Chapitre 17

Cersei dut prendre sur elle pour ne pas laisser éclater sa joie, ne pas crier le nom de son enfant chérie et ne pas courir jusqu'au bateau, quitte à tremper sa robe, pour enlacer Myrcella dès le débarquement. Pourtant, son sourire immense ne trompait personne : la reine douairière retrouvait son unique fille, nul doute que cela lui causait la plus grande des joies. A son cou, le pendentif offert par Willas scintillait sous la lumière du soleil.

-Tu vois, avorton. Dit Joffrey à son frère. J'ai tenu ma promesse.

-Fais m'en une autre. Déclara Tommen. Si je suis un prince digne du trône, invite encore Myrcella mais pour mon mariage !

-Je l'inviterai bien avant pour rencontrer mon fils.

Il prit la main de Sansa.

-Ou pour rencontrer ma douce fille. Conclut-il en lui baisant les phalanges

La future souveraine rougissait. Le mariage approchait à grands pas et elle avait si hâte d'être enfin son épouse, sa reine, sa femme… même si la nuit de noces lui faisait encore un peu peur. Si sa belle-mère lui avait parlé du lot de beaucoup de femmes, l'infidélité de leurs maris, personne ne lui avait dit comment une femme devenait une femme aux yeux des Dieux.

-Votre Grâce. Sourit Myrcella en s'inclinant

-Ma très chère sœur !

Il l'aida à se relever et embrassa ses joues. Aux côtés de la future consort dornienne, son fiancé, Trystane. Il plut aussitôt à Joffrey pour une unique raison : il avait la même aura de bonté que sa cadette. Il sut alors qu'ils étaient parfaitement assortis et que son adelphe serait des plus heureuses. Non loin d'eux, le prince Oberyn et sa compagne de toujours, Ellaria Sand.

-Votre Grâce. S'inclina-t-il

-Prince Oberyn. Le salua-t-il. Lady Ellaria.

-Votre Grâce est bonne. Sourit la dornienne. Mais je ne suis guère une lady. Les bâtards n'ont pas de titres.

-Vous méritez pourtant le même respect.

Un hoquet de stupeur parcourut l'assemblée.

-L'un des frères de ma bien aimée Sansa est un bâtard. Le premier qui lui manquerait de respect verrait sa langue arrachée et paradée en ville.

Jon les regarda, interdit. Catelyn serra la mâchoire. C'était pour Sansa, pensait-elle. Joffrey adorait Sansa, Sansa aimait malgré tout son demi-frère, il s'évertuait donc d'être gentil avec lui pour lui plaire un peu plus.

-Mon frère, le prince Doran, regrette de ne pas pouvoir assister aux noces lui-même, sa santé l'en empêche.

-Je le regrette.

-Je prierai la Mère pour son rétablissement. Proposa Sansa

-Je vous en remercie, Lady Sansa. Tout comme je dois remercier Votre Grâce pour ce qu'elle a fait. Ma sœur et ses enfants reposent en paix grâce à vous.

Joffrey les mena à Daenerys.

-Prince Oberyn, permettez-moi de vous présenter la princesse Daenerys Targaryen.

Il s'inclina.

-C'est un honneur.

-Vous avez connu ses parents et son frère aîné. Je crois qu'il ferait plaisir à notre chère amie d'entendre vos contes.

Non loin d'eux, Myrcella enlaçait enfin Cersei.

-Comme tu as grandi ! Que tu es belle, ma Myrcella !

La Lannister s'extasiait face à son teint, ses joues, sa taille.

-Oh Mère, je suis si heureuse à Dorne ! J'ai si hâte d'épouser Trystane !

Elle sourit.

-Votre Grâce.

Trystane fit une révérence.

-C'est un honneur pour moi d'enfin pouvoir rencontrer la mère de ma bien-aimée. Je dois vous remercier, Votre Grâce, car sans vous, jamais une femme plus parfaite n'aurait foulé cette terre.

Elle en eut la certitude : Myrcella serait heureuse en mariage.


-Lady Sansa ! Sourit Daenerys. Quel plaisir ! Venez, entrez donc !

Sansa la salua d'une révérence parfaite, comme à son habitude. Et la jeune fille était déterminée à continuer à le faire même après son mariage. Elle serait reine, certes. Mais Daenerys était une princesse de sang et un peu de politesse était toujours la bienvenue. Elle lui devait le respect, d'autant plus qu'en acceptant de travailler avec Joffrey pour la paix, elle avait sans doute évité aux royaumes des temps troublés et sanglants.

-Princesse, je viens à vous terriblement honteuse du service que je vous demande…

-Honteuse ?

-C'est que… C'est bientôt mon mariage et…

La Targaryen la regarda avec tendresse et bonté.

-Et vous ne savez pas comment cela se passe, lors de la nuit de noces.

-En effet…

Elles s'assirent sur la terrasse, profitant du soleil matinal. On leur apporta du fromage, des gâteaux au citron.

-La reine Cersei m'a parlé du fait que mon mari aurait sans doute d'autres femmes dans sa vie.

-Cela serait étonnant. Le roi vous est si dévoué ! Mais elle a eu raison de vous en parler : le cœur est parfois un maître capricieux.

-Votre mari vous a-t-il trahi ?

Les yeux améthyste de la khaleesi se perdirent dans le lointain, la nostalgie peinte sur ses traits.

-Non. Drogo ne m'a jamais trompée. Il faut dire aussi que j'ai su conquérir son cœur. Notre mariage, comme le vôtre, était arrangé. Mais le roi et vous avez une chance que je n'ai pas eue : l'amour est venu de suite. Moi, j'ai dû apprendre à le connaître, à maîtriser son monde et ses codes. J'ai eu de la chance : mon époux a cherché à me comprendre aussi et nous nous sommes retrouvés à mi-chemin.

-Comment était-ce ? Votre nuit de noces ?

-Douloureux.

La nordienne pâlit.

-Ce n'était qu'une nuit pour procréer. Par la suite, cela a été plus magique. Le roi ne traitera pas votre première nuit de femme comme une simple nuit.

-Comment… cela se passe-t-il ?

Sansa but un peu de vin pour se redonner une contenance et maîtriser son angoisse.

-Que pensez-vous qu'il se passe ? Lui demanda la Mère des Dragons

-Je ne sais pas… Je sais que les hommes ont des épées, les femmes des fourreaux. Il a fallu attendre que je saigne car c'était le signe que mon fourreau était fertile… Je suppose… que l'épée doive rencontrer le fourreau. Cela se passe entre les cuisses, au-dessus des genoux…

Daenerys rit de bon cœur.

-Vous avez là la base ! Les hommes ont en effet des épées, les femmes des fourreaux et l'épée doit rencontrer le fourreau. Lors de la première nuit, le fourreau peut être un peu sensible car il n'a pas l'habitude de la rencontre. Mais après une première gêne, si l'épée est maniée délicatement, la rencontre est des plus agréables.

-Serais-je nue ?

-Sans doute.

-J'ai peur… que le roi ne me trouve pas belle… sans rien.

-Vous, laide ? Lady Sansa, vous êtes l'une des plus jolies dames de la Cour et l'une des plus jolies dames que j'ai rencontrées. Le roi vous adore et il vous aimera davantage !

-Mais… comment l'épée procrée l'enfant ?

Cela allait être une matinée bien intéressante.


-Tiens, tu as fini tes minauderies. Déclara Jaime d'un air mauvais

Cersei serra les dents alors qu'elle ferma la porte de sa chambre derrière elle. Elle se rendit vers sa petite table d'appoint, se servit un verre de vin.

-Mes minauderies ? Reprit-elle. Excuse-moi de me réjouir de la présence de Myrcella.

-Je ne parle pas de Myrcella et tu le sais bien.

Il s'approcha, prit le pendentif entre ses doigts.

-Tu portes ses cadeaux maintenant? Autant annoncer de suite tes fiançailles, ma chère soeur. Toi qui jurais à corps et à cris qu'on ne te marierait plus!

-Tais-toi donc!

Elle dégagea son poignet d'un geste souple de la main.

-C'est un beau bijou, il me plaît.

-Il est terriblement mièvre. Tout ce que tu n'es pas.

-Serait-ce de la jalousie que j'entends dans ta voix? Que je vois dans tes yeux? Dis-moi, Jaime. Où était passée cette hargne quand je te suppliais de m'enlever, telle Lyanna Stark, pour fuir vers les Cités Libres? Quand mon fils né de Robert est mort et qu'il me l'a reproché?

-Que crois-tu donc? Quand cet homme découvrira la vérité à propos de Joffrey? Tu le dégoûteras et il t'abandonnera!

-Pourquoi le saurait-il?

-Parce que les gens parlent, Cersei.

Elle le toisa.

-Tu me prends pour une idiote.

-Pardon ?

-Tu me prends pour une idiote. Répéta-t-elle. Tu me prends pour une jeune fille qui vient de fleurir et qui s'éprend sous un compliment facile. Willas cherche à me convaincre, à me séduire. Ne penses-tu pas que j'aurais mis un terme à tout cela si j'avais eu la moindre preuve de ses mensonges ? Eh oui, mon frère : les hommes comme lui existent.

-Tu vas donc l'épouser.

Elle éclata d'un rire sonore et cynique.

-Je joue simplement mes cartes. Expliqua-t-elle. Joffrey veut une alliance avec les Tyrell pour renforcer les accords commerciaux. Nul doute que c'est aussi pour compenser le malheureux mariage de Margaery : Renly ne la frappera pas mais il ne lui fera pas d'enfants. Le fait que l'idée vienne de Sansa me dérange. Sauf que notre fils me laisse le choix, Jaime. Il me laisse le choix, ce que j'ai trop rarement eu. Au lieu de me punir, de m'imposer cela, il me laisse choisir. Et puisque j'ai ce luxe, j'aurais tort de m'en priver.

Elle but.

-Si je l'épouse, Père ne cherchera plus d'époux pour moi. L'union aidera mon fils. De mon côté, j'aurais un époux d'à peine huit ans mon cadet quand on me destinait son frère cadet connus pour avaler les épées plutôt que les rengainer.

-Et si ton cher Willas veut rentrer à Hautjardin ? Tu devras bien le suivre ! Ses promesses n'ont aucune valeur.

-La place d'une reine mère est à la cour auprès de son fils. Il rentrera seul. Il me l'a dit, il ne tient pas à me séparer de mes enfants.

-Et tu le crois. Tu t'es laissée acheter par ses belles paroles et une breloque telle une catin.

Cersei le gifla. Quand elle voulut le frapper à nouveau, Jaime se saisit de son poignet et il captura ses lèvres. La noble se sentit fondre dans son étreinte. Un feu familier naquit entre ses reins.

-Pourra-t-il te rendre aussi mouillée que moi, Cersei ? Te comblera-t-il autant que moi ? Ou bien, pour lui, resteras-tu fidèle, me remisant comme une vieille chemise élimée dont on ne veut plus ? La fidélité ne t'a pas réussi pour Robert.

-Willas n'est pas Robert.

Il desserra sa prise.

-Non. Il est vrai que Willas Tyrell n'est pas Robert. Concéda-t-il. Il ne te frappera pas, bien que je doute de ses capacités à te frapper. Il ne t'insultera pas. Mais il t'offrira une vie bien fade, bien insipide.

-Insipide ? A la cour ? A protéger Joffrey de ses ennemis ?

-A protéger Joffrey de Sansa ? Alors qu'elle n'a de cesse de le secourir face aux conséquences désastreuses de tes actions ?

-Si tu es capable de laisser le bénéfice du doute à la petite colombe, accorde ce bénéfice à la rose du Bief.

On frappa à la porte. Une domestique entra, s'inclina profondément.

-Que veux-tu ? Grogna la reine douairière

-Mes excuses de vous déranger, Votre Grâce. S'excusa platement la servante. Lady Sansa va procéder aux ajustements de sa robe de mariée avec sa mère, Lady Catelyn, et elle se demandait s'il vous ferait plaisir de vous joindre à elles.

Le sourire en coin de Jaime l'agaçait.

-Ma future bru est bien bonne. Déclara-t-elle. Va lui dire que j'accepte sa très gentille invitation, je vous rejoins sous peu.

La roturière les salua et partit sans demander son reste.

Il n'y avait pas si longtemps que cela, Joffrey lui avait dit que Sansa n'était pas son ennemie.

Aujourd'hui, étrangement, Cersei était prête à le croire.