Chapitre 7 – Les traces
L'air du matin avait une texture étrange. Plus tiède que prévu. Presque électrique. Draco inspira profondément en sortant de la maison — celle de Potter. Les marches de pierre usées grinçaient sous ses pas. L'odeur du vieux bois, mêlée à celle du métal ancien et de cendre froide, collait à ses narines. Il n'avait pas vraiment dormi. Il n'avait pas parlé non plus. Il avait juste dit : « Je vais prendre l'air », et Harry avait hoché la tête.
Potty le suivit jusqu'au perron, puis s'arrêta net, s'assit comme une sentinelle et le fixa. Il tourna une oreille vers l'intérieur, comme s'il écoutait quelque chose d'invisible. Un battement de queue, un miaulement rauque. Draco fronça les sourcils, mais ne dit rien.
Il descendit les marches lentement. Il n'avait pas précisé où il allait. Mais ses jambes, elles, savaient.
Il poussa la porte de la bibliothèque dans un grincement familier. L'odeur du papier ancien et de la cire d'abeille le saisit à la gorge — c'était étrangement rassurant. Le même accueil silencieux que toujours, sauf qu'aujourd'hui, il s'y sentait étranger.
Nora leva les yeux de son bureau, les lunettes sur le bout du nez.
— Malefoy ?!
Elle se leva aussitôt, surprise puis soulagée.
— On croyait que tu avais fui le pays. Ou que tu étais passé sous un bus.
Il esquissa un sourire fatigué.
— Migraine. Rien de grave. J'avais besoin de... repasser.
— Tu n'étais pas censé revenir avant lundi. Tu fais peur à Julia. Elle voulait te faire de la soupe maison.
— Julia ferait de la soupe à un fantôme, répondit-il, presque malgré lui.
Nora le regarda plus attentivement. Elle s'adoucit.
— Tu peux juste passer dire bonjour, tu sais. Personne ne t'en veut de prendre du temps pour toi.
Il haussa les épaules, puis avança entre les étagères, les doigts glissant machinalement sur les dos des livres.
— Je voulais juste m'assurer que tout tenait encore debout. Et aider un peu.
Draco rangea deux piles, tria quelques fiches, échangea un mot poli avec un étudiant. Mais il sentait une tension sourde dans ses tempes. Une vibration étrange sous la peau. Il s'arrêta net devant une étagère des sections désaffectées.
Un livre dépassait légèrement, en déséquilibre.
Il le tira. Vieux recueil de contes, cuir râpé, coins arrondis, poussière collée. Il ouvrit au hasard.
Et ses yeux se figèrent.
« Draco dormiens nunquam titillandus. »
En latin. En lettres légèrement penchées. À l'encre noire.
Son cœur manqua un battement.
C'était son écriture.
Une nausée lui remonta. Il porta une main à sa gorge. Le livre tomba dans un bruit sourd. L'air sembla se contracter autour de lui. Une plume vibra sur le bord d'un bureau. Une lumière vacilla. Un murmure latin flotta, inaudible mais présent. Il recula.
Des marches de pierre. Une grande salle. Une voix grave. Une robe noire. Des bougies qui flottent. « Serpentard. »
Il sentit un battement dans sa tempe. Une douleur sourde. Et sous sa peau, comme un courant.
— Monsieur Malefoy ?
Il sursauta. Une étudiante, une adolescente au regard clair, l'observait avec inquiétude.
— Vous êtes tout pâle. Vous… vous voulez que j'appelle quelqu'un ?
Il secoua la tête, difficilement.
— Non. Merci. Je… j'ai juste eu une absence.
Elle lui tendit le livre tombé. Il le prit d'une main tremblante. Elle resta encore un instant à l'observer, puis recula lentement.
Dehors, adossé à une colonne de pierre, dissimulé par un sort d'illusion, Harry observait.
Il n'avait pas besoin de voir pour ressentir. Une vibration magique lui avait traversé le corps, comme un éclair doux et douloureux. Il leva lentement sa baguette.
Le Patronus jaillit. Le cerf s'élança dans la ruelle en silence. Harry murmura :
— Malefoy est retourné à son ancien lieu de travail. Il y a eu une fluctuation magique. Je crois que le sort est en train de se rompre. Je ne veux pas qu'il traverse ça seul. Préviens Ginny. Soyez prêtes si ça dérape. Et si vous avez trouvé d'autres informations sur le sort, dites-le-moi immédiatement.
Le cerf tourna la tête vers lui, comme s'il comprenait, puis s'évanouit dans la brume du matin.
Harry resta immobile un instant. Puis, à voix basse :
— Et s'il recommençait à me détester ?
Il pensa brièvement à Teddy, qu'il avait laissé à Andromeda pour quelques jours encore. À Hermione, qui avait insisté pour qu'il prenne du recul. À Ginny, silencieuse mais toujours plus perspicace qu'elle ne le montrait.
Draco ne rentra pas directement chez Harry. Il bifurqua vers son propre appartement. Il ne savait pas exactement pourquoi. Peut-être une pulsion. Peut-être un besoin instinctif de renouer avec lui-même.
Et lorsqu'il arriva devant la porte, il s'arrêta net.
Potty l'attendait, assis comme une statue, juste sur le paillasson. Il n'avait pas miaulé. Juste attendu. Comme s'il savait que Draco devait revenir seul.
Draco ouvrit lentement. L'intérieur n'avait pas changé. Trop propre. Trop vide. Il y régnait une absence.
Il passa une main sur le dossier de la chaise. Elle n'avait pas bougé. L'écharpe y était encore.
Verte. Argent. Usée.
Ses doigts la frôlèrent. Il la serra entre ses mains. Une chaleur remonta, brutale. Un couloir. Des rires cruels. Un regard noir. Une main tendue. Retirée. Le tissu sembla s'accrocher à ses doigts, comme s'il refusait d'être oublié.
« Malfoy, tu n'as pas changé tant que ça. »
La voix d'Harry résonna dans sa tête, puis se mêla à une autre :
« Monsieur Malefoy, votre devoir ? »
Il lâcha l'écharpe. Elle tomba doucement sur le carrelage, en silence. Son regard dériva vers une étagère. Quelque chose dépassait entre deux vieux manuels de botanique.
Une enveloppe. Jaunie. Cachet encore intact. L'empreinte des armoiries des Malfoy apposée en cire verte.
Il la saisit.
Son nom inscrit dessus, d'une écriture fine et penchée. Draco.
Il reconnut l'écriture. Celle de sa mère.
Il sentit son cœur se contracter. Ses mains tremblaient. L'enveloppe avait un parfum presque effacé. Subtil, familier. Il ne l'ouvrit pas encore. Pas tout de suite. Mais il la serra contre lui. Comme une ancre.
Et au creux de son ventre, il sut que tout allait changer.
