Chapitre 18 – Le choix de tomber
Harry était resté éveillé longtemps.
Draco dormait encore, le souffle paisible, une main posée contre son flanc. Une lumière pâle filtrait à travers les rideaux, dorée, suspendue. Il ne bougeait pas. Il avait l'air en paix. Enfin. Et Harry, lui, avait l'impression que tout recommençait déjà à bouger trop vite.
Il tenait sa baguette entre les doigts — pas la sienne. Celle de Draco. Il l'avait laissée là, sur la table basse, mais parfois, sans même s'en rendre compte, il la reprenait. Comme s'il voulait s'assurer qu'elle resterait bien là. Comme s'il avait peur qu'elle disparaisse à nouveau.
Un bruit discret derrière lui. Des pas. Une respiration.
Draco descendait.
Harry ne bougea pas. Il ne voulait pas troubler le peu de calme qui restait.
Quand Draco entra dans la pièce, leurs regards se croisèrent. Le silence était lourd. Non pas de colère. Mais de quelque chose qui pesait encore plus.
— Tu vas partir, dit Draco.
Harry hocha lentement la tête.
— Le Ministère a reçu une nouvelle information cette nuit. Kingsley pense que le groupe prépare un nouveau mouvement. Quelque chose d'imminent.
Draco s'approcha. Il passa une main dans ses cheveux encore humides.
— Je viens avec toi.
— Non.
Le mot coupa l'espace entre eux. Pas comme une gifle. Comme une fermeture.
— Je peux servir, Potter.
— Tu n'es pas un outil.
— Je suis un levier.
Harry inspira, longuement.
— Je ne veux pas t'exposer. Pas après ce qu'on a…
Il ne termina pas. Draco s'approcha encore, à quelques centimètres.
— Et moi, je ne veux pas te regarder tomber. Si je peux empêcher ça, je le ferai.
Ils restèrent là, yeux dans les yeux. Rien ne se dit, mais tout passa.
Hermione arriva peu après. Harry ne s'était pas levé.
Elle posa un dossier sur la table sans bruit.
— Tu ne peux pas choisir à sa place, dit-elle.
Harry resta silencieux.
— Tu sais qu'il le fera quand même, ajouta-t-elle.
— Je sais. Mais j'ai peur qu'il choisisse de tomber.
Hermione ne répondit pas. Elle posa simplement une main sur son épaule. Et sortit de la pièce.
Draco s'était déjà changé. Il préparait ses affaires avec calme, presque détachement. Mais ses gestes trahissaient une tension intérieure. Il repassa devant le miroir du couloir.
Cette fois, il ne baissa pas les yeux. Il s'arrêta. Il se regarda.
Avant, on m'imposait les missions. Maintenant, je les choisis.
Il retrouva Ginny dans une annexe abandonnée du Ministère. Un couloir en ruine, encore imprégné de vieux enchantements.
— Tu veux le point de contact, dit-elle.
Draco acquiesça.
— Ce sera moi.
— Harry ne va pas aimer.
— Il ne peut pas me protéger de tout.
Ginny le fixa un moment, puis hocha lentement la tête.
— Alors ce sera ce soir. Un lieu, une heure. On posera les sorts. Tu ne seras pas seul.
— Mais tu ne dis rien à Potter.
Elle soupira.
— Je vais avoir des problèmes.
— Moi aussi.
Elle glissa un parchemin dans sa manche.
— Tu fais ça pour lui ?
Il secoua la tête.
— Je fais ça pour moi. Cette fois, c'est moi qui protège.
Ginny ne répondit pas. Mais ses yeux brillèrent brièvement.
Draco frappa à la porte de l'appartement protégé. Blaise ouvrit. Pansy était déjà là, bras croisés, visiblement prête à exploser.
— Vraiment ? Encore ?
Draco leva les mains.
— Je voulais que vous le sachiez. Cette fois, je ne veux pas le faire dans votre dos.
— Tu crois que tu peux encore décider pour nous ? lança Pansy, furieuse.
— Non. Je sais que vous viendrez. Mais je ne veux pas que vous interveniez.
Un silence. Puis elle souffla :
— On ne sera pas visibles. Mais on sera là.
Blaise s'approcha, sans un mot. Il posa une main ferme sur l'épaule de Draco.
— On est avec toi. Depuis le début. Même quand tu le vois pas.
Draco hocha la tête. C'était tout ce qu'il avait besoin d'entendre.
Dans le square Grimmaurd, les protections avaient été renforcées.
Hermione préparait les potions de soutien. Elle disposait les fioles sans un mot. Ses gestes étaient précis. Méticuleux.
Draco l'observa.
— Tu sais que je dois y aller.
— Je sais, dit-elle. Et j'enverrai un Patronus à Ron. Il sait déjà les grandes lignes.
Elle se redressa.
— Je ne suis pas d'accord avec ce plan. Mais je sais reconnaître un vrai choix.
Il eut un sourire bref.
— Je ne sais pas si c'est du courage. Ou de la folie.
— Chez toi, c'est souvent les deux.
Potty sauta sur la table alors que Draco bouclait sa cape. Il frotta sa tête contre son bras.
— Pas cette fois, murmura-t-il. Tu restes ici.
Le chat miaula. Doucement. Puis retourna s'asseoir sur le rebord de la fenêtre.
Draco le regarda. Juste un instant.
Puis sortit.
Un peu plus loin, dans la serre abandonnée où le faux rendez-vous avait été fixé, l'ambiance était suspendue.
Ginny terminait les derniers sorts de dissimulation. Pansy et Blaise discutaient à voix basse, dos au mur.
Et soudain, la porte s'ouvrit à la volée.
— Vous croyez que j'allais rester planqué avec un thé pendant que vous attiriez la mort à trois rues d'ici ?
Ron. Essoufflé, en manteau froissé, baguette déjà dégainée.
Il observa la scène. Son regard tomba sur Draco.
— Je savais bien qu'un jour, Harry nous ferait un coup à la con.
Draco souffla du nez, amusé.
— Il va adorer t'entendre dire ça.
— Il l'a déjà entendu. Crois-moi.
Le ciel était noir d'encre. Une brume légère rampait sur les pavés.
Draco marchait seul. Chaque pas résonnait doucement. Il ne tremblait pas.
Ce n'était pas une marche vers le sacrifice.
C'était une marche vers le choix.
