Salutations ! J'espère que cette petite fic vous plaira !
Est-ce que j'ai vu quatre saisons d'une série romantique juste pour comprendre les références de cet épisode alors que je n'aime pas vraiment la romance ? Oui, absolument. Est-ce que j'ai écrit cette fic pour que ces connaissances nouvellement absorbées aient une vraie utilité ? Totalement^^
Bonne lecture !
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Sur l'écran, une jolie rousse, ignorante de son charme, était tiraillée entre l'amour et la raison.
Tout, la société, sa famille, sa conscience, la poussait vers un homme qu'elle n'aimait pas. Un homme bon qui l'épouserait avec plaisir et la laisserait profiter de ses passions. Un homme qui ne jugerait ni ses doigts tachés d'encre ni le nombre de chandelles qu'elle utilisait. Un homme qu'elle appréciait et qui l'appréciait en retour, auprès de qui elle pourrait vivre une vie sans heurts. C'était un hymen parfait, une situation inespérée. Qu'est-ce que l'amour face à une telle liberté ?
Mais son cœur, son cœur si fou qui battait dans sa poitrine comme les ailes d'un oiseau sauvage qu'on met en cage, son cœur, lui, refusait d'écouter sa raison. Son cœur, naïf malgré une vie de déceptions, bruyant malgré des années à l'étouffer, son cœur butté, borné, son idiot de cœur !
Son cœur s'était épris d'un autre homme. Un homme qui ne la verrait jamais plus que comme une sœur ou une amie… Un amour impossible pour celle qui se moquait depuis si longtemps des hypocrisies de la saison des mariages à la cour de la Reine Charlotte.
Elle devrait garder la tête froide, pour une demoiselle comme elle, à peine plus qu'une pierre au bord du chemin et loin, si loin d'être un diamant, un mariage de raison était la meilleure alternative. Elle n'était rien de plus qu'une citrine jaune pâle, terne et dépolie.
Pourquoi, alors, rêvait-elle chaque soir d'elle aussi connaître les étreintes et les affres de la passion ? Pourquoi-
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« Ruby Sunday, tu es dans le vaisseau spatial le plus avancé de tout l'univers, et qu'est-ce que tu fais ? Tu regardes une série Humaine ».
Ruby sursauta, retournant instinctivement son portable pour cacher l'écran. Ses épaules se d'étendirent en avisant le taquin du Docteur et elle tourna l'appareil vers elle pour mettre la vidéo en pause. Pas question qu'elle note la suite de sa série du moment, pas après tant d'attente avant de dévorer les derniers épisodes !
Le Docteur, sorti d'on ne sait où dans la salle de contrôle immaculée, se pencha derrière son épaule.
« Et sur ton téléphone en plus ? Tu sais qu'on a trois salles de projection dans le Tardis, non ? Enfin plutôt deux, je dois toujours trouver un endroit agréable pour notre ami Caïman et il adore les fauteuils en velours de la salle en face de son marais. Enfin, ça laisse une salle de projection de plus de nécessaire ! Sinon il doit bien me rester un téléviseur qui n'a pas encore été démonté quelque part…
– Il faut vous décider, Docteur, soit ça vous déplaît que j'ignore le Temps et l'Espace au profit d'une série Terrienne, soit vous me proposez une soirée ciné digne de ce nom, vous ne pouvez pas faire les deux !
Le Docteur posa les câbles qu'il tenait en main sur la console du Tardis et tendit la main à Ruby, un sourire aux lèvres.
– Oh, Ruby, Ruby, Ruby, tu apprendras bien assez tôt que je peux tout faire.
– Tout, vraiment ?, le défia-elle en levant un sourcil alors qu'elle acceptait sa main.
– Tout., affirme-il, la regardant droit dans les yeux. Il y a eu une seconde de battement avant qu'il ne s'éloigne en riant, Enfin presque tout ! Alors que choisis-tu, Ruby Sunday ?
– Hum… On pourrait avancer de quelques années dans le futur…»
Le Docteur abaisse un levier, tapote quelques boutons et la regarde dans l'expectative.
«…revenir à Londres, voir un peu ce qui va changer…»
Un cadran qui tournait, comme ces anciens téléphones que Ruby n'avait vu qu'à la télé.
Elle prend une inspiration et ferme les yeux, ses prochains mots sortant d'une seule traite.
«…et comme ça je pourrais voir la saison 4 de ma série avant tout le monde ! Allez, dites oui, Docteur, je vous en prie» !
Silence.
Ruby entrouvre un œil, observant son ami entre ses cils.
« Qu'est-ce que vous en dites ? Les dernières semaines étaient plutôt du genre agitées, ça nous changeait ?
Le Docteur eut un petit sourire avant de s'approcher d'elle.
Il pose ses mains sur les joues de Ruby, étonnamment sérieux.
– Je ne peux pas faire ça, Ruby, tu t'en doute.
– Allez, fit-elle la moue, juste un coup d'œil ?
– Non, non non non non, Ruby Sunday, dit-il en s'éloignant d'un air joueur, Non. Vous les Humains, vous voulez toujours en savoir trop avant l'heure. Je ne peux pas vous montrer votre avenir, ça gâcherait tout ! Quels ennuis pour vous si je vous laissais vous balader dans votre propre ligne temporelle… Où serait le plaisir, l'excitation de l'inattendu, le frisson de vivre ? ! ?
– Franchement, c'est juste une série, Docteur, je ne vous demande pas de rendre visite à mes petits-enfants !
– Non. Pas d'exception. Certaines choses ont de la valeur par le temps qu'on leur dédie, je ne serais pas ton raccourci » !
Ruby loucha légèrement sur le doigt que le Docteur agitait sur son visage et étouffa un gloussement.
Le Docteur écarquilla les yeux avant de souffler un petit rire malgré-lui, déclenchant un rire plus fort chez sa compagne.
« Quoi ? Pourquoi ris-tu ? Je suis très sérieux.
– Oh oui, très très sérieux ! Très très hypocrite aussi, n'est-ce pas Docteur ? Je ne suis pas avec vous depuis très longtemps mais j'ai bien l'impression que tout ça, dit-elle en englobant le Tardis qui clignotait paisiblement du mauve à l'orangé, c'est quand-même un très très gros raccourci, non ?
Le Docteur la fixe.
Pendant un trop long instant, Ruby se demanda si ce n'était pas là le moment où elle dépassait les limites non-dites de leur relation. Le moment où l'extraterrestre qu'elle avait pris pour ami la déposerait gentiment devant son palier avant de repartir dans les étoiles. La laisser seule dans le froid et la neige…
Non, réalisable-t-elle, pas seule. Plus jamais seule. Elle avait Maman et Mamie, même si cette merveilleuse aventure tout droit sortie d'un rêve venait à se terminer, elle n'aurait rien à regretter.
Le Docteur s'anima soudainement. Un grand sourire, une rangée de dents scintillantes et des yeux qui pétillaient.
– Oh, Ruby Sunday, chérie, tu as raison, tu es époustouflante ! Le Tardis est en effet un "très très gros raccourci", dit-il en fonçant comiquement les sourcils, mais tu sais quoi ? Je suis un Seigneur du Temps, les raccourcis ça me connaît ! En plus, ajoutéa-t-il en caressant gentiment la rambarde du vaisseau, tout ça, ça reste entre elle et moi ! Mais vous les humains, vous avez tout à découvrir ! Vous pouvez vous émerveiller ! C'est pour ça que j'ai bien mieux : je vous offre la croisière avec vue panoramique sur l'Histoire passée et à venir ! Et j'ai une idée qui va te plaire, Ruby, que dirais-tu de vivre ta série en vrai ?
– Oh ?, elle se redressa, avec tout ça elle en avait presque oublié son épisode, Vous allez nous infiltrer sur le tournage ? Le Docteur et Ruby Sunday, membres du staff en tous temps et tous lieux ? !
Sans vouloir se vanter, Ruby était devenue une as en matière d'infiltration temporelle. Règle numéro 1 : toujours agir comme si on était à sa place, règle numéro 2 : laisser les autres faire leurs suppositions et suivre le mouvement. Règle numéro 3 : s'éclater ! C'était un peu comme de l'impro finalement, sauf qu'il fallait courir très vite quand on échouait.
Le Docteur retourne à la console de pilotage, pianotant d'une main avant de se tourner dramatiquement pour faire tinter une clochette et de poser ses deux mains sur un énorme levier.
– Oh, mieux que ça, je vais t'offrir ta propre histoire romane, ça te dis ?
Ruby sentit une bulle d'excitation se former dans sa poitrine. Est-ce que le Docteur lui proposait vraiment une balade au dix-neuvième siècle, dans les bals et les rumeurs, les Lords et les Ladies, les robes et les danses ? Génial ! Ah mais…
– Je, je ne sais pas danser.
Punaise, pourquoi est-ce qu'elle disait ça ? Une plongée dans l'Histoire derrière une de ses séries préférées, ça n'arrivait pas tous les jours, même en étant amie avec un voyageur temporel. Ses aventures avec le Docteur étaient les plus beaux moments et les plus exaltants de sa vie mais elle devait bien avouer que jusqu'à présent ils avaient rencontré plus d'ennemis mortels intergalactiques que de grands de ce monde et plus de paysages tout droit sortis d'une fiction dystopique que paradisiaque.
Avant qu'elle puisse se corriger, le Docteur balaya ses inquiétudes.
– J'ai un truc pour ça dans le sixième atelier, celui quatre portes après le dressing, avec la poignée bleue, hein, pas la rouge ».
Apparemment, Ruby était moins douée pour garder un visage neutre qu'elle le pensait parce que le Docteur s'interrompit.
« Je te le trouverai, ne t'en fais pas. Alors, qu'en pense-tu, il agite le bout de ses doigts au-dessus du levier, prête à faire un tour à la Régence, Lady Ruby ?
Ruby s'élança vers lui, pétillante d'enthousiasme. Elle pose ses mains au milieu du levier entre celles du Docteur et lui sourit.
– Plus que jamais, Seigneur Docteur » !
Ensemble, ils abaissèrent le levier, souriant alors que le Tardis décollait et que leurs pieds perdaient un contact instantané avec le sol.
La Régence, nous voilà !
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Le Tardis fit un bruit étrange alors qu'il se matérialisait sur un carré d'herbe non loin de la capitale britannique.
Ruby partit comme une flèche vers le dressing, le vaisseau illuminant son chemin de lumières dorées.
Le Docteur vérifiera les coordonnées qui s'affichaient, tapotant du bout de l'ongle un symbole Gallifreyen qui ne devrait pas osciller.
Bon, rien de vaut une vérification à l'ancienne.
Le Docteur ouvre la porte du Tardis, reconnaissant immédiatement une trace d'essence et de gasoil dans l'air qui n'existait pas avant la seconde moitié du XXe siècle. Le paysage était calme, comme peut l'être une douce soirée printanière quand on s'éloigne de la frénésie des grandes villes.
Le Docteur sortit un instant, fermant les yeux pour se concentrer sur le mouvement de la Terre sous ses pieds et des astres tout autour. La douce symphonie des sphères.
2013. Il ouvre les yeux.
Bonne décennie mais mauvais siècle.
Le Docteur laissa son regard dériver au loin vers l'horizon londonien. En ce moment même, il était là, à une terrasse, petit-déjeunant avec une énigme qui deviendrait une amie aimée et frimant comme il aimait le faire quand il rencontrait quelqu'un qui brillait…
Il était si jeune en ce temps-là, et il se sentait pourtant si vieux et si sage. Dans sa dernière vie, du moins le croyait-il. Essayant désespérément de cacher sa part d'ombre derrière un visage enfantin. Ignorant tant de choses… Délibérément insouciant des malheurs à venir.
« Docteur ?
Le Docteur a un œil à Ruby qui s'approche, scintillante dans sa robe bouton d'or.
N'était-ce pas ce qu'il faisait toujours ? Se riant d'un danger auquel lui seul échappait ? Elle avait l'air si heureuse. Il ferait tout pour lui éviter cette destinée. Comme il l'avait fait pour chacun de ses compagnons au destin brisé. Luttant à tout jamais contre une fatalité qui, toujours, les rattrapait…
Le Docteur leva les yeux, un vif soupir entre les dents. Il semblerait que son jeune-lui ait manqué quelques séances dans leur thérapie.
Ou peut-être que certaines choses ne peuvent pas disparaître, même avec toute la bonne volonté du monde, se dit-il alors que le souvenir calme de soirées assiste à regarder le soleil se coucher auprès de sa meilleure amie et de sa nièce lui revenait.
– Mauvaise époque ! Laisse-moi régler ça.
Un lien, quelques pas de course et il était à la console alors que le Tardis fermait diligemment ses portes. En quelques tours de manivelle, deux séries de cliquetis et, étonnement, un coup de marteau, ils avaient changé d'époque.
Il échangea un regard excité avec Ruby avant de courir tous les deux vers la sortie.
Le Docteur ouvre le battant. Le carré d'herbe entre deux trottoirs avait laissé la place à une pelouse bien entretenue et un grand arbre abritait le tardis des regards. Il lécha le bout de son index et leva la main, fit quelques pas dehors et effleura l'herbe du bout des doigts avant de se tourner vers Ruby qui l'observait, appuyée sur le chambranle de la porte en bois du Tardis, un sourire aux lèvres.
– Alors ?
– 1813 ! Le 8 juin. Une certaine duchesse de Pemberton organise un bal ce soir et il semblerait que nous avions reçu une invitation, dit-il en sortant son papier psychique, quel heureux hasard ».
Ruby lui sourit, complice.
« Je reviens, je vais te chercher une petite aide pour que tu puisses virevolter sur la piste de danse ! Je sais que c'est tentant mais ne sors pas du Tardis sans moi, j'ai promis à Carla de veiller sur sa fille et il n'y a rien de plus effrayant qu'une mère qui vous fait les gros yeux. Brrr !
– Il ne va rien m'arriver à un bal, Docteur, mais promis, dit-elle en levant les mains, je ne m'enfuirais pas avec un Duc ou une princesse sans vous demander votre bénédiction d'abord. Oh, et mets un costume, on ne sait jamais, c'est peut-être vous qui allez vous enfuir aux bras d'un galant !
Le Docteur a eu un sourire un peu tordu avant d'opiner du chef.
– À vos ordres, Milady !
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La musique du générique de fin de son épisode résonnait dans l'immensité du Tardis quand le Docteur retourna dans la salle de contrôle, des boucles d'oreilles quelque peu spéciales à la main.
Ruby mit vite de côté l'envie d'en savoir plus sur le déroulement de sa série et glissa son téléphone dans une poche de sa robe. Elle pourrait être patiente. Elle leva les yeux vers le Docteur, vêtu de blanc et de velours bordeaux.
– Lord Docteur, que vous êtes fringant dans cette redingote.
Il lui fit une révérence en remerciement avant de lui donner les boucles d'oreilles psychiques.
– De la part du soleil de ce bal, c'est un compliment. Me feriez-vous l'honneur Lady Ruby ?
Elle s'accrocha à son bras alors qu'ils quittaient le Tardis.
– Toujours, mon Seigneur ».
Bras dessus bras dessous, les deux amis s'élancèrent vers le manoir d'où l'on pouvait entendre s'élever la mélodie de violons et le brouhaha de la bonne société anglaise.
Une fête, des drames, de la romance, des trahisons et des larmes ! Peut-être même un mariage ? Ruby en était persuadé, ce serait une soirée qu'ils n'allaient pas oublier !
Ruby souriait, loin de soupçonner que ces mêmes pensées étaient partagées par une famille de Chuldurs accro aux séries tv.
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Merci de votre lecture, j'espère que ça vous a plu !
