Chapitre 16 – Récifs

La maison était silencieuse.

Pour la première fois depuis longtemps, Draco s'était endormi facilement. Il n'avait pas cherché à fuir le silence, ni même les battements de son propre cœur. Il avait été pris par le sommeil comme par une marée douce, calme, sans lutte. Potter était resté avec lui jusqu'à ce qu'il s'assoupisse, puis s'était levé sans bruit.

Maintenant, dans la lumière nacrée du petit matin, il était seul dans la cuisine. Une tasse de café entre les mains, la mêche ébouriffée, les bras nus. Les journaux posés devant lui étaient encore fermés. Il regardait au loin, sans fixer quoi que ce soit. Potty dormait en boule contre sa jambe.

Draco entra, les cheveux encore humides, vêtu d'un sweat trop large et d'un vieux pantalon. Il s'arrêta un instant, comme pour graver cette image. Il n'y avait pas d'urgence. Juste la présence. Potty ouvrit un œil, s'étira longuement, puis trottina jusqu'à lui.

Harry se leva pour servir une deuxième tasse. Leurs doigts se frôlèrent.

Un silence tranquille flotta entre eux. Le genre de silence qui dit : on est bien.

Puis un claquement doux : la cheminée s'alluma d'elle-même. Hermione en sortit en ajustant sa robe de médicomage, suivie de près par Ginny, qui dépoussiéra sa veste.

— On voulait juste vérifier que tout tient, dit Hermione avec un petit sourire fatigué.

Elle s'approcha de Draco, fit un geste doux de la main. Une brume bleutée émana brièvement de sa poitrine. Hermione acquiesça.

— C'est dissipé. Complètement. Ça t'appartient de nouveau.

Ginny s'éclaircit la gorge.

— Kingsley veut te voir, dit-elle à Harry. Il a reçu un nouveau rapport. Une opération de repérage se prépare. Ils pensent que le groupe bouge encore.

Harry hocha la tête. Il s'y attendait.

Draco posa doucement sa tasse.

— Je peux venir avec toi.

Harry releva la tête, le regard ancré dans le sien.

— Tu sais que ce n'est pas une bonne idée.

— Et toi, tu sais que ça me dérange pas.

Hermione échangea un regard bref avec Ginny, qui souffla :

— Il a raison, Harry. Mais ce n'est pas là que se pose la vraie question.

Harry s'approcha lentement de Draco, et le regard qu'il lui lança était chargé. Pas de peur. Pas de défi. De l'attachement pur.

— Pas pour l'instant. Laisse-moi y aller. Je dois les arrêter avant qu'ils ne s'approchent encore de toi.

Draco acquiesça, même s'il ne disait rien.

Hermione et Ginny saluèrent brièvement et s'éclipsèrent. Ginny laissa une note sur le plan de travail.

— Tu peux m'envoyer un message n'importe quand, dit-elle à Draco. Je te répondrai.

Quand la porte se referma, le silence revint. Mais cette fois, il était dense, comme une brume tiède.

Harry s'approcha. Leurs corps presque collés, il glissa une main à la nuque de Draco, attira doucement son visage contre le sien.

Un baiser. Lent. Ancré. Un souffle retenu, relâché. Les doigts de Draco se posèrent sur la taille de Harry.

Quand ils se séparèrent, Draco murmura :

— Reviens.

Harry l'effleura du front.

— Toujours.

Et il partit.

Draco resta debout un long moment, Potty à ses pieds. Le chat frotta sa tête contre sa cheville, comme pour dire : ça ira. Légèrement, une plume sur l'étagère vibra sous une bouffée magique.

Le silence lui parut immense. Pas parce qu'il était seul. Parce qu'il venait de sentir ce que c'était, ne plus l'être.

Une dizaine de minutes plus tard, un bruissement sec résonna dans la cheminée. Une silhouette haute et droite en sortit dans un nuage de suie légère.

— Je sais que j'ai demandé à Potter de se rendre au Ministère… mais je voulais m'assurer moi-même que tout allait bien, dit le professeur McGonagall.

Draco se redressa à moitié, surpris. — Professeur… ? murmura-t-il. Il ne savait pas s'il devait être sur la défensive ou touché. Elle l'observa un moment, le visage impassible mais les yeux pleins d'une fatigue ancienne. Une partie de lui redevenait élève sous ce regard-là.

— Vous étiez mon élève, Monsieur Malefoy. Et même si je n'ai pas toujours compris vos choix… je n'ai jamais cru que vous étiez perdu.

Elle marqua une pause. Puis ajouta plus doucement :

— Dumbledore disait toujours que Poudlard resterait ouverte à ceux qui ont besoin de revenir. C'est encore vrai.

Elle déposa un pli sur la table, presque comme un détail oublié.

Un silence s'installa. McGonagall soutint le regard de Draco un bref instant. Quelque chose de plus personnel flottait dans l'air, comme un accord tacite.

— Mme Pince songe à prendre sa retraite. Elle dit qu'il lui faudrait quelqu'un qui sache respecter le silence… et le remplir intelligemment.

Elle marqua une pause, puis ajouta, presque en s'éloignant :

— Et elle a même dit que vous aviez autrefois un respect suspect pour les livres, malgré votre sale caractère, ajouta-t-elle, l'ombre d'un sourire au coin des lèvres.

Elle inclina simplement la tête, puis disparut dans la cheminée, sans attendre de réponse.

Draco resta un moment figé. Le pli sur la table n'était pas qu'une invitation. C'était une porte entrouverte. Potty sauta sur la table, renifla brièvement le pli, puis s'y coucha comme pour le garder. Comme s'il savait.

Et dans son ventre, quelque chose vibrait encore à l'évocation de Poudlard. Non plus comme un lieu figé, mais comme un possible. Une trace de foyer. Une trace de lui.

Travailler là où tout avait commencé. Pour réparer. Pour respirer autrement.