Chapitre 6 – Franchir

Draco s'éveilla d'un sommeil agité, la nuque moite, les draps froissés sous lui. Il mit un instant à comprendre où il était. La pièce était baignée d'une lueur pâle, comme suspendue entre la nuit et le jour. L'air sentait la cendre tiède, et un soupçon d'herbe humide.

Il resta immobile, à écouter. Rien. Juste le tic-tac lointain d'une horloge et, plus proche, la respiration régulière de Potty, assis droit comme un sphinx au pied du lit. Ses yeux luisants fixaient la porte. Il tourna à peine la tête en sentant Draco bouger.

Un frisson passa le long de la colonne vertébrale du blond. Il se redressa, attrapa lentement sa veste restée sur une chaise. Dans la poche intérieure, il sentit la boîte. La petite boîte de la veille. Il hésita à l'ouvrir. Mais non. Pas tout de suite.

Dans la cuisine, la lumière était plus vive. Harry était là, en train de verser de l'eau chaude dans une théière cabossée. Il portait un pull noir à manches relevées, ses bras nus traversés de discrètes cicatrices. Une fine cicatrice blanche courait le long de son poignet gauche, presque élégante.

Draco s'appuya contre l'encadrement de la porte sans bruit. Il observa. La précision du geste. Le calme apparent. Mais il voyait les épaules tendues. La main droite qui serrait un peu trop fort la poignée de la théière. Une fatigue invisible, mais lourde.

— Tu ne dors jamais ?

Harry sursauta légèrement, puis tourna la tête. Un sourire léger étira ses lèvres.

— Quand je peux. Ou quand je dois.

Il servit deux tasses, en fit glisser une vers lui sur la table. Draco s'approcha lentement. Ses doigts effleurèrent la tasse, mais il ne la prit pas tout de suite.

— Tu es toujours comme ça ?

— Comme quoi ?

— Silencieux. Gentiment mystérieux. Genre… héros torturé qui fait le thé à l'aube.

— Malfoy, tu n'as pas changé tant que ça.

La voix d'Harry, familière et franche, résonna étrangement dans la tête de Draco. Il y eut un écho immédiat, presque physique. Comme si ce nom, prononcé ainsi, ravivait un autre temps — des escaliers sombres, des capes noires, des piques acides lancées dans un couloir de pierre. Il frissonna malgré lui.

Draco sentit une chaleur étrange remonter dans sa gorge. Ce n'était pas un compliment, pas une critique non plus. Juste une vérité douce-amère. Il détourna les yeux, fixa un point invisible sur la table. Il sentit une tension dans la nuque, comme un vertige qu'il ne pouvait nommer, un frisson de mémoire logé trop profondément. Il sentit une tension dans la nuque, comme un vertige qu'il ne pouvait nommer, un frisson de mémoire logé trop profondément. Ses doigts glissèrent lentement sur l'intérieur de son poignet, là où une ombre invisible semblait le picoter, sans raison claire.

— Et pourtant, je crois que si. Je me regarde parfois, et je ne reconnais rien.

Il posa enfin ses doigts sur la tasse. Elle était tiède. Réconfortante. Son épaule frôla brièvement celle d'Harry, en s'asseyant. Un frisson imperceptible traversa sa peau.

— Est-ce que tu m'as vu… avant ? Avant tout ça.

Harry resta silencieux un instant, puis hocha lentement la tête.

— Oui.

— Et j'étais… comment ?

Harry hésita. Puis, avec une douceur inattendue :

— Vivant. Fier. Fatigué. Courageux. Plus seul que tu ne voulais le montrer.

Draco sentit sa gorge se serrer. Il inspira lentement, planta ses yeux dans ceux de Harry.

— Est-ce que tu m'as détesté ?

Un sourire en coin. Amer.

— Souvent. Et puis… pas toujours.

Un silence. Quelque chose de dense, de suspendu. Potty sauta sur le rebord de la fenêtre, miaula doucement. Une vibration flotta dans l'air.


Un peu plus tard, seul dans le salon, Draco ouvrit la boîte. La plume noire, fine, brillante, ne bougeait pas. Mais il la prit. L'observa longuement. Puis, sans comprendre pourquoi, il se leva et alla chercher un carnet vierge abandonné sur une étagère.

Il posa la plume sur la page, laissa sa main flotter un instant au-dessus. Son cœur s'accéléra. Une image. Un pupitre. Des cris au loin. Une salle pleine d'élèves. Une voix sèche, précise, presque douce sous l'austérité qui disait : « Monsieur Malefoy, votre devoir ? » — une voix qu'il connaissait. Il frissonna. Puis reposa la plume, entendant presque un léger battement d'aile dans l'air figé. En l'effleurant, il crut sentir un froissement à peine perceptible, comme un battement d'aile à l'envers du temps. En l'effleurant, il crut sentir un froissement à peine perceptible, comme un battement d'aile à l'envers du temps.

Un bruit derrière lui. Harry.

Draco ne se retourna pas. Il sentait sa présence. Il la ressentait trop fort.

— Je me souviens de… presque rien. Mais parfois j'ai des éclats. Comme si j'étais un miroir fendu. Tu penses que ça va revenir ?

Harry s'approcha lentement. Il posa une main sur le dossier du fauteuil, près de lui.

— Je crois que c'est déjà en train de revenir.

Leurs regards se croisèrent. Proches. Trop. Un silence. Et ce frisson dans la peau de Draco, encore. Ce besoin absurde de s'appuyer contre quelque chose — ou contre quelqu'un.

Il fit un pas en arrière.

— Je vais sortir un moment. Prendre l'air.

Harry ne répondit pas, mais ses yeux disaient : Je comprends.

Draco ouvrit la porte. Potty bondit à ses pieds, mais ne sortit pas tout de suite. Il tourna lentement la tête vers Draco, comme s'il le scrutait, puis poussa un miaulement bref, rauque. Et cette fois, il jura avoir vu la plume dans la boîte trembler légèrement.

Comme si elle attendait.