Il aurait dû dormir. Il le savait. Mais au lieu de ça, Sam s'était retourné des heures durant dans ce lit trop raide de son frère à ressasser les mêmes pensées, les mêmes images. Dean. Le Purgatoire. Lya. Les Faucheuses. Kevin. Il savait que son frère reviendrait, mais le savoir de Lya le faisait se poser plein de questionnements.
Sam se redressa lentement, les coudes sur les genoux, les mains jointes devant son visage fatigué. L'air du matin était encore frais, chargé de silence. Le genre de silence pesant qu'on sent juste avant une tempête. Il tendit l'oreille, se demandant si sa nouvelle colocataire était réveillée, mais rien, pas l'ombre du moindre bruit.
Il resta assis là un moment, figé dans cette position entre deux mondes, entre la veille et le sommeil, entre l'inquiétude et l'action. Une tension sourde lui vrillait les tempes, sans doute à cause du manque de repos, mais aussi à cause de toutes ces choses qu'il n'arrivait pas à classer dans sa tête.
Finalement, il se leva. Le parquet grinça sous ses pas tandis qu'il s'approchait de la fenêtre. Le ciel était d'un gris pâle, voilé, comme s'il hésitait entre la pluie et un rayon de soleil. La forêt, autour du chalet, semblait retenir son souffle.
Le chasseur attrapa un sweat sur le dossier d'une chaise, l'enfila machinalement et sortit de la chambre sans bruit. Le couloir sentait toujours ce mélange de bois sec et de poussière. Il descendit les marches à pas feutrés, évitant les marches qui couinaient, un réflexe hérité de trop de planques dans des motels miteux ou des maisons abandonnées.
Le rez-de-chaussée était plongé dans une pénombre paisible. Pas de lumière, pas de mouvement. Il passa une tête vers le salon : rien. Le canapé était vide, la table jonchée de quelques livres ouverts, des papiers épars, un mug vide.
Il s'avança jusqu'à la cuisine, chercha du regard un signe de présence. Rien. La cafetière était froide.
— « Elle doit encore dormir, »pensa-t-il.
Un court instant, l'idée lui traversa l'esprit de la laisser tranquille et de commencer la journée seul, en silence. Il en avait l'habitude, après tout. Mais quelque chose, l'étrange fragilité de la veille, peut-être, ou cette complicité discrète qui s'était installée entre eux, l'incita à monter vérifier.
Arrivé devant la porte de la chambre d'amis, il hésita, la main levée sans frapper.
Puis il frappa deux coups discrets.
— « Lya ? »
Silence.
Il colla brièvement l'oreille contre le bois. Il allait faire demi-tour lorsqu'il entendit un grognement étouffé suivi du froissement d'une couverture.
— « Hm... Quelle heure il est ? »
— « Tôt, »répondit-il en s'écartant légèrement de la porte.« Je vais aller chercher ce qu'il faut pour le rituel. Je reviens vite. »
— « Mmh... attends, je t'accompagne... Dans cinq minutes, »marmonna-t-elle d'une voix encore alourdie par le sommeil.
Sam esquissa un sourire et descendit allumer la cafetière. Il s'affaira silencieusement dans la cuisine, plaça le filtre et alluma la machine, puis s'adossa au plan de travail, les bras croisés, à écouter le tic-tic du métal qui chauffait.
Son regard se posa sur la table. Les livres éparpillés, les notes griffonnées à la va-vite, les pages cornées : tout ça avait un air familier, presque rassurant. La chasse, les rituels, la préparation... c'était le terrain connu, celui où il pouvait contrôler quelque chose. Contrairement à ses émotions.
La cafetière commença à gronder doucement. Il prépara deux mugs : un pour lui, noir, fort, sans sucre, et l'autre, avec une touche de lait et une cuillère de sucre roux, comme la jolie brune l'avait pris la veille. Un détail banal. Et pourtant, il se surprit à y accorder une attention toute particulière.
Un bruit léger derrière lui, pas sur le carrelage, attira son attention. Lya apparaissait dans le cadre de la porte, l'air pas plus éveillé que sa voix il y a quelques minutes. Ses cheveux en bataille et son regard mi-clos ne faisaient qu'ajouter à la douceur de l'instant. Sam l'observa silencieusement, un demi-sourire aux lèvres. Sans dire un mot, il lui tendit la tasse fumante. Elle fit un signe de tête comme pour dire "merci" et ses doigts se refermèrent sur l'objet, pendant un court moment fugace, leurs mains se touchèrent. Le chasseur se racla la gorge et se retourna vers sa propre tasse. Lorsque le liquide aux reflets ambrés rencontra les papilles de la française, elle ressentit une sensation de bien-être instantané. Ses neurones se réveillèrent une à une, et la jeune femme se rendit compte que Sam s'était souvenu de ses goûts. Elle leva les yeux vers lui, un petit sourire reconnaissant. Ce geste la touchait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Sam se tenait près de la fenêtre, fixant le ciel grisâtre. Il n'avait pas touché à son café. L'agitation de la nuit n'avait pas complètement quitté son regard.
— « Tu n'as pas dormi, n'est-ce pas ? »remarqua doucement Lya, brisant le silence.
Sam sursauta légèrement, comme tiré d'une rêverie. Il se tourna vers elle.
— « Non, pas vraiment, »souffla-t-il.
Lya le regarda attentivement, un peu plus préoccupée qu'elle ne l'avait voulu. Elle posa son mug sur la table, se rapprochant de lui.
— « Tu veux en parler ? »demanda-t-elle doucement.
Ce n'était pas un simple "comment ça va ?", c'était une vraie invitation, une ouverture.
Il tourna la tête vers la fenêtre, scrutant à nouveau le ciel gris, cherchant un peu de réconfort dans ce paysage qui lui semblait presque aussi tourmenté que lui. Puis, après un moment de silence, il finit par soupirer et baissa les yeux.
— « J'ai juste pas mal de choses qui me trottent dans la tête et je repense aussi à cette histoire de série. Je veux dire, quand Dean t'a posé la question sur comment elle finissait, tu as esquivé la question. »
Lya sentit son cœur se serrer un instant. Elle avait esquivé la question, c'était vrai. Elle se rapprocha un peu plus de lui, le regardant dans les yeux.
— « Sam, ce futur n'arrivera pas, mais si tu veux savoir, c'était juste une série. À chaque nouvelle saison, un nouveau grand méchant, des nouvelles épreuves. Sauf que maintenant que je suis parmi vous, je ferai tout pour que certaines choses n'arrivent pas. Parce qu'en vrai, sans être méchante, pendant au moins 4 saisons, vous nettoyez juste vos bêtises avec d'autres bêtises ! »
Sam la regarda, d'abord surpris, puis un sourire en coin étira doucement ses lèvres, mélange de lassitude et d'amusement. Il haussa légèrement les sourcils, comme s'il ne savait pas s'il devait se vexer ou approuver.
— « Ouais... dit comme ça, ça pique un peu. »Il prit une gorgée de son café, puis ajouta, un brin plus sérieux :« Mais tu n'as pas tort. On a souvent agi dans l'urgence, dans le chaos... On a pris des décisions qu'on pensait justes à l'instant T. »
Il marqua une pause, le regard à nouveau tourné vers la fenêtre, comme si la forêt pouvait lui offrir un semblant de vérité.
— « Et tu veux empêcher certaines choses. Lesquelles, exactement ? »demanda-t-il doucement, en la regardant du coin de l'œil.
La jeune femme s'avança lentement, appuyant une hanche contre le meuble à côté de lui. Son regard se posa sur sa tasse qu'elle fit tourner entre ses mains.
— « Oh, eh bien déjà, vous évitez de faire sortir Lucifer de sa cage, ça c'est ma number one. »
Sam fronça légèrement les sourcils, redressant la tête.
— « Mais on ne fera jamais ça ! »rétorqua-t-il, presque sur la défensive.
Elle tourna alors lentement les yeux vers lui, et son regard appuyé le fit vaciller un instant.
— « D'accord, je vois, »admit-il en se passant une main sur le visage.« En fait... tu viens de parler en français, non ? »
— « Hein ? Je te signale qu'on parle tous en français pour moi, »dit-elle, un rien désorientée.
— « Quand t'as dit "number one". Ça, c'est du français. »
Elle le regarda un moment, les sourcils légèrement froncés, comme si son cerveau moulinait à toute vitesse.
— « Bah en fait, là, pour moi... je parlais anglais. »expliqua-t-elle perplexe.
— « Dis autre chose en anglais, »proposa Sam, posant sa tasse sur la table sans la quitter des yeux.
— « Euh... I am Lya and I love chocolate so ? »essaya-t-elle, un peu hésitante.
Il la fixa, les yeux légèrement écarquillés.
— « Je parle pas bien en français mais je t'assure que là, pour moi, c'en était. »
— « Okay... soit j'ai un traducteur magique intégré, soit mon cerveau déconne de façon inquiétante. »
— « Vu comment tu t'es retrouvé dans ce monde sans aucune explication, je pencherais pour le traducteur magique. »
Un bref silence. Puis elle haussa les épaules avec un soupir théâtral.
— « Ou alors rien de tout ça n'est réel et je suis en train de faire une attaque par terre dans ma cuisine avec de la bave aux lèvres, »lâcha-t-elle, mi-sérieuse, mi-ironique.
Sam étouffa un petit rire. Un vrai, léger et sincère, qui fit vaciller un peu l'armure de fatigue qu'il portait depuis des jours. Le cœur de Lya lui rata un battement et une brève bouffée de chaleur lui rosit rapidement les joues. Décidément, cet homme était un petit peu trop sexy dès le matin.
Elle se mordit l'intérieur de la joue, le regard brièvement fuyant, avant de reprendre une gorgée de son café. Il était encore chaud, juste comme elle l'aimait.
— « Bon, je vais prendre une douche et on y va, ça te va ? »demanda-t-il en s'étirant, soulevant un peu son sweatshirt.
— « Non, surtout pas ! »s'exclama Lya, ayant une brève vision fugace du bel athlète nu sous la douche dans son esprit.
Sam leva les sourcils, interrogateur.
— « Euh non, je... oui, vas-y, on fait comme ça, »bafouilla-t-elle, gênée.
Le chasseur hocha la tête et quitta la pièce. Lorsqu'il revint, la jeune femme était déjà prête à partir et, quelques minutes plus tard, il était à bord d'un des seuls amours de Dean. La vieille Chevy s'engagea sur la route en soulevant un nuage de poussière, les pneus crissant légèrement sur le gravier. Le ciel était toujours gris, une légère brume flottait au-dessus des champs, mais l'air frais passait par les fenêtres ouvertes, apportant un semblant de liberté. Sam conduisait sans se presser, concentré sur la route. Lya, qui jusqu'à maintenant avait le nez sur la fenêtre, tourna la tête vers le conducteur.
—« Du coup, vous avez vraiment des magasins spécialisés chasseurs de monstres ? », demanda-t-elle, curieuse.
Sam sourit légèrement, ses yeux rivés sur la route.
—« Pas exactement des "magasins spécialisés", non. Rien avec une enseigne lumineuse "Fournitures pour Chasseurs de Monstres : Entrez, on ne mord pas (sauf si vous êtes une goule)" », dit-il avec un petit sourire.
—« Sam Winchester qui fait de l'humour, je sens que la journée va être intéressante, »répliqua Lya avec un sourire en coin.
Sam jeta un rapide coup d'œil à Lya, mais ne releva pas la pique. Au contraire, il lui rendit son sourire, un peu amusé, mais aussi concentré sur la route.
—« La plupart du temps, on se débrouille avec ce qu'on trouve. Des herboristeries un peu louches pour certains ingrédients, des armureries classiques pour d'autres... On a des contacts, des gens qui savent poser les bonnes questions sans en poser trop, »expliqua-t-il d'un ton un peu plus sérieux.
Il marqua une pause, comme s'il réfléchissait à la meilleure façon de continuer.
—« Et puis, il y a les héritages de famille. Des grimoires anciens, des objets transmis de génération en génération... C'est souvent là qu'on trouve les choses les plus spécifiques, »ajouta-t-il.
—« Ah oui, ça, j'étais bien au courant »lança-t-elle légèrement.
—« Tu fais allusion à la cave des Campbell ? Tu l'as vue dans cette série ? »
En fait, elle pensait surtout au bunker secret, mais Sam ignorait encore son existence et ce n'était pas le meilleur moment d'en discuter.
—« Donc là, on va voir un herboriste, c'est bien ça ? »demanda-t-elle en changeant de sujet.
—« Exactement »
Après avoir récupéré les herbes et ingrédients nécessaires, Sam et Lya quittèrent l'herboristerie. L'air extérieur s'était réchauffé depuis qu'ils avaient quitté le chalet. Le ciel était toujours aussi gris, mais la brume qui flottait plus tôt semblait s'être dissipée quand ils sortirent du magasin.
—« On rentre ? »demanda la jeune femme, en regardant son acolyte fermant le coffre d'un coup sec, après y avoir rangé leurs emplettes.
—« Attends, on a un autre arrêt à faire avant, »répondit Sam en lui ouvrant la portière.
La brunette leva un sourcil intrigué mais ne se fit pas prier et prit place dans la voiture, le remerciant d'un sourire. Il les conduisit dans un salon de tatouage. Lya le regarda à nouveau interloquée.
—« Qui dit démon dit ... »commença à expliquer le chasseur.
—« Tatouage anti-possession ! »la coupa la jeune femme qui venait de comprendre.« D'accord, mais pas à un endroit aussi visible que le tien ! »
—« Tu sais où se trouve le mien ?! Attends, tu m'as déjà vu torse nu ?! Dans la série ? Tu as vu quoi d'autre ? »
Lya se figea un moment puis éclata de rire. Un rire pas si mélodieux mais franc, clair et sauvage. Sam en était désarçonné, la jeune femme se tenait le ventre tellement elle riait.
Sam la regardait, abasourdi, un sourcil levé. Il ne savait pas s'il devait être vexé, inquiet ou amusé. Un peu tout ça à la fois. La française essuya une larme de rire au coin de l'œil, essayant de reprendre contenance, mais chaque fois qu'elle croisait le regard confus du chasseur, un nouveau fou rire la reprenait.
—« Pardon, pardon... mais sérieux, Sam... cette tête que t'as faite ! »
—« Très mature, »répliqua-t-il, faussement blasé.
—« Recommence pas, j'ai déjà du mal à ne pas rire ! Et pour répondre à ta question, ouais, dans la série, tu passes pas mal de temps torse nu. Faut croire que ça faisait partie du fan service... Et honnêtement ? J'me plaignais pas. »
Elle ponctua sa phrase d'un clin d'œil espiègle avant de disparaître dans le salon de tatouage, laissant Sam rougir malgré lui à l'arrière. Il prit une grande inspiration, se pinça l'arête du nez, puis la suivit.
—« J'ai changé d'avis, je ne veux pas le faire ! »paniqua la française devant l'arme aiguisée du tatoueur.
—« Ça va juste piquer un peu, »tenta de la rassurer le professionnel.
—« Oui, c'est ce qu'ils disent tous, »contre-attaqua Lya.
Sam avait du mal à garder son sérieux à son tour face à cette scène. La jeune femme s'était raidie devant le matériel. Elle faisait la maligne tout à l'heure, mais maintenant que l'odeur d'encre et d'alcool lui chatouillait les narines, ça devenait un peu plus réel. Le tatoueur, un type baraqué à la barbe bien taillée et au regard fatigué, ne fit aucun autre commentaire. Il se contenta de hocher la tête en posant calmement le matériel sur le petit plateau métallique.
—« C'est propre, au moins ? »murmura-t-elle en regardant autour, plus pour elle-même que pour Sam.
—« Promis, t'en sortiras vivante, »répondit-il avec un sourire en coin.
Elle souffla doucement, comme pour se convaincre. Puis elle hocha la tête avec détermination et se cala un peu mieux sur la chaise, pendant que le tatoueur préparait son matériel.
—« Tu veux le faire où ? »demanda-t-il en se tournant vers elle, les gants déjà enfilés.
—« Hum... dans la nuque pour qu'il soit le plus souvent caché par mes cheveux. »
Elle releva légèrement sa crinière ébène pour montrer l'endroit. Les deux hommes émirent un petit sifflement d'anticipation.
—« Quoi ? »demanda-t-elle.
—« Bah disons que ce n'est pas l'endroit le plus indolore... »répondit le tatoueur avec une grimace compatissante, déjà en train de tamponner la zone à l'aide d'un coton imbibé d'alcool.
—« Génial... »souffla Lya, les yeux légèrement écarquillés.« Je me fiche de la douleur, je suis une dure à cuire... »ajouta-t-elle d'un ton faussement convaincu, avant de jeter un regard paniqué à Sam.
—« Tu peux encore changer d'endroit, hein, personne ne te jugera, »proposa-t-il avec douceur, une lueur amusée dans les yeux.
—« Non, non. C'est bon. Je le veux là. C'est logique. Et puis... j'aurai une anecdote badass à raconter, non ? »Elle tenta un sourire, un peu plus crispé cette fois.
—« Carrément, »répondit Sam, croisant les bras.« 'La fois où j'ai affronté une aiguille pour affronter un démon'. Ça a de l'allure. »
Le tatoueur haussa un sourcil à l'entente du mot "démon" mais ne dit rien, des énergumènes, il en avait vu des tas. Le bourdonnement de la machine à tatouer emplit la pièce, strident et menaçant comme une guêpe en colère. Lya déglutit discrètement, son corps se crispa en un instant.
—« Tu veux qu'on mette de la musique ? »proposa le tatoueur avec un demi-sourire, visiblement habitué aux clients pas si "durs à cuire".
—« Non, c'est bon... Juste... vas-y doucement, hein. Genre, avec amour. Comme si tu tatouais une fleur fragile ou... une licorne. »
Sam étouffa un rire et se détourna pour ne pas empirer son cas.
—« Une licorne badass, quand même, »ajouta-t-il, les bras croisés, l'air moqueur.
Lya lui jeta un regard noir par-dessus l'épaule, ce qui ne l'aida pas à garder son sérieux. La jeune femme se tendit un peu plus lorsque le tatoueur posa la machine contre sa peau, le vrombissement métallique vibrant dans l'air. Elle se mordillait la lèvre inférieure, les yeux fermés par la crainte. Sam, qui se tenait à côté, avait observé la scène avec un léger sourire amusé au début. Mais au fur et à mesure que Lya devenait plus nerveuse, ce sourire s'estompa. Il la regarda, l'expression maintenant plus douce, presque protectrice.
—« Ça va aller, »dit-il d'une voix basse, presque rassurante, mais il pouvait voir la crispation de ses épaules.
Lya tourna la tête pour lui jeter un regard, une lueur d'incertitude dans ses yeux. Le tatoueur, concentré sur son travail, ne prêta aucune attention à la conversation.
Les premiers instants furent difficiles. Lya serra les dents, fermant les yeux pour ne pas laisser échapper un soupir. Sam l'observa un instant, puis, instinctivement, il tendit la main et la posa doucement sur la sienne, la prenant avec précaution. Elle serra lentement sa main dans la sienne, reconnaissante pour ce geste de soutien silencieux.
Le tatoueur termina le travail quelques minutes plus tard. Lya sentit la machine s'arrêter, et un sentiment de soulagement l'envahit, bien que la douleur persistait légèrement. Sam ne lâcha pas sa main. Il resta là, un ancrage silencieux et rassurant, comme un point fixe dans tout le tourbillon de ses émotions.
—« Fini, »dit le tatoueur, enlevant les gants avec un sourire satisfait.« Ça s'est très bien passé. »
Sam lâcha lentement la main de Lya, mais il la regarda un instant, avant de lui offrir un sourire sincère.
—« T'as été super courageuse, »lui dit-il.
La française eut un gloussement amusé.
—« On dirait que tu parles à une enfant qui vient de se faire faire une piqûre. »
Sam éclata de rire à la remarque de Lya, secouant la tête.«
— C'est presque pareil, non ? »dit-il en haussant les épaules.« C'est un peu plus intense, mais c'est pour la bonne cause. »
Lya roula des yeux, mais son sourire ne disparut pas.
— « C'est une toute autre histoire, crois-moi. Mais merci. Ce n'était pas aussi horrible que je l'avais imaginé. »
Le tatoueur, ayant maintenant rangé son matériel et enlevé ses gants, se tourna vers elle.
— « Eh bien, voilà, vous avez survécu. Prenez soin de ça, et tout ira bien. »
— « Merci, »répondit Lya, toujours un peu sonnée par l'expérience, mais un éclat de fierté dans les yeux.
Ils sortirent après avoir réglé la note.
—« Heureusement que je ne suis pas dans mon univers, ma maman ferait une attaque en voyant ce tatouage. »
Sam s'arrêta net, une expression de surprise sur son visage. C'était la première fois qu'elle évoquait sa famille. Évidemment, qu'elle avait une famille et des gens qui l'aimaient dans son monde à elle.
—« Un problème ? »demanda la brune.
—« Non, c'est juste que c'est la première fois que tu parles de toi, en fait... »il marqua une pause, scrutant son visage.« De ta famille, je veux dire. »
—« Ah c'est vrai, c'est qu'avec tout ce qui se passe, j'essaye de ne pas trop penser à eux. Je ne sais pas s'ils ont remarqué que j'avais disparu. J'allais souvent à droite à gauche et maintenant j'ai peur de ne plus jamais rentrer chez moi et de leur dire que je les aime... Ça me rend triste. »
Il la regarda, un peu désarçonné. Il n'était pas sûr de comment réagir à cette révélation. Ce n'était pas juste une histoire de tatouage ou de douleur, mais de quelque chose de plus profond, de plus personnel. La brune semblait perdue dans ses pensées, les yeux un peu dans le vide.
—« Je comprends, »dit-il finalement, sa voix douce.« Je sais qu'on a pas souvent le temps de souffler en ce moment, mais si tu as besoin de parler, je peux être une oreille attentive. »
Lya pouffa, alors qu'elle repensait aux nombreuses fois où Sam avait fait parler Dean, le forçant presque à se livrer à propos de ses doutes et de ses peurs. Lya le regarda un moment, cela faisait du bien de l'entendre. Elle sentit son corps se réchauffer doucement, oubliant presque la douleur de son nouveau tatouage.
—« Merci Sam. »
—« C'est normal, prête à retourner au chalet ? »demanda-t-il.
—« Que veux-tu que je fasse d'autre ? »répondit-elle ironiquement.
Sam la fixa un moment, elle avait l'air sereine mais le chasseur sentait bien que derrière son ton badin, la jeune fille devait être anxieuse. Une fois rentrée, ils préparèrent le rituel en prenant toutes les précautions nécessaires. Le plus jeune des Winchester montra à Lya comment dessiner un piège à démon. Ce n'est pas parce que Meg les avait aidés dernièrement qu'il fallait lui faire une confiance aveugle.
—« Attends, mets un peu plus de peinture par là, »dit-il en attrapant sa main qui tenait le pinceau.
Il la guida studieusement, complètement absorbé par la tâche. La française le laissa faire, savourant malgré elle la chaleur de ce contact.
—« Voilà, parfait ! »déclara-t-il.
—« Super ! »
Il remarqua alors leur proximité, ses yeux se posèrent dans les siens puis doucement, il s'éloigna pour continuer la mise en place du rituel d'invocation. La tension douce qui flottait entre eux s'évapora aussi subtilement qu'elle était née. Lya détourna légèrement le regard, prenant une inspiration discrète. Ce n'était pas sa faute si ce grand dadet était à tomber, enfin bref, elle devait vraiment ce ressaisir ce n'était pas le moment de divaguer.
—« Et maintenant ? »demanda-t-elle.
—« Maintenant, on y va et on croise les doigts ! »
