Epilogue – Et après
Le monde avait recommencé à tourner.
Pas comme avant. Pas vraiment. Mais d'une manière neuve, plus lente, presque timide. Il y avait eu des procès, des noms tombés, des aveux. Des visages jeunes, trop jeunes. Et des verdicts rendus dans des salles feutrées où le silence pesait plus que la colère.
Harry avait déposé son insigne sur le bureau du ministre sans un mot. Kingsley lui avait serré la main, longue étreinte muette. Et Ginny avait murmuré : "Il est temps que tu vives, pas que tu survives."
Depuis, il vivait.
Dans cette maison où les rideaux laissaient passer le soleil. Dans ce calme où Potty dormait sur les coussins comme un vieux seigneur. Dans cette présence quotidienne qui ne demandait plus à être prouvée.
Draco écrivait parfois à ses anciens collègues moldus. Rien d'évident. Des cartes, des douceurs, des mots brefs. Il ne disait pas tout. Mais il disait assez.
La lettre était arrivée un matin, portée par un hibou à la démarche raide. Parfum d'encre noire et de parchemin épais.
McGonagall. Écriture fine, stricte. Contenant peu de mots, mais tous choisis.
"La proposition tient toujours. Mme Pince partira d'ici la fin de l'année.
Je pense que la bibliothèque serait entre de bonnes mains avec quelqu'un qui a toujours su lire entre les lignes.
Et j'ai appris que Mr Potter avait quitté les Aurors. Le poste de professeur en défense contre les forces du Mal est également vacant."
Draco avait lu deux fois. S'était assis. Et un souvenir s'était imposé sans qu'il le cherche :
"Un jour, il te faudra choisir ce que tu veux réparer."
La voix de sa mère. Douce. Fatiguée. Mais lucide.
Il replia la lettre. Et sourit.
Ils étaient allés ensemble. À Poudlard.
Ginny marchait un peu devant, expliquant qu'une nouvelle volière serait construite, que la bibliothèque allait être partiellement rénovée.
Hermione, elle, surveillait Teddy d'un œil indulgent, pendant que celui-ci courait dans les couloirs en faisant briller ses cheveux d'un bleu électrique.
Potty suivait, paresseux, la queue haute. Il s'arrêta parfois pour renifler les coins de pierre, comme s'il saluait les fantômes du passé.
Dans un coin de salle, Draco trouva une photo magique oubliée, glissée dans un livre.
Blaise. Pansy. Daphné. Un groupe de Serpentards, riant. Et là, à l'arrière-plan… flou, un garçon aux lunettes rondes, qui traversait sans regarder l'objectif.
Draco resta figé un instant.
— Tu étais déjà là, dit-il.
Harry se pencha.
— Et je comptais déjà.
Ils étaient revenus chez Andromeda, quelques jours plus tard. Teddy les attendait avec un dessin dans les mains.
Un chat noir. Deux hommes qui se tenaient par la main. Un ciel étoilé au-dessus d'eux.
— C'est Potty, expliqua-t-il. Et vous.
Il désigna le Draco en pastel.
— T'as les cheveux plus beaux en vrai.
Draco haussa un sourcil. Harry toussa pour masquer un rire.
Potty vint s'asseoir près du dessin. Il renifla doucement. Puis se coucha, comme s'il avait compris.
Une semaine après, en descendant à Pré-au-Lard, Draco glissa ses doigts dans ceux d'Harry. Un geste simple. Mais public.
Des regards se tournèrent. Un murmure. Rien de violent. Juste la surprise d'un monde qui s'habitue.
Draco s'arrêta. Tourna la tête vers Harry.
— Qu'ils parlent, souffla-t-il.
— Je préfère ça au silence, répondit Harry.
Et derrière eux, Blaise lança sans s'arrêter :
— Enfin. C'est pas trop tôt.
Pansy leva les yeux au ciel, bras croisés, mais un sourire léger naquit au coin de ses lèvres.
— On dirait presque que vous êtes heureux.
Draco répondit, sans se retourner :
— Peut-être bien qu'on l'est.
Et Ron, qui arrivait par la ruelle, une main dans sa poche, grimaça :
— Franchement, je pensais pas vivre assez vieux pour voir ça…
Il tendit une main à Draco. Franche. Réelle. Sans fioriture.
— Bien joué, Malefoy.
Draco la serra.
— Je crois que je t'aime pas, Weasley.
Ron haussa les épaules :
— Parfait. Moi non plus.
Mais il souriait.
Le bureau sentait la cire chaude et le vieux papier. La lumière du soir caressait les reliures. Un silence feutré régnait dans la bibliothèque.
Draco rangeait quelques grimoires anciens. Harry lisait nonchalamment à la table. Potty dormait sur une pile d'ouvrages, museau contre patte.
Un courant d'air léger passa. Et sans qu'il le veuille vraiment, un Patronus s'échappa doucement de la baguette de Draco.
Le jeune cerf argenté trotta dans l'allée entre les étagères. Il ne brillait pas de force. Il brillait… de paix.
Harry le regarda, longtemps.
— On y est, non ? demanda Draco à voix basse.
Harry leva les yeux vers lui.
— Oui. Cette fois, on y est.
Et dans le silence, il n'y eut plus rien à craindre.
END
Note d'auteur
: Merci.
Merci d'avoir suivi Draco et Harry jusqu'au bout de cette traversée.
Ce texte est né d'un besoin de réinventer ce qui nous lie.
De croire qu'après la guerre, il reste l'amour, la reconstruction, le choix de rester.
Vos commentaires, ressentis, coups de cœur sont des étoiles sur le chemin.
À bientôt. *
