Pendant ce temps, l'ordre aux soldats de fouiller chaque maison avait été donné afin de retrouver l'uniforme vert disparu. Ils montrèrent un mandat à chaque propriétaire afin d'exécuter la fouille. Leurs recherches avait été infructeuses jusqu'à la dernière maison : celle des harfangs des neiges.

Sur place, ils avaient pu retrouver l'uniforme avec le chapeau dans les affaires de Solus. Sa mère (qui s'appelle Hedwige), confuse, pensait qu'il s'agissait d'une erreur. Elle leur expliquait que son petit garçon avait passé un stage chez eux, un soldat dément cette information.

- Nous avons eu aucun stagiaire ces derniers temps, madame... Je suis désolé mais votre fils doit nous suivre, dès qu'il reviendra, on doit l'interroger...

- Il m'aurait menti...? murmura-t-elle, inquiète.

- J'en ai bien peur, m'dame...

Elle dût s'asseoir sur une chaise, le temps de se remettre de ses émotions. Le soldat la rassura.

- Ne vous en faites pas, on va juste l'interroger, tout ira bien.

- Oooh... Je me demande ce qu'il a fait comme bêtise...

- C'est ce qu'on essaye de le découvrir, m'dame...

- Ce n'est quand même pas avec cette histoire avec cette fichue machine qui a failli le tuer ?

- Non, du tout... On veut juste l'interroger sur l'affaire du monstre...

Elle soupira.

- Eh ben... Il m'aurait tout fait... Vous savez, il n'est pas méchant, il est juste... curieux et... timide.

- On le sait et on le comprend, vous ne devriez pas lui en vouloir pour ça. On va devoir l'attendre, ne vous en faites pas...

La journée défilait et Solus put terminer les cours sans souci. En rentrant chez lui, il ne s'attendait pas à voir des soldats humains dans sa chambre en train de l'attendre. Laissant tomber son livre et ses parchemins, Solus sortait immédiatement de la maison pour s'en échapper mais manque de chance, un soldat l'attrapa par surprise par la taille en entravant ses bras par devant alors qu'il tentait de s'envoler dès qu'il était sorti.

- H-Hé ! Doucement ! Tu ne vas pas nous fausser compagnie, non ?

- L-LÂCHEZ-MOI, LÂCHEZ-MOI ! LAISSEZ-MOI PARTIR ! J-JE N'AI RIEN FAIT !

Il tenta de se débattre pour s'en libérer, le soldat avait du mal à le retenir.

- B-Bon sang ! Tu as une sacrée force ! Q-Qu'est-ce que tu as mangé ce midi ? Hé, vous autres ! Aidez-moi à le retenir !

Trois hommes arrivèrent pour l'aider, même eux en étant à quatre au total, ils avaient eu du mal. L'un d'eux rassura Solus.

- Calme-toi, on veut juste t'emmener avec nous pour te poser quelques questions, rien de plus! On ne va pas t'enfermer !

- N-NON, S'IL VOUS PLAIT, LÂCHEZ-MOI !

Il battait frénétiquement des ailes avec sa cape chouette, sa mère était au pas de la porte en train d'assister à l'arrestation de son fils. Un des soldats lui administra un somnifère via une piqûre pour l'endormir.

- Aïe ! Arrêtez ! criait Solus paniqué. S'il vous plait, laissez-moi partir !

- Bizarre..., constatait le militaire à la piqûre en voyant que Solus avait encore de l'énergie à revendre. Ça n'a pas d'effet, on dirait.

- Triple la dose...! lui ordonna son collègue dans un effort surhumain. Vite...!

- Si je fais ça, ça va le tuer...

- Ne discute pas, fais-le ! Sinon on ne va pas tenir ! Ce gosse n'est déjà pas normal avec cette force herculéenne alors si tu discutes, ça ne va pas le faire...!

Les quatres hommes, dans un ultime effort, plaqua Solus au sol de toutes leurs forces sous les yeux inquiets de sa mère depuis le pas de la porte de la maison.

- Vas-y...!

- Ok, ok...

Sur ordre de son collègue, le soldat administra une triple dose supérieure à la normale. De quoi assommer un tigre.

Pour rassurer son fils, Hedwige lui parla, Solus lui tendit la main avec difficulté, le produit commença à agir.

- M'man...! Ne les laisse pas m'emmener...! S-S'il te plait...!

Elle lui prit la main, non pas pour l'aider mais pour le rassurer.

- Je ne peux rien faire mon chéri, ils ont le droit de t'arrêter. Mais ne t'inquiètes pas, je t'aime fort quoiqu'il arrive. Qui que tu sois. Maintenant, tu dois t'endormir, arrête de résister, s'il te plait... Sinon les choses ne vont pas avancer comme il faut.

Solus commença lentement à s'endormir, il sentit ses paupières s'alourdir de plus en plus. Avant de se plonger complètement dans les bras de Morphée, il entendit un «Encore une fois, je t'aime, mon chéri... Sois sage avec les soldats quand tu te réveilleras!» de la part de sa mère. Le sentant détendu sous leur poids, les autres soldats soupiraient de soulagement, essoufflés.

- Eh ben...!

- Ouf...!

L'un d'eux porta le jeune harfang des neiges à son épaule.

- Il nous a bien donné du fil à retordre... Bon sang...!

Tandis que les soldats s'en allaient avec leur suspect, celui qui restait avant de partir se tourna vers la mère de famille pour lui poser une question dans une situation assez comique.

- Mais qu'est-ce que vous lui a donné comme déjeuner ce midi ?!

- Eh bah euh..., disait-elle gênée. Comme d'habitude, un sandwich...

À cette réponse, le soldat faisait un signe d'expression faciale de «Oh eh ben hein... Costaud, le petit gars!» en montrant Solus du pouce puis il repartait en suivant ses collègues, n'oubliant pas l'uniforme vert qui a été retrouvé avec le chapeau.

À la base millitaire, quelques heures plus tard, Solus se réveilla, vautré à une table, assis à une chaise. On l'avait mis là pour l'interrogatoire et que dès qu'il sera réveillé, les soldats devaient lui poser des questions. Mais avant, ils le laissaient se réveiller tranquillement. En raison de son jeune âge, on lui donnait du thé au lieu du café pour bien se réveiller. Même pas besoin de voir la tasse, il prend et boit le thé directement sans même prendre le temps de souffler dessus pour le refroidir. Après cul sec, sa tête frissonnait, ses plumes situées dessus se dressaient grâce à la chaleur, il ouvrit les yeux, bien réveillé. Il vit qu'il était dans une pièce vide avec seulement une table et deux chaises dont celle où il était assis.

Pour le mettre à l'aise durant cet interrogatoire, c'était Anne qui devait interroger Solus. Elle est gentille avec les enfants même les jeunes adolescents. Donc avec Solus, ce ne sera pas un problème. La douceur féminine, ça marche toujours! Sinon, il y a la méthode à la dure avec Bonanza mais c'était seulement en cas où Solus faisait sa forte tête mais comme ce n'était pas son genre, on prévilégiait Anne. Cette dernière boitait encore un peu dues aux événements de l'invasion des pirates à Advent. Elle s'aidait quand même d'une béquille pour se déplacer.

Elle entrait dans la pièce avec un calepin et d'autres documents d'une main et de l'autre sa béquille. Elle s'y installait face à Solus qui avait peur de ce qui allait lui arriver. La prison comme quand il était en dragon ? La mort par injection léthale pour s'en débarrasser ? Ce n'était pas du genre des soldats sans étudier la situation.

- J'espère que tu as bien dormi, Solus, lui disait-elle après s'être installée face à lui, tu sais que tu as quand même bien donné du fil à retordre aux hommes qui ont essayé de t'emmener.

Il était embarrassé. Quand il a peur, il ne pouvait pas s'empêcher d'utiliser la force pour se libérer.

- Rassure-toi, poursuit-elle, on ne va pas te faire de mal, on veut juste savoir pourquoi tu as cet uniforme chez toi, pourquoi tu as menti à tes parents et aussi... je n'aime pas trop dire ça mais si tu sais quelque chose à propos du monstre.

- Pour le monstre, je n'en sais rien! se défendait-il en mentant. Pour l'uniforme, c'était juste pour ne pas inquiéter mes parents de mon absence...

- Mais comment tu l'as eu ? Là est toute la question.

- Je... Je n'en sais rien ! On me l'a donné, c'est tout !

Solus ne voulait pas que Geddy ait des ennuis alors il mentit pour le protéger. Les mensonges se succédaient encore et encore depuis qu'il avait reçu les pouvoirs du dofus... Il savait que mentir c'était mal mais il n'avait pas le choix! Il n'était pas méchant mais les gens avaient tendance à être sans pitié avec les monstres qui les effraient.

- Je peux comprendre que tu défends celui ou celle qui te l'a donné mais je peux te rassurer qu'il ne sera pas viré, il aura juste une sanction avec rappel à l'ordre. Je peux te le garantir.

- Même si je le savais, jamais, je ne vous le dirai... Je ne suis pas du genre à trahir qui que ce soit !

- Je vois... Les amis, c'est sacré pour toi? Je te comprends.

Anne soupira et prit note.

- Ok, je ne vais pas trop insister là-dessus... mais dis-moi...

Solus la regarda.

- Tu es vraiment sûr que tu ne sais rien à propos du monstre ? Il t'a quand même essayé de te dévorer une fois... La deuxième fois, il n'a pas réessayé quand tu étais absent de chez toi ? D'ailleurs, où tu étais lorsque nous avons capturé ce monstre ?

Anne était sur le point de tout découvrir. Solus devait trouver la bonne excuse... Otus ! Mais oui !

- J... J'étais avec Otus, j'avais fait du camping avec lui... à Tropos.

Mauvaise réponse, Solus. Grave erreur !

- Mais... Otus était malade. Il était chez lui à ce moment-là, il ne pouvait pas faire du camping avec toi.

Solus s'était rendu compte de cet oubli de détail et de sa grave erreur. Le fait d'être démasqué le rattrapait de plus en plus. Il doit se justifier coûte que coûte !

- J... Je ne m'en souviens pas en fait.

Soudain, il se rattrapa en pensant à un de ses amis.

- NON, en fait, SI ! Je m'en souviens ! C'était juste que... avec toutes ces émotions, ma mémoire m'avait fait défaut ! J'étais avec Brindille, le phasme déguisé en araignée ! On avait fait du camping ensemble, il avait insisté pour que je vienne avec lui. Je ne pouvais pas lui dire non.

- Et la disparition de l'uniforme et du chapeau ? C'était lui ? Vu sa réputation de fauteur de trouble, ça ne pouvait pas étonner qui que ce soit.

- Oui. On avait eu un petit accident avec un monstre, il avait... abîmé mes habits. Et en tant qu'ami, Brindille ne pouvait pas me laisser comme ça alors il était allé chercher de quoi me couvrir afin que je puisse rentrer à la maison sans aveugler quelqu'un...

Il se cacha les yeux, intimidé par ce qu'il alla dire.

- Oui, j'étais... tout nu... encore...

Anne le rassurait disant qu'il ne fallait pas en avoir honte mais qu'il fallait être prudent la prochaine fois. Elle prit des notes supplémentaires dans son calepin.

Jusqu'à présent, Solus s'en était très bien sorti dans son mensonge. Il s'en voulait tout de même de se servir de Brindille comme alibi de ses deux jours d'absence. La prochaine étape était de voir la réaction de l'harfang des neiges et pour cela, Anne lui montra les croquis du monstre.

Il fit les gros yeux en voyant ces dessins, mais sentant que Anne le regardait, il secoua la tête comme pour reprendre ses esprits et lui dit qu'il n'était encore pas bien réveillé. Il savait bien que c'était lui sur ces croquis. Chapeau à l'artiste qui avait fait ça !

- Ne t'inquiètes pas, prends ton temps, le rassurait-elle. On a tout notre temps.

C'était fou les détails des dessins, les tâches juvéniles étaient même là! Il se demandait si on ne l'avait pas arrêté juste parce qu'il ressemblait à la créature.

- C'est bien le monstre qui a essayé de te dévorer ? lui posa la question Anne.

- Hmm... Je ne sais pas trop... lui répondit-il en faisant semblant d'être hésitant. Tout était allé trop vite... Je n'avais pas eu le temps de bien le voir...

- Il t'avait aussi volé ton livre, nous l'avons constaté lorsque nous l'avons trouvé et capturé au Temple Chouette... Mais étrangement, il avait disparu lui et cet objet...

- A-Ah ?

- Et ce qui est le plus étrange c'est que lorsqu'on lui a confisqué l'ouvrage, il nous avait hurlé dessus, il menaçait même de détruire sa cage... Ce genre de comportement me fait un peu penser à toi...

- A-Ah bon ?

- Il tient à ce livre comme à la prunelle de ses yeux... et toi aussi d'ailleurs puisqu'il y a ton nom écrit dessus...

- Peut-être parce qu'il aime lire, tout comme moi... Haha...

- C'est ce que nous pensions, mais... ce dragon te ressemble étrangement : il est blanc, a des tâches juvéniles (un jeune donc), a un bec noir comme nez, son apparence générale est proche de celle de l'harfang des neiges...

- Et donc, devina Solus, vous pensez que c'est moi ce dragon ?

La nervosité se lisait presque sur son visage, des gouttes de sueur perlaient sur ses tempes.

- C'est un peu compliqué mais... oui. Et avec ce que les autres soldats ont eu tout à l'heure, en tentant de t'emmener, nos soupçons se confirment de plus en plus. Car le dragon possède aussi une force titanesque... Il avait détruit deux fois les barreaux de sa cage sans la moindre difficulté. Dont ceux 10 fois plus épais qu'à la normale!

- C'était juste un hasard, haha...!

- Pas dans ces conditions...

Anne finit de prendre ses notes, reprend les croquis et se leva de sa chaise en prenant sa béquille pour quitter la pièce.

- En tout cas, merci d'avoir répondu à cet interrogatoire, Solus. Je vais, à présent, te laisser. Je vois ça avec mon supérieur et on verra ce qu'il va se passer pour la suite. À tout à l'heure !

Elle quitta la pièce, laissant Solus seul assis sur sa chaise, vautré à nouveau sur la table. Le chef attendait Anne pour avoir le rapport de cet interrogatoire. Ils se murmuraient entre eux ayant encore de forts soupçons envers Solus.

- C'est sûr, il nous cache quelque chose, son histoire n'était pas très cohérente... D'abord, il faisait l'erreur de dire qu'il était avec Otus faire du camping alors que celui-ci était malade puis ensuite il ne se souvenait pas et vint ensuite l'histoire avec ce Brindille...

Le chef pesta en se disant que si le dragon avait été marqué de manière indélébile, ça aurait été plus facile d'identifier sa forme chouette ou humaine.

- Oui, on aurait pu y penser..., regretta Anne.

Elle eut une révélation par la suite.

- Mais oui, on aurait pu y penser ! Mais au lieu de le capturer, cette fois, on doit le marquer ! Comme ça, si un habitant de Vellie a cette marque, on sera vite fixé!

- C'est une bonne idée, Anne, mais à l'heure qu'il est, le dragon n'est plus dans les parages... On a fouillé de fond en comble les endroits où il pouvait être... Le Temple Chouette... La Grotte de Vellie...

Il soupirait, embêté. La jeune femme avait une autre idée.

- Ou bien alors, on doit garder Solus à vue, je suis presque sûre qu'il nous cache vraiment un truc et il ne veut pas le dire. C'est comme si il avait peur qu'on découvre quelque chose de grave qu'il a fait.

- Je peux vous confier cette mission ?

- Ce serait formidable.

- Très bien, prit-il sa décision, je vous confie la responsabilité de vous en occuper jusqu'à que cette affaire soit réglée.

- Merci, monsieur ! Je ne vous déceverai pas !

Elle prit la pose de salut militaire malgré sa convalescence.

- Prévenez quand même ses parents..., la conseilla-t-il. Qu'ils ne s'inquiètent pas.

- Compris ! Je m'en chargerai.

Le chef s'en alla à son bureau. Anne, quant à elle, annonça la décision à Solus en retournant dans la salle d'interrogatoire.

- Re-bonjour, Solus. J'ai une nouvelle à t'annoncer!

Il leva la tête mais toujours un peu vautré sur la table, les bras croisés dessus, sans dire un mot.

- Avec mon supérieur, on a pris une décision : Tu vas devoir rester avec nous.

Sa réaction ne se fit pas attendre, il se redressa dans un sursaut de peur.

- Qu-Quoi ?! V-Vous allez m'enfermer ?!

- Mais non ! On va te mettre dans une chambre réservée aux civils, on a un dortoir. On va juste te surveiller car j'ai l'impression que tu ne nous as pas dit toute la vérité.

- M-Mais c'est la VÉRITÉ ! protesta-t-il. Pourquoi je vous mentirais ?

- On a encore des doutes. Mais ne t'inquiètes pas, je vais prévenir tes parents que tu resteras ici, le temps de régler cette histoire.

- M-Mais... et l'école ?

- Tu feras tes devoirs ici, je te ramenerai ce que ton prof va me donner pour ton séjour... C'est Strix, n'est-ce pas ?

- Oui...

Avant que Anne ne s'en aille pour Vellie, Solus avait une faveur à lui demander.

- Si vous prévenez mes parents, vous pourriez me ramener mon livre? J'y tiens et je n'ai pas envie de m'ennuyer...

- Pas de souci! lui souriait-elle.

- Merci. Il doit être dans ma chambre après que je l'ai fait tomber avec mes parchemins. Il est rouge avec le symbole de la communauté des chouettes dessus, vous ne pouvez pas le rater.

Anne lui faisait le signe de «OK», le sourire aux lèvres, et quitta la pièce pour aller au village.