Musique d'écriture : Mon Amour (Slimane) - Electric Violin Cover by Agnes Violin
Albus cessa de mordiller l'ongle de son pouce et tenta de se calmer. Il n'avait pas l'intention de lever ses fesses du canapé mais tous les Potter et Weasley étaient rassemblés autour du sapin. Il n'arrivait pas à feindre « l'esprit joyeux de Noël » et sa mère lui avait déjà demandé plusieurs fois « de faire un effort ». Il l'avait ignoré. Personne n'était dupe, Scorpius ne s'était pas montré de la matinée.
Il avait disparu juste après leur dispute dans le jardin. Peut-être s'était-il réfugié dans la chambre de James ou dans le bureau de son père, il n'en avait aucune idée.
James et lui étaient rentrés pour déjeuner au comptoir de la cuisine, sans échanger un seul mot. Son frère lui lançait régulièrement des regards inquiets de biais, ce qui avait prodigieusement agacé le garçon.
Teddy et Victoire s'étaient levés en premier, au grand soulagement de James qui avait demandé à son frère d'adoption de lui soigner le visage, sa tempe qui commençait à bleuir et sa lèvre fendue. Victoire s'était assise avec une tasse de thé vert et avait fait remarquer à Albus qu'il avait bien grandi, comme s'il avait pris dix centimètres en 4 mois, ce qui était surement le cas, puisqu'il regardait James dans les yeux sans lever la tête à présent.
Un beau jeune homme,affirma-t-elle avec un sourire, et Albus esquissa un demi-rictus en détournant les yeux. Il n'avait pas la tête à recevoir des compliments même réels.
James s'était assis à côté de lui au comptoir, et Albus en fut offusqué et soulagé. Il avait toujours envie de cogner James, d'autant plus depuis qu'il avait vu que son frère avait essayé d'embrasser Scorpius dans la bagarre, mais il avait aussi vu que c'était Scorpius qui l'y avait encouragé avant de l'attaquer. Tout cela l'écoeurait. Malgré tout, il appréciait la présence du garçon, car ils partageaient des choses dont il ne pouvait parler. Il avait ressenti la même chose en dormant à ses côtés la nuit précédente.
Il était en colère, mais son frère lui manquait. Il lui manquait terriblement.
Il y avait pensé toute la nuit, les yeux fixés sur le plafond, ce putain de plafond, pendant des heures. James était à ses côtés et ne dormait pas, tous deux étaient incapables de trouver le sommeil. Quand James avait quitté la chambre, il l'avait entendu. A ce moment-là, il somnolait à peine, sombrant d'épuisement. Il savait que James allait réveiller Scorpius.
Et il était en colère parce que Scorpius avait fui. A nouveau. Il fuyerait toujours. Il l'aimait, il était fou de lui, mais il n'en pouvait plus.
Scorpius le vidait de tout, il l'épuisait. Il n'aurait jamais dû voler cette fiole, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être jaloux, suspicieux, plongé dans la peur que Scorpius lui mente ou lui cache encore des secrets qui pourraient lui faire mal. Car il avait été blessé, ce qui s'était passé entre James et Scorpius l'avait bouleversé, son frère l'avait terriblement déçu et Scorpius… Si Scorpius lui avait fait confiance, s'il l'avait voulu, Albus aurait pu l'aider et jamais, jamais tout cela ne se serait produit. Mais il avait préféré se taire et sombrer. Et il recommençait cette même boucle de silence et de douleur, encore et encore.
Potter ne pouvait pas vivre comme cela.
Il finit par se lever du canapé et s'approcha de Harry, qui observait les plus jeunes enfants ouvrir leur paquet.
— Où est Scorpius ? lui avait discrètement demandé son père.
— Je ne sais pas.
— Il est parti à l'étage, il y a un moment, dit Arthur. Je crois qu'il est dans ton bureau, Harry.
— Tu ne vas pas le chercher ? demanda Potter à son fils.
Albus serra les lèvres et expira.
— Je ne crois pas qu'il veuille être là.
Sa mère lui mit un cadeau dans les mains en lui souriant et Albus l'ouvrit doucement, essayant d'y mettre tout l'enthousiasme qu'il ne parvenait pas à ressentir pour coller à l'ambiance.
Les cris de joie, les bruits de papiers cadeau qui se déchiraient, les rires, les remerciements, tout cela lui paraissait lointain. Il en ressentit pourtant toute la puissance quand il aperçut le contenu de son paquet cadeau.
Une caméra black magic semi pro, une petite merveille pour réaliser des films moldus professionnels. Albus resta sans voix. Il avait une Super 8 et d'autres caméras anciennes, une ou deux numériques qu'il s'était payé avec son argent de poche. Mais jamais il n'avait eu en main une caméra assez puissante pour réaliser de véritable long métrage. Il leva les yeux vers ses parents, la bouche entrouverte:
« C'est… c'est trop !
Son père haussa les épaules.
— Si tu veux faire une prépa cinéma après Poudlard, il te faut au moins cette caméra. Elle est sur la liste des fournitures. L'école peut te la louer, mais autant que tu aies la tienne.
— Oui, mais, c'est… »
Albus serrait la boîte dans ses mains, ébahi. Il n'osait pas l'ouvrir.
— C'est une idée de James, dit sa mère. On ne savait plus quoi t'offrir.
Albus lança un coup d'œil à son frère qui déballait un casque de moto, et Evan lui tendait les clés de sa moto en lui faisant comprendre que lui et Amanda l'avaient amenée pour lui.
— Ses enfants sont trop gâtés ! s'indigna Percy, gêné par la quantité de cadeaux que recevaient les Potter et Weasley.
— Ce n'est pas parce que tu es radin avec ta propre famille que nous devons suivre ton exemple, Percy, grinça Ron, qui n'avait aucune envie d'écouter son aîné critiquer à nouveau la façon dont ils élevaient leurs enfants.
Albus était heureux à cet instant. Son trésor en main, il eut envie de se précipiter dans le bureau pour le montrer à Scorpius. Peut-être même lui expliquer comment la caméra fonctionnait. C'était étrange, ce besoin de partager son bonheur avec le garçon, pour que celui-ci soit plein et complet.
— Je reviens, souffla-t-il. Il posa la caméra sur le meuble, collant la boîte contre le mur pour qu'elle ne risque pas de tomber, et il se dirigea vers l'escalier.
Il arriva dans le bureau. Une odeur de cuir brulé empestait la pièce. Scorpius se tenait debout devant les flammes de la cheminée, ses bras minces et blancs pendaient le long de son corps frêle et droit.
Albus s'arrêta dans l'encadrement de la porte. La main sur la poignée, il observait le garçon. Il ressentit à nouveau cette sensation enivrante, ce désir de le serrer dans ses bras, de porter son visage dans son cou et de respirer son odeur. Il s'approcha, hésitant. L'envie de l'embrasser le brulait.
Ce désir s'évanouit quand son regard se porta sur le feu et qu'il reconnut des cuirasses de Quidditch et d'autres accessoires qui se consumaient dans le feu. Le tout devait valoir une belle somme. La colère l'envahit à nouveau.
« C'est le cadeau que tu voulais m'offrir ? » demanda-t-il. Le garçon à ses côtés gardait le silence, les yeux fixés sur les flammes. « Bravo, très mature. »
Scorpius se tourna vers lui, le jaugeant avec froideur.
— Je ne vois pas pourquoi je te les aurais offert.
Albus serrait les dents, son cœur lui faisait terriblement mal.
— T'aurais dû les donner à James. On partage tout apparemment.
Scorpius haussa les épaules, méprisant.
— Pas vraiment, j'ai couché avec lui et pas avec toi.
Albus eut un mouvement de recul et expira doucement en regardant le garçon.
Scorpius ferma doucement les yeux et les rouvrit, sa voix était douce.
— N'essaye pas de me faire mal, Albus, je suis plus doué que toi à ce jeu-là.
— Oh, je sais. Quand il s'agit de faire mal, tu gagnes toujours.
Scorpius eut un mouvement pour approcher le garçon, la main tendue vers lui et sembla sur le point de dire quelque chose, s'excuser peut-être. Mais Albus recula, secouant la tête.
— Ne me touche pas ! Ne m'approche pas, je… J'en peux plus, Scorpius.
Malfoy recula et baissa la tête.
— J'en peux plus. Je ne suis pas assez fort. C'est trop noir pour moi. Mais j'ai vraiment essayé.
Sa voix s'étrangla.
— J'ai vraiment essayé.
Scorpius leva les yeux au plafond en secouant la tête, il semblait lutter pour retenir ses larmes.
— Dis-moi quelque chose, s'il te plaît, supplia Albus, tremblant.
— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? souffla le garçon, incapable de le regarder.
— Ce que tu veux ! Dis-moi que tu veux que je reste. Dis-moi que ce sera différent. Bats-toi pour me garder !
— Je t'ai dit que je voulais être avec toi.
Albus eut un râle indigné.
— Et c'est tout ce à quoi j'ai droit ?
— Quoi que je dise, tu ne me fais pas confiance, le coupa Scorpius. Sinon tu n'aurais pas volé cette fiole dans mon dos !
Potter craqua.
— Va te faire foutre ! Toi et ton ego, allez-vous faire foutre. Étrangle-toi avec !
Il sortit en claquant la porte et dévala les escaliers. Quand il arriva dans la cuisine, il n'était pas calmé et fut déçu de trouver la pièce occupée. Il aurait voulu souffler avant d'affronter le monde.
— Scorpius est dans le bureau ? demanda Rose. Elle aidait James à démouler des soufflés au chocolat sur des plateaux pour les faire refroidir.
— Oui, il est en train de brûler mon cadeau de Noël, dit Albus, le corps légèrement tremblant.
Rose s'immobilisa, perplexe.
James soupira en détournant les yeux et secoua la tête.
— Vous êtes irrécupérables, souffla-t-il.
— Mais pourquoi ? demanda Rose, choquée.
— Il devrait rentrer chez lui, dit Hugo en rentrant dans la cuisine. Il semblait avoir suivi toute la conversation.
— On t'a rien demandé à toi ! s'énerva Rose en se tournant brusquement vers son frère. À son ton et au niveau d'agacement dans sa voix, ce n'était pas la première dispute qu'elle avait avec son frère aujourd'hui.
Le garçon haussa les épaules.
— Et alors, il faut forcément passer entre ses cuisses pour donner un avis ?
Albus se jeta sur lui et James le bloqua au moment où son poing allait percuter le garçon, les bras autour de ses hanches et le repoussant en arrière. Hugo s'était reculé brusquement et s'était cogné la hanche au comptoir.
— Du calme, dit James en tenant son frère. Ça ne vaut pas le coup, Al !
— Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ! s'exclama Hugo. Je suis ton cousin !
— T'es un branleur ! répondit Albus.
Mais il fut coupé par James qui se tournait vers son cousin, furieux :
— Tu devrais réfléchir avant de parler, t'as assez foutu la merde dans cette histoire !
— Non, non, ne me reproche pas ça, cette situation est pourrie jusqu'à la moelle à cause de vous deux. Mais bordel, ça ne vous gêne pas, tout ça ? Vous n'avez pas l'impression qu'ils salissent tout ce qu'ils approchent ? Tout allait bien. On était parfaitement bien il y a quelques mois. Et maintenant, Albus ramène un Malfoy chez nous et ma sœur en pince pour un mangemort balafré !
— Ce n'est pas un mangemort ! s'indigna Rose. Tu n'as pas le droit de dire ça, Hugo !
— Je dirai ce que je veux, car vous déconnez tous ! Dès le départ, on avait dit qu'on ne devait pas s'approcher d'eux, tu l'as dit toi-même, James !
— Je me suis trompé, j'ai fait pas mal d'erreurs cette année.
— Des erreurs ? Ouais, tu m'étonnes, t'as déconné grave ! Sans parler de faire rentrer Nott dans l'équipe de Quidditch. Je croyais que tu avais l'intention de l'écraser s'il se présentait aux essais ? C'est ce que tu avais dit à Albus !
— Personne ne pensait que Dorian serait Gryffondor, dit Rose en surveillant la porte qui menait au salon, de crainte que les adultes entendent la dispute.
— Exactement, poursuivit James. Nott est le meilleur joueur de Poudlard, il nous surpasse tous ! Je ne vois pas pourquoi je ne l'aurais pas engagé dans mon équipe.
Hugo le dévisagea, la mâchoire serrée.
— C'est la seule raison ? demanda-t-il enfin, un rictus mauvais aux lèvres.
James devint écarlate et serrait les dents si fort que sa mâchoire lui fit mal, la rage lui tordant les lèvres. À ses côtés, Albus souffla bruyamment à travers ses dents, un râle de colère alors qu'il serrait et desserrait les poings.
James expira doucement et se redressa, tentant de se calmer. Il s'approcha doucement d'Hugo, qui perdit de sa contenance, et ne laissa qu'un centimètre entre leurs corps.
Potter était plus grand et plus fort. Il le dominait. Sa voix était basse et menaçante.
— Oui, Hugo, c'est la seule raison. Et si tu fais encore ce genre d'insinuation, cousin ou pas, je te cognerai si fort que tu vomiras tes boyaux à mes pieds. J'en ai assez de tes combines, j'ai presque envie que tu me provoques encore pour que je puisse avoir une raison de mettre ton visage en pièces.
— James… murmura Rose, les larmes aux yeux, effrayée de voir James menacer son petit frère.
Mais le garçon ne l'écouta pas.
— Alors maintenant, tu vas foutre la paix à Malfoy et Nott, est-ce que tu as compris ?
Le garçon ne répondit pas. James parla plus fort :
— Est-ce que tu as compris, Hugo ?
Le garçon acquiesça, tremblant.
Un raclement de gorge attira leur attention. James se recula pour voir Lily dans l'encadrement de la porte, serrant son nouveau boursouflet rose bonbon contre son cœur.
— C'est Noël… souffla-t-elle, la lèvre inférieure tremblante. Vous êtes en train de tout gâcher.
— Non Lily, ça va maintenant, dit Rose avec un sourire forcé. Elle se reprit et fit signe à sa cousine de la rejoindre. — Tu peux emporter ça sur la table si tu veux. Toi aussi, Hugo.
Lily mit le boursouflet sur son épaule et prit le plateau que lui tendait Rose, tandis qu'Hugo la suivait. Le garçon semblait pressé de quitter la cuisine.
Rose se tourna vers les frères Potter.
— Ils nous attendent à table, je vais chercher Scorpius. Évitez les esclandres à partir de maintenant !
Dans la salle à manger, tout le monde était déjà attablé, les assiettes remplies. Rose arriva dans la pièce suivie de Scorpius, qu'elle tirait presque par la main. Autour de la table, on lui avait laissé une chaise libre à côté d'Albus, évidemment. Il s'installa sans le regarder, et Albus l'ignora tout autant.
— Tout va bien entre vous ? demanda Evan, en pointant sa fourchette sur Albus et Scorpius.
Il avait parlé assez fort pour qu'une bonne partie de l'immense tablée s'intéresse à la conversation, et Malfoy lui adressa un superbe sourire mondain en répondant que tout allait bien, et qu'il était délicat de sa part de s'en inquiéter.
Dursley pouffa dans son assiette et adressa un clin d'œil entendu au garçon, qui l'ignora le reste du repas.
Albus finit son assiette rapidement, souhaitant quitter la table dès que possible. La proximité de Scorpius lui faisait mal. Il attrapa la boîte contenant la caméra, restée sur le buffet, et s'isola sur le canapé.
Malfoy respira mieux lorsque le garçon quitta la table et se décida enfin à décoller les yeux de son assiette.
— J'ai soigné la lèvre de James.
Il se tourna à sa droite et aperçut Teddy, qui le regardait.
— Tu as une sacrée droite. Ou des dents bien aiguisées.
Scorpius ne savait pas comment Teddy était au courant, si quelqu'un avait parlé ou non. Mais il n'avait pas envie de le savoir.
— Les deux, je pense, répondit-il, désinvolte.
Teddy acquiesça en souriant :
— Dis-moi, je voulais te poser une question. Est-ce que tu aimes le Quidditch ?
Scorpius le dévisagea, incrédule.
— Quoi ?
— Albus et James adorent ça, c'est pour cela qu'ils sont capitaines. Je pense que Nott aime ce sport aussi, non ?
Malfoy ne voyait pas où Lupin voulait en venir. Il haussa les épaules.
— Oui, beaucoup.
Teddy acquiesça.
— Et toi ?
— Quoi, moi ? s'agaça Scorpius.
— Est-ce que tu aimes ce sport ? Tu es attrapeur des Serpentard parce que tu aimes le Quidditch ?
Scorpius cligna plusieurs fois des yeux et secoua la tête.
— Je n'en sais rien. Je crois que j'aime voler.
Teddy acquiesça doucement, songeur.
— À la rentrée, je te donnerai des cours de transfiguration, déclara-t-il soudain.
Scorpius serra les dents si fort que sa mâchoire lui fit mal.
— Teddy, je crois t'avoir dit…
— Tu es apathique.
— Pardon ?
— L'apathie est une forme d'indolence et d'indifférence à l'environnement, parfois poussée jusqu'à l'insensibilité complète. L'apathie est associée à une perte d'initiative et de motivation. C'est souvent lié à une dépression. On dit que le sujet est comme éteint, vidé de toute passion. Or, si tu refuses de faire de la transfiguration, c'est que c'est important pour toi. Et si on résout ce blocage, on résoudra tout le reste.
Scorpius sentit une sueur froide envahir tout son corps.
— Je crois que tu m'as mal compris, Teddy, je ne prendrai pas de cours de transfiguration.
Il coupa le jeune homme qui était sur le point de répliquer.
— Je ne suis pas apathique. Je ressens les choses ! Là tout de suite, je suis exaspéré et fou de rage. Ce n'est pas parce que je me fous de Poudlard que je ne veux rien dans la vie. Je ressens, je suis vivant !
— Soit, tu devrais le montrer plus souvent.
— Merci, professeur, cracha le garçon, avant de quitter la table.
James rejoignit Albus sur le canapé. Le garçon manipulait sa caméra, nettoyant l'objectif. Il la montra à son frère alors qu'il s'installait à ses côtés.
— Merci, dit-il simplement.
— Pas de quoi, répondit son frère en prenant une gorgée dans son verre. De la bièraubeurre coupée avec autre chose, d'après l'odeur.
— Tu avais raison depuis le début, dit Albus en compulsant les pages de l'épais manuel de la caméra. C'était une erreur de se rapprocher d'eux.
James jeta un regard de biais à son frère, observant son regard fixe et dur. Sa mâchoire était trop serrée. Il leva les yeux vers Scorpius, qui s'entretenait à table avec Teddy.
— Je me suis pas mal planté cette année. Je ne me fierais pas à mon jugement si j'étais toi.
Albus acquiesça mais n'argumenta pas. Il posa le manuel sur la table basse et prit le verre des mains de son frère. Le liquide lui brûla la gorge. James ne quittait pas Scorpius des yeux.
— Il déteste la conversation qu'il a avec Teddy, dit Albus en montrant le garçon.
James fronça les sourcils.
— Comment tu vois ça ? demanda-t-il.
— Il a une main qui agrippe le bord de la chaise. Il essaie de garder le contrôle. Son pied se balance de temps en temps, c'est qu'il veut s'enfuir. Sa langue roule dans sa joue parce qu'il se retient de lancer une phrase désagréable.
James sourit en hochant la tête.
— Tu le décodes bien.
— C'est le problème, dit Albus en vidant le verre d'un trait. J'en ai marre de décoder. S'il parlait, ce serait plus simple.
— Ouais. Mais tu as toujours su le voir réellement au final. Si tu l'avais vu comme je le voyais et comme la plupart des gens le percevaient… Tu ne te serais pas approché de lui. Dès le début, tu as vu autre chose.
— Ouais, je suis un fin psychologue, répondit le garçon d'un ton sarcastique.
Ils virent Scorpius s'excuser auprès de Teddy et quitter la table de la salle à manger. Son pas semblait mal assuré et ses joues étaient légèrement rougies. L'alcool faisait son chemin dans ses veines. Il disparut dans le couloir et les frères Potter entendirent la porte d'entrée se fermer. Par la fenêtre, ils aperçurent le garçon traverser le jardin dans la neige, sans manteau.
Ils parlèrent de choses plus légères, de l'école de cinéma que voulait faire Albus et des études de médecine de James. Il pensait faire un an dans un hôpital moldu. Tous deux se turent tout d'un coup quand ils aperçurent le fils de Dudley.
Evan portait son blouson et son écharpe et mettait discrètement deux bouteilles de bières dans ses poches. Albus sentit sa respiration s'accélérer et son cœur battre violemment dans sa poitrine alors qu'il le regardait traverser le couloir. La porte d'entrée claqua et Evan Dursley suivit les traces de pas que Scorpius avait laissé dans la neige.
— Tu vas faire quelque chose ? demanda James, le regard fixé sur la fenêtre.
Albus hocha la tête, la gorge sèche.
— Ça ne me regarde pas, finit-il par dire en détournant les yeux.
— Putain, Albus…
Les minutes passèrent, il lui semblait entendre les tintements de l'horloge dans sa propre tête. Son esprit était vide, mais son cœur tambourinait à ses oreilles et un goût de bile montait de son estomac.
— Albus ! grinça James au bout d'un quart d'heure, exaspéré.
— Si tu t'inquiètes tellement, vas-y toi ! répliqua Albus.
— Je n'ai pas le droit d'y aller, ce n'est pas mon rôle.
— Ce n'est plus le mien non plus !
— Si, que tu le veuilles ou non !
Il leva les yeux, conscient d'avoir parlé trop fort, et attendit que les regards curieux se détournent. Il se tourna vers son frère et baissa la voix, passant la langue sur sa lèvre.
— Pendant un match de Quidditch, j'ai vu un gamin qui se fichait de se tuer du moment qu'il attrapait un vif d'or pour mon frère. Tu comprends ça ? Il se foutait de s'écraser au sol, Albus, du moment qu'il pouvait gagner ce match pour toi !
— Il savait que je le rattraperais, répliqua Albus en secouant la tête.
— Et toi, tu étais sûr d'y arriver ?
— Oui, j'en étais sûr ! À ce moment-là, je croyais être capable de le rattraper à chaque fois qu'il tomberait !
— Et il n'est pas en train de tomber, là, maintenant, d'après toi ?
Albus ferma les yeux et se raidit, comme pour se protéger des mots de son frère. Il inspira et scruta le garçon. Quand il parla, sa voix était amère.
— Tu l'aimes aussi, c'est ça ?
James ferma les yeux et baissa la tête, son visage crispé et la poitrine serrée. Il rouvrit les yeux et passa une main tremblante sur ses lèvres et son menton.
— Va le chercher, s'il te plaît. Il faut que ça s'arrête.
Fin du Chapitre 33
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