Chapitre XXV: La Plus Loyale

Mars 1996,

Résidence Avery.

— Comment peux-tu être aussi laid, Queudver ? Tu es né avec cette tête difforme ou sont-ce toutes ces années passées dans un corps de rat qui t'ont rendu si disgracieux ? lança Bellatrix sans crier gare alors qu'elle terminait son copieux dîner.

La remarque fit rire les frères Lestrange. Queudver, lui, lança un regard noir à la sorcière, mais se garda bien de répondre. Un mois à vivre sous le même toit que Bellatrix lui avait suffi pour comprendre qu'un mot de travers pouvait lui valoir un Doloris.

Il remua un peu sur sa chaise, faisant grincer le bois du dossier.

— Avez-vous terminé votre dîner, Bellatrix ? couina-t-il d'un insupportable ton mielleux.

— Pas tout à fait. Je vais reprendre un peu de pain, des mandarines et du jus de citrouille. Et n'oublie pas de m'apporter mon fortifiant.

— Face de rat, sers-moi un verre de whisky pur feu, veux-tu ? l'interpella Rodolphus alors que Queudver se dirigeait déjà vers les cuisines. J'ai besoin d'un digestif.

Rodolphus, le front luisant, avait déboutonné les premiers boutons de sa chemise. Il avait plus de mal que Bellatrix et Rabastan à s'habituer de nouveau à une nourriture riche et nutritive.

Queudver acquiesça d'un petit signe nerveux et disparut sans un mot.

— Le Seigneur des Ténèbres a dit que nous ne devrions pas boire d'alcool, fit remarquer Bellatrix. Ce n'est pas bon pour notre convalescence.

— Pourquoi, tu comptes me dénoncer ? rétorqua Rodolphus, agacé. Je n'ai pas bu une goutte d'alcool en quatorze ans, et toute cette viande me reste sur l'estomac.

Depuis qu'un mois s'était écoulé sous les soins et repas de Queudver, Bellatrix avait repris du poids. Elle n'était plus rachitique, même si sa silhouette demeurait d'une finesse extrême. Ses bras et ses longues jambes s'étaient un peu étoffés : plus tout à fait squelettiques, mais encore maigres, comme ceux d'un poulain à peine né. La grâce, en plus.

Elle faisait à nouveau claquer ses talons partout dans la maison, savourant le plaisir récent d'avoir enfin récupéré l'intégralité de sa garde-robe, jusqu'alors mise sous scellée au Manoir Lestrange. Ce cadeau inattendu lui avait été envoyé par Lord Voldemort, accompagné d'un mot bref :

« Bella,

Mon sort de lévitation n'a presque pas suffi à transporter cet impressionnant amas de chiffons, mais j'ai pensé que tu serais heureuse de retrouver tes affaires. Je t'interdis formellement tout sortilège de rétrécissement. Si tu veux pouvoir les porter à nouveau, tu devras reprendre du poids.

L.V. »

Elle ne l'avait pas revu depuis plusieurs semaines. Très discret, il restait à l'écart du monde sorcier, visiblement entièrement absorbé par l'affaire du Département des Mystères. Bellatrix le soupçonnait d'être en étroite collaboration avec Rogue et Lucius, ce qui l'indignait au plus haut point. Les deux hommes, à son humble avis, n'avaient rien fait qui pût justifier de jouir de son temps ou de ses confidences.

De plus, Bellatrix commençait à s'impatienter de le revoir ; son absence devenait douloureusement pesante. Même si le cadeau avait quelque peu adouci le manque qu'elle ressentait, sa forme grandissante s'accompagnait du désir farouche de le toucher.

Quand Queudver revint dans la salle à manger, les bras chargés d'un plateau contenant le pain, les mandarines, le verre de whisky pur feu, sa potion et un parchemin, il annonça :

— Vous avez reçu du courrier, Bellatrix. Une lettre de votre sœur, Narcissa.

Il déposa le parchemin à côté d'elle, sans attendre de réponse. Rien d'inhabituel. Bellatrix et Narcissa ne pouvaient pas se voir aussi souvent qu'elles l'auraient voulu, pour des raisons de sécurité, mais elles échangeaient des lettres, toujours rédigées dans leur langue secrète inventée durant l'enfance. Ainsi, en cas d'interception, il serait facile de prétendre que Narcissa n'écrivait pas à sa sœur.

Cette fois, la lettre de Narcissa était accompagnée d'un journal que Bellatrix ne lisait jamais : Le Chicaneur. La raison de cet envoi saugrenu s'imposait d'elle-même à la une. En couverture, un adolescent binoclard, dont elle avait aperçu la photo à plusieurs reprises dans La Gazette du Sorcier, la fixait d'un air niais, un sourire navrant aux lèvres. Harry Potter. Le sale môme qui, malgré ses capacités magiques médiocres, causait bien du souci à son Maître.

Son hoquet de surprise attira Rabastan et Rodolphus qui vinrent derrière elle pour lire l'article en même temps qu'elle.

Le cœur battant, Bellatrix découvrit qu'il avait répondu aux questions de Rita Skeeter et clamait vouloir dire toute la vérité sur la nuit où Lord Voldemort était revenu.

— Affreux petit bonhomme, pesta Bellatrix.

D'un air faussement détaché, elle dévora l'article presque malgré elle, happée par les détails d'une scène dont elle n'avait jusque-là entendu que des bribes : le Portoloin qui avait emporté Potter et un autre garçon, jusqu'au cimetière de Little Hangleton ; le meurtre du garçon Diggory par Queudver ; la tombe sur laquelle Potter avait été attaché, avec une mention explicite du nom gravé dessus ; la potion préparée par Queudver ; sa main tranchée ; le sang prélevé ; l'os volé dans la sépulture. Et puis, enfin, la renaissance de Lord Voldemort.

Bellatrix frissonna en l'imaginant s'élever du chaudron fumant. Qu'aurait-elle donné pour être là, à ses côtés, à la place de l'ignoble Queudver… Elle ne pardonnerait jamais à cet affreux rat d'avoir été, en partie, à l'origine de la chute de son Maître.

Elle laissa de côté ces rêveries et reporta de nouveau son attention sur le journal. Le récit de Potter se poursuivait, rapportant les paroles du Seigneur des Ténèbres et le moment précis où il avait appuyé sur la Marque de Queudver pour convoquer ses fidèles. Ceux qu'il désigna à Potter comme « sa véritable famille ». Bellatrix se souvenait avec une clarté douloureuse du moment où sa propre Marque avait noirci, signe tant attendu de l'appel de son Maître, ainsi que de la torture qu'elle avait ressentie à l'idée de ne pouvoir s'y rendre. « Sa véritable famille ». Aucun de ceux qui s'étaient présentés dans ce cimetière n'était digne de ce titre. Tous des lâches, tous des traîtres, pensa-t-elle avec rage.

À la lecture des railleries que Voldemort avait adressées au petit Potter, son humeur s'adoucit, et un petit sourire étira ses lèvres. Il n'y avait rien qu'elle aimait plus qu'entendre Lord Voldemort se moquer de ses ennemis. Potter enchaînait ensuite sur le duel et sur l'étrange phénomène reliant sa baguette à celle du Seigneur des Ténèbres, qui lui avait permis de récupérer le Portoloin et de s'échapper.

Les noms de Berta Jorkins et des Croupton, père et fils, furent évoqués, mais Bellatrix n'avait plus le cœur à lire. Tout amusement envolé, elle referma le journal d'un geste sec.

— Ça ne va pas lui faire plaisir… commenta Rabastan, regagnant sa chaise d'un pas lourd.

Cet entretien ne jouait clairement pas en leur faveur. Si le monde sorcier commençait à remettre en question la version officielle du Ministère et à croire au retour du Seigneur des Ténèbres, les choses allaient sérieusement se compliquer. La fuite de Potter, en juin dernier, avait déjà bouleversé les plans de façon exponentielle : Dumbledore avait reformé l'Ordre du Phénix et menait dès à présent une résistance acharnée, jouissant d'une influence plus grande encore que par le passé.

Leur seul atout, pour l'heure, résidait dans l'aveuglement providentiel du Ministre de la Magie, Cornelius Fudge. Un aveuglement qui l'avait même conduit à attribuer l'évasion massive des Mangemorts d'Azkaban à son propre cousin, Sirius Black. Une aubaine.

Potter pouvait tout faire basculer.

Il était bien trop tôt pour que le retour du Seigneur des Ténèbres soit révélé au grand jour. Les Mangemorts étaient encore trop peu nombreux. Beaucoup d'entre eux avaient péri pendant son absence, de vieillesse ou de maladie, et ceux qui, comme elle, revenaient d'Azkaban se remettaient doucement de leur détention. Quant aux anciens alliés du Seigneur des Ténèbres, ils s'étaient dispersés. Il faudrait tout recommencer : renouer contact avec les vampires des Carpates, avec les géants, les loups-garous éparpillés, et s'assurer du soutien, ou au moins de la neutralité, des pays voisins. Lord Voldemort ne pouvait pas se permettre d'être découvert dans l'immédiat. À dire vrai, cela prendrait des mois, voire des années, à mettre en place. Lors de la première guerre, l'Ordre des Ténèbres avait opéré dans la discrétion, tissant sa toile dans l'ombre pendant de longues années avant de se montrer au grand jour. Il était bien plus aisé de soumettre des employés du Ministère à l'Imperium lorsqu'ils ignoraient qu'un mage noir agissait en coulisses.

Sale petit Potter, pensa Bellatrix, agacée. Elle avait presque envie de demander un verre de whisky pur feu elle aussi.

Alors que les Lestrange achevaient de déguster leurs mandarines, Queudver annonça l'arrivée de deux invités, qu'il fit entrer dans la salle à manger.

— Ralph Avery et Augustus Rookwood, présenta-t-il.

Les Lestrange connaissaient bien ces deux Mangemorts.

Avery, dans la trentaine, avait été intronisé en même temps qu'Evan Rosier et Anselm Mulciber, au cœur de la première guerre. Bien que marqué par les années, il conservait encore quelque chose du jeune premier qu'il avait été. Un air un peu naïf et curieux, mais il paraissait à présent particulièrement nerveux.

Quant à Rookwood, grand sorcier aux cheveux gras et à la peau grêlée, il avait autrefois fait partie du cercle rapproché du Seigneur des Ténèbres, combattant aux côtés des Lestrange durant les premières années du conflit. Lui aussi avait passé quatorze ans à Azkaban ; Rodolphus et lui avaient même été voisins de cellule.

Les deux arrivants saluèrent les frères Lestrange et Bellatrix avec une courtoisie sobre, et Rodolphus leur fit signe de prendre place à table.

— Tu as repris des couleurs, mon ami, lança Rodolphus à Rookwood d'un ton railleur. Malgré ta sale peau, évidemment.

Queudver pouffa dans sa manche, mais détala aussitôt en croisant le regard assassin de Rookwood.

— Face de rat, amène-nous à boire ! hurla Rodolphus avant que la porte ne se referme.

Une fois Queudver sorti, l'ancien Langue-de-Plomb se tourna vers Rodolphus avec un sourire acide.

— Merci pour ta franchise légendaire, Rodolphus, répliqua Rookwood d'un ton neutre. J'aimerais pouvoir te retourner le compliment… mais tu as toujours la gueule de l'emploi. Celle d'un fripon décoiffé.

— C'est ce qui fait mon charme viril, répliqua Rodolphus sans se démonter.

— Que venez-vous faire ici ? demanda Bellatrix.

— Le Seigneur des Ténèbres nous a convoqués. J'ai plusieurs choses importantes à lui révéler, répondit calmement Rookwood.

Avery lui lança un regard désespéré.

— Qu'est-ce que tu vas lui dire, exactement ? bredouilla-t-il.

— La vérité, répliqua Rookwood simplement.

— Mais… je n'avais pas ces informations… Tous ceux à qui j'ai parlé m'ont assuré que…

— Garde tes excuses pour le Seigneur des Ténèbres, coupa froidement Rookwood.

Bellatrix ricana en voyant la mine livide d'Avery. Elle ignorait de quoi il s'agissait précisément, mais s'il avait causé du tort à son Maître, elle n'allait certainement pas s'apitoyer sur son sort. Il faisait partie des lâches qui n'avaient jamais cherché à le retrouver.

— Nous apprécions beaucoup ton hospitalité dans ta maison, Avery, déclara Rabastan avec ironie.

Bellatrix et Rodolphus éclatèrent de rire.

— Je vous en prie… marmonna Avery, blanc comme un linge.

Avec l'arrivée du whisky pur feu, l'ambiance s'apaisa quelque peu. Près d'une heure plus tard, Queudver fit de nouveau irruption, affichant cette fois une obséquiosité si terrifiée que Bellatrix devina immédiatement ce qu'il allait annoncer, avant même qu'il n'ouvre la bouche.

— Rookwood, le Seigneur des Ténèbres vous attend dans l'aile nord.

Le Mangemort se leva aussitôt, toute sa superbe envolée, et quitta la pièce d'un pas raide.

Bellatrix peina à dissimuler la joie intense et l'excitation qui la traversaient à l'idée que le Seigneur des Ténèbres fût tout près. Les frères Lestrange remarquèrent immédiatement son sourire radieux, échangèrent un regard à la fois amusé et exaspéré, mais se gardèrent bien de tout commentaire devant Avery, qui semblait plongé dans une angoisse sans nom. Rookwood revint quelques minutes plus tard, visiblement soulagé, indiquant d'un geste sec à Avery : « Il t'appelle ». Reprenant place face à Rodolphus, il aboya à Queudver d'aller lui chercher un verre de whisky pur feu.

Bellatrix trépignait désormais d'impatience. Elle décida de laisser les hommes à leur conversation et suivit Avery discrètement. Il prenait la direction d'une partie inutilisée de la maison en raison de sa vétusté. C'était l'aile la plus ancienne de la maison, toute de pierre et de sols dallés, qui lui rappelait un peu l'ancestral château des Rosier, à présent détruit. Dès qu'il eut pénétré dans le petit salon, elle s'arrêta devant la porte pour écouter avec délectation les bégaiements pitoyables du sorcier apeuré.

Quand les premiers hurlements s'élevèrent, elle ne résista pas : entrouvrant la porte, elle glissa un regard avide à l'intérieur. Dans la pièce plongée dans la pénombre, seulement éclairée par une rangée de bougies fixées au mur, Lord Voldemort se tenait droit, baguette tendue vers Avery qui se tordait au sol, tel un pantin désarticulé sous l'effet du Doloris. La bouche ouverte comme un tunnel sur une souffrance infinie. Brusquement, le sort s'interrompit et les yeux écarlates du Seigneur des Ténèbres se posèrent sur Bellatrix.

Dans son regard s'agitait une colère à peine contenue. Bellatrix en fut traversée d'un frisson qui la fit tressaillir jusqu'entre ses cuisses. Une envie de lui immédiate la saisit. Peu importait s'il avait prévu ou non de s'attarder après avoir réglé son affaire : elle savait désormais qu'elle ne le laisserait pas repartir sans qu'elle ne l'ait eu pour elle au moins une fois.

Il était si désirable lorsqu'il était terrifiant.

— Bellatrix, dit-il d'une voix glaciale, attends dehors. J'ai une affaire désagréable à terminer.

— Puis-je rester pour regarder, mon Seigneur ? répondit-elle aussitôt.

Elle sentit le regard choqué d'Avery, mais ne détourna pas les yeux. Tout son être était tendu vers son Maître, dont la posture trahissait une irritation impatiente. Il esquissa un geste négligent vers le fauteuil à côté de lui, et Bellatrix, le cœur palpitant d'excitation, s'empressa de prendre place à quelques centimètres à peine du corps recroquevillé d'Avery.

Le supplice terminé, Lord Voldemort congédia Avery d'un geste dédaigneux. Le malheureux quitta aussitôt la pièce en titubant, la respiration sifflante.

Bellatrix était enivrée de sa douleur, et fiévreuse d'avoir vu son Maître l'infliger.

— Incapable, pesta froidement Voldemort, arpentant la pièce à l'endroit même où Avery se tenait l'instant précédent. Tant de temps perdu par la faute de cet imbécile…

— Qu'a donc fait ce malotru, Maître ? demanda Bellatrix, confortablement installée dans son fauteuil, jambes élégamment croisées.

— Cela fait des mois qu'il m'assure qu'un Langue-de-Plomb serait en mesure de récupérer la prophétie. Il m'a fait croire avoir interrogé cinq individus différents haut-placés au Ministère. Or, voici que Rookwood m'informe que seuls les destinataires légitimes d'une prophétie peuvent s'en saisir sans encourir de graves dommages cérébraux. Bode le savait évidemment. C'était la raison de sa résistance acharnée face à l'Imperium lancé par Malefoy. Crois-tu seulement qu'Avery ait songé à l'interroger sur ce point ?

— C'est d'une négligence criminelle.

— Je ne peux en revanche pas blâmer Lucius, poursuivit Voldemort, semblant presque le regretter. Il est parvenu à placer sous Imperium un Langue-de-Plomb. C'est une prouesse remarquable. Je ne lui avais pas demandé d'interroger sa victime ; il revenait à Avery de déterminer comment s'emparer précisément de la prophétie.

Le Seigneur des Ténèbres continuait à faire les cent pas, le visage empreint d'une colère glaciale.

— Je vais désormais charger Lucius de cette mission, décréta-t-il. Avery n'a cessé de démontrer son incompétence depuis mon retour. Servile et hypocrite, prompt à se jeter à mes pieds pour implorer mon pardon, mais incapable de faire amende honorable comme il se doit.

— Maître, souffla Bellatrix avec ferveur, laissez-moi m'en charger. Je ne vous décevrai pas, je trouverai un moyen d'obtenir la prophétie.

— As-tu seulement compris que cela signifie que seuls moi ou Potter pouvons nous en saisir ? répondit Voldemort sèchement.

— S'il le faut, je lui couperai les mains, à ce mouflet insupportable, plaisanta Bellatrix avec un sourire cruel.

Le Seigneur des Ténèbres considéra sa proposition un instant, sans amusement.

— Je doute que cela fonctionne, déclara-t-il finalement, et, de toute manière, tu demeures encore trop frêle. Sans parler de tes barrières en Occlumancie…

— J'ai repris du poids, assura Bellatrix avec empressement. Je prends scrupuleusement toutes les potions que vous m'avez prescrites.

— Montre-moi, ordonna-t-il, s'arrêtant brusquement devant son fauteuil.

Bellatrix leva un sourcil quelque peu perplexe, levant ses longs bras fins autour d'elle pour lui montrer sa silhouette efflanquée.

— Déshabille-toi.

Dans la pénombre, les traits précis de son visage étaient difficiles à discerner. Seuls l'angle saillant de sa peau pâle, réfléchissant légèrement la lueur d'une bougie, et l'éclat intense de ses yeux rouges étaient visibles.

Bellatrix dénoua lentement la ceinture à sa taille et laissa glisser les manches amples de sa robe longue de part et d'autre de son corps. Sous la robe, au lieu du soutien-gorge qu'elle ne remplissait pas encore, elle portait un bandeau de soie retenu par deux fines bretelles. Une culotte en soie, ornée de dentelle et fermée par une rangée délicate de boutons, recouvrait ses hanches, jusque sous ses fesses. Bellatrix avait troqué ses corsets habituels contre une lingerie plus légère et délicate, destinée à dissimuler sa maigreur.

Il lui fit signe de se lever, et elle s'exécuta sans attendre, se redressant de toute sa hauteur accentuée par ses talons. La robe longue flottant autour de sa taille tomba à terre. D'un simple geste de baguette, il libéra ses boucles du chignon rigide qui les retenait prisonnières, et elles tombèrent en vagues souples dans son dos, caressant doucement la courbe nue de ses reins.

— C'est un peu mieux, murmura-t-il, le regard glissant sans vergogne de haut en bas sur son corps.

Rangeant ensuite sa baguette dans sa poche, il s'approcha d'elle d'un pas, l'étoffe de sa cape effleurant légèrement sa peau au passage. De ses longs doigts, fins comme des pattes d'araignée, il suivit lentement la courbe de sa pommette saillante, effleura ses clavicules marquées, puis, passant un bras sous le sien pour serpenter dans son dos, il remonta lentement ses vertèbres, une à une, jusqu'à atteindre sa nuque, enfouie sous l'épaisseur de ses cheveux, qu'il saisit fermement dans sa paume glacée.

Ils étaient tout près l'un de l'autre, leurs regards presque à la même hauteur.

— Beaucoup mieux, oui, dit-il, poursuivant son inspection, ses doigts glissant à présent le long de ses bras jusqu'à la finesse de ses poignets osseux. Mais je peux presque faire le tour de ta taille avec mes mains.

Et, comme pour le lui prouver, il encercla de part et d'autre de sa taille. Ses doigts se rejoignirent presque parfaitement.

— Pour ma défense, vos doigts sont très longs, mon Seigneur, répondit Bellatrix avec un sourire espiègle.

Les mains du Seigneur des Ténèbres s'immiscèrent lentement sous le mince cordon de sa culotte de soie, progressant sur la peau nue de ses fesses, dont la courbe s'était déjà délicieusement arrondie. Il l'attira contre lui, plaquant étroitement son corps contre le sien. Bellatrix aurait volontiers demandé s'il la trouvait toujours désirable, si elle ne sentait pas, contre son ventre, l'évidence de son désir.

Le cordon de soie, distendu sous la pression de ses mains, céda doucement, et la culotte glissa jusqu'à ses chevilles, venant rejoindre la robe froissée, où elle recouvrit partiellement ses talons.

Un frisson la saisit de bas en haut.

— Je n'arrive pas à croire que ce soit vrai… s'émut-elle dans un souffle, les mots lui échappant par mégarde, tandis qu'une chaleur intense s'accumulait entre ses jambes.

Ses mains sur elle. Les astres s'étaient à nouveau alignés. L'univers s'agrandissait, et mille étoiles explosaient.

Bellatrix écarta la robe de son Maître, dévoilant son sexe, aussi pâle que le reste de son corps. Elle l'enserra, caressant avec délectation cette peau froide qu'elle connaissait si bien, jouant de ses doigts sur son gland avant de glisser le long de sa verge jusqu'aux bourses qu'elle soupesa délicatement dans sa main. Il était déjà dur, aussi irrésistible qu'autrefois… peut-être même plus impressionnant encore, sa longueur accentuée par la minceur quasi spectrale de son corps. Bellatrix en salivait d'anticipation.

Ses jambes tremblaient tant elle désirait tomber à genoux pour le prendre goulument dans sa bouche. Mais dans son dos, elle sentait encore ses mains défaire le nœud de son bandeau de soie. En quelques gestes, elle se retrouva entièrement nue, à l'exception de ses talons qu'elle n'avait pas quittés.

À peine avait-elle levé les yeux vers lui qu'il captura sa bouche dans un baiser vorace, l'attirant contre lui, ses bras se refermant autour de son corps nu. Une coulée de lave sembla l'engloutir dans ses remous langoureux, la consumant vivante à mesure que les mains de son Maître se faisaient plus fébriles, plus impatientes. Elles glissèrent de ses boucles à ses côtes, de sa poitrine, encore petite mais ronde, épousant parfaitement ses paumes, jusqu'à son dos étroit, et enfouit ses lèvres avides dans la chaleur de son cou.

Puis elle entendit, dans un murmure semblable à un sifflement étouffé contre sa chevelure :

— Tu es la dernière personne que je voulais voir finir à Azkaban.

Le trou noir avalait tout.

— Maître, je n'ai jamais perdu l'espoir de vous revoir, chuchota-t-elle, les yeux fermés. C'est cela seul qui m'a permis de tenir là-bas… Je savais que vous reviendriez, je leur ai dit, à tous, je n'ai cessé de le répéter…

Ses lèvres effleuraient désormais son visage, embrassant délicatement ses joues, dessinant la ligne de sa mâchoire, la douceur fragile de ses paupières closes. Puis, lorsqu'il captura de nouveau sa bouche dans un baiser passionné, il murmura :

— Tu m'as manqué, ma plus loyale, ma plus fidèle.

— Mon Seigneur… ne put que répondre Bellatrix, les joues inondées de larmes.

Les ténèbres commencèrent à envahir son esprit. Bellatrix tenta désespérément de s'en protéger, terrorisée à l'idée que les Détraqueurs puissent lui arracher ce précieux souvenir, mais en vain. Une peur incontrôlable, immense, menaça de la submerger entièrement.

Interrompant leur baiser, Lord Voldemort saisit le visage émacié de sa Mangemort entre ses grandes mains blanches, plongeant en elle son regard semblable au halo d'un trou noir, vertigineux et inébranlable, puis murmura :

— Bellatrix, ce n'est pas un souvenir. Ceci est bien réel, c'est le présent, et tu n'es pas à Azkaban. C'est fini. Tu n'y retourneras jamais. Je te le promets.

— Oui, Maître, murmura-t-elle d'une voix faible.

Il plongea alors son esprit dans le sien, et ferma toutes les portes, précautionneusement, tel un monstre destructeur, se montrant gardien et protecteur. Apaisée, Bellatrix se dressa sur la pointe des pieds, glissa un bras autour du cou de son Maître, tandis que de l'autre elle dirigeait avec fébrilité son sexe entre ses cuisses, le guidant lentement contre son intimité glissante. De ses yeux mi-clos, elle fixa le visage de son maître, et tressaillit violemment. C'était lui. Il était là.

— J'ai envie de vous… murmura-t-elle en le poussant délicatement vers le fauteuil qu'elle occupait un instant auparavant.

Docilement, Voldemort s'y laissa tomber, accueillant aussitôt sur ses genoux le corps en trance de Bellatrix. Les mains tremblantes d'impatience, elle ne pouvait plus attendre ; elle se redressa et s'empala brusquement sur son sexe, le faisant pénétrer profondément en elle.

Un cri lui échappa.

Elle sentit les doigts de son Maître se resserrer autour de sa taille, comme pour l'obliger à adopter un rythme plus rapide, mais après quatorze années d'abstinence forcée, la taille de son sexe lui semblait soudain démesurée. Elle n'avait pas anticipé que cela fasse si mal.

— Laissez-moi juste… oh Merlin… hoqueta-t-elle en cherchant à s'immobiliser un instant.

C'était presque aussi douloureux que leur toute première fois, et pourtant, cette fois, elle était presque excessivement lubrifiée. La frustration fit monter des larmes à ses yeux. Son corps refusait de lui obéir. Elle ne se reconnaissait plus. C'était comme si tout chez elle avait été atrophié par Azkaban. Qu'était-elledevenue? Elle eut envie de tout faire exploser.

— Maître, que m'arrive-t-il, je…

Chut, pourquoi t'agites-tu autant ? dit-il froidement contre son visage, ses yeux rouges transperçant les siens.

Ses mains se refermèrent fermement sur ses hanches, la faisant aller et venir lentement contre lui, tel un balancier. Au lieu de la soulever entièrement, il lui suggéra la pénétration moins profonde d'un mouvement d'avant en arrière qui favorisa la friction délicieuse de son clitoris contre lui.

Bientôt, Bellatrix reprit confiance, posant le front contre son épaule, respirant profondément contre son cou, tandis qu'elle redécouvrait avec précaution les sensations de son sexe en elle. Elle expérimenta doucement divers angles, varia les rythmes, tout en ondulant sensuellement contre lui. Il ne fallut guère longtemps avant qu'elle ne gémisse doucement au creux de son oreille.

— Pardon, Maître, gémit-elle, c'est juste le temps de me réhabituer.

— Je ne me plains pas, répondit-il.

Il demeurait silencieux, presque immobile, lui laissant toute la liberté de se faire plaisir sur sa queue avec une patience qu'elle sentait tendue, retenue.

Elle accentua la pression de ses hanches, cherchant l'angle parfait pour accentuer le contact. Ses lèvres frôlèrent la peau tirée sur ses pommettes, effleurèrent la densité inattendue de ses longs cils noirs, et enfin son regard. L'iris rouge, cerclé de noir, s'était fixé sur elle. La pupille s'étira, fine et verticale, à la manière d'un chat. Ils étaient si proches qu'elle pouvait discerner chaque nuance de rouge, chaque variation venant froisser le tissu soyeux à la surface de son œil.

Elle percevait, malgré la patience apparente de son Maître, que son souffle s'était légèrement accéléré. Sa propre respiration était déjà irrégulière depuis longtemps, et la tension qui parcourait tout son corps faisait perler des gouttes de sueur sur sa peau. Elle tremblait d'anticipation et d'effort, et se sentait si mouillée qu'elle imaginait qu'il pouvait la sentir fondre sur lui.

Les mains du mage noir se firent soudain plus fermes, explorant son dos nu, puis s'attardant avec insistance sur ses fesses. Bellatrix comprit sans peine qu'il était parvenu au bout de sa patience.

Se redressant avec aplomb, elle rejeta ses boucles souples et rebondissantes derrière ses épaules, basculant légèrement son corps pour mieux s'empaler sur son sexe, intensifiant ainsi le mouvement horizontal de ses déhanchements. L'écartèlement lent et délicieux lui arracha un long gémissement, les yeux fermés, la nuque renversée. La douleur, balayée par un désir ravageur, s'était mué en un vague inconfort.

Mais le Seigneur des Ténèbres semblait avoir décidé qu'il était temps de reprendre le contrôle. Ses doigts se resserrèrent sur ses hanches, et il imposa son propre rythme, beaucoup plus profond, plus exigeant, plus rapide. Bellatrix s'agrippa à lui comme elle put, la bouche entrouverte dans un cri silencieux, chérissant chaque sensation, bénissant le plaisir presque douloureux de l'avoir enfin en elle, tout entier à elle.

L'œil rouge cerclé de noir ne la quittait pas des yeux.

Une fois leurs étreintes commencées, il leur fut difficile de s'arrêter. Le mage noir et sa Mangemort rejoignirent bientôt le confort de la chambre de Bellatrix à l'étage, où ils poursuivirent leurs ébats jusque tard dans la soirée.

Bellatrix eut tout le loisir de constater que le Seigneur des Ténèbres avait retrouvé le corps qu'elle avait jadis connu, quoique désormais plus pâle, plus effilé, d'une douceur inégalée. Entièrement imberbe, sa peau possédait la douceur froide et moirée de la soie. Son teint d'albâtre n'avait rien de la lividité cadavérique que Bellatrix déplorait chez elle-même. Au contraire, il arborait une peau nacrée, d'un blanc diaphane empreint d'une étrange vitalité, sous laquelle roulait le dessin subtil de ses muscles à la manière d'un serpent.

Elle avait embrassé, caressé et respiré chaque centimètre de son corps, avec une dévotion qu'il lui avait pleinement rendue. À la manière de Rodolphus chez les Carrow, Voldemort s'était appliqué à lui murmurer ce qu'il aimait chez elle, soulignant combien elle lui apparaissait belle, forte, admirable.

La pénétrant profondément, entre ses jambes largement écartées, il lui dit à nouveau qu'elle lui avait manqué. À voix basse, il lui confia à quel point son souvenir l'avait obsédé tout au long de ces quatorze années interminables. Sans cesser un seul instant, il lui révéla que son absence l'avait plongé dans un désespoir silencieux, une certitude implacable s'étant imposée dès les premiers jours de son avilissement à l'état de spectre.

— J'ai craint pour toi, car je savais, que rien ne pouvait te tenir éloignée de moi sinon la mort ou la prison.

Profondément bouleversée, le corps secoué de soubresauts extatiques, Bellatrix fondit en larmes. Elle l'emprisonna de ses bras et de ses jambes, et le couvrit de baisers.

— Mon Seigneur, murmura-t-elle avec émotion, vous avez dit considérer vos Mangemorts comme votre famille devant Potter, mais aucun d'entre eux n'est revenu vers vous. Aucun d'eux n'est venu vous chercher, aucun ne vous a attendu comme nous l'avons fait. Ceux qui ont été enfermés à Azkaban pour vous… eux seuls constituent votre véritable famille. Je suis votre famille.

Le Seigneur des Ténèbres la contempla, allant et venant en elle sans discontinuer. Pourtant, malgré la douceur manifeste de ses gestes, elle perçut une hésitation dans son regard. Le fantôme d'un sortilège d'amnésie plana silencieusement entre eux. Une affaire non-résolue entre eux vieille de plus de vingt ans.

Bellatrix refusait de s'y confronter. Quelque chose en elle s'était brisé à Azkaban, quelque chose qu'elle ne voulait ni identifier ni même regarder en face. Une brèche minuscule, dont l'interstice insidieux laissait passer des pleurs d'enfant. Elle n'était pas capable d'y faire face. Les implications de ce que cela signifiait finiraient entièrement de lui faire perdre pied. Elle ne tenait déjà qu'à un fil.

Mais à la place, il l'embrassa avant de lui murmurer d'un ton presque solennel :

— Je sais, Bella.

Nagini se glissa dans la chambre en sifflant, son corps sinueux se frayant silencieusement un chemin sur le sol. Bellatrix n'en avait cure ; elle sombrait déjà, tout entière, dans son propre effondrement gravitationnel, les yeux clos, totalement absorbée par la sensation délicieuse de ses lèvres butinant son cou, du choc régulier de ses hanches contre les siennes.

— Je vous aime, lui murmura-t-elle.

Cette nuit-là, n'ayant pas pris sa potion de sommeil, Bellatrix s'éveilla en sursaut, brutalement arrachée à un cauchemar. Les paroles d'un Auror et les pleurs d'un bébé résonnaient encore confusément dans son esprit. Mais bientôt, elle sentit les bras de son Maître se refermer autour d'elle, l'enveloppant d'un réconfort frais et délicieux. Elle aurait pu en pleurer de soulagement. Aussitôt, la forteresse aux bourrasques sifflantes, et les hurlements lancinants de l'enfant s'évaporèrent dans les ténèbres de la chambre.

— Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-il.

La voix était froide.

— Quoi, Maître ?

— Ces pleurs d'enfant.

— Je l'ignore. Ils me hantaient déjà à Azkaban.

— Tu pensais à Maggins aussi… Je l'ai vu dans ton esprit. Revois-tu la façon dont tu as tué son bébé ?

— Peut-être…

Elle savait pertinemment que ce n'était pas cela.

— Les nourrissons sont des êtres répugnants, Bellatrix. Je peux te l'assurer. Tu as lu l'article de ce misérable Potter, n'est-ce pas ? Tu sais quelle forme j'occupais avant ma renaissance. L'humiliation que ce fut d'exister dans ce corps faible, vulnérable, dépendant… N'éprouve aucune pitié pour les bébés. Abréger leurs souffrances est presque une forme de miséricorde.

— Oui, Maître, murmura Bellatrix en hochant la tête, se rapprochant un peu plus encore, profitant de la fraîcheur bienvenue de sa peau et de son odeur réconfortante.

Elle hésita un instant. Il paraissait particulièrement loquace pour quelqu'un censé être endormi quelques secondes plus tôt.

— Vous dormiez, Maître ? demanda-t-elle doucement dans l'obscurité.

— Non.

Quelques secondes s'égrenèrent encore.

— Avez-vous souffert ?

— Quand ?

— Lorsque vous êtes… à Godric's Hollow.

— Oui, terriblement.

Bellatrix resserra instinctivement ses bras autour de lui.

— Et quand vous étiez dans ce corps de bébé ?

— C'était désagréable, mais pas particulièrement douloureux.

— J'ai peine à croire que tout cela est bien réel.

— C'est bien réel, Bellatrix.

Un nouveau silence s'installa. Elle n'osait pas se rendormir. Une tendresse monumentale lui étreignait le cœur. S'il ne dormait pas, il n'avait aucune raison particulière de rester auprès d'elle.

— Maître… Est-ce que Dumbledore connaît la prophétie ?

— Oui.

— Oh… Il en connaît le contenu exact ?

— Malheureusement, oui.

— Comment l'avez-vous appris de votre côté ?

— Rogue me l'a rapportée. Il a été découvert avant de l'avoir entendue dans son intégralité.

— Pourquoi lui faites-vous confiance, mon Seigneur ?

— Il m'a donné suffisamment de preuves de son allégeance. Severus a toujours été un élément précieux.

Dans la pénombre de la chambre, Bellatrix tut sa désapprobation dont elle ne pouvait justifier l'ampleur ou l'origine. Il lui faudrait creuser la question de l'ascension de Rogue à un autre moment. Cette nuit, il était à elle, et une autre question la taraudait. Le sujet d'importance n'avait cessé de la hanter.

— Mon Seigneur, pourquoi le sortilège de la Mort ne vous a-t-il pas tué ?

— Tu sais bien que je suis allé plus loin que quiconque sur le chemin de l'immortalité.

— Oui… mais comment précisément ? Comment avez-vous survécu ?

— Bellatrix, de tous mes Mangemorts, tu es la plus susceptible de le deviner. Je ne t'ai rien caché de mes secrets les plus précieux. Tu sais parfaitement de quoi je parle.

— La Coupe ? Le Médaillon ? souffla Bellatrix, le cœur battant.

— Il y en a d'autres.

— D'autres ?

— Tu en as côtoyé deux sans même le savoir. L'un est protégé par l'un de mes fidèles, un peu comme ton coffre protège la Coupe. L'autre t'a été présenté récemment.

Bellatrix réfléchit un instant. Ce souffle de vie, captivant et puissant, qu'elle avait perçu pour la première fois dans la Coupe, elle l'avait retrouvé des années plus tard dans le Médaillon. Ces deux objets avaient exercé sur elle une irrésistible attraction, plus fortement peut-être le Médaillon que la Coupe.

— Maître, je n'ai pas souvenir d'un autre objet possédant ce même pouvoir…

— Ce n'est pas un objet.

La réponse lui vint comme une évidence :

— Nagini ?

À l'évocation de son nom, même prononcé en langage humain, l'énorme serpent glissa lentement sur le parquet, faisant entendre le bruissement sinueux de son corps lourd. Bientôt, Bellatrix sentit les draps la compresser davantage et le matelas s'affaisser sous le poids du reptile qui se hissait sur le lit. Lord Voldemort murmura quelque chose en Fourchelang, et Nagini traversa calmement la couverture, rampant par-dessus son corps pour rejoindre le côté de son Maître.

— Elle peut voir dans le noir… murmura Bellatrix, crispant inconsciemment sa main sur le torse de son Maître.

— Tout comme moi.

— Je suis donc la seule à ne rien voir ici.

— Et nous sommes deux à admirer ta mine terrifiée.

— Je ne suis pas terrifiée.

— Nagini s'en trouve presque vexée, répliqua Voldemort d'un ton amusé.

— Est-ce qu'elle… qu'est-ce qu'elle est exactement ?

— Un Horcruxe, tout comme la Coupe de Poufsouffle et le Médaillon de Serpentard.

— Je n'ai jamais entendu ce mot.

— Il est peu répandu, admit Voldemort, toujours sur ce ton léger, presque joueur. Que crois-tu que j'aie placé dans ces objets ?

— Un lien destiné à vous maintenir en vie.

— Cela en est effectivement la fonction, mais pas la nature profonde. Qu'as-tu ressenti précisément, quand tu étais près de Nagini ?

— Une sensation chaleureuse, réconfortante, répondit-elle en hésitant, comme si je rentrais à la maison.

— Où est ta maison, Bellatrix ?

La voix était douce.

La Mangemort resta silencieuse un instant. Elle n'avait plus de maison depuis bien longtemps. Cela faisait des décennies que le manoir de ses parents avait cessé d'être son refuge et son repère. Quant au Manoir des Lestrange, il n'était jamais devenu un foyer pour elle. En vérité, il n'y avait qu'un seul lieu, ou plutôt une seule présence capable de lui évoquer ce sentiment :

— Avec vous, murmura-t-elle timidement.

— Je suis donc ta maison ?

La voix était empreinte d'une ironie mordante.

— Ma maison, ma famille, mon amour, mon Maître. Vous êtes tout pour moi.

Elle perçut son rire discret et joyeux.

— Nagini contient une partie de moi-même, reprit-il. Tout comme la Coupe et le Médaillon, chacun possède une petite part de moi.

— De vous… vous voulez dire, une petite part de votre…

Elle n'osa pas achever sa phrase. Ce qu'elle imaginait était trop inconcevable, même pour elle. Il s'agissait là d'une magie particulièrement sinistre, certes puissante, mais terrifiante dans ce qu'elle impliquait.

— … de votre âme ?

— Oui.

Ce « oui » résonna, étrangement radieux, exprimant une joie naïve devant la déduction de sa Mangemort, comme s'il ignorait totalement l'effet dévastateur de cette révélation sur Bellatrix.

— Vous avez séparé votre âme en trois parties ?

— En sept parties.

— Pardon ?

Elle eut soudain l'impression que son souffle était coupé, que cette conversation murmurée dans l'obscurité de la chambre n'était qu'un songe étrange, un fragment de rêve. Mais Lord Voldemort n'en semblait pas conscient. Il y avait même dans sa voix une sorte d'excitation, la joie quasi enfantine de révéler enfin son grand secret, l'accomplissement absolu de sa vie, l'aboutissement de sa quête la plus ambitieuse.

— Pour qu'il y ait sept parties, il me fallait donc six Horcruxes. Le premier fut le journal, créé à l'âge de seize ans, vite suivi de la bague de Serpentard. Bientôt vint la Coupe, en 1958, puis le Diadème, en 1968. Le Médaillon, enfin, en 1974, dont tu as été partiellement témoin. Il ne me restait alors plus qu'un dernier Horcruxe pour atteindre le chiffre magique de sept. Nagini ayant été mon unique compagne d'infortune durant mon exil, et son venin ayant contribué à ma survie, il m'a semblé évident d'en faire mon dernier Horcruxe. Ainsi mon œuvre était accomplie.

L'énormité de cette révélation s'abattit sur Bellatrix comme une chape de plomb. Elle dut mobiliser toute sa volonté pour dissimuler la terreur profonde que lui inspirait cette idée. Non pour elle-même, mais pour lui.

Elle sentit son bras se soulever doucement, entendit le murmure caractéristique d'écailles glissant sous des doigts, et imagina qu'il caressait Nagini d'un geste distrait.

— Cela n'est-il pas douloureux, Maître ? demanda-t-elle en s'efforçant d'adopter un ton neutre.

— Le processus l'est assurément, répondit-il avec une froide sérénité, mais le bénéfice en est infiniment supérieur à cette douleur passagère.

— Où sont-ils cachés ?

— En divers endroits, minutieusement choisis et protégés.

— Vous avez mentionné un journal…

— En effet.

Elle perçut distinctement le sourire dans sa voix.

— Je vous ai vu remettre un journal à Lucius, il y a fort longtemps…

— Belle observation, Bella. À cette époque, je comptais précisément sur ta vigilance pour le remarquer. Lucius en était averti. « Ma plus fidèle Mangemort sait que tu possèdes mon journal, » lui avais-je dit. « Si quelque malheur venait à me frapper, elle serait présente pour te rappeler à ton devoir. »

— Pourtant, vous ne m'avez jamais révélé la véritable nature de ce journal…

— Non, car peu de temps après, un différend majeur est venu troubler notre relation. Ton secret s'est alors dressé entre nous et je n'ai pu te mettre au secret.

Un silence s'installa entre eux.

— Je sais parfaitement que tes défenses en Occlumancie ne sont plus que ruines, reprit-il froidement, et qu'Azkaban a commencé à fragiliser le sortilège d'amnésie que tu t'étais manifestement infligé. Toutefois, dans ton état actuel, une intrusion risquerait fort de te réduire à l'état végétatif dans lequel a fini cette malheureuse Bertha Jorkins avant que je n'abrège ses souffrances. Mais nous découvrirons bientôt la vérité, Bellatrix. Je saurai ce qui t'a éloignée de moi le 29 août 1973, et ce qui t'a conduite à accepter une telle mutilation de ton esprit.

Cette déclaration résonnait en elle comme une promesse funeste, semblable au glas solennel d'une oraison funèbre. Mais bientôt, ses mains se firent de nouveau caressantes, parcourant délicatement sa peau.

— Avec de telles failles dans ton esprit, mon secret est en danger. Je ne le confie pourtant qu'à toi. Nous devrons bientôt restaurer tes défenses.

— Oui, Maître, répondit-elle docilement, savourant le frisson délicieux que ses doigts froids faisaient naître en elle. Déjà, la pointe de ses seins se dressait sous ses caresses légères.

Sa bouche effleurait maintenant son oreille.

— Mon secret t'effraie-t-il, Bellatrix ? demanda-t-il, d'un ton où perçait une arrogance teintée d'amusement.

— Non, Maître, mentit-elle, son ventre se contractant involontairement sous le passage de ses doigts qui traçaient lentement un chemin du creux de son nombril vers son intimité déjà languissante.

Ses doigts froids se glissèrent entre ses petites lèvres, récoltant sans attendre la preuve de son excitation à l'entrée de son vagin, avant de remonter vers le bouton de chair sensible qui réclamait déjà son attention. Bellatrix écarta légèrement les cuisses pour mieux lui offrir l'accès, savourant avec gourmandise le jeu lent et circulaire de ses caresses, à peine appuyées. Chaque fois qu'il serpentait près de son clitoris, un délicieux frisson la parcourait tout entière, tandis qu'il retournait recueillir la chaleur humide qui s'écoulait d'elle, témoin sans équivoque de son désir.

— Ne me mens pas, Bellatrix. Il n'est guère surprenant que mes expériences extraordinaires, dont le génie dépasse tout ce qui fut tenté auparavant, inspirent aux esprits ordinaires de la crainte ou du dégoût.

— Je ne ressens ni crainte ni dégoût, mon Seigneur, haleta Bellatrix en écartant davantage les jambes.

— Alors pourquoi semblais-tu épouvantée ?

La torture exquise de ses caresses incessantes sur son intimité se mêlait douloureusement à la froideur incisive de son interrogatoire.

— Oh… gémit-elle faiblement, j'étais simplement… submergée par l'ampleur de votre transgression, Maître.

Elle mentait, bien sûr.

Mais comment aurait-elle pu lui dire qu'il l'effrayait ? Que ses pouvoirs, impossibles à saisir, portaient en eux une amoralité indicible. Ce n'était guère surprenant, venant de lui, qu'il se fût si radicalement écarté des pratiques traditionnelles. Mais l'absence totale de limites, même pour elle, avait quelque chose de vertigineux.

— Ma transgression ? répéta-t-il froidement.

Ses caresses implacables continuaient d'effleurer son intimité au supplice, évitant délibérément toute pénétration ou stimulation directe. Bellatrix se mit à onduler légèrement des hanches, cherchant à guider ses doigts vers ce qui réclamait le plus leur attention.

Voyant qu'elle restait sans réponse, trop absorbée par son propre plaisir, il suspendit soudainement ses gestes.

— Vous repoussez les limites établies de la magie, murmura-t-elle précipitamment, à bout de souffle. Je suis simplement en admiration, mon Seigneur.

— Sans cela, ni toi ni moi ne serions ici aujourd'hui, répliqua-t-il d'un ton sec et moralisateur. Je serais mort, et tu serais encore en train de dépérir lentement à Azkaban.

— Vous avez raison, Maître. Je serais morte moi aussi, si je n'avais pas eu au plus profond de moi la certitude que vous étiez encore vivant quelque part en ce monde.

Satisfait de sa réponse, il glissa alors un doigt en elle. Bellatrix gémit, son intimité se contractant aussitôt autour de lui, comme si ce simple contact était une bouée à laquelle son corps affamé s'accrochait désespérément. Elle était d'une voracité presque désespérante, son désir débridé s'exprimant sans vergogne. À peine si elle ne lui lançait pas, dans un souffle brisé, un baise-moi impérieux.

— Désires-tu davantage, Bella ? demanda Voldemort, une note d'amusement dans la voix, comme s'il percevait sans peine les projections désordonnées de son esprit affaibli.

— Maître… je veux toujours davantage.

Alors qu'il la prenait par-derrière, leurs corps emboîtés l'un dans l'autre, elle l'entendit souffler à son oreille : « Moi aussi. » Mais elle savait que, dans sa bouche, ces mots ne parlaient pas seulement de sexe. Ils parlaient du monde entier.

XxXxXxX

Avril 1996,

Résidence Avery.

Bellatrix, assise dans un sofa, écoutait rageusement la conversation entre son Maître et Edgar Mirepoix. Ce médicomage français, qui avait autrefois œuvré à réparer ses ovaires contre son gré. Elle ne lui avait jamais pardonné cet affront. De surcroît, ses méthodes de soin, bien que redoutablement efficaces, étaient terriblement invasives.

Lord Voldemort souhaitait un rapport détaillé sur chacun de ses Mangemorts évadés d'Azkaban. Il cherchait à évaluer leur état physique et mental. Tous étaient passés entre les mains de Mirepoix. Tous, sauf Bellatrix.

À son sujet, Mirepoix leva un regard mal à l'aise vers Voldemort, conscient que l'intéressée se trouvait elle aussi dans la pièce.

— Madame Lestrange a refusé l'examen médicomagique, mon Seigneur, et a décliné de répondre à mes questions.

— Voyez-vous cela, s'amusa Voldemort, prenant place à côté de Bellatrix, non sans lui adresser une œillade faussement exaspérée. En quoi consiste cet examen médicomagique ?

— Une batterie de sortilèges de détection et de diagnostic.

— Cela ne semble pas insurmontable. Pourquoi refuses-tu, Bellatrix ? demanda-t-il d'un ton léger.

— Il exige que ses patients soient nus et préfère ses mains à sa baguette, répondit-elle d'un ton hautain.

Il ne fut pas nécessaire d'expliciter davantage.

— Posez vos questions, Mirepoix, décréta Voldemort. Nous verrons pour l'examen plus tard.

— Bien, acquiesça le vieux médicomage en tirant de sa poche un parchemin et une plume. Madame Lestrange, vous alimentez-vous convenablement ?

— Oui, répondit-elle froidement.

Bellatrix dut détailler chacun de ses repas, ses apports nutritifs, et dresser le bilan de sa courbe de poids.

— Dormez-vous correctement ?

— Oui.

— Sans avoir recours à des potions de sommeil ?

Bellatrix hésita un instant, les joues légèrement empourprées. Le calcul était simple : si son Maître était absent, la potion était indispensable ; s'il était présent, elle pouvait s'en passer. Elle lui lança un regard équivoque.

— Non, elle ne dort pas sans potions de sommeil, répondit-il à sa place.

La plume s'immobilisa sur le parchemin, et le regard bleu de Mirepoix se posa brièvement sur eux. Il pâlit légèrement. Sans doute venait-il de comprendre le lien qui unissait la Mangemort et son Maître. Madame Lestrange n'était pas une patiente comme les autres.

— Vous savez certainement que ces potions de sommeil, de votre excellente composition, mon Seigneur, présentent un équilibre parfait, mais peuvent induire une dépendance. Elles ne favorisent guère un retour à un état mental stable. Le cerveau a besoin d'un sommeil naturel pour se remettre d'événements traumatisants.

— Madame Lestrange était trop affaiblie physiquement pour être privée de sommeil.

— Vous avez eu raison, mon Seigneur, mais se pose à présent la question de sa stabilité mentale. Comment vous sentez-vous, Madame Lestrange ?

— Très bien, répondit Bellatrix. Je suis en parfaite santé.

— Aucune réaction inhabituelle depuis votre retour ?

— Non.

Lord Voldemort exprima son désaccord par un rictus ironique.

— Elle a des accès de colère épouvantables, contredit-il. Alecto Carrow et Queudver peuvent en témoigner.

— Ce n'est guère différent de mes habitudes d'avant Azkaban.

— Tu ne torturais pas les gens parce que ta soupe était froide, avant Azkaban, Bellatrix, me semble-t-il.

— Queudver le méritait. Il a désobéi à vos consignes.

— Certes, mais la réaction était quelque peu excessive, et tu ne l'as pas contrôlée.

Bellatrix avait envie de protester, d'affirmer que tout cela était parfaitement contrôlé. Mais elle ne pouvait nier qu'il lui arrivait de ne pas se souvenir des moments où elle décidait de soumettre Queudver au Doloris. Souvent, elle reprenait conscience lorsqu'il gisait inconscient au sol. Ou lorsque Rodolphus, Rabastan, voire une ou deux fois Voldemort lui-même, l'arrêtaient de force.

— Vous arrive-t-il de connaître des épisodes de dissociation durant lesquels vous vous repliez dans le mutisme et observez les événements comme de loin ?

— Non, répondit Bellatrix.

Là encore, Lord Voldemort la contredit.

— Ce n'est pas exact. Elle a développé un mécanisme de défense qui s'enclenche dès qu'elle se sent trop heureuse. Cela la pousse à dissocier au point de perdre connaissance.

— C'est une défense bien connue des anciens prisonniers d'Azkaban. Tous ne parviennent pas à la développer, mais elle constitue une protection essentielle contre les Détraqueurs et permet d'éviter de sombrer dans la folie. Il est assez courant que ce réflexe traumatique persiste après la libération. Y a-t-il, en plus de cela, des crises d'angoisse ?

— Non, répondit encore Bellatrix, les bras croisés.

Mirepoix se tourna vers Lord Voldemort.

— Pas à ma connaissance.

Il leur fit la démonstration de quelques sortilèges d'allégresse ainsi que de celui dit du « seau d'eau », dont l'effet procurait la sensation qu'un seau d'eau glacée était versé sur le corps. Il permettait de remettre les idées en place de façon vigoureuse. Bellatrix trouva le procédé ridicule. Mirepoix recommanda également quelques exercices de méditation afin d'aider à se raccrocher à la réalité lors des épisodes dissociatifs.

— Dans un premier temps, évitez les émotions trop intenses, dit-il. Tenez-vous éloignée de ce qui vous provoque des bouleversements affectifs trop importants.

— J'ai bien peur qu'associer Madame Lestrange à l'apathie soit un oxymore absolu, observa Voldemort, un sourire aux lèvres. Il n'est rien qu'elle accomplisse sans y mettre du cœur.

Bellatrix rougit de plus belle. Elle ne voulait pas s'exprimer en présence de ce médicomage à la noix, mais si la solution à ses troubles consistait à s'éloigner de son Maître, alors elle préférait conserver ses troubles. Il n'y avait pas d'alternative acceptable.

— Dans ce cas, il faudra faire des choix. Plus de potions de sommeil la nuit, mais quelques philtres de paix en journée. Il ne faut en aucun cas cumuler les deux, et tout doit être mis en œuvre pour stabiliser ses émotions, afin d'éviter les crises d'hystérie ou les emballements excessifs.

Crises d'hystérie? Emballements excessifs ? Elle allait étriper ce sale petit bonhomme. Les questions terminées, Mirepoix réitéra l'importance de l'examen médicomagique, sans lequel il ne pourrait déterminer si Bellatrix présentait des séquelles physiques ou des affections occultes.

— Mirepoix, peut-être pourriez-vous m'enseigner ces sortilèges de détection ? Cela ne doit pas être si complexe.

Mirepoix ne put empêcher une expression indignée de se peindre sur son visage.

— Mon Seigneur, ma médicomagie est unique au monde, fruit d'un labeur de plus de soixante années. Vous savez que mon expertise en la matière est inégalée. Il me faudrait des années pour vous transmettre mes connaissances, peut-être même davantage. Elles ne se transmettent pas simplement par la baguette. Le corps des sorciers se situe au carrefour du charnel et du magique, du naturel et du surnaturel, dans une immensité complexe. J'ai bien peur de ne pouvoir déléguer cet examen à quiconque, fût-il d'une puissance extraordinaire.

— À dire vrai, la médicomagie a toujours été l'une de mes plus grandes lacunes, concéda Lord Voldemort.

Il se tourna vers Bellatrix, presque désolé.

— Est-ce bien indispensable ? demanda-t-elle, épouvantée. Si j'étais malade, je le saurais, à présent.

— Je ne peux me permettre de prendre des risques, après que tant de Sang-Purs soient morts de la Scrofulite ou de la Dragoncelle ces dernières années. Tout particulièrement dans ta famille, Bellatrix.

— Ce sont des maladies contagieuses.

— Auxquelles vous semblez particulièrement sensibles, insista Lord Voldemort.

— La maladie peut de plus demeurer latente. Vous avez pu en réchapper à Azkaban, mais certains virus subsistent dans l'organisme et se réactivent lors de périodes de faiblesse ou sous l'effet d'émotions fortes, expliqua Mirepoix.

Se sentant coincée, Bellatrix expira bruyamment.

— Vous êtes résolu à m'épier dans mon plus simple appareil, Mirepoix, siffla-t-elle avec acidité. Si vous tentez ne serait-ce qu'un geste déplacé, je vous éviscère et vous empaille. Chez les Black, nous aimons beaucoup empailler les petites créatures malfaisantes.

Mirepoix afficha un air méprisant, mais cela n'eut aucune portée sur Bellatrix, car la remarque avait fait sourire son Maître.

— Je vais vous demander de vous lever et de vous déshabiller, Madame Lestrange.

Un nœud se forma dans son ventre. Passablement irritée, Bellatrix obéit, non sans jeter un regard assassin au misérable médicomage. Comme elle ne se déshabillait pas d'elle-même, il agita sa baguette avec une brusquerie agacée, et elle se retrouva nue sous le regard des deux hommes. Elle rougit de la tête aux pieds. Presque instinctivement, un sortilège fusa de sa baguette sans qu'elle ne le contrôle et vint frapper Mirepoix au visage.

Putain ! hurla-t-il, les mains plaquées sur ses yeux. Elle m'a jeté de l'acide !

— Ce n'est que la sensation de l'acide, nuança Voldemort avant de lancer le contre-sort.

Il posa les yeux sur sa Mangemort, un sourire amusé aux lèvres, contemplant la colère et le reliquat de peur qu'elle ne parvenait pas à lui dissimuler. Le visage légèrement incliné, il lui demanda :

— J'ignorais que les Black avaient une passion pour la taxidermie, dit-il d'un ton léger.

— Oh, tout à fait. Nous empaillons notamment nos elfes, et conservons leurs têtes précieusement, en guise de souvenirs.

Mirepoix entama son examen : ses mains se posèrent sur ses épaules, son dos, puis ses bras. Un autre maléfice menaça de jaillir de la baguette de Bellatrix, mais la voix de son Maître la rattrapa.

— Je n'ai jamais compris l'affection que les Black portent à leurs elfes, dit-il.

— Ce sont de petites créatures fort divertissantes, répondit Bellatrix avec un sourire. Je me demande ce qu'est devenu mon elfe chez les Lestrange… ainsi que ceux de mes parents, de mon oncle et de ma tante. Regulus adorait le sien.

— Kreattur ? demanda Voldemort, un léger sourire aux lèvres.

— Vous vous souvenez de ce petit chenapan ? s'étonna-t-elle.

— Oh oui. Cet elfe m'a été d'une aide précieuse.

Mirepoix s'approchait désormais de sa poitrine. Bellatrix vit le regard perçant que Lord Voldemort jeta au médicomage. Il épiait chacun de ses gestes.

— Il l'est toujours, Maître, répondit-elle. Cissy me disait dans ses lettres qu'il leur avait rendu visite un peu avant Noël, pour se plaindre de son nouveau maître… mon idiot de cousin, Sirius.

— Et que dit-il de ton cousin ? Severus n'en fait guère l'éloge.

— Que vaut l'avis de Snape sur l'héritier des Black ? s'indigna Bellatrix d'un ton hautain.

Le noble héritier des Black, répéta Voldemort d'un ton moqueur, supporte mal l'enfermement. Severus le dit dépressif.

— Dépressif ? Voilà qui est plutôt ironique, venant d'un homme à l'allure de chien battu et qui en a aussi l'odeur. On se demande bien lequel des deux l'est davantage.

— C'est amusant que tu emploies cette analogie, car selon Severus toujours, ton cousin est littéralement un chien. Tout comme Queudver est un rat.

Mirepoix afficha un air légèrement surpris, cligna bêtement des yeux, tandis que ses mains d'une chaleur insupportable glissaient sur les cuisses de Bellatrix. Celle-ci comprit que son cousin était un Animagus illégal prenant la forme d'un chien, à l'instar de Queudver, sans que Lord Voldemort ne souhaite l'énoncer trop explicitement devant le médicomage.

— C'est toujours mieux que Rogue qui est un crapaud huileux, répliqua Bellatrix.

— Pourquoi prends-tu la défense de ton cousin, Bellatrix ?

— Seuls les Black ont le droit de s'en prendre à d'autres Black. Nos différends se règlent en famille, déclara-t-elle d'un ton altier.

— Ce ne sont pas les occasions qui manqueront, si l'on considère le nombre de traîtres qui pullulent dans ta lignée.

Le ton était devenu glacial. Bellatrix ne répondit rien. Les mains de Mirepoix étaient à ses pieds.

— La prochaine fois que Kreattur rendra visite à ta sœur, interroge-le sur la relation de ton cousin avec Harry Potter, veux-tu ? ordonna-t-il, d'une voix froide.

— Oui, Maître, répondit-elle.

L'examen prit fin. Mirepoix déclara que Bellatrix était en parfaite santé, faisant son rapport détaillé, tandis que Bellatrix se rhabillait. Lord Voldemort le remercia d'un simple hochement de tête, puis quitta la pièce sans adresser le moindre mot à Bellatrix.

XxXxXxX

Bella,

Je te remercie pour ta lettre. Je te promets de te prévenir si Kreattur revient nous rendre visite. Je suppose qu'il prend les ordres de Sirius au pied de la lettre dès qu'il lui ordonne de déguerpir, et qu'il en profite alors pour venir au manoir Malefoy.

Le Seigneur des Ténèbres a rendu visite à Lucius hier. Il m'a demandé de quitter la maison. J'en ai profité pour aller faire quelques emplettes.

À mon retour, j'ai trouvé Lucius alité, pris d'une fièvre des plus inquiétantes. Il refuse de m'expliquer quoi que ce soit, mais dans ses délires, il a mentionné un journal… et qu'il devait se racheter. Qu'il allait regagner sa confiance.

Bella, je suis terrifiée. Je ne sais pas ce que le Seigneur des Ténèbres lui a dit, ni ce que Lucius a fait pour lui déplaire, mais je n'ai jamais vu mon mari dans un tel état.

Je sais que tu entretiens un lien particulier avec lui. Pourrais-tu… s'il te plaît… tenter d'adoucir son jugement à l'égard de Lucius ?

Drago viendra nous rendre visite à Pâques. Si tu es autorisée à quitter la résidence Avery, ce serait un vrai plaisir de t'accueillir quelques jours. Il a très hâte de revoir sa tante, dont il garde quelques souvenirs… (Drago a une mémoire phénoménale.)

Ta sœur qui t'aime,

Cissy

XxXxXxX

Pâques 1996,

Manoir Malefoy.

Son neveu était déjà presque un homme. Très grand pour son âge, il arborait un air fier et arrogant en saluant sa tante pour la première fois depuis ses un an. De sa voix traînante, il fit étalage de la bonne éducation qu'il avait reçue, avec cette manière obséquieuse et mielleuse propre aux Malefoy, ce qui agaça quelque peu Bellatrix.

Évidemment, elle n'en dit rien. Malgré ses airs affectés, elle ressentit aussitôt de l'affection pour ce grand garçon enthousiaste, qui la regardait comme une héroïne, une icône.

— Quels sont donc ces souvenirs de moi dont tu te souviens, Drago ?

— Oh ! rougit Drago, lançant un regard agacé à sa mère, juste une chanson… Une chanson que vous me chantiez petit, quelque chose à propos d'un hippogriffe fou amoureux d'un serpent géant ?

— Oh oui ! Le Basilic et l'Hippogriffe ! Ma berceuse préférée ! s'enthousiasma Bellatrix.

— Le couplet sur les enfants déchiquetés par l'hippogriffe parce qu'ils n'étaient pas polis avec le serpent géant l'avait un peu traumatisé à l'époque, gronda gentiment Narcissa.

— Oh, vraiment ? s'étonna Bellatrix. Moi, je l'adorais, petite.

Drago esquissa un sourire gêné et alla s'asseoir près de son père sur le canapé. Lucius ne s'était pas levé pour accueillir Bellatrix. Il était encore très pâle et arborait un visage boursouflé.

— Que t'est-il arrivé, Lucius ? demanda-t-elle d'un ton légèrement railleur.

— Rien… rien, une mauvaise chute.

Il lança à Bellatrix un regard équivoque, brièvement dirigé vers Drago.

— Ah oui, tu es tombé sur un os, j'imagine, plaisanta Bellatrix.

— As-tu pu faire ce que je t'avais demandé dans la lettre ? demanda Narcissa, après avoir invité sa sœur à s'asseoir.

— Pas encore, je ne l'ai pas revu.

Narcissa et Bellatrix échangèrent quelques banalités, dissimulant leur complicité sororale devant Drago et Lucius. Mais lorsque Lucius dut regagner sa chambre pour se reposer, et que Drago, manifestement lassé par la conversation, obtint l'autorisation de quitter la pièce, les deux sœurs purent enfin aborder des sujets plus profonds.

— Des nouvelles d'Andromeda ? demanda Bellatrix.

— Toujours mariée à son Ted Tonks. Leur fille est devenue Auror.

— Penses-tu qu'elle travaille pour Dumbledore ?

— Andromeda ou la fille ?

— Les deux.

— Andromeda ne semble pas faire partie de l'Ordre du Phénix… mais sa fille, oui. J'ai posé la question à Severus.

— Severus ? Tu l'appelles par son prénom ?

— C'est le professeur préféré de Drago, le directeur de Serpentard, et un ami de Lucius. Bien sûr que je l'appelle par son prénom.

Bellatrix se renfrogna.

— Tu ne l'appréciais guère, à l'époque…

— J'étais jeune et méprisante. J'avais tort. Severus est un atout précieux.

C'était aussi ce qu'avait dit son Maître. Cette pensée la déprima davantage. Ils étaient tous tombés sous son charme pendant son emprisonnement, et c'était insupportable.

— Il a pourtant été en contact constant avec cet épouvantail ébouriffé de Potter pendant des années, et il n'a jamais rien fait.

Narcissa eut soudain un sourire amusé.

— Cela te fait rire ?

— Tu parles d'Harry Potter exactement comme le fait Drago.

— Ton fils a bon goût, au moins. Il ne fricote pas avec l'ennemi.

— Bellatrix ! s'exclama Narcissa en levant les yeux au ciel.

— Tous des traîtres… des lâches…

— Quand vas-tu parler de Lucius au Seigneur des Ténèbres ? la coupa Narcissa. Tu as vu dans quel état il est ? Je n'ose imaginer ce qu'il a pu subir pour être encore ainsi, une semaine après sa visite.

Bellatrix partageait l'inquiétude de sa sœur. Elle avait longuement réfléchi à ce qui avait pu déplaire au Seigneur des Ténèbres au point de punir Lucius avec tant de violence. Une seule hypothèse lui paraissait plausible : il avait dû arriver quelque chose au journal. Elle réprima un frisson d'horreur à l'idée que Lucius, ignorant la nature véritable de l'objet, ait pu le perdre.

— Je te promets d'essayer dès sa prochaine visite, dit Bellatrix en regardant sa sœur droit dans les yeux.

— Je suis tellement heureuse de t'avoir retrouvée, Bella.

XxXxXxX

Après deux semaines de silence, Lord Voldemort refit surface comme si de rien n'était. Il n'avait manifestement pas du tout apprécié qu'elle prenne la défense de son traître de cousin. Le silence l'avait rongée. Il ne lui avait ni écrit, ni rendu visite, mais il avait laissé Nagini.

Au bout de quelques jours à voir le serpent lui tourner autour, Bellatrix s'était habituée à son physique terrifiant. Nagini refusait désormais de quitter sa chambre la nuit, et prenait même place à ses côtés sur le lit.

— Il est temps de renforcer tes barrières en Occlumancie, dit-il d'un ton détaché, déposant sa cape sur l'un des fauteuils de la salle à manger.

— Oui, Maître, répondit-elle poliment, un peu contrite.

Elle était résolue à se montrer sous son meilleur jour. Elle se tenait droite, les mains croisées, au centre de la pièce. Il s'approcha d'elle, baguette tendue, et sans avertissement, fit irruption dans son esprit. Bellatrix comprit aussitôt que ce n'était pas une simple visite de courtoisie. Il comptait en profiter pour sonder tout ce qu'il désirait.

Il s'empara de ses souvenirs, un à un. Elle était incapable de résister à l'intrusion, mais elle ne chercha pas à l'en empêcher. Il avait besoin de preuves. Elle les lui donnerait. Il bifurqua immédiatement vers sa famille : Sirius, Regulus, son père, sa mère, sa tante, son oncle, Narcissa, Andromeda…

Il s'interrompit.

— Tu doutes de la loyauté de Severus, mais c'est toi qui nourris des sentiments à l'égard d'abominables traîtres. Que penser de ton amour, si tu es capable d'aimer ceux que tu condamnes ?

— Cela prouve qu'il est fort et profond. Ce sont eux qui m'ont trahie. Moi, je n'ai jamais trahi personne.

— Cela signifie aussi que, voilà vingt ans, tu aurais pu me trahir tout en prétendant m'aimer.

— Maître, je ne vous ai jamais trahi.

— Tu ne le sais même pas toi-même. Tu as oublié.

Une colère immense et incontrôlable la submergea.

— Comment osez-vous encore douter de ma loyauté, alors que j'ai passé quatorze années à Azkaban pour vous ?

Tant pis pour se montrer sous son meilleur jour. L'idée qu'il puisse encore douter d'elle la rendait folle de rage… et immensément triste.

Legilimens, dit-il pour toute réponse.

Les cris d'un bébé revinrent. Mais ce fut tout ce qu'il parvint à voir. Peut-être s'agissait-il du nourrisson de Maggins qu'elle avait tué… ou peut-être…

Bellatrix refusait de considérer la possibilité que ce fût autre chose.

— Te souviens-tu de la toute première personne que tu as tuée, Bellatrix ?

— Isabella Jdanov.

— La jolie et toute nouvelle épouse de Jdanov, enceinte jusqu'au cou. Je m'étais dit que ce serait une victime de choix. Cela t'endurcirait. Je voulais faire de toi une guerrière. Je voulais éteindre en toi toute sensibilité maternelle. C'est pourquoi ta seconde mission fut de tuer la fille de l'Auror Maggins. Je me suis dit : ma Bellatrix sera inarrêtable, si elle peut tuer une femme enceinte et un nourrisson. Bien sûr, il y eut toutes les répercussions que l'on connaît. Peut-être ai-je eu tort de vouloir tuer la mère en toi.

— Maître…

— Tu es manifestement torturée par tes crimes passés. Tu n'es pas aussi endurcie qu'on pourrait le croire. Et tu me caches toujours quelque chose. Est-ce en lien avec Maggins ? Ou avec Ethan, ton cousin, qui t'a trahie ? Toi qui sembles tant aimer les traîtres de ta propre famille.

— Par Merlin, Maître…

Elle était dépitée.

— Que dois-je faire pour que vous me fassiez confiance ? Combien de fois faudra-t-il encore avoir cette conversation ? Rogue, Avery… il leur suffit de ramper à vos pieds comme des larves pour obtenir votre pardon ! Mais moi… vous ne m'avez jamais rien concédé. J'ai commis une erreur, et je la paie à vie, quels que soient mes sacrifices, quelles que soient les preuves de ma loyauté, de mon amour ! Je dois toujours en faire dix fois plus que tous les autres !

— Baisse d'un ton, Bellatrix, dit-il froidement. Tu sais ce qu'a dit Mirepoix : tes petites crises d'hystérie finiront par te faire sombrer dans la folie.

Le mépris dans sa voix fut la goutte de trop. Sa magie éclata autour d'elle, jaillissant comme un orage prêt à frapper. Il s'y attendait, bien sûr, et neutralisa un à un les éclats de magie accidentels, sans même ciller.

— Oh ? Tu veux me faire du mal, Bellatrix ? M'as-tu pris pour Queudver ? se moqua-t-il, avant de ponctuer son rire d'un Endoloris cinglant.

Bellatrix s'effondra au sol dans un cri. La douleur, aussi fulgurante que familière, la traversa tout entière, celle du Doloris, dans sa version la plus pure, la plus dévastatrice. Mais elle cessa aussi brutalement qu'elle avait commencé. Cela n'avait duré que quelques secondes. Étendue sur le sol, sonnée, elle sentit une main saisir violemment sa chevelure et la forcer à se relever. Elle grogna, les yeux fermés, les joues ruisselantes de larmes.

— Tu dois aller beaucoup mieux si tu te permets de me hurler dessus, Bellatrix, dit-il d'un ton acide.

Tremblante, elle parvint à se remettre debout, chancelante. Les bras de son Maître se refermèrent autour d'elle.

— Vous êtes toujours si cruel avec moi… murmura-t-elle d'une petite voix, toute colère dissipée.

Un rire moqueur lui répondit.

— Ingrate. Si ingrate. Tu as toujours voulu plus que ce que je t'ai offert. Et pourtant, tu as toujours reçu davantage que tous mes autres fidèles.

— Vous m'aviez promis de ne plus jamais me faire de mal, souffla-t-elle en entrouvrant les paupières. Vous ne tenez jamais vos promesses.

Lord Voldemort rit de nouveau, cruel et froid. Puis, d'un geste brusque, il la fit reculer contre la table de la salle à manger. Les chaises s'écartèrent d'un mouvement de la main, et il la fit basculer sur la surface de bois.

— Quand aurais-je promis une telle absurdité ? demanda-t-il tout en s'empressant de retrousser sa robe.

— Au château de Rochebrume… Vous m'avez dit que vous ne me feriez plus jamais de mal, murmura-t-elle, encore engourdie par le Doloris, les paupières lourde observaient son Maître libérer son sexe avec un sentiment d'anticipation impossible à réfréner.

— Ne joue pas les victimes. Cela n'a pas duré cinq secondes.

Il écarta sa culotte et la pénétra sans la moindre préparation. Mais elle était déjà mouillée, comme si le supplice lui-même avait servi de prélude à leurs ébats. Elle gémit. Fort, sans retenue, sans pudeur, presque insolente, comme une insulte à ses efforts pour l'humilier.

— Je sais que tu aimes cela, sale ingrate, siffla-t-il. C'est plus efficace que tous mes sortilèges. Te voilà docile… obéissante.

Il s'enfonçait en elle, de toute sa longueur, et elle convulsait déjà autour de sa queue.

— Tu oses prétendre vouloir être traitée comme les autres, reprit-il, alors que j'ai partagé avec toi bien davantage qu'avec quiconque. Qui d'autre connaît mes secrets les plus précieux, sinon toi ?

— Oh, Maître… gémit-elle, ses pensées disloquées par le plaisir, ses cris extatiques remplaçant toute répartie.

— Toujours aussi jalouse, exigeante, capricieuse… Sauf quand je te baise ainsi. Là, enfin, tu sembles satisfaite.

— Oh oui, Maître…

— Envers qui es-tu fidèle, Bellatrix ?

— À vous, Maître.

— Plus que tout, plus que quiconque ?

— Oui, Maître.

— Tuerais-tu pour moi, Bellatrix ?

— Oui, Maître.

— Même ton cousin ? Même ta sœur ?

— Oh ! s'exclama-t-elle, la nuque renversée, les doigts crispés sur la table.

— Réponds-moi.

— Quelle sœur?

Lord Voldemort rit.

— Tu es maligne. Andromeda.

— Oui, Maître. Tout, je ferais tout pour vous.

Bellatrix ne jugea pas opportun de plaider la cause de Lucius auprès du Seigneur des Ténèbres. Elle redoutait qu'il ne s'imagine, une fois de plus, qu'elle plaçait sa famille au-dessus de lui en matière de loyauté comme de priorité. De toute manière, il ne lui avait laissé aucun espace pour aborder le sujet.

Ce soir-là, après un dîner en compagnie des Lestrange et une nuit à faire l'amour, durant laquelle il lui avait répété qu'elle était ingrate et capricieuse, tandis qu'elle se perdait en « oh, Maître » et en « oh, mon amour » sans queue ni tête, il l'avait quittée au matin, après un baiser presque rageur, en lui dictant des instructions précises sur son régime et son sommeil.

Juste avant de partir, il avait ajouté :

— Nagini veillera sur toi. Elle me rapportera tous tes faits et gestes.

Elle avait maugréé, feignant l'agacement, mais elle ne pouvait sincèrement en vouloir au serpent. Elle savait qu'il renfermait une part de l'âme de son Maître, et qu'il se glissait contre elle – fraîcheur bienvenue, souffle de vie protecteur et rassurant – les nuits où elle se réveillait, hantée par des cauchemars et des cris de bébé.


À suivre,

Merci à ceux qui me lisent, et tout particulièrement à Giulia qui a laissé un commentaire 3 Si vous avez un compte, n'hésitez pas à vous connecter pour que je vous puisse vous répondre individuellement.

À bientôt !

SamaraXX