Chapitre 3

L'appel de l'inconnu


Le matin suivant, Hermione était déjà installée dans la grande salle de lecture de la bibliothèque de la Sorbonne sorcière. Elle avait passé une nuit agitée, hantée par les mots de Snape et l'étrange sentiment qu'elle avait franchi une limite. Pourtant, la curiosité et la détermination étaient des moteurs qu'elle ne pouvait ignorer.

Elle passa la matinée à éplucher des registres magiques, cherchant une quelconque mention qui pourrait relier Severus Snape à Paris. Mais chaque piste qu'elle imaginait s'avérait être une impasse. Pas de "S. Prince" dans les registres de résidents. Pas de traces de transactions financières, pas de demande formelle au Ministère français de la Magie. C'était comme s'il n'existait tout simplement pas.

Bien sûr qu'il n'existe pas,pensa Hermione, frappant doucement son crâne avec le dos de sa plume.C'est Snape. Il aurait pris soin de tout effacer.

Elle referma brusquement un registre poussiéreux et s'enfonça dans sa chaise, frustrée. Cela ne ressemblait pas à ses habitudes. Elle n'avait jamais été du genre à abandonner si rapidement, mais elle sentait une lassitude inhabituelle s'installer. Peut-être que Snape avait raison. Peut-être qu'il valait mieux ne pas fouiller davantage.

Non,décida-t-elle en se redressant.Il y a toujours un moyen.

Elle passa le reste de la journée à chercher, mais tout ce qu'elle trouva furent des indices si ténus qu'ils semblaient presque délibérément conçus pour induire en erreur. Un article ancien mentionnant un maître de potions anonymement cité dans un cercle académique français, des notes cryptiques sur des ingrédients rares échangés dans les marchés magiques parisiens. Rien qui ne mène directement à lui, mais tout ce qu'elle trouvait semblait imprégné de son style discret.

Alors qu'elle quittait la bibliothèque à la tombée de la nuit, Hermione sentit une étrange tension dans l'air. La rue semblait inhabituellement calme, presque trop. Elle resserra son manteau autour d'elle, accélérant le pas. Depuis sa rencontre avec Snape, elle ne pouvait se débarrasser de la sensation d'être observée.

Arrivée chez elle, elle referma rapidement la porte derrière elle et posa son sac sur la table. Ce fut alors qu'elle le vit.

Un simple flacon de potion, posé sur le rebord de sa fenêtre. Le verre, légèrement embué, renfermait un liquide d'un vert profond qui semblait pulser doucement sous la lumière de la lune.

Hermione s'approcha lentement, les sourcils froncés. Elle savait que sa fenêtre était fermée lorsqu'elle était partie. Et personne ne pouvait simplement pénétrer chez elle sans qu'elle ne le sache. Sauf peut-être...

Elle saisit le flacon, l'examinant avec précaution. Une note pliée était attachée à son col. Hermione défit doucement la ficelle et lut les mots écrits avec une précision chirurgicale :

Vous ne trouverez rien, Miss Granger. Si vous cherchez trop loin, vous risquez de découvrir des vérités que vous n'êtes pas prête à entendre. Rentrez chez vous.

Son cœur se serra. La note n'était pas signée, mais elle n'avait aucun doute sur son auteur. Severus Snape l'avertissait. Encore.

Hermione posa le flacon sur la table et se laissa tomber sur le canapé, son esprit tourbillonnant. Il avait raison sur un point : elle n'avait rien trouvé. Et pourtant, ce simple message suffisait à raviver sa détermination. Pourquoi faisait-il tout pour qu'elle abandonne ? Si sa vie à Paris n'était qu'un choix de tranquillité, pourquoi tout ce mystère ?

Qu'essaye-t-il de cacher ?

Elle fixait le flacon, fascinée par son éclat hypnotique, tout en sentant sa colère monter. Snape pensait qu'il pouvait la contrôler, lui dicter sa conduite. Mais il avait tort. Elle n'abandonnerait pas. Pas maintenant.

Les semaines passèrent, mais Hermione ne parvenait pas à effacer les souvenirs de sa rencontre avec Snape. Chaque détail de cette nuit, chaque mot qu'il avait prononcé, restait gravé dans son esprit. Et pourtant, plus elle réfléchissait, plus elle comprenait. Il voulait simplement qu'on le laisse en paix. Loin du chaos de l'Angleterre, de Poudlard, et de tout ce qu'il avait sacrifié.

Un matin, alors qu'elle travaillait dans les bureaux du Ministère de la Magie français, une envie irrépressible s'empara d'elle. Pattenrond. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à son chat, à ses grands yeux ronds et à sa façon de ronronner contre elle les soirs où elle avait besoin de réconfort. Elle n'avait jamais vraiment accepté son départ. Peut-être que le revoir m'aidera à tourner la page, pensa-t-elle, tentant de se convaincre que ce n'était pas Snape qu'elle voulait voir, mais son compagnon félin.

ermione tenta de retrouver l'adresse de Snape, mais une étrange frustration s'empara d'elle. Elle visualisait parfaitement son appartement dans son esprit — les livres, la cheminée, même l'odeur subtile de cèdre — mais impossible de se rappeler la rue. Elle essaya de transplanner directement en s'appuyant sur ses souvenirs, mais un étrange vide remplaçait la destination.

Il a dû utiliser un sort pour protéger son anonymat, réalisa-t-elle. La magie de Snape, précise et implacable, avait effacé toute possibilité de revenir chez lui par accident ou par intention. Elle sentit une pointe d'amertume en réalisant qu'il avait anticipé une telle situation.

Le soir même, alors qu'elle sortait du ministère, quelques camarades de master lui proposèrent de prendre un verre. Ils formaient un petit groupe soudé depuis leur première année, et elle aimait ces moments de légèreté qui lui rappelaient qu'elle n'était pas seule dans cette aventure académique.

Un bar ? Je connais un endroit sympa dans le 18e, proposa-t-elle sur un coup de tête.

Le lieu choisi était évidemment celui où elle avait croisé Snape pour la première fois. Ce choix n'était pas innocent, mais elle se persuada que c'était une coïncidence. Après tout, elle n'avait aucune garantie qu'il y serait, et ses camarades ne soupçonneraient rien.

Ils étaient sept, installés autour d'une table près de la scène où un groupe de jazz jouait une mélodie entraînante. Les rires et les conversations animées remplissaient l'air. Hermione se laissait doucement emporter par l'ambiance, un verre de vin à la main, quand elle remarqua un de ses camarades, Hugo, jeter un coup d'œil appuyé vers l'entrée.

Oh, regarde ça ! dit-il à voix basse, donnant un léger coup de coude à Hermione. C'est le directeur de thèse de ma sœur. Tobias Snape. Un cador dans son domaine !

Hermione faillit faire tomber son verre. Tobias ? Elle tourna la tête vers l'entrée et son cœur s'arrêta un instant. Snape venait d'entrer, vêtu d'un long manteau noir qui renforçait sa silhouette imposante. Son regard parcourut brièvement la pièce avant de se poser sur elle, et une lueur d'ennui traversa ses traits lorsqu'il la reconnut.

Ma sœur dit qu'il a un accent anglais super sexy ! ajouta Hugo en riant. Elle est convaincue qu'il a été espion dans une autre vie.

Hermione esquissa un sourire forcé, mais son esprit était ailleurs. Snape s'installa à une table éloignée, apparemment absorbé par le groupe de jazz. Malgré elle, ses yeux revenaient sans cesse vers lui. Tobias Snape. Le nom résonnait étrangement dans son esprit. Était-ce une nouvelle identité, ou une autre facette de sa vie qu'il avait soigneusement dissimulée ?

Le concert battait son plein, et Hermione tentait de se concentrer sur la musique, mais elle ne pouvait ignorer sa présence. Elle croisa son regard à plusieurs reprises, et à chaque fois, il semblait plus exaspéré. Finalement, à la fin de la soirée, elle le vit se lever et quitter la salle.

Hermione dit rapidement au revoir à ses camarades et sortit, se glissant dans la rue sombre. Snape marchait à quelques mètres devant elle, son manteau noir se fondant presque dans l'obscurité. Elle le suivit jusqu'à une station de métro et monta discrètement dans la même rame. À chaque station, elle se rapprochait un peu plus, jusqu'à ce qu'ils descendent dans le 6e arrondissement.

Elle accéléra le pas pour le rattraper. Alors qu'il traversait un passage piéton, elle se mit à courir pour réduire la distance. Mais soudain, alors qu'elle arrivait dans une ruelle étroite, une main ferme l'attrapa par le bras et la tira dans l'ombre.

Vous ne pouvez pas vous empêcher, n'est-ce pas, Miss Granger ? siffla une voix froide.

Snape se tenait devant elle, son visage à peine éclairé par la faible lumière d'un réverbère.

Vous me suivez depuis tout à l'heure. Pensez-vous vraiment que je ne m'en rendrais pas compte ?

Je... je voulais juste voir Pattenrond. Il m'a tellement manqué ! balbutia Hermione prise au dépourvu

Snape plissa les yeux, son expression oscillant entre irritation et exaspération.

Si ce chat n'est pas revenu, c'est qu'il a une excellente raison. Croyez-moi, il est bien plus intelligent que vous ne le pensez.

Les larmes montèrent aux yeux d'Hermione. Elle sentit la frustration et l'émotion qu'elle retenait depuis des semaines exploser.

Vous ne comprenez pas ! J'ai besoin de le voir ! Vous ne pouvez pas me refuser ça !

Snape recula légèrement, surpris par son emportement.

Vous êtes insupportable, Miss Granger. Si cela peut mettre fin à cette mascarade... dit-il d'un ton sec

Avant qu'elle ne puisse répondre, il l'attrapa par le bras et transplana. Lorsqu'ils réapparurent, Hermione sentit ses pieds toucher le parquet familier de l'appartement de Snape.

Pattenrond était allongé sur un fauteuil, ses yeux ronds fixant Hermione sans véritablement la reconnaître. Elle s'avança lentement, s'agenouillant à côté de lui.

Pattenrond... murmura-t-elle.

Elle tendit la main, mais le chat se détourna, visiblement indifférent. Ce rejet inattendu lui fit monter les larmes aux yeux.

Tu ne te rends pas compte de l'inquiétude que j'ai eue... dit-elle d'une voix brisée.

Derrière elle, Snape croisa les bras, un sourire ironique sur les lèvres.

Touchant, lança-t-il. Souhaitez-vous que je prépare une scène de retrouvailles plus dramatique ?

Hermione se redressa, fusillant Snape du regard, mais elle n'eut pas le temps de répondre. Il fit un geste en direction de la cuisine.

Asseyez-vous. Je vais vous préparer un thé. Au moins, vous serez calmée avant de repartir.

Elle le regarda, incrédule, mais obéit, s'installant à table.