Chapitre 17 – Apprendre à briller
Harry avait reçu un message du Ministère plus tôt dans la matinée. Une mise à jour sur le groupe en fuite. Il n'en avait rien dit. Pas encore. Il voulait rester là. Juste là. Le monde pouvait attendre quelques heures de plus.
Le ciel était couvert, mais la pièce baignait dans une lumière dorée, venue d'une lanterne flottante suspendue à une poutre. L'air était tiède, imprégné de ce calme étrange qui précède les tempêtes intimes. C'était Harry qui avait proposé cette pièce. Elle ne servait jamais. Trop petite, trop intime. Juste assez pour deux.
Draco se tenait au centre, légèrement en retrait. Il tournait sa baguette entre ses doigts — sa baguette. Celle que Potter lui avait rendue quelques jours plus tôt, dans un silence chargé, après un long regard. Elle t'attendait, avait-il murmuré. Elle lui appartenait de nouveau. Et il n'avait jamais eu aussi peur de l'utiliser.
Mais cette fois, la peur n'était pas une fuite. C'était un désir. Il voulait apprendre. Reprendre le contrôle. Ne plus être un poids. Pouvoir se défendre — pour lui-même. Et pour Harry.
— Tu veux vraiment essayer maintenant ? demanda Potter depuis l'embrasure.
Draco hocha la tête, calme, mais ferme.
— Tu as formé les membres de l'Ordre. Tu peux me former.
Harry s'avança dans la pièce, les bras le long du corps.
— Pourquoi tu veux vraiment apprendre ? demanda-t-il.
Draco leva les yeux vers lui.
— Parce que je veux pas être une faiblesse pour toi, souffla-t-il. Je veux pouvoir te protéger. Comme tu le fais pour moi.
Un silence. Puis Harry referma la porte derrière lui. Elle fit un bruit sourd, comme un battement de cœur.
Il s'approcha de Draco sans un mot. Se plaça derrière lui, si près que Draco sentit la chaleur de son corps, sans qu'il ne le touche encore.
— Ferme les yeux, dit-il doucement.
Draco obéit.
Les mains de Potter se posèrent sur ses épaules. Légères. Sûres. Il guida sa respiration, lentement, avec calme.
— Il faut une pensée heureuse. Pas juste joyeuse. Une qui te traverse tout entier.
Draco chercha. Un souvenir. Un visage. Un rire. Mais tout semblait trop loin.
— C'est trop loin, murmura-t-il.
Harry se rapprocha. Son torse frôla le dos de Draco. Son souffle caressa sa nuque.
— Alors pense à maintenant. Ce que tu ressens. Ce que tu veux garder. Ce que tu refuses de perdre.
Draco ouvrit lentement les yeux. Il leva sa baguette.
— Expecto Patronum.
Un filet argenté s'échappa. Faible. Fragile. Puis s'éteignit.
Il recula, frustré. Harry posa une main sur son poignet, l'autre sur sa hanche.
— Ne force pas. Laisse venir.
Le contact fit frémir Draco. Il inspira à nouveau. Et cette fois, il ne pensa pas. Il ressentit.
Le souffle chaud d'Harry sur sa peau. Le poids de sa main, juste là. La sécurité d'être regardé comme un égal. Le feu sous la peau. Une nuit sans peur. Pas une nuit sans menace. Une nuit avec quelqu'un. Une nuit où il n'était plus seul face à l'obscurité.
— Expecto Patronum, murmura-t-il.
La lumière jaillit. Vive. Claire. Elle prit la forme d'un jeune cerf, élancé, gracieux. Il tourna autour de Draco, frôlant les murs. Harry fit un pas en arrière, les yeux écarquillés. Puis un sourire, doux, lent.
Draco, haletant, se retourna.
— Mais… c'est le tien.
— Non, souffla Harry. C'est le tien. Il m'a juste reconnu. Parce qu'il reconnaît ce qui est en toi. Ce que tu fais briller.
Le Patronus s'effaça lentement.
Un silence, mais vibrant.
Leurs regards se trouvèrent, sans échappatoire.
— Harry, souffla Draco.
— Draco, répondit-il.
Leurs bouches se rencontrèrent. Un baiser long, profond. Un souffle mêlé. Une tension qui cédait.
Leurs mains glissèrent — dans les cheveux, sur les flancs, sous les vêtements. Chaque contact éveillait un nouveau frisson. Leurs souffles s'avalaient, se poursuivaient. Leurs corps se cherchaient, se reconnaissaient.
Ils glissèrent sur le tapis, dans les coussins, peau contre peau. Les chemises tombèrent, les mains traçaient des lignes de feu. Leurs regards restaient ancrés, tremblants d'envie.
— Je veux que ce soit toi, dit Draco, sa voix rauque contre sa bouche.
Harry le regarda, les yeux brillants.
— Alors prends-moi. Entier. Maintenant.
Et il le fit.
Les gestes furent d'abord timides, puis sûrs. Les souffles haletants, puis harmonieux. Draco s'arqua sous les mains d'Harry, s'ouvrit avec une confiance qu'il n'avait jamais offerte.
Harry ne l'avait jamais vu ainsi. Entier. Ouvert. Il voulait le garder comme ça. Brillant. Sans chaînes.
Leurs corps se trouvèrent encore, encore. Des soupirs devinrent cris contenus. Des frissons devinrent onde. Tout en eux vibrait d'un accord ancien et neuf à la fois. Ils se perdirent dans la peau, les reins, la bouche, jusqu'à ne plus distinguer l'origine du plaisir.
Et dans cette magie-là, Draco ne sentit aucune faiblesse. Seulement sa propre force. Et celle d'avoir été choisi. Réellement.
Les reins roulaient à l'unisson, les paumes s'accrochaient aux draps, et les souffles se brisaient dans la gorge de l'autre.
Et quand le plaisir les traversa ensemble, la magie se souleva dans l'air — blanche, vivante, brûlante. Comme s'ils s'étaient trouvés, corps et âme, dans la même déflagration.
Une lumière blanche dansait encore au plafond.
Elle ne s'éteignait pas.
Ils restèrent là, mêlés, haletants, le souffle encore saccadé dans le creux de la gorge de l'autre. La peau moite, les cœurs battants à l'unisson. Draco avait enfoui son visage contre le cou d'Harry, sa paume toujours posée sur sa hanche. Il n'avait plus froid. Il n'avait plus peur.
— T'as toujours su faire ça, Potter, souffla-t-il, les yeux mi-clos. Me renverser.
Harry laissa échapper un rire bas, surpris.
— Et dire que j'ai passé des années à essayer sans succès. Sa main glissa lentement le long de la hanche de Draco. — Il suffisait d'arrêter de te combattre.
Draco esquissa un sourire, doux, un peu surpris. Comme si les mots venaient de redessiner un souvenir ancien, mais apaisé.
— Harry… murmura-t-il.
— Je suis là, souffla-t-il contre sa tempe.
Ses doigts traçaient paresseusement une ligne le long de sa colonne, un geste instinctif, comme s'il voulait s'assurer que tout ceci était bien réel. Que Draco était bien là. Qu'il restait.
Potty gratta doucement à la porte, avant de venir s'installer silencieusement près d'eux, sur un coussin abandonné. Comme s'il avait senti que tout était enfin à sa place.
Ils ne dirent rien. Pas tout de suite. Mais leurs mains restèrent là. Entrelacées. Comme si elles refusaient que la magie s'éteigne.
Et quand Draco rouvrit les yeux, Harry était encore là. Le souffle calme. Le regard doux.
Présent.
Juste… présent.
