Chapitre 4
Le poids des silences
Hermione s'assit à la table, les bras croisés, les yeux rivés sur la silhouette de Severus Snape qui préparait un thé avec des gestes précis. L'espace autour d'elle semblait plus grand qu'elle ne s'en souvenait, mais toujours aussi imprégné de son aura. Pattenrond, quant à lui, s'était hissé sur une étagère et semblait l'ignorer royalement, comme pour mieux appuyer le sarcasme implicite de Snape.
Le silence qui pesait dans la pièce était presque aussi étouffant que la magie qu'elle avait ressentie lors de leur première rencontre ici. Hermione savait que chaque mot qu'elle prononcerait serait analysé, disséqué, et retourné contre elle si elle ne faisait pas attention.
Snape déposa une tasse devant elle, la vapeur s'élevant doucement dans l'air froid de la nuit.
—Voilà. Peut-être que cela apaisera vos nerfs suffisamment pour que nous puissions avoir une conversation civilisée,dit-il d'un ton qui transpirait l'ironie.
Hermione attrapa la tasse, ses doigts se réchauffant instantanément, mais elle ne répondit pas immédiatement. Elle regarda le liquide ambré, son esprit cherchant désespérément un angle d'approche.
—Pourquoi avez-vous quitté l'Angleterre ?demanda-t-elle finalement, levant les yeux pour croiser son regard.
Snape s'adossa contre le plan de travail, les bras croisés, son expression fermée.
—Je croyais avoir été clair, Miss Granger. J'ai pris une décision de vivre ma vie, loin des fantômes de Poudlard, loin de Potter, et surtout, loin des idiots qui pullulent dans notre monde magique.
—Mais pourquoi Paris ?insista-t-elle.
Il haussa un sourcil, légèrement agacé.
—Parce que c'est là où personne ne penserait à chercher Severus Snape. C'est tout. Je n'ai pas besoin d'une raison plus profonde.
Hermione sentit une frustration monter en elle. Elle était venue chercher des réponses, mais il ne lui offrait que des demi-vérités. Elle posa sa tasse avec un peu trop de force, le bruit résonnant dans la pièce.
—Vous ne pouvez pas continuer à fuir tout et tout le monde !s'exclama-t-elle.Les gens méritent de savoir que vous êtes en vie !
Un éclat de colère traversa le visage de Snape, mais il le réprima rapidement. Il s'approcha de la table, posant ses mains à plat sur le bois, se penchant légèrement vers elle.
—Et pourquoi, Miss Granger ? Pourquoi méritent-ils de savoir ? Pour que leur curiosité malsaine soit satisfaite ? Pour qu'ils fassent de ma vie un spectacle ?
Hermione sentit sa gorge se serrer. Elle savait qu'il avait raison. Mais une part d'elle refusait d'accepter cette logique.
—Et Pattenrond ? Pourquoi lui ? Pourquoi est-il ici ?demanda-t-elle, tentant de détourner la conversation.
Snape recula légèrement, jetant un regard au chat, qui s'était lové dans un coin sombre de la pièce.
—Il est venu à moi. Je n'ai pas cherché à le garder. Mais il semble que, comme vous, il a une affinité pour l'irritation constante.
Hermione baissa les yeux, un léger sourire traversant ses lèvres malgré elle. Mais ce sourire disparut rapidement lorsqu'elle réalisa que, pour une fois, Snape avait montré une touche d'humanité.
Le silence retomba, mais cette fois, il était moins oppressant. Hermione sentit qu'elle devait saisir cette occasion rare pour aller plus loin.
—Vous avez sacrifié tellement de choses...murmura-t-elle, hésitante.Pourquoi ne pas... accepter ce que vous avez accompli ? Pourquoi ne pas essayer de vivre au grand jour ?
Snape esquissa un sourire froid, presque triste.
—Vous êtes encore jeune, Miss Granger. Vous pensez que les sacrifices doivent toujours être récompensés. Mais ce n'est pas ainsi que fonctionne le monde. Certains actes sont faits pour être oubliés, et c'est mieux ainsi.
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais il leva une main, l'interrompant.
—Votre persistance est admirable, mais je n'ai aucune intention de changer de vie simplement parce que vous le souhaitez.
Hermione se mordit la lèvre, se demandant si elle devait insister ou laisser tomber. Elle n'avait jamais vu Snape aussi calme, aussi résigné, mais aussi intransigeant. Il n'était pas question de le convaincre, du moins pas ce soir.
Pattenrond descendit de son perchoir et trottina vers elle. Hermione tendit la main, et cette fois, il s'arrêta pour la renifler avant de lui accorder un bref frottement contre ses doigts. Elle sentit son cœur se réchauffer, un souvenir d'un passé plus simple remontant à la surface.
Snape, qui observait la scène depuis son coin, sembla légèrement surpris.
—Vous voyez ? Même ce maudit chat finit par pardonner,dit-il avec un soupçon d'ironie dans la voix.
Hermione leva les yeux vers lui, un sourire timide sur les lèvres. Mais elle savait que tout cela était loin d'être résolu. Elle était déterminée à comprendre ce qui le retenait ici, dans cet anonymat presque total, et surtout, pourquoi il semblait si obsédé par l'idée de se couper du monde.
Snape détourna le regard, comme pour éviter de prolonger l'échange. Il fit un pas vers la cheminée et posa une main sur le manteau de pierre.
—Il est tard. Vous devriez rentrer,dit-il d'un ton neutre.
Hermione hésita, son instinct lui hurlant qu'il y avait encore tant à dire, tant à découvrir. Mais elle savait que pousser davantage ne ferait que refermer la porte qu'il avait entrouverte, même brièvement.
—Merci pour le thé,dit-elle doucement en se levant.
Elle croisa une dernière fois son regard, et une étrange mélancolie passa entre eux. Puis, sans un mot de plus, elle transplana, laissant Snape et son silence derrière elle.
