. Ils étaient censés ne pas être sous écoute ni surveillance vidéo, conformément à la législation, mais tant qu'il n'aurait pas vérifié la pièce, il ne prenait aucun risque. « Il a pu approcher assez pour confirmer qu'il n'y avait plus qu'une chose à faire et… Il a cautérisé la plaie de Kam. »
Eijirô reporta son regard sur Kacchan, qui regardait droit devant lui sans voir personne, dans un silence qu'Izuku savait pertinemment empli du hurlement de douleur de son homme et du grésillement ignoble de sa chair sous ses doigts. Il étira le bras pour lui effleurer le poignet, délicatement, juste là où les brûlures en forme de cloque commençaient à se résorber, heureux de le voir raccrocher la réalité en continuant les explications :
« Quand j'ai fini de… Enfin, quand c'était fini, j'ai laissé Deku veiller sur Kam et alerter l'équipe de secours, pour venir te rejoindre. Tu étais dans un sale état, et Kathy venait tout juste de te foutre à terre. Sans doute le même coup de patte qui t'a aussi bien refait le portrait. »
« Et après ? »
« Après, il se pourrait que j'ai été un tout petit énervé. » synthétisa Kacchan sans se départir ni de sa position, ni de son pseudo-détachement.
Un euphémisme un tout petit peu extrême, mais Eijirô comprit sans avoir besoin d'une image plus détaillée que celle-là. D'un coup d'œil, il évalua la portée de la déclaration en interrogeant Izuku et face à son hochement de tête discret, s'éclaircit la gorge :
« Merci. »
« Y'a pas de quoi. »
« Je suis sérieux. Je m'en serais pas sorti si t'étais pas intervenu. »
« Je sais. » réceptionna Kacchan, étrangement sobre dans ce qui était incontestablement une victoire – mais comment trouver que ça en soit une, avec le visage ravagé d'Eijirô entre eux ?
« Et après la… la cautérisation ? » enchaîna ce dernier, sans doute plus que sensible au malaise dans la pièce en raison de ses sens canins. Izuku se vit attribuer l'honneur de résumer fort succinctement la suite de la nuit, sans réussir à se départir de la sensation de flou extrême qui accompagnait cette dernière, tant tout semblait encore insensée :
« L'équipe de sécurité sur place disposait bien sûr d'un agent formé aux premiers secours, elle a stabilisé Kam le temps que les équipes médicales arrivent pour vous évacuer. On a suivi, peu de temps après – une fois que M. Kanshi ait fini de m'engueuler comme du poisson pourri. »
« Il t'a engueulé ? » releva Kacchan avec ce qui était incontestablement de la colère dans sa voix, apaisée d'une brève pression des doigts d'Eijirô sur son poignet :
« J'imagine que se faire réveiller en pleine nuit pour se retrouver face à une scène pareille, ça peut mettre en colère. »
« Mmm. Il s'est vite calmé, en voyant l'état de Kam dans la salle des serveurs. »
« On peut aller le voir ? »
« Il est encore sous coma artificiel, jusqu'à demain soir et après, il va rester en salle de réanimation pendant un moment, les heures de visites seront très limitées... »
« Deux heures par jour et une personne à la fois ! » s'agaça Kacchan, nez retroussé sous sa colère qu'Izuku tempéra un peu :
« C'est pas si grave, ils ont des chambres avec des vitres. On signe tous, alors ça ne nous empêchera pas de communiquer. Et une fois transférés en soins intensifs, on pourra y aller deux par deux. »
« On va aller le voir tous les jours. » déclara Eij, si décidé avec son sourcil froncé que Kacchan laissa échapper un rictus.
« Un peu, qu'on va aller le voir tous les jours. Et toi, on te ramène à la maison dès qu'ils te libèrent. »
« Oh, tu peux tenter de me laisser ici, mais je connais plus d'un moyen de foutre le camp... » s'amusa Eijirô, échangeant un regard avec Izuku qui ne put s'empêcher de pouffer en songeant à leur première visite dans l'hôpital, une éternité plus tôt. Le souvenir devenait doux-amer, de fait, mais il laissa la plaisanterie l'emporter par respect pour les efforts qu'Eij déployait pour donner un semblant de normalité à la conversation.
Il rouvrit la bouche pour tenter de ramener ladite conversation sur des sujets plus pragmatiques, interrompu par un coup à la porte, suivi du museau d'un infirmer fébrile :
« M. Bakugô ? »
« Il y a un problème ? » se leva à moitié Kacchan, paniqué et l'infirmier prit pitié d'eux en voyant le blêmissement qu'ils se tapaient tous les trois face à son entrée :
« Rien de grave, tout va bien. C'est juste qu'on a quelques papiers à vous faire remplir avant de vous accorder le droit de visite pour M. Kaminari, et comme il y a des attestations à fournir, on voulait vous donner la liste préalablement... »
« Des attestations ? Pour une visite ? » s'interloqua Izuku, guère rassuré de voir l'homme hausser les épaules :
« En l'absence de lien familial ou marital, il faut prouver le degré de proximité pour pouvoir accéder au droit de visite. »
Ah. Voilà qui était nouveau. Et un brin insultant, de l'avis d'Izuku, mais il se mordit la langue pour empêcher la moindre remarque de lui échapper, de toute façon peu en état de se battre contre la rigidité administrative. Lui et Eij se tournèrent vers Kacchan pour jauger son état de sérénité face à la demande, guère étonnés de voir un pli se contracter subrepticement au niveau de son nez, et lorsqu'il réapparut une seconde fois, Izuku se lança :
« Tu veux que je m'en charge ? »
« Non, ça va. » grogna le blond avec un ton qui indiquait que non, ça n'allait pas du tout. « J'y vais. »
« Ça prendra quelques minutes, pas plus ! » s'enthousiasma l'infirmier, complètement inconscient du danger qu'il encourrait en demandant à Lord Dynamight Murder Explosion premier du nom de prouver son « degré de proximité » avec l'homme de sa vie. Il lui tint même la porte avec gentillesse, aveugle au rictus enragé en train d'apparaître sur le museau de Kacchan quand il referma derrière eux, prêt à se lancer dans la bataille.
« Il va le démolir. » lança Eij fort joyeusement, sous le reniflement d'Izuku :
« J'espère pas. On a déjà assez d'emmerde comme ça. »
« À ce point ? »
Il acquiesça, fatigué rien que de repenser à la montagne de problème qui l'attendait, ou plutôt, qui les attendaient, et il se fendit d'une explication laconique que son fiancé comprendrait parfaitement :
« J'ai été interrogé, ce matin, avant qu'on m'autorise à venir te voir… Un médecin a prétexté devoir me réexaminer pour réussir à m'isoler de Kacchan, pour commencer un interrogatoire. »
« Te réexaminer ? » s'interloqua le roux, rappelant au passage qu'effectivement, il lui manquait quelques informations.
« J'ai deux côtes cassées. Rien de grave, t'inquiète pas, » rajouta Izuku précipitamment en le voyant s'agiter à nouveau. « Il faut juste que je me repose le temps que ça se ressoude, et que je me gave d'antidouleur, c'est vraiment trois fois rien comparé à toi ou à Kam. »
« Deux côtes cassées, c'est pas trois fois rien, mon cœur. » gourmanda Eij, léger regard réprobateur en prime, sans réaliser que ce dernier manquait fissurer la maîtrise fragile de son homme. « Et pourquoi ils t'ont réexaminé ? »
« C'était un prétexte, ils voulaient juste m'isoler de Kacchan pour m'interroger. C'est grâce à lui que ça a tourné court, d'ailleurs, mais du coup, la police attend notre bon vouloir pour reprendre le plus tôt possible. Ils vont sans doute te faire passer l'interrogatoire dans la foulée, dès qu'ils vont savoir que tu es vraiment réveillé. J'imagine qu'on va se faire sacrément réprimander… Et c'est un euphémisme. En fait, c'est même l'option la plus charitable, je pense. »
« Et ta thèse ? » biaisa Eijirô, si cryptique qu'Izuku mit une bonne minute à comprendre de quoi parlait exactement son amoureux. Réprimant une grimace, il évalua l'idée d'expliciter pleinement la déception de ses premières sessions de lecture, tant il avait viscéralement besoin de l'optimisme illimité d'Eij, puis se ravisa, vu la situation :
« J'ai commencé à lire la documentation. Encore trop tôt pour faire la moindre théorie, bien sûr, mais… disons que je n'aime pas trop la direction que ça prend. »
« Mm… Tu penseras à dormir, entre deux lectures ? »
« Tu me connais trop bien. » s'amusa Izuku, un pauvre sourire aux lèvres qu'Eijirô décrypta sans mal, puisqu'il se pencha un peu plus sur son lit pour lui murmurer le plus délicatement possible :
« Ça va aller, tu sais ? »
« Eij, ils… Ils vont analyser la scène de combat. Et faire des prélèvements. » se précipita un peu Izuku, malgré sa prudence qui lui hurlait de ne surtout pas aborder le sujet. Trop tendu, trop incongru dans leur conversation, mais il avait murmuré quand même et les éclats de voix de plus en plus agacés de Kacchan, dehors, serviraient de couverture. Dans le meilleur des cas.
Le regard de son homme – si étrange, tronqué ainsi et dans tout ce fatras médical qu'Izuku aurait volontiers arraché sur le champ – se posa sur lui subrepticement, largement assez pour qu'ils se comprennent. Il y avait trop de leurs sangs et de leurs poils partout dans la salle des serveurs pour que les analyses passent à côté de leur lycanthropie, à tous les deux. Et trop de preuves de présence d'Izuku et Kam pour que le « on ne savait pas que nos hommes se transformaient en loup de trois mètres de haut, oups » ne tienne pas la route plus d'une demie-seconde.
« Ça va aller. » répéta Eijirô, plus vœux pieux que réelle affirmation, mais à ce stade… Ils n'y pouvaient plus rien. Ils avaient déjà échappé à une analyse grâce à l'acide répandu par Kathy – un acte compréhensible, à présent qu'ils savaient qu'elle avait besoin d'un loup-garou non identifié pour son plan. Mais cette analyse-là…
« Eij, comment on va faire ? » murmura Izuku, incapable de réfréner l'angoisse en train de lui bouffer la gueule. Et plus encore de voir le haussement d'épaule en guise de réponse :
« Comme on pourra. On peut plus rien faire, dans notre état, il faut juste attendre et voir ce qui va arriver… Je sais que c'est la pire chose à te demander, d'attendre sans faire de plan ou sans avoir quelque chose à étudier pour nous sortir d'affaire, mais tu peux vraiment plus rien faire, amour. »
Si juste soit la remarque, Izuku renfonça son front dans le drap devant lui, dépité de devoir admettre qu'Eij avait raison. Plus dépité encore d'ajouter l'incapacité de réagir à la longue liste de problème pesant sur eux, et seule la main légère du roux dans ses boucles encore encrassées de la veille réussit à le sortir du marasme dans lequel il s'enfonçait.
« Tu sais que je t'aime ? » lui glissa son homme, avec une esquisse de sourire en le voyant renifler d'amusement.
« J'espère bien, vu que t'es coincé avec moi jusqu'à la fin des temps. »
« C'était pas censé être jusqu'à la fin de ma vie ? »
« Si t'as une réclamation à faire, vois ça avec Kacchan, c'est lui mon gestionnaire de litige. »
« Rien que ça ? » s'exclama Eij, avec une grimace d'inconfort à la suite d'un mouvement un peu trop brusque qui contracta le cœur d'Izuku de peur une seconde. « Hé ba, je t'annonce d'ores et déjà que je n'ai aucune intention de déposer la moindre réclamation, ni aujourd'hui, ni jamais ! Aucune envie de me frotter à lui vu ce que j'entends actuellement. »
« Il est en pétard ? »
« Pire que ça. » eut à peine le temps d'achever Eijirô avant de mordre son sourire en entendant la clenche de la porte s'abaisser brusquement pour laisser passer le blond, effectivement et très littéralement en pétard avec sa chevelure encore plus ébouriffée encore – un exploit.
« Petite question : vous avez rien contre le fait d'être filmés ? » lança-t-il, refermant la porte avec tellement d'entrain qu'une des poches de perfusion au-dessus d'Eijirô oscilla furieusement, obligeant Izuku à se redresser précipitamment pour arrêter le mouvement des fluides vitaux à son amoureux.
« À priori, non, vu notre taff ! » persifla-t-il, avec un regard mauvais pour son meilleur ami si bourrin. « Pourquoi ? »
« Parce que la prochaine fois qu'on me demande de prouver le degré de proximité que j'ai avec mon homme, je veux pouvoir leur envoyer une sextape. »
C'est parti !
(MERCIII !)
StellaWhite96 : Coucouu XD ! Alors merci beaucoup pour ta review mais je vais pas te mentir, elle m'a fait hurler de rire, je m'attendais à une réaction de ce genre mais alors que ça soit la première review postée, ça non XD. Bon j'espère que ce chapitre-ci t'aura rassuré un peu sur le sort de nos pignoufs adorés . Merci encore pour tes reviews (et ici et sur le kinktober, merci ⁾ et au plaisir de te relire !
Omiya : Holaaa ! Ah oui il fallait du drama, mais j'avoue que là, j'ai mis la masse XD. Je suis bien soulagée que ton petit coeur soit heureux qu'ils soient tous en vie XD.
Du sang, du sang, du sang XD ! J'étais juste en avance sur mon kinktober au final XD. Oh on le connaît, Izuku s'en voudrait quelle que soit la situation, mais là… là il déguste à sa manière (ça se sent, que j'ai adoré écrire la première partie de ce chapitre XD). OUI j'ai un peu mit la dose sur le trigger warning mais mieux vaut faire plus de peur que de mal (j'aime comment on dit ça alors que y'en a un qui finit sans une jambe et l'autre sans œil XD).
Aaaaw mais que t'es douce d'avoir attendu le chapitre comme ça ! Hahahahaha la comparaison avec les endants dans la voiture : « est-ce qu'on est presque arrivé ?! », j'adore XD. Putain ce compliment, n'empêche, que d'avoir zéro patience pour mes fanfics ! Je vais l'accrocher au mur, celui-là ! Le jour où je vais rapatrier Tie the Knot sur wp, je sens que tu vas la re-commenter au moins une fois XD.
Bon j'étais bien contente de savoir que ta première cica s'était bien passé, tu le sais, je te re-souhaite bon courage pour celle en cours (et la raclette à venir ! Primordiale la raclette) ! Oh et j'adore avoir tes réactions en direct sur le Kinktober, ça me fume, j'adore voila XD !
Je suis quelque part très heureuse de voir que je suis pas la seule à avoir des emmerdes avec ma bagnole (coucou, petite fiat panda qui m'a valu 542e ce mois-ci, je te hais XD). En revanche, je battrais pas le coup du cliché de la panne au premier rendez-vous (j'ai eu droit au cliché de la capote se déchirant pour ma part, est-ce que ça compte XD?)
Hé oui, on se dirige vers la fin avant la fin de l'année… Je t'avoue, ça me fait fort étrange à moi aussi XD. HOLA, le programme après, c'est vaste XD. J'ai en priorité une fic qui serait un bakudeku omegaverse (j'aime les défis) et après… Une fic Kiribakudeku (dont j'ai écrit 50 pages mais le ton ne me va pas, je voulais un truc fun, va falloir je le réécrive XD), quelques OS genre la suite de la Chatte de Kacchan, the Manly Bottoms… Mais je sais pas encore, je pense je verrais quelle inspiration me frappe en première XD.
Merci INFINIMENT pour ta review, c'est toujours un putain de plaisir de te lire ! J'espère que ce chapitre t'aura plu (et je vais doubler Tanuki en te faisant l'annonce directement sur wp XD)
Akane29 : Coucou ! Je comprends que ça soit assez choquant comme chapitre, j'avais essayé de mettre des triggers warnings adaptés, mais ils étaient peut-être pas assez explicites… En tout cas j'espère que ça allait quand même !
Aw c'est très gentil, merci infiniment ! Je suis très heureuse si la fic te plaît, merci beaucoup ! Encore merci et j'espère avoir ton avis sur cette suite (à la hauteur, j'espère) !
Milie : Holaaa ! ALORS, ta question est plus que légitime XD ! J'ai beaucoup hésité mais je suis finalement resté sur mon idée de base, désolée Kam (je le couvrirais d'amour dans d'autres fics pour me faire pardonner !). Rho même involontaire, ton jeu de mot était magistral XD. Oui je vois que le chapitre a été rude pour toi comme pour nos pignoufs – en plus j'avoue que le ton du début de fic prépare pas forcément à ça, même si dans ma tête c'était planifié depuis le départ XD.
Mamie Suzette et la crêpe, seigneur j'ai RI XD. Haaa là, ils vont galérer pour s'en sortir, mais en attendant, j'espère que ce chapitre t'aura plu ! Merci, merci pour ta review et de toujours prendre le temps de commenter ! Je sais que je le dis tout le temps, mais c'est tellement précieux ! Au plaisir de te relire !
Athena : Coucou ! Oh merci beaucoup, c'est adorable ! Je sais pas si c'est de main de maître, va falloir attendre la fin pour en juger, je crois (si tu savais comme j'ai la pression, de dieu XD)!
Ça y est, tu es rassurée, tout le monde a survécu ! Je sais que le chapitre précédent était rude, merci d'avoir quand même prit le temps de commenter et tout ! Bon tu as certaines réponses à tes questions dans ce chapitre, du coup – et j'espère que t'as dézingué la plaquette de chocolat, c'était mérité !
MERCI ! J'avais tellement peur que le dialogue fasse « cliché de vilain de film », mais si ça passe, OUF, je suis soulagée ! J'espère que ce chapitre-là était aussi bien et que tu profites du Kinktober, d'ailleurs XD. Merci encore pour ta review et au chapitre prochain !
