Chapitre 5
Le vin et les vérités
Les semaines s'étaient écoulées, mais Hermione n'arrivait pas à se sortir Severus Snape de l'esprit. Il occupait ses pensées, un mélange irritant de mystère et de fascination. Elle aurait voulu croire qu'elle était passée à autre chose, mais ce matin-là, la Gazette du Sorcier l'attendait avec une nouvelle impossible à ignorer.
"Severus Snape, ange ou démon ? Rita Skeeter tease son prochain roman."
Hermione resta figée, le journal en main, son café refroidissant dans sa tasse. L'article, bien que bref, promettait des révélations inédites sur l'ancien maître des potions. Skeeter y annonçait qu'elle dévoilerait "les facettes inconnues d'un héros de l'ombre, entre lumière et ténèbres". Hermione connaissait suffisamment Skeeter pour deviner que son "travail" serait un mélange toxique de vérités déformées et de mensonges purement sensationnalistes.
Elle poussa un soupir agacé et ferma les yeux. Skeeter était sur le point de piétiner tout ce que Snape avait tenté de reconstruire. Qu'il le veuille ou non, il devait savoir.
En fin de journée, elle prit son courage à deux mains et se rendit dans le 18e arrondissement. Un bar près de l'université lui venait en tête; c'était là qu'elle l'avait croisé pour la première fois. Elle espérait qu'il y serait.
Lorsqu'elle entra, l'atmosphère feutrée et chaleureuse du lieu la rassura. Le bar était animé, les conversations et le jazz se mélangeant en une harmonie agréable. Mais au moment où elle avança vers le fond de la salle, elle s'arrêta net.
Snape était là. Installé à une table entouré de deux hommes et deux femmes, il semblait totalement différent de l'image qu'elle avait gardée de lui. Vêtu d'un col roulé noir et d'un jean parfaitement ajusté, il discutait avec un naturel déconcertant. Ce qui la frappa le plus fut le rire qui éclata à sa table. Un rire sincère, fort, presque inconnu venant de lui.
Hermione resta figée. Voir cet homme, autrefois si austère et distant, sourire et rire avec une telle aisance était à la fois fascinant et troublant. Elle sentit son cœur s'emballer, mais avant qu'elle ne puisse reculer, Snape leva les yeux et la vit.
Il se leva, attirant l'attention de ses compagnons de table, et s'approcha lentement, son regard noir planté dans le sien.
—Miss Granger dit-il d'un ton neutre.
Hermione, paniquée, bafouilla:
—J'ai quelque chose à vous montrer. C'est... c'est important. En rapport avec Rita Skeeter.
Snape haussa légèrement un sourcil, mais il ne parut ni surpris ni agacé. Sans un mot, il retourna à sa table, prit un petit morceau de papier, puis revint vers elle. Il le lui tendit avec une précision calculée.
—Rendez-vous à 20 heures,murmura-t-il.
Son regard profond semblait sonder chaque recoin de son esprit, et Hermione sentit un frisson la parcourir. Elle hocha la tête et sortit précipitamment, le papier serré dans sa main.
Chez elle, Hermione se prépara avec soin. Un chignon simple, un col roulé noir, une jupe sobre, des bottines élégantes, et une touche de rouge à lèvres. Elle attrapa une bouteille de vin rouge de sa réserve et se prépara mentalement. Elle savait que ce rendez-vous ne serait pas une simple discussion.
À 20 heures précises, elle saisit le morceau de papier. Une sensation familière de compression l'envahit, et elle atterrit dans l'entrée de l'appartement de Snape. Deux chaussons étaient posés près de la porte, et Pattenrond l'attendait, lové sur une étagère.
Snape était assis dans un fauteuil, un livre à la main. Il releva les yeux lorsqu'elle entra, et un sourire discret effleura ses lèvres.
— Vous êtes ponctuelle. Un miracle, Miss Granger.
Hermione lui tendit la bouteille de vin.
— Je pensais que cela pourrait convenir pour... la discussion.
Snape accepta la bouteille et l'observa un instant avant de hocher la tête. Sans un mot, il fit apparaître deux verres et un plateau garni de fromage, de charcuterie, et de pain. Hermione s'installa, légèrement nerveuse.
La conversation commença doucement. Hermione évoqua son stage, ses recherches, et même quelques anecdotes amusantes de ses années à Poudlard. Snape écoutait, un sourire ironique au coin des lèvres.
— Et votre célèbre ami Potter ? Toujours en train de sauver le monde ? lança-t-il, moqueur.
Hermione esquissa un sourire, secouant la tête.
— Harry a changé. Il est plus posé maintenant. Il a même commencé à apprécier le calme... parfois.
Ils burent un premier verre, et Hermione sentit la tension diminuer légèrement. Mais lorsqu'elle évoqua brièvement sa rupture avec Ron, Snape ne put s'empêcher de lâcher une remarque mordante.
— Ronald Weasley. Bien sûr. Je suppose que la guerre a eu des effets secondaires sur votre jugement.
Hermione éclata de rire, plus à cause de la surprise que de la moquerie. Elle leva son verre.
— À mes mauvais choix, alors.
Ils trinquèrent, et pour la première fois, elle sentit une étrange complicité s'installer. Mais Snape ne tarda pas à recentrer la conversation.
— Alors, Miss Granger, cette urgence... Était-ce un prétexte pour organiser un rendez-vous, ou appréciez-vous simplement ma présence ?
Hermione, sans hésiter, répondit avec un sourire en coin :
— Un peu des deux.
Snape posa son verre avec une lenteur mesurée, son regard perçant toujours ancré dans celui d'Hermione. L'atmosphère dans la pièce avait changé. Ce n'était plus seulement une conversation ou une confrontation ; c'était quelque chose de plus intime, presque fragile.
Hermione, consciente de cette tension, se leva précipitamment pour chercher son sac laissé dans l'entrée. Elle revint avec la Gazette, décidée à recentrer la discussion sur un terrain moins... déroutant.
— Je voulais simplement que vous sachiez ce qui se passe avec Skeeter. Que vous soyez préparé si elle publie quelque chose de vraiment nuisible.
Snape saisit à nouveau le journal et parcourut les lignes avec une concentration calculée. Lorsqu'il atteignit la fin de l'article, il secoua la tête avec un léger soupir.
— Miss Granger, les rumeurs et les mensonges ne m'effraient pas. Si quelqu'un devait se souvenir de mon existence à cause de cet imbroglio, ce sera oublié aussi vite que publié. Skeeter n'a jamais été plus qu'une nuisance passagère.
Hermione croisa les bras, peu convaincue.
— Vous êtes peut-être habitué à l'anonymat, mais cela pourrait être dangereux pour vous si quelqu'un faisait le lien. Ce n'est pas un risque insignifiant.
Snape posa le journal sur la table et la regarda longuement. Puis, contre toute attente, il se leva et alla chercher une bouteille d'un autre vin, qu'il ouvrit avec une expertise silencieuse.
— Vous êtes bien plus têtue que je ne me souvenais, dit-il en versant le vin dans leurs verres. Mais vous avez tort de penser que je suis vulnérable. Je suis bien plus préparé que vous ne pouvez l'imaginer.
Hermione sentit une chaleur lui monter au visage, pas seulement à cause du vin. Il était rare qu'elle perde une argumentation, et encore plus rare qu'elle se sente à la fois mise au défi et... admirée ? Une part d'elle, agaçante mais sincère, appréciait sa confiance inébranlable.
Le vin coulait, et la conversation devint plus fluide. Hermione osa lui poser des questions sur sa vie à Paris, sur ce qu'il faisait réellement en dehors de son rôle de "professeur". Snape, à sa surprise, répondit avec une franchise inhabituelle.
— Vous croyez vraiment que je passe mes journées à enseigner des théories dépassées à des imbéciles trop paresseux pour réfléchir ? demanda-t-il, un sourire moqueur effleurant ses lèvres. Je ne suis là que pour observer. Évaluer certaines interactions magiques que vous, les plus jeunes, semblez ignorer.
— Observer quoi ? osa Hermione, ses sourcils se fronçant.
Snape se contenta de sourire, mais son regard trahissait un amusement narquois.
— Disons que certaines vérités ne méritent pas d'être partagées. Pas encore.
Hermione détestait les énigmes, mais elle savait qu'insister ne servirait à rien. Alors, elle changea de sujet, parlant brièvement de ses études, de ses ambitions, et de ce qu'elle espérait accomplir en politique magique. Snape l'écouta avec une attention qui la déstabilisa.
— Je dois admettre, Miss Granger, que vous avez un talent pour l'obstination productive. Mais j'espère que vous ne finirez pas comme ces idiots du Ministère qui pensent que changer une loi suffit à changer le monde.
— Et vous ? Que croyez-vous qu'il faille pour changer le monde ? demanda-t-elle, piquée.
Snape haussa les épaules, son regard s'assombrissant légèrement.
— La destruction est souvent plus efficace que la réforme. Mais vous êtes encore trop idéaliste pour comprendre cela.
Hermione sentit une vague de colère monter, mais elle la réprima. Il y avait une vérité brutale dans ses paroles qu'elle n'était pas prête à accepter, mais qu'elle ne pouvait ignorer non plus.
Alors qu'ils terminaient leur deuxième verre, Snape brisa à nouveau le silence.
— Alors, Miss Granger, dois-je m'attendre à ce que vous reveniez me voir chaque fois qu'un article absurde attire votre attention ?
Hermione, un peu enhardie par le vin, se permit un sourire.
— Seulement si cela me donne une excuse pour profiter de votre vin.
Snape esquissa un sourire rare, presque sincère. Mais avant qu'Hermione ne puisse se réjouir de ce moment inattendu, il posa son verre et se leva.
— Je vais vous donner un conseil, Miss Granger. La curiosité est une qualité admirable, mais elle peut aussi être une faiblesse. Vous devriez apprendre à choisir vos batailles avec plus de soin.
Hermione hocha lentement la tête, absorbant ses paroles. Mais une part d'elle savait qu'elle n'arrêterait pas de chercher des réponses, même si cela signifiait le confronter encore et encore.
Pattenrond sauta sur ses genoux à ce moment-là, brisant la tension. Hermione caressa doucement le chat, sentant une vague de réconfort dans ce geste familier.
— Il semble que même lui ne puisse résister à votre obstination, murmura Snape, son ton empreint d'une pointe d'amusement.
Hermione sourit, baissant les yeux sur le félin. Mais lorsqu'elle releva la tête, le regard de Snape, sombre et perçant, la fixait avec une intensité qui la fit frissonner.
— Je vais vous raccompagner, dit-il soudain, rompant la tension.
Il tendit une main, et Hermione sentit la chaleur familière de la magie l'envelopper alors qu'ils transplanaient ensemble.
Lorsqu'elle se retrouva devant son appartement, Hermione sentit une étrange mélancolie s'installer. Snape, à ses côtés, ne dit rien pendant un moment.
— Bonne nuit, Miss Granger. Et réfléchissez bien avant de revenir murmura t-il.
Il transplana avant qu'elle ne puisse répondre, la laissant seule dans la nuit froide. Mais une chose était claire, ce n'était que le début de leur étrange et fascinante connexion.
