Bonjour, bonsoir mes petits chats !

Trois semaines de retard, QUEL ENFER XD !

Cela dit, j'aurais dû m'y attendre : arriver à la fin d'une fic vieille de deux ans et demi, longue de 250k mots, ça tétanise aussi efficacement que le covid que je me suis tapé la semaine passée (pensez à porter un masque et faites des tests pcr, ceci était la prévention sanitaire de la Baronne XD). J'ai été fort fébrile durant toute l'écriture, mais en relisant pour les corrections, je me suis surprise à me faire emporter dans ma lecture et ma foi, ça veut sans doute dire que c'est pas si mauvais que ça XD.

Bon ne vous en faites pas, j'ai dit fin, mais il reste normalement un chapitre et un epilogue, pas de panique !

J'ai aussi eu le plaisir de découvrir durant les deux mois passés, grâce aux reviews (MERCI LECTEURS ET LECTRICES LAISSANT DES REVIEWS, JE VOUS AIME, VOUS ÊTES MA MOTIVATION), que y'avait encore des gens qui se lançaient dans la lecture de Tie the Knot et… whaou, en fait ? Vous avez le courage, en voyant la longueur du bordel XD ?

Je vous admire. Et je vous laisse avec ce nouveau chapitre, en croisant fort les doigts pour qu'il vous plaise !

Je vous souhaite une excellente lecture, merci encore mille fois d'être toujours là après tout ce temps et de continuer de prendre du temps pour laisser des reviews !


Chapitre 23 : « Me tente pas, Boule de poils. »

« Vous avez compris, j'ai été assez clair ? »

« Limpide. » grinça des dents Kacchan avec une maîtrise de soi remarquable pour quelqu'un avec des cernes pareils, qu'il poussa jusqu'à adresser un sourire crispé à la hargne de l'infirmier – sans grand succès :

« Si vous souriez comme ça, c'est que vous n'avez pas compris ! Je vous rappelle que l'état de votre conjoint est gravissime ! »

Disparu, le sourire crispé, que Kacchan remplaça par un rictus de mauvais aloi alors qu'Eijirô s'efforçait de retenir son propre sourire. En dépit de l'atmosphère surchargée, l'indignation absurde de l'infirmier apparemment chargé des visites en soins intensifs était presque comique, surtout face à la froide et polie rage de Kacchan, mais Izuku était tout de même soulagé d'être planqué derrière le lit d'Eijirô. Lit qu'il avait par ailleurs tiré au cordeau dès qu'ils avaient compris à quel énergumène ils avaient affaire, par mesure de sécurité. Dans le dos dudit énergumène, Eijirô adressa à leur meilleur ami un haussement de sourcil qui se voulait rassurant, avec pour toute réponse un plissement de nez agacé de Kacchan et Izuku pinça les lèvres pour ne pas hurler en entendant l'infirmier rembrayer de plus belle :

« Mais je vous en prie, dites tout de suite que je vous ennuie ! C'est pas parce que vous êtes pro-héros que vous pouvez tout vous permettre, Môssieur ! »

« Mais je vous écoute, ça va ! »

« Non, vous n'écoutez pas, sinon vous seriez déjà en train de me répéter ce que je m'évertue à vous expliquer depuis que je suis rentré ! Et dont vous n'avez rien à foutre, d'ailleurs ! »

Izuku se mordit la joue, ravala le gloussement nerveux qui remonta en voyant l'entièreté de la masse capillaire de Kacchan se rebiquer sous le coup de la rage, une seconde avant qu'il ne se mette à scander :

« Une seule personne, de quinze heures à dix-sept heures, pas une minute de plus ! Si je dépasse ce temps, mon droit de visite peut être révoqué et en fonction de l'état de santé du patient, je peux être sorti de la chambre en une fraction de seconde ! Je n'ai pas le droit de toucher aux tuyaux, aux tubes, aux pansements, aux draps, au pied de lit et même à la petite étiquette sur le haut de son lit avec son nom ! Là, content ?! » jappa le blond, et même depuis sa chaise, Izuku vit parfaitement le léger mouvement de recul que fit l'infirmier face au débit enfiévré.

Ça, ou les bleus mâchurant la hargne de Kacchan, rendant plus sombre encore son fameux regard noir agacé. Insuffisant toutefois pour que l'infirmier se départe une seconde de son caractère plus revêche encore que Prince Carnage au sortir du toiletteur :

« Content. Et vous remplirez ce document, également. »

Kacchan réceptionna ledit document en y sacrifiant le reste de son amabilité et laissa l'infirmier le gratifier d'un unique hochement de tête au moment de sortir, visiblement aussi ulcéré que lorsqu'il était entré dans la chambre. Pour couronner le tout, Kacchan referma la porte derrière lui avec une fois de plus assez d'entrain pour faire valdinguer les perfusions au-dessus d'Eijirô, et se tourner vers le lit, abasourdi.

« Ils ont dû penser qu'avec quelqu'un d'aussi teigneux, les consignes passeraient mieux… Et que les proches des blessés en soins intensifs les respecteraient davantage... » tenta Izuku alors qu'Eijirô lâchait une seconde son ouvrage pour stabiliser le mouvement au-dessus de lui.

Il n'y eut qu'un seul bip mécontent d'une des machines, avant que tout se remette à ronronner en continuant d'enregistrer les constantes médicales du roux, et Kacchan se rassit en face d'Izuku avec un grommellement :

« Et je peux savoir qui est le génie qui a eu cette idée brillantissime ? »

« Pas ton homme, en tout cas ! » s'amusa Eijirô et dans la lumière chaude du début d'après-midi, le mouvement de dépit de Kacchan renvoya des reflets mordorés un peu partout sur les murs, un changement agréable de l'habituelle palette de couleur terne de l'hôpital.

Le seul changement agréable, d'ailleurs, parce que plus le temps passait, plus la nervosité de Kacchan augmentait de manière drastique. Eij ne cessait de lui jeter des regards en coin, avec l'air de marcher sur des œufs à chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour une blague dont la légèreté aurait été risible en d'autres circonstances. Une chance qu'abruti de médicament comme il l'était, son cycle hormonal semblait être en pause, interrompu aussi sec par les circonstances, ou ses sautes d'humeurs auraient été ingérables avec l'état de Kacchan. Même sans l'hypersensibilité des loups, Izuku avait l'impression d'étouffer de toute cette tension. Il aurait adoré suggérer à Kacchan de se rendormir jusqu'à quinze heures, histoire de lui épargner l'attente – et de pouvoir respirer un peu plus librement, au passage – mais le tremblement de la jambe du blond était trop frénétique pour qu'il l'ose.

« Putain, je tuerais pour une clope. » marmonna Kacchan entre deux kanjis vigoureusement inscrits, trop vigoureusement d'ailleurs pour le papier donné par l'infirmier.

« M'en parle pas... » siffla Eij, sans prêter attention au regard que lui lança Izuku.

Dépité, celui-ci n'essaya même pas de faire une remarque sur le fait que le matelas d'Eijirô n'était pas des plus indiqués pour remplir le document, vu les trous que commençait à y faire Kacchan avec son stylo. À la place, Izuku glissa subrepticement un de ses classeurs pour fournir une surface plane à Kacchan et reporta son attention sur son fiancé :

« Eij, tu devrais laisser faire Kacchan, il est bien plus doué que nous deux là-dedans. »

« Non, non, ça, je sais faire, ça va me prendre que deux minutes… Juste une colonne à rééquilibrer et un calcul à rentrer, trois fois rien. Je sais que t'es moins à l'aise avec Excel qu'avec tes logiciels d'écriture, je peux bien faire ça vu la lecture que tu vas te taper pour nous aider... »

« Eij, » insista Izuku sans laisser une fraction du papier ponce subitement présent dans sa gorge ressortir de quelque manière que ce soit, « je pensais plutôt à ta vision. Il faut éviter de te fatiguer, de ce côté-là. »

Son amoureux lui lança un bref coup d'œil désabusé, avec un pincement de lèvre qui oscillait entre amertume et résignation, puis replongea dans le document affiché sur l'ordi portable sur ses genoux :

« Si ça peut te rassurer, c'est pas le pire qui soit arrivé à mes yeux récemment. »

Kacchan étouffa un ronflement amusé sous le regard noir d'Izuku, avant de hausser les épaules en voyant celui-ci froncer davantage les sourcils.

« Deku, sans vouloir t'offenser, c'est déjà foutu de ce côté-là, va falloir t'habituer à ce que ton mec porte des lunettes. »

« Mais je m'en fous, des lunettes, je veux juste pas que… que ça empire ! » protesta-t-il en évitant de peu une formulation bien moins charitable. « Je ne veux pas qu'il perde le second œil » n'était certainement pas une chose à sortir et il se rencogna dans sa chaise d'hôpital en tentant d'oublier cette pensée, décidément trop acide.

« Tu t'en fous des lunettes parce que tu sais qu'il va être plus sexy encore. » appuya Kacchan avec son insupportable sourire de petit con, fissuré de trop de stress pour être réellement ennuyant et Izuku n'eut pas le cœur de faire voler ce semblant de normalité en éclat :

« Eij est sexy de base, je te signale. »

« Ça, c'est un aveu que tu aimes les lunettes. »

« J'avoue rien du tout. »

« Et si je me balade nu avec mes nouvelles lunettes, t'avouerais ? » glissa Eijirô, tête légèrement haussée le temps qu'il valide son action et sans laisser à Izuku l'opportunité de réfuter, il retourna prestement l'écran vers lui, fier comme tout :

« Voilà ! Tu rentres tes remarques ici, tes conclusions là et ici, tu choisis de quel côté penche l'étude – possibilité de guérison ou pas. Si t'as besoin de faire un second tableau récapitulant les méthodes à tester, t'auras qu'à me redemander. Ça t'ira ? »

« C'est absolument parfait ! Merci mon cœur. » sourit Izuku, assez magnanime pour laisser croire que cette diversion nullissime fonctionnait, et profita en revanche sans vergogne de récupérer son ordi pour serrer la main de son homme, ravi de le sentir caresser ses doigts du pouce d'un geste naturel. Une bouffée de soulagement lui compressa la gorge une seconde quand son esprit lui rappela, une fois de plus, qu'il était vivant, bien vivant et chaud contre sa peau.

Avant de se remettre à renifler lamentablement, il s'éclaircit la gorge sans aucun espoir sur ses chances de passer inaperçu – pas avec le regard attendri d'Eijirô, ni le brusque redressement interrogatif de Kacchan – et essaya d'analyser le travail du roux. Il lui fallut une poignée de secondes pour comprendre sa logique dans le document, assez éloignée de la sienne, mais indubitablement plus adaptée à un tableur Excel.

C'était effectivement bien plus rapide et efficace que tout ce qu'il aurait pu faire, lui et son ras-le-bol intersidéral d'une approche mathématique qui l'aurait fait noter simplement les remarques issues de sa lecture pour faire une synthèse globale à la fin. Là, il pourrait même dicter ses conclusions à Kacchan pour que celui-ci les écrive, histoire de s'avancer, mais il allait devoir peut-être rajouter une colonne pour les questions soulevées par les études... Et peut-être qu'un document Word crypté pour ses recherches personnelles seraient...

« Merde. »

« Mmm ? » lança Izuku, redressant le nez de son écran juste à temps pour voir que Kacchan triturait le pansement de ses mains avec un froncement de sourcil de mauvais aloi.

« Je commence à cicatriser. Ça va poser problème. »

Il remonta légèrement le pansement pour leur montrer une infime parcelle de peau, où les brulures cloquées commençaient à s'effacer sous un tissu cicatriciel rosé. Effectivement, lui n'avait pas consulté de spécialiste des alters incompétent au possible pour ajouter à son dossier médical un alter de guérison tout neuf en guise d'alibi. Izuku plissa le nez en voyant son meilleur ami arriver à la même conclusion que lui et grincer des dents si fort qu'Eij montra les crocs d'inconfort, brièvement, obligeant Kacchan à arrêter dans la foulée.

« On peut laisser le pansement... » chuchota Eijirô, l'air de ne pas y toucher et il désigna la rougeur en train de refluer au niveau des poignets de Kacchan : « Ou l'étendre jusqu'à ton bras, pour plus de confort ? »

« Je peux toujours essayer, mais dans un hôpital... »

Sans finir, Kacchan laissa l'évidence en suspens entre eux, d'autant plus visible qu'Izuku et lui avaient déjà subi pas moins de deux examens médicaux dans la journée et le double de réajustement de pansement et cathéter. L'inconvénient d'évoluer à côté d'experts dont le professionnalisme ne supportait pas un bandage mal ajusté. D'une esquisse de sourire, Eijirô chassa la problématique sans réussir à empêcher la moquerie de ressortir :

« T'auras qu'à les menacer de leur arracher la tête s'ils essaient. »

« Me tente pas, Boule de poils. »

« Shhhh ! » siffla Izuku, sidéré qu'il ose sortir ce surnom en de telles circonstances et plus encore, de voir Eijirô claquer des dents une fois, avec un rabrouement canin qui le fit se tourner vers la porte fermée de la chambre pour vérifier si personne n'entrait. « Mais ça va pas ? On doit être discret, je te rappelle ! »

« On est discret… »

« Et à l'instant, c'était discret peut-être ? Quelqu'un pourrait rentrer à tout moment ! »

« Eijirô l'aurait entendu, tu sais ? »

« Mais il y a des tas de choses qu'Eij ne peut pas entendre, » ronchonna-t-il à mi-voix sans nommer expressément lesdits « tas de choses ». « Et je ne suis pas inquiet uniquement parce que tu es sourd et que je suis occupé à travailler ! C'est juste une généralité, vu notre situation, il faut qu'on reste... »

Un bref coup sur la porte l'interrompit net et les fit tous sursauter, les deux loups réagissant si fort qu'une paire d'oreilles échappa à Kacchan tandis qu'Eijirô montrait les dents dans un réflexe défensif absurde. Et ridicule, entouré d'autant de pansement et de bandage. Izuku verrouilla immédiatement l'ordi portable, laissant la triple sécurité sécuriser les dossiers volés avant d'ôter la clé usb et de la fourrer manu-militari dans sa poche. Tout en fusillant Kacchan du regard, chuchotant :

« Et ça, il l'avait entendu, peut-être ? »

« Ouais, mais là, c'est normal, tu parlais. » eut le culot de répondre le blond, dans une mauvaise foi absurde qui donna envie à Izuku de lui foutre une claque derrière la nuque. Mais il savait bien que Kacchan faisait ça pour dissimuler sa propre nervosité, les minutes s'étirant bien trop rapidement jusqu'à quinze heures, emplies des consignes de sécurité anxiogènes et du souvenir de Kam ensanglanté sur le sol. De l'odeur de cramé dans l'air.

Ça toqua à nouveau, bien plus énergique cette fois, et Kacchan leva les yeux au ciel en voyant Izuku se lever d'un bond, et geindre de douleur en raison de ses côtes :

« Te dérange pas, à tous les coups, c'est le dragon qui revient me dire que je vais devoir me raser le crâne avant d'entrer dans la chambre de mon homme pour des raisons sanitaires ! »

À la porte en deux secondes, Izuku signa un rapide « Tes oreilles ! » à son attention, amusé malgré lui de l'entendre jurer dans sa barbe. Eijirô en rajouta une couche en lui ébouriffant ses cheveux déjà hérissés à l'extrême, gênant assez le processus de transformation pour se voir attribué d'une insulte bien salée qui fit pouffer Izuku devant l'expression indignée de son amoureux – avant que la porte ouverte n'efface son sourire en une fraction de seconde, tétanisé face à la vision devant lui.

« Alors, j'dois me raser ou cesser de respirer avant d'aller voir Kam ? » relança Kacchan dans son dos, gouailleur. Et étrangement peu alerte sur la situation, pour quelqu'un dont l'odorat était d'ordinaire capable de percevoir la détresse de son meilleur ami à travers une porte fermée. Mais avant qu'il ait pu ouvrir la bouche pour prévenir fiancé et meilleur ami, Izuku se vit saluer d'un hochement de tête courtois et repousser fermement dans la chambre, sans méchanceté, mais sans hésitation non plus :

« Pas exactement, Monsieur Bakugô. » salua l'un des trois officiers de police, tiré à quatre épingles et visiblement très à l'aise de faire irruption dans la chambre d'hôpital. « Nous sommes ici pour vos dépositions. »

Izuku se retint de justesse de fermer les yeux de désespoir et de découragement liés, lissant jusqu'à la dernière miette de surprise pour offrir une expression plus amène aux deux officiers qui passèrent devant lui en entrant. Par-dessus l'épaule du dernier de file, il lança un regard de pure panique à Eijirô et Kacchan, lequel s'était relevé si précipitamment et si surpris qu'il avait l'air de quelqu'un attrapé la main dans le sac. Juste avant que son habituel froncement de sourcil réapparaisse sous les mèches blondes en voyant les officiers s'agglutiner au chevet d'Eij, du côté qu'Izuku venait de libérer en allant ouvrir. Devant son expression de méfiance, le roux lui tapota le bras d'un geste amusé, comme si c'était la réaction la plus comique jamais vue :

« Détends-toi, on est plus en intervention ! Excusez-nous, officiers, on a été surpris. On ne vous attendait pas de sitôt ! » lança-t-il avec un de ses sourires les plus chaleureux, habituellement réservé à la famille, et un pincement de soulagement relâcha la respiration d'Izuku. Comme d'ordinaire, son numéro de pro-héro aimable et plus que coopérant était absolument parfait.

En tout cas, largement assez distrayant pour que les officiers, absorbés par le bavardage d'Eijirô, ne lui adressent pas le moindre regard quand il les rejoignit. Pas davantage quand il s'appuya au bout du lit avec une maladresse seulement à moitié feinte, l'esprit trop occupé à tourner dans tous les sens la situation dans l'espoir d'en déceler le moindre danger pour songer à maintenir son maudit équilibre. Un truc plus facile à dire qu'à faire, avec la boule dans sa gorge qui ne cessait de grossir alors qu'il sautait d'une pensée à l'autre sous les plaisanteries de son fiancé, accumulant les raisons d'inquiétudes en petit tas bien compact.

Ils n'auraient pas dû se faire surprendre de la sorte, même aussi fatigués. Eij et Kacchan auraient dû « sentir » arriver les officiers, tout du moins les sentir réellement dès que lui-même leur avait ouvert la porte, ce qui leur aurait donné le temps de se ressaisir – même si ce temps-là n'aurait duré que dix secondes. Mais il y avait l'antiseptique de l'hôpital. Empoissant bien évidemment l'air à rendre les autres odeurs bien plus diffuses, donc difficiles à déceler, et s'il rajoutait dans la balance la bétadine, le nettoyant sur la peau d'Eijirô et les crèmes sous ses pansements, ça devenait logique. Ce qui était logique, aussi, c'était la rapidité à laquelle cette saloperie d'inspecteur avait réagi suite à sa tentative d'interrogation du matin même.

Visiblement, il n'avait pas du tout apprécié d'être interrompu par Kacchan et cherchait à les battre de vitesse.

Fait chier, grommela Izuku en pinçant les lèvres une fois de plus. Il avait espéré… Il avait espéré qu'on leur laisserait un peu plus de temps. Le temps de retrouver Kam, de rasséréner leurs angoisses et d'avoir plus que trois heures de sommeil dans le corps pour faire ça.

« Tiens. » gronda brusquement Kacchan en lui présentant sa chaise, insensible à la conversation en cours. « Tu vas te casser une troisième côte à force de rester debout, et Eijirô va me tuer si je te laisse faire. »

« Et Kam va me tuer moi si je te laisse rester debout toi. » renchéri Izuku pour donner le change.

« T'as encore vingt-quatre heures avant qu'il se réveille pour t'assassiner, alors fais pas chier et pose ton cul. »

Bien obligé de s'incliner face à l'insistance du blond, il le remercia d'un hochement de tête et en s'asseyant, accrocha le petit doigt de Kacchan du bout des doigts. Juste de quoi attirer son attention, le temps qu'il signe une contraction si brouillonne du « ça va aller ? » que seul son meilleur ami aurait pu comprendre. Et c'est uniquement parce qu'il le connaissait sur le bout des doigts qu'il comprit le message quand Kacchan fronça le nez pour seule réponse.

« Par quoi on commence ? Vous avez une liste de questions ? » lança tout à coup Eijirô, ramenant leurs attentions sur la conversation en cours. Toute sa bonne volonté rendait le moindre refus difficile à envisager, pourtant, le professionnalisme des officiers leur fit pincer les lèvres dans une synchronie parfaite, avant que le premier secoue la tête :

« Je suis désolé, mais nous avons reçu des ordres : nous allons devoir vous interroger individuellement, j'en ai peur. »

« Ça risque d'être compliqué. On manque cruellement de salle d'audience, dans les parages. » plaisanta Eijirô sans cesser une seconde de sourire, une vraie pub pour dentifrice. « Et je suis pas encore en état de me lever pour vous suivre quelque part. »

« Peut-être que nous pourrions faire ça dans le couloir pour Messieurs Deku et Dynamight ? »

« Au milieu du passage ? » souligna Kacchan avec la pointe de scepticisme parfaite pour que le policier fronce le nez :

« Ce n'est pas l'idéal, mais à défaut d'une pièce dédiée... »

« Sinon, on peut faire ça ici. » proposa Izuku en usant d'un ton aimable, bricolé à la va-vite sur le modèle d'Eijirô. « Toutes les chambres d'hôpital ont un rideau pour séparer la pièce en deux, lors des soins ou en cas de surcharge de patient. On peut le tirer et réaliser les dépositions de l'autre côté ? »

« Pas très confidentiel, ça. »

« Pas plus que dans le couloir. » bougonna Kacchan avec une grimace qui l'obligea à basculer son poids d'un pied sur l'autre pour libérer sa jambe fragilisée, et Izuku lui reproposa son siège sans le moindre succès.

« Ni individuel. » rappuya le second policier, celui à lunette et petit air mécontent constant qui le faisait étrangement ressembler à une fouine.

« Si on parle à mi-voix pendant que ceux qui restent ici discutent, ça pourrait convenir ? Je doute qu'entre la surdité de Kacchan et l'état d'Eijirô, ils arrivent à entendre quoi que ce soit depuis l'autre côté du rideau. »

« Vous entendez très bien, vous. » souligna le troisième policier, jusque-là muet et de fait un brin plus inquiétant que ses collègues. Mais tout aussi incapable qu'eux d'éviter la stratégie qu'Izuku venait de déployer subrepticement, mine de rien, et le vert se retint de sourire pour hausser les épaules :

« Je n'ai qu'à passer en premier. Comme ça, vous aurez ma déposition avant celles de mes collègues. Et même si j'arrivais par hasard à entendre une phrase ou deux de leurs interrogatoires, je ne pourrais pas changer ma version. Ça vous va ? »

Les trois policiers échangèrent un regard, visiblement peu à l'aise avec cette proposition pas protocolaire pour trois sous, même si elle était la plus raisonnable du lot. Puis le premier finit par trancher :

« Entendu, mais l'un d'entre nous reste de ce côté-ci du rideau en toutes circonstances. M. Chûi s'en chargera. »

« Cela va de soi. » accepta Izuku de bonne grâce alors que le M. Chûi en question, l'officier un brin mal à l'aise, pâlissait devant le visible manque d'amabilité de Kacchan et tous les mouvements de tête discrets qu'il tenta d'adresser à ses collègues restèrent lettre morte.

« Si tu t'approches de ce rideau avec tes côtes, je me charge moi-même de te briser les autres. » l'averti Kacchan en se chargeant de couper la pièce en deux en tirant ledit rideau – une horreur de truc plastique dont le bruissement devait hérisser tous les poils d'Eijirô vu le bordel que ça faisait.

« Merci Kacchan ! Vous voulez bien vous occuper des chaises ? » s'enquit Izuku, obligé de plaquer une main sur son torse avant de se relever, histoire de s'éviter un nouveau déplacement de côte.

L'excuse était un peu grosse, mais la demande restait sensée, finalement, et même si ce furent sans doute ses cernes, ses bleus et son air hagard qui pesèrent dans la balance, les trois policiers se précipitèrent pour dispatcher les chaises. Avec force échanges, remarques et protestations – comme s'il existait énormément de possibilités, à part celle d'asseoir la personne interrogée en face des deux policiers, contre le mur le plus éloigné du rideau. Dans une pièce de taille restreinte, les allers-retours de trois officiers, ça prenait beaucoup de place, les mouvements des chaises encore plus, sans compter les chuchotements paniqués de M. Chûi qui tentait d'échapper à ce qu'il considérait comme la pire punition du monde. Un bordel qu'Izuku laissa tranquillement envahir l'espace et le repousser dans un coin, comme s'il n'était là que pour éviter de gêner le passage – et certainement pas pour transmettre des informations subrepticement.

Pour Kacchan, un bref regard dans le dos des policiers, suivi d'une esquisse de mouvement vers un M. Chûi à deux doigts de l'évanouissement. Et un haussement d'épaule à peine appuyé, juste de quoi effleurer son oreille avec son hoodie, à l'attention d'Eijirô.

Et jamais il n'avait été aussi heureux qu'ils se connaissent tous sur le bout des doigts, car aucun des deux ne manifesta la moindre surprise ou incompréhension. Tellement vifs dans leurs réactions qu'Izuku eut à peine le temps de s'asseoir précautionneusement en face des deux officiers chargés de l'interroger, en priant l'univers pour que la brusque accélération de son rythme cardiaque ne soit pas perceptible, avant qu'Eijirô n'attaque, depuis son lit :

« Tu vas tenir dix minutes de conversation avec une autre personne que nous ? »

« Tu me mets au défi ? » démarra le blond au quart de tour, rictus féroce sur le nez et l'officier qui s'était vu attribué le rôle peu envieux de désigné volontaire pour rester avec eux avala bruyamment sa salive, de l'autre côté du rideau. « Vous cuisinez, Monsieur Chûi ? »

La brusque question de Kacchan fit très auditivement perdre tous ses moyens au policier. Le pauvre bafouilla un mélange de panique et de peur avant de se faire couper par une explication plus qu'exhaustive sur les avantages de la cuisine maison. Le temps que les deux officiers sortent calepins et petits enregistreurs de poche en face d'Izuku, Kacchan enquillait sur les nécessités de bien se nourrir pour les fonctionnaires, et particulièrement les fonctionnaires des forces de sécurité, avec une telle fougue qu'Eijirô ne put que pouffer pour participer à ladite conversation.

« Il ne manque pas d'énergie, pour quelqu'un qui a passé une nuit comme la vôtre. » commenta le policier en face d'Izuku, qui laissa couler le sous-entendu :

« C'est l'adrénaline. Et le stress. »

« Le stress ? »

« On attend… On attend quinze heures pour pouvoir aller voir son compagnon, qui est en soins intensifs. » éluda Izuku, dans un équilibre de pudeur sur la situation de Kam et subtil reproche de se voir interroger en des circonstances pareilles. Les conventions sociétales étant bien faites, les deux officiers eurent la bonne grâce de paraître gênés :

« On est désolé de vous presser de la sorte… Nous avons reçu pour consigne de vous interroger à la minute où les équipes médicales nous informaient que la démarche était sans risque... et malheureusement, M. Kirishima s'est réveillé tôt. » haussa les épaules le premier officier, avec une espèce de résignation lasse qu'Izuku réceptionna d'un sourire contrit, tout en notant soigneusement la formulation employée.

Ça, c'était bel et bien signé l'inspecteur Utagaï, et il avait dû bassiner les officiers de long en large et en travers pour que ses consignes soient respectées à la lettre, toujours dans sa suspicion envers le quatuor de pro-héros. Comme de fait, le policier à lunette renchéri, plus acharné encore qu'un chien sur son os à ronger :

« Et on doit vous interroger individuellement. »

« Oui, j'avais cru comprendre. » remarqua Izuku en calquant son attitude sur celle du policier résigné, avec un regard éloquent envers la chambre coupée en deux par le rideau médical. La pièce aurait été proprement lugubre avec ses tons verts et son lino affreux, sans les éclats de voix endiablés de l'autre côté, là où Kacchan s'escrimait à construire une conversation amène avec M. Chûi. Avec ce fond sonore, l'étroitesse de l'espace dédié à la prise de sa déclaration faisait ridicule. Un peu comme s'ils se cachaient, mais ignorant ces détails avec un professionnalisme exemplaire, l'officier méticuleux lui sourit, encourageant :

« Commençons, d'accord ? Comme ça, on pourra prendre également la déposition de Dynamight avant de le libérer pour qu'il puisse aller voir son partenaire. »

Izuku relégua ses inquiétudes pour Kam, prit une profonde inspiration – aussi profonde que la douleur martelant ses cotes le lui permettait – et attendit le « clic » de l'enregistreur pour se lancer dans cet exercice de haute voltige.

Il expliqua d'une voix amoindrie, mais en articulant parfaitement la moindre syllabe, comme s'il cherchait à être le plus précis possible, la version officielle de la soirée. Il loua l'accueil de M. Kanshi la veille, expliqua par le détail ses théories sur le loup, maigres au possible, et sa frustration de n'avoir rien de tangible à se mettre sous la dent dans ce dossier. Qu'ils avaient voulu vérifier son hypothèse, plus pour la déconnade et pour l'empêcher de tourner en rond sur ses dossiers, et que ça avait mal tourné, plus que mal tourné, même. Qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de pénétrer dans les locaux de l'agence nationale de renseignement, ni d'affronter le loup géant sans renforts ni équipement adéquat. Ils avaient beau avoir répété l'alibi des dizaines de fois en montant leur opération, ils n'avaient pas anticipé une soirée pareille et ça supposait évidemment modifier le récit.

Et puisque c'était lui qui avait écrit la version originale, Izuku se chargea de colmater les brèches de son mieux pour expliquer tout ce qui avait mal tourné : la jambe de Kam, l'œil d'Eijirô, le meurtre réalisé par Kacchan. Le fait qu'ils n'aient prévenu personne – pas le temps, bien sûr – ou que deux d'entre eux aient fini à poil – ils n'avaient pas leurs tenues ignifuges habituelles, ils n'avaient jamais pensé devoir réellement se battre. L'effet de surprise qui avait tourné en leur défaveur, la rapidité du combat, la facilité avec laquelle ils étaient entrés par la fenêtre brisée par le loup géant ; il bidouilla un récit le plus logique et rationnel possible vu les éléments, en s'efforçant de ne surtout pas trop se mordre la lèvre de stress. Changea le plus souvent possible de formulation pour ne pas laisser entendre, pas même une seconde, que son texte était appris par cœur et se raccrocha au numéro du bon flic et mauvais flic que lui offrit les deux officiers, vieux comme le monde. Rassurant, au final, parce qu'il pouvait suivre leur cheminement mental au fur et à mesure qu'ils déroulaient leurs questions. Et plus celles-ci s'accumulaient, plus il devenait évident que ni l'un ni l'autre ne partageaient les doutes de leur supérieur, vu la manière dont ils souriaient de plus en plus à Izuku, compatissants.

Il n'y avait plus qu'à espérer qu'en dépit de la distance, du débit de Kacchan dans son engueulade et de ses pansements, Eijirô arrive à l'entendre.

Ils ne pouvaient pas trafiquer les prélèvements adn, ni effacer plus de bande de surveillance que ce que le logiciel de Sero avait fait à l'Agence, mais sur trois dépositions, il suffisait que deux soient raccords pour effacer la plupart des doutes, Izuku le savait. Et si la troisième dissonait un peu, c'était presque insignifiant ; après tout, pouvait-on attendre d'un homme qui avait dû tuer pour se défendre, et dont le compagnon était présentement en soins intensifs avec une jambe en moins, d'être capable d'être rationnel et irréprochable ? De se souvenir de tout parfaitement ?

C'était leur meilleure défense. C'est qu'il se répéta encore et encore, en remerciant les flics, pour ne pas avoir à s'avouer que c'était la meilleure uniquement parce que c'était la seule qu'ils avaient, en réalité.


« Ça va aller ? »

« Non. »

« Tu veux que je te laisse seul ? »

« Non. » réitéra Kacchan avec une octave en moins dans la voix et Izuku se contenta de pincer les lèvres en lui empruntant le pas, légèrement en retrait.

Avec un sixième sens impressionnant, à moins que ce ne soit en raison de sa nervosité qui l'avait sans doute poussé à retenir le plan de l'hôpital par cœur, Kacchan les dirigea sans hésitation aucune dans le dédale de couloir. En dépit de son souffle de plus en plus court, la faute aux côtes comme à l'excès de stress, il suivit le blond du mieux possible, si concentré pour continuer de mettre un pas devant l'autre qu'il faillit s'encastrer dans Kacchan quand ce dernier s'arrêta sans crier gare.

« Fais gaffe ! »

« Mais si tu t'arrêtais pas comme ça, aussi ! » se plaignit Izuku, retenu in-extremis par la poigne du blond avant de perdre l'équilibre sous les yeux fatigués de l'infirmière apparue devant Kacchan. La raison de son arrêt brutal, sans nul doute.

« Vous cherchez la chambre de M. Kaminari ? » s'enquit-elle tout en n'attendant aucune réponse, vu qu'elle fit volte-face pour rouvrir une porte derrière elle et la tenir. « Allez, c'est par ici, dépêchez-vous, s'il vous plaît. »

La boussole interne de Kacchan était excellente, puisqu'elle les abandonna devant une chambre à peine un couloir plus loin, leur lâchant au passage que sa collègue viendrait chercher « l'individu autorisé à entrer » d'ici quelques minutes, le temps de finir les soins. Un peu abrupt, comme départ. Et totalement oublié à la seconde où ils réalisèrent que cette unité de soin avait favorisé la surveillance constante de ses chambres, tout en évitant aux équipes médicales de devoir y rentrer constamment.

Dans le même mouvement, ils se tournèrent tous les deux vers la vitre séparant la chambre du couloir et Izuku sentit son cœur se contracter à lui faire mal.

Au milieu du fatras électronique plein de tubes et de compresses du lit médical, l'habituelle chevelure platine semblait presque grise, délavée des néons d'hôpitaux et du verdâtre des uniformes. La peau de Kam semblait elle aussi avoir perdu des couleurs, à l'exception des griffures et mâchures qui quadrillaient ses bras, son cou, le haut de sa pommette. Enfin, ce qu'on pouvait en voir, au-dessus de l'appareil respiratoire et des pansements. Mais bien évidement, ce qui attira immédiatement leurs regards, ce fut le renflement trop court, au niveau de son genou gauche, là où l'amoncellement de bandage soulevait le drap de manière exagérée, et le décroché de l'autre côté soulignait de manière ignoble l'absence de jambe.

Ça n'était pas réel. Ça ne pouvait pas être vrai, se surprit à supplier Izuku, pour la millième fois depuis qu'il avait entendu le craquement des os de Kam dans la gueule de Kathy. Il se fit violence pour ne rien laisser filtrer, se racla la gorge le moins discrètement possible :

« Au moins… Il est toujours endormi. »

Pas une remarque de la part de Kacchan – ce qui n'avait rien d'étonnant, vu que la médecin les avait avertis qu'ils le laisseraient sous coma artificiel pour 48h, et qu'il venait donc de dire une connerie aussi évidente que « il lui manque une jambe. ». Il se mordilla la lèvre de gêne, et il n'avait pas besoin de regarder son meilleur ami pour savoir que la culpabilité le figeait sur place, sans lui laisser d'autre choix que de regarder son homme blessé.

« Kacchan ? »

Sans réponse aucune, Izuku s'approcha un peu plus et tenta d'attraper discrètement l'expression de son meilleur ami – en vain, tant le blond avait le visage baissé, à deux doigts d'appuyer son front contre la vitre.

« Je… Je sais pas… »

« On peut retenter plus tard, si tu veux ? »

« L'infirmier a été clair : de quinze à dix-sept heures. Pas une minute de plus. » répliqua Kacchan, avec un effort si visible pour juguler ses émotions qu'Izuku le sentit se tendre, contre lui. « Je peux pas revenir plus tard. »

« Kacchan, il t'en voudra pas si tu es là une heure quarante-cinq au lieu de deux heures. Tu veux qu'on aille marcher cinq minutes ? »

« Non. »

« Tu veux que j'aille te chercher un café ? »

« Non. »

La réponse était accompagnée cette fois d'un grondement infime, qu'Izuku estima perceptible uniquement parce qu'il avait l'habitude de chercher ce genre de signe chez Eij et Kacchan. Et rien qu'à l'intonation, il savait pertinemment que la colère de Kacchan n'était dirigée que contre lui.

Bon. Aux grands maux, les grands moyens. Il tendit lentement la main, qu'il enroula de lui-même autour du poignet du blond, juste au-dessus des cloques, s'efforçant de maîtriser ses propres battements de cœur pour lui communiquer un apaisement qu'il était bien loin de ressentir. Au moins, ça faisait toujours un contrepoint de chaleur, sur la peau froide d'angoisse de son meilleur ami. Presque surpris, il sentit les doigts de Kacchan agripper subitement sa manche, puis se glisser dessous, et de ces signes tronqués qu'ils avaient élaborés durant des années, toujours sans lui accorder le moindre regard, le blond signa à même sa peau :

« Je vais pas y arriver. »

L'aveu était aussi fragile que la voix d'Izuku s'érailla quand il chuchota, sans hausser la voix plus que nécessaire pour que les appareils auditifs de Kacchan captent sa réplique :

« Bien sûr que si. »

La bouche toujours close dans une fine ligne de rage et d'angoisse mêlées, Kacchan continua sur son poignet :

« Comment je vais lui expliquer que… Que… »

Izuku coupa immédiatement, laissant le reste de la question mourir dans l'hésitation de la formulation, infiniment plus magnanime que s'il avait fallu l'achever :

« Pour le moment, tu ne vas rien expliquer du tout, il va dormir jusque demain soir, Kacchan. Et les équipes médicales seront là pour son réveil, elles lui expliqueront que… Enfin, il sera pas seul. L'important maintenant, c'est qu'il puisse… sentir ta présence, même endormi. D'accord ? »

L'absence de réponse laissa encore plus de place à l'angoisse du blond, qu'Izuku sentit enfler jusqu'à compresser sa propre gorge, tant elle devenait monstrueuse. Il laissa main et poignet à Kacchan, qui les lui aurait sans doute griffés s'il avait tenté de les ôter, mais reprit sans quitter Kam des yeux – affreusement fragile, affreusement triste, dans son lit d'hôpital :

« Tu vas lui tenir la main et tenir le coup comme t'as tenu le coup pour moi et Eij. Et demain soir, quand il se réveillera, on sera là avec Eijirô. Ok ? »

Une crispation, sur sa peau, juste de quoi lui indiquer que s'il ne manifestait rien de plus qu'un silence circonspect, Kacchan s'accrochait à ses mots. Désespérément. Izuku se prépara à en rajouter une couche, mais une autre saveur d'angoisse remonta lentement entre eux, jusqu'à déborder sur sa peau en gestes secs et pourtant hésitants :

« Et s'il ne veut plus me voir ? »

Pour le coup, il se dégagea délicatement malgré le réflexe de Kacchan, quand celui-ci tenta de retenir son poignet, et il appuya férocement son front contre la tempe égratignée de son meilleur ami. Il y mit assez de force pour s'assurer que sa voix recouvrait tous les autres sons, même pour l'ouïe malmenée de Kacchan à travers les appareils, et ne parla qu'une fois certain que ce dernier capterait toute sa rage à travers le contact de sa peau :

« Tu lâches pas. Tu es Kacchan. Lord Murder Explosion, premier du nom, et tu lâches pas ton homme. »

C'était pas aussi travaillé que les discours d'Eijirô, pas aussi puissant que les vannes affûtées de Kam et ça n'avait pas l'implacabilité dont aurait pu faire preuve Kacchan. Mais ça avait bien assez de détermination pour que le tremblement infime contre lui se dissolve dans ses mots, avec enfin un changement dans le maintien de sa nuque. Kacchan lui rendit sa pression d'un bref mouvement de tête animal au possible, puis redressa les épaules et inspira profondément :

« Kam a raison. »

« Mmm ? »

« Ça ne te fait pas du bien, de traîner avec moi. »

Il fallait faire honneur à Kam, n'est-ce pas ? À lui et au courage que déployait Kacchan en s'efforçant de plaisanter, effort titanesque qui s'entendait dans les moindres recoins de sa voix et dans laquelle Izuku piocha de quoi relancer, maudissant son ton tremblant :

« Je t'ai connu moins critique sur notre proximité. »

« Sac à merde. » cracha Kacchan avec, pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté la chambre d'Eij, une amorce de réel sourire sur les lèvres – effacée par une petite voix flûtée dans leur dos :

« Excusez-moi, bonjour, heu… c'est… c'est vous, le conjoint ? » s'enquit l'infirmière, heureusement bien différente de celui qui les avait briefés un peu plus tôt et Izuku s'écarta de Kacchan en levant les mains, gêné :

« Non, je suis leur meilleur ami. »

« C'est moi, le conjoint. » rappuya Kacchan, et le regard que leur lança la dame laissa sous-entendre qu'elle doutait fortement de cette version des faits.

Mais elle était une professionnelle jusqu'au bout de son calepin siglé de l'hôpital, une professionnelle qui n'avait pas le temps de s'inquiéter des vies personnelles de ses patients. Elle catapulta Kacchan dans la chambre avec un sourire d'excuse, et escorta le blond jusqu'au lit de Kam avec un brin trop de rapidité. Même sans le son, Izuku était capable de voir à travers la vitre qu'elle avait un débit d'enfer quand elle fit trois recommandations expresses à Kacchan, tout en l'asseyant manu-militari au chevet de son homme avant de l'abandonner à ce qu'elle pensait sans doute être une intimité respectueuse, sans réaliser le mal-être du visiteur.

En d'autres circonstances, la délicatesse exagérée de Kacchan aurait été amusante. Presque comique, à ce stade : sa manière de vérifier deux fois s'il ne touchait à rien, de poser les mains uniquement sur des surfaces observées à pas moins de six reprises, de découvrir l'une des mains de Kam avec tellement de précaution que l'infirmière se pencha pour lui redemander s'il allait bien. Sans compter son empressement à profiter de l'intervention de la professionnelle pour la supplier de vérifier s'il n'avait pas dérangé un câble ou un tuyau, s'excusant platement du dérangement avec une peur parfaitement perceptible depuis le couloir.

Mais il n'y avait rien d'amusant à voir l'assurance habituelle de Kacchan en miette, au sol, remplacée par une panique à la hauteur du tremblement qu'Izuku percevait le long de son bras. Devoir rester debout sans rien faire ni pouvoir intervenir lui fit grincer des dents, la respiration encombrée de larmes et de la douleur de ses côtes, énervé contre les règlements du monde entier, tout en étant prodigieusement reconnaissant pour les soins que recevait Kam. Kam dont Kacchan n'osa pas effleurer le moindre centimètre de peau, se contentant de se courber sur la main de son amoureux sans jamais la toucher, maladroit et tendu.

Son portable vibra, dans sa poche et Izuku l'extirpa en pestant contre le bruit – minime, mais dans le silence du couloir, ça lui paraissait monstrueux. Plus encore quand le mouvement lui tira un sifflement de douleur, la faute à une côte légèrement trop déplacée par le geste qu'il dût faire pour déverrouiller l'écran.

Comment va Kam ?

En dépit de leurs efforts héroïques pour achever leurs dépositions à temps, l'équipe médicale avait refusé de laisser Eijirô sortir de son lit par mesure de sécurité. Forcément, le roux avait failli démonter sa chambre de rage, obligeant Izuku à intervenir pour le convaincre que ce n'était que de la prudence et que Kam étant dans le coma pour le moment, il pouvait se permettre de se reposer encore. Les arguments n'avaient pas touché Eij le moins du monde, mais un seul regard sur la tension au niveau de la nuque de Kacchan l'avait convaincu de ne pas insister. Inutile d'en rajouter. Pour l'heure, Izuku évalua un instant la meilleure manière de répondre, puis abandonna toute idée de mentir ou de camoufler de quelque manière que ce soit la vérité à son amoureux :

Endormi, pour le moment.

Et sa santé ?

Je ne sais pas encore, ils ont pas dit grand-chose pour le moment.

Ils le réveillent toujours demain soir ?

Oui, mais de ce que j'ai compris en parlant avec l'infirmier de ton service, ça serait étonnant qu'il reprenne réellement connaissance. Les anti-douleurs et la morphine vont le faire replonger aussi sec.

Tant mieux.

Tant mieux ? Fronça du nez Izuku, décontenancé de la formulation comme du ton étrangement sec d'Eijirô.

Plus on donne de temps à son corps pour récupérer, mieux c'est, non ? Enfin, c'est que mon infirmier se tue à me répéter pour m'empêcher de me lever.

Ça m'étonne que tu ne l'aies pas encore assommé.

La taquinerie était un peu trop légère et dissonante, au vu de l'absence de l'émoticône qu'il n'avait pas eut le courage de glisser là. Eij lui fit cependant la gentillesse de liker le message et d'enchaîner sans relever, tel l'homme adorable qu'il était :

Comme dirait mon meilleur ami, me tente pas. Suivi presque immédiatement d'un autre message, bien moins fun : Tu tiens le coup, mon cœur ?

Il renifla et tortilla le nez dans l'espoir d'endiguer le picotement de tristesse qui remontait jusqu'à ses yeux :

Moyen. C'est encore plus dur que ce que j'imaginais, de le… de le voir aussi immobile. Il est si pâle et sa jambe fait si… si étrange, raccourcie comme ça…

Et Katsuki ?

Là, c'était encore plus difficile. Il jeta un coup d'œil vers la chambre, pour réaliser que Kacchan venait enfin de toucher la main de Kam, laissant son hypersensibilité tactile se dérouler sur la peau de son amoureux et l'effet se lisait à même son visage. Avec une pointe d'horreur, il observa en silence l'expression de son meilleur ami se craqueler, et dans les éclats qui dévalèrent sur les joues de Kacchan, recouvrant son sanglot silencieux, Izuku trouva l'adjectif le plus adéquat pour rendre compte à Eij.

Brisé.

Avec un soupir, Izuku rétablit un semblant d'équilibre dans sa posture en repoussant le mur d'une main, fermement décidé à ne pas céder à l'appel d'une chaise. Ils avaient connu pire que de rester debout une heure ou deux, même avec des côtes cassées, il tiendrait le temps que Kacchan se fasse chasser par l'infirmière qui était actuellement en train de vérifier l'horloge d'un coup d'œil agacé. Visiblement, elle avait escompté que le visiteur serait découragé par le sommeil de Kam et partirait plus vite que cela. Il espéra brièvement qu'elle suivrait Kam lorsqu'il sortirait de réanimation, elle allait adorer avoir Kacchan, Eijirô et lui-même sur les bras.

Un bruit de pas le fit distraitement jeter un regard vers la porte à l'extrémité du couloir – et rester bouche bée, pour la deuxième fois de la journée, devant la silhouette en train de repousser le battant de l'épaule. Une seule personne dans toute cette saloperie d'hôpital avait cette démarche rigide, cet air de concentration débile et un carnet à la main alors qu'il se contentait de marcher dans un couloir.

Mais quel relou.

« Je suis navré, pour votre ami. » entama l'inspecteur Utagaï, avec le bon goût d'adopter un ton infiniment plus neutre que lors de leur dernier échange d'amabilité. Il n'eut heureusement pas le culot de lui tendre la main quand il s'arrêta à côté de lui et Izuku fut incapable de trouver quelque chose de plus chaleureux en guise de salutation qu'un très caustique :

« Vous êtes tenace. »

« C'est le métier qui veut ça, je suppose. » commenta très sobrement M. Utagaï, suivant son regard vers le couple dans la chambre de réanimation. Par respect ou par gêne, il observa un très long silence avant de se lancer d'une voix choisie tout exprès pour être la plus apaisante possible :

« Je vous présente mes excuses pour ce matin, le moment était mal choisi. »

« Celui-ci l'est aussi. »

« Je viens de parler avec mes collègues, qui m'ont fait un compte-rendu de vos dépositions et remis les enregistrements. Je vais passer ma soirée à éplucher ça pour préparer notre prochain entretien. »

« Chacun s'occupe comme il peut. Si ça peut vous rassurer, notre soirée à nous ne sera pas tellement plus amusante... » rétorqua Izuku avec un mouvement de tête évident vers Kam et Kacchan.

Ce qui eut l'avantage indéniable de faire taire M. Utagaï une seconde supplémentaire, considérant la chose et l'attitude d'Izuku avec un scepticisme d'autant plus audible que le silence du couloir renvoyait parfaitement l'infime soupir qu'il retenait. L'homme réfléchit quelques secondes de plus, avant de lâcher définitivement tous faux-semblants :

« Je tiens à être clair, je vous soupçonne d'être de mèche avec le loup géant. »

« Vu ce qu'il nous a fait, je vous trouve très optimiste sur vos soupçons... »

« Des retournements de situation, ça arrive. » commenta M. Utagaï, à mille lieux de soupçonner à quel point sa remarque était savoureuse d'ironie. « En général, les coupables sont les premiers sur les lieux du crime. »

Izuku haussa les épaules face à la logique bureaucratique au possible, qui sentait bon les cours de fac régurgités – même si pour une fois, elle était étrangement vraie :

« Être les premiers sur le lieu d'une attaque ne suffit pas à faire de nous les coupables, je regrette. »

« Non. Surtout votre métier. En revanche, l'accumulation d'étrangetés vous concernant, tous les quatre, ça commence à former une sacrée piste. »

« D'étrangetés ? » releva Izuku machinalement, l'esprit plus occupé par la légère cassure dans les épaules de Kacchan, toujours penché sur Kam.

« D'étrangetés. » confirma l'inspecteur, déployant une page particulière de son petit carnet ressorti par magie, comme s'il n'attendait que cela depuis le début de cette conversation. « Apparition d'alter chez votre fiancé, subite passion de votre part pour cette affaire de loup-géant, difficultés à retracer vos déplacements durant les derniers jours, augmentation substantielle de vos courses alimentaires – oui, on peut vérifier ça. Sans parler du récit farfelu de ce journaliste qui jure vous avoir vu dans l'ascenseur de ce même hôpital, « en étrange posture », le fait que vous décidiez visiblement d'emménager chez vos meilleurs amis, que toutes vos recherches internet ont disparues depuis deux mois… ça fait beaucoup. »

L'esprit d'Izuku sonna l'alarme, quelque part là où la vision d'un Kam ô combien affadi par tout ce blanc médical autour de lui n'était pas en train de tout recouvrir, et il soupira, en se détournant de la vitre. Face au regard bien trop vif de l'inspecteur, il s'admit avec une résignation toute particulière que s'il avait pu, il aurait sans doute jeté cet homme par la fenêtre pour avoir la paix. Une option tout aussi rêvée qu'inatteignable, parce que ça aurait laissé le champ libre à M. Utagaï de rabattre sa « ténacité professionnelle » sur Eijirô, Kacchan et Kam. La meilleure manière de les protéger, là maintenant, c'était de faire face.

Et les longues explications méticuleuses, c'était son domaine :

« La totalité de ces « étrangetés » sont parfaitement explicables : concernant l'apparition de l'alter de guérison chez Eijirô, nous sommes allés consulter un spécialiste, qui nous a assuré que tout était normal. » commença-t-il d'un ton uni, lassé. « Incongru, certes ; rare, bien sûr, mais normal. Je demanderai à mes assistants de mettre son rapport d'examen médical à votre disposition, si cela peut faire avancer votre enquête. Au passage, pendant qu'on parle de cet hôpital : le « récit farfelu » de ce journaliste n'a même pas été démonté, tant on lui accorde peu de crédit au vu de son passé… professionnel, si on peut dire. J'y peux rien si un homme à la crédibilité notoirement compromise a décidé d'inventer une histoire sur ma présence ou celle de mon fiancé dans un bâtiment public. Et croyez-moi, ça m'arrangerait sacrément que les journalistes nous fichent la paix au lieu d'annoncer la soit-disante vingt-troisième rupture de Kam et Kacchan, sans compter mes trois tromperies supposées, et si je suis à jours dans mes comptes de revues de presse people, on a déjà six amants, rien qu'Eijirô et moi. »

L'inspecteur fit une grimace de compassion, avec cette pointe de mépris que tout bon policier avait pour les journalistes.

« Quant à ma « subite » passion pour cette affaire de loup-géant, c'est rien d'autre que ma dévotion habituelle envers mon travail – puisque je vous rappelle que c'est pour le travail et la sécurité nationale que je me suis penché là-dessus, à la demande du gouvernement. Je pourrais vous fournir toutes les archives que j'ai gardées de mes anciennes enquêtes, mais franchement, vous faites partie des forces de l'ordre, je crois que j'ai une assez bonne réputation de rat de bibliothèque parmi mes collègues pour que vous en tiriez vous-même vos conclusions. Quand je m'attaque à un dossier, je le fais bien, c'est tout. »

« En allant dans plusieurs archives ? »

« Parce que vous vous êtes arrêtés à l'interrogatoire de ce matin, vous ? Ou à ceux de vos collègues ? » souligna Izuku, satisfait de se voir le point accordé d'un hochement de tête. « Tant qu'on a une piste, on la suit, n'est-ce pas ? Donc j'ai gratté toutes les informations et sources d'informations à ma disposition, je ne vois pas ce qu'il y a d'étrange là-dedans.

C'était quoi, vos deux points suivants… Ha oui, difficultés à retracer nos déplacements et augmentation de nos courses alimentaires. Là encore, ça ne vous est pas venu à l'esprit qu'on a simplement arrêté de se déplacer ? On a peu bougé ces derniers temps, en tout cas peu en dehors du travail – où tout est soigneusement monitoré, comme vous le savez puisque vous avez déjà dû consulter les rapports de missions. Et nos relevés de déplacement des balises gps de nos costumes, accessibles aux forces de l'ordre sur simple demande. Etje crois pas que ce soit réellement nécessaire d'expliciter l'augmentation des courses alimentaires : quand on est stressés, on mange plus. »

« Stressés ? »

« Un dossier important et des préparatifs de mariage, donc oui. Stressés. » appuya-t-il en s'efforçant de ne pas prendre un ton plus agressif que nécessaire. Il était primordial qu'il continue d'offrir l'illusion de la coopération, sans jamais cesser de souligner l'irrespect dont faisait preuve M. Utagaï en l'interrogeant devant la porte de la chambre de Kam. « Quant au fait d'emménager ensemble, je vous rappelle que nos amitiés sont plus longues que votre carrière, et je ne vois pas le problème de passer du temps avec nos meilleurs amis – qui sont aussi nos témoins de mariage, cela dit au passage. »

« Au point de partager un espace si clos ? Et votre intimité ? »

« Vous n'avez jamais entendu parler de plan à quatre ? » rétorqua Izuku en perdant son calme une fraction de seconde. Ce qui ne l'empêcha pas de regretter amèrement que Kam n'ait pas été assez éveillé pour pouvoir assister à la légère décomposition de l'expression jusque-là sereine de l'inspecteur.

« Vous ? Des pro-héros ? Ça ne paraît pas le genre de la maison... »

« Vous seriez surpris de ce qui se passe chez les pro-héros. »

« Ça ne me paraît pas le genre de la maison, en ce qui vous concerne. » réitéra l'inspecteur avec cet infime froncement de sourcils désapprobateur qu'Izuku se fit une joie d'aggraver :

« Encore une fois, vous seriez surpris. Vous voulez une sextape ? »

La grimace était absolument savoureuse, mais pas autant que l'air pincé de M. Utagaï quand il cracha, en renonçant à sa prise de note :

« Ça ira, merci. »

« Tant mieux. Ça ne me paraissait pas le genre de la maison de toute façon. »

« Vous réalisez que vous êtes dans une situation délicate, M. Midoriya ? » grinça de plus belle M. Utagaï, dans un coup de bluff ridicule. D'autant plus ridicule que son expression courroucée n'arrivait pas à la moitié de la patte d'un loup-garou agacé de se voir refuser son goûter, mais Izuku traita la question avec tout le sérieux nécessaire :

« Vous croyez qu'on l'ignore ? On s'est retrouvé face à un ennemi trois fois trop fort pour nous, et de la part de pro-héros ayant affronté ce qu'on a dû affronter dans nos adolescences, je vous prie de croire que « trop fort » n'est pas une mince affaire. On s'est fait absolument rétamer, en perdant… Beaucoup. Et en étant obligé de tuer pour nous défendre. Tout ça en saccageant au passage un bâtiment public et censé être sur-protégé – vous pensez pas qu'on est au courant, que c'est la plus grosse foirade de nos carrières professionnelles ?! »

Il s'était surpris lui-même, sur la fin de sa tirade, emporté par la fatigue et la boule de tristesse dans sa gorge. Qui ne fit que s'agrandir davantage lorsqu'il vit l'inspecteur rouvrir la bouche pour poser une énième question ou souligner un point un peu trop faible dans son argumentation, soit tout un tas de truc qu'il n'avait décidément plus la patience d'endurer. Son habituelle réputation de bonne pâte au caractère facile, jamais fâché, ne lui servit jamais autant qu'à cet instant précis, lorsqu'il coupa l'inspiration de l'inspecteur, un pas en avant pour toiser d'un peu plus près son interlocuteur :

« Si vous voulez lancer un mandat d'arrêt contre nous, faites-le. Mais arrêtez de nous harceler de la sorte alors que Kam n'est même pas encore sorti du coma ! »

M. Utagaï ravala sa réplique, ou sa question, et à la grande satisfaction d'Izuku, accepta la rebuffade d'un hochement de tête sec. Suivi d'un raclement de gorge dans le silence épais du couloir, juste à l'entrée de la porte de la chambre de Kam que ni l'un ni l'autre n'avait entendu s'ouvrir au cours de la discussion :

« Il y a un problème ? » s'enquit Kacchan d'un ton calme incapable de dissimuler l'agressivité dans sa voix – ou au creux de ses yeux encore rouges de pleurs. Ça, c'était visible, mais l'expérience d'Izuku s'attarda sur la rigidité de sa posture, la légère contraction de ses poings quand le loup en lui huma l'atmosphère tendue et il fut soulagé d'entendre l'inspecteur faire une prudente marche arrière :

« Non, aucun. Je passais juste informer votre… collègue des suites de l'enquête. »

« Mon… collègue ? » réitéra Kacchan, reprenant l'intonation particulièrement insultante de M. Utagaï, qu'Izuku balaya d'un geste de la main :

« Laisse Kacchan, Monsieur Utagaï m'a demandé d'expliquer pourquoi vous nous logiez, en ce moment. »

« Ah. Il veut une sextape, lui aussi ? » ricana le blond, s'alignant si naturellement sur l'attitude d'Izuku que celui-ci dû se mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire. Kacchan ne fit pas l'effort, lui, et s'esclaffa bruyamment en voyant l'expression de l'inspecteur Utagaï passer d'une défiance naturelle à un dépit absolu :

« Et pour vos recherches internet disparues ? »

« Les VPN, ça existe. » souligna Izuku en haussant les épaules, faussement tranquille. Un VPN nommé Sero, pas sûr que ça se trouvait sur le marché grand public, mais l'inspecteur pinça les lèvres, et soupira :

« Bon, je crois que j'ai posé toutes mes questions. Merci pour votre… temps. Je vous recontacterai dès que j'aurais fini d'écouter et d'analyser vos dépositions. »

« Faites donc ça. » persifla Kacchan, insensible au coup de coude que lui fila Izuku en profitant allégrement du fait que ses côtes à lui étaient intactes.

Il fut ignoré tout aussi royalement quand il agrémenta l'impoli refus de son meilleur ami de saluer d'un regard noir, et il se força à s'excuser à la place de Kacchan et saluer pour deux. M. Utagaï prit la peine de le remercier une fois de plus en prenant congés, le temps qu'il range son petit carnet avec plus de virevolte et tournicotis que Kam sur ses rollers – une pensée un peu trop acérée, devant la chambre d'hôpital de celui-ci.

« Ça va ? » lui glissa Kacchan à mi-voix, ignorant le départ de l'inspecteur Utagaï de manière magistrale et Izuku fronça les sourcils :

« C'est plutôt à moi de te poser la question. »

« Aux dernières nouvelles, je gueulais pas sur un inspecteur de police dans le couloir, moi. »

« Je gueulais pas. »

« C'est ça. Et tu tapes pas du pied d'agacement, non plus. » murmura son meilleur ami, soulignant sa remarque de la chaleur de sa main sur la nuque d'Izuku, tellement apaisante que le tapotement de jambe s'évanouit sur le champ.

« Au fait. » les interpella l'inspecteur au bout du couloir, trop précis dans sa prononciation pour un réel oubli. « Nos équipes ont transmis les échantillons de sang et d'ADN prélevés sur la scène à des labos, les premiers résultats devraient tomber dans moins d'une semaine. »

De deux choses l'une, songea Izuku, le regard fixé sur M. Utagaï disparaissant dans l'escalier : d'abord, l'inspecteur n'était absolument pas convaincu par leurs explications, ni par leurs dépositions, et ce coup de pression savamment mis en scène était une énième technique de déstabilisation. Il n'allait rien lâcher jusqu'à les avoir tous enfermés derrière des barreaux, minimum. Et de deux...

« On est pas dans la merde. » souffla Kacchan à côté de lui, si parfaitement raccord avec ses propres pensées qu'Izuku hocha la tête, dépité.


La silhouette de Kacchan, quasi floue en raison de l'obscurité et de la vitesse à laquelle il parcourait la cuisine, fit un énième demi-tour en arrivant devant le frigo et Prince Carnage gémit sur ses talons, peinant à suivre le rythme avec ses toutes petites pattes.

« Kacchan... » gourmanda Izuku devant l'apparition des oreilles de loup dans ledit demi-tour, là où Kacchan prenait cinquante centimètres à chaque fois. Ça se répercutait sur son ombre en ondulations, dans la lumière chiche de la lampe de camping utilisée pour plus de discrétion et posée à même le sol, au cas où ils seraient sous surveillance. Ils avaient dû se résoudre à ça, puisque leurs portables étaient soigneusement calfeutrés dans des boites, isolés d'eux par précaution, et qu'ils avaient débranché quasiment tous les appareils électroniques de la baraque.

« On peut pas sortir Eij et Kam de là ? » relança le blond, pour ce qui n'était pas moins de la sixième fois depuis minuit – un record – et Izuku soupira en étalant – pour la sixième fois – ses arguments :

« Ils ont besoin de soins, et on ne peut pas déplacer des personnes aussi gravement blessées sans risques. Eij, peut-être, vu ses capacités de guérison, mais Kam, sûrement pas. Après, si toi et Eij vous voulez vous enfuir, c'est encore faisable. »

« Hors de question qu'on vous abandonne dans ce merdier. » gronda le blond en retournant une fois de plus, avec le même schéma de brusque prise de centimètre dans sa volte et rapetissement dans la foulée, pour que la distance de la cuisine ne soit pas parcourue en un pas. Toujours sur ses talons, Prince Carnage piqua un sprint pour le rattraper, petite boule de poils vive sur le sol.

Puisqu'il était inutile de lui proposer de s'asseoir ou de tenter de s'apaiser, Izuku le laissa recommencer son manège. Il fit tourner une fois de plus la bague de Sero sur son doigt, dans un geste de stress, et se pencha sur son ordi en clignant des yeux dans l'espoir de chasser le flou de sa vision. La surexposition aux écrans, couplée à la fatigue et aux pleurs, rendait la chose douloureuse, mais ils n'avaient pas le luxe de prendre leur temps pour tenter de dénicher un traitement dans l'amoncellement d'études récupérées à l'Agence. En vérité, ils n'auraient jamais le temps de trouver quoi que ce soit avant que les résultats des tests adn ne soient transmis à l'inspecteur Utagaï, et encore moins le temps de réunir ce qu'il fallait pour élaborer un éventuel traitement. Ou le voler, ou l'acheter, ou tout ce qui serait nécessaire pour se procurer le truc capable de guérir Eijirô et Kacchan.

Ce qui n'empêchait pas d'essayer, n'est-ce pas ?

Un chouinement de petit chien le fit jeter un regard par-dessus son écran, amusé de voir Prince Carnage en plein abandon : planté au beau milieu du passage de son maître, il lança à celui-ci un regard à fendre le cœur, option gémissement martyrisé en prime, et Kacchan céda. Il s'arrêta le temps de récupérer son chien et de le lover contre lui à l'en étouffer, puis proposa sans grand y croire :

« Y'a moyen de ralentir les tests ? »

« À moins de faire exploser les laboratoires, non. »

Le silence qui suivit sa réponse aurait pu être un soulagement, puisqu'il lui permit d'enquiller deux paragraphes âpres d'une étude entre l'alter transmissible et les hormones qui confirmait l'une de ses théories, au passage. N'eut été l'épaisseur dudit silence, qu'Izuku aurait pu reconnaître entre mille : ça sentait l'idée absurde à plein nez. Il laissa deux bonnes minutes à Kacchan pour se lancer, avant de se dévouer de lui-même :

« Crache le morceau, à quoi tu songes ? »

« Je… ça va te paraître absurde. »

« Plus que notre situation actuelle ? » tenta-t-il, dépité de l'ironie de son humour et Prince Carnage se mit à lécher le menton de Kacchan dans une tentative d'apaisement.

« Est-ce que tu crois que… qu'on pourrait… Qu'on pourrait aller voler les échantillons ? Tous les deux ? »

« Mais ça va pas ?! » explosa Izuku par-dessus l'écran, avant de rabattre celui-ci pour offrir toute l'ampleur de son froncement de sourcil réprobateur. « Kacchan, on est que deux ! Et tu voudrais qu'on tente de dérober des échantillons sous haute sécurité ? Alors que c'est précisément ce à quoi s'attend l'inspecteur Utagaï ? »

« Je sais ! » cracha Kacchan en retour, sous un jappement du chien. « Je sais que c'est absurde, je l'ai dit ! »

« On n'y arrivera jamais sans se faire tuer avant ! On peut rien faire, on a pas le choix pour le moment ! »

« Je sais ! »

« Alors pourquoi tu proposes ? »

« Parce que ça me rend fou cette situation, c'est tout ! » hurla le blond et son cri recouvrit à peine la déchirure de tissus et de peau que le début de sa transformation entraîna.

Adossé comme il l'était contre l'évier, il ne prit qu'un mètre de plus, gardant une forme aussi humanoïde que possible pour un loup-garou, ses oreilles aplaties contre le plafond et le dos voûté, les griffes cadenassées autour du loulou dans ses bras. Izuku se leva d'un bond pour tenter d'arracher Prince Carnage de là avant que ça ne dégénère pour la petite bête, immobilisé aussitôt par la réaction du chien. Loin d'être préoccupé par l'idée de descendre, Prince Carnage se tortilla dans tous les sens jusqu'à pouvoir lécher le museau camus du loup qui le tenait, frottant sa truffe contre celui-ci tout en s'efforçant de déposer le plus de léchouille possible au centimètre carré.

De la part d'un chien qui osait à peine dormir à leurs pieds, c'était surprenant, mais Kacchan inspira profondément, la truffe enfouie dans la fourrure vaporeuse de son chien et rapetissa aussi sec. Le temps qu'Izuku fasse le tour de la table, il avait repris une taille à peu près humaine, bien que supérieure à sa hauteur habituelle.

« Je suis désolé… ça me rend juste cinglé de pouvoir rien faire et… Et j'arrête pas de penser que si ces putains de résultats tombent avant que Kam soit assez réveillé... » Une pause en forme de sanglot ravalé avec l'énergie de désespoir, puis la voix de Kacchan descendit encore plus dans les graves, à deux doigts du murmure : « Ils vont m'emmener avant que j'aie pu le voir. Et je suis vraiment pas certain qu'on nous laisse nous voir, ou même nous parler, après… Après ça... »

Les résultats d'analyse ne leur parviendraient pas tout de suite, même avec le zèle de l'inspecteur Utagaï. Ils avaient encore un peu de temps, mais Izuku n'avait pas la cruauté de sortir des arguments pareils. Pas alors qu'il avait passé sa soirée pelotonné contre Eijirô, lui, pour faire fondre le froid dans sa poitrine à chaque fois qu'il pensait à Kam ou à la situation.

À la place, il s'approcha jusqu'à pouvoir caresser l'échine de Prince Carnage à son tour, et murmura à son meilleur ami toujours dissimulé dans la fourrure mordorée du loulou :

« Je suis désolé, Kacchan... »

Celui-ci accusa réception du message avec un haussement d'épaule, désabusé et au-delà de la colère, étonnamment :

« Moi aussi. »

À geste précautionneux, Izuku s'adossa à son tour contre l'évier, se colla contre Kacchan et posa sa tête sur son épaule où il se cala comme il put, vu la taille légèrement trop grande de son meilleur ami. Sans bouger d'un iota, il laissa un engourdissement aussi épuisé qu'angoissé l'engloutir, alourdir son corps et son esprit. Chaque minute qui lui filait entre les doigts était une minute perdue pour la recherche d'une guérison ou d'un plan d'action, mais il lui aurait été plus facile d'arrêter de respirer que de s'écarter de la chaleur surnaturelle de Kacchan. Il espérait juste que ce contact l'aidait un peu, sans pouvoir réellement faire plus qu'être là – insuffisant, largement et toujours insuffisant.

D'autant plus insuffisant que Prince Carnage ne leur laissa que cinq minutes avant de se mettre à couiner, redevenu un gremlin gigotant jusqu'à ce que Kacchan le dépose sur le sol avec un soupir. Envolés, la chaleur et l'engourdissement, laissant une grimace sur les lèvres d'Izuku quand il tenta de s'étirer sans s'étirer, merci les côtes cassées. Il craqua sa nuque dans l'espoir que le geste l'aide à se réveiller assez pour continuer ses lectures, et fut pris au dépourvu par la vague de chaleur soudaine qui précéda le corps de Kacchan contre lui d'une seconde.

Le blond l'appuya plus encore contre l'évier, répartit son poids et la force de son câlin de sorte à épargner les côtes d'Izuku, les mains automatiquement glissées contre ses reins. Le menton qui frotta plusieurs fois contre ses boucles était à la limite de l'inhumain, tout comme la force dans le geste, mais Izuku s'en moquait comme de l'an quarante. Il referma ses doigts sur le t-shirt de Kacchan et tira jusqu'à estimer l'absence de distance entre eux satisfaisante. Et tant pis pour l'oxygène, d'ailleurs.

L'odeur de Kacchan se teintait encore des antiseptiques médicaux, de ce sous-ton de plastique triste qui semblait coller à chaque centimètre de peau sitôt rentré dans un hôpital, et aussi détestable ce soit, Izuku inspira à pleins poumons. Parce que derrière, il y avait toujours sa saveur de sucre brûlé et caramel fumé, aussi rassurante que sa respiration contre lui ou la manière dont il le serrait contre lui, frôlant la limite de la douleur.

« Tu vas pas aimer ce que je vais te demander... »

Dans ses boucles, la voix de Kacchan s'assourdissait terriblement, pas assez pour ne pas comprendre immédiatement ce qu'il sous-entendait. Hors de question.

« Non. »

« Comme dirait mon meilleur ami, on a pas le choix... »

« Tu n'as qu'à élargir un peu les bandages, si on joue bien le jeu, on pourrait... »

« Deku, » l'interrompit son meilleur ami et en dépit de la protestation de ses côtes, Izuku accueillit l'accroît de pression dans le câlin avec soulagement, « Tu sais bien que ça fonctionnera pas éternellement. »

« Du moment que ça marche quelques jours ! »

« Personne guérit des trucs pareils en une semaine. » souligna Kacchan, suprêmement agaçant d'avoir à ce point raison et Izuku refit non de la tête, appuyant son front contre le haut de son torse en maudissant qu'il n'ait pas repris taille normale.

Ha ça, c'était efficace, d'être un loup-garou ! Guérir des brûlures graves en une journée, là, pas de soucis, mais alors pour résister aux sautes d'humeurs de leur cycle hormonal, y'avait plus personne ! Putain d'organisme de merde. Et Izuku refusait d'être obligé de… Il refusait, c'est tout. Ils pouvaient bricoler une autre excuse pour la vitesse de guérison éclair du blond, et si ça n'était pas assez, ils pouvaient très bien faire attention à garder les pansements dans un état impeccable, tellement bien faits que pas un infirmier n'aurait à y redire – et donc, à y toucher. Ou alors, ils pouvaient prétendre que le contrecoup de la nuit avait rendu Kacchan si angoissé qu'il ne supportait plus du tout qu'on le touche, enfin, pas par des étrangers en tout cas, ça pouvait même coller avec le caractère bourru de son meilleur ami, ou bien...

« Izuku... » supplia Kacchan, maudit soit-il, et Izuku capitula avec un geignement. Comme s'il avait jamais été capable de résister à son prénom !

« Je te déteste de me faire ça. »

« Je sais… Si ça peut t'aider, ça va me faire plus mal à moi qu'à toi. » plaisanta Kacchan avec un rire qui ressemblait à s'y méprendre à un jappement, avant de réaliser sa connerie en sentant Izuku se raidir contre lui.

« Hé. » et il le lâcha jusqu'à pouvoir glisser ses mains à la peau bien trop lisse sur les joues d'Izuku, lui relever la tête jusqu'à croiser son regard et s'excuser de manière décente : « C'était qu'une plaisanterie, désolé... »

« Ba c'était pas drôle. »

« Tout le monde peut pas être Kam. » accorda Kacchan avec un sourire doux-amer, qu'Izuku embrassa délicatement en se haussant sur la pointe des pieds. Enfin, qu'il embrassa délicatement le temps que lui laissa Kacchan avant de l'attirer à lui et d'aggraver le goût de ses lèvres sur les siennes, sans jamais réussir à dissimuler la saveur de peur entre eux.

La chaleur de sa bouche s'éloigna bien trop vite pour Izuku, qui retint in-extremis la plainte dans sa gorge sans se faire d'illusion sur sa capacité à être discret. Et que Kacchan lui dépose un dernier baiser sur les lèvres en l'abandonnant au froid de la cuisine ne fit qu'étendre son envie de se plaindre et de chouiner de la même manière que Prince Carnage. À la place, il se fit violence pour ne surtout pas songer à ce qu'il allait devoir faire – ce qu'il était en train de faire, en réalité – et sorti une casserole du tiroir le plus proche pour la balancer sur le feu, les doigts chauffés par la brusque chaleur de la plaque.

« Tu sais, même si je vais douiller… ça sera vite guéri. » tenta Kacchan en guise de consolation, occupé à défaire les derniers restes de pansement que sa transformation n'avait pas déchiqueté.

« Mmm. Et faudra recommencer. » remarqua Izuku d'une voix sombre, écœuré d'avance. Il versa la moitié de la bouteille d'huile que lui tendit Kacchan dans la casserole, tandis que ce dernier s'accoudait à l'évier et y tendait les mains, mâchoires cadenassées sur sa propre ceinture pour éviter de hurler quand ils lui brûleraient à nouveau la peau à l'aide de l'huile.


C'est parti !

(MERCIII !)

StellaWhite96 : COUCOU ! Ahlala, le piège fatal d'ouvrir fanfiction tard le soir en se disant « juste deux minutes » - mais bien sûur, deux minutes, lol XD. Désolée de t'avoir fait dormir tard, du coup ! Je comprends la tristesse mêlée de satisfaction pour la petite meute toute tristoune !

Merci immensément ! C'est absolument adorable ! J'espère que ce chapitre t'aura plu aussi et au plaisir de te relire !

Omiya : Hey hey hey ! Je sais qu'on s'est déjà répondu et tout sur wp (je veux finir ta fiiiic bordel, je vais y arriver!) et discord, mais au cas où des lecteurs et lectrices attendraient ici aussi la réponse à tes questions XD :

Appréciable de temps en temps de faire clamser Izuku, MAIS QUELLE QUEEN de le dire comme ça XD. J'adore. On voit pas du tout la référence… brûlante, n'est-ce pas XD ? Ha ba Izuku qui chouichouine pas sur ses responsabilités (il croit que le monde est sous sa garde, pauvre chat), c'est un Izuku assommé, finalement XD.

Aaaw ça fait tellement plaisir que Katsuki ait été apprécié à sa juste valeur ! Dans ce chapitre-ci aussi, j'espère ? Tu me diras . Et oui, on a encore un chapitre et demi avant la fin (ce que ça va me faire bizarre, mon dieu… j'imagine pas encore T-T).

Bon du coup, j'espère que ce chapitre valait la looongue attente que ça a été ! Et j'ai fort hâte de te relire ! MERCI d'être toujours là !

Yume Danlalune : Bonjouuur, merci pour toutes les reviews, c'était absolument ADORABLE ! Ça fait hyper plaisir, merci beaucoup ! Je te réponds un peu en vrac, mais :

Je suis ra-vie que l'amitié Izuku et Kacchan te plaise, c'est sans doute mon truc préféré à écrire, j'avoue XD. Ça fait extrêmement plaisir aussi que le couple Eij/Izuku plaise, j'ai eu un peu de mal à trouver leur rythme, donc tant mieux si ça marche .

Oui heureusement que tu avais la suite de la morsure directement ! Imagine les pauvres lecteurs qui ont dû attendre, bichettes T-T. Aaaw ça fait tellement plaisir les commentaires sur la dynamique de mon quatuor préferé !

Ah au moins tu prends quand même le train en cours de route, même si c'est pour deux derniers chapitres XD. Ça m'a hyper étonnée de savoir que des nouvelles personnes commençaient ma fic, donc merci beaucoup pour ça et pour avoir prit le temps de laisser plusieurs reviews, c'est super gentil !

Athena : Coucou ! Noël avant l'heure, rien que ça ? Mais vous me flattez, voyons XD !

Bon du coup tu as dû attendre décembre pour la suite, c'est pas hyper ouf non plus T-T ! Heeee oui, sans repos ni temps, ils se retrouvent face aux autorités, un pur plaisir (Kacchan veut démonter des gens, je pense XD). J'ai commencé à écrire les retrouvailles avec Kam et j'espère tellement être à la hauteur des attentes !

Moi aussi j'arrive pas à croire que c'est quasi-fini… je vais avoir un gros passage à vide, après ça T-T (j'ai déjà dix milles trucs de prévu XD)

Au plaisir de te relire et en espérant que ce chapitre t'aura plu aussi !

Jeannot : BONJOUR LECTRICE DE L'OMBRE ! (Qui n'en est plus une, du coup XD) Mais quel plaisir de lire ta review ! Merci tellement ! Et encore plus de savoir que t'as interrompu ta lecture pour laisser une review, mais c'est adorable, mille merci !

Hahaha, je suis toujours étonnée que The Manly Bottoms plaise comme ça (mon style a changé, depuis xD) mais ça fait toujours plaisir de voir que mes pignoufs sont si aimés XD. Une aussi bonne fanfic et sur ce fandom, WHAO MAIS DOUCEMENT, je ne mérite pas tant de compliment KUZEYHF. En tout cas absolument ravie et refaite que ça t'ai plu à ce point !

T'as du courage, de te lancer dans Tie the Knot avec autant de chapitre devant toi, bravo, j'applaudis XD ! Ça fait super plaisir !

(J'espère que les autres fics, à part Tie the Knot, t'ont plu, du coup et si jamais un jour tu les relis, je serais ravie d'avoir ton avis XD).

ALORS pour la petite histoire, j'ai décidé de caler un animal de compagnie à Katsuki dès que je pouvais, toujours avec des noms de la sorte XD. Pour le moment, il a eu droit à Princess Explosion, Prince Carnage et Sa Majesté Éviscération XD.

C'est vraiment un compliment extraordinaire de me dire que tu adores les détails et le naturel de mes personnages, merci du fond du coeur ! J'espère avoir le plaisir de te relire et surtout, que le reste de la fic soit à la hauteur de tes attentes !