Hi !

La suite de ce mois-ci, avec un assez gros chapitre :)

Résumé : Après le départ de House pour l'hôpital, Cuddy prend plaisir à déambuler dans son appartement. Un nouveau cas arrive dans le service des diagnostics. Le soir venu, les deux médecins se retrouvent chez Cuddy. House est constamment consumé par sa croyance qu'elle mérite mieux que lui.

Good Read ;)


Chap' 42

Daniel Miller - dont les symptômes restaient inexpliqués - était d'une santé qui ne faisait que décroître. Cela faisait maintenant deux jours qu'il avait été admis dans le service et que l'équipe du diagnosticien planchait sur son cas, mais les analyses faites jusqu'à présent n'affirmaient aucun diagnostic. Lorsque les médecins pensaient avoir une piste, les résultats des examens venaient infirmer celle-ci. C'était très frustrant, bien que cela soit leur quotidien.

En ce Samedi 19 Janvier, Cuddy avait invité l'oncologue à venir dîner avec eux. Il en était ravi et avait accepté sans la moindre hésitation, ou presque. Une certaine appréhension subsistait malgré tout, car aucun d'eux trois n'était habitué à une telle situation. Partager un repas avec l'un ou l'autre : pas de problème, James savait s'adapter et appréciait la compagnie de ses amis… quand ils n'étaient pas ensemble. Là, il allait se retrouver avec le couple, à dîner à la même table. C'était une première, pour chacun d'entre eux. Alors il était un peu inquiet, mais aussi il avait hâte. Sans vouloir être intrusif, Wilson était curieux de voir comment ils se comportaient l'un avec l'autre. Il allait vivre une sacrée représentation. Du direct plein les yeux.

Bonsoir, Wilson. Le salua la jeune femme en se décalant pour le laisser entrer.

Elle prit la boîte qu'il lui tendit et lui indiqua d'aller s'installer dans le salon avant de disparaître dans la cuisine. Il prit place dans le fauteuil après qu'il eut posé son manteau et son écharpe sur le dossier de celui-ci, et elle revint vers lui une fois le gâteau mis au frais.

Vous voulez boire quelque chose ?

Non ça ira, merci. Répondit-il un peu plus rapidement que ce qu'il aurait voulu. Venez plutôt vous asseoir.

Cuddy acquiesça légèrement d'un hochement de tête et vint prendre place sur le canapé. Elle vit l'homme à côté d'elle paraître nerveux, peut-être était-il gêné.

Détendez-vous, je ne vais pas vous manger. Ria-t-elle doucement.

Oui… Pardon. Bafouilla-t-il. C'est juste que je ne suis pas habitué à… Tenta-t-il d'expliquer d'un signe de la main. Il la regarda, un léger sourire aux lèvres. Comment est-ce que vous allez, Lisa ?

Elle eut un petit sourire amusé, bien consciente qu'il lui aurait de toute façon posé cette question à un moment ou à un autre.

Ça peut aller. Répondit la jeune femme avant qu'il n'étouffe un rire moqueur. Très bien, je suis fatiguée et j'ai mal partout. Rien de très intéressant. Ajouta-t-elle en souriant.

Et puis elle détourna le regard, devenu plus sombre avant de venir se perdre sur le feu qui brûlait dans la cheminée. Elle laissa ses doigts se batailler entre eux, anxieuse.

L'hôpital me manque. Reconnut-elle à demi-voix.

Il la vit hésiter un instant. Finalement ses yeux gris-vert se reposèrent sur lui et elle demanda d'une voix avide de curiosité.

Comment ça se passe, vous vous en sortez ?

Ça va. La rassura Wilson en se redressant dans le fauteuil. J'ai dû reporter des rendez-vous sans grande importance pour pouvoir gérer le reste. House… Il eut un léger sourire en haussant les épaules. Il reste lui-même. Étonnamment le matériel n'a pas encore été cassé et les patients n'ont pas porté plainte. Je pense que vous lui manquez.

Il la vit se détendre un peu sous sa tirade, souriant même à la fin de sa phrase. C'était agréable de la voir détendue.

Le Président du Conseil est venu me voir l'autre jour, il voulait s'assurer que tout allait bien. Il vous regrette un peu, je crois.

Elle sourit de nouveau, et Wilson n'en fut que plus satisfait. Ils continuèrent pendant quelques minutes de parler du travail. Il savait que ça lui manquait et qu'il était le seul à la rattacher un tant soit peu à son poste. Elle lui rappela qu'il pouvait compter sur elle en cas de problème, si jamais il avait besoin. Une semaine venait de s'écouler et il ne l'avait pas appelée au secours. Quelque part elle en était rassurée, mais d'un autre côté ça la dérangeait. Elle se sentait tellement inutile, loin de son hôpital…

Comment va le bébé ? Changea-t-il de sujet.

Il bouge souvent. Elle posa une main sur son ventre et le regarda un instant. J'ai du mal à trouver le sommeil.

Et House ? Je veux dire, vous arrivez à avancer ? Se risqua à demander l'homme.

Je crois, oui. Mais vous savez avec lui c'est un pas en avant, deux pas en arrière. Il… Il a besoin de temps. Lui confia-t-elle, bien qu'il devait déjà le savoir.

Il acquiesça en silence, son regard tombant sur la table basse devant lui.

S'adapter au changement n'est pas son point fort.

Je sais. Il fait des efforts. Reconnut Lisa avec dans les yeux une lueur de fierté. Je ne lui impose rien.

Wilson ressentit au fond de lui une émotion qu'il eut du mal à nommer, mais elle lui remplit le cœur de bien-être. Était-ce de l'espoir ? Il n'eut en réalité pas le temps de s'attarder sur la question que le sujet principal de leur conversation entra dans la maison, les sortant ainsi de leurs douces confessions.

House déposa un baiser sur le front de la jeune femme et ils finirent par passer à table. Le repas se déroula dans une sérénité qui fit presque pâlir l'oncologue, à croire qu'il s'était attendu à ce que ces deux-là se chamaillent continuellement. Ça ne fut pas le cas. Wilson a plutôt été témoin de scènes tendres et affectueuses que d'un moment tumultueux entre ses deux amis. Il avait bien remarqué les gestes bienveillants et les regards discrets qu'ils s'échangeaient de temps en temps, et cela lui fit chaud au cœur.

Un peu plus tard, Cuddy débarassa la table.

Attendez, je vais vous aider.

James, je suis enceinte, pas impotente. Répliqua la jeune femme avec un doux sourire sur les lèvres.

À moitié levé de sa chaise, Wilson se rassit et nota l'air amusé qui flottait sur le visage de son ami. Il ne dit rien et sourit lui aussi, profitant du spectacle qui se déroulait sous ses yeux, se délectant de n'être que l'unique spectateur.

House se leva un instant après et partit rejoindre sa compagne dans la cuisine. Curieusement, Wilson ne bougea pas de sa chaise cette fois-ci pour proposer son aide.

À moi aussi tu vas dire que tu n'as pas besoin d'aide ? Souffla-t-il en arrivant dans son dos, les deux mains sur ses épaules.

Il glissa dans son cou, y déposant plusieurs baisers. Elle se retourna vers lui et posa une main sur son torse.

Il y a une bouteille qui attend dans le frigo.

Le diagnosticien soupira et ses yeux se fermèrent. Une moue feintant la déception prit forme sur son visage, ce qui ne manqua pas de faire sourire la jeune femme.

Les assiettes à dessert posées sur la table, Lisa repartit en cuisine pendant que House amena la bouteille et deux coupes. La tarte au citron fit ensuite son entrée et régala nos trois médecins, apportant une touche acidulée à cette bombance.

Ils étaient restés un moment dans le salon après ça, discutant de choses et d'autres comme les amis pouvaient le faire. Cette soirée fit du bien à Cuddy. Cela ne faisait qu'une semaine qu'elle n'avait pas mis les pieds à l'hôpital, mais déjà elle semblait ne plus avoir de vie sociale – de vie professionnelle en l'occurrence. Il était vingt-trois heures quinze quand l'oncologue remercia Lisa pour ce repas. Il se leva pour rentrer chez lui et fut raccompagné à l'entrée.

Prends soin d'elle, House. Le pria-t-il en ajustant le col de son manteau.

Pour toute réponse, le néphrologue acquiesça et referma la porte un instant après. Il resta quelques secondes à contempler cette planche de bois articulée. Incrédule, immobile. Finalement il se détourna d'elle et sortit le tube orange de la poche de son jean. Il fit tomber un comprimé dans le creux de sa main droite et l'avala rapidement, son goût amer se déposant malgré tout sur sa langue. Du bruit dans la cuisine, et il claudiqua jusque-là. Cuddy faisait face à l'évier, une assiette dans une main et l'éponge dans l'autre.

Laisse ça et viens te coucher. Dit-il en venant s'accouder sur le plan de travail à côté d'elle. Tu verras ça demain.

Elle voulut rétorquer quelque chose mais n'en eut pas le temps qu'il la coupa déjà.

Cuddy…

Son regard était insistant lorsqu'elle se tourna vers lui. D'un signe de la tête, il lui signifia de bien vouloir le suivre.

Bon, d'accord.

Elle abdiqua et rinça rapidement l'éponge sous l'eau avant de laisser l'assiette au fond de l'évier et de s'essuyer les mains. Elle éteignit les lumières qui étaient restées allumées, puis alla dans la salle de bain se déshabiller. Lorsqu'elle entra dans la chambre, House était déjà dans le lit, les yeux perdus sur le plafond. Il sentit le matelas s'affaisser lorsqu'elle s'assit à côté de lui, mais ne détourna pas son attention de ce mur horizontal, comme s'il venait de lui poser une question et qu'il attendait bêtement la réponse.

J'ai passé un très bon moment. Dit-elle en se glissant sous la couverture.

Les draps étaient froids quand elle entra dans le lit et elle ne put s'empêcher de frissonner. Elle s'allongea sur le côté gauche et le regarda, sans oser le toucher. Elle vit sa pomme d'Adam monter et redescendre à plusieurs reprises, et avant même qu'elle ne lui pose une question, il se retourna complètement face à elle, les yeux plongés dans les siens.

Wilson est une vraie fouine ! Railla l'homme en se maintenant sur son coude droit. Je me suis senti comme scruté au microscope.

Elle ria à ses côtés, ne pouvant s'empêcher de le trouver puéril tout en l'attirant. Ses doigts glissèrent sur sa joue, puis se perdirent dans ses cheveux lorsqu'il l'embrassa. Elle caressa sa joue mangée de barbe, gémissant quand il fit danser sa langue contre la sienne. Sa main était froide et il tressaillit quand elle la fit glisser dans son cou. Il se détacha d'elle et elle s'excusa dans un murmure presque silencieux qu'elle était fatiguée. Il la laissa se lover contre lui et s'autorisa à faire voyager sa main gauche le long de son flanc, venant parfois se perdre sur son ventre.

Il eut du mal à ouvrir les yeux, préférant sans aucun doute rester sous la couette et se rendormir. Le réveil lui indiqua qu'il était tout juste huit heures. Il était pour lui tout bonnement indécent de se lever si tôt, qui plus est un Dimanche. Il enfonça son visage dans l'oreiller, étouffant un grognement de mécontentement. Il n'avait pas beaucoup dormi, elle non plus à en juger l'agitation qui l'avait animée une bonne partie de la nuit.

Quelques minutes s'écoulèrent – deux ou trois, tout au plus – et il finit par rendre les armes, étalé sur le dos comme terrassé par cette nécessité de devoir fouler le sol de ses pieds, faisant de nouveau face à ce plafond vide de toute réponse. Un soupir lui échappa et il tourna la tête sur sa droite. Elle avait le visage tourné vers lui, une main négligemment posée près de sa tête et l'autre sur son ventre. Un léger sourire modela ses fines lèvres. Il serait resté des heures à la regarder ainsi tant il la trouvait belle et qu'il se sentait comme tout puissant face à cette femme qui n'avait aucunement conscience d'être observée avec attention. Il aimait ces moments secrets, ceux où il la regardait tout en se perdant dans ses pensées sans qu'elle ne fût déroutée par son regard posé sur elle. Une délicieuse sensation s'empara de lui et des milliers de papillons lui dévorèrent le bas-ventre.

Il franchit le seuil de la chambre et traversa le couloir. Cela faisait environ six mois maintenant qu'il déambulait dans cette maison, se rendant doucement compte qu'il passait une bonne partie de ses soirées ici et non à son appartement, bien qu'il y ait des hauts et des bas. Il ressentit alors une drôle de sensation, sans pour autant être capable de mettre un nom dessus. Était-ce de la peur ? De l'incertitude ? Il ne savait pas. Il grimaça à cette constatation tout simplement navrante. Il aimerait mettre des mots sur ce qu'il ressentait, mais il n'y arrivait pas. Rien ne correspondait, comme si le pêle-mêle de centaines de lettres qui dansait dans sa tête ne suffisait pas pour former les noms de ses ressentis.

Dans le hall d'entrée, il fouilla les poches de son long manteau et en ressortit son tube de Vicodin. Il en avait un ici, et un autre dans son jean. Il ne se souvenait même plus en avoir deux sur lui quand il était arrivé chez elle hier soir. Ses pensées s'estompèrent et il fit descendre deux comprimés le long de sa gorge, ces derniers laissant un léger goût amer après leur passage. Il s'aventura ensuite dans la salle à manger, la traversant sans intérêt, et arriva dans la cuisine. Deux coupes étaient posées sur le rebord de l'évier, les assiettes et les couverts gisaient au fond du bac avec le reste des verres. Il soupira, s'appuyant un instant sur sa canne, la mine déconfite et le regard las. Finalement il s'avança et ouvrit le robinet.

Deux mains, fines et possessives, vinrent enlacer son torse, son ventre arrondi venant buter contre le bas de son dos. Son visage parsemé de mèches brunes se cala sur son omoplate gauche, et ne bougea plus. Lui non plus. Pris dans les mailles de ses filets. Détenu entre ses griffes. Prisonnier de son corps contre le sien. Un soupir s'échappa d'un sourire qu'elle ne vit pas. Les mains couvertes d'une fine dentelle d'eau savonneuse, il ressentit au fond de lui quelque chose de profondément positif. Quelque chose qui lui faisait du bien et dont il avait besoin ; mais quelque chose qui appelait une peur qu'il n'aurait su lui expliquer. Une peur qu'il comprenait mais qu'il était incapable de contrôler ni même de faire taire.

Tu détestes faire la vaisselle.

Absorbé une fois de plus par ses pensées, il s'était arrêté de frotter l'assiette qu'il nettoyait. Sa voix, douce presque comme un murmure, l'avait fait tressaillir comme si quelque chose l'avait soudainement piqué.

Je voulais te laisser dormir.

Son oreille toujours plaquée contre lui, le son de sa voix était caverneux. Elle ferma les yeux et sourit, appréciant son attention. Il rinça l'assiette et la posa dans l'égouttoir pendant qu'elle se détachait de lui. Il pivota sur lui-même, lui faisant désormais face tandis que d'un torchon il essuyait ses mains.

Tu n'as pas beaucoup dormi. Nota-t-il en remarquant ses yeux fatigués.

Le bébé bouge beaucoup. Expliqua-t-elle d'un air désolé. À chaque fois que je sens le sommeil arriver, il se met à gigoter sans arrêt. C'est à croire qu'il ne veut me laisser aucun répit !

Son regard se perdit à travers la fenêtre qui donnait sur le petit jardin. Le jour s'était levé mais il faisait encore sombre, suffisamment pour que la lumière de la cuisine soit encore allumée. Elle venait de mettre la bouilloire sur le feu et se sortit une tasse, ainsi que diverses choses à manger. Elle avait bon appétit et cela ne manquait jamais d'amuser son compagnon.

Tu te surmènes trop.

Elle releva la tête vers lui, trahissant sa surprise dans un haussement de sourcils. Devant son incompréhension, il poursuivit, prenant soin de plonger son regard dans le sien.

Ça fait une semaine que tu ne gères plus l'hôpital mais tu as toujours la tête là-bas. Lui fit-il remarquer en s'accoudant au plan de travail. Arrête de toujours t'inquiéter, ça apaisera le bébé et tu t'en sentiras mieux reposée.

Lisa ne cessa de le regarder, sans jamais trouver les mots pour répondre à sa constatation très juste. Il était vrai qu'elle ne cessait de cogiter depuis qu'elle restait à la maison, sans doute s'ennuyait-elle aussi de n'avoir rien à faire d'autre que se concentrer sur elle-même et son bébé. Il avait raison, et cette prise de conscience fit monter en elle une boule de frustration. Elle grimaça l'espace d'une seconde. L'idée ne lui plaisait guère, mais il fallait bien se rendre à l'évidence.

Le sifflement de la bouilloire la sortit d'un égarement certain sans qu'elle ne pût bouger pour autant. Machinalement, le néphrologue tendit le bras et enleva le récipient du feu.

Pourquoi tu ne demanderais pas à ta sœur de venir passer du temps avec toi ? Proposa-t-il en la voyant plonger dans un mutisme qu'il ne lui connaissait pas.

Il s'avança vers elle et, voyant qu'elle était résolument immobile en gardant un silence qui le sidéra, lui attrapa le menton afin que son regard accroche le sien. Son geste était d'une telle douceur qu'elle eut l'impression qu'il ne l'avait pas touchée.

Trouve-toi une occupation, commença-t-il en plongeant dans ses yeux vert de gris, quelque chose qui te permette de ne plus penser à l'hôpital. Wilson saura très bien gérer, et tu retrouveras ton poste bien assez vite. Il eut un rire à moitié étouffé. Ce serait plutôt à une femme de te dire ça, mais… Profite du moment. Ça serait bête que tu passes à côté.

Elle l'écouta avec attention, ne pouvant se résoudre à le quitter des yeux. Un léger sourire étira ses lèvres sans même qu'elle ne s'en rende compte, toujours accrochée à son regard azuréen, irrémédiablement attirée par ce qu'elle y voyait. Le bruit d'un téléphone qui sonne les sortit de leur connexion silencieuse, la privant d'un quelconque avis qu'elle aurait pu lui faire part.

House récupéra sa canne et claudiqua hors de la cuisine, laissant la jeune femme plongée une fois de plus dans le tourbillon de ses pensées. Et lorsqu'il revint vers elle à peine une minute plus tard, elle n'avait pas bougé, faisant toujours face à son armada de nourriture. La bouilloire non plus n'avait pas bougé, attendant patiemment que l'on daigne utiliser son contenu.

C'était Foreman, la sortit-il de sa torpeur, mon patient a fait un arrêt cardiaque.

Il la vit se passer une main dans les cheveux, se mordillant la lèvre inférieure tout en même temps avant de relever la tête vers lui.

Tu dois y aller. Ton équipe a besoin de toi. Fit-elle remarquer alors qu'il semblait hésiter.

Pendant une poignée de secondes, il massa sa cuisse, sentant parfaitement les reliefs de sa cicatrice à travers le tissu de son pantalon de pyjama. Un rictus de dépit prit vie sur son visage mal rasé, avant qu'un soupir inaudible ne s'échappe de son nez. Il finit par hocher la tête, ayant visiblement terminé sa réflexion sur la question. Lisa le regarda quitter la pièce avant de se secouer, mettant ainsi un terme à sa position statique. Elle ressentit les prémices des courbatures lorsqu'elle bougea. Qu'il était mauvais de rester immobile aussi longtemps. Elle attrapa la bouilloire délaissée et fit couler l'eau bouillante au fond de la tasse, prenant ensuite place devant ce qu'il y avait à manger. L'ébauche d'un sourire apparut sur ses lèvres lorsqu'un gargouillis plutôt bavard provint de son estomac. Il n'y avait plus une minute à perdre.

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Lorsqu'il arriva au Princeton Plainsboro, il trouva Foreman seul dans la salle de diagnostics différentiels. Il poussa la porte en verre et posa son sac rapidement sur la table qui trônait au milieu de la pièce.

Je vous laisse avec le patient même pas deux jours et voilà ce qui arrive ! Railla House auprès de son employé.

Hier soir, il était stable. Commença le neurologue sans pouvoir terminer son récit.

Oui, jusqu'à ce que son cœur s'arrête il y a une heure.

Je me passerais de vos sarcasmes. Informa Foreman, une main balayant l'air en signe d'indifférence. On a réussi à faire repartir le cœur, mais il avait de grosses difficultés pour respirer. Là il est sous assistance respiratoire. Précisa-t-il. J'ai appelé Cameron et Chase, ils ne devraient plus tarder maintenant…

La porte s'ouvrit une nouvelle fois, laissant apparaître les deux médecins en question. Le regard des deux hommes passa de l'un à l'autre dans un silence de plomb.

Bien, jeunes gens. S'exclama le grand caustique. Récapitulons : homme de moins de 40 ans avec perte de sensibilité dans les pieds et picotements dans les doigts. Pas d'antécédents médicaux, pas de traitements particuliers… Bref, ça lui tombe dessus comme ça. Et puis ce matin, le cœur s'est arrêté.

House se retourna vers son équipe après avoir écrit sur le tableau ce qu'il venait d'énumérer. Tous étaient dans la réflexion,

Le problème est cardiaque. Commença l'urgentiste. Une embolie pourrait…

Ça n'aurait pas affecté les mains et les pieds en même temps.

Le cœur n'est pas le problème. Ce n'est qu'une conséquence. Suggéra Cameron.

Le silence rôda. Pendant un moment, il n'y eut aucun bruit dans la salle, pas même celle de la respiration de chacun. Assis en bout de table, House se massait la cuisse, sa main frottant inlassablement contre son jean. Il réfléchissait. Il réfléchissait. Perdu dans ses pensées enchevêtrées jusqu'à ce que la voix de Foreman ne le sorte de ces abysses.

C'est bel et bien neurologique. Marmonna celui-ci, les mains en appui sur le dossier de la chaise devant lui. En réunissant tout ce que l'on sait sur cet homme, je pencherais pour un Guillain-Barré. Le système immunitaire attaque les nerfs, ce qui explique la perte de sensibilité dans les pieds et les picotements dans les doigts. Et puis ça a atteint les muscles respiratoires, d'où la dyspnée. Expliqua le médecin au reste de l'équipe. Ça évolue vite, mais ce n'est pas impossible.

Cameron a raison, l'arrêt cardiaque n'est pas un symptôme mais il est dû au fait qu'il n'arrivait plus à respirer. Pensa le diagnosticien tout haut alors qu'il se frictionnait le menton, sa barbe griffant ses doigts à chaque passage. Faites une ponction lombaire et une électromyographie avec études de conduction nerveuse pour confirmer.

Les trois jeunes gens quittèrent la salle de différentiel sans un mot de plus, ayant de quoi occuper le reste de leur journée. Le néphrologue appuya son dos contre la chaise sur laquelle il était assis. Un soupir lui échappa. Il était quasiment convaincu que Foreman avait raison concernant le diagnostic du patient ; c'était plausible et ses arguments tenaient la route. Les examens ne représentaient en fait qu'une garantie, une preuve tangible. Et lui, pourquoi n'y avait-il pas pensé avant le neurologue ? Il savait que les examens reviendraient positifs, et quelque part il était un peu dérouté. Il venait de passer à côté du diagnostic. Un diagnostic simple de surcroît. L'expression de son visage se renfrogna, l'air bougon et agacé sculptant les traits de celui-ci. Ce soupir n'était ni le premier ni le dernier de cette longue journée.

Et lorsqu'en milieu d'après-midi son équipe revint avec les résultats des tests et qu'il vit Foreman et son air triomphant agrippé au visage, il en eut la chair de poule. Comment l'expliquer ? Le cas était résolu, ils avaient réussi là où d'autres pataugeaient péniblement. Il aurait dû être satisfait. Il l'aurait été, s'il avait lui-même trouvé la réponse à ce problème pourtant si simple.

Arrêtez de sourire comme un benêt. Lança-t-il au neurologue en lui prenant les résultats des mains.

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Une serviette enroulée sur la tête, elle sortit de la salle de bain et traversa la chambre à coucher en quête de vêtements. Il était parti précipitamment, et en ce Dimanche elle ne pouvait nier qu'elle aurait préféré qu'il reste auprès d'elle. Elle trouva cela égoïste. En tant que médecins, ils ne pouvaient pas avoir une vie privée bien rangée et à l'image de ces bureaucrates. Même elle il lui arrivait de venir à l'hôpital pendant le week-end, notamment les Samedis. C'était avant tout parce qu'elle n'avait que très peu de vie privée. Un soupir lui échappa à cette constatation. Les choses allaient devoir très certainement changer lorsque son bébé sera là. Il faudra qu'elle apprenne à s'accorder plus de temps ; à elle, à son enfant (et à son couple).

Une main lasse glissa sur son visage. Elle respira profondément et ferma les yeux, cachant le dépit et la fatigue qui pouvaient se lire dans ses yeux. Elle s'habilla et retourna dans la salle de bain s'occuper de sa chevelure humide.

Il était un peu plus de dix heures lorsqu'elle prit son téléphone et qu'elle appela sa sœur. Elle n'eut à attendre que trois sonneries avant que celle-ci ne décroche. L'entente de sa voix claire et enjouée lui mit instantanément du baume au cœur, ce que sa cadette entendit à l'autre bout du fil. Il n'y avait pourtant pas très longtemps que les deux sœurs s'étaient vues - un peu moins d'un mois, à l'occasion de Noël. Lisa lui exprima alors son envie – son besoin, même – de se retrouver un peu toutes les deux, ce que Julia approuva totalement. Elle comprit aisément qu'elle avait besoin de présence, de soutien, et ayant elle-même vécu trois grossesses, elle ne pouvait qu'amplement le concevoir. Elle avait donc tout naturellement accepté de passer du temps avec elle. Après un énième soulagement qui se fit entendre au téléphone, Julia lui promit de faire en sorte de libérer son Vendredi et le Lundi qui suivait, leur accordant ainsi quatre jours rien que pour elles. Lisa fut plus que ravie à l'écoute de ses paroles, notant avec quelle facilité sa cadette pouvait organiser sa vie professionnelle ; une chose qu'elle-même ne pouvait pas se permettre, du moins ne s'autorisait-elle pas à le faire.

En attendant ce week-end promis, la jeune femme trouva de quoi occuper sa journée. Elle ne savait pas quand House allait rentrer, et de ce fait ne voulait pas rester à l'attendre sans rien faire. La journée ne lui parut en fait pas assez longue et, en fin d'après-midi, elle tomba dans les bras de Morphée. Emportée par la fatigue qu'elle ressentait de plus en plus ardemment, Cuddy s'était laissée envelopper par le sommeil qui l'avait machiavéliquement guetté.

Ce fut aux alentours de vingt heures trente qu'il réapparut. La Dodge Dynasty des années 90 garée, il descendit du véhicule et dès lors un long frisson lui parcourut l'échine, résultant du froid glacial et pénétrant qui s'était glissé insidieusement sous son manteau. Il se hâta de regagner la maison, aussi vite que sa jambe meurtrie le lui permettait. Son équipe avait confirmé le syndrome de Guillain-Barré chez leur patient dans l'après-midi et avait mis ce dernier sous traitement. Cependant, le néphrologue ne rentra que maintenant. Il avait dû réfléchir, encore. Le fait que ses employés - plus précisément Foreman - aient identifié le problème le faisait ruminer plus que de raison. C'était un diagnostic simple, sans complication ni chose cachée. Pourquoi n'avait-il pas trouvé la réponse lui-même ? C'était sous ses yeux, juste là. Mais il n'avait rien vu. Il n'était même pas passé à côté. Non, il avait simplement était inefficace, n'ayant pas une fois émis une hypothèse, comme désintéressé de ce puzzle médical. Il prit peur à cette constatation, et au même moment il pénétra dans la maison.

La chaleur qui vint l'enrober contrasta fortement avec le froid qui rôdait dehors. Doucement, il sentit ses doigts se réchauffer au contact de cette atmosphère chaleureuse. La maison était calme, sans le moindre bruit. Son manteau désormais accroché dans l'entrée, House s'avança un peu mais resta face à l'ouverture du salon. Elle était là, plus ou moins négligemment allongée sur le canapé, visiblement endormie. Un sourire maussade étira ses lèvres et une mauvaise parole – un juron, peut-être – se retrouva coincée derrière ses lèvres, mourant d'envie d'être délivrée. Mais il n'en fit rien. Au lieu de ça, sa poigne se resserra sur le pommeau de sa canne, lui faisant s'élancer chaque doigt de sa main droite. Et après le sourire ennuyé, ce fut une grimace du même goût qui vint s'exprimer.

Hey !

Il reprit contenance en une fraction de seconde, et plus aucune expression ne vint souligner la moindre émotion.

Pardon, je ne voulais pas te réveiller. S'excusa l'homme en claudiquant jusqu'au milieu de la pièce.

Il laissa la jeune femme s'asseoir au bord du canapé, ne pouvant empêcher un sourire d'étirer la commissure gauche de ses lèvres en la voyant pataude dans ses mouvements.

Décidément, tu tiens vraiment à ce que je dorme.

C'est important, pour toi et le bébé. Répondit-il, sans doute trop honnêtement. Mais surtout, j'aimerais que tu me fiches la paix !

Le visage de Lisa se para d'un large sourire, bien consciente qu'il ne pouvait pas se mettre à nu sans paraître ingrat ou désintéressé.

Tu as mangé quelque chose ?

Elle secoua négativement la tête, n'ayant pas le temps de lui dire que ça devait bien faire trois heures que le sommeil s'était emparé d'elle ; il s'était déjà détourné vers la cuisine. Une fois son cou étiré, elle fila le rejoindre en ressentant les prémices des courbatures dues à son installation sur le canapé. Pour les fois prochaines, il sera plus judicieux de choisir le lit car plus confortable.

Il y avait des restes de la veille au soir. Ça avait au moins l'avantage d'être simple et rapide. Dans le placard, il sortit deux assiettes et servit une portion dans chacune. Une fois au micro-ondes, il attrapa deux verres et s'empara des couverts. La jeune femme le regarda faire, une impression la frappant de plein fouet. L'impression qu'il vivait dans cette maison depuis un long moment déjà ; l'impression qu'ils étaient ensemble depuis de nombreuses années…

Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ? S'enquit le médecin devant son air rêveur.

Rien, je me demandais juste depuis quand tu avais une telle aisance dans une cuisine.

Ses yeux rieurs lui provoquèrent un frisson dans le creux des reins. Il réprima un rire un peu gêné. Étrange. La minuterie du micro-ondes retentit, ce qui les transit tous les deux. Il échangea les assiettes et relança le temps de chauffe.

J'espère que ta journée n'a pas été trop ennuyeuse.

J'ai écouté ton conseil, fit-elle en s'avançant un peu plus dans la pièce, et j'ai appelé ma sœur. Visiblement je ne dois pas être trop insupportable pour qu'elle veuille bien passer quelques jours avec moi.

Insupportable ? Nan, pas déjà. Tu nous réserves ça pour le dernier mois ! Se moqua House en appuyant ses propos d'une grimace désespérante.

Lisa secoua doucement la tête sans le lâcher du regard, un doux sourire aux lèvres. Et puis elle s'installa à table tandis qu'il sortit la deuxième assiette de l'appareil, mimant ensuite l'action de la jeune femme.

Au fait, commença-t-elle en prenant sa fourchette entre ses doigts, comment va ton patient ?

Il eut un temps d'arrêt, imperceptible. Il ne voulait pas devoir repenser à cette journée, mais comprenait également qu'elle avait besoin de savoir, comme pour se rattacher un peu plus au boulot. Le fait qu'elle n'était plus présente à l'hôpital ne signifiait pas pour autant qu'il fallait l'exclure de ce qu'il s'y passait. Comme à l'accoutumée, elle voulait savoir où il en était avec son équipe sur le diagnostic de leur cas en cours, qu'elle soit dans l'enceinte de l'hôpital ou non.

Le cas est réglé. Dit-il un peu rapidement. Un Guillain-Barré des plus banals.

Vous n'avez pas été longs sur ce cas. Fit-elle remarquer en piquant quelques légumes de sa fourchette.

Il ne répondit rien, se passant bien de préciser qu'il n'avait été d'aucune utilité sur ce cas.

Le reste du repas se passa calmement, presque dans le silence. La jeune femme le vit quelque peu distant, sans parvenir à comprendre pourquoi. Elle n'avait pourtant rien dit de mal, mais il semblait malgré tout offensé. Elle n'insista pas pour en connaître la raison, sachant que cela ne servirait à rien de le lui demander. Et puis ce n'était rien, pas de quoi s'inquiéter.

TBC...


Une petite review ?

Et quand je parle de review, j'entends par là vos avis, ce que vous en pensez. Pas besoin de me dire que vous aimeriez créer un truc artistique, le projet ne m'intéresse pas.

Sur ce...

- Kisses to you and see you soon -