Chapitre 5 – L'éveil
Il faisait encore nuit quand Draco ouvrit les yeux.
Une lumière blafarde filtrait à travers les rideaux. L'air sentait le feu de bois, les feuilles mouillées et quelque chose d'inconnu. Il resta allongé quelques instants, les paupières mi-closes, écoutant les battements sourds de son cœur — et autre chose. Plus discret. Un bruit qui n'existait peut-être pas. Des battements d'ailes. Comme si un oiseau battait des ailes dans un endroit clos. Lointain. Rêvé.
Potty était allongé en rond au pied du lit. Il leva la tête sans un bruit, fixa Draco un instant, puis se leva lentement. Il bondit vers la porte et l'effleura d'un coup de patte, comme s'il voulait attirer son attention.
Draco se leva, encore engourdi. Il suivit le chat sans réfléchir. Il ne se souvenait pas de s'être endormi. Il ne savait même pas quelle heure il était. Il traversa le couloir sans bruit, comme s'il craignait de briser une sorte de sort fragile.
Dans la cuisine, il trouva Harry penché sur un dossier. Il portait la même chemise froissée que la veille. Ses cheveux étaient en désordre. Il n'avait pas dormi.
— Tu travailles ?
Harry leva les yeux, surpris de le voir debout si tôt. Un instant, son regard s'éclaira. Puis il referma le dossier d'un geste lent.
— Je vérifiais quelques noms. Des anciens de ta génération. Certains sont sous protection. D'autres ont disparu.
Draco s'arrêta, perplexe. Il s'approcha lentement, son regard accroché au dossier.
— C'est ton métier ? De retrouver… des gens comme moi ?
Harry ne répondit pas tout de suite. Il tapota le coin du dossier, comme pour choisir ses mots.
— Je suis Auror. Je traque les sorciers dangereux. Et j'essaie de protéger ceux qui ne devraient pas avoir à fuir.
— Des… sorciers ? Il fronça les sourcils. Le mot sonnait bizarrement dans sa bouche, à la fois trop familier et vide de sens.
Un silence s'installa. Draco s'assit en face de lui, le dos droit. Il détailla les objets sur la table — cuillères, papiers, anneaux de tasse — comme s'il pouvait y lire une vérité.
— Et moi ? Tu me classes dans quelle catégorie ?
Le ton n'était pas accusateur. Juste… incertain.
Harry le fixa. Il ouvrit la bouche, puis la referma.
— Je te cherche depuis longtemps. Pas pour t'enfermer. Pour t'aider.
Draco détourna les yeux. Il passa une main dans ses cheveux, encore lourds de sommeil.
— Alors pourquoi j'ai l'impression d'être… en fuite ?
Il ne savait pas à qui il posait cette question. À Harry. À lui-même. Au vide dans sa tête.
Il ferma les yeux un instant. Un vertige. Une image. Une voix dans un couloir. Un cri. Puis plus rien.
— J'ai rêvé encore, dit-il d'un ton bas. D'un blason. Et… d'un oiseau. Noir. Immense. Qui battait des ailes derrière une porte.
Harry le regarda longuement, sans rien dire. Il comprenait. Le seuil était là. Les fragments affleuraient.
— Tu veux qu'on parle ? proposa-t-il doucement.
Draco hésita. Il pinça les lèvres, puis secoua la tête.
— Pas maintenant. Mais je veux savoir ce que tu sais. Ce que je ne sais plus.
Il y avait dans sa voix une détermination nouvelle. Moins fragile. Plus ancrée.
Plus tard dans la journée, Draco retourna seul dans la chambre. Potty l'avait suivi comme une ombre. Il s'assit sur le lit, passa lentement la main sur la couverture, puis sur l'armoire. Quelque chose l'appelait.
Il ouvrit doucement la porte. Rien que des vêtements, bien pliés. Mais sur l'étagère du fond, un petit objet carré attirait la lumière. Une boîte minuscule. En bois sombre, avec un fermoir usé.
Il l'ouvrit.
À l'intérieur : une plume. Grande. Noire. Parfaitement conservée.
Il recula d'un pas, une douleur sourde dans la poitrine. Le battement d'ailes dans sa tête revint plus fort. Des couloirs. Un corbeau ? Un hibou ? Une volière ?
Potty bondit sur le lit et miaula fortement. Puis donna un coup de patte sec dans le vide, comme pour faire taire l'air lui-même. Draco ferma les yeux et serra les poings.
Quelque chose venait. Il le sentait. Une pression dans sa poitrine. Une étincelle dans sa paume. Un frisson qu'il ne pouvait pas nommer, mais qui faisait trembler ses doigts.
Et cette fois, il n'avait plus peur.
Dans le salon, Harry leva la tête. Il avait senti… quelque chose. Comme une variation dans l'air, un frisson dans sa baguette même rangée. Un frisson qui disait:
Il se réveille.
