Merci pour vos commentaires ! Je vais faire attention à bien publier tous les samedi ! il y a en tout 32 chapitres.
(Je suis désolée je devais poster ce chapitre le 15 mars normalement)
Bonne lecture
;)
Chapitre 7
Derrière la Porte Close
Hermione fixait la clé dans sa main, le métal froid et légèrement usé contre sa paume. Le poids de l'objet était insignifiant, mais la tension qui l'accompagnait, elle, était écrasante.
Elle inspira profondément, relevant les yeux vers l'horloge d'un café voisin.19h47.
Elle avait un peu plus de dix minutes avant de découvrir ce que Severus Snape comptait lui révéler.
Une part d'elle hésitait encore. Il ne lui aurait jamais donné cette clé s'il ne voulait pas qu'elle aille plus loin…mais pourquoi maintenant ?Depuis le début, il l'avait repoussée, lui avait fait comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue dans cette partie de son existence. Alors pourquoi lui offrait-il une ouverture ce soir ? Elle resserra les doigts sur l'objet et expira lentement. Elle n'avait plus le temps de douter. Elle s'engagea dans la rue, avançant d'un pas rapide vers l'adresse qu'elle avait soigneusement mémorisée.
Le lieu que Snape lui avait indiqué n'avait rien de chaleureux.
Hermione jeta un regard circulaire à l'intérieur du petit salon privé d'un club feutré du Quartier Latin, à l'abri des regards curieux. L'endroit n'était pas délabré, mais il était marqué par le temps, avec ses boiseries sombres et son atmosphère discrète, typiquement parisienne. Un piano, couvert de verres abandonnés, trônait dans un coin, témoin muet des soirées animées qui devaient avoir lieu ici à d'autres heures.
Snape était déjà là, assis dans un fauteuil en velours grenat. Il sirotait un verre d'alcool ambré, les jambes croisées avec une nonchalance qui contrastait avec l'intensité glaciale de son regard lorsqu'elle entra.
Il ne l'invita pas à s'asseoir.
— Vous êtes plus stupide que je ne l'imaginais.
Hermione s'arrêta net, ses doigts se crispant contre le dossier de la chaise la plus proche.
— Pardon ?
Snape posa son verre avec un calme glacial, avant de se redresser lentement, son regard la clouant sur place.
— Vous êtes brillante, Miss Granger, et pourtant vous vous acharnez à vous précipiter tête baissée dans un nid de serpents.
Il fit un pas vers elle, son ombre s'étirant sous la lumière tamisée.
— Vous voulez des réponses ? Très bien. Commençons par la seule qui devrait vous importer : vous êtes en train de jouer avec quelque chose qui vous dépasse.
Sa voix était tranchante, un murmure bas mais chargé d'un poids indéniable.
— Mais ça, vous ne le voyez pas, n'est-ce pas ? ajouta-t-il en l'observant avec cette acuité troublante qui donnait toujours l'impression qu'il pouvait lire en elle. Parce que vous ne savez plus faire autre chose que courir après des combats qui ne sont plus les vôtres.
Hermione ouvrit la bouche, prête à répliquer, mais il la coupa net.
— Vous avez survécu, Miss Granger. Ce que peu de personnes peuvent se vanter d'avoir fait. Alors au lieu de chercher des guerres dans l'ombre, peut-être devriez-vous vous demander pourquoi vous tenez tant à replonger dedans.
Sa voix se fit plus mordante.
— Est-ce parce que vous n'avez jamais appris à vivre en dehors du conflit ?
Hermione sentit la colère monter en elle.
— Vous ne comprenez rien !
Snape esquissa un sourire acide.
— Oh, mais au contraire, je comprends tout à fait. Vous êtes incapable d'accepter que la guerre soit finie. Vous avez consacré des années de votre vie à un combat où vous étiez indispensable. Mais maintenant ? Maintenant, vous êtes une jeune femme brillante avec un avenir politique tout tracé. Une vie ordinaire et stable, ce qui, j'en suis certain, doit vous terrifier.
Hermione sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine.
— C'est ridicule.
—L'est-ce vraiment ? répliqua-t-il en haussant légèrement un sourcil. Dites-moi, Miss Granger, pourquoi êtes-vous ici au lieu de profiter de votre brillante carrière en devenir ? Pourquoi refusez-vous obstinément de faire ce pour quoi vous êtes douée ?
Il fit une pause, inclinant légèrement la tête.
— Vous devriez terminer vos études, bâtir la carrière prestigieuse qui vous tend les bras, et trouver un bon petit sorcier bien sous tous rapports avec qui partager votre vie.
Le sarcasme était cinglant.
— C'est ce que les jeunes femmes de votre âge font, n'est-ce pas ?
Hermione sentit un mélange d'indignation et de frustration la consumer.
Son regard s'embrasa.
— Pourquoi êtes-vous dans ma tête, alors ? lâcha-t-elle, sa voix plus forte qu'elle ne l'aurait voulu.
Snape se figea.
— Pardon ?
Hermione recula d'un pas, tentant de reprendre son souffle.
— Vous voulez savoir pourquoi je suis ici, pourquoi je veux comprendre ? Parce que je n'arrête pas de penser à vous, Severus !
Elle avança vers lui, les poings serrés.
— Parce que je culpabilise !
Le silence qui suivit fut assourdissant.
Snape ne bougea pas. Il la fixait, impassible, mais elle savait qu'elle avait percé une brèche dans son armure.
— Je vous ai toujours défendu, j'ai toujours cru en votre intelligence, en votre loyauté, mais pas une seule fois je n'ai envisagé que vous puissiez être innocent jusqu'au bout.
Elle secoua la tête, sa gorge nouée par l'émotion.
— J'ai vu Harry vous raconter ce que j'aurais dû comprendre moi-même. J'ai vu la vérité trop tard.
Un rictus déforma brièvement les lèvres de Snape.
— Et vous pensez qu'il vous faut une rédemption ? souffla-t-il, un rire sans joie dans la voix.
— Je pense que je dois au moins comprendre ce qui s'est réellement passé.
Snape la fixa un long moment, puis soupira, comme si cette discussion l'épuisait déjà. Il se détourna légèrement, croisant les bras.
— J'ai disparu de l'Angleterre parce que c'était la seule décision logique.
Il leva les yeux vers elle, son expression indéchiffrable.
— J'avais accompli ma mission. J'ai joué mon rôle. J'ai expié mes fautes, payé mes dettes, et suis mort aux yeux du monde.
Sa voix s'adoucit, mais Hermione y perçut une fatigue qu'elle ne lui avait jamais connue.
— J'ai passé des décennies à être rongé par la haine. Celle des autres. La mienne. J'ai failli mourir, et vous savez quoi ? Je l'aurais accepté.
Il haussa légèrement les épaules.
— Mais le destin est un salaud. Il m'a laissé une seconde chance.
Hermione l'observa, cherchant à comprendre ce qu'il y avait derrière ces mots.
— Et vous en avez profité pour changer de peau.
Snape hocha lentement la tête.
— J'ai une vie ici, Miss Granger. Un groupe d'amis solide, des voyages réguliers, des conversations qui ne tournent pas autour de Potter, Dumbledore ou de la guerre. J'ai découvert ce que c'était que d'exister sans avoir une dette de vie à payer.
Elle hésita.
— Et quelqu'un partage cette vie ?
Elle s'en voulut immédiatement d'avoir posé la question.
Snape cligna des yeux, puis un sourire sardonique étira ses lèvres.
— Décidément, Miss Granger, d'abord vous êtes obsédée par ma personne, ensuite vous vous intéressez à ma vie amoureuse…
Il fit mine de réfléchir.
— Je vais finir par me demander s'il n'y a pas là un message sous-jacent.
Hermione roula des yeux, croisant les bras.
— Oh, ne commencez pas.
Snape ricana légèrement, mais son regard était redevenu sérieux.
— Quoi qu'il en soit, vous devriez laisser tomber cette histoire. Je n'ai pas besoin d'une justicière, et vous n'avez pas besoin d'un nouveau combat.
Mais Hermione savait que c'était déjà trop tard.
Un son grave et profond résonna soudain dans la salle.
Hermione sursauta légèrement alors que les premières notes du piano emplissaient la pièce, glissant comme une vague douce sur les conversations murmurées. L'ambiance changea imperceptiblement, prenant des teintes plus feutrées, plus intimes.
Le serveur s'approcha avec un sourire discret, rompant le silence tendu entre eux.
— Souhaitez-vous boire quelque chose, mademoiselle ?
Hermione jeta un regard à Snape, toujours figé dans une immobilité parfaite, avant de reporter son attention sur le serveur.
— Un verre de vin rouge, s'il vous plaît.
L'homme hocha la tête, puis ajouta :
— La soirée va bientôt commencer. Vous avez bien choisi votre place, le pianiste est excellent.
Hermione hocha la tête avec un sourire poli, mais elle sentit le regard perçant de Snape toujours fixé sur elle.
Lorsque le serveur s'éloigna, Snape croisa les bras, les lèvres légèrement pincées.
— Vous restez.
Ce n'était pas une question.
Elle haussa un sourcil et, d'un geste lent et maîtrisé, s'installa confortablement dans le fauteuil juste à côté du sien.
— Oui.
Il ne bougea pas immédiatement, mais elle sentit qu'elle venait de le surprendre. Une lueur d'interrogation traversa son regard avant qu'il ne reprenne son masque d'impassibilité.
— Pourquoi ?
Hermione haussa légèrement les épaules, laissant son regard vagabonder sur l'endroit.
— Je profite d'un moment agréable dans un lieu agréable.
Snape plissa légèrement les yeux, comme s'il ne croyait pas un mot de ce qu'elle disait.
— Oh, vraiment ?
Elle tourna la tête vers lui, un sourire en coin.
— Oui, vraiment. Pour une fois, je fais quelque chose de mon âge : passer une soirée dans un bar agréable à écouter un concert de jazz.
Il la scruta longuement, avant de lentement s'enfoncer dans son fauteuil, toujours méfiant mais visiblement intrigué.
— J'ignorais que vous étiez une adepte du jazz.
— Et moi que vous l'étiez, répliqua-t-elle.
Le pianiste entama un air plus doux, les notes s'égrenant lentement dans l'espace tamisé. Le serveur revint, déposant son verre de vin devant elle, puis s'éclipsa avec professionnalisme.
Hermione observa un instant son reflet dans le liquide sombre, puis releva les yeux vers Snape.
— Otis Redding ? demanda-t-elle à mi-voix.
Un éclat fugace traversa son regard.
— Une référence classique, mais efficace.
Elle sourit légèrement.
— Il a une voix incroyable. Il arrive à transmettre une émotion brute sans artifice.
Snape inclina doucement la tête, comme s'il approuvait.
— C'est ce qui distingue les vrais artistes des simples interprètes.
Un silence s'installa, non pas tendu cette fois, mais plus léger, comme une parenthèse fragile qui ne demandait qu'à être savourée.
Hermione profita de ce répit pour observer l'endroit avec plus d'attention. Elle comprit alors que la place choisie par Snape n'était pas anodine.
— Vous avez une vue parfaite sur la salle, murmura-t-elle.
Il ne répondit pas immédiatement, suivant son regard qui glissait sur la disposition du lieu.
— Un vieux réflexe.
Elle hocha lentement la tête.
— Vous voyez qui entre, qui sort, qui est assis où…
Snape esquissa un sourire presque imperceptible.
— Il est toujours utile de connaître son environnement.
Elle prit une gorgée de son vin, appréciant la chaleur du liquide qui coulait dans sa gorge.
— Vous vous attendiez à ce que quelqu'un vienne ce soir ?
Il la fixa un instant avant de répondre.
— Non. Mais l'imprévu fait partie du quotidien.
Hermione sentit une drôle de sensation s'installer en elle. Elle était assise là, à boire un verre avec Severus Snape, à échanger sur la musique et la stratégie comme s'ils étaient deux habitués du lieu.
C'était… étrange.
Inattendu.
Mais pas désagréable.
Le pianiste enchaîna avec une autre mélodie, plus vibrante, plus immersive. Hermione se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, fermant un instant les yeux pour simplement apprécier l'instant.
Snape, lui, l'observait. Elle le sentait. Elle ouvrit les paupières, croisant son regard sombre qui s'attardait sur elle avec une expression indéchiffrable.
— Quoi ? souffla-t-elle.
Il haussa légèrement un sourcil.
— Je me demande simplement jusqu'où vous êtes prête à aller dans cette quête insensée.
Elle pencha la tête sur le côté.
— J'imagine que vous le découvrirez en même temps que moi.
Un sourire fugace passa sur les lèvres de Snape, puis il leva légèrement son verre dans un toast silencieux. Elle l'imita, le verre de vin effleurant le cristal de son propre verre et dans ce cliquetis discret, quelque chose se joua entre eux. Quelque chose qu'ils ne comprenaient pas encore tout à fait mais qui allait, sans le moindre doute, les entraîner encore plus loin.
